Archives du mot-clé Al-Sisi

Et maintenant, un message de la part de nos sponsors (saoudiens) – Pepe Escobar


532999-capture-d-ecran-du-chef-de-l-armee-egyptienne-le-general-abdel-fattah-al-sissi-le-3-juillet-2013-au-Il est là, le nouveau pharaon d’Egypte, Pinochet Sisi, plein d’insignes / gloire . Les sous-titres sont superflus. C’est la remise des Oscar pour le général Abdel Fattah al-Sisi. Il a remercié ses sponsors / producteurs. Quand il cite «l’Arabie saoudite » la salle est en délire. Quand il mentionne [le roi] « Abdullah » la salle est en délire.

Quelle performance. Un biopic transparaît. Il rêve déjà de Jack Nicholson jouant son personnage à l’écran. Notez le sourire d’autosatisfaction, tellement il est confiant d’avoir dupé les légions de «progressistes» arabes – des gauchistes laïcs aux Nasséristes – en leur faisant croire qu’il défend les intérêts du « peuple égyptien » sans cesse invoqué.

Notez la « Lutte contre le terrorisme » en haut à gauche du petit écran. Voici Sisi comme Deubeulyou – en mode Mission accomplie. Qui se soucie que l’Egypte ait été réduite en un état totalement en faillite (et en sang) ? Qui se soucie des manchettes terribles –  » des activistes du Sinaï exécutent 25 policiers égyptiens» rivalisant avec «la Junte étouffe 38 détenus dans un car de police»? Il a remporté la «guerre contre le terrorisme» – en tant que nouvelle tête du serpent, un serpent qui n’était jamais parti.

Prenez place et profitez du spectacle. Le clou du spectacle est que l’ancienne tête du serpent pourrait être libérée dans les prochaines 24 heures. Pour le plus grand bonheur de la Maison des Saoud, qui l’aimait comme un des siens, les charmeurs de serpents sont sur le point de libérer Hosni Moubarak. «Printemps arabe? » – On peut facilement imaginer l’ancienne tête du serpent murmurant. « Ne me faites pas rire. » Et il ne fera pas – au moins en public. Ce «printemps arabe», cette invention Google, n’est jamais arrivée. Vous pouvez tous rentrer chez vous maintenant – et y rester. Le serpent va vous protéger et défendre les intérêts du « peuple égyptien ». Mais rappelez-vous, si vous êtes contre nous, vous êtes un terroriste. Et nous viendrons vous chercher.

Nous allons décider de ne pas décider

Les producteurs de l’épopée égyptienne sont aussi ravis que leur star. Quel grand succès au box-office. Qui se soucie que Caniche-land – comme dans l’Union européenne – convienne d’une réunion «d’urgence» ce mercredi pour peut-être « suspendre son aide » au Glorieux Sisi? Qui se soucie de ce que le Congrès américain soit tenté de suivre le même chemin? [1]

Imaginez la scène, avec des éclats de rire dans la tanière des producteurs à Riyad. Pour l’administration Obama ce fut – et reste – un coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat, même si ça marchait comme un coup d’Etat et on en parlait comme un coup d’Etat. Mais les impératifs catégoriques ne s’appliquent pas ici. Alors le congrès décide qu’il ne va pas dire si c’est un coup ou non. Et l’administration Obama décide de ne rien dire de ce qu’il pourrait décider – ce qui « reprogramme » le tout.

Quelle que soit la non-décision prise, les producteurs s’en foutent. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, l’éternel Saud al-Faisal, a déjà promis que les producteurs et les autres coproducteurs du Conseil de Coopération du Golfe – comme dans les Émirats arabes unis – seront heureux de combler et peut-être même de doubler toute l’aide qui sera perdue par la glorieuse tête de l’ serpent Sisi.

