Archives du mot-clé ayatollah

La vraie révolution « nucléaire » iranienne


IMAGE635073537117968750Par Pepe Escobar

Les débats nucléaires entre l’Iran et le P5+1 (les cinq membres du Conseil Permanent de Sécurité de l’ONU et l’Allemagne) sont de retour ce mardi à Vienne. Les enjeux ne pourraient pas être plus élevés. Cela va être une route longue et tortueuse. Des agendas cachés de part et d’autre aspirent fortement à ce que ces pourparlers échouent – et ne s’épargneront aucun effort dans ce sens. Lire la suite La vraie révolution « nucléaire » iranienne

Egypte : « la carte rouge » pour le président Morsi


DSC02246.JPG.1000x297x1Dimanche le 30 juin, c’est le premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir en Egypte du président islamiste Mohamed Morsi.

Au lieu de la célébration, l’Egypte a présenté au protégé du mouvement Les Frères-musulmans « la carte rouge » politique. Dans les rues du Caire et des dizaines d’autres villes du pays, on voit partout des affiches avec le portrait de Morsi accompagné de mots « À bas ! ». L’opposition a proclamé le 30 juin le jour national de la protestation et a appelé tous les Egyptiens à prendre part aux manifestations.

Ce jour difficile pour Morsi a commencé à la veille, samedi. Déjà dès le soir du 29 juin, sur la place Tahrir, le QG principal de la révolution de 2011, se sont réunies quelques dizaines de milliers de personnes. En Egypte, il y a la canicule maintenant, une chaleur infernale, et le pic des manifestations antigouvernementales a lieu le soir, quand la chaleur tombe un peu. Mais à en juger par plusieurs milliers d’Egyptiens qui sortent déjà dans les rues, l’opposition réussira à réunir pour ces manifestations des millions de gens.

La raison principale du mécontentement des gens, c’est que l’Egypte ne peut toujours pas sortir de la crise économique, où le pays s’est trouvé après la révolution et à cause d’elle, dit le chef du centre de l’étude du Proche-Orient moderne à Saint-Pétersbourg Goumer Issaev. Mais le malheur de l’Egypte, c’est aussi l’absence d’un leader fort, capable d’unir le peuple.

« Je pense qu’il serait prématuré de parler d’une guerre civile. Mais la scission a lieu. L’absence de leaders évidents est le facteur central des événements actuels en Egypte. Dans la révolution égyptienne, il n’y avait pas de Khomeiny (l’ayatollah Khomeiny, le leader spirituel de la révolution iranienne de 1979). Morsi, lui, n’a pas l’étoffe de ce rôle. L’opposition n’a pas de leaders évidents non plus ».

L’armée égyptienne a fermé entièrement les frontières terrestres du pays un jour avant le 30 juin, les unités supplémentaires sont transférées sur le Sinaï, où il y a des milliers d’extrémistes armés prêts à prendre la défense du pouvoir des islamistes au premier appel. D’après les données des médias égyptiens, dans le pays se trouvent déjà jusqu’à 100 mille mouRévolution

Carton rouge

jahids. On a fermé le tunnel pour le passage des automobiles joignant le continent africain à l’Asie. En réalité, le Sinaï est entièrement coupé des territoires voisins.

Le mouvement Tamarod ( « l’Insurrection ») est l’initiateur des actions de protestation du 30 juin. Ses représentants affirment avoir déjà réuni 22 millions de signatures au soutien de la démission de Morsi.

Les tentatives du chef de l’État actuel de commencer le dialogue avec les leaders de l’opposition n’ont rien donné. Les accrochages entre les partisans et les adversaires de Morsi se prolongent toute la semaine. Samedi, 8 personnes ont péri. Des centaines de personnes sont blessées.

Les partisans du président – en Egypte, il y en a beaucoup aussi, affirment que les accusations présentées aux pouvoirs ne sont pas argumentées. Ils trouvent que l’Egypte connait en effet beaucoup de problèmes sociaux et économiques, mais ils existaient déjà sous l’ancien régime, et au cours des événements révolutionnaires, de nouveaux problèmes s’y sont ajoutés.

