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Et si l’Iran privait les « Occidentaux » d’ennemi ? par Philippe Migault


Tribune libre Byblos

ahmadinejad-hitler-israel-horzL’élan d’ouverture qui se manifeste en Iran depuis l’élection d’Hassan Rohani a été favorablement accueilli par les « Occidentaux ».

La conversation téléphonique du Président iranien avec Barack Obama, premier contact direct entre les chefs d’Etats des deux pays depuis la révolution islamique de 1979, a suscité l’optimisme sur la scène internationale. L’esprit résolument moderniste de ce religieux qui fait le buzz sur Twitter, les pistes de négociations proposées par Téhéran sur son programme nucléaire, ont déclenché une vague de commentaires et d’analyses qui ne sont pas sans rappeler les premiers mois de la Perestroïka : enthousiasme d’une part, profond scepticisme de l’autre.

Du point de vue israélien, les choses sont claires : Rohani est un « loup déguisé en mouton » assure Benyamin Netanyahou. Le Premier ministre de l’Etat juif est persuadé que ce séducteur n’est qu’une ruse persane, dont l’objectif est de gagner du temps afin de permettre à l’Iran d’achever la mise au point de sa bombe atomique.

Côté américain, on se veut prudent. Parce qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, on rappelle qu’il faudra que Téhéran donne des garanties sur son programme nucléaire.

Pourtant, l’hypothèse d’une énorme entreprise de désinformation iranienne n’est peut-être pas ce qui inquiète le plus les Israéliens et leurs alliés américains. « Nous allons vous faire ce qu’il y a de pire, nous allons vous priver d’ennemi », déclarait en 1989 Alexandre Arbatov aux Américains. A Washington et à Tel-Aviv, bien des personnes redoutent que Rohani fasse de même.

Imaginons un Iran qui accepte la transparence sur l’atome, un Iran qui s’ouvre, qui convainque « l’Occident » de sa bonne volonté et obtienne la levée des sanctions.

Quel épouvantail brandiront les Israéliens pour poursuivre leur coûteux programme de bouclier antimissiles ? Pour les entreprises d’armement israéliennes qui ont développé une génération de matériels très onéreux, qu’elles proposent à l’export, une telle perspective serait catastrophique.

Car l’enjeu est colossal. Les systèmes antimissiles sont parmi les produits les plus convoités du marché mondial de l’armement. De nombreux Etats sont prêts à investir lourdement pour s’en doter. La vague de protestations ayant accompagné la décision turque d’acheter des missiles HQ-9 à la Chine ne se justifie pas seulement par le choix d’un matériel chinois par un Etat membre de l’OTAN. Elle s’explique surtout par la perspective de voir 4 milliards de dollars échapper à l’un des missiliers occidentaux et la Chine réussir une entrée fracassante sur ce segment juteux.

Les sociétés israéliennes espèrent secrètement greffer leurs systèmes sur un bouclier antimissiles européen, dont elles représenteraient la première ligne de défense vis-à-vis des menaces venues du Moyen-Orient, tenant le rôle que l’OTAN refuse à la Russie. Pour Tel-Aviv, cela permettrait de faire coup double : rapprochement militaire et diplomatique avec les Européens, accès à un marché des plus lucratifs, au détriment des entreprises européennes de défense, essentiellement françaises sur ce segment…Que Téhéran fasse des concessions et tout s’écroule.

Le même problème se pose aux Américains. Comment justifieront-ils leur propre projet en Europe ? En évoquant les missiles pakistanais ou nord-coréens ? Ou bien Washington ressuscitera-t-il la menace russe, ultime recours pour justifier la pérennité de l’OTAN ?

Les groupes Boeing, Raytheon, Lockheed-Martin ont eux aussi tout à perdre…Lourdement impliqués dans les programmes antimissiles israéliens, ils seraient doublement impactés : en Israël et, beaucoup plus grave, en Europe.

Car l’objectif commun de ces entreprises et de la Maison-Blanche sur le Vieux Continent est limpide. Il s’agit de renouveler le coup du programme d’avion de combat F-35. Celui-ci monopolise déjà une bonne partie des fonds que les Européens peuvent investir dans la R&D en matière d’aéronautique de défense, sans aucun transfert de technologie américaine en retour. Un désastre tel que les Etats de l’UE n’ont plus les moyens de financer les études nécessaires au développement de la prochaine génération d’avions de combat. En faisant de même sur le segment des missiles et de l’électronique de défense au sens large, l’Amérique donnerait le coup de grâce. Elle siphonnerait le gros des ressources restant à l’Union européenne pour sa défense, neutralisant son industrie de l’armement, la réduisant au rang de junior partner, nous privant d’un instrument indispensable à notre autonomie stratégique.

La mutation esquissée à Téhéran est susceptible, dans une certaine mesure, de remettre en cause la pérennité de l’OTAN, principal instrument d’influence américain en Europe sous sa forme actuelle.

Elle peut aussi rebattre les cartes sur le marché de l’antimissile où les entreprises européennes, faute de soutien politique, peinent à imposer leurs atouts face à leurs rivales américaines et israéliennes.

Espérons que l’éclaircie Rohani tourne au grand beau temps.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

Philippe Migault est Directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et stratégiques (IRIS). Ses principaux domaines d’expertise sont les questions diplomatiques et stratégiques, les conflits armés et industries de l’armement.

http://fr.ria.ru/tribune/20131018/199586772.html

Via http://www.comite-valmy.org/spip.php?article3997

Grosse rigolade à Téhéran…


5F1FB838-B830-4846-8ABD-2A213ACF8F27_mw1024_n_sPour son premier contact avec le monde occidental en tant que président, Hassan Rohani a fait carton plein. Il est rentré de New-York les mains chargées de cadeau pour le guide suprême Ali Khamenei.

