L’armée syrienne a la capacité de repousser les vagues de Tomahawks lancés par les américains. Partie 1/2


Les  destroyers de classe Arleigh Burke ayant à bord jusqu’à 90 missiles de croisière Tomahawk (TLAM) et des sous-marins d’attaque de la classe Los Angeles – 40, ne seraient pas une nouveauté pour l’armée syrienne. Ni les bombardiers stratégiques B-52, qui peuvent prendre 20 Tomahawks (CALCM), 8 lanceurs rotatifs  (il n’y en a que 8, pour réduire la consommation de carburant) et 6 sous les ailes. Ni que ce missile de croisière ait en mémoire une trajectoire prédéterminée qui, une fois le missile libéré, ne peut plus être modifiée.

Les missiles de croisière ne peuvent être lancés en salve, mais seulement un par un à partir de chaque destroyer ou sous-marins (par vague de 5-15 missiles de croisière), la distance entre eux est d’au moins 20 à 30 km. Il s’agit d’un dispositif de sécurité pour éviter des collisions en vol.

La vague suivante de missiles de croisière ne peut être lancée que 15-20 minutes après la première. L’expérience montre que moins de 5-10% des missiles de croisière, immédiatement après le lancement, souffrent de défaillance technique. C’est pourquoi les missiles sont suivis avec précision dans les premiers 50-70 km par les radars du navire lancement, et s’il y a un écart supérieur à ± 15 ° par rapport à la trajectoire inscrite dans sa mémoire, la commande d’autodestruction est déclenchée.

La distance entre les destroyers, sous-marins et bombardiers lanceurs de Tomahawks et leurs objectifs en Syrie est couverte entre une heure 45 minutes à deux heures. Le temps disponible est suffisant pour les commandants de l’aviation et de la défense AA syriens pour calculer avec une grande précision la zone la plus probable que chaque Tomahawk survolera à partir du rivage et quand. Et les commandants de l’aviation syrienne vont établir pour chaque Tomahawk lancé, 3-4 zones aériennes de service échelonnées successivement à partir d’un alignement avancé en Méditerranée. Dans ces zones aériennes de service sont envoyés les avions de chasse les plus puissants avec l’équipement le plus optimal pour ces objectifs et pilotés par les meilleurs équipages Syriens. Il y a beaucoup de détails d’exécution d’une très grande finesse, et dans la planification sans faille de cette mission d’une importance capitale pour l’armée syrienne, que, pour des raisons compréhensibles, je m’abstiens d’aborder.

Depuis plusieurs décennies, les pilotes russes en service dans l’aviation de chasse ont été entrainés dans les procédures d’interception et de destruction des missiles de croisière, chacun exécutant annuellement au moins quatre exercices de tir réel dans le polygone de Astrakhan sur des avions sans pilote réactifs qui simulent parfaitement le profil de vol des Tomahawks. En vertu d’un accord entre Nicolae Ceausescu et des responsables du Kremlin, une rotation de  deux groupes de 24 pilotes de chasse roumains, formés à abattre des missiles de croisière ont été testés jusqu’en 1991, de jour comme de nuit, en tirs réels sur des cibles aériennes évoluant à basse altitude, dans le polygone de Astrakhan. Dans les dernières années de l’ère Ceausescu, la Roumanie a acheté aux Soviétiques une escadrille d’avions sans pilote type VR-3 dont la vitesse la maniabilité et l’altitude de vol sont identiques à celles du Tomahawk. Leur mission principale est la reconnaissance aérienne et, de manière secondaire, ils servent à la formation des pilotes de chasse et aux batteries de missiles AA, dans les procédures d’attaque de missiles de croisière. Pour des raisons politiques en 1995 les avions VR-3 ont cessé de voler et ont ensuite été retirés de la dotation. Les pilotes de chasse roumains n’ont plus jamais effectué, depuis 1991 jusqu’à aujourd’hui, aucun véritable exercice d’interception de cibles aériennes. Avec le temps et le changement de génération, ils ont tous perdu leurs compétences d’attaque de missiles de croisière.

http://www.ziuanews.ro/dezvaluiri-investigatii/tomahawkul-lui-ceau-escu-16411

Lors de la guerre du Golfe de 1991, les Etats-Unis ont lancé 35 CALCM et 288 TLAM, et pour l’agression militaire de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999, 60 CALCM et 150 TLAM ont été lancés. Bien que les pilotes de chasse avaient des capacités raisonnables, ni les Irakiens, ni les pilotes yougoslaves n’avaient été formés dans la reconnaissance et l’attaque des missiles de croisière pendant la nuit et ne connaissaient pas leur trajectoire et le moment de leur lancement. De sorte qu’ils n’ont pas réussi à détecter et abattre les missiles de croisière. Si les Russes décident de passer le temps opératoire, les coordonnées de lancement et la direction de chacun des missiles de croisière lancés par les Etats-Unis, la probabilité pour l’armée syrienne de les abattre sera de près de 50%. Ce pourcentage peut augmenter ou tendre immédiatement vers zéro, en fonction de la compétence professionnelle couplée avec le calme affiché par les dirigeants militaires syriens et la formation des pilotes et des commandants des batteries de missiles AA dans ce type de mission.