Le ministre de la Défense de l’Egypte Abdul Fattah Khalil al-Sisi s’est produit à la télévision et a prévenu le pays que les militaires interviendraient dans le cas où le carnage se produisait le 30 juin. L’armée, le principal arbitre politique dans le pays, a donné une semaine au gouvernement et à l’opposition pour l’acquisition du compromis sur la sortie de la crise politique intérieure. En cas de la déstabilisation ultérieure de la situation, a dit Abdul Fattah Khalil al-Sisi, « l’armée protègera l’État et le peuple égyptien ».

Andreï Fedyachine

Et le gagnant est … Khamenei


article_candidatsiranRien ne sera laissé au hasard – pas même l’allusion à une vague de protestation verte.

En 2009, 475 candidats se sont inscrits pour la présidence de l’Iran. Seulement quatre ont été approuvées par le Conseil des Gardiens – le sélectif et tout-puissant comité clérical. Cette année, pas moins de 686 inscrits pour les prochaines élections du 14 juin. Huit ont été approuvées.

Parmi eux, on ne trouvera pas les deux qui sont vraiment controversé ; l’ancien président Ali Akbar Hashemi Rafsanjani, alias « Le Requin » – essentiellement un conservateur pragmatique – et Esfandiar Rahim Mashaei, conseiller et bras droit du président sortant Mahmoud Ahmadinejad sont tous les deux mis hors course.

Ceux qui restent en lice ne sont pas des personnages que l’on pourrait qualifier d’exceptionnels; un ancien vice-président, Mohammad Reza Aref ; un ancien chef de la sécurité nationale, Hassan Rohani ; un ancien ministre des Télécommunications, Mohammad Gharazi ; le secrétaire du Conseil suprême de la Sécurité Nationale iranienne, Saeed Jalili ; le maire de Téhéran, Mohammad Bagher Qalibaf ; le conseiller en  politique étrangère du guide suprême l’ayatollah Khamenei, Ali Akbar Velayati ; le secrétaire du Conseil de discernement, Mohsen Rezaei ; et le porte-parole du Parlement, Gholam-Ali Haddad-Adel.

Mais ils se lisent comme un bottin mondain des ultimes initiés de la République islamique – les soi-disant «principe-istes».

Le Requin hors de l’eau

Selon le ministère de l’Intérieur, le Requin a été éliminé en raison de son âge avancé (78 ans). Pas tout à fait. Le Requin a été écarté parce qu’il était le champion des modérés en course – et avait déjà drainé l’appui de la plupart des réformistes (exclus).

Mashaei a été exclu parce qu’il représenterait une continuation d’Ahmadinejad – soutenu par un bon nombre des ministres d’Ahmadinejad et bénéficiant d’une machine politique populiste formidable qui séduit encore la campagne de l’Iran et les pauvres en milieu urbain. Il aurait approfondi la voie d’Ahmadinejad vers un exécutif indépendant. Il ne pouvait en être question – pour l’instant. Ni Rafsandjani, ni Mashaei ne peut, en théorie, faire appel. Mais le Guide suprême en personne pourrait leur donner un coup de main. C’est peu probable, néanmoins.

Rafsandjani a attendu le dernier jour, le 11 mai, pour s’inscrire comme candidat potentiel. L’ancien président Khatami – du  fameux «dialogue des civilisations» – ne s’est pas enregistré, et avait annoncé, la veille, son soutien à Rafsandjani. On peut imaginer la sonnette d’alarme chez le chef suprême.

Le Requin a été récemment confirmé en tant que président du puissant Conseil de discernement  – qui supervise le gouvernement (Khamenei occupait ce poste quand l’ayatollah Khomeiny était encore en vie). On pourrait l’interpréter comme une sorte de lot de consolation.

Ahmadinejad, pour sa part, avait fait quelques allusions qui ressemblaient à du chantage – menaçant de cracher le morceau sur la corruption de la famille du chef suprême. Il lui sera difficile de revenir dans les faveurs du guide.

