Ce que l’Argentine chuchote à l’oreille d’Obama


cristina-kirchner-presidente-argentineMaria Poumier

Alors que chacun retient son souffle en observant la rapidité avec laquelle s’enchaînent des évènements inimaginables il y a encore un mois, il peut être utile de rappeler certains mouvements de fond, dans la société américaine, qui peuvent brusquement s’exprimer, comme « effets papillon » pesant de façon inattendue, mais incontournable.

La situation très critique que vivent les USA libère llà-bas la colère des habitants. Ainsi le dirigeant du Ku klux klan Richard Preston appelle ouvertement les Américains à s’unir pour une guerre civile contre le président Obama (french.ruvr.ru/…/USA-le-Ku-Klux-Klan-organise-une-action-contre-Oba..). Et l’armée se prépare à faire face à des émeutes. Les militaires en vacances ont ordre de ne pas quitter le pays jusqu’au 5 novembre; des troupes sont rapatriées d’Afghanistan, on achète des véhicules antiémeutes, les membres du DHS (Department of Homeland Security), ont reçu des cours de tir et de maniement du couteau etc.) Tandis qu’Obama nous semble enfin honorer, quoique de façon paradoxale, son prix Nobel de la Paix, il affronte chez lui une haine raciale et classiste qui vient de loin: lorsqu’il annonça qu’il allait mettre en route un plan de santé pour tous, un individu fit publier dans la grande presse un encart incitant à l’assassinat ciblé du président Obama.

Cette haine, assortie de mépris et de rancune contre le facteur noir, en bloc, couvant toujours sous la cendre depuis la défaite des sudistes dans la guerre de Sécession, ses hérauts veillent à la dissimuler, car ils redoutent qu’une mobilisation noire dresse un rempart de protection autour du président. Celui-ci se verrait alors obligé de rendre des comptes à sa base, à ceux qui ont voté en masse pour lui en 2008 parce qu’ils voyaient en lui un garant de santé morale pour le pays. Mais c’est ouvertement contre l’effort personnel d’Obama pour protéger les pauvres dans son pays que ses ennemis font campagne aujourd’hui, avec un chantage d’une incroyable obscénité.

Les défaites de l’empire en Irak, en Afghanistan, en Syrie, les Américains savent bien qu’elles ne sont pas imputables au même degré à leur président. Ce sont les militaires eux-mêmes qui ont mis en garde contre la tentation de la fuite en avant (five us generals threaten obama with military coup over … – Syria 360.http://wordpress.com/…/five-us-generals-threaten-.), qui serait une marche à l’abîme pour tous, sauf pour les puissances financières US. Et c’est un groupe de militaires qui lui a adressé une démonstration que les armes chimiques en Syrie ont été utilisées par les rebelles, comme provocation pour l’obliger à entrer en guerre.

Obama, président échaudé, sur qui s’exercent des pressions colossales, a dès le début de son mandat tenté de tirer son pays des guêpiers impériaux. En ces jours de victoire diplomatique de la Russie, on oublie de rappeler la longue préparation du dialogue avec l’Iran, entreprise par Obama, à la grande fureur d’Israël. Et il est bon de souligner qu’Obama a su prêter l’oreille à la réflexion des autres Américains, ceux qui ne parlent pas anglais, mais écoutent les leçons de leurs propres guerres d’indépendance. (1)

On peut considérer comme une coïncidence que le pape révolutionnaire François soit argentin, comme la présidente qui, au mépris des menaces du lobby israélien et tous les grands media dans son pays, a signé en février 2013 un accord historique avec l’Iran pour relancer l’enquête sur l’attentat de 1994 contre le centre AMIA à Buenos Aires. Cet attentat, Israël l’a exploité de façon scandaleuse afin d’en faire inculper le gouvernement iranien; après avoir apporté de fausses preuves, fait disparaître les éléments capitaux de la scène du crime et des archives judiciaires décisives, payé délinquants, magistrats et policiers pour qu’ils portent de faux témoignages, l’État juif, tenu en main depuis l’assassinat du président Rabin, en novembre 1994 par Netanyahu, l’Etat juif, donc, en la personne de B Netanyahu, vient d’affirmer que le nouveau président de l’Iran, M. Rohani a lui-même personnellement mis au point l’attentat terroriste en question!!! (http://www.unoticias.com.uy/…/israel-vinculo-a-rohani-con… )

En 2008, le chancelier argentin Héctor Timerman fut envoyé par la présidente Cristina Fernandez transmettre le message suivant à John Negroponte: « tôt où tard, vous allez devoir mettre en route un processus de paix avec les Perses; nous les Argentins allons vous donner un coup de main pour ce faire, avec l’enquête autour de l’attentat contre l’AMIA ». Il l’a redit à Hillary Clinton, puis à Kerry. Et les arguments argentins de poids, pour que les US effectuent un virage de bord impliquant une redéfinition de toute leur politique au Levant, il les tirait de la guerre de 1982. Et en septembre dernier, la présidente argentine, lors du sommet de l’ONU qui a vu s’élever la clameur internationale contre l’agression de la Syrie, s’est entretenue avec Obama en privé.

