Archives du mot-clé Bachar Al Assad

Un courageux journaliste pose à Laurent Fabius « la question qui tue » !


Laurent Fabius ESSEC5Non seulement Laurent Fabius persiste dans son mensonge au sujet des gaz chimiques, mais il en rajoute. Il affirme que l’ONU avait dit que le massacre pouvait être attribué aux responsables syriens. Ce qui est complètement faux, pour la bonne et simple raison que la mission de l’ONU n’était pas de chercher des coupables mais d’établir la réalité de l’utilisation des armes chimiques.

Il affirme également que Bachar Al Assad avait nié posséder des armes chimiques deux jours avant (et il insiste : deux jours avant !). Comment peut-il alors expliquer tout le cinéma qu’ils avaient fait, lui et ses copains, après la déclaration du gouvernement syrien quelques mois plus tôt, selon laquelle la Syrie n’utiliserait ses armes chimiques que contre une agression extérieure ? Lire la suite Un courageux journaliste pose à Laurent Fabius « la question qui tue » !

Le plan US et israélien pour occuper le sud de la Syrie


349254_Syria-Aleppo-unrestUne agence indépendante de presse jordanienne a déclaré que les États-Unis et le régime israélien travaillaient sur un plan commun d’occupation du sud de la Syrie.

La JBC News a déclaré que les groupes de miliciens, qui sont considérés aux Etats-Unis comme faisant partie de l’opposition modérée, devraient aider à l’occupation de deux régions du sud de la Syrie. Lire la suite Le plan US et israélien pour occuper le sud de la Syrie

Syrie / Genève 2 : Nous sommes venus vous mettre face à vos responsabilités !


Tribune de Byblos

Walid al-MouallemÀ lire la presse française officielle de cette fin de semaine, nous sommes en droit de nous demander si « l’échec consommé », ou encore le « fiasco », de la Conférence internationale dite de Genève 2, concerne uniquement la Syrie. Il est clair, que ces courageux journalistes, qui se sont présentés en grand nombre à Montreux, n’ont pas cherché à savoir le contenu de l’intervention du chef de la délégation de la République arabe syrienne, M. Walid al-Mouallem, et si jamais ils ont fait cet effort, ils n’ont rien voulu entendre. Une fois de plus ! Lire la suite Syrie / Genève 2 : Nous sommes venus vous mettre face à vos responsabilités !

Quand la vérité sort de la bouche des enfants !!!


Envoyé par Djerrad Amar

La vérité sort de la bouche des enfants6Le sinistre Cheikh Adnan AROUR humilié par son fils (un enfant).

ECOUTEZ CETTE VIDEO !!!!!!!! (Traduite en Français).

Tout ce que nous aurions aimé lui balancer, dit par son fils, Jabir, et plus encore, de la manière la plus naturelle qui soit.

Merci Jabir Lire la suite Quand la vérité sort de la bouche des enfants !!!

Bye bye Genève, bonjour Damas 1 !


La délégation syrienne à Montreux [Genève 2]
La délégation syrienne à Montreux [Genève 2]
Le 6 Janvier 2013, le Président Bachar al-Assad formulait sa « solution politique » et celle du gouvernement syrien [1] pour la résolution d’une « crise » dont le monde entier reconnait, aujourd’hui, les aspects mensongers ayant conduit à une terrible souffrance du peuple syrien, à des milliers de morts, à la destruction d’une grande partie du pays, dans une guerre « par procuration » qui n’a respecté ni les morts, ni les vivants. Lire la suite Bye bye Genève, bonjour Damas 1 !

Le gouvernement allemand étend sa mission militaire en Afrique


0,,16519384_303,00Selon des articles parus dans le Süddeutsche Zeitung et Spiegel Online, Berlin veut étendre massivement la participation allemande aux opérations militaires en Afrique. Ces comptes rendus relatent que la coalition gouvernementale entre les chrétiens démocrates et les sociaux-démocrates est en train de planifier une massive extension de la mission allemande au Mali. Lire la suite Le gouvernement allemand étend sa mission militaire en Afrique

Complètement loufoque, le nouveau jouet de l’Occident s’appelle Genève 2


145A8C64-3B5C-4070-8DB3-8F3C2F5B387A_mw1024_n_sOn se doutait bien que les derniers jours avant la conférence de Genève 2 seraient riches en rebondissements, coups tordus, et surprises de dernière minute. Eh bien on a eu tout ça, et même un peu plus.

Le jeu consistait, pour les ennemis de la Syrie, à faire venir les équipes sur le terrain, mais que le match n’ait surtout pas lieu. Lire la suite Complètement loufoque, le nouveau jouet de l’Occident s’appelle Genève 2

LABBAYK YA BASHAR. Syrie: appel pour que le président al-Assad se représente


Tribune de Djerrad Amar

bachar-al-assadGenève II débute aujourd’hui. Alors que la délégation officielle syrienne a passé des moments très difficiles pour atteindre Montreux, en Suisse, avec notamment l’interdiction du survol de l’espace aérien français, un mouvement de soutien au président Assad vient d’être lancé: « Labbayk Ya Bashar », « Nous répondons à ton appel Bashar « . Allez-y Bachar ! les Syriens et les amis de la Syrie soutiennent votre probable et future candidature à l’élection présidentielle syrienne prochaine. Lire la suite LABBAYK YA BASHAR. Syrie: appel pour que le président al-Assad se représente

Bachar al-Assad, nouveau Che Guevara !


Che-AssadLa Russie en compagnie des Etats-Unis et l’UE est en train de mettre sur pied la Conférence de Genève 2 consacrée au problème syrien. Mais derrière le rideau des palabres diplomatiques, on sent un creux cosmique de contenu, car la soi-disant opposition syrienne non seulement se fait de moins en moins représentative, mais qui plus est, perd sur tous les fronts militaires de cette guerre subversive concoctée par les Américains selon la formule d’un Laurence d’Arabie. Essence éphémère et hautement éthérée, la résistance énigmatique au sein d’un pays solidaire avec son président, apparaît de plus en plus comme un scion occidental enté sur l’ancien olivier syrien. Cette pousse n’est qu’une vulgaire envie rejetée par le tronc et se mourant à petit feu. L’opposition a vécu et l’initiative belliqueuse des incendiaires de la planète fit long feu. Lire la suite Bachar al-Assad, nouveau Che Guevara !

Syrie : Lexique de la terreur en prévision de Genève II !


__366287-01-08_76_840764_highresPour cacher un mensonge, il faut mentir et mentir encore. Le dernier en date consiste à faire croire que ce ne sont pas les soldats de l’Armée nationale syrienne qui se sacrifient face au terrorisme de DAECH [Acronyme de l’État Islamique en Irak et en Syrie ; ou EIIL], la faction terroriste la plus infernale que le monde ait connu, mais le Front islamique [1] ! Lire la suite Syrie : Lexique de la terreur en prévision de Genève II !

Assad tenace et indomptable: il veut combattre le wahhabisme en 2014


Assad_victoire100Durant ces trois années de crise et de guerre en Syrie, l’une des plus grandes surprises aura sans aucun doute été la ténacité du président syrien Bachar al-Assad.

Avec sa physionomie de bonhomie, son jeune âge et son expérience limitée, personne ne s’attendait à ce qu’il tienne bon. Lire la suite Assad tenace et indomptable: il veut combattre le wahhabisme en 2014

Exclu-Syrie : Mise en lumière du rôle d’un centre « secret » de commandement international basé à Amman, en Jordanie


Dans un article publié hier, le quotidien émirati The National met en exergue le rôle d’un quartier général « secret » dans le soutien tactique, logistique et militaire apporté aux rebelles syriens dans le Sud de la Syrie. Ce centre de commandement serait composé d’officiers militaires arabes et occidentaux. Les entretiens menés par les journalistes permettent d’appréhender la « collaboration » internationale qui se cache derrière de nombreuses actions de l’Armée Syrienne Libre sur le front sud. Lire la suite Exclu-Syrie : Mise en lumière du rôle d’un centre « secret » de commandement international basé à Amman, en Jordanie

Syrie : l’enquête à charge contre les Etats-Unis après l’attaque chimique


3464325_3_c08a_l-attaque-chimique-a-la-ghouta-constitue-le_f245354428a128cdcf60f6b23678eb9bNouvel accès de « conspirationnisme » ou scoop retentissant ? L’article de Seymour Hersh, vétéran du journalisme d’investigation américain, publié dimanche 8 décembre par la London Review of Books tend à réécrire l’histoire, déjà passablement énigmatique, de l’intervention américaine avortée en Syrie. Le journaliste qui, en 2004, avait contribué à révéler le scandale de la prison irakienne d’Abou Ghraib, accuse l’administration Obama d’avoir manipulé les informations concernant l’attaque chimique perpétrée le 21 août dans la Ghouta, près de Damas, pour justifier des frappes militaires contre le régime Assad. Lire la suite Syrie : l’enquête à charge contre les Etats-Unis après l’attaque chimique

Les États-Unis : une menace pour la paix et les peuples libres


Tribune libre Résistance

bloody_us_empire30-e1334864205386Alors que les guerres d’agression, les attaques de drones et un véritable réseau mondial de bases militaires sont les aspects les plus visibles de la puissance hégémonique étasunienne, la politique américaine d’assistance, Lire la suite Les États-Unis : une menace pour la paix et les peuples libres

Pourquoi la France aurait été choisie comme coordinatrice des opérations de l’UE contre les terroristes revenant de Syrie ?


Tribune libre Byblos

969144-1146538D’aucuns affirment que la Syrie vivrait le dernier quart d’heure d’une agression quasi-universelle, une sale guerre qui a dépassé toutes les horreurs sans jamais dire son nom. Cette agression a échoué, ce qui ne saurait être reconnu comme une victoire. Lire la suite Pourquoi la France aurait été choisie comme coordinatrice des opérations de l’UE contre les terroristes revenant de Syrie ?

VIDEO : Exécution de six rebelles par Al-Qaïda en Syrie


Cette vidéo absolument atroce aurait été prise le jeudi 28 novembre par des amateurs.

drapeau-al-qaïdaExécution de rebelles syriens par Al-Qaïda : la vidéo choc

L’exécution a lieu au grand public, devant une foule en transe, fusil mitrailleur au point, semblant s’extasier d’un tel déferlement de violence. Lire la suite VIDEO : Exécution de six rebelles par Al-Qaïda en Syrie

Appelez ça coloscopie, tarte à la crème, soupe d’asperges, mais ne l’appelez pas intervention humanitaire !


merci-monsieur-le-missile-600Quelle nouvelle entourloupe nous prépare Washington en décidant d’abandonner le projet d’évincer Bachar Al-Assad et de faire copain copain avec l’Iran ? Que peut-on espérer d’une nation qui, depuis la livraison de dégénérés européens Lire la suite Appelez ça coloscopie, tarte à la crème, soupe d’asperges, mais ne l’appelez pas intervention humanitaire !

Deux dangereux mensonges sur la Syrie


Tribune libre Palestine Alquds15

nasrallah3Par Ghaleb Kandil

Des analystes et des observateurs, mus par de bonnes intentions, tombent dans les pièges des mensonges sémiologiques véhiculés sur la Syrie. Parmi les plus dangereux mensonges, celui d’ »opposition armée » et l’ »impossibilité de la solution militaire ». Certains prennent pour prétexte ces deux postulats mensongers pour appeler au dialogue, qualifiée de seule voie pour un règlement politique. Lire la suite Deux dangereux mensonges sur la Syrie

Des Européens reprennent la coopération sécuritaire avec la Syrie


Tribune libre Almutanabi Jasmin

extremiste-frAprès avoir nié, ignoré ou minimisé le rôle des extrémistes étrangers combattants dans les rangs des rebelles en Syrie, l’Occident, plus particulièrement les Etats européens, commencent à réaliser l’ampleur et la gravité de ce phénomène pour la stabilité et la sécurité de leurs pays. Certains ont rétabli les canaux de coopération sécuritaire avec Damas, d’autres ont essuyé une fin de non recevoir. Lire la suite Des Européens reprennent la coopération sécuritaire avec la Syrie

Oups, Sorry !!! Des djihadistes s’excusent d’avoir décapité un des leurs par erreur


J’imagine aisément la scène.

– puisque je vous dis que je suis des vôtres.

– C’est ça, prends-nous en plus pour des imbéciles.

– Je vous jure que je suis, comme vous, un vrai djihadiste, venu pour combattre le tyran.

– Mais oui, mais oui.

Il a dû partir sans avoir compris ce qui lui arrivait, en repensant peut-être au jour funeste où il a quitté ses proches pour aller rejoindre d’autres joyeux compagnons pour la gloire d’Allah.

