Forums en ligne : écrire ou ne pas écrire ?


4311030141_0f727bdb4b_bTout récemment, une édition américaine a publié une amusante liste répertoriant 12 types de personnes, susceptibles de commenter les publications sur les sites web d’information. On y trouve le chercheur de vérité, le raisonneur, le plaisantin, le génie (bon ou mauvais), l’oisif et bien d’autres. N’importe qui peut se reconnaître parmi ces portraits.

Dès les premiers temps du Net, la section des commentaires a ressemblé à une sorte de Far West. On y a retrouvé la joie des conversations de cuisine associée à la possibilité d’avoir un écho mondial. Mais dans ce Far West, les farouches cow-boys ont été remplacés par des gens coincés avec des noms tels que « Beaugos1987 » qui, voutés derrière leurs écrans, dans des pièces sombres, et à l’image des cow-boys d’autrefois, tirent d’abord et réfléchissent ensuite, si tant est qu’ils soient seulement capables de réfléchir.

Internet est comme une tribune où chacun peut s’exprimer, montrer de quoi il est capable (bien sûr en paroles seulement), et affirmer sa personnalité. Les développeurs de différents sites sont obligés d’employer des personnes, appelées modérateurs, dont la principale fonction est de ne pas faire de leur plateforme un ramassis d’idioties. La pire situation est sans doute celle du site YouTube, dont les fondateurs reconnaissent que des problèmes existent et déclarent être à la recherche d’une solution.

Il est toujours plus facile d’affronter un ennemi dont on connaît le visage. C’est pourquoi le journal américain BuzzFeed a, avec ironie, publié la liste des douze profils types de commentateurs en ligne. Mais comme on le sait, dans toute plaisanterie, il y a un fond de vérité. Ainsi chacun peut se retrouver ou retrouver ses proches dans ce hit-parade de portraits.

En premier lieu, il y a les dits « grands martyrs » de la liberté d’expression. Ceux qui craignent toujours que leur voix ne soit pas entendue, car les modérateurs n’ont rien à gagner dans la publication de la vérité. De l’autre côté, il y un autre type, tout aussi bizarre, que l’on peut nommer : les beaux penseurs autodidactes. Ce sont certainement des gens brillants dont le talent réside dans la belle phrase et dans la dénonciation magistrale de la duplicité des politiciens et des partis politiques. David KemiGon, Barack O-Bomba, voilà ce que propose le folklore des Internautes. Il y a ceux qui passent au crible le moindre article ou la moindre nouvelle pour y trouver une erreur, et prendre l’auteur en faute. Il y a ceux, antiracistes absolus et attiseurs de scandales qui passent beaucoup de temps à réfléchir à l’expérience homosexuelle.

Mais pour celui qui est assis de l’autre côté de l’écran, une question se pose : qu’est-ce qui conduit une personne à publier tel ou tel commentaire ? Est-ce seulement une façon de prendre part au débat ? Jacob Kochetkov, directeur du Centre de thérapie cognitive a répondu pour La Voix de la Russie à ces questions :

« Dans certains cas, ce qui motive les gens, c’est d’abord la volonté de s’affirmer. Nous connaissons le phénomène de la moquerie, quand des gens, qui ne réussissent pas forcément bien dans la vie, s’affairent à laisser des commentaires hargneux qui sont ensuite longuement discutés. Cela ennuie tout le monde, et la personne a l’impression d’avoir réalisé quelque chose, d’avoir marqué un coup, car dans la vie réelle, il est possible que personne ne s’intéresse à elle et cela la vexe profondément. Le deuxième profil, ce sont les gens qui font cela par ennui. Car parfois on a la flemme de travailler et il est bien plus facile de rester derrière son ordinateur pour commenter des nouvelles, même peu importantes. »

En outre, les commentateurs actifs en ligne se laissent gagner par un sentiment de puissance, estime l’expert. Une personne peut écrire une méchante plaisanterie ou insulter son interlocuteur, sans craindre d’être sanctionnée. D’autre part, si une personne se sent seule, grâce aux divers groupes et blogs en ligne, elle peut trouver des gens partageant les mêmes centres d’intérêts qu’elle. De ce point de vue là, la communauté Internet mondiale a une portée presque thérapeutique.

Les adolescents appartiennent à une tout autre catégorie au sein des commentateurs en ligne. Les experts de l’ONG Kidscape ont analysé des données portant sur l’activité en ligne d’enfants de 11 à 18 ans au Royaume-Uni. Ils ont constaté que 45 % des personnes interrogées se considèrent plus heureuses dans le monde virtuel. Environ la moitié des enfants ont déclaré se comporter différemment dans le monde virtuel, et s’y sentir plus forts, confiants et libérés que dans la vie réelle.