Le premier d’entre eux concerne bien sûr le nucléaire iranien qui semble se diriger vers une solution rapide. Rohani se permet même de fixer des échéances. 3 mois, dit-il, peut-être 6.  On parle déjà d’allègement des sanctions.

Les relations irano-américaines, ensuite. Les Etats-Unis font tout pour faire baisser la tension en vue d’un dialogue. Il y a d’abord eu des rumeurs persistantes sur une rencontre entre les présidents des deux pays en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Mais l’Iran a poliment décliné l’offre, sans fermer la porte. Malgré la ‘’rebuffade’’ de Rohani, Barack Obama a finalement pris l’initiative de lui téléphoner alors qu’il était sur le chemin de l’aéroport pour quitter le sol américain.

Enfin, cerise sur le gâteau, ces bonnes nouvelles ont eu pour effet de provoquer la zizanie parmi les responsables israéliens. Comme il fallait s’y attendre, le bonheur de l’Iran ne pouvait que faire le malheur du gouvernement israélien et de son premier ministre. Netanyahou n’a pas été avare de propos acerbes contre l’attitude de Washington. Ce qui n’a pas eu l’heur de plaire au président israélien, Shimon Peres, qui a vivement réagi aux propos tenus contre le partenaire américain. «  Vous pouvez être pour ou contre les américains mais je n’aime pas le ton offensant de nos responsables », dit-il.  Peres, qui n’est pourtant pas un tendre au point que l’on en oublie qu’il fut prix Nobel de la Paix, a même une position diamétralement opposée à celle du gouvernement Netanyahou, en estimant qu’une reprise des relations irano-américaine était une bonne chose.

Qu’ont fait les iraniens pour en arriver là ? Ils n’ont renoncé à aucune de leurs prétentions et n’ont cédé en rien dans les exigences américaines. Leur discours vis-à-vis d’Israël et de toutes les forces hégémoniques est resté le même. Ils continuent, plus que jamais à soutenir la résistance palestinienne et la Syrie. Ce qu’il y a de changé, ce n’est pas ce que font les iraniens, mais celui qui dit ce que font les iraniens.  L’ancien et le nouveau président, Ahmadinejad et Rohani, disent pourtant la même chose, mais chacun à sa manière.

Le guide suprême nous aurait-il fait, volontairement ou non, le coup du bon et du méchant flic ? Le méchant, l’ogre, l’infréquentable, c’est bien sûr Ahmadinejad, celui dont mêmes les propos les plus gentils ne pouvaient qu’être mauvais. C’était un des rares personnages au monde qui, quand il disait ‘’paix’’, ‘’concorde’’, ‘’amitié’’, était traduit en langage occidental en ‘’guerre’’, ‘’discorde’’, ‘’ennemi’’.

A l’opposé, nous avons le gentil Rohani. Avant même son investiture, bien que ce soit un parfait inconnu, les médias avaient décidé que c’était un gentil. Quand il dit ‘’paix’’, tout le monde entend ‘’paix’’. On va même jusqu’à déformer certains de ses propos qui ne sont pas assez gentils pour les édulcorer. Ainsi, après avoir tenté à différentes reprises dans différents interviews, de lui faire reconnaître l’holocauste, de guerre lasse on arrange sa réponse à CNN en une reconnaissance en bonne et due forme, même si ce n’est pas tout à fait vrai. Une sorte de repêchage. Tout sera fait pour que Rohani reste ce gentil futur interlocuteur qui justifie qu’on lui tende la main.

Le guide suprême doit rire sous sa barbe. Finalement, il est dans une position confortable. Il lui suffit d’attendre et de voir venir. Quant à Hassan Rohani, quel que soit son portrait réel, il semble parti pour être un saint, du moins tant que l’occident a besoin de se rapprocher de l’Iran.

Avic

L’Iran et l’holocauste


amanpour_2683889bAvant d’être jugé, jaugé, apprécié ou honni, tout nouveau président iranien doit passer le test de l’holocauste. C’est le test actuellement en cours pour Hassan Rohani. Test délicat où il est interdit de botter en touche. Il est interdit de dire ‘’je ne sais pas’’. Nul n’est censé ignorer ce qu’est l’holocauste. Dire ‘’je ne suis pas spécialiste’’ ou ‘’je ne suis pas historien’’ ? Mauvaise réponse. Cela sera perçu comme une tentative d’évitement. Il est obligatoire de se prononcer, immédiatement et sans détour. Si le nouveau président dit que des problèmes plus urgents et plus vitaux le préoccupent avant toute chose, cela veut dire que le nouvel arrivant n’a pas la moindre étincelle d’humanisme pour pouvoir s’occuper des problèmes humains de son peuple. Quoi de plus important, en effet, que le problème humain soulevé par ce symbole, au-dessus de tous les symboles, l’holocauste que Dieu, Yahvé ou Allah nous a mis sur notre route pour nous guider dans toutes nos actions ?

Une bonne fois pour toute il faudra que les dirigeants iraniens, et le monde aussi, intègrent l’idée que ‘’l’holocauste est unique, n’a pas de précédents, n’as pas d’équivalent actuel et ne sera jamais égalé’’. Il serait bon que tout le monde sur terre puisse se le répéter comme une sourate du Coran. C’est la seule profession de foi qui vaille aujourd’hui.