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Un mea culpa assez inouï. Un groupe de combattants islamistes opposés à Bachar Al-Assad, et appartenant au groupe Etat islamique en Irak et au Levant, s’est excusé, jeudi 14 novembre, d’avoir exécuté et brandi dans une vidéo la tête d’un homme qu’ils pensaient appartenir à la milice pro-Assad. Or cet homme n’était pas un opposant mais un rebelle syrien. Il appartenait au groupe islamiste Ahrar Al-Sham, « qui se bat souvent aux côtés d’Isis sans partager son idéologie inspirée d’Al-Qaïda », selon le Telegraph.

Un porte-parole du groupe jihadiste a confirmé que l’homme qui aurait été décapité par mégarde, Mohammed Fares, avait été blessé il y a quelques jours près d’Alep. Il pensait que le combattant avait été capturé par la milice pro-Assad. Selon ce porte-parole, « Mohammed Fares avait indiqué qu’Allah pardonnerait un combattant qui aurait tué un croyant par erreur ».

Une opposition à Bachar Al-Assad morcelée

« Cette erreur est révélatrice de la confusion qui règne au sein des rebelles », commente le Telegraph. « La radicalité du groupe [de l’Etat islamique en Irak et au Levant] a conduit certains rebelles, plus modérés ou laïques, à se désolidariser. Elle a également mis un terme à une trêve entre l’Armée syrienne libre et des milices kurdes. » 

Profitant de ces dissensions, les forces pro-Assad ont accentué leur pression sur Alep ces derniers jours. A tel point que les brigades islamistes engagées dans les combats, notamment Tawhid, Ahrar a Cham et le Front Al-Nosra, ont ordonné à tous leurs combattants de rejoindre le front dans les vingt-quatre heures « afin de repousser l’agresseur ». Mohammad Nour, du réseau d’opposition Sham News Network, le déplore : « Les luttes internes à l’opposition minent les défenses d’Alep. »

 

La Syrie a changé


La couverture médiatique de la guerre en Syrie ne porte que sur les actions militaires, humanitaires et diplomatiques. Elle laisse de côté la profonde transformation du pays. Pourtant, on ne survit pas à cet océan de violence sans changer profondément. De Damas, où il vit depuis deux ans, Thierry Meyssan décrit cette évolution.

Damas, la plus vieille ville habitée du monde
Damas, la plus vieille ville habitée du monde

De passage à Damas, l’envoyé spécial des secrétaires généraux de la Ligue arabe et de l’Onu, Lakhdar Brahimi, a présenté « son » projet de conférence de paix, Genève 2. Une conférence dont l’objectif serait de mettre fin à la « guerre civile ». Cette terminologie reprend l’analyse d’un camp contre un autre, de ceux qui affirment que ce conflit est une suite logique du « printemps arabe », contre ceux qui soutiennent qu’il a été fabriqué, alimenté et manipulé de l’extérieur.

La guerre selon l’opposition armée

Pour les Occidentaux et la majorité de la Coalition nationale, la Syrie vit une révolution. Son peuple s’est soulevé contre une dictature et aspire à vivre dans une démocratie comme aux États-Unis. Cependant cette vision des choses est démentie par le Conseil de coopération du Golfe, le Conseil national syrien et l’Armée syrienne libre. Pour eux, le problème n’est pas celui de la liberté, mais de la personnalité de Bachar el-Assad. Ils se contenteraient de conserver les mêmes institutions si le président acceptait de laisser sa place à un de ses vice-présidents. Toutefois, cette version est à son tour démentie par les combattants sur le terrain, pour qui le problème n’est pas la personnalité du président, mais la tolérance qu’il incarne. Leur but est d’instaurer un régime de type wahhabite où les minorités religieuses seraient soit soumises, soit détruites, et où la Constitution serait remplacée par la Charia.

La liberté d’expression

Au début, lorsque des snipers tuaient des gens, on disait que c’était des tireurs du régime qui cherchaient à imposer la peur. Lorsque des voitures explosaient, on disait que c’était une attaque perpétrée par les services secrets sous faux drapeau. Lorsque un gigantesque attentat a tué les membres du Conseil de sécurité, on accusait Bachar el-Assad d’avoir éliminé ses rivaux. Aujourd’hui, plus personne n’a de doute : ces crimes étaient l’œuvre des jihadistes et ils ne cessent d’en commettre.

Au début, il y avait la loi d’urgence. Depuis 1963, les manifestations étaient interdites. Les journalistes étrangers ne pouvaient entrer qu’au compte-goutte et leurs activités étaient étroitement surveillées. Aujourd’hui, la loi d’urgence a été levée. Il n’y a toujours que peu de manifestations parce qu’on craint des attentats terroristes. Les journalistes étrangers sont nombreux à Damas. Ils évoluent librement sans aucune surveillance. La plupart continuent pourtant à raconter que le pays est une horrible dictature. On les laisse faire en espérant qu’ils se lasseront de mentir lorsque leurs gouvernements cesseront de prêcher le « renversement du régime ».

Au début, les Syriens ne regardaient pas les chaînes de télévision nationales. Ils les considéraient comme de la propagande et leur préféraient Al-Jazeera. Ils suivaient ainsi en direct les exploits des « révolutionnaires » et les crimes de la « dictature ». Mais avec le temps, ils se sont trouvés confrontés directement aux événements. Ils ont vu par eux-mêmes les atrocités des peudos-révolutionnaires et, souvent, ils n’ont dû leur salut qu’à l’armée nationale. Aujourd’hui, les gens regardent beaucoup plus les télévisions nationales, qui sont plus nombreuses, et surtout une chaîne libano-irakienne, Al-Mayadeen, qui a récupéré l’auditoire d’Al-Jazeera dans l’ensemble du monde arabe et qui développe un point de vue nationaliste ouvert.

La liberté de conscience

Au début, l’opposition armée se disait pluri-confessionnelle. Des personnes issues de minorités religieuses la soutenaient. Puis, il y eut les tribunaux islamiques qui condamnèrent à mort et égorgèrent les « mauvais » sunnites, « traîtres » à leur communauté ; les alaouites et les chiites, torturés en public ; et les chrétiens expulsés de leurs maisons. Aujourd’hui, chacun à compris que l’on est toujours hérétique lorsque l’on est jugé par des « purs », des takfiristes.

Alors que des intellectuels affirment que la Syrie a été détruite et qu’il faut la redéfinir, les gens savent ce qu’elle est et sont souvent prêts à mourir pour elle. Il y a dix ans, chaque famille avait un adolescent qu’elle tentait de faire échapper au service militaire. Seuls les pauvres envisageaient de faire carrière sous les drapeaux. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes s’engagent dans l’armée et leurs aînés dans les milices populaires. Tous défendent la Syrie éternelle où se côtoient différentes communautés religieuses, ils vénèrent ensemble le même Dieu lorsqu’ils en ont un.

Au cours du conflit, beaucoup de Syriens ont eux-mêmes évolué. Au début, ils observaient majoritairement les événements en se tenant à l’écart, la plupart affirmant ne se reconnaître dans aucun camp. Après deux ans et demi de terribles souffrances, chacun de ceux qui sont restés dans le pays a dû choisir pour survivre. La guerre n’est plus qu’une tentative des puissances coloniales de souffler sur les braises de l’obscurantisme pour brûler la civilisation.

La liberté politique

Pour moi, qui connait la Syrie depuis une dizaine d’années et vit à Damas depuis deux ans, je mesure à quel point le pays a changé. Il y a dix ans, chacun racontait à voix basse les problèmes qu’il avait rencontré avec les mukhabarats, qui se mêlaient de tout et de n’importe quoi. Dans ce pays, dont le Golan est occupé par Israël, les services secrets avaient en effet acquis un pouvoir extravagant. Pourtant, ils n’ont rien vu et rien su de la préparation de la guerre, des tunnels que l’on creusait et des armes que l’on importait. Aujourd’hui, un grand nombre d’officiers corrompus s’est enfui à l’étranger, les mukhabarats se sont recentrés sur leur mission de défense de la patrie et seuls les jihadistes ont à s’en plaindre.

Il y a dix ans, le parti Baas était constitutionnellement le leader de la nation. Il était seul autorisé à présenter des candidats aux élections, mais il n’était déjà plus un parti de masse. Les institutions s’éloignaient progressivement des citoyens. Aujourd’hui, on a du mal à suivre la naissance des partis politiques tant ils sont nombreux. Chacun peut se présenter aux élections et les gagner. Seule l’opposition « démocratique » a, depuis Paris et Istanbul, décidé de les boycotter plutôt que de les perdre.

Il y a dix ans, on ne parlait pas de politique dans les cafés, seulement à la maison avec les gens que l’on connaissait. Aujourd’hui, tout le monde parle politique, partout, dans les zones contrôlées par le gouvernement et jamais dans celles contrôlées par l’opposition armée.

Où est la dictature ? Où est la démocratie ?

Réactions de classe

La guerre, c’est aussi un conflit de classe. Les riches, qui disposent d’avoirs à l’étranger, sont partis lorsque Damas a été attaqué. Ils aimaient leur pays, mais surtout protégeaient leurs vies et leurs biens.
Les bourgeois étaient terrorisés. Ils payaient l’impôt « révolutionnaire » lorsqu’on les insurgés l’exigeaient, et affirmaient soutenir l’État lorsque l’armée les questionnait. Inquiets, ils attendaient le départ du président El-Assad qu’Al-Jazeera annonçait comme imminent. Ils ne sont sortis de leur angoisse que lorsque les États-Unis ont renoncé à bombarder le pays. Aujourd’hui, ils ne songent qu’à se racheter en finançant les associations des familles de martyrs.
Le petit peuple savait lui, depuis le départ, ce qu’il en était. Il y avait ceux qui voyaient dans la guerre un moyen de se venger de leurs conditions économiques, et ceux qui voulaient défendre la liberté de conscience et la gratuité des services publics.

Les États-Unis et Israël, la France et le Royaume-Uni, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite, qui ont livré cette guerre secrète et qui l’ont perdue, n’anticipaient pas ce résultat : pour survivre, la Syrie a libéré ses énergies et a retrouvé sa liberté.

Si la conférence de Genève 2 se tient, les grandes puissances ne pourront rien y décider. Le prochain gouvernement ne sera pas le fruit d’un arrangement diplomatique. Le seul pouvoir de la conférence sera de proposer une solution qui ne pourra être appliquée qu’après avoir été ratifiée par un référendum populaire.

Cette guerre a saigné la Syrie, dont la moitié des villes et des infrastructures ont été détruites pour satisfaire les appétits et les fantasmes des puissances occidentales et du Golfe. Si quelque chose de positif devait surgir de Genève 2, ce serait le financement de la reconstruction par ceux qui ont fait souffrir le pays.

Source
Al-Watan (Syrie)

http://www.voltairenet.org/article180790.html

La Syrie, pays de tous les enjeux


Tribune libre Almutanabi Jasmin

carte_syrie_relief_altitude_metreLe 07 Octobre 2013, le ministre Français de la défense était reçu en Arabie Saoudite par le roi Abdallah. Le ministre a ensuite déclaré à propos de la Syrie : « Notre approche sur la situation est identique. Nous sommes dans la logique de renforcer la Coalition nationale Syrienne et l’état-major du général (Sélim) Idriss (chef d’état-major de l’ASL) ». Rappelons que l’Arabie Saoudite est une monarchie absolue, promouvant un Islam radical (le Wahhabisme), qu’elle pratique la discrimination ethnique, prive les femmes des droits les plus élémentaires, emprisonne et torture les opposants, réduit en esclavage les travailleurs étrangers, offre des spectacles de décapitation sur la place publique … Si la France et l’Arabie Saoudite sont en « grande convergence » au sujet de la guerre menée en Syrie, on peut finir par douter de son mobile humanitaire et chercher d’autres explications.

La guerre du gaz

Le gaz apparait aujourd’hui comme une alternative à la diminution des réserves mondiales de pétrole et possède en outre l’avantage d’être une énergie propre. Ce sera la principale ressource d’énergie du XXIème siècle et l’Union Européenne devrait en être le plus gros consommateur.

Actuellement, la Russie est le pays qui dispose des plus grosses réserves en gaz et sa société étatique Gazprom en assure l’exploitation. L’exportation du gaz Russe est quant à elle permise grâce à deux grands projets de gazoduc :
– Nord Stream passant par l’Allemagne et censé alimenter le nord de l’Europe.
– South Stream qui doit se diriger vers l’Europe occidentale via la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie.

Or, dans le but de concurrencer South Stream, l’Union Européenne a soutenu le projet Nabucco. Ce projet visait principalement le gaz de l’Azerbaïdjan (champ de Shah Deniz) et devait se diriger vers l’Europe occidentale en passant par la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie. La guerre entre South Stream et Nabbuco a nettement tournée à l’avantage de la Russie. Initialement prévu pour 2014, Nabbuco a été sans cesse repoussé en raison de difficultés techniques et de l’absence de clients clairement définis. De plus, l’Azerbaïdjan a finalement choisi le gazoduc Trans-Adriatic Pipeline (TAP) pour acheminer son gaz vers l’Europe au détriment de Nabucco. Cela a peut être signé l’arrêt de mort de ce projet.

