Roms : De la rue à la Sorbonne


Rom dans le gymnase henri wallon ©Pascal Raynaud 240509Quand elle passe devant une femme qui tend la main dans une rue de Paris, Anina Ciuciu revoit des scènes de sa propre enfance. Des moments de honte absolue, que la jeune Rom évoque avec pudeur dans Je suis Tzigane et je le reste, son récit autobiographique paru au printemps 2013. Elle y raconte les quartiers insalubres de Craiova, en Roumanie, où elle est née. La décharge puante où elle a atterri avec sa famille, en Italie. Puis l’arrivée décevante en France, que ses parents voyaient comme le pays des mandarines et des droits de l’homme. Et ces humiliantes séances où elle « faisait la manche », aux côtés de sa mère, quand il n’y avait plus aucune autre solution pour survivre. Sa mère ne se servait alors pas d’elle comme d’un appât, tient à souligner Anina. Simplement, elle ne voulait pas laisser la gamine seule à la maison. « C’était la meilleure mère au monde ».

Aujourd’hui âgée de 23 ans, la jeune femme a rassemblé tout son courage pour mettre en mots ce passé pas si lointain, dans ce témoignage écrit en collaboration avec le journaliste Frédéric Veille. « En Roumanie, nous étions des sous-hommes. En Italie, nous étions de la vermine », y résume-t-elle de façon lapidaire. Mais son histoire, c’est aussi celle d’une spectaculaire revanche sur le destin, qui était sur le point de renvoyer les Ciuciu vers leur point de départ, la Roumanie. Quand une femme s’est penchée sur deux mendiantes d’une ville de province française et qu’elle a entrepris de les aider. Une fois leur permis de séjour reçu, la vie des Ciuciu s’est normalisée. Les parents ont trouvé des emplois modestes -femme de chambre, jardinier-, leurs filles ont pu aller à l’école. Anina y a décroché un baccalauréat avec mention, et poursuit sa deuxième année de maîtrise en droit à la Sorbonne -devenant la première Rom admise dans cette institution. Mais elle ne se contente pas d’étudier pour devenir avocate. Depuis la parution de son livre, elle est devenue un modèle et une voix pour les Roms européens. Chaque fois qu’elle en a l’occasion, elle prend la parole contre les stéréotypes et les préjugés. L’un de ces préjugés, c’est de croire qu’il existe, en France, une « question » rom. Le problème en est un de pauvreté et de manque de logements qui touche tous les exclus, plaide Anina. L’autre préjugé, c’est de penser, comme l’a dit le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, que les Roms ne veulent pas s’intégrer, pour des raisons culturelles. « Mais personne ne choisit de vivre dans des conditions inhumaines », dit Anina. Avant d’ajouter : « Les Roms, on leur refuse le droit de s’intégrer ». En partie pour des raisons matérielles, parce qu’ils sont encore sous le coup de restrictions qui leur barrent l’accès à l’emploi en France. Même lorsque ces barrières seront levées, en janvier 2014, il restera l’autre barrière : celle du racisme. « En France, on tolère des propos sur les Roms qu’on ne tolérerait à l’endroit de personne d’autre. Si on continue à les montrer du doigt, qui donc voudra les embaucher ? » Elle admet qu’il existe, chez les Roms, des problèmes de criminalité. Mais pas plus qu’ailleurs. Le problème, c’est quand on ne voit que ça.

Anina Ciuciu
Anina Ciuciu

Même si son apparence physique ne la désigne pas automatiquement comme Rom, Anina Ciuciu a bien connu le goût amer du rejet. Les enseignants qui présument que vous n’êtes pas douée ; les enfants qui se détournent de vous ; votre mère qui a honte parce qu’elle a été vue dans ses vêtements traditionnels. Anina, elle, revendique pleinement son héritage, mais ne voit pas en quoi il devrait l’empêcher de jouer pleinement son rôle dans la société. La jeune femme ne veut pas consacrer sa vie uniquement à la cause des Roms. Mais elle aimerait contribuer à abolir les préjugés qui marginalisent les siens. Et elle voudrait qu’ils n’aient plus à compter sur des miracles pour s’en sortir. C’est une affaire d’une ou deux générations, dit-elle dans un français impeccable. Avant de prendre une dernière gorgée de cappuccino et de repartir vers son prochain cours.

Agnès GRUDA

http://www.interet-general.info/spip.php?article18787

7 réflexions sur « Roms : De la rue à la Sorbonne »

  1. Le principal problème c’est tout de même son propre pays ! Il a déjà touché des subventions de l’UE sans faire aucune amélioration dans le pays . La France est dans un état catastrophique ,elle ne peut pas non plus recevoir des milliers d’immigrants ,où allons-nous ? Les dirigeants de leurs pays devraient être mis sous tutelle afin d’effectuer les réformes nécessaires ,au lieu d’empocher l’argent et laisser le peuple dans une telle misère ! Et puis n’oublions pas non plus qu’il y a de plus en plus de PAUVRES en France ,de gens qui vivent dans leurs voitures ,ou des caravanes ne pouvant se payer un logement !

