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Pourquoi Israël a assassiné Arafat


2012071208Il semble qu’il y ait encore beaucoup de parties qui préféreraient que la mort d’Arafat continue à être traitée comme un mystère plutôt que comme un assassinat. Il est difficile, cependant, d’éviter de tirer la conclusion logique de la découverte la semaine dernière par des scientifiques suisses que le corps du leader palestinien contenait des niveaux élevés d’un isotope radioactif, le polonium – 210. Une étude concluante et beaucoup plus limitée par une équipe russe publiée immédiatement après l’annonce suisse suggère également qu’Arafat est mort d’un empoisonnement.

Il est temps d’énoncer une évidence : Arafat a été tué. Et les soupçons tombent carrément sur Israël. Seul Israël avait les moyens, les antécédents, l’intention déclarée et le motif. Sans les empreintes digitales d’Israël sur l’arme du crime, ce sera insuffisant pour obtenir une condamnation devant une cour de justice, mais ce devrait être une preuve suffisante pour condamner Israël devant la cour de l’opinion mondiale. Israël avait accès au polonium de son réacteur nucléaire de Dimona, et il a une longue expérience dans la réalisation d’assassinats politiques, certains ostentatoires et d’autres secrets, souvent à l’aide d’agents chimiques difficiles à tracer. Plus notoirement, Israël a essayé de tuer tranquillement un autre leader palestinien, Khaled Mechaal du Hamas en Jordanie en 1997, en injectant un poison dans l’oreille. Mechaal n’a été sauvé que parce que les assassins ont été arrêtés et Israël a été forcé de fournir un antidote.

Les dirigeants israéliens se sont succédé pour nier qu’il y ait jamais eu la moindre intention maligne du côté d’Israël envers Arafat. Silvan Shalom, le ministre de l’énergie, a affirmé la semaine dernière : « Nous n’avons jamais pris la décision de lui nuire physiquement ». Shalom doit souffrir d’un trou de mémoire. Il y a plusieurs preuves qu’Israël voulait, dans l’euphémisme de cette époque, ‘’retirer’’ Arafat. En Janvier 2002, Shaul Mofaz, chef d’état-major de l’armée israélienne, a été surpris au micro chuchotant au Premier ministre israélien, Ariel Sharon, parlant d’Arafat : « Nous devons nous débarrasser de lui ». Avec le dirigeant palestinien enfermé pendant plus de deux ans dans son enceinte dévastée à Ramallah, entouré de tanks israéliens, le débat au sein du gouvernement israélien était centré sur le fait de savoir s’il devait être exilé ou tué. En Septembre 2003, alors que Shalom était ministre des Affaires étrangères, le cabinet a même émis un avertissement qu’Israël  » supprimerait cet obstacle d’une manière ou d’une autre et au moment de son choix « . Le vice-Premier ministre d’alors, Ehud Olmert, a précisé que tuer Arafat était  » une des options « . Ce qui retenait la main d’Israël, et alimentait son ton équivoque, était la vive opposition de Washington. Dans le sillage de ces menaces, Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain, a averti qu’un mouvement contre Arafat déclencherait  » la rage partout dans le monde arabe, le monde musulman et dans de nombreuses autres parties du monde « . En Avril 2004, cependant, Sharon a déclaré qu’il n’était plus tenu par son engagement antérieur avec le président George Bush de ne pas « nuire physiquement à Arafat « . « Je suis libéré de cet engagement « , avait-t-il observé. La Maison Blanche a aussi montré un fléchissement de sa position : un porte-parole anonyme a timidement répondu que les Etats-Unis  » sont opposés à toute action de cette nature« . L’inconnu est de savoir si Israël était en mesure de mener à bien l’assassinat seul, ou s’il a eu besoin de recruter un ou plusieurs membres de l’entourage d’Arafat, qui étaient avec lui dans son QG de Ramallah, en tant que complices pour livrer le poison radioactif.