Apparemment, Rohani n’a pas tout à fait réussi son examen. Comme son prédécesseur Ahmadinejad, il a condamné tout crime contre les humains. M. Rohani, ne sait-il pas que ses examinateurs s’en foutent des crimes contre l’humanité ? En refusant de se plier au rituel exigé quand on aborde la question de l’holocauste il se classe automatiquement parmi les négateurs de la Vérité Universelle, base de toute humanité. Comment peut-on, dès lors faire confiance à ce type d’individus qui arborent ouvertement leur négation de la notion la plus élémentaire de l’humain ? Comment pourrait-on les croire, alors qu’ils dénient le droit d’exister à ceux qui ne pourront jamais se remettre de cette ignominie qu’est l’holocauste ? Car enfin, ne nous voilons pas la face, ne pas reconnaître l’holocauste, c’est le nier. Et le nier c’est nier tous les droits qui en découlent, dont le droit à l’existence d’un pauvre petit état qui cherche désespérément à récupérer et à protéger ses terres qui lui ont été données par Dieu et l’Holocauste.

Aux iraniens, on ne leur demande pourtant pas grand-chose. On leur demande juste de faire leur profession de foi, comme tout le monde. Ça ne mange pas de pain puisque, en reconnaissant l’holocauste, ils reconnaissent implicitement que les allemands, avec la complicité active des autres pays d’Europe ont commis des crimes contre l’humanité. Ces crimes étant imprescriptibles, cela veut dire que la France, l’Allemagne, la Pologne, la Belgique, et bien d’autres pays en Europe, sont encore et resteront à jamais des pays criminels. C’est tout bénef pour la résistance des iraniens contre l’arrogance occidentale. Il eut même été possible, s’ils n’avaient été si obtus, de profiter des compensations que l’Europe doit fournir pour soulager sa conscience d’avoir meurtri l’humanité, et pour faire oublier sa responsabilité dans le Grand Crime Fondateur (qu’il est par ailleurs interdit d’oublier…).

Mais l’Iran résiste. C’est le seul endroit au monde où la doctrine de l’holocauste n’arrive pas à pénétrer. Il a fallu des siècles pour convertir les peuples au judaïsme et aux religions qui en ont découlé (le Christianisme et l’Islam). Combien de temps faudra-t-il pour les convertir à l’holocauste ?

Avic

Comment devenir une célébrité? Demandez au président iranien


Iran's chief nuclear negotiator Rohani speaks with Reuters correspondent in Tehran.Peu de dirigeants ont l’honneur de voir leur conférence de presse diffusée en direct, même en dehors de leur pays.

Le président iranien Hassan Rohani, qui a pris ses fonctions dimanche dernier et a commencé son travail par un entretien avec la presse mardi soir, est devenu en l’espace d’un instant une célébrité mondiale. Et, à première vue, il n’a rien dit d’exceptionnel, mais tout le monde réagit en retenant son souffle.

Gentil ou méchant?

Parmi les relatives nouveautés du nouveau président, on pourrait souligner l’idée concernant le maintien de la stabilité dans la région avec l’aide des voisins, ce qui sera une priorité.

Il est à noter la phraséologie de ses propos disant que les Etats-Unis doivent faire une sorte de « pas concret » pour dissiper les soupçons de l’Iran. Sans oublier qu’avec ses allures de gentil grand-père, Rohani est très apprécié par les journalistes accrédités à Téhéran.

Le reste a déjà été dit – en particulier, pendant l’investiture dimanche dernier. A savoir que les Iraniens ont besoin de changements et du progrès, qu’ils veulent être libérés de la pauvreté et de la discrimination.

Et voici un autre message pour les Etats-Unis et ceux qui veulent dialoguer avec Téhéran sur le problème nucléaire: « Les négociations doivent être équitables… si vous souhaitez une réponse positive, alors vous devez parler à l’Iran avec respect, et non pas au moyen des sanctions« .

L’Amérique, pour qui l’Iran est depuis longtemps une idée fixe, a déjà donné sa définition au nouveau dirigeant iranien. Pour commencer, on a cessé de le qualifier de réformateur en lui accrochant l’étiquette « conservateur modéré ». D’autant que Rohani lui-même a répété le terme « modération » une dizaine de fois sous forme d’une devise du début de son administration.

De plus, les Américains ont reconnu avec joie qu’il n’était pas Mahmoud Ahmadinejad.

La composition du gouvernement proposé par le nouveau président est connue (elle devra encore être approuvée par le parlement). Pratiquement tous font partie des deux cabinets antérieurs à Ahmadinejad, comme si les huit dernières années n’avaient pas existé. Le ministre des Affaires étrangères Javad Zarif a passé la moitié de sa vie aux Etats-Unis, y compris au poste de représentant permanent de l’Iran auprès de l’Onu.

Donc, tout va bien, hormis une particularité des appréciations américaines. Beaucoup de politiciens américains voudraient dire à quel point l’économie iranienne va mal, conséquence des sanctions internationales et unilatérales américaines et européennes.

Les fonctionnaires ne reçoivent pas de salaires, il n’y a pas de devises étrangères pour acheter des médicaments, on s’attend à une pénurie de nombreux produits. L’inflation a déjà atteint 42% au lieu de 32. Sachant que la majeure partie des estimations citées aux USA vient des conseillers du nouveau président.

L’Amérique n’est pas prête

On pourrait croire à tout cela si ce genre d’évaluations ne survenaient pas à chaque fois que les USA, comme à présent, lancent une campagne pour adopter de nouvelles sanctions (le congrès américain suggère précisément de nouvelles sanctions, chose qui a été évoquée à la conférence de presse).

A chaque fois, on entend dans ces situations que l’Iran est mûr, qu’il suffit de presser encore légèrement pour parvenir à ses fins sans recourir à la diplomatie. Alors pourquoi Barack Obama est-il aussi indécis, comme toujours?