    1. Union européenne. Détournement de la majeure partie des 2,25 milliards d’ euros du Fonds social européen destinés à l’ intégration
      des Roms en Roumanie.

      Une information du quotidien néerlandais Trouw rapportée par Yves Daoudal :

      » La plus grande partie des 2,25 milliards d’euros du Fonds social européen (FSE) destinés à aider la Roumanie pour l’intégration des
      Roms a disparu dans les poches d’ hommes politiques corrompus et d’
      associations bidon. 😦

      http://www.observatoiredessubventions.com/2010/detournement-des-aides-du-fonds-social-europeen-aux-roms/

  2. Roumanie : ruée sur les terres agricoles.

    Une baraque fait office de bureau. Plantée au milieu des champs à
    proximité du village de Bujoru, dans le sud de la Roumanie, on la distingue à peine depuis la route. « Elle m’a coûté 500 euros », explique Christophe de Beukelaer avec un clin d’oeil. Depuis son plus jeune âge, il rêvait d’avoir sa ferme, mais, en France, les possibilités n’étaient pas à la hauteur de ses ambitions. En 2004, il s’installe dans le village de Bujoru à la tête d’une ferme de 1 200 hectares. « Ici, l’accès au foncier est très facile, explique l’agriculteur, originaire de la Haute-Marne. Par rapport à la France, on a une grande liberté. Aujourd’hui, j’ai 1 200 hectares parce que j’ai les moyens financiers d’acheter cette superficie, mais avec un peu plus d’argent, j’aurais pu acheter 5 000 ou 10 000 hectares. En France, la place est prise, c’est fini. »

    Avec ses 15 millions d’hectares de terrains agricoles, qui se vendent en moyenne 2 000 euros l’hectare (le prix moyen des terrains agricoles français était de 5400 euros l’hectare en 2012), la Roumanie attire
    comme un aimant. De nombreuses parcelles sont depuis longtemps au
    repos,…

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/07/03/roumanie-ruee-sur-les-terres-agricoles_3440535_3214.html

  3. Ce dont madame Duflot devrait parler plutôt que des Roms !

    Ces derniers temps madame Duflot ne cesse de jacasser et de pestiférer pour défendre les Roms. Elle va même jusqu’à s’attaquer à son ministre de l’intérieur telle une furie oubliant au passage qu’elle appartient à un mouvement politique censé s’occuper de la cause écologique d’abord…
    J’ai moi même plus écrit sur l’écologie que elle et pourtant dieu sait que EELV n’est pas ma tasse de thé ! Voici 3 articles de presse passés totalement inaperçus dans les médias audiovisuels et qui auraient normalement pu inquiéter madame Duflot. Rien. Silence radio là dessus. Duflot crédibilité zéro…

    Présence anormale de tritium sous la centrale du Tricastin
    L’autorité de sûreté nucléaire (ASN) a annoncé lundi 16 septembre avoir demandé à EDF une surveillance renforcée des eaux souterraines de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme) et d’identifier la cause d’une présence anormale de tritium dans ces nappes. Le tritium est l’un des principaux radionucléides émis par les réacteurs nucléaires et les installations de traitement du combustible nucléaire usé.
    L’enceinte géotechnique de la centrale, matérialisée par une paroi verticale en béton de 60 cm d’épaisseur et de 12 mètres de profondeur sous les réacteurs, emprisonne l’eau souterraine et l’empêche de contaminer les nappes phréatiques environnantes, a expliqué lundi soir EDF. L’eau pompée est ensuite stockée dans des réservoirs, contrôlée, puis rejetée dans le Rhône dans le respect des
    réglementations, a assuré le groupe.

    suite…

    http://reveil-et-vous.fr/article-ce-dont-madame-duflot-devrait-parler-plutot-que-des-roms.html

  4. Que ce soit pour les Roms ou qui que ce soit, lorsque quelqu’un a déjà le stigmate de  »sous-humain », et ce dès dès sa naissance, cette personne part déjà dans avec deux moins de chance de s’en soritr. Les préjugés et le racisme sont des cancers humains de la société moderne. Vrai que je n’ai pas vécu près des Roms, mais j’ai beaucoup entendu parler d’eux. Je n’ai jamais fait d’études sur leurs situations, leurs débuts, leur racines…rien de scientifique ni aucune données en chiffres. Mais d’un point de vue humain, ce sont des HUMAINS à part entière. Et comme disait Martin Gray…’l’autre est un frère avant d’être un ennemi… ».

    1. Le plus souvent ceux qui n’aiment pas les roms (ou les peuples différents) n’en connaissent aucun. Et moins on les aime, moins on a envie de les connaître. C’est bizarre la nature humaine…

Postez un commentaire. Restez dans le sujet de l'article svp. Les agressions personnelles et les insultes seront bannies.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s