Le professeur Vladimir Malyguin de la Faculté de Psychologie et de psychothérapie de l’Université médicale et dentaire de Moscou et membre de l’Académie internationale des sciences considère que les commentaires agressifs sont en général le fait d’adolescents :

« Les études que nous avons menées sur des adolescents ont montré des niveaux élevés d’agressivité sur les forums, mais nous parlons d’adolescents, et dans ce cas, nous considérons cela comme une tentative de socialisation propre à cet âge de la vie, il s’agit d’essayer d’entrer dans le monde réel à travers ces forums, c’est-à-dire « se tester soi-même ». Mais, on peut être bien sûr d’une chose : ces personnes ont des difficultés à communiquer et à vivre dans le monde réel, dans la vraie vie, c’est pourquoi se dégage une telle agressivité. »

« L’enfer est pavé de bonnes intentions », cette maxime populaire ne pourrait pas tomber plus juste. Après tout, si l’on y réfléchit, toutes les sociétés civilisées se sont battues avec acharnement depuis des décennies pour obtenir le droit d’exprimer librement leurs pensées et leur regard sur la vie. Et nous voilà avoir obtenu cette liberté tant chérie, qui est devenue un problème. Les publications d’information en ligne ont déjà tout compris : tu as soit un espace ouvert aux commentaires, soit tu as un débat intelligent et utile. Mais il est impossible d’avoir les deux en même temps. Dans tous les cas, nous avons toujours le choix : écrire ou ne pas écrire ?

http://french.ruvr.ru/2013_10_18/Forums-en-ligne-ecrire-ou-ne-pas-ecrire-5382/

8 réflexions sur « Forums en ligne : écrire ou ne pas écrire ? »

  1. En général, les commentaires sont à l’aune de l’article/du site qui les héberge. Plus le site est généraliste, plus les commentaires seront généralistes aussi.
    Si vous prenez un site ne parlant que de la reproduction des huitres dans les eaux internationales chilienne, vous aurez beaucoup moins de commentaires décalés, que sur un site comme celui de notre hôte.
    Il faut bien se dire que le trollage est la rançon du succés.
    Il implique des procédures, certes contraignantes, mais obligatoires.
    Sinon, vous sombrez dans des configurations chaotiques – comme sur le site d’Allain Jules – oú on assiste à une bataille du genre « prem’s », et oú les commentaires sont répétés ad nauseam.
    Aprés, chacun trouve son bonheur oú il le veut. Moi-même je ne me contente pas de commenter ce site, je vais en d’autres endroits, d’autres lieus, mais je ne commente pas tout le temps.

    PS: prem’s! 😉

  2. Tout n’est pas dit dans cet article , c’est bien dommage et l’on pourrait en faire une rallonge sur la réelle motivation de laisser un commentaire … je vous laisse devinez la suite …. et merci de m’avoir permise de réagir 😉

  3. Deux ans à parcourir le globe. Sans téléphone, sans compagnie, sans animaux, sans cigarettes. La liberté suprême. Un extrémiste, un
    voyageur esthète, dont le seul domicile est la route. Et maintenant, après deux années chaotiques, c’est le moment de l’aventure ultime la plus extraordinaire. Le combat capital pour tuer l’être factice terré au plus profond, et mener à son terme la révolution spirituelle. Pour ne plus se laisser contaminer pas la civilisation, il fuit, et il marche seul,
    pour revenir à l’état sauvage…… hum. 🙂

    1. En fait, non. Je me suis trompé. J’avais lu trop vite.
      Pas de téléphone, pas de compagnie, ni bébêtes, ni cigarettes; ajouté à cela liberté suprême, extrémisme, esthète…
      Attendez que je réfléchisse…
      JESUS!!!!
      Dans le désert, bien sûr.
      Pourquoi n’y ai-je point pensé avant. C’était évident.

      1. On avait 2 sacs bourrés d’herbe, 75 plaquettes de mescaline, 5 feuilles complètes d’acide en buvards, une salière à moitié

        pleine de cocaïne, une galaxie multicolore de remontants, sédatifs, hilarants, larmoyants, criants, en plus une bouteille
        de tequila, une bouteille de rhum, une caisse de bière, un
        demi litre d’éther pur, et deux douzaines de Poppers. Non qu’on ait eu besoin de tout ça pour le voyage….., mais quand On démarre un plan survival hot , la tendance, c’est de repousser toute limite. 🙂

Postez un commentaire. Restez dans le sujet de l'article svp. Les agressions personnelles et les insultes seront bannies.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s