D’ailleurs, ces « fins » ne sont pas encore clairement formulées aux USA. Que veut-on de l’Iran? L’abandon de ses programmes nucléaires, alors qu’en 2003, Rohani était le médiateur principal aux négociations sur le problème nucléaire… Quoi d’autre? Qu’il laisse la Syrie à la merci de l’ennemi? Mais qui arriverait ensuite au pouvoir en Syrie?

En fait, on s’imagine difficilement à quel point le nouveau président doit être « gentil » pour que l’Iran et les Etats-Unis rétablissent ne serait-ce que des relations diplomatiques rompues en 1979, après la prise d’otage de diplomates américains durant plusieurs mois, pendant la révolution.

Quoi qu’il en soit, les négociations seront difficiles. D’autant que les appréciations non américaines de la situation économique iranienne sont tout autres : en dépit des sanctions, le pays se développe « normalement et progressivement », bien qu’il existe, certes, un déclin depuis deux ans.

Cependant, cela n’est que l’une des raisons qui laisse croire que Téhéran sera bien plus intransigeant aux négociations qu’on ne le pense, et Obama n’arrivera à aucun résultat vis-à-vis de l’Iran.

Il existe également d’autres raisons, qui se sont révélées dimanche, pendant l’investiture de Rohani.

Le calme à la frontière

Regardez qui est venu assister à cette cérémonie. 52 pays y étaient représentés, mais cela a suffi à l’Iran. Notamment vu la géographie des pays qui avaient envoyé leurs dirigeants à Téhéran.

Le président afghan Hamid Karzaï. Le président turkmène Gourbangouly Berdymoukhamedov. Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, et le premier ministre turc Erdogan a téléphoné à Rohani (pour demander de se rendre en visite à Téhéran). Des dirigeants de l’Irak, du Pakistan, etc. Précisément les pays voisins dont le président parlait pendant la conférence de presse.

Cette liste rappelle une réalité très simple. Très récemment, les troupes américaines se trouvaient sur les frontières ouest et est de l’Iran. Aujourd’hui, les voisins ne sont pas seulement des pays où les Américains ne sont plus présents (ou ne le seront plus en 2014), mais ce sont des régimes qui se réjouissent manifestement à chaque occasion de faire quelque chose d’antiaméricain. L’Iran est désormais dans le cercle d’amis, exception faite pour la Turquie.

Sans oublier que c’est la première fois que des invités de plusieurs dizaines de pays assistent à l’investiture d’un président iranien. Par conséquent, Rohani n’est pas Ahmadinejad. Il est plus faible en économie, mais meilleur en termes de situation du pays dans la région.

Non pas que les voisins de l’Iran puissent le prendre en charge, eux-mêmes reprenant leur souffle après la guerre. En revanche, ils sont prêts à discuter avec l’Iran de divers projets en contournant les sanctions.

Le projet de gazoduc avec le Pakistan, avec l’Afghanistan – « rapprocher les pays iranophones »… En fait, en lisant attentivement les discours des invités à la cérémonie, on constate que le thème est clair : soutenir Iran malgré toute sanction.

Le cas de la Turquie est plus compliqué. Avant Ahmadinejad, les relations entre les deux pays étaient correctes, mais aujourd’hui, lorsque la Turquie soutient l’opposition armée en Syrie – ami de l’Iran, tout a changé. Mais… le jeu repart pour un tour. On peut difficilement croire qu’un pays qui a plus de ressources de gaz que la Russie puisse se retrouver inutile pour ses voisins.

Par conséquent, le « gentil grand-père » Rohani ne capitulera pas devant l’Amérique. Mais il peut toujours trouver un terrain d’entente. Et pas seulement avec les USA. Dans les prochains mois, Téhéran deviendra probablement l’un des épicentres de la diplomatie mondiale.

Dmitri Kossyrev

http://fr.rian.ru/discussion/20130807/198956387.html

La Russie et l’Iran: Une danse postmoderne


pour-la-russie-une-attaque-contre-liran-serait--desastreuse-_trt-francais-4439Par MK Bhadrakumar

Si, comme prévu, le président russe Vladimir Poutine entreprend le voyage à Téhéran en Août, il sera riche en symboles – même s’il devait renoncer au projet de voyage par bateau pour traverser la mer Caspienne et atteindre la rive iranienne. La concordance des intérêts des deux puissances régionales, qui sont voisines, n’a jamais été mise en doute.

De plus, cette année est aussi, par une curieuse coïncidence, le 70e anniversaire de la Conférence de Téhéran de 1943, qui a été un événement émouvant dans les relations russo-iraniennes dans leur riche tissu historique parsemée de sang et de trahison.

L’histoire des relations russo-iraniennes est magnifique. Poutine a été le seul dirigeant russe à visiter Téhéran depuis la révolution bolchevique en 1917. Pourtant, les deux pays sont des joueurs anciens sur la scène géopolitique.

Le retour de Poutine à Téhéran près de sept ans après sa triomphale première visite en 2007 surfe sur le mode de la moralité. La politique étrangère russe a bouclé la question. Poutine espère nettoyer les écuries d’Augias, en supprimant littéralement les débris qui se sont accumulés pendant les années où il n’était pas au Kremlin.

Réussira-t-il ? Certes, Poutine est une figure charismatique pour les Iraniens. Pourtant, comment ses hôtes vont-ils évaluer les intentions de Moscou? C’est cette dernière question qui fait que la mission de Poutine est difficile – et risquée.