L’armée de l’air syrienne a 60 MiG-29 dont 36 sont des versions M/M2 et SMT sur lesquels ont été installés des équipements KOLS / OEPS-29 de catégorie IRST (recherche et suivi de cibles en infrarouge), le reste sont des MiG-29 C, qui disposent d’un équipement S-31E2, moins efficace. OEPS-29 est basé sur un capteur monté dans le nez qui détecte des cibles aériennes, indépendamment du fonctionnement du radar de bord. Dans l’hémisphère de face il détecte des cibles distantes de 12 à 18, et jusqu’à 50 km dans l’hémisphère arrière. Dans les tests, dans des conditions météorologiques parfaites, le capteur refroidi à l’azote liquide, OEPS-29 a détecté une cible aérienne à 90 kilomètres.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/4c/Mikoyan_MiG-29_infrared_search_and_track_(IRST)_sensor_detail.jpg

Le capteur infra-rouge est couplé à un microprocesseur qui contrôle le balayage de l’espace aérien comme une antenne radar (dans les limites de ± 60 ° à gauche et à droite et 60/-15 ° en élévation). OEPS-29 est un récepteur passif, son fonctionnement n’est pas détecté et ne peut être contré par brouillage.

60 autres MiG-23 MLD et 30 MiG-25 PD syriens ont été modernisés par les Russes, étant pourvus d’équipements TP-23MLet TP-26Sh-1 à balayage infrarouge à ± 40 ° à gauche et à droite et 30 / – 15 ° en élévation qui peuvent détecter des cibles aériennes, dans l’hémisphère de face, à 15-25 km.

On peut conclure de ce qui précède que, au moins en théorie, les Syriens disposent de suffisamment de temps pour intercepter et abattre par leur propre aviation les tomahawks lancés par les américains. Il reste à montrer qu’ils le veulent et c’est aux chefs de le faire.

Traduction : Avic

Par Valentin Vasilescu, pilote d’aviation, ancien commandant adjoint des forces militaires à l’Aéroport Otopeni, diplômé en sciences militaires à l’Académie des études militaires à Bucarest 1992.

7 réflexions sur « L’armée syrienne a la capacité de repousser les vagues de Tomahawks lancés par les américains. Partie 1/2 »

  1. Si une attaque de Tomahwks (sans aucune autre opération j’entends) a lieu, je ne pense pas que l’armée syrienne est vraiment l’objectif de les détruire (mise à part les missiles visant des objectifs cruciaux bien évidemment).
    Une attaque de ce genre permettra seulement aux américains de ne pas trop salir leur image de « superpuissance » déjà bien dégradé.
    Les cibles choisit par les USA sont certainement déjà déserté par l’armée syrienne.

    A moins que la Syrie/ l’axe chiite et la Russie veuillent montrer leurs muscles aux américains…

  2. Si je me fie aux données je peux déduire que chaque missile de croisière est séparé du suivant par un intervalle de 90 sec (à une distance de 20 km).
    Il y a en gros une vingtaine de bâtiments américains capables de lancer ces engins plus quelques bombardiers. De nombreux tirs seront simultanés pour saturer les systèmes de défense premiers visés, et ce sur l’ensemble du territoire syrien.

    On comprend tout de suite que l’aviation syrienne ne pourra jamais repousser à elle seule une vague d’attaque aussi importante. Il faudra donc que la DCA soit elle aussi particulièrement performante et on sait que la Syrie ne possède que des systèmes à courte et moyenne portée (de 10 à 40 km), la livraison des systèmes S-300 ayant été repoussée à 2014 au plus tôt.

    Contrairement à l’Irak et au Kosovo le territoire syrien est infesté de groupes ennemis qui seront à coup sûr dotés de missiles portables AA.
    Les capacités des radars embarqués sur les Mig les contraindront à voler fort bas. Au mieux à la même altitude que les Tomahawks pour pouvoir les détecter. Dans ces conditions ils feront une cible parfaite pour les djiadistes.

    Enfin, il est évident que les rebelles auront reçu l’instruction de viser prioritairement les terrains d’aviation, les défenses AA et les défenses côtières qui empêchent pour l’instant la flotte US de s’approcher plus près des côtes syriennes.
    Restent enfin les sous-marins qui peuvent eux s’approcher bien plus près des côtes et tirer en immersion des missiles balistiques de moyenne portée (300 à 500 km) qui ne peuvent être contrés qu’en phase ascensionnelle.

    En défense pure je vois mal la Syrie résister plus de 24 hrs. La seule chance d’Assad est de contre-attaquer massivement la flotte ennemie. Or, curieusement, cela personne n’a jamais osé le faire. Ni au Kosovo, ni en Irak, ni en Libye. De mon point de vue non seulement c’était jouable mais c’était surtout la seule chose à faire. Et croyez-moi, ne serait-ce que deux bâtiments américains lourdement touchés aurait changé bien des choses. A commencer par ce sentiment de toute puissance et d’impunité absolue qui caractérise toutes les dernières guerres américano-occidentales.

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