En supposant que le Chef suprême reste immobile, lui et ses subordonnés dans l’élite politique conservatrice courent un risque sérieux – celui de s’aliéner totalement les deux factions politiques les plus importantes de la République islamique. D’ici là, sans doute le Conseil des gardiens aura dégagé le terrain pour une victoire facile pour l’ancien commandant des Forces aériennes de la Garde Révolutionnaire et actuel maire de Téhéran, Qalibaf.

Qalibaf serait l’ultime figure politiquement correct pour ce que j’avais décrit depuis 2009 comme la dictature militaire de la mollahcratie – c’est à dire, l’emprise sur la vie institutionnelle de l’Iran par le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique et les religieux conservateurs, sous l’égide du réel  décideur : le Guide Suprême Khamenei.

Cet  article évoque le côté pas exactement tendre de Qalibaf. Cela, en soi, n’est pas surprenant. Infiniment plus cruciale est la question de savoir si Khamenei et les ultra-conservateurs peuvent se permettre de rester confortablement installé dans leur tour d’ivoire, alors que la situation économique interne se détériore davantage et que les l’axe vociférant arabe sunnite – largement initié par les Etats-Unis et soutenue par Israël – aboie aux portes de l’Iran.

Voter, sinon …

Lors des élections à venir, le guide suprême a cruellement besoin chiffres pour renforcer la légitimité du système. C’est pourquoi les élections municipales et rurales auront lieu pour la première fois le même jour que le scrutin présidentiel.

Pendant un temps, il semblait que Rafsanjani serait capable de rassembler toutes les oppositions. Maintenant, l’appel au boycott réformiste est amené à se développer. Mais il y a un énorme problème. Le vote en Iran est obligatoire, si vous ne votez pas, vos chances d’obtenir un emploi au sein du gouvernement ou d’une organisation semi-officielle est compromis. Cela signifie adieu à un précieux travail stable, un logement gratuit, pas de factures de services publics, des salaires décents et des avantages sociaux.

Tout le monde doit porter un livret d’identité nationale avec des timbres correspondant à chaque élection. Donc un grand nombre de jeunes scolarisés en milieu urbain, en réalité,se rendent aux urnes, mais votent blanc.

Dans les zones rurales de l’Iran, les choses sont beaucoup plus faciles pour le gouvernement. En Décembre 2011, cela s’est terminé avec beaucoup de subventions pour les biens d’équipement ménager et de l’énergie. Pour compenser la hausse de l’inflation, le gouvernement a commencé à faire des paiements directs à beaucoup de familles iraniennes – assurant ainsi son soutien dans de nombreuses provinces rurales.

Pour les ultra-conservateurs, rien n’est suffisant pour éviter une répétition de ce qui s’est passé en 2009, la vague verte, la victoire d’Ahmadinejad sur le réformiste Mir Hossein Mousavi sévèrement contestée, la colère dans les rues, d’énormes manifestations, la répression violente.

Moussavi, sa femme (l’artiste Zahra Rahnavard), et l’ancien porte-parole  du parlement Mehdi Karroubi – tous les fidèles du mouvement vert – ont été en résidence surveillée depuis les grandes manifestations de rue de Février 2011. La répression n’a pas faibli – bien au contraire (voir, par exemple, cet article dans le Guardian Cela a aussi débordé sur le camp Ahmadinejad;. Mêmes les religieux pro-Ahmadinejad ont été inquiétés ou arrêtés par les services de sécurité dans certaines provinces, et cinq sites internet pour la campagne de Mashaie ont été fermés.

Tous les VPN (réseaux privés virtuels) ont été fermées dans la myriade de cyber-cafés iraniens, et la vitesse d’Internet a été ralentie au maximum.

Même si tout ce «système de prévention» fonctionne, et même si le Guide suprême arrive à ses fins (et candidat gagnant, peut-être Qalibaf), les perspectives ne sont pas très agréable. Le titulaire du poste post-Ahmadinejad va hériter d’un paysage politique ultra-fragmenté; beaucoup de gens critiquent la gestion déplorable du gouvernement ainsi que l’effet des sanctions internationales sur leur sort ; et la même irréductible hostilité affichée par les Etats-Unis, Israël et l’axe sunnite. Suspendu à un désespoir tranquille semble être la voie populaire iranienne.

Pepe Escobar. sur Asia Times .

Traduction: Avic