Le New York Times a bataillé dur pour donner l’impression que Washington avait une emprise pour influencer le glorieux Sisi – et les producteurs – contre le lancement du coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat. [2] C’est éminemment risible (éclats de rires au repaire des producteurs à Riyad). La seule pépite dans le rapport est que la Maison des Saoud, les Émirats arabes unis et Israël ont frénétiquement incité, soutenu et fait du lobbying pour le coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat; Je l’avais  déjà signalé dans Asia Times Online.

Oups, Israël ; le glorieux Sisi ne pouvaient pas remercier ce producteur particulier dans son discours d’acceptation de l’Oscar. Comment pouvez-vous justifier cela à la rue arabe – que nous sommes les serviteurs des occupants de la Palestine? En ce qui concerne les Israéliens, ils s’en fichent; Sisi est «l’un d’entre eux », ils sont toujours « en contact étroit », et il ne ferait jamais rien pour annuler les accords de Camp David.

Sunny, I love you

L’administration Obama a sous-traité sa politique au Moyen-Orient à la Maison des Saoud à ses risques et périls. Quoi que dise le roi « Retour du mort vivant » Abdullah, ça marche. En fait, non ; quoi que fasse ‘’Retour de l’espion invisible’’,  Bandar bin Sultan, alias Bandar Bush qui a spectaculairement refait surface, fonctionne. La beauté du coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat, et du discours d’acceptation de Sisi, c’est que Bandar, praticien éminent des arts sombres, n’est même pas mentionné.

Et pourtant, ce fut Bandar Bush qui, dans sa réunion récente de quatre heures avec le président Poutine, n’a pas obtenu ce qu’il voulait en Syrie ; mais il a obtenu ce qu’il voulait en Egypte. Le joueur d’échec Poutine a de suite vu l’ouverture, après tout, la confrérie des Frères Musulmans est un anathème à la fois pour la maison des Saoud et pour le Kremlin. Et s’il n’y a plus “d’aide” américaine à la junte de Sisi, – comme dans : nous vous donnons plus d ‘argent comme cela vous pouvez encore plus acheter nos armes – il n’y a plus rien qui empêche l‘industrie d’armement russe de remplir le vide créé.

Rien de tout cela bien entendu ne fera partir la crise tragique syrienne. Pendant le ramadan, ce fut Bandar Bush qui organisa l’acquisition silencieuse d’au moins 50 millions de dollars d’armes d’Israël, qui furent immédiatement envoyées dans le filet des gangs de mercenaires salafistes, djihadistes, soutenus par la maison des Saoud. Ceci après que Bandar Bush ait renforcé le bras du gouvernement Obama pour se débarrasser des Qataris – qui payaient les factures des frères musulmans en Egypte – et le laisser reprendre le djihad en Syrie.

Bandar a le vent en poupe. Il est maintenant à la tête d’un “djihad total” très ambitieux, d’une stratégie à trois volets en Syrie, en Irak et au Liban, manipulant le même vieux dada de la maison des Saoud de la haine sectaire, excitant les sunnites contre les “apostats” chiites, avec une grande emphase sur les attentats à la voiture piégée dans des zones civiles, comme l’a montré l’attentat très récent de la banlieue sud de Beyrouth Zahiyeh.

Ceci est une franchise de longue haleine avec beaucoup de suites en stock. Pour l’instant, il est au sommet du box-office en Egypte. Mais il pourrait bien y avoir un problème. Le mouvement Tamarod, qui a collecté 22 millions de signatures qui ont menées aux manifestations de masse créant l’ouverture pour le coup d’état qui n’en est pas un, demande maintenant non seulement l’annulation de “l’aide” américaine, mais aussi celles des accords de Camp David. [3]

Maintenant c’est une autre bombe – le cœur du problème tant que  les Etats-Unis et Israël sont concernés. Et si Tamarod arrive une fois de plus à obtenir 22 millions ou plus de signatures, ce qui est fort possible étant donné que l’absolue majorité des Egyptiens ne veulent pas de cette “paix” avec Israël ? Le glorieux Sisi aura-t-il le courage de déplaire à ses producteurs israéliens ? Bandar lui donnera-t-il le feu vert ? Le gouvernement Obama instaurera-t-il une “zone d’exclusion aérienne” au-dessus du Caire ?