La pomme de discorde

La «distance» qui s’est glissée dans la relation russo-iranienne doit être considérée comme un héritage de la présidence de Dimitri Medvedev (2008-2012), une période au cours de laquelle Moscou était préoccupé à explorer le contenu du « reset » avec les Etats- Unis, que le président Barack Obama avait offert sur un plateau. Les «Occidentalistes » qui occupaient le Kremlin pendant ces années considéraient  l’Iran avec dégoût et mépris.

L’Iran a pris une banquette arrière dans les priorités russes et la compréhension stratégique que Poutine avait forgée au cours de sa visite historique a commencé à s’atrophier. La Russie a continué à traîner les pieds à la commission de la centrale nucléaire de Bushehr par respect pour la démarche américaine.

Le Kremlin n’a pas résisté lorsque les Etats-Unis ont introduit le dossier nucléaire iranien comme vecteur dans la coopération russo-américaine dans le cadre du « reset ». La coopération de la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, était vital pour l’administration Obama pour serrer encore plus la vis à l’Iran avec ce qui s’est avéré être un régime de sanctions paralysante installé pour durer, sanctions que la plupart des pays (comme l’Inde et Japon) n’ont accepté qu’à contrecœur.

Pourtant, Moscou savait depuis le début que la question nucléaire de l’Iran soulevait certaines questions fondamentales du droit international et de la Charte des Nations Unies et portaient de profondes implications pour le fonctionnement du système international.

Moscou n’était pas sans savoir, non plus, que le vrai problème de l’Occident avec l’Iran portait sur son idéologie de la justice et de la résistance et n’avait rien à voir avec un Moyen-Orient sans armes nucléaires.

La pomme de discorde fut créée par Medvedev quand  il interpréta les sanctions de l’ONU comme une obligation pour la Russie de résilier unilatéralement les accords signés en 2007 pour la fourniture des missiles S-300, sur lesquels Téhéran comptait de manière cruciale pour sa défense contre les attaques aériennes américaines et / ou israéliennes.

Medvedev a pris la « décision finale » d’abandonner l’affaire sous la pression américaine et le Kremlin passa outre la perception qui prévalait parmi les sections influentes de l’establishment de Moscou qui, eux, pensaient que la Russie pouvait encore remplir ses obligations contractuelles vis-à-vis de l’Iran.

Le chef du Comité international de la Douma, Konstantin Kosachyov a dit: «Huit articles ont été ajoutés dans la liste [des Nations Unies] de l’armement concerné par les sanctions. Cependant, il n’existe aucun système défensif, tel que les missiles S-300, sur cette liste. La résolution de [l’ONU]  n’a aucun effet direct sur la Russie « .

En regardant en arrière, le Quotidien du Peuple n’était pas loin de la vérité quand il avait noté avec ironie dans un commentaire à cette époque que « les contradictions abondent sur les intentions de Moscou envers l’Iran ». En effet, sans ce grand coup de pouce de la Russie, les Etats-Unis n’auraient jamais été en mesure de transférer le dossier iranien à l’ONU.

Saisir l’instant

Aujourd’hui, le bilan du « reset » raconte une histoire en soi. L’Organisation du Traité de Sécurité Collective reste un paria dans la guerre de l’OTAN en Afghanistan. L’indépendance du Kosovo a été célébrée.

L’OTAN a lancé son filet sur l’espace post-soviétique et continue à avancer vers les frontières de la Russie, et pourrait arriver dans le Caucase. Les États-Unis ont juré de saboter le projet de l’Union Eurasie de Moscou. Bien sûr, la Russie ne pouvait pas empêcher le «changement de régime» en Libye et ses objections contre le système de défense antimissile américain restent ignorées.

Qu’il suffise de dire qu’il y a un contexte complexe dans la dernière initiative de la Russie de se réconcilier avec l’Iran. Le badinage de la Russie avec le « reset » ont profondément blessé l’Iran à un moment où il avait besoin de toutes les amitiés sur lesquelles il pouvait compter pour conjurer la pression incessante des États-Unis. Mais malgré tout cela, l’Iran a survécu.

Une attaque militaire contre l’Iran n’est plus concevable, sauf à des coûts énormes et les risques gigantesques à l’échelle régionale et il est plus que probable que l’impasse US-Iran se dirigera vers des négociations.

Des négociations directes américano-iraniennes sont sur les cartes. Par conséquent, la Russie est en train de faire la chose qu’il fallait faire : «saisir l’instant. » Poutine sera le premier chef d’Etat en visite à la présidence Rouhani.

D’autre part, la compréhension et le soutien de la Russie pourraient contribuer à créer un espace qui permettra à l’Iran de négocier avec les États-Unis de façon plus optimale. Du point de vue iranien, la reprise de confiance récente de la Russie en tant que membre détenteur de veto du Conseil de sécurité de l’ONU est une tendance encourageante. Le ferme refus de la Russie d’approuver récemment un rapport de l’ONU critiquant des essais de missiles iraniens a pratiquement exclu toute extension du régime des sanctions.

Cependant, le retour en arrière de Russie sur l’affaire des missiles S-300 assombrit toujours le climat. L’Iran a déposé une réclamation  de 4 milliards de dollars de dommages contre la Russie devant le tribunal d’arbitrage international à Genève. La cause de l’Iran est bonne, mais la vraie issue est politique – une crise de confiance survenue dans les relations lorsque Medvedev a publié, le 22 Septembre 2010, le décret annulant unilatéralement la livraison des S-300 et une foule d’autres contrats pour la fourniture d’armes à l’Iran ainsi que l’interdiction de l’entrée et le transit via Russie pour un certain nombre de ressortissants iraniens liés au programme nucléaire du pays, et l’interdiction à des personnes physiques et morales russes de rendre des services financiers en relation avec des activités nucléaires iraniennes.

