Esclavage : entre abolition et évolution


image002Voici l’esclavagiste ; voici son champ. Voici quelques centaines d’hommes, achetés au prix élevé.

Voici une première journée de travail effectuée, à battre le blé ; les travailleurs, à l’unisson ; les gestes se répétant, pénibles. La chaleur tapante, certainement. Une dizaine d’heures harassantes. Les esclaves exigent quelques bienfaits: de quoi manger, de quoi boire, de quoi être propres. Comment pourraient-ils travailler autrement, s’ils ne sont point en forme ?

L’esclavagiste réfléchit une fois. Un esclave coûte cher. Faut-il alors se débarrasser de ceux qui se plaignent, pour en acheter d’autres ? Cela reviendrait encore plus cher que de les garder et les entretenir. Des nouveaux venus, il y aurait toujours des plaignants ; et alors, il faudrait certainement songer à en changer tous les jours. Où et à quel moment l’esclavagiste se verrait-il gagnant ? Nulle part, ni à aucun instant.

L’esclavagiste réfléchit une seconde fois. Il faut alors donner à l’esclave ce qu’il exige, pour qu’il puisse continuer de travailler.

Les voilà, le ventre plein ; et propres. Les voilà, de nouveau, en train d’exiger. Tous demandent à dormir, et dormir sur de bons lits. Tous ressentent les douleurs de la journée passée ; et le lendemain, il en sera de même ; et le surlendemain, de même, encore. L’esclavagiste se soumet à leur volonté ; il ne peut faire autrement, sans quoi, il serait toujours perdant.

Le second jour, un blessé. L’esclavagiste se rend compte qu’il est toujours moins coûteux de soigner un de ses travailleurs que d’en racheter un autre. Et si tout le monde se blessait, tous devraient être remplacés. Inimaginable est ce scénario pour celui qui les commande. On soignera cet esclave, aux frais de la maison.

Deux mois passent. Les esclaves sont plutôt contents de leur maître, qui prend soin d’eux. Mais l’esprit du groupe se sent fatigué, de battre la terre en continue ; tous les jours. Les esclaves demandent alors un ou deux jours de repos par semaine, pour profiter d’un temps libre ; temps libre qui les repose. Ils demanderont, encore plus tard, une ou deux semaines sans travaux forcés !

Durant ces temps libres, les esclaves souhaitent s’occuper l’esprit à d’autres activités ; l’art et d’autres jeux les font sourire ; l’agréable prend le dessus et apaise. Ainsi, ils n’avaient jamais autant remercié leur maître, pour sa gratitude. Celui-ci pouvait même convenir de leurs passer quelque coquette somme d’argent, pour un événement exceptionnel ! On pouvait fêter la date d’anniversaire de leur premier jour de travail, en exemple. L’esclavagiste voyait qu’après cela, ses travailleurs ne réclamaient rien d’autre. Les comptes faits, celui-ci était enfin gagnant, et il était toujours plus cher d’acheter de nouveaux esclaves que de ménager ceux qu’ils possédaient.

Alors, l’esclavagiste finit par écrire à ses amis. Tous étaient esclavagistes ; tous entretenaient des travailleurs, et de la même sorte. Ces esclavagistes avaient décidé de se réunir, pour discuter de leurs méthodes de travail et jouir de leurs gains.

Ils décidèrent à ce moment d’abolir l’esclavage, totalement.

Ils le criaient sur tous les toits de ces nations qu’ils avaient, eux-mêmes, créées. De ces nations grandissantes, ils l’exprimaient dans tous les médias, et ils décidèrent que cet événement serait la véritable force de ces Etats. Tous acclamèrent ! Certains esclavagistes -les meilleurs- devaient encore se porter garants du devenir de ces nations. Ils se proclamèrent banquiers et politiciens, pour s’assurer du bon devenir de cette abolition.

Ils avaient décidé que leurs méthodes de travail seraient amenées à s’étendre, à la taille d’une nation.

Voici l’abolition de l’esclavage de petite taille. Voici alors, la nouvelle Société.

Voici l’esclavagisme d’une nouvelle échelle, dont personne ne souhaite se défaire. Il n’en existe point d’autre ; il n’en a jamais existé de meilleur ou de moins bon, en tant que modèle. L’esclavagisme est ce qu’il est, ainsi ; par ces travailleurs souriants et aimables ; par les maîtres bons.

Il ne faut point que l’esclave se rebelle, parce qu’on le perdrait. Or, sa force vaut bien plus que son âme. Ainsi est l’objectif ; ainsi est la clé.

Voici l’Empire, enfin.

Fares Achour

http://diktacratie.com/esclavage-entre-abolition-et-evolution/

4 réflexions sur « Esclavage : entre abolition et évolution »

  1. Voici un texte dont la finalité n’est pas évidente ? Où l’auteur veut-il en venir exactement ?
    La parabole avec nos sociétés contemporaine n’est pas évidente.

    En dehors du côté philosophique l’auteur reprend une vieille idée fausse sur l’abolition de l’esclavage. Ce n’est pas par bonté d’âme qu’il fut aboli mais à cause de l’essor de la mécanisation.
    Un tracteur est plus fort que 10 hommes, travaille sans se plaindre et ne fatigue jamais. La fin de l’esclavage est d’abord un changement de modèle économique.

  2. L’esclavage moderne continue à l’abri des regards

    Alors que l’on célèbre en France les 165 ans de l’abolition de l’esclavage, des millions de personnes et d’enfants sont encore exploités dans le monde aujourd’hui. Travail forcé, mendicité contrainte, exploitation sexuelle ou domestique sont autant de facettes de l’esclavage moderne. Nous vous proposons un reportage en Bulgarie, où de nombreuses femmes sont victimes du trafic d’êtres
    humains.

    http://www.france24.com/fr/category/tags-auteurs/julie-dungelhoeff

  3. Pour les députés, l’esclavage « moderne » est un crime !!!

    La jeune Amina avait 10 ans quand elle a vu son calvaire s’achever. Depuis trois ans, elle avait quitté ses Comores natales pour vivre chez sa tante à Marseille. Celle-ci lui avait fait miroiter des promesses de vie meilleure, de scolarité exemplaire et d’avenir radieux. Dès son arrivée en 2007, Amina, qui n’avait alors que 7 ans, a du enchaîner les heures de ménage et de repassage en commençant dès l’aube. Ce n’est qu’une fois ses tâches terminées qu’elle pouvait se rendre à l’école. Régulièrement battue, et même brûlée, elle dormait sur un vieux matelas à même le sol, révélait à l’époque le quotidien La Provence. Amina n’a du son salut qu’à l’intervention d’une autre de ses tantes qui a signalé son cas auprès de la brigade des mineurs.

    En 2006, un rapport d’information sur Mayotte de l’Assemblée nationale dénonçait les conditions de vie des immigrés, pour la plupart comoriens sur l’île et assimilait certaines formes d’exploitation à de l’esclavage. Le mouvement des indignés de Mayotte reprenait le thème 2012 dans une tribune libre sur les esclaves modernes, « aujourd’hui appelés clandestins ».  » Les nouveaux esclavagistes sont nombreux, et ne sont plus l’apanage du seul propriétaire Blanc. Aujourd’hui, Mahorais et Wazoungous sont devenus égaux devant cet acte abjecte qu’est l’utilisation des démunis pour accomplir les tâches pénibles »,
    écrivaient-ils .

    http://www.esclavagemoderne.org/1-accueil.htm

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