Alors que le monde attache une myriade de ceintures de sécurité devant les tempêtes qui s’annoncent, les nouvelles en provenance de la Maison blanche sont quant à elles apaisantes. Il y a un nouveau membre dans la famille, un chiot nommé Sunny. Alors imaginez la famille chantant à table, à l’unisson: “ Dark days are gone/ bright days are here/ my Sunny one shines so sincere ». Coupez… Plan sur Sisi/Jack Nicholson dans toute sa splendeur: « Heeeeeere’s Johnny! »

Remarques:
1. administration Obama suspend tranquillement aide militaire à l’Egypte, mulls de coup d’Etat »- rapport , Russia Today, le 20 Août 2013.
2. Comment américaine espère une affaire en Egypte ont été minés , le New York Times, 17 Août 2013.
3. la campagne rebelle de l’Égypte lance une pétition pour annuler l’aide américaine, traité de paix entre Israël , Ahram en ligne, le 18 Août 2013.

Pepe Escobar

Traduction : Avic
http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-05-200813.html

Le nouvel Axe du Mal – Pepe Escobar


Dotz29.10.12-1J’ai fait valoir que ce qui vient de se passer en Egypte est un bain de sang qui n’est pas un bain de sang, mené par une junte militaire responsable d’un coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat, sous couvert d’une «guerre contre le terrorisme » en Egypte. Pourtant, ce gambit novlangue – qui pourrait facilement avoir été écrit à la Maison Blanche – n’est qu’une partie du tableau.

Au milieu d’un épais brouillard de déclarations et de programmes concurrents, un fait surprenant se démarque. Un sondage il y a seulement 10 jours par le Centre égyptien pour les études sur les médias et l’opinion publique avait déjà montré que 69% des égyptiens étaient contre le coup d’Etat militaire du 3 Juillet orchestré par le Pinochet-esque Abdel Fattah al-Sisi.

Ainsi, le bain de sang qui n’est pas un bain de sang ne peut absolument pas être considéré comme légitime – à moins d’une coterie privilégiée des Moubarakistes (la soi-disant fulool), un bouquet d’oligarques corrompus et « l’État profond» contrôlé par l’armée égyptienne.

Le gouvernement des Frères musulmans (FM) dirigé par Mohamed Morsi a peut-être été tout à fait incompétent – en essayant de réécrire la constitution égyptienne, favorisant les fondamentalistes purs et durs, et s’avilissant en courbettes devant le Fonds monétaire international. Mais il ne faut pas oublier le fait que cela a été couplé avec un sabotage permanent, tous azimuts par « l’état profond ».

Il est vrai que l’Egypte était – et reste – au bord de l’effondrement économique, le bain de sang qui n’est pas un bain de sang n’a fait que suivre le changement des signataires des chèques, le Qatar remplacé par l’Arabie Saoudite (et les Emirats arabes unis). Comme Spengler a démontré sur ce site (voir déplace de la guerre civile de l’islam en Egypte , Asia Times Online, 8 Juillet 2013), l’Egypte restera une république bananière sans les bananes et dépendante des étrangers pour tout, même pour manger. Le désastre économique ne va pas disparaître- le ressentiment cosmique des FM, non plus.

Le gagnant, en l’état, est l’axe Maison des Saoud / Israël / Pentagone. Comment ont-ils réussi ?

En cas de doute, appelez Bandar

En théorie, Washington avait gardé le contrôle  (relatif)  à la fois des FM et de l’Armée de Sisi. Ainsi, en surface c’est une situation gagnant-gagnant. Dans l’essentiel, les faucons de Washington sont pro-armée de Sisi, tandis que les «impérialistes libéraux» sont pro-FM; la couverture parfaite, parce que les FM sont islamiques, indigènes, populistes, économiquement libéraux, ils veulent travailler avec le Fonds monétaire international, et n’ont pas menacé Israël.