Le Ministre de la Défense iranien, le général Ahmad Vahidi, avait presque instantanément commenté le décret de Medvedev en une critique acide, en disant qu’il a montré «qu’on ne peut leur [les Russes] faire confiance, ce que nous savions déjà», et l’embargo est la preuve que la Russie « ne peut pas agir de façon indépendante, même lorsqu’il s’agit d’une question aussi simple ».

Le journal russe Kommersant a rapporté, le mercredi de cette semaine, citant des sources du ministère des Affaires étrangères à Moscou que Poutine offrirait à Téhéran un autre système de défense aérienne, Antey-2500, qui pourrait s’avérer être pour l’Iran une heureuse substitution au S-300.

L’Antey-2500 est un système d’arme redoutable, qui peut simultanément détruire jusqu’à 24 avions dans une zone de 200 kilomètres ou intercepter jusqu’à 16 missiles balistiques. On peut dire que le système est spécialement conçu pour les besoins des forces terrestres et peut répondre aux exigences de l’Iran.

Kommersant a également signalé que Poutine discutera du programme d’expansion de la centrale nucléaire de Bushehr. D’autres rapports indiquent que les physiciens nucléaires iraniens ont repris leurs études dans des institutions russes. Il y a une semaine, la Russie a tenu, cas rare, un exercice naval avec l’Iran dans la mer Caspienne.

Lors de la récente visite du président iranien Mahmoud Ahmadinejad à Moscou dans le cadre de la réunion au sommet des pays producteurs de gaz, des discussions ont eu lieu concernant la coopération dans le domaine de l’énergie.

Un solide pragmatisme

La Russie et l’Iran sont de grands praticiens de la diplomatie, mais avec tout le pragmatisme sans faille dont ils disposent, ce n’est pas une tâche facile que Poutine a entreprise en essayant de relancer la confiance dans les relations russo-iraniennes.

En fait, le fondement d’un accord stratégique entre les deux puissances régionales pour aller de l’avant devient nécessaire. Par exemple, l’impulsion pour la politique de l’Iran en Syrie est dérivée de la politique régionale du Moyen-Orient et il est difficile de savoir si et dans quelle mesure Moscou est prêt à s’identifier à elle.

Certes, le président nouvellement élu, Hassan Rouhani, a souligné à maintes reprises que les relations de l’Iran avec les Etats régionaux seront la priorité de sa politique étrangère. Des changements majeurs sont à prévoir dans les liens de l’Iran avec les Etats du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. L’approche prudente par Téhéran à l’égard des événements en Egypte souligne la réflexion en ce sens.

De même, les lignes se déplacent dans les relations russo-américaines. En dépit de la démagogie sur le cas d’Edward Snowden, le lanceur d’alerte,  ex-sous-traitant de la CIA, Moscou a pris soin de ne pas lézarder les équations avec l’administration de Barack Obama.

La dernière chose que l’Iran voudrait est de se voir considéré comme monnaie d’échange dans la détente américano-russe. Rouhani reprend à son compte la politique du ‘’regard tourné vers l’est’’ d’’Ahmadinejad, « l’Iran a dû compter sur les politiques de pays comme la Russie, la Chine et l’Inde sur la scène internationale. » Cite le nouveau président iranien. Mais il rajoute :

« En dépit de la politique de ‘’regard tourné vers l’est’’ de l’Iran, la Russie a trouvé ses intérêts dans le renforcement de ses relations avec l’Occident. Le soutien des résolutions de sanctions contre l’Iran au Conseil de sécurité et la suspension de certains engagements militaires de la Russie ont été quelques-unes des mesures anti-iraniennes de la Russie. L’utilisation de la carte l’Iran dans son jeu avec l’Occident et en particulier avec les États-Unis a toujours été bénéfique pour la Russie ».

Cela dit, les experts russes sont réalistes concernant Rouhani et le considèrent comme un membre «modérée» de l’élite religieuse au pouvoir en Iran – « prêt à faire des compromis avec le monde et se rendre compte que s’en prendre à des moulins à vent tout le temps ne sert à rien», pour reprendre les mots de l’éminent savant Vitaly Naumkin, directeur de l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de Russie.

Il y a un optimisme prudent parmi les experts de Moscou qui pensent qu’un «dégel» dans les relations entre l’Iran et l’Occident ne signifie pas nécessairement un revers pour les intérêts russes. L’estimation que tout dégel ne pourra être que limité et ne se fera que de manière progressive, puisque le « régime iranien ne pourra pas renoncer immédiatement à toutes ses valeurs fondamentales qui provoquent le mécontentement en Occident», comme l’a noté Naumkin.

Il faut dire que l’Iran n’est pas perçu à Moscou comme une source d’extrémisme religieux et la Russie ne fait face à aucune menace de l’extrémisme chiite. En principe, donc, il n’y a pas d’obstacles à la coopération russo-iranienne. Le défi réside dans la construction d’une complémentarité d’intérêts.

La classe moyenne iranienne et technocrates préfèrent la technologie occidentale – et les élites russes (à la différence des « orientalistes » soviétiques) n’ont pas de réelle passion pour l’Iran. Dans le même temps, la Chine est imbattable en tant que partenaire commercial et source d’investissement pour l’Iran.

Lorsque l’Iran s’ouvrira pour ses exportations de gaz, il pourrait même créer quelques brûlures d’estomac à Moscou dans la mesure où ces exportations pourraient atteindre un jour le marché européen et rivaliser avec les fournitures russes. L’avantage pour la Russie réside dans deux domaines principaux – la coopération militaire et nucléaire.

