L’influence américaine en Amérique latine en chute libre


Le Président bolivien Evo Morales et son homologue brésilien Dilma Rousseff (Reuters / Jose Gomez)
Le Président bolivien Evo Morales et son homologue brésilien Dilma Rousseff (Reuters / Jose Gomez)

Les dirigeants démocrates, du Mexique à l’Argentine, sont tellement irrités de l’influence américaine qu’ils sont maintenant prêts à prendre des mesures. C’est l’espionnage qui a déclenché ce phénomène.

L’Amérique aux Américains – c’est la pierre angulaire de la politique étrangère des États-Unis. Cette doctrine, introduite il y a 190 ans par le président James Monroe, signifie ceci : les étrangers restent en dehors  de l’arrière-cour des États-Unis. Pendant des décennies, elle [la politique étrangère américaine] a également eu de bons rapports avec les élites de l’Amérique latine. Ils ont même promu dictateurs des généraux qui aiment suffisamment Washington. Eh bien, ces jours sont désormais révolus.

Contrairement aux Européens, qui ne sont que clins d’œil et sourires complices pour les États-Unis dans le scandale de surveillance de masse, l’Amérique latine est en colère. Dans un mouvement radical, la présidente brésilienne Dilma Rousseff, une modérée, a décidé d’annuler une visite d’Etat à Washington. Les gens de gauche de la région sont maintenant plus agressifs et ceux de droite ont été contraints de prendre la parole. Des experts américains peuvent insister sur le fait que l’attention est focalisée sur la Syrie, mais la révolte est en train de monter dans l’arrière-cour. Les scandales de la National Security Agency (NSA) ont fait qu’il n’était plus possible pour les dirigeants de la région de garder le silence sans passer pour des faibles.

Le camouflet du Brésil a les plus grandes implications. La décision a été prise après que Mme Rousseff ait découvert que ses communications personnelles avaient été espionnées. Chaque dirigeant sud-américain a appelé à la soutenir, y compris Juan Manuel Santos en Colombie, le seul proche allié de Barack Obama qui reste dans la région. Elle a promis d’attaquer la surveillance de masse aux Nations Unies. Boeing est désormais susceptible de perdre un contrat de 4 milliards de dollars sur des avions de chasse.

Sans le Brésil qui servait de tampon, la gauche latino-américaine s’est enhardie. Evo Morales de la Bolivie a dit qu’il allait poursuivre Obama devant les tribunaux internationaux pour violation des droits de l’homme après que Nicolas Maduro du Venezuela ait été empêché pendant quelques heures de survoler Puerto Rico. Ces deux et Rafael Correa de l’Équateur vont probablement pousser d’avantage pour faire venir Edward Snowden en Amérique du Sud. Après le décès de Hugo Chavez ils avaient besoin d’un agenda commun pour améliorer leur tactique.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro (AFP Photo / Leo Ramirez)
Le président vénézuélien Nicolas Maduro (AFP Photo / Leo Ramirez)

Les révélations sur la NSA ont également eu pour effet que Cristina Kirchner de l’Argentine tende la main au Brésil pour améliorer sa défense cybernétique. Les pays de la région sont désormais attentifs à ce projet afin de développer leurs propres systèmes de messagerie : spécialement conçu pour ceux qui ne veulent pas de comptes Google et Yahoo qui permettent l’espionnage par les services de renseignement américains. Ce sont des représailles ouvertes, mais beaucoup plus de choses pourraient arriver derrière les portes closes. La présence américaine est toujours importante, mais maintenant que l’étoile de la Chine monte rapidement en tant que partenaire commercial de l’Amérique latine, la pression est sur les Etats-Unis.

L’influence américaine est si faible à l’heure actuelle que même le président conservateur Enrique Peña Nieto du Mexique a été contraint de s’exprimer et d’exiger une enquête. La pression politique ne lui donne pas d’autre alternative que de condamner la NSA pour avoir volé des données sur ses choix ministériels. Sebastián Piñera du Chili a également dû entrer dans la bataille. Ces dirigeants ne sont pas surpris par la surveillance elle-même, mais la portée de celle-ci était tout simplement trop grosse.