Leçons militaires d’Argentine

Il se trouve que l’Argentine peut se targuer de succès militaires considérables sur la Grande Bretagne lors de la guerre des Malouines, en 1982. C’est l’analyse fine de cette brève guerre qui a donné son essor original à la réflexion géopolitique des Argentins.(2)

L’Angleterre s’était retrouvée paralysée face aux missiles Exocet lancés par les Argentins. Cette situation les deux parties l’avaient vécue lors de la bataille de Punta Quebracho, en 1846. On se souvient du dénouement: le président Mitterrand vola au secours des Anglais, en ne livrant pas tous les missiles promis aux Argentins, et en donnant les codes secrets des Exocets aux Anglais. Une demi douzaine de ces missiles avaient suffi à faire des ravages, une douzaine de plus aurait fait basculer les ex-Falklands dans le giron de l’Argentine. (BBC News – How France helped both sides in the Falklands War
http://www.bbc.co.uk/news/magazine-17256975

Tout cela a été étudié par l’amiral Fallon, ainsi que par Sandy Woodward, chef de la flotte britannique en 1982. La trahison française a été complétée par la trahison du gouvernement militaire argentin, qui avait lancé la mobilisation contre l’Angleterre autour des Malouines pour flatter le sentiment national populaire, mais eut peur de ne pas pouvoir maîtriser l’incendie qu’elle allumait. Le journaliste Alejandro Fantino et le rapport Rattenbach, rédigé par le pilote de combat Moro, Virginia Gamba et Federico Bernal, publié par Tiempo Argentino, en ont apporté la démonstration. Le général Galtieri avait refusé le soutien des Russes et des voisins latino-américains, avec cette argumentation à mots couverts:  » pas d’aide russe pour la défense de la nation, parce que nous nous retrouverions infectés par le communisme. Et nous voulons encore moins des Mirage péruviens, parce que nous sommes des Européens [en ce sens qu’ils sont plus blancs que le reste de l’Amérique] et notre maître à penser Sarmiento se retournerait dans sa tombe si nous acceptions de nous battre aux côté de ces indigènes du Pérou. »

En effet, sur le terrain, les soldats argentins faisaient preuve d’héroïsme et réalisaient des miracles, comme ils l’avaient fait, contre le même agresseur, en 1763, en 1806, en 1807, 1844 et 1846. Mais l’État major, nullement motivé pour arracher une victoire qui aurait été révolutionnaire et anti-impérialiste, fit un travail de laquais et d’agent double pour ne pas affronter le courroux US.

En se préparant à reculons à l’attaque de la Syrie, Obama n’ignorait pas les points comparables entre cette épopée et ce qui l’attendait: un peuple syrien prêt à mourir en masse, comme les Cubains en 1962, pour défendre leur souveraineté nationale. Une direction syrienne également prête à tout, ayant noué des alliances solides. Pas de risque que les Russes trahissent en retardant la livraison de leurs Onyx; et les GPS chinois les auraient averti immédiatement du décollage du moindre missile américain ou israélien. Les porte avions US, armes subsoniques comme les Tomahawks, auraient été coulés par les armes supersoniques, trois fois plus rapides que les Tomahawks. Israël, comme Miami en 1962, y aurait perdu tout de suite le dixième de sa population. Il est probable qu’une bonne partie de la population israélienne pouvant se targuer d’une deuxième nationalité aurait pris la poudre d’escampette.

La simulation de cette agression US qui est restée virtuelle jusqu’à ce jour a donc eu un côté pédagogique certain. Le chancelier Timerman, juif pratiquant, est officiellement considéré comme un abominable traître à la judéité en Israël. Mais chacun sait qu’ils sont partout et nombreux les juifs qui travaillent pour la paix, c’est à dire contre le gouvernement israélien et ses officines terroristes, plus ou moins ouvertement, selon leurs différents niveaux de responsabilité. Lors du discours du président Rohani à l’Onu, Netanyahu a quitté ostensiblement la salle, mais un de ses ministres est resté.

Le lien avec la politique intérieure des USA

Démocrates et républicains arrivaient à travailler ensemble, au printemps dernier, sur la réforme des lois migratoires, dans un sens modéré. Il faut insister sur la particularité de l’immigration la plus nombreuse aux USA, celle des hispanophones, qui sont aussi des catholiques, aux valeurs familiales fortes. Il n’y a aucun obstacle profond à la fécondation réciproque entre états-uniens depuis plus d’un siècle, et nouveaux états-uniens: pas d’interdit alimentaire chez eux, encore moins vestimentaire, pas de mémoire de croisades ou de reconquista; au contraire, un fort sentiment de leur américanité commune, malgré tout, malgré les ravages de l’impérialisme. Une religion est en pleine expansion aux USA, et elle vient aussi de l’Amérique latine: c’est l’animisme caribéen, le paganisme d’origine africaine qui intègre le paganisme autochtone de l’Amérique. Or ce syncrétisme, qui n’est nullement réservé aux noirs, exige l’observance et le respect des rites chrétiens. Avec l’élan de charité chrétienne donné par le pape François, et l’écaillement du vernis sioniste des élites, dont le peuple n’a jamais été dupe, de nouvelles alliances de forces populaires deviennent possibles aux USA. Déjà, l’Obamacare, dont la première phase est entrée en vigueur le 1er octobre, remporte un énorme succès, c’est bon signe… (http://www.tdg.ch/economie/shutdown-obamacare-cartonne/story/12976893/print.html)