En même temps, la Russie diversifie également ses relations avec les pays de la région, ce qui signifie qu’un partenariat privilégié avec l’Iran ne peut pas se faire au détriment de ses liens florissants avec la Turquie ou Israël. En somme, les deux puissances régionales avancent à tâtons vers une relation post-moderne, contrairement à ce qu’ils ont connu auparavant.

Ambassadeur MK Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans, avec des postes dont celui d’ambassadeur de l’Inde en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001).

Traduction : Avic

http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/CEN-01-260713.html

 

Et le gagnant est … Khamenei


article_candidatsiranRien ne sera laissé au hasard – pas même l’allusion à une vague de protestation verte.

En 2009, 475 candidats se sont inscrits pour la présidence de l’Iran. Seulement quatre ont été approuvées par le Conseil des Gardiens – le sélectif et tout-puissant comité clérical. Cette année, pas moins de 686 inscrits pour les prochaines élections du 14 juin. Huit ont été approuvées.

Parmi eux, on ne trouvera pas les deux qui sont vraiment controversé ; l’ancien président Ali Akbar Hashemi Rafsanjani, alias « Le Requin » – essentiellement un conservateur pragmatique – et Esfandiar Rahim Mashaei, conseiller et bras droit du président sortant Mahmoud Ahmadinejad sont tous les deux mis hors course.

Ceux qui restent en lice ne sont pas des personnages que l’on pourrait qualifier d’exceptionnels; un ancien vice-président, Mohammad Reza Aref ; un ancien chef de la sécurité nationale, Hassan Rohani ; un ancien ministre des Télécommunications, Mohammad Gharazi ; le secrétaire du Conseil suprême de la Sécurité Nationale iranienne, Saeed Jalili ; le maire de Téhéran, Mohammad Bagher Qalibaf ; le conseiller en  politique étrangère du guide suprême l’ayatollah Khamenei, Ali Akbar Velayati ; le secrétaire du Conseil de discernement, Mohsen Rezaei ; et le porte-parole du Parlement, Gholam-Ali Haddad-Adel.

Mais ils se lisent comme un bottin mondain des ultimes initiés de la République islamique – les soi-disant «principe-istes».

Le Requin hors de l’eau

Selon le ministère de l’Intérieur, le Requin a été éliminé en raison de son âge avancé (78 ans). Pas tout à fait. Le Requin a été écarté parce qu’il était le champion des modérés en course – et avait déjà drainé l’appui de la plupart des réformistes (exclus).

Mashaei a été exclu parce qu’il représenterait une continuation d’Ahmadinejad – soutenu par un bon nombre des ministres d’Ahmadinejad et bénéficiant d’une machine politique populiste formidable qui séduit encore la campagne de l’Iran et les pauvres en milieu urbain. Il aurait approfondi la voie d’Ahmadinejad vers un exécutif indépendant. Il ne pouvait en être question – pour l’instant. Ni Rafsandjani, ni Mashaei ne peut, en théorie, faire appel. Mais le Guide suprême en personne pourrait leur donner un coup de main. C’est peu probable, néanmoins.

Rafsandjani a attendu le dernier jour, le 11 mai, pour s’inscrire comme candidat potentiel. L’ancien président Khatami – du  fameux «dialogue des civilisations» – ne s’est pas enregistré, et avait annoncé, la veille, son soutien à Rafsandjani. On peut imaginer la sonnette d’alarme chez le chef suprême.

Le Requin a été récemment confirmé en tant que président du puissant Conseil de discernement  – qui supervise le gouvernement (Khamenei occupait ce poste quand l’ayatollah Khomeiny était encore en vie). On pourrait l’interpréter comme une sorte de lot de consolation.

Ahmadinejad, pour sa part, avait fait quelques allusions qui ressemblaient à du chantage – menaçant de cracher le morceau sur la corruption de la famille du chef suprême. Il lui sera difficile de revenir dans les faveurs du guide.

En supposant que le Chef suprême reste immobile, lui et ses subordonnés dans l’élite politique conservatrice courent un risque sérieux – celui de s’aliéner totalement les deux factions politiques les plus importantes de la République islamique. D’ici là, sans doute le Conseil des gardiens aura dégagé le terrain pour une victoire facile pour l’ancien commandant des Forces aériennes de la Garde Révolutionnaire et actuel maire de Téhéran, Qalibaf.

Qalibaf serait l’ultime figure politiquement correct pour ce que j’avais décrit depuis 2009 comme la dictature militaire de la mollahcratie – c’est à dire, l’emprise sur la vie institutionnelle de l’Iran par le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique et les religieux conservateurs, sous l’égide du réel  décideur : le Guide Suprême Khamenei.

Cet  article évoque le côté pas exactement tendre de Qalibaf. Cela, en soi, n’est pas surprenant. Infiniment plus cruciale est la question de savoir si Khamenei et les ultra-conservateurs peuvent se permettre de rester confortablement installé dans leur tour d’ivoire, alors que la situation économique interne se détériore davantage et que les l’axe vociférant arabe sunnite – largement initié par les Etats-Unis et soutenue par Israël – aboie aux portes de l’Iran.

Voter, sinon …

Lors des élections à venir, le guide suprême a cruellement besoin chiffres pour renforcer la légitimité du système. C’est pourquoi les élections municipales et rurales auront lieu pour la première fois le même jour que le scrutin présidentiel.