Les temps sont irrémédiablement en train de changer. L’Amérique pourrait être en voie d’appartenir à tous les Américains, et cela inclut aussi les Latino-Américains.

Mauricio Savarese est journaliste depuis 2003. Blogueur sur les affaires brésiliennes, il contribue à RT en anglais et en espagnol. Il a été reporter à l’agence Reuters, UOL et Yahoo.

Traduction : Avic

http://rt.com/op-edge/spy-scandals-us-latin-america-176/

6 réflexions sur « L’influence américaine en Amérique latine en chute libre »

  1. Il faut se méfier des effets d’annonce. Surtout lorsqu’elles viennent de pays peu puissants (ou pauvres) comme le sont la plupart des pays de la région. Bien des gouvernements contraints l’indignation de leurs population feront un peu de bruit, attendrons que l’affaire se tasse puis laisseront tomber. Par souci de realpolitik.

    Bien qu’éloignée de l’Amérique du Sud l’affaire d’espionnage qui vient d’être révélée en Belgique offre une vision en raccourci de ce qu’il se passera probablement ailleurs.
    Premier constat: si elle n’étaient pas révélées par des fuites dans la presse la plupart des affaires d’espionnage découvertes par les États eux-mêmes resteraient secrète. En Belgique une partie du monde politique et les dirigeants de Belgacom (le plus grand opérateur de téléphonie du pays, un partenariat public-privé) ont publiquement regretté que l’info ait fuité. Officiellement les serveurs du groupe ont été nettoyés et le coupable désigné. Non pas la NSA comme on le pensait mais l’Angleterre. Ce qui techniquement parlant revient au même puisque les EU et la GB partagent les mêmes installations d’écoute. L’affaire Belgacom venait s’ajouter à l’affaire Swift, une compagnie internationale dont l’un des plus grands centres de traitement de flux de données bancaires internationales est situé en Belgique. Après l’espionnage de l’ONU, de la CEE, de Petrobras et de Swift il n’est plus possible de prétendre que le seul but de la NSA est d’œuvrer à la paix du monde en traquant les terroristes*.

    D’un point de vue légal il devrait être possible de présenter aux coupables la facture, en général assez corsée, du nettoyage des installations majorée d’une belle amende. Les États les plus courageux n’hésitant pas à pratiquer un gel des avoirs au cas où l’amende ne serait pas acquittée retournant ainsi contre elle une pratique dont l’Amérique s’est largement servie ces dernières décennies.
    Or d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, dans l’hémisphère Sud comme dans l’hémisphère Nord, rien ne se passe.

    * Remercions quand même la NSA de nous avoir prévenu d’un risque majeur d’attaque de nos ambassades et de nos lignes TGV par al Qaïda cet été.

  2. Excellent article ! Je pense que les USA ont dépassé les limites du supportable et ces pays font bien de s’unir ! @ diablo (* Remercions quand même la NSA de nous avoir prévenu d’un risque majeur d’attaque de nos ambassades et de nos lignes TGV par al Qaïda cet été.)Ils n’ont pas de grands mérites puisqu’ils travaillent avec non ?

    1. Attention pourtant aux fausses alertes comme aux faux attentats !!!

      Il suffit de voir comment les médias sautent sur ce type d’info . enfumage no limit ( tout média confondu ) 😉

    2. C’était de l’ironie Mag. Il n’est rien arrivé et c’était prévisible. Toutes ces alertes n’étaient que des manoeuvres de diversion improvisées alors qu’Obama et la NSA étaient sous le feu des critiques.
      A moins que ça n’ait été une menace voilée… Allez savoir !

      1. Ils faut bien faire peur !!! surtout pour ça . 😦

        Armer jusqu’aux dents (piqûre de rappel: le budget US est de $ 1200 milliards – Israel $ 18 milliards dont $ 3 milliards venant des USA chaque année – France $ 66 milliards – Singapour $ 11 milliards – Arabie Saoudite $ 38,7 milliards – Oman $ 4,5 milliards etc…) ? (Sources – Singapore Defense and Security Report Q2 2009)

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