Les FM n’étaient pas exactement un problème, ni pour Washington ni pour Tel-Aviv, après tout alliés de l’ambitieux Qatar qui était là comme un tampon. La politique étrangère du Qatar, comme chacun sait, se résume à faire le supporter des FM partout.

Aussi Morsi a dû avoir franchi une ligne rouge assez grave. Cela pourrait avoir été son appel aux sunnites Egyptiens à se joindre au jihad contre le gouvernement Bachar al-Assad en Syrie (même si c’est officiellement en phase avec la politique de « Assad doit partir » de Barack Obama). On pourrait dire que c’est sa poussée à installer une sorte de paradis djihadiste du Sinaï jusqu’à Gaza. Le Sinaï, à toutes fins pratiques, est géré par Israël. Alors, ça pointe vers un feu vert pour le coup d’état à la fois du Pentagone et de Tel-Aviv.

Tel-Aviv est totalement à l’aise avec l’Armée de Sisi et les supporters saoudiens de la junte militaire. La seule chose qui compte pour Israël est que l’armée Sisi fera respecter les accords de Camp David. Les FM, d’un autre côté, pourraient entretenir d’autres idées dans un proche avenir.

Pour la Maison des Saoud, en revanche, cela n’a jamais été une situation gagnant-gagnant. Les FM au pouvoir en Egypte étaient un anathème. Dans ce triangle fatidique – Washington, Tel Aviv et Riyad – ce qui reste à établir c’est de savoir qui a été le plus rusé dans ce jeu de dupes.

C’est là que s’intègre l’acte de l’Incroyable Disparition du Qatar. La montée et la (soudaine) disparition du Qatar des projecteurs de la politique étrangère est strictement liée à l’absence de leadership actuel dans le cœur de ce qui s’est auto-défini comme « l’arc d’instabilité» du Pentagone. Le Qatar était, au mieux, un extra dans un blockbuster – compte tenu des dérives de yo-yo de l’administration Obama et que la Russie et la Chine ne font que jouer un jeu d’attente.

Cheikh Hamad al-Thani, l’émir qui a fini par se destituer lui-même, est clairement allé trop loin, non seulement en Syrie mais aussi en Irak ; il ne finançait pas seulement les filiales FM mais aussi les djihadistes purs et durs à travers le désert. Il n’y a pas de preuve concluante parce que personne, ni à Doha ni à Washington ne parle, mais l’émir a certainement été «invité» à se déposer lui-même. Et ce n’est pas par accident si les «rebelles» syriens ont été entièrement pris en charge par la Maison des Saoud, via Bandar Bush, alias le prince Bandar bin Sultan qui a spectaculairement refait surface.

Ainsi, les gagnants une fois de plus étaient les Saoudiens – alors que l’administration Obama calculait que les FM et la nébuleuse al-Qaïda disparaîtraient dans l’oubli en Syrie. Cela reste à voir ; il est possible que l’Egypte à partir de maintenant puisse attirer un grand nombre de djihadistes de Syrie. Encore, ils resteraient dans la région MOAN (Moyen-Orient-Afrique du Nord).

Quant à Sisi, il a été assez intelligent pour saisir le thème «terrorisme» et à titre préventif assimiler les FM avec Al-Qaeda en Egypte, ouvrant ainsi la scène pour le bain de sang qui n’est pas un bain de sang. Dans le fond on peut dire que l’administration Obama a en fait sous-traité la majeure partie de sa politique au Moyen-Orient à la Maison des Saoud.