Alors qu’en est-il du mobile? Que gagne Israël à  » retirer  » Arafat ? Pour comprendre la pensée d’Israël, il faut revenir à un autre débat qui fait rage en ce moment, parmi les Palestiniens. La direction palestinienne a été scindée en deux camps, centrés sur Arafat et Mahmoud Abbas, l’héritier apparent d’Arafat. Le couple avait des stratégies nettement divergentes pour faire face à Israël. De l’avis de M. Arafat, Israël avait renié les engagements qu’il avait pris dans les accords d’Oslo. Il était donc réticent à investir de manière exclusive dans le processus de paix. Il voulait une double stratégie : maintenir les canaux ouverts pour des entretiens tout en conservant l’option de la résistance armée pour faire pression sur Israël. Pour cette raison, il a gardé une emprise personnelle serrée sur les forces de sécurité palestiniennes. Abbas, en revanche, estimait que la résistance armée était un cadeau à Israël, et délégitimait la lutte palestinienne. Il voulait se concentrer exclusivement sur ​​les négociations et le renforcement de l’État, dans l’espoir d’exercer une pression indirecte sur Israël en prouvant à la communauté internationale que les Palestiniens pouvaient inspirer la confiance avec un Etat. Sa priorité était de coopérer étroitement avec les Etats-Unis et Israël en matière de sécurité. Israël et les Etats-Unis préféraient nettement l’approche d’Abbas, forçant même Arafat pendant un certain temps à réduire son influence en nommant Abbas au poste nouvellement créé de Premier ministre.

La principale préoccupation d’Israël était que, bien qu’Arafat soit leur prisonnier, il reste une figure unificatrice pour les Palestiniens. En refusant de renoncer à la lutte armée, Arafat a réussi à contenir, un tant soit peu – les tensions croissantes entre son propre mouvement, le Fatah, et ​​son principal rival, le Hamas. Avec Arafat disparu, et le conciliant Abbas installé à sa place, ces tensions ont violemment éclaté dans la foulée, comme Israël avait certainement prévu qu’il se passerait. Qui a abouti à une scission qui a déchiré le mouvement national palestinien et a conduit à un schisme territorial entre la Cisjordanie contrôlée par le Fatah et Gaza sous la domination du Hamas. Dans la terminologie souvent utilisée par Israël, Arafat était à la tête de l ‘«infrastructure de la terreur». Mais la préférence d’Israël pour Abbas ne provient pas du respect qu’il aurait pour lui ou d’une croyance qu’il pourrait réussir à convaincre les Palestiniens d’accepter un accord de paix. Sharon a eu cette déclaration célèbre que Abbas n’était pas plus impressionnant qu’un  » poulet plumé « .

Les intérêts d’Israël en tuant Arafat sont évidents quand on considère ce qui s’est passé après sa mort. Non seulement le mouvement national palestinien s’est effondré, mais la direction palestinienne a de nouveau été ramenée dans une série de pourparlers de paix futiles, laissant à Israël le champ libre pour se concentrer sur l’accaparement des terres et la construction de colonies. Revenant sur  la question de savoir si Israël a bénéficié de la perte d’Arafat, l’analyste palestinien Mouin Rabbani observe :  » l’engagement exemplaire d’Abu Mazen [ Abbas ] vis-à-vis des accords d’Oslo au fil des années , et le maintien de la coopération sécuritaire avec Israël  contre vents et marées, n’ont-ils pas déjà répondu à cette question?  »

La stratégie d’Abbas peut être confrontée à son test ultime maintenant, alors que l’équipe de négociation palestinienne essaie une fois de plus de cajoler Israël pour la concession du strict minimum pour un Etat, au risque d’être accusée d’être responsable de l’inévitable échec des négociations. L’effort semble déjà profondément mal orienté. Alors que les négociations n’ont accordé aux palestiniens qu’une poignée de vieux prisonniers politiques, Israël a déjà annoncé, en retour, une expansion massive des colonies et la menace d’expulsion de quelque 15000 Palestiniens de leurs maisons à Jérusalem-Est. C’est indubitablement un compromis qu’Arafat aurait amèrement regretté.

Jonathan COOK

Traduction Avic

http://www.counterpunch.org/2013/11/13/why-israel-murdered-arafat/

Le loup, l’agneau et le tiers – par Uri Avnery


2013628172937_samaa_tvQuand vous avez un conflit entre deux parties, la façon de le résoudre est claire : mettez-les dans la même pièce, laissez-les venir à bout de leurs différences et ils en sortent avec une solution raisonnable et acceptable pour tous les deux.

Par exemple, un conflit entre un loup et un agneau. Mettez-les dans la même pièce, laissez-les venir à bout de leurs différences et ils en sortent avec …

Hé, attendez une minute. Le loup en sort. Mais où est passé l’agneau?

Si vous avez un conflit entre deux parties telles qu’un loup et un agneau, vous devez disposer d’un tiers dans la chambre, juste pour s’assurer que la Partie 1 ne va pas prendre la Partie 2 pour son dîner, au cours des négociations.

L’équilibre des forces entre Israël et l’Autorité palestinienne est comme celle entre un loup et un agneau. Dans presque tous les domaines – économique, militaire, politique – Israël dispose d’un vaste avantage.