Souhaitons au président Obama de continuer à écouter le camp de la paix, le camp des pauvres, et de pouvoir continuer à travailler dans le camp… des Argentins. L’Argentine a vécu le défaut de paiement, et s’en est remise. Et elle donne l’exemple de la possibilité de travailler avec l’Iran sur un sujet qui met à nu le terrorisme israélien sous faux-drapeau. Les Américains aussi ont connu des attentats meurtriers où ils ont vu les Israéliens falsifier des preuves, détourner des enquêtes, corrompre des magistrats, assassiner des témoins gênants et protéger leurs agents démasqués, en incontestables complices de crimes utilisés comme contexte émotionnel indispensable pour permettre l’invasion et la destruction de l’Iraq et de l’Afghanistan, en prélude à celle de la Syrie et de l’Iran. Ils ont tout intérêt à en finir avec l’emprise des maffias sur leurs élus. Ce sentiment s’exprime jusqu’au sein du FBI, qui « dévoile des documents troublants » (http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/israel-et-le-11-septembre-2-7-le-100817).

Les guerres d’Indépendance, en Amérique latine, ont toutes été dépendantes de la mobilisation noire, en faveur des séparatistes locaux. C’est le général Petion, en Haïti, qui, ayant promis le soutien des Afro-américains à Simon Bolivar, fit basculer le rapport de forces en sa faveur, dans chaque pays. Lorsqu’ils ont pris peur de leur base noire, et se sont sentis menacés par la « contagion haïtienne », les état-majors insurgés sont retombés dans l’orbite coloniale. Dans la polarisation radicale qui vient, inéluctable, de nouveau, tant Obama que son peuple vont devoir choisir. Les USA peuvent gagner leur guerre d’indépendance contre Israël à condition d’épouser massivement leur pôle noir.

Remarque à toutes fins utiles

Depuis une dizaine d’années, l’Argentine reconstruit patiemment son armée, démantelée par le président Menem dans les années 1990, président qui, partisan de « rapports charnels » avec les USA, céda aux pressions israéliennes lors de l’attentat contre l’AMIA, alors qu’il n’était nullement dupe de leurs intromissions, destinées à lui faire rompre tout lien commercial et diplomatique avec l’Iran. L’Argentine fournissait du matériel nucléaire à Israël, et à l’Iran, depuis l’époque du Shah… Ses forces terrestres, aériennes et navales font des exercices conjoints (coordination qui n’existait pas en 1982!), le recrutement se féminise, le niveau d’études s’élève, le TIAR a été remplacé par un système de défense régionale. Le peuple retrouve confiance dans son armée, qui de son côté accepte de reconnaître les crimes de lèse humanité commis dans les années 1970, et les impute à ses dirigeants lamentables de l’époque, les mêmes qui ont sacrifié pour rien la jeunesse dans les combats pour les Malouines. Et le gouvernement de Cristina Fernandez a repris le programme chaviste dynamique d’intégration latino-américaine, avec coopération militaire éventuelle, sans discrimination des pays moins blancs qu’eux, au sein de l’UNASUR.

(1) Sur l’affaire des 5 Cubains in justement emprisonnés pour « complicité de terrorisme », alors qu’ils luttaient précisément contre les terroristes américains de Miami, « il y a des avancées : la réduction de la peine pour trois des Cinq, sous la pression de l’opinion publique internationale, et le fait que, au mois d’avril de cette année, la juge ait accepté que René, le premier des Cinq qui a été libéré, puisse quand-même retourner à Cuba, contre l’avis du ministère public. Et puis il y a la publication récente de documents démontrant qu’un certain nombre de pseudo-journalistes étaient payés par le gouvernement étasunien afin de manipuler, par le biais de la presse, l’opinion publique de Miami contre les Cinq pendant le procès et lorsque les jurés se penchaient sur leur verdict. Evidemment, tout cela annule le procès. La défense a demandé une nouvelle session, mais la juge réfléchit toujours » (http://www.les5.org/toutes-les-news.html). On espérait, le 10 octobre dernier, 15ème anniversaire de la détention des 6, un nouveau geste. Cuba avait refusé d’accueillir l’avion d’Edward Snowden, au mois de juin, en espérant un renvoi d’ascenseur…

(2) Les réflexions qui suivent reprennent les dernières informations et analyses d’Oscar Abudara Bini, coordonnateur de l’ouvrage: Malvinización y desmentirización, Ediciones Fabro, Buenos Aires 2013.

Voir Siria: deflagración sin conflagración (http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1492).

http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1493

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