Choisissez votre axe

Deux jours seulement avant le bain de sang qui n’est pas un bain de sang, le chef d’état-major interarmées, le général Martin Dempsey était en Israël en compagnie du général Benny Gantz, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, discutant des proverbiales « menaces qui pourraient provenir de la région – pour le monde et pour nous – et comment nous pouvons continuer à travailler ensemble pour rendre nos deux pays plus sûrs ». Il est impensable qu’ils n’aient pas discuté de la façon dont ils bénéficieraient de bain de sang qui n’est pas un bain de sang qui se prépare.

Au même moment, le ministre israélien de la Défense Moshe Yaalon annonçait pompeusement un nouvel « axe du mal », l’Iran, la Syrie et le Liban. Cela implique Téhéran, Damas et, de manière significative, Beyrouth dans son ensemble (pas seulement les chiites prédominant dans les banlieues sud). Ya’alon a explicitement dit à Dempsey : il leur est « interdit » de gagner la guerre civile en Syrie.

Considérant que la CIA elle-même a jugé que la guerre civile en Syrie était la « plus grande menace » pour la sécurité nationale américaine dans le cas où des groupes style Al-Qaïda et leurs copies prendraient le relais dans une éventuelle situation post-Assad, et qu’en même temps Washington est extrêmement réticent à arrêter « de piloter les évènement en sous-main », on peut penser qu’Israël pourrait être tenté de préparer une autre invasion du Liban. Le toujours vigilent Sheikh Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a déjà parlé de cette possibilité.

Ensuite, Dempsey est allé en Jordanie – qui abrite déjà près de 1000 soldats américains, des F-16 avec leurs équipages, et un éventail de missiles Patriot. Le discours officiel est que le Pentagone veut aider Amman avec « les techniques de contrôle des frontières », usant de ces acronymes favoris du Pentagone, ISR («intelligence, surveillance et reconnaissance»).

Ce n’est qu’un discours. Dempsey est surtout allé surveiller la progression du récent lot de missiles anti-chars, acheté par – qui d’autre – les Saoudiens et fournis par la CIA, via la Jordanie, pour (en théorie) ceux qui ont été sélectionnés comme « bons rebelles » dans le sud de la Syrie. Ces «rebelles», en passant, ont été formés par les forces spéciales américaines à l’intérieur de la Jordanie. Évidemment, Damas va préparer une Contre-attaque à cette offensive de l’axe américain / saoudien / jordanien.

Choisissez votre mal

Il ne reste pratiquement plus aucune «crédibilité américaine» au Moyen-Orient – à l’exception des entités fantoches comme la Jordanie et les élites sélectionnées dans le golfe féodal, ce royaume «démocratique» de la corruption, des mercenaires et des prolétariats importés traités comme du bétail.

Ca n’aide guère que le secrétaire d’Etat américain John Kerry ait recommandé Robert Ford, l’ancien ambassadeur américain en Syrie, comme le prochain ambassadeur américain en Egypte.

La perception est tout. Tous ceux qui ont une opinion éclairée dans le Moyen-Orient identifient immédiatement Ford comme un sinistre animateur d’escadrons de la mort. Son CV avant la Syrie – où il a légitimé les «rebelles» – est imbattable; acolyte du sinistre John Negroponte dans la promotion de l ‘«option Salvador» en Irak en 2004. « L’Option Salvador » est un code pour les escadrons de la mort parrainés par les Etats-Unis, une tactique appliquée la première fois au Salvador (par Negroponte) dans les années 1980 (provoquant au moins 75.000 morts), mais avec des origines profondes en Amérique latine à la fin des années 1960  et durant les années 1970.

Sisi va continuer à jouer son jeu en fonction de son propre plan directeur – renforcer le mythe de la narration que l’armée égyptienne défend la nation et ses institutions alors qu’elle défend ses immenses privilèges socio-économiques. Oubliez la gouvernance civile. Et oubliez toute possibilité de parti – ou mouvement – politique indépendant en Egypte.