C’est une réalité. Il appartient à la tierce partie de la rééquilibrer en quelque sorte.

Peut-elle le faire ? Le fera-t-elle ?

J’ai toujours aimé John Kerry. Il dégage un air d’honnêteté, de sincérité, qui semble réel. Ses efforts obstinés forcent le respect. L’annonce cette semaine qu’il a enfin fini par atteindre ne serait-ce même que la première étape des négociations entre les parties peut donner lieu à l’optimisme.

Comme Mao a dit: une marche de mille kilomètres commence par un premier pas.

Les parties ont convenu d’une réunion des délégués pour travailler sur les détails préliminaires. Elle devrait avoir lieu la semaine prochaine à Washington. Jusqu’ici ça va.

La première question est: qui sera la troisième personne? Des fuites ont divulgué que le principal candidat pour cette tâche délicate est Martin Indyk, un vétéran ancien officier du Département d’Etat.

C’est un choix problématique. Indyk est juif et très impliqué dans les activités juives et sionistes. Il est né en Angleterre et a grandi en Australie. Il a servi deux fois comme ambassadeur américain en Israël.

Les Israéliens de droite s’opposent à lui parce qu’il est actif dans les institutions israéliennes de gauche. Il est membre du conseil d’administration du New Israel Fund, qui apporte un soutien financier aux organisations pacifistes modérées israéliennes et est diabolisé par ceux de l’extrême droite autour de Binyamin Netanyahu.

Les Palestiniens peuvent se demander si parmi les 300 millions de citoyens américains il n’y a pas un seul non-Juif qui pourrait gérer ce travail. Depuis de nombreuses années maintenant, il s’est trouvé que presque tous les responsables américains qui se sont occupés du problème israélo-arabe ont été des Juifs. Et la quasi-totalité d’entre eux sont par la suite devenus des pontes dans des think-tanks et autres organisations sionistes.

Si les Etats-Unis avait été appelé à arbitrer les négociations entre, disons, l’Egypte et l’Ethiopie, auraient-ils nommé un Éthiopien-américain?

J’ai rencontré plusieurs fois Indyk, généralement à des réceptions diplomatiques (pas celles de l’ambassade des États-Unis, auxquelles je n’ai pas été invité.) Une fois je lui ai envoyé une lettre en rapport avec son nom.

L’histoire de Indyk est bien connue de tous ceux qui sont versés dans le folklore juif. Elle a été racontée par un rabbin juif très influent, Nachman de Braslaw (1772-1811), qui a de nombreux adeptes, encore aujourd’hui en Israël.

Il était une fois un prince qui souffrait de l’illusion qu’il était un Indyk (dinde en yiddish -. A partir de l’hébreu pour poule indienne). Il s’asseyait nu sous une table et ne mangeait que les miettes qu’on lui jetait.

Après que tous les médecins aient échoué à le guérir, un rabbin sage prit l’affaire en main. Il ôta ses vêtements, s’assit nu sous la table et commença lui aussi à agir comme un Indyk. Étape par étape, il finit par convaincre le prince qu’un Indyk peut porter des vêtements, manger de la nourriture normale et, à la fin, s’asseoir à table au lieu d’être en dessous. De cette façon, le prince fut guéri.

Certains pourraient dire que cette histoire a une incidence directe sur son travail futur, si c’est bien lui qui est choisi. Deux Indyks nus sont maintenant sous la table, et son travail sera de les amener à s’asseoir à la table et parler sérieusement de paix.

Il est vrai que les Palestiniens sont habitués à avoir des miettes qui leur sont jetées, mais maintenant ils peuvent exiger de la vraie nourriture.

Les chances pour les négociations de paix peuvent être évaluées par l’atmosphère qui règne des deux côtés, la terminologie qu’ils utilisent et les discussions internes qu’ils mènent.

Ce n’est pas très encourageant.

En Israël, presque personne n’utilise le mot «paix». Même Tzipi Livni, qui sera en charge de la négociation du côté israélien, parle seulement d’un «accord sur le statut final» qui «mettrait un terme au conflit», mais pas de la fin de l’occupation.

La plupart des Israéliens dédaignent totalement l’évènement, estimant que l’unique but de Netanyahou et de Mahmoud Abbas est d’avorter les négociations de manière à mettre la responsabilité sur l’autre côté. La plupart des Palestiniens pensent la même chose. La paix n’est certainement pas dans l’air.

Toutefois, un sondage réalisé cette semaine a montré que la grande majorité des Israéliens – 55 à 25 (ou, en pourcentage, 69% contre 31%) – voteraient lors d’un référendum pour un accord de paix obtenu par le Premier ministre. Je n’ai jamais eu aucun doute à ce sujet.