Pendant un temps, il semblait que Rafsanjani serait capable de rassembler toutes les oppositions. Maintenant, l’appel au boycott réformiste est amené à se développer. Mais il y a un énorme problème. Le vote en Iran est obligatoire, si vous ne votez pas, vos chances d’obtenir un emploi au sein du gouvernement ou d’une organisation semi-officielle est compromis. Cela signifie adieu à un précieux travail stable, un logement gratuit, pas de factures de services publics, des salaires décents et des avantages sociaux.

Tout le monde doit porter un livret d’identité nationale avec des timbres correspondant à chaque élection. Donc un grand nombre de jeunes scolarisés en milieu urbain, en réalité,se rendent aux urnes, mais votent blanc.

Dans les zones rurales de l’Iran, les choses sont beaucoup plus faciles pour le gouvernement. En Décembre 2011, cela s’est terminé avec beaucoup de subventions pour les biens d’équipement ménager et de l’énergie. Pour compenser la hausse de l’inflation, le gouvernement a commencé à faire des paiements directs à beaucoup de familles iraniennes – assurant ainsi son soutien dans de nombreuses provinces rurales.

Pour les ultra-conservateurs, rien n’est suffisant pour éviter une répétition de ce qui s’est passé en 2009, la vague verte, la victoire d’Ahmadinejad sur le réformiste Mir Hossein Mousavi sévèrement contestée, la colère dans les rues, d’énormes manifestations, la répression violente.

Moussavi, sa femme (l’artiste Zahra Rahnavard), et l’ancien porte-parole  du parlement Mehdi Karroubi – tous les fidèles du mouvement vert – ont été en résidence surveillée depuis les grandes manifestations de rue de Février 2011. La répression n’a pas faibli – bien au contraire (voir, par exemple, cet article dans le Guardian Cela a aussi débordé sur le camp Ahmadinejad;. Mêmes les religieux pro-Ahmadinejad ont été inquiétés ou arrêtés par les services de sécurité dans certaines provinces, et cinq sites internet pour la campagne de Mashaie ont été fermés.

Tous les VPN (réseaux privés virtuels) ont été fermées dans la myriade de cyber-cafés iraniens, et la vitesse d’Internet a été ralentie au maximum.

Même si tout ce «système de prévention» fonctionne, et même si le Guide suprême arrive à ses fins (et candidat gagnant, peut-être Qalibaf), les perspectives ne sont pas très agréable. Le titulaire du poste post-Ahmadinejad va hériter d’un paysage politique ultra-fragmenté; beaucoup de gens critiquent la gestion déplorable du gouvernement ainsi que l’effet des sanctions internationales sur leur sort ; et la même irréductible hostilité affichée par les Etats-Unis, Israël et l’axe sunnite. Suspendu à un désespoir tranquille semble être la voie populaire iranienne.

Pepe Escobar. sur Asia Times .

Traduction: Avic

Après Chavez, qui sera le nouveau « diable » ?


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« Ce sont toujours les meilleurs qui s’en vont ». On entend cette formule presque à chaque enterrement. Elle est tellement utilisée qu’elle en a perdu son sens, pour ressembler à ces expressions que l’on place quand on n’a plus rien à dire. Mais, aujourd’hui, elle est pleinement vraie. Avec la disparition de Hugo Chavez, précédée de peu par celle de Stéphane Hessel,  la formule reprend son sens. Ces deux hommes avaient un point commun : un grand amour de l’humanité. Oui, ça existe. Et ça étonne certains. Ca les hérisse même, car aimer l’Homme c’est ne pas accepter qu’on lui fasse du mal. Chavez et Hessel étaient tous deux des défenseurs des plus faibles. Ils voulaient le bonheur et la liberté pour tous. A leurs yeux, la liberté est un bien et un droit universel, non pas seulement  pour les individus, mais également pour les peuples, tous les peuples.

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Raid israélien en Syrie : pourquoi ?


Kfir_israel_01-480x302La guerre de la Syrie, avec sa longue liste de morts, de réfugiés, d’attentats, d’attaques et de contre-attaques, commençaient à devenir monotone du point de vue médiatique. Du côté de la communication syrienne, on voit une Armée nationale tuant des dizaines voire des centaines de rebelles par jour, démantelant des réseaux, sécurisant des villes nettoyées  de leurs djihadistes, repoussant l’ennemi en complète débandade dans les pays voisins. A en croire les communiqués, la défaite des terroristes c’est pour demain.  Du côté djihadiste, relayée par les grands médias occidentaux, la communication nous abreuve de vidéos de massacres soigneusement mis en scène, et de rebelles sillonnant des rues désertes en lâchant  des rafales par-ci par-là, comme dans des répétitions de scènes de films dans des studios en carton-pâte. On nous rapporte que les soldats du régime tombent comme des mouches, que les villes sont prises l’une après l’autre, que des bases aériennes et des centre de défense anti-missiles sont sous contrôle, et on ne compte même plus les hélicoptères abattus. La source de ces informations diffusées à travers le monde ? Un machin auquel on a pris soin d’attribuer le mot organisation, comme tous les machins. Et, pour sanctifier cette organisation, on l’a ointe de l’huile magique, les Droits de l’Homme. Organisation des Droits de l’Homme.  Appliqué à la Syrie, ça donne OSDH. Ça sonne bien, c’est majestueux, ça fait universel  et représentatif de tout le peuple syrien. Cette organisation, qui alimente toutes les télévisions occidentales via leurs agences de presse, et qui est au courant de tout ce qui se passe en Syrie jusqu’aux moindres détails, qui en sait plus que toutes les agences de renseignement réunies, doit avoir une machinerie considérable, pense-t-on. Eh bien non. Cette formidable machine à informer est gérée officiellement par un individu. De chez lui à Londres. On ne s’est même pas donné la peine de sauver les apparences en créant une structure crédible.

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