Quant à Washington, FM ou «État profond», et même une guerre civile en Égypte – des arabes tuant des arabes, diviser pour mieux régner ad infinitum – c’est très bien, tant qu’il n’y a pas de menace pour Israël.

Avec Israël peut-être en train de ruminer une autre invasion du Liban ; le « processus de paix » de Kerry comme excuse pour plus de colonies en Palestine; Bandar Bush de retour pour pratiquer ses sombres menées ; Compromettre toute solution possible au dossier nucléaire iranien ; l’Égypte dans la guerre civile; la Syrie et l’Irak aussi en train de saigner à mort, ce qui reste est la prolifération certifiée de toutes sortes d’axes, et toutes sortes de mal.

Pepe Escobar

Traduction Avic

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-04-160813.html

L’impossible pas en arrière


Tribune libre MARSEILLE ALBATROS

3653857517La situation est sur le point d’atteindre le point de non-retour en Egypte où personne ne semble capable de faire un pas en arrière pour éviter le clash. La détermination – ou la foi pour ceux qui veulent mettre en avant l’aspect religieux – des partisans de Mohamed Morsi a été un élément totalement inattendu. C’est indéniablement le cas pour les militaires qui, tablant sur le soutien, réel, d’une partie des Egyptiens s’attendaient à ce que les Frères musulmans soient mis KO et contraints d’accepter la «place» qu’ils leur offrent. Mais l’ampleur de la contestation contre le coup de force de l’armée et sa durée a probablement surpris aussi les dirigeants des Frères musulmans.

Ces places occupées durant les dures journées du ramadhan avec constance et entêtement les ont aidés à se reprendre politiquement après la destitution de Mohamed Morsi. Ils leur ont même assuré une protection physique contre les arrestations qui ont touché de nombreux autres dirigeants. L’état-major des «Frères» reste ainsi actif dans l’espace réduit de Rabaa Al-Adawiya. Les dirigeants ont pu élargir la contestation du coup de force au-delà de leurs partisans. Mais ce succès a un revers dangereux. Les manifestants qui se rassemblent avec constance sont définitivement dans l’exigence d’un retour de Mohamed Morsi à la présidence et au rétablissement de la Constitution. C’est pour reprendre une formule algérienne «scellé et non négociable».

Les dirigeants des Frères musulmans ne semblent plus pouvoir en mesure de baisser le niveau d’une exigence devenue le leitmotiv des sit-in. Tout recul sur la question entraînerait une réaction de désabusement de la part de ceux qui se mobilisent – et meurent parfois – depuis le 3 juillet dernier. La démobilisation des manifestants serait dangereuse pour les Frères musulmans. Car, qu’ils le veuillent ou non, c’est la digue qui les protège contre la répression et qui les maintient politiquement présents. Même si cela paraît «maximaliste», les membres de l’Alliance pour la légitimité constitutionnelle ne peuvent se permettre de faire un pas en arrière sur ces exigences de rétablissement de la légalité constitutionnelle. L’effort mené par les Américains et l’Union européenne pour amener les Frères musulmans à «avaler la couleuvre» et à s’engager dans la feuille de route du général Al-Sissi s’est clairement heurté à cette conviction que tout pas en arrière serait politiquement fatal.

Le général Al-Sissi et l’armée égyptienne se trouvent exactement dans la même posture. Tout pas en arrière remettrait totalement en cause le poids politique prépondérant de l’armée dans le système égyptien. Y compris sa présence envahissante dans le secteur des affaires. L’impasse égyptienne est clairement dans cette inaptitude des deux forces dominantes du pays à faire un pas en arrière. L’espace de la négociation politique est devenu nul. Seul le rapport de forces prévaut. L’armée a les moyens d’écraser les sit-in du Caire mais en cas de carnage, le cout politique sera exorbitant. Il n’y aura pas de gagnant dans une telle partie. Il n’y aura qu’un grand perdant.

par M. Saadoune

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5186504