L’idée d’organiser un référendum sur un accord de paix est maintenant préconisée par la droite et rejetée par la gauche. Je suis pour. Sans une solide majorité, il serait, dans tous les cas, presque impossible pour un gouvernement de retirer les colonies. Et je crois que tout accord concret accepté par une direction palestinienne crédible et recommandée par les États-Unis recevra un retentissant «Oui» à un référendum.

La plupart des experts disent qu’Israël ne devrait pas s’efforcer de chercher un accord définitif, mais plutôt un accord plus modeste «provisoire». Ils citent le vieil adage juif: «Celui qui veut attraper trop n’attrape rien. »

Excusez-moi de ne pas être d’accord…

Tout d’abord, il y a le dicton qui dit que vous ne pouvez pas traverser un abîme en deux sauts. Pas d’arrêt en plein milieu. Nous avions cité ce dicton à Yitzhak Rabin après Oslo.

L’erreur fatale de l’accord d’Oslo était que tout était provisoire. Le but final n’était pas indiqué. Pour les Palestiniens, il était clair que l’objectif était la mise en place de l’État de Palestine dans tous les territoires occupés, y compris Jérusalem-Est. Pour le côté israélien, ce n’était pas clair du tout. En l’absence d’un accord à ce sujet, chaque étape intermédiaire devenait un point de discorde. Si vous voulez aller en train de Paris à Berlin, les gares intermédiaires sont différentes de celles situées sur le chemin de Madrid.

Oslo a abandonné sa pauvre âme quelque part le long du chemin avec les querelles sans fin sur le «passage sécurisé» entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, le « troisième retrait » et autres.

La seule façon de procéder est tout d’abord de parvenir à un accord sur les « questions fondamentales ». Ceci peut être mis en œuvre sur un certain temps – bien que je ne recommanderais pas ça non plus.

La paix israélo-palestinienne est un grand pas dans l’histoire des deux peuples. Si nous avons le courage de la faire, faisons-la, bon Dieu, au lieu de traînailler en pleurnicheries.

Pour l’instant, la grande énigme est: qu’est-ce que Kerry a promis à chaque côté en secret?

La méthode semble bonne. Puisque les deux côtés ne pouvaient s’entendre sur rien, et que chacun exigeait que l’autre entame les négociations «sans conditions préalables» tout en posant beaucoup de conditions préalables lui-même, Kerry a choisi une voie différente.

Il s’est basé sur une logique simple : dans le triangle américano-israélo-palestinien, la quasi-totalité des décisions devront être prises à deux pour un. Dans la pratique, chaque côté a besoin du soutien américain pour obtenir que ses demandes soient acceptées.

Ainsi, au lieu d’essayer de réaliser l’impossible – accord israélo-palestinien sur la base des négociations – l’Amérique a donné à chaque côté la promesse de l’appuyer sur certains points.

Par exemple, en guise de supposition : une promesse que les Etats-Unis soutiendront les Palestiniens sur la question des frontières. La frontière sera basée sur la Ligne verte, avec des échanges de territoires raisonnables. En plus, le gel des colonies, tandis que les négociations continuent. D’autre part, les Etats-Unis soutiendront Israël sur la définition d’Israël en tant qu’Etat «juif» et sur le (non-) retour des réfugiés palestiniens.

Dans le passé, les Etats-Unis ont failli à de telles promesses sans rougir. Par exemple, avant la réunion de Camp David, le président Bill Clinton a donné à Yasser Arafat une promesse solide qu’il condamnera tout côté qui faillira. (Étant donné que la réunion a été organisée sans la moindre préparation, l’échec était prévisible). Après la conférence, Clinton accusa carrément – et à tort – Arafat de toutes les responsabilités, un acte vil de l’opportunisme politique, conçu pour aider sa femme à se faire élire à New York.

En dépit de ces expériences, M. Abbas a mis sa confiance dans Kerry. Il semble que Kerry a le don d’inspirer une telle confiance. Espérons qu’il ne va pas la gaspiller.

Donc, avec ou sans une dinde pour empêcher le loup de dévorer l’agneau, et en dépit de toutes les déceptions passées, espérons que cette fois de véritables négociations se dérouleront et mèneront vers la paix. L’alternative est trop triste à envisager.

Uri Avnery est un écrivain israélien et militant pour la paix avec Gush Shalom. Il est un contributeur au livre de Counterpunch The Politics of Anti-Semitism.

Traduction Avic

http://www.counterpunch.org/2013/07/26/the-wolf-the-lamb-and-the-third-party/