Au Moyen-Orient, l’Iran est un grand producteur de gaz. En Juillet 2011, l’Iran, l’Irak et la Syrie ont signé un projet de gazoduc : l’Islamic Gas Pipeline ou « Gazoduc Chiite ». Après un temps de réalisation estimé 3 ans, ce projet devrait permettre à l’Iran d’alimenter l’Irak et la Syrie. Grâce aux ports méditerranéens de la Syrie ou du Liban, il pourrait même alimenter l’Union Européenne. Par ailleurs, la Syrie a découvert en Août 2011 un vaste champ gazier à Qaraa, près du port de Tartous. Partenaire économique de la Syrie, la Russie pourrait alors jouer un rôle important, non seulement dans l’exploitation de ce gaz, mais aussi dans son exportation vers l’Europe par la mise à disposition de sa flotte en méditerranée.

C’est avec le Qatar que l’Iran partage le plus grand champ gazier du monde (il est nommé South Pars côté Iran et North Dome côté Qatar). Pour l’instant, le Qatar exporte son gaz par des méthaniers, ce qui n’est déjà pas sans risques. En plus, ces bateaux doivent transiter par le détroit d’Ormuz, qui est sous contrôle de l’Iran. En 2009, le Qatar a alors présenté un projet de gazoduc terrestre devant le relier à la Turquie. Le tracé incluait initialement l’Arabie Saoudite, mais après son refus, il devrait finalement passer finalement par l’Irak, la Jordanie et la Syrie. C’est dans cette optique que le Qatar s’est rapproché en 2010 de la Syrie par un « pacte de défense ». Mais cette dernière a ensuite préféré se joindre au projet de Gazoduc Chiite.

Deux autres puissances régionales sont intéressées par le projet Qatari : la Turquie et Israël. La Turquie cherche a diminuer sa dépendance au gaz Russe et au gaz Iranien. De plus, elle toucherait des royalties pour permettre le transit de gaz vers l’Europe. Partie prenante du projet Nabbuco puis du projet Qatari (qui devait rejoindre Nabbuco sur son territoire) la Turquie a également signé un contrat avec l’Azerbaïdjan pour l’achat de grosses réserves de gaz en 2017. Quant à Israël, il a découvert fin 2010 un énorme champ gazier au large de ses côtes. Il pourrait donc rejoindre le projet Qatari pour l’exportation de son gaz vers l’Europe.

Ainsi, le Qatar, la Turquie et Israël voient d’un très mauvais oeil la réalisation du gazoduc Iran-Irak-Syrie, complètement indépendant de leurs routes de transit vers l’Europe. Quant à l’Union Européenne, elle cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement et donc à diminuer sa dépendance au gaz Russe. Comme d’habitude, les USA chapeautent le tout en cherchant à soutenir leurs alliés (Israël, Turquie, Qatar) et affaiblir leurs concurrents (Russie, Iran). Dans tous les cas, la question du gaz semble partie intégrante du conflit actuel en Syrie. Selon le journaliste Algérien Noureddine Merdaci, le protocole de Doha, signé en Novembre 2012 par la majorité des groupes de l’opposition Syrienne prévoyait, dans la Syrie post-Al-Assad , « la permission du passage du gazoduc Qatari à destination de la Turquie puis de l’Europe ».

Un Moyen-Orient instable

Avec les deux tiers des ressources mondiales en pétrole et 40% des réserves de gaz connues, le Moyen-Orient est le lieu majeur de production d’hydrocarbures. Il couvre et couvrira certainement pendant plusieurs décennies encore, la plupart des besoins énergétiques de la planète. Or, ce début de 21ème siècle voit l’apparition de grandes puissances émergentes, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) dont les besoins en énergie ne cessent de croître. La Chine par exemple est aujourd’hui derrière les USA, le deuxième plus gros consommateur mondial de pétrole. Alors que le Moyen-Orient est depuis longtemps le théâtre de tensions et d’affrontements pour le contrôle de ses ressources énergétiques (opération AJAX en 1953, guerre d’Irak en 2003 …), la situation ne risque pas de s’améliorer.

Au sein même de cette région, s’ajoute une fracture religieuse entre musulmans Sunnites et Chiites. Les Sunnites considèrent qu’il ne doit pas y avoir d’intermédiaires entre le croyant et dieu, tandis que pour les Chiites, c’est l’Iman qui est le véritable guide de la communauté. Dans le monde, la plupart (environ 80-90%) des musulmans sont Sunnites, mais les Chiites sont majoritaires (environ 70%) dans les pays du Golfe. Les deux communautés ne s’aiment pas. Persécutés par les Sunnites, les Chiites minoritaires ont longtemps dû se réfugier dans la clandestinité, tandis que certains Sunnites vont jusqu’à considérer les Chiites comme des mécréants et se méfient de leur expansion. En Iran où le Chiisme est la religion d’état, Khomeini avait présenté en 1979 la révolution comme un « modèle à exporter ». Aujourd’hui, l’Iran, l’Irak, les Alaouites de Syrie et le Hezbollah Libanais forment un croissant Chiite, lequel est fortement combattu par l’arc Sunnite qui englobe l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats Arabes Unis. Les pétromonarchies du golfe dépensent beaucoup d’argent pour la propagation du Wahhabisme (c’est une forme radicale du Sunnisme, il est par exemple interdit d’invoquer le prophète, les saints ou les anges, de sculpter des décorations dans une mosquée …). Elles n’hésitent d’ailleurs pas à soutenir les impérialistes occidentaux dans les guerres qui les opposent à leurs rivaux régionaux (la Syrie en fait aujourd’hui les frais).

Régional, ce clivage devient même national puisqu’il y a dans les pays majoritairement Sunnites des minorités Chiites et inversement (les Chiites d’Arabie Saoudite qui sont d’ailleurs plus nombreux dans les régions pétrolifères de l’est, les Chiites du Pakistan …). Parfois, ces minorités sont au pouvoir (les Sunnites en Irak sous Saddam Hussein ou au Bahreïn actuellement, les Alaouites en Syrie actuellement …). Certains pays sont alors le lieu de favoritisme, de discriminations, voire de persécutions ou d’affrontements violents. Actuellement, cette violence touche principalement l’Irak (majorité Chiite) et le Pakistan (majorité Sunnite). L’influence étrangère joue parfois un rôle dans la fracture confessionnelle (la révolution Iranienne de 1979 a radicalisé les Chiites du Pakistan …), cela pouvant même aller jusqu’à de l’ingérence (l’Arabie Saoudite a soutenu militairement le régime du Bahreïn dans sa féroce répression contre les Chiites lors du printemps Arabe en 2011).

La présence Kurde est une autre source d’instabilité au Moyen-Orient. Au lendemain de la première guerre mondiale, le traité de Sèvres avait prévu un découpage de l’empire Ottoman comptant un état Kurde. Cependant, les Français et les Britanniques avaient en 1916 signé un accord secret (Sykes-Picot) qui procédait à un autre découpage. Les Kurdes furent répartis dans 4 pays (Turquie, Iran, Irak et Syrie) et le Kurdistan n’est resté depuis qu’une simple zone géographique. Mais le nationalisme Kurde est resté présent. Aux soubresauts nationaux (affrontements entre le PKK et le gouvernement Turc depuis 1984, soulèvements Kurdes en Irak durement réprimés avec notamment le massacre par arme chimique à Hallabja en 1988, soulèvements en Syrie durement réprimés en 2004 et 2005) s’ajoute un activisme transnational (projet du PKK d’un grand Kurdistan, soutiens à cette organisation hors de la Turquie …).

Enfin, Israël est depuis sa création un important facteur de tensions régionales : guerre de 1948 après la création de l’état, guerre du canal de Suez en 1956, guerre des six jours en 1967, guerre de Kippour en 1973, guerres au Liban en 1982 et 2006 et surtout l’interminable conflit Israëlo-Palestinien. Si les relations entre Israël et ses voisins ont dès le départ été mauvaises, sa politique de grignotage territorial n’a fait depuis qu’empirer les choses. Actuellement, le projet de création d’un état Palestinien est au point mort. Les territoires Palestiniens sont divisés entre d’un côté la Cisjordanie, partiellement contrôlée par l’autorité Palestinienne (un mur de séparation prive la Cisjordanie d’une partie de son territoire de 1967), et de l’autre la bande de Gaza, entièrement contrôlée par le Hamas. Au Moyen-Orient, la solidarité envers la Palestine dépasse parfois le clivage entre Chiites et Sunnites. l’Iran et le Hezbollah Chiites sont par exemple en bons termes avec le Hamas Sunnite. Mais d’autres pays gardent leurs distances. C’est le cas de l’Egypte (accord de paix avec Israël en 1979) ou l’Arabie Saoudite (qui coopère avec Israël contre l’Iran), pourtant tous les deux Sunnites.

Le jeu des alliances

Dans le monde de demain, qui risque progressivement d’échapper à la toute puissance Etasunienne, deux pays sont particulièrement redoutés : la Chine et la Russie. La première est aujourd’hui 2ème puissance mondiale et devrait passer au premier rang d’ici 2040, tandis que la seconde réorganise depuis les années 2000 sa sphère d’influence géopolitique perdue aux lendemains de la guerre froide. Les deux voisins, membres du conseil de sécurité de l’ONU, établissent non seulement des liens avec des pays stratégiques (La Russie est présente au Moyen-Orient où elle vend par exemple des centrales nucléaires à l’Iran, la Chine est très présente en Afrique) mais aussi entre eux (la Russie et la Chine collaborent par exemple dans de grands projets d’acheminement du gaz entre leurs deux pays). Quels pays pourraient rejoindre ces alliances dans le futur ? L’Inde ? Et pourquoi pas le Japon ?

C’en est trop pour les maîtres du monde qui se sont donné pour mission de contenir la progression Sino-Russe et d’affaiblir ses alliances. En plus des sanctions diplomatico-économiques (que l’Iran connait bien) et des tentatives de déstabilisation sur les questions des minorités et des droits de l’homme (que la Chine et la Russie ont eux aussi expérimentés), les USA ont une stratégie qu’ils ont bien rôdée pendant la guerre froide : celle de l’encerclement. Pour illustrer cette stratégie, il suffit d’observer le voisinage géographique de l’Iran. En plus des pétromonarchies du golfe et du Pakistan, les guerres d’Afghanistan et d’Irak ont poursuivi l’encerclement de ce pays par des régimes pro-Etasuniens et l’installation de nouvelles bases militaires. Levier de la politique étrangère Etasunienne, l’OTAN met en oeuvre cette stratégie à grande échelle. Du rôle clé de la Turquie qui accueille le grand bouclier anti-missile, en passant par l’Initiative de coopération d’Istambul (Barheïn, Qatar, Koweit, Emirats Arabes Unis) jusqu’aux partenariats militaires en extrême-orient et dans le pacifique (Australie, Nouvelle Zélande, Singapour, Corée du sud et Japon) c’est toute la partie Moyen Orient – Russie – Chine qui est ainsi prise en étau.

Depuis longtemps, les occidentaux sont proches des pétromonarchies du golfe. En 1945, les USA avaient conclu avec l’Arabie Saoudite (premier producteur mondial de pétrole) le pacte « protection militaire contre accès exclusif au pétrole », puis avaient commencé à y installer leurs bases militaires. Vers 2003, diverses raisons (fin de la guerre d’Irak, sentiment anti-Etasunien croissant dans la population Saoudienne, guerre contre les Talibans dont l’idéologie est proche du régime Saoudien …) les avaient poussés à un redéploiement de leurs forces au Qatar, pays où ils viennent encore récemment d’installer un radar anti-missile pour contrer l’Iran. Les USA ont quand même conservé des troupes en Arabie Saoudite. Cela leur permet de ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier, d’autant qu’ils doivent parfois jouer les équilibristes entre Israël, le Qatar et l’Arabie Saoudite qui sont tantôt alliés, tantôt rivaux. Quant à la France, est-il besoin de rappeler qu’elle vient de signer en Juillet 2013 un contrat d’un milliard d’Euros avec les Emirats Arabes Unis puis en Août un contrat du même montant avec l’Arabie Saoudite et qu’on ne compte plus dans l’hexagone les investissements Qataris (clubs de foot, banlieues …) ?

L’organisation des Frères musulmans est un autre levier de la politique Etasunienne au Moyen-Orient. Contrairement aux Wahhabites, ceux-ci prônent une progression de l’Islam par le haut, politisée. Rejetant l’influence occidentale et souhaitant des républiques Islamistes dans les pays à majorité musulmane, ils s’opposent parfois durement aux courants laïcs de ces pays (Egypte, Syrie). En Syrie, ils ont été interdits en 1980 suite à une série d’attentats sanglants, puis massacrés dans les soulèvements qui ont suivi (20.000 morts à Hama en 1982). Mais avec un programme politique plutôt bien accepté par l’occident, les Frères musulmans sont des alliés potentiels contre les ennemis du moment. Dès les années 50, les USA s’en étaient rapprochés pour lutter contre les régimes socialistes et panarabes du Moyen-Orient (Nasserisme, parti Baas) ; plus récemment en Egypte (présidence de Mohamed Morsi), les USA se sont bien accommodés de leur association entre conservatisme religieux et libéralisme économique ; aujourd’hui en Syrie, leur rôle est dominant dans le conseil de transition (CNS/CNFOR). Au niveau régional, les Frères musulmans peuvent compter sur le soutien de la Turquie (l’AKP quoique plus laïc, est également Sunnite et libéral), celui du Qatar (essentiellement Wahhabite mais socialement et politiquement stable), mais pas de l’Arabie Saoudite. Touchée par le printemps Arabe (où la police a d’ailleurs tué quelques manifestants), celle-ci redoute en effet leur activisme politique (hier du côté des militaires en Egypte, l’Arabie Saoudite soutient aujourd’hui les Salafistes en Syrie).

Pressions, guerres et chaos

Les enjeux au Moyen-Orient permettent de mieux comprendre l’épicentre actuel en Syrie. Partenaire économique de la Russie (qui est elle même proche de la Chine) et intégrée au croissant Chiite où elle participe avec l’Iran et l’Irak à la réalisation d’un grand Gazoduc, la Syrie échappe au Grand maître Etasunien. Les manoeuvres de déstabilisation visant la Syrie ou ses alliés ne sont d’ailleurs pas récentes. A la stratégie d’encerclement de la Russie et de la Chine précédemment évoquée, on peut ajouter les sanctions économiques contre l’Iran (embargo pétrolier, boycott bancaire) ou encore la résolution 1559 (Franco-Etasunienne) votée à l’ONU en 2004 afin d’obtenir le retrait des troupes Syriennes du Liban (qui y étaient déployées depuis la fin de la guerre civile en 1990). Le prétexte pour passer à un niveau supérieur a été fourni pendant le printemps Arabe en Mars 2011. Alors que les premières manifestations étaient pacifistes et légitimes (manque de démocratie, hégémonie du clan Al-Assad et de la communauté Alaouite …) le parti pris de l’occident a alimenté l’escalade de violence et a fortement contrasté avec son silence lors des répressions sanglantes au Bahreïn, ou au Yémen. En reprenant systématiquement les déclarations de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (proche des frères musulmans et basé à Londres), les occidentaux se sont alors empressés de proposer des résolutions à l’ONU. Mais la Russie et la Chine y ont cette fois-ci opposé leurs vétos, échaudées par l’aventure Lybienne où la résolution censée protéger les populations civiles s’était transformée en blanc-seing pour un renversement de régime.

Si le droit international n’est que la codification d’un rapport de forces, Carl Von Clausewitz disait de la guerre qu’elle est « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Les Etats-Unis ont montré avec la guerre d’Irak en 2003 qu’ils étaient bien capables de se passer de l’aval des Nations Unies. Dans les années 2000, l’administration Bush avait établi un projet de « grand Moyen-Orient » où il était question d’exporter la démocratie par la guerre. Mais cette stratégie a montré ses limites. D’abord, de telles guerres se sont révélées longues, coûteuses et aux issues incertaines. En Afghanistan (2001-), les troupes Etasuniennes ne se sont toujours pas retirées et le gouvernement d’Hamid Karzaï est toujours en lutte contre les Talibans ; en Irak (2003-2011), la guerre directe a ensuite cédé place aux attentats anti-Etasuniens et aux affrontements « Chiites contre Sunnites ». Ensuite, il y a le risque d’une déstabilisation régionale qui peut se retourner contre l’occident. L’Iran a par exemple tiré avantage de la chute du pouvoir Taliban en Afghanistan et de celui de Saddam Hussein en Irak (où l’actuel gouvernement est Chiite). Enfin, il y a pour les occidentaux le risque d’une démocratie qui ne les arrange pas (les législatives de 2006 en Palestine ont par exemple été remportées par le Hamas) ; on se souvient aussi de Mohammad Mossadegh renversé en 1953 par l’Angleterre et Etats-Unis pour avoir voulu nationaliser le pétrole Iranien.

En Syrie, une guerre directe parait une fois de plus compliquée. Tout d’abord, Bachar al-Assad est soutenu par une majorité de la population. La Syrie compte plusieurs minorités (Druzes, Chrétiens, Kurdes, Alaouites, …) et l’état laïc leur assurait jusqu’ici la paix civile. De plus, contester le régime en place ne signifie pas soutenir une agression étrangère, laquelle engendre au contraire un fort sentiment d’union nationale. A l’étranger, la Syrie bénéficie de soutiens importants : ceux de l’Iran et du Hezbollah (qui ont reconnu être ouvertement impliqués dans le conflit) et celui de la Russie (qui lui fournit une grande partie de son équipement militaire). Quant aux ennemis d’Al-Assad, ils n’ont pas toujours les mêmes intérêts dans le conflit. La Turquie soutient les Frères musulmans mais redoute la montée en puissance des Kurdes (qui avaient pu créer un gouvernement régional en Irak après la chute de Saddam Hussein), le Qatar soutient aussi les Frères musulmans tandis que l’Arabie Saoudite soutient les salafistes ; Israël quant à lui redoute peut être plus la confrérie (le Hamas Palestinien est une branche de cette organisation) que le régime actuel qui ne le menace pas directement ; enfin, si les occidentaux ont montré qu’ils pouvaient s’entendre avec certains courants politiques comme les Frères musulmans, leur présence s’est plutôt révélée impopulaire dans la région où ils ont été la cible de nombreuses attaques.

Rien de tel dans ces cas là qu’une guerre indirecte : on économise ses troupes tout en entretenant le chaos à distance, chaos duquel on finira bien par tirer notre épingle du jeu. L’Arabie Saoudite et le Qatar ont reconnu armer les opposants depuis le début ; la Turquie permet aux combattants étrangers de traverser son territoire puis de s’y replier lors des combats ; quant aux Etats-Unis et à la France, d’abord fournisseurs d’armes « non létales », ils ont décidé plus récemment de passer à la vitesse supérieure. Encourager les défections est aussi un moyen d’affaiblir le régime tout en recyclant le savoir-faire politique et militaire. Si apprendre du plus fort qu’on est dans le mauvais camp donne déjà à réfléchir, l’argument financier fait aussi son effet. Lorsqu’en Mai-Juin 2011, l’Union Européenne et les USA avaient adopté des sanctions financières contre les dignitaires du régime, le parti Baas avait alors connu des défections massives. Quant à l’ancien premier Ministre Riyad Hijab, ses avoirs ont été dégelés au lendemain de sa défection en Août 2011. Enfin, le conseil de transition (CNS devenu CNFOR) est pour les puissances étrangères un moyen de contrôler l’issue du conflit, militairement d’une part (contrôle de la livraison d’armes, pilotage des opposants armés de l’ASL, …) et politiquement d’autre part (mise à l’écart de certains groupes tels que les Kurdes lors du remodelage du CNS en CNFOR, élection d’un expatrié Etasunien – Ghassan Hito – comme premier ministre, …).

En continuant d’armer l’ASL et en refusant toute négociation avec le régime, l’opposition écarte durablement toute possibilité d’apaisement. L’attaque chimique du 21 Août 2013 fait d’ailleurs figure de prophétie auto-réalisatrice après la menace d’Obama un an plus tôt (franchissement de la « ligne rouge »). Peu importe le manque de preuves, les déclarations de Carla del Ponte (ancienne procureur du TPI, membre de la commission d’enquête en Syrie) ou l’arrestation à la frontière Turque de membres du Front al-Nosra en possession de gaz Sarin ; c’est à mettre une fois de plus sur le compte de Al-Assad. Sauf que la situation n’a pas avancé sur le terrain où les djihadistes (non contrôlés par la CNFOR) semblent par ailleurs devenus la force d’opposition majoritaire. Après le refus du parlement Anglais de toute action militaire, les USA décident eux aussi d’attendre l’avis de leur congrès, tirent quelques missiles en Méditerranée (peut être pour tester la défense anti-aérienne de l’ennemi) puis acceptent finalement la proposition Russe de désarmement de l’arsenal chimique Syrien. Quant à la France, voyant écarté son projet de résolution particulièrement belliciste, elle n’en demeure pas moins déterminée à lutter contre la tyrannie … avec l’Arabie Saoudite.

Jérôme HENRIQUES

http://alvinet.com

Les poseurs de mines US au Moyen-Orient – Par Bachar al-Assad


Le Président syrien a accordé une longue entrevue d’environ 2 heures à la chaîne Al-Mayadeen dans la soirée du 21 Octobre. Il a été interrogé par son Directeur, M. Ghassan Ben Jedo. Voici la traduction de certains points essentiels abordés dans la deuxième partie [*], en réponse aux questions posées.

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La Ligue des États arabes

Dire ce que signifie l’exclusion de la Syrie de la Ligue des États arabes dépend de la façon dont vous considérez cette Ligue. Est-ce le lieu qui délivre le baptême de l’arabité ? Ce n’est certes pas le cas. Alors que cette Ligue a été constituée pour représenter et unir les efforts du monde arabe, elle s’est progressivement transformée – au moins depuis les « Accords de Camp David » –  en Ligue au service des politiques occidentales et de leurs guerres contre les États arabes. C’est ce que nous avons constaté avant la guerre contre l’Irak. C’est aussi ce que nous avons vu quand Israël a répondu à l’Initiative arabe de 2002 par les massacres de Jénine, et à maintes autres occasions où ses réunions au sommet ne visaient qu’à couvrir les massacres contre des populations arabes. Ses dernières performances ont frappé la Libye et, aujourd’hui, là voilà qui sert de couverture à la guerre contre la Syrie.

Oui, nous disons que cette Ligue couvre les menaces et la guerre contre la Syrie, abstraction faite de certains États arabes qui ne souhaitaient pas suivre cette tendance mais qui n’ont pas osé dire « le mot de vérité ». En pratique, les États dominants au sein de cette Ligue sont responsables de l’assassinat de citoyens arabes. C’est cela la vérité. Oui, nous disons que la ligue des États arabes a servi tout récemment de couverture à ce qui aurait pu être une frappe guerrière US contre la Syrie.

Maintenant, vous pouvez me demander pourquoi avions-nous accepté de continuer à participer aux réunions ordinaires et extraordinaires de cette ligue ? En toute franchise, bien que nous n’ayons jamais espéré qu’elle serve les peuples arabes en quoi que ce soit, notre action politique a toujours eu pour but de diminuer les pertes. Toutes ses réunions et à n’importe quel niveau étaient minées par avance, des mines fabriquées par des pays étrangers et confiées à certains de ses États membres traditionnellement experts en la matière. Par conséquent, il fallait que nous restions présents pour tenter de déminer et ainsi minimiser les pertes subies dans un contexte qui allait de pire en pire.

Vous voulez savoir si nous pensons réintégrer cette instance au cas où elle nous inviterait à le faire. Je pense que le mieux serait d’écarter le côté émotionnel de la question et de consulter le peuple syrien par un référendum ou équivalent, car une telle décision doit, de préférence, être nationale et populaire. Que la Syrie soit intégrée ou non à la Ligue arabe ne témoigne en rien de son arabité. Le sujet est tout autre, pour la simple raison que la Ligue arabe ne s’est jamais exprimée en faveur de l’arabité sauf peut-être à l’époque de Gamal Abdel Nasser. Mais depuis les années soixante-dix et, plus précisément, depuis la Guerre de 1973 et l’intégration de l’Égypte au chapitre de Camp David, la Ligue arabe n’est plus sur cette ligne.

L’Arabie saoudite

Vous évoquez la période où existait un axe tripartite «  Arabie saoudite-Égypte-Syrie » au sein de la Ligue arabe, oubliant que deux de ces États étaient soumis au bon vouloir des USA et que la formation de cet axe était, elle-même, soumise à l’approbation de l’administration US ; celle de Bush [père] puis celle de Bill Clinton. Je suis persuadé que votre étonnement n’est pas sérieux, car tout citoyen arabe est parfaitement au courant de cette réalité !

Oui, les relations entre les pays arabes sont absolument soumises aux caprices de l’Occident et des USA en particulier. Lorsque l’administration US n’est pas d’accord avec l’une de nos politiques, certains États sont invités à s’écarter de nous, à moins qu’ils ne soient chargés de leur servir d’intermédiaires dans un but très précis. Tous les États de la ligue ne sont pas également obéissants, mais nous ne pouvons pas dire que l’un quelconque d’entre eux soit totalement indépendant.

Ainsi lorsqu’en 2003, l’administration Bush [fils] est entrée en « colère » contre la Syrie, nos relations avec la ligue ont commencé à décliner. Elles se sont plus clairement détériorées après la guerre contre l’Irak, puis l’ « Affaire Hariri » montée de toutes pièces pour servir de prétexte à notre rupture avec l’Arabie saoudite et à notre mise à l’index.

Certes, nos relations se sont rétablies mais uniquement en périodes d’ouverture à l’Occident. Plus généralement, si vous examinez la courbe de nos relations avec ce pays, vous constaterez  qu’elle est parfaitement superposable à celle des relations syro-occidentales. Y-a-il quelqu’un qui oserait affirmer que l’Arabie saoudite est un État indépendant ? C’est un État qui exécute consciencieusement les directives de la politique US.

Il est évident qu’ici j’ai parlé de l’Égypte d’après les années 1990. L’Égypte d’aujourd’hui est en pleine mutation. Nous devons attendre avant d’en juger. Quant à l’Arabie saoudite, je ne vous apprends rien. Son Histoire est connue de tous, depuis son alliance avec les administrations US successives datant de plus de six décennies.

Oui, j’affirme qu’aujourd’hui l’Arabie saoudite soutient médiatiquement, politiquement, militairement et financièrement les terroristes en Syrie, et qu’elle mène une guerre contre la Syrie. Dire que Bandar bin Sultan se tient tout seul derrière tout cela, revient à exagérer son rôle d’un point de vue médiatique. Il est l’un des éléments de tout un système international soumis aux ordres des USA, et ce système travaille actuellement contre la Syrie.

Vous vous interrogez sur l’éventuelle pérennité de notre rupture avec l’Arabie saoudite qui serait un axe de force essentiel dans la région arabe. Concernant la force, je réponds qu’une telle force est censée travailler à construire et non à détruire ; une telle force est censée travailler à la stabilité et non à semer l’extrémisme, le terrorisme, et l’ingérence dans les affaires intérieures des pays voisins. Quant à la rupture, je rappelle que la finalité des relations entre États réside dans l’intérêt de leurs peuples et ne dépend pas de l’humeur de leurs dirigeants. Ce n’est pas une affaire entre personnes mais une affaire d’institutions étatiques et d’intérêts réciproques. Personnaliser une telle relation est un discours inacceptable et hypocrite.

De plus, parler de pérennité des comportements de l’Arabie saoudite suppose que ses donneurs d’ordre ne modifient pas les leurs. Elle est obligée de s’incliner devant le système auquel elle appartient, au risque de se retrouver écartée et isolée. Par conséquent, si vous devez négocier, autant négocier avec le commandant de l’opération qu’avec l’exécutant.

Vous citez tous les griefs de l’Arabie saoudite contre la Syrie : nous réprimerions notre peuple, nous soutenons l’Iran qui chercherait à dominer notre région, nous sommes coupables d’ingérence au Liban et nous serions impliqués dans certaines opérations préjudiciables à leurs alliés, nous soutenons le Hezbollah qui serait une organisation terroriste, nous aurions une position critiquable à l’égard de l’Irak… L’État saoudien et ses semblables n’ont franchement pas le droit d’aborder l’un quelconque de ces sujets et notamment l’Arabie saoudite, où la répression et l’asservissement ne manquent pas. Ils ne connaissent rien de la démocratie, des constitutions, des élections… Quant à nos relations avec l’Iran, comment se fait-il qu’ils se sont empressés de tenir la main de son Président et sont allés jusqu’à l’inviter au pèlerinage de la Mecque ? Tout cela ne pèse pas lourd et reste pure hypocrisie.

Le Liban

Le fait est que le Liban ne s’est pas « maintenu à distance » et a contribué directement à allumer l’incendie en Syrie, en laissant faire les provocateurs et en permettant aux terroristes et aux armes de passer par son territoire et de traverser notre frontière commune. Même en admettant qu’il s’est maintenu à distance, qu’a-il-fait quand l’incendie s’est propagée pour le toucher à son tour ?

Quant au Hezbollah, la Résistance ne consiste pas uniquement à se battre sur le terrain de l’ennemi, mais aussi à se défendre. Or l’agression contre la Syrie, est une agression contre le concept même de la politique de résistance de ce pays. Autrement, il n’a aucun intérêt à venir combattre en Syrie. Il n’est pas le seul intéressé par cette démarche, l’Iran aussi. Chacune de ces parties est tenue de défendre les autres parties. C’est dans ce cadre que vous pouvez comprendre le rôle assumé par le Hezbollah ainsi que le soutien de l’Iran, en Syrie.

Ceci dit, lorsque le Général Michel Aoun était en désaccord avec la Syrie, c’était par conviction personnelle et non pour satisfaire un État étranger qui l’aurait sollicité. Et lorsqu’il s’est trouvé en accord avec la Syrie une fois les causes du désaccord réglées, c’était aussi par conviction ! C’est un comportement d’une sincérité permanente que nous respectons au plus haut degré. Ses prises de position actuelles, en faveur de la Syrie, démarrent de l’intérêt qu’il porte à sa patrie et de sa conscience que le Liban pourrait subir les retombées négatives de ce que qui s’y passe…

Vous dites que le Président Michel Sleimane attend un appel de notre part depuis environ une année et plus particulièrement depuis l’« Affaire Michel Smaha ». Nous, nous attendons toujours les preuves de l’implication syrienne dans cette affaire, où la Syrie a été injustement accusée.

Oui, nos relations avec le Hezbollah sont toujours aussi solides qu’en 2006. Notre position à l’égard de la Résistance à Israël est connue de tous. Tout soutien dont la Résistance aurait besoin sera accordé par la Syrie, hier comme aujourd’hui et demain.

Le Golan et la Résistance

Certains disent que l’État syrien soutient la Résistance au Liban et en Palestine alors qu’il néglige le Golan. Partout dans le monde, les résistances ne se déclarent ni ne se décident par décret, mais naissent de la volonté du peuple. Or, la résistance a besoin de raisons objectives pour émerger comme, par exemple, un État qui se désintéresse de ses territoires occupés ou une armée non concernée par leur libération. Ce n’est pas le cas de la Syrie et c’est ce qui explique qu’une résistance populaire pour libérer le Golan n’ait pas émergé jusqu’ici, contrairement à ce qui s’est passé en Palestine et au Liban devant les agressions répétées d’Israël.

Mais maintenant que l’Armée nationale syrienne doit se battre contre les terroristes et vu les récentes agressions d’Israël, le ressentiment populaire fait que les conditions sont réunies pour l’émergence d’une résistance syrienne sur le front du Golan, que nous l’approuvions ou pas.

Le Hamas

Concernant le Hamas, nous ne pouvons parler que de notre propre relation avec ce mouvement. Une relation qui s’est muée en méfiance dès le début de la crise, quand le Cheikh Qaradawi a comparé ce qui se passait à Daraa au siège de Gaza, et que le Hamas a opté pour le silence. Il s’est tu et a été avare vis-à-vis de la Syrie qui a beaucoup sacrifié pour la cause palestinienne. Ce mouvement nous a démontré que sa fidélité vis-à-vis de la Confrérie des Frères Musulmans primait sur sa fidélité à la Résistance pour sa terre.

Les circonstances ont fait que le Hamas a dû trouver refuge hors de son territoire alors que la logique voudrait l’inverse, puisque toute résistance suppose que l’on se batte sur la terre à défendre. Aujourd’hui, ce n’est pas à moi qu’il faut demander s’il pourrait être de nouveau accueilli en Syrie. Cette question est à poser au peuple syrien qui lui a accordé un soutien nettement plus important que l’État syrien lui-même

Le Qatar

Suite à ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte, le Qatar s’est imaginé être en mesure de reconcevoir les États arabes à sa guise pour, en cas de réussite, devenir le garant des intérêts US dans le monde arabe. C’est ce qui lui a fait croire que la Syrie était le meilleur gage à offrir aux USA pour s’assurer leur bénédiction.

Une étrange réunion a eu lieu entre l’ex-Émir du Qatar, Erdogan et moi-même. Ils avaient sollicité séparément cette rencontre prétendument fortuite, mais ont tous les deux commencé par demander à ce que la Syrie intervienne auprès de ses alliés pour plaider en faveur du retour de Saad Hariri au Liban. Nous avons évidemment répondu que nous n’allions pas nous ingérer dans cette affaire qui relevait des affaires intérieures de ce pays et que ce n’était pas dans notre intérêt. Ensuite, et c’est beaucoup plus important, ils ont demandé à ce que nous laissions faire en Libye étant donné que la Syrie a été le seul pays à s’opposer catégoriquement contre la guerre en Libye au sommet de la Ligue arabe. Notre refus d’obtempérer fut considéré par le Qatar comme un défi destiné à entraver ses projets. Vous connaissez la suite… Le Qatar est intervenu directement en Syrie, ne serait-ce qu’en finançant les achats d’armes introduites en Syrie. Nous en avons les preuves !

Que nous puissions rétablir nos relations avec le Qatar, comme d’ailleurs avec l’Arabie saoudite ou la Turquie, n’est pas chose facile. Ces trois États ont contribué à faire couler le sang syrien et, par conséquent, une reprise des relations nécessitera l’assentiment du peuple syrien. Pour cela, le minimum requis est qu’ils arrêtent de soutenir et de financer les terroristes et qu’ils cessent toute forme d’ingérence en Syrie. Nous ne savons pas encore dans quelle mesure le Qatar a vraiment été remplacé par l’Arabie saoudite. La réponse viendra de l’expérience sur le terrain.

M. Erdogan

Le secret de l’inimitié d’Erdogan envers la Syrie réside dans son idéologie doctrinaire. Il est inféodé à sa Confrérie qu’il fait passer avant même l’intérêt du peuple turc. La preuve en est qu’il n’a en rien modifié sa politique malgré les répercussions négatives, morales et matérielles, de ce qui se passe en Syrie sur la Turquie. Son désir de voir les Frères Musulmans prendre le pouvoir en Syrie dépasse toute autre considération.

Vous dites qu’Erdogan est une personne « souple » et vous vous interrogez sur ce que je viens d’avancer. Dire de quelqu’un qu’il est souple ne prouve rien. Le sincère et l’opportuniste peuvent démontrer de la souplesse, et Erdogan incarne la mentalité opportuniste des Frères Musulmans qui utilisent la religion pour arriver à leurs fins. Il a modifié la constitution pour satisfaire sa soif de pouvoir, non les intérêts de son peuple. Sa vision est que les Frères Musulmans renforceraient son pouvoir aussi bien en Turquie que dans tout le monde islamique, et lui permettraient de subtiliser le rôle essentiel de l’Égypte en tant que grande nation islamique au profit d’un nouvel État ottoman dont il restaurerait la gloire passée sous la bannière de l’Islam.

Au début des événements il nous a envoyé son ministre des Affaires étrangères, David Oglu, pour un laïus de trois heures sur la démocratie en Turquie et les réformes qu’il nous conseillait de mettre en route, réformes toujours axées sur la modification de notre propre vision en faveur des Frères Musulmans. Depuis, nous avons pu observer sa démocratie en Turquie qui est devenue l’une des plus grandes prisons pour journalistes. Nous avons pu voir comment elle traitait les manifestants place Taksim, et surtout comment elle continue à traiter les Kurdes en les réprimant et en les assassinant par centaines ; alors que lorsque nous avons décrété l’amnistie, la seule chose qui intéressait Erdogan était de s’enquérir de la libération des seuls Frères Musulmans.

C’est cela la réalité. Les faits disent que la Turquie a installé sur son territoire des camps pour les terroristes, qu’elle leur a grand ouvert ses aéroports et ses frontières, qu’elle leur a assuré toute la logistique nécessaire à leur mobilité et leurs opérations…

L’Irak

Les déclarations de l’Irak concernant la Syrie sont objectives et honnêtes, car tous les courants politiques au pouvoir considèrent que le danger qui guette la Syrie est aussi dangereux pour l’Irak. Par conséquent, soutenir la Syrie revient à soutenir l’Irak. C’est ce qui explique la fermeté du soutien constant et déclaré du Président Maliki à la Syrie.

Al-Assad sûr de sa victoire ?

Chacun pense selon sa propre logique. Il y a ceux qui pensent que les projets nourris contre la Syrie ont échoué momentanément et il y a ceux qui pensent que cet échec est une victoire en soi ; ces projets ayant indifféremment consisté à nous disloquer, à nous plonger dans une guerre civile, à renverser l’État syrien… Je pense que nous faisons des progrès sur le terrain, notamment contre les terroristes qui ont perdu leur environnement incubateur. C’est donc une avancée non négligeable au niveau intérieur.

Une autre avancée concerne le monde extérieur trompé par les mensonges de certains médias et de certains États. Les citoyens des pays étrangers sont désormais mieux informés sur ce qui se passe en Syrie et sur la situation sur le terrain. Est-ce une victoire ? Je dis que peu importe les annonces, le terrain est la seule chose qui compte.

Quant à l’Iran ; oui,  je pense que le rapprochement iranien avec n’importe quel pays du monde est une chose positive pour la région, à condition que l’autre côté soit sincère.

Les élections présidentielles de 2014

Ma candidature aux élections présidentielles de 2014 repose sur deux points. Le premier est ma propre motivation, or personnellement je ne vois aucune objection à cela. Le deuxième dépend de la volonté populaire, et il est trop tôt pour en parler. Ce ne sera possible qu’à partir du moment où la date de ces élections sera fixée.

Le regard porté sur la région

Nous vivons une période de grands changements qui ne sont pas nécessairement nés du dit « Printemps arabe », termes que nous n’approuvons évidemment pas car le printemps ne véhicule pas la mort. Ces changements ont commencé depuis quelques générations. Les plus dangereux sont ceux qui touchent à l’appartenance et à l’identité pour la partager entre arabité et Islam, entre patriotisme et nationalisme, entre arabes et Kurdes, etc. C’est un grand danger pour notre région, car c’est le meilleur moyen de détruire notre civilisation de coexistence depuis des siècles, et donc le meilleur moyen de faire exploser la société arabe de l’intérieur. L’arme de destruction massive est, en l’occurrence, l’extrémisme religieux. Nous devons donc absolument régler ce problème.

Ce n’est qu’ensuite que nous pourrons travailler au développement social et politique devant mener à la participation des citoyens aux décisions et à l’édification de la patrie, de l’État et de la nation. La vraie démocratie n’est pas uniquement affaire d’intellect, elle est l’affaire de toute la société. Nous ne pouvons pas avancer si les courants obscurantistes continuent à nous faire reculer.

Ce qui me préoccupe est la notion d’arabité dont la relation avec l’Islam avait réussi à créer un équilibre entre toutes les composantes ethniques et religieuses de nos sociétés arabes, et qui maintenant se trouve menacée d’un schisme destructeur initié par les Frères Musulmans. Ce n’est que lorsque nous aurons compris l’essence de cette relation que nous pourrons offrir aux générations futures l’avenir de progrès et de stabilité que nous leur souhaitons.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

21/10/ 2013

Transcription e traduction : Mouna Alno-Nakhal

Source : vidéo 2ème partie / Présidence de la République arabe syrienne

[*] : 1ère partie de cette entrevue

https://avicennesy.wordpress.com/2013/10/23/syrie-ladministration-us-cree-les-conditions-favorables-au-terrorisme-par-bachar-al-assad/

Syrie : Nouveaux slogans de paix pour mieux continuer la guerre


559988-syrian-opposition-chief-jarba-speaks-at-a-news-conference-in-londonLa rencontre de ceux qui s’appellent ‘’les amis de la Syrie’’ à Londres a débouché sur un communiqué final dont le contenu montre toutes les intentions belliqueuses de ses participants. Le groupe, formé de 11 pays, les Etats-Unis, la Turquie, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Egypte, les Emirats arabes unis, le Qatar, la Jordanie et l’Arabie saoudite, remet sur le tapis des velléités ‘’de changement de régime’’  et brandit à nouveau l’option militaire (sous-entendu : intervention étrangère). Il n’y a donc rien de changé au programme.  On remarquera au passage que le programme reste aussi le même pour l’Egypte avec ou sans Morsi.

Parallèlement, on entend des discours lénifiants de John Kerry nous assurant qu’il « n’y a pas de solutions militaires » en Syrie, en même temps que des groupes de combat dits modérés, ceux qui bénéficient officiellement de toute l’aide militaire extérieure, réclament encore plus d’armes et de soutien.

Pas de solutions militaires ? Peut-être bien que si. Ce slogan repris par les uns et les autres ne vise qu’à essayer de stopper l’action de l’Armée syrienne qui est en train de bousculer les mercenaires sur le terrain. L’armée syrienne tient la victoire au bout du fusil, mais les Etats-Unis et ses alliés se comportent comme si c’était eux qui détenaient la victoire et Bachar Al Assad le vaincu. Ils se préparent déjà à agir en vainqueurs à Genève, dictant leurs conditions, partageant le pays comme ils le souhaitent. Pour l’instant la coalition est incapable d’envisager les choses autrement, mais elle n’a aucun moyen d’inverser la situation en sa faveur. La seule solution qui lui reste est d’épuiser l’armée syrienne, pour pouvoir valider l’idée qu’il n’y a ni gagnant, ni perdant. Avec de tels objectifs la conférence de Genève 2 n’est pas pour demain.

Il ne reste à l’armée syrienne qu’à tenir bon en toute lucidité et, si possible, écraser l’ennemi. La solution serait alors militaire.

Avic

Syrie : L’administration US crée les conditions favorables au terrorisme ! par Bachar al-Assad


Le Président syrien a accordé une longue entrevue d’environ 2 heures à la chaîne Al-Mayadeen dans la soirée du 21 Octobre. Il a été interrogé par son Directeur, M. Ghassan Ben Jedo. Voici la traduction de certains points essentiels abordés dans la première partie, en réponse aux questions posées.

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bachar-el-assadCe qui s’est passé en Syrie est complètement différent de ce qui a eu lieu en Tunisie ou en Égypte, ne serait-ce que par la férocité de la guerre médiatique, par l’afflux de terroristes venus des quatre coins de la planète toujours soutenus financièrement et militairement, par la coalition de pays occidentaux et régionaux pour porter atteinte à son État… La crise syrienne est passée par des étapes. La première fut celle des manifestations où des individus armés ont tiré sur des manifestants et des forces de police. Ce n’est que six mois après, et alors que ces individus n’avaient pas réussi à « renverser le régime », que s’est concrétisée l’idée de créer et de renforcer les bandes armées terroristes venues de l’étranger. Actuellement nous sommes confrontés à Al-Qaïda et à ses multiples ramifications telles que l’État islamique en Irak et au Levant [EIIL], le Front Al-Nosra, etc. Nous sommes donc en état de guerre contre des terroristes.

Il est normal que différents courants d’opposition existent en Syrie. Mais l’opposition repose sur une formation politique interne qui a une base populaire et un programme politique clair. Elle ne peut dépendre de l’étranger, ni avoir recours à des mercenaires armés, et doit refuser toutes les formes  d’interventions étrangères politique ou militaire ; auquel cas elle relève de l’insurrection armée ou du terrorisme.

Il est évident que l’ingérence de l’extérieur s’appuie sur un dysfonctionnement intérieur. Si tel n’était pas le cas nous n’en serions pas là. C’est pourquoi il est essentiel que nous parlions de notre propre responsabilité en tant que Syriens, car lorsque vous ouvrez votre porte aux voleurs vous êtes quelque part responsables de ce qui vous arrive.

Nombre de propositions ont été avancées au nom de l’opposition et de la réforme, mais vous devez distinguer entre celles qui cherchent sincèrement à réformer et celles qui obéissent à d’autres objectifs inavoués.

Il est de notoriété publique que la Syrie subit des  pressions et des menaces depuis des décennies, y inclus la période qualifiée d’« ouverture à l’Occident », et qu’elle est ciblée à cause de ses prises de position stratégiques – connues de tous – par des pays qui ne possèdent aucun  des attributs de la démocratie.

Dire que la Syrie vit dans un environnement laïc n’implique pas que nous niions l’existence de foyers extrémistes préexistants sur le terrain, mais ces foyers ont considérablement évolué depuis les guerres contre l’Afghanistan et l’Irak. Nous nous sommes opposés à ces guerres en prévenant qu’elles mèneraient à la propagation de ces foyers – encore circonscrits – dans toute la région. La crise syrienne est venue leur servir d’incubateur de croissance.

Les guerres US ont contribué à l’expansion du terrorisme

Suite aux opérations terroristes des Frères Musulmans en Syrie – dans les années 1970 et 1980 – nous avions soulevé la question de la lutte contre le terrorisme, mais personne n’avait voulu en tenir compte. Il n’empêche que lorsque le monde a commencé à s’inquiéter du terrorisme nous n’avons pas hésité à nous allier avec tous les pays qui ont décidé de le combattre, y compris les États-Unis, sans pour autant être en parfait accord avec les moyens mis en œuvre pour ce faire. Ceci, car les États-Unis traitent la guerre contre le terrorisme comme s’il s’agissait d’un  jeu vidéo sur ordinateur : vous frappez l’ennemi dès qu’il se pointe sur votre écran et dix autres apparaissent… L’approche devrait être nécessairement plus globale.

Lorsque vous soutenez le chaos, vous soutenez le terrorisme. Lorsque vous attaquez un État qui combat le terrorisme, vous créez les conditions favorables à l’épanouissement des groupes terroristes. C’est le cas de la politique des USA, de certains pays européens et aussi de certains pays arabes et régionaux. Ils ont contribué intentionnellement ou non à amener Al-Qaïda en Syrie.

Vous me demandez si nous sommes prêts à coopérer avec les États- Unis. Ce n’est pas exclu à partir du moment où nous pouvons travailler dans le cadre de nos intérêts réciproques. Mais l’administration US est fondamentalement égoïste et ne coopère avec quiconque que dans la perspective de ses propres intérêts. Une fois son but atteint, vous n’êtes plus rien. C’est l’évidence même compte tenu de ses relations avec ses ex-alliés comme, par exemple, Pervez Musharraf ou le Shah d’Iran… Par conséquent, celui qui parle de la loyauté de cette administration est dans l’illusion, et ce qui est encore plus illusoire est de penser qu’elle pourrait se soucier  des intérêts des États arabes.

Certes, les États-Unis sont une superpuissance qui influe sur le cours des évènements dans le monde. Coopérer avec eux sur la base d’intérêts communs est normal, mais il est excessivement dangereux de travailler à servir leurs seuls intérêts, et c’est ce qu’ils finissent par exiger.

Nous avons clairement dit et répété que nous n’utilisons pas le terrorisme pour servir nos intérêts pour la bonne raison que nous le considérons comme une bête venimeuse qui finit par vous mordre la peau, une fois que vous l’avez mise dans votre poche. Non, nous n’avons jamais soutenu le terrorisme. Oui, nous nous sommes opposés à la guerre contre l’Irak, mais nous n’y avons pas soutenu les terroristes comme certains le prétendent. La Syrie leur servait de couloir de passage après la traversée clandestine de nos frontières. Nous avons travaillé à les en empêcher mais nous n’avons pas totalement réussi. Et c’est ainsi que le terrorisme s’est vite dirigé vers la Syrie dès le début de la crise. Nous sommes parfaitement conscients que le combat contre le terrorisme n’est pas uniquement une affaire de frontières, mais se mène à l’intérieur du pays aussi bien en Syrie qu’en Irak.

De la guerre du Koweit à la guerre de l’Irak

En Irak, la Résistance est une chose et le Terrorisme en est une autre. Nous constatons que les terroristes d’Al-Qaïda n’y ont jamais mené une seule opération contre les États-Unis et que toutes leurs opérations sont toujours de nature sectaire. C’est la Résistance irakienne qui a lutté contre l’occupation US et c’est elle que nous avons « politiquement » soutenue, sans qu’elle ne nous en demande plus.

Les États-Unis ont tenté de pousser la Syrie à être partie prenante de leur campagne contre l’Irak, usant du bâton et de la carotte. Au minimum, ils ont exigé notre silence, notre position ayant été très claire au sommet de Charm el-Cheikh en Mars 2003, sommet manifestement organisé pour créer une atmosphère propice à leur guerre programmée contre ce pays. Par la suite, la Syrie a dû payer le prix de son opposition à cette guerre.

Alors que les Arabes témoignaient de leur allégeance aux États-Unis, Colin Powell est venu nous trouver pour s’enorgueillir de la manière dont les USA étaient entrés en Irak en quelques semaines et nous exposer la « Loi » censée demander des comptes à la Syrie ; cette Syrie qui n’avait plus un seul ami en ce monde, mise à part cette visite dont il nous gratifiait ! Mais pour autant, nous devions répondre à plusieurs demandes :

  • La première : expulser de Syrie toutes les factions palestiniennes vers n’importe où dans le monde. Nous lui avions répondu que lorsque nous expulsons une personne c’est pour la rapatrier et que dans ce cas précis il faudrait qu’il nous dise si le rapatriement était possible.
  • La deuxième : cesser toute relation avec le Hezbollah et toute forme de soutien à la Résistance libanaise.
  • La troisième, et c’était la plus dangereuse : refuser l’entrée en Syrie à tous les talents scientifiques irakiens, ce qui explique les opérations d’assassinats qui ont visé de nombreux scientifiques en Irak, alors que la Syrie les a accueillis et leur a créé des postes dans ses universités.

Ensuite, il nous a été proposé que les États-Unis lancent le « processus de paix ». Nous avons rappelé que la Syrie avait déjà entendu ce discours lorsqu’elle a participé à la guerre de libération du Koweït et qu’ils se sont dérobés à leurs obligations. Par conséquent, nous considérons que toute promesse des États-Unis est illusoire, car ils n’ont jamais rien fait pour la réussite du processus de paix.

La politique syrienne est celle de ses institutions et reflète les intérêts du peuple syrien. En tant qu’État arabe, nous avons toujours été confrontés à un ensemble de mauvais choix, notre politique consistant à opter pour le moins mauvais. Ce faisant, nous ne nous opposions pas aux intérêts des États-Unis mais nous défendions nos propres intérêts ; notamment dans la phase de la guerre contre l’Irak, que nous avions jugé potentiellement annonciatrice de la propagation du terrorisme et de la partition du pays avec évidemment des effets néfastes sur la Syrie..

Le Président Hafez al-Assad n’a pas coopéré avec les États-Unis au Koweït pour les soutenir alors qu’ils avaient juste besoin d’une couverture arabe, mais pour la libération du Koweït. Sa position était claire, fondée sur l’idée qu’il n’est pas possible qu’un pays arabe occupe un autre pays arabe et qu’il ne fallait pas compromettre les relations futures entre eux.

La coopération avec les États-Unis

Nous avons, nous-mêmes, coopéré avec les services de renseignement des USA dans la lutte contre le terrorisme conformément à nos intérêts. Nous avons aussi coopéré au processus de paix à l’échelon ministériel. La politique syrienne est souple et le fait de défendre ses intérêts légitimes ne signifie pas entêtement.

Le Président Jacques Chirac

Après l’entrée des forces américaines à Bagdad et étant donné que le monde témoignait de son allégeance aux États-Unis, M. Jacques Chirac a estimé que le moment était venu de modifier sa politique à leur égard. Pensant disposer de la carte syrienne, il nous a rendu visite pour nous informer que le Président Bush avait dit que j’étais un « malfaisant » et qu’il fallait que la Syrie et le Président syrien pensent à se protéger de sa grande colère. Ceci dit, il nous a demandé de coopérer au processus de paix avant de nous soumettre « la feuille de route » correspondante. Nous n’avions répondu ni positivement ni négativement ; entre autre, au motif que cette feuille de route ne mettait l’accent que sur le volet palestinien alors que nous étions concernés par la libération du Golan et donc par le « volet syrien ». Suite à notre non-réponse, M. Jacques Chirac a changé radicalement la politique française et a commencé à agir contre la Syrie dès 2004. En accord avec Georges Bush, il a travaillé à faire pression sur la Syrie et à la résolution onusienne pour le retrait de la Syrie du Liban [Résolution 1559] et à tous les événements visant l’État syrien qui ont suivi.

Les débuts de la guerre ouverte

Des armes circulaient en Syrie depuis la guerre en Irak et ont été utilisées dès les premiers jours des événements. Beaucoup d’innocents sont tombés pendant les six premiers mois, mais ce n’est qu’une fois que les images d’individus armés ont commencé à être publiées que la guerre est devenue ouverte. Les Frères Musulmans ont fini par reconnaître que tout ceci était arrivé avec la coopération de l’étranger. Pendant deux années, le Qatar a soutenu et financé les « bandes armées », tandis que la Turquie s’est chargée de leur logistique. Depuis, c’est l’Arabie saoudite qui est entrée en ligne et tout dernièrement la Jordanie.

Les Frères Musulmans

L’une des causes de ce à quoi nous assistons aujourd’hui vient du dérèglement de la relation entre l’arabité et l’Islam. Les premiers à avoir créé cette brèche, dans les années cinquante, sont les Frères Musulmans. Le travail pour la propagation de la foi est important, mais doit être séparé des concepts de l’État et de la politique.

En Syrie existe une opposition syrienne qui s’exprime publiquement sans être poursuivie. Les poursuites concernent essentiellement certains éléments des Frères Musulmans, lesquels sont considérés par la Loi syrienne et l’État syrien comme une organisation terroriste devenue encore plus terroriste que jamais. Nous avons déjà dialogué avec eux suite aux événements des années quatre-vingt, ils ont prouvé qu’ils ne sont pas honnêtes. Malgré cela, nous avons poursuivi le dialogue avec certains d’entre eux, qui sont maintenant délivrés de leur emprise politique. Par conséquent, nous n’avons aucun problème pour dialoguer avec n’importe quelle organisation qui dépose les armes, qui cesse d’acheminer des éléments armés vers notre territoire, et qui arrête de conspirer avec l’étranger.

Depuis les années cinquante, notre expérience des Frères musulmans est une succession interminable de terrorisme. Elle est à ajouter à un autre aspect purement juridique qui interdit les partis fondés sur des bases religieuses ou ethniques, ceci pour des raisons liées à la diversité du peuple syrien. Une vision comparable à celle des Frères Musulmans pourrait tout simplement mener à la dislocation de la Syrie.

Les prétendues désertions de masse

Parler de « désertion » suppose que les désertions aient concerné des institutions, ce qui n’est pas le cas. Il s’agit plutôt d’individus qui ont pris la fuite. Nous pensons que beaucoup ont fui en situation de peur ou à cause des menaces. D’ailleurs, un grand nombre d’entre eux ont décidé de revenir et nous les avons accueillis favorablement. Certains ont repris leur travail au sein des institutions étatiques, d’autres ont rejoint l’Armée nationale, d’autres se sont contentés de l’aider sans s’engager sur le terrain, et d’autres sont tombés sur le champ d’honneur. Tous ceux-là n’ont donc plus eu peur pour leur propre vie.

L’Initiative russe

Concernant « l’Initiative russe pour le désarmement chimique » et la prétendue « panique » qui nous aurait poussé à l’accepter avec « précipitation », le délai entre la déclaration de John Kerry et celle du ministre syrien des Affaires étrangères était d’une heure au grand maximum ; ce qui signifie que l’initiative avait été préparée à l’avance. Il n’y a donc pas de quoi broder sur notre précipitation. Comment aurais-je pu prendre la décision d’accepter les termes d’une telle initiative sur un sujet aussi important et aussi stratégique en si peu de temps et alors qu’un grand nombre de diplomates syriens étaient à l’étranger ? Ce, d’autant plus que John Kerry nous a offert une semaine de délai et que nous aurions pu nous accorder quelques jours de réflexion… C’est plutôt la manière dont John Kerry a abordé le problème qui suggère qu’il ne s’attendait pas à ce que la Syrie accepte l’Initiative russe et qu’il était loin d’imaginer que nous l’avions étudiée et qu’elle avait été préparée bien avant la date de son annonce.

Dire que c’est la solution chimique qui a fait que  les États-Unis ont annulé leur guerre dénote une naïveté ou une étroitesse de vue, parce que les États-Unis sont un État agressif qui peut tous les jours inventer n’importe que prétexte pour justifier la guerre ; comme cela s’est passé pour l’Irak avec Colin Powell et son gros mensonge sur les armes de destruction massive. Autrement dit, si jamais vous pensiez sauver votre peau en acceptant cette initiative, sachez que rien n’empêche les États-Unis de vous inventer un autre prétexte pour relancer les préparatifs de guerre à un quelconque moment plus tard.

Par ailleurs, moins d’une quinzaine de jours avant l’Initiative russe, des amis nous avaient informés de la date et de l’heure précise d’une attaque qui devait avoir lieu le lendemain matin. Nous nous sommes préparés, mais elle n’a pas eu lieu ! Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que si nous devions paniquer c’est avant l’annonce de cette initiative plutôt qu’après.

Enfin,  la Syrie a interrompu la production d’armes chimiques en 1997. Depuis, elle était prête à abandonner ce type d’armement, mais a gardé cette carte pour le moment opportun. Ce moment est arrivé !

La Conférence de Genève 2

À l’heure actuelle, nous n’avons pas de date officielle de l’éventuelle tenue de cette conférence et il n’y a pas de facteurs qui pourraient aider à sa réussite, si nous voulons qu’elle réussisse ! Beaucoup de questions restent en suspens. Quelles seront les forces en présence ? Quelle est leur relation avec le peuple syrien pour que nous puissions discuter ensemble ? Représentent-elles le peuple syrien, une partie du peuple syrien, ou bien la force qui les a fabriquées ? Ont-elles des bases électorales claires en Syrie ? Comment se peut-il que certaines forces prétendent représenter le peuple syrien alors qu’elles vivent à l’étranger et disent contrôler 70 % du territoire syrien sans oser se rendre en Syrie ? La solution doit être une solution syrienne et non la solution étrangère d’une question syrienne. Il nous faut donc connaître les composantes de cette conférence avant d’émettre des réserves sur sa réussite ou son échec.

La solution devra être syrienne et être acceptée par le peuple syrien, que l’étranger l’accepte ou la refuse. De même, la reconnaissance des représentants du peuple syrien, à cette conférence, revient au peuple lui-même. Autrement dit, toute reconnaissance venue de l’étranger ne nous concerne pas. La question ne revient pas à se demander si la conférence aura ou n’aura pas lieu. La question fondamentale est de savoir si cette conférence peut réussir au cas où elle aurait lieu. La Syrie y participera sans conditions lorsqu’elle se tiendra.

Par ailleurs, si cette conférence comporte des décisions débouchant sur l’arrêt du financement des terroristes, le problème syrien sera résolu. À partir du moment où les terroristes ne seront plus fournis en armes et en argent et ne seront plus aidés pour rejoindre le territoire syrien, il n’y aura plus de problème pour résoudre la question syrienne qui n’est pas aussi compliquée qu’on le prétend. Les complications  viennent de l’extérieur de la Syrie, non de l’intérieur. Les complications viennent d’une ingérence étrangère qui nourrit le feu de l’incendie.

M. Lakhdar Brahimi

Ce que nous attendons de M. Brahimi est qu’il se contente de rester dans le cadre de sa mission de médiateur, nécessairement neutre, dans une situation de dialogue entre différentes forces qui se battent sur le terrain sans se charger de missions dictées par d’autres États. Ses deux premières visites en Syrie n’ont pas dépassé le cadre du dialogue et non, il ne m’a fait aucune offre. En revanche, lors de sa troisième visite fin 2012, il a tenté de me convaincre qu’il était nécessaire que je ne me présente pas aux élections présidentielles de 2014. Ma réponse fut très claire : c’est une question qui concerne les Syriens et qui n’admet aucune discussion avec un non-Syrien ! Maintenant puisque vous me demandez si son initiative était dictée de l’étranger, je vous réponds que c’est à lui qu’il faudrait poser cette question.

Ceci dit, votre supposition n’est pas improbable étant donné que les États-Unis et d’autres États ennemis de la Syrie formulent toujours l’idée qui veut que je ne sois pas candidat aux prochaines élections. C’est en effet une étonnante coïncidence que M. Brahimi avance les mêmes propositions mises en avant par ces États… Nous espérons que lors de sa prochaine visite que vous venez d’évoquer, il ne dépassera pas les limites de sa mission.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

21/10/ 2013

Traduction : Mouna Alno-Nakhal

Source : vidéo / Présidence de la République arabe syrienne

La France soutient le camp des perdants


2463421Par Ghaleb Kandil

Les responsables français lient l’avenir de leur relation avec la région au sort de l’agression contre la Syrie. L’administration du président François Hollande a remplacé son partenariat avec l’émirat du Qatar, hérité du mandat de Nicolas Sarkozy, par une alliance avec la monarchie saoudienne, qui exprime publiquement et hystériquement sa déception après l’échec de l’agression de Barack Obama contre la Syrie.

Les présidents Hollande et Sarkozy ont réussi à détruire l’image supposée de la France en tant que grande puissance indépendante, et sont apparus comme de petits exécutants des ordres américains. Des soupçons laissent croire que leur enthousiasme à la guerre universelle contre la Syrie serait dicté par des considérations financières directement liées au Qatar et à l’Arabie saoudite. Les médias français ont d’ailleurs évoqué ces dernières années la dimension financière dans les choix de la politique étrangère de la France.

Quoi qu’il en soit, François Hollande a hystériquement appuyé l’agression contre la Syrie et n’a pas été en mesure de s’adapter à la reculade imposée aux Etats-Unis par la résistance de la Syrie et la détermination de la Russie et de l’Iran. Hollande a partagé la déception de l’Arabie saoudite, qui traverse des moments difficiles après l’échec de tous ses paris, en raison du changement du climat international en faveur du président Bachar al-Assad.

François Hollande a transformé la France en Etat défaillant. Dans le passé, le pouvoir français avait réussi à se distinguer, au moins verbalement, de la politique américaine, dans le but de conserver une marge de manœuvre et de jouer le rôle de médiateur lorsque les Etats-Unis en avaient besoin. C’est le rôle qu’avait joué Nicolas Sarkozy, après 2007, pour absorber l’échec américain au Proche-Orient et, surtout, la défaite israélienne lors de la guerre de juillet 2006.

En s’alignant sur l’Arabie saoudite, François Hollande lie son sort au camp des perdants et prend le parti de ceux qui financent Al-Qaïda en Syrie. Il cautionne la colère saoudienne contre la montée en puissance de la Russie et de l’Iran -une ascension reconnue par Obama-, et de la victoire du président Bachar al-Assad, dont l’annonce n’est plus qu’une question de temps. Cette attitude va conduire à l’isolement total de la France, qui ne sera pas en mesure de tirer profit des changements en cours dans le monde. Gagner les faveurs de l’Arabie saoudite ne suffira pas à compenser cette perte, surtout que ce royaume tyrannique, despotique et obscurantiste est indéfendable. Bachar al-Assad, lui, reste un président moderne, laïque, combattant le terrorisme takfiriste soutenu et financé par la dynastie des Saoud.

La plus grande honte de Hollande et, avant lui de Sarkozy, est d’avoir trahi les constantes de la politique étrangère de la France, la plus importante étant la protection des chrétiens d’Orient et de leur rôle dans leurs pays respectifs.

La France a armé et a politiquement soutenu des groupes terroristes responsables de crimes atroces contre les chrétiens, leurs lieux de culte et leurs biens en Syrie. Paris s’est chargé de couvrir ces crimes commis sous la bannière de la révolution syrienne, qui n’est en réalité qu’une agression coloniale occidentale appuyée par les pétromonarchies rétrogrades du Golfe et la Turquie néo-ottomane. Pire encore, de hauts responsables français n’ont pas caché leur implication dans le complot visant à chasser les chrétiens du Liban et de Syrie, selon les informations qui avaient filtré de la rencontre houleuse entre Nicolas Sarkozy et le patriarche maronite Béchara Raï. La destruction de l’Etat laïque en Syrie ne peut que conduire à la disparition des chrétiens d’Orient, menacés par la montée en puissance des mouvements takfiristes soutenus par le nouvel allié stratégique de la France dans la région: l’Arabie saoudite.

Ghaleb Kandil

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Abdallah de Jordanie, le facteur de l’Occident


JORDAN-POLITICS-PARLIAMENTSelon le journal libanais AsSafir, le roi Abdellah de Jordanie s’est entretenu au téléphone la semaine dernière avec le président syrien Bachar Al Assad et a tenté de le rassurer sur l’engagement d’Amman à ne pas compromettre une solution à la crise syrienne.  » La Jordanie a pris des mesures pour empêcher l’infiltration des groupes armés sur le sol syrien’’, aurait –il dit à Assad.

Cela veut dire qu’Israël a pris acte de la situation et accepte (pour le moment) la nouvelle donne.  La voix d’Abdallah est la voix d’Israël et de l’Occident. Abdallah est un roi sans royaume, une sorte d’Autorité Palestinienne bis. Pour Israël, la Jordanie ou la Cisjordanie, c’est exactement la même chose. Que ce soit du point de vue militaire, ou sécuritaire, la Jordanie est complètement dépendante d’Israël. Ses services secrets travaillent en si étroite collaboration avec le Mossad qu’il n’y a aucune ligne de démarcation.

Avec la paranoïa qu’on lui connaît, il est difficile d’imaginer un royaume autonome aux portes d’Israël sans que celui-ci ne tente de l’assujettir. C’est d’ailleurs la cause des problèmes de la Syrie et, naguère, de l’Egypte pré-Sadate. Le roi Abdallah, comme son père avant lui, n’a pas plus de poids que Mahmoud Abbas, et son trône ne repose que sur l’acceptation et la validation de règles créées bien avant lui dans les années 40 du siècle dernier. La Jordanie est née comme partenaire arabe d’Israël et le restera quoi qu’il arrive.

Israël a toujours réussi à avancer masqué derrière les grandes puissances occidentales. Avec la Syrie, il a également réussi à faire en sorte que la Jordanie reste masquée. Pendant des mois, la Jordanie a ainsi pu paraître neutre, voire amicale, alors que dans le même temps, ses forces de sécurité (le Mossad), œuvraient dans l’ombre en parfaite coordination avec les services spéciaux des autres pays. Les masques ne sont tombés que parce que la tâche s’était avérée beaucoup  plus ardue que prévue. Devant la résistance syrienne et les difficultés qui s’accumulaient, il a bien fallu se dévoiler et y aller franco.

Aujourd’hui, si  Abdallah de Jordanie prend contact avec Bachar Al Assad, c’est qu’il a des messages à délivrer, notamment au sujet des troupes de mercenaires qu’il héberge chez lui. A l’heure de la diplomatie, il redevient ambassadeur de l’occident auprès d’Assad. Que vont devenir les mercenaires ? Il y a de fortes chances que Bandar Ben Sultan sera prié de redéployer tout son monde vers le Caucase ou vers l’Ouzbékistan et le Tadjikistan, en en gardant une partie pour l’Afrique. Le retour des djihadistes européens n’aura donc pas lieu, et tout le monde le sait, malgré les cris alarmistes. Si, malgré tout, certains s’avisaient de rentrer chez eux, ils seront attendus de pied ferme par les autorités, qui les connaissent,  qui les enfermeront ou les réutiliseront.

Pour l’heure, il semble que les canaux diplomatiques entre la Syrie et l’Occident sont en train de s’ouvrir. D’autant plus que, selon AsSafir, le contact téléphonique du roi Abdellah est loin d’être le seul en provenance des pays ennemis. Arabes et occidentaux ont repris leurs contacts avec Damas par différents canaux. Même la Qatar n’est pas en reste.

Avic

Syrie : En prévision des élections présidentielles de 2014, l’Occident cherche les voix des « électeurs syriens déplacés » !


Par Nasser Charara

ElectionsEuropeenes_VoteBureauLa carte de l’option militaire est tombée des mains des ennemis occidentaux et régionaux du Président Bachar al-Assad, déterminés à l’éliminer du pouvoir dans l’espoir évident de détruire l’État syrien comme ce fut le cas pour tant d’autres États avant lui. Mais pour Washington reste une autre option ; celle de l’éliminer politiquement lors des prochaines élections présidentielles prévues en 2014, à condition de pouvoir compter sur l’ « électeur syrien déplacé » plongé dans l’environnement pro-opposition de divers pays, bien obligés de souffrir l’accueil de la « diaspora syrienne » qu’ils continuent à encourager…

Avant de vous livrer la traduction de l’article de M. Charara traitant de ce sujet, j’aimerais raconter une petite histoire à tous ces politiciens qui se justifient en prétendant vouloir sauver le « Liban ami » des griffes de la « Syrie ennemie ». Elle m’est revenue en mémoire lorsque j’ai lu la liste des membres du dernier né des « clubs de calomniateurs » apparemment chargé de cette besogne de détournement de l’électorat syrien à l’étranger, sous l’égide de Madame Elizabeth Guigou en personne. En quoi notre ex-ministre de la Justice est-elle directement concernée par la destruction de la Syrie ? Mystère !?

En bref, une réunion débat a été organisée le 1er Octobre à l’Assemblée nationale pour soi-disant « Soutenir le peuple syrien… Faire entendre les voix de la Syrie libre… Faire entendre la voix de l’opposition démocratique en Syrie… » ! Les liens [1] et [2] donnent la liste de ces valeureux démocrates qui appellent à frapper leur patrie ou tentent de mettre en échec les attendus de la Conférence de Genève 2, parmi lesquels une animatrice d’une prétendue « radio libre syrienne Rozana » émettant de Paris. Rozana !!! Une fois la surprise passée, l’on se dit qu’elle porte bien son nom.

En effet, à l’époque de l’occupation ottomane, un navire chargé à Izmir s’est dirigé vers la ville de Beyrouth avec pour seul objectif d’inonder son marché de denrées de première nécessité, notamment alimentaires, vendues à très bas prix pour en étrangler l’économie. Cette invasion surprise aurait pu être catastrophique pour les commerçants de Beyrouth, si la « Chambre de commerce d’Alep » n’avait envoyé ses délégués pour acheter, au plus haut prix, leurs marchandises devenues invendables et à la limite de la péremption [3]. Ensuite, c’est par camions entiers que ces denrées prirent la route vers les villes syriennes… Le navire prédateur ottoman était surnommé « Rozana » !

Depuis, Rozana est aussi le titre de l’une des chansons les plus populaires au Liban et en Syrie. Elle a été écrite en reconnaissance de la solidarité des commerçants d’Alep pour leurs frères beyrouthins. M. Eric Chevallier, ex-ambassadeur de France en Syrie devant honorer de sa présence ce club de calomniateurs, n’a pas pu ne pas l’entendre au décours de l’une ou l’autre des nombreuses soirées chaleureuses où il était reçu en ami.

Écoutez cette version originale de l’incomparable Sabah Fakhri, devenue l’un des symboles d’Alep, aujourd’hui détruite par les bons soins des néo-ottomans avec l’approbation du gouvernement français [4]. Puis, écoutez cette deuxième version moderne interprétée par une citoyenne arménienne [5], alors que les Syriens arméniens déplacés en Arménie ont fui une guerre, peut-être pour une autre… [6].Merci. [NdT].

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Une sorte de guerre froide règne au sein des relations internationales quant à la question de la candidature du Président Bachar al-Assad pour un nouveau mandat en 2014. En effet, depuis le début des événements en Syrie, les prétendus « Amis du peuple syrien » font une fixation sur sa destitution ; ceci, après avoir échoué à modifier ses positions selon l’agenda formulé par l’ancien secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, lors de leur célèbre rencontre en 2003.

Nombre de conversations entre diplomates indiquent que suite à l’échec de l’option militaire pour l’écarter du pouvoir comme le voulait la théorie de Robert Ford, ex-ambassadeur des USA à Damas, Washington se dirige aujourd’hui vers une nouvelle option consistant à le renverser politiquement, soit en l’empêchant de se porter candidat aux élections présidentielles prévues en 2014, soit en mobilisant tous les moyens qui pourraient les lui faire perdre si l’Occident n’arrivait pas à empêcher la tenue de ces élections avec Bachar Al-Assad comme candidat.

Ce n’est plus un secret pour personne que la Russie, l’Iran et les Etats-Unis sont divisés sur cette candidature mais, jusqu’à présent, beaucoup ignoraient que Washington et ses alliés occidentaux et arabes cherchent à dépasser cet obstacle en travaillant secrètement et de concert, au sein de leurs « salles d’opération » respectives, à échafauder des plans susceptibles de leur garantir la défaite du Président syrien au cas où ces élections auraient lieu.

Sondages occidentaux payés avec l’argent du Qatar

L’année dernière, la « Fondation du Qatar » supervisée par Cheikha Mozah, l’épouse de l’ex-Émir, a commandé une enquête d’opinion ciblant les résultats probables d’une élection présidentielle « libre » en Syrie. À remarquer que c’est une entreprise et une équipe US qui ont été chargées de cette enquête, et que le sondage devait porter sur deux échantillons de citoyens syriens : les électeurs de l’intérieur de la Syrie, et les électeurs de l’extérieur de la Syrie déplacés ou réfugiés dans les pays du Golfe, d’Afrique, et dans les États du Levant.

Le sondage avait montré que 54 % des Syriens de l’intérieur étaient pour la candidature du Président Al-Assad et son maintien pour un nouveau mandat, alors que 46% étaient contre. En revanche, 83% des Syriens déplacés dans les pays du Golfe, 93% de ceux déplacés en Afrique, et 64% de ceux déplacés dans les pays du Levant étaient contre.

Cette première enquête a été suivie par d’autres sondages non publiés, commandés auprès de sociétés françaises et étatsuniennes, et toujours financés avec l’argent arabe. Ces sondages auraient montré sensiblement les mêmes résultats : plus de 50% des Syriens de l’intérieur étaient favorables à Al-Assad, et plus de 60% des Syriens déplacés à l’étranger étaient défavorables.

Ces pourcentages sont fondamentalement très importants, car ils ont poussé Washington à insister sur deux questions particulières dans son approche de la crise syrienne : empêcher Al-Assad de se porter candidat en 2014 de peur qu’il ne gagne les élections sur la base de ces chiffres considérés fiables, et poursuivre une politique encourageant les pays voisins de la Syrie à accueillir encore plus de déplacés syriens. Politique justifiée par des considérations humanitaires mais, en réalité, liée au fait que la coalition anti-Assad a été obligée d’accepter la solution politique qui implique des élections présidentielles avec sa participation. Dans ce cas, le « meilleur électeur » pour renverser Al-Assad devient « l’électeur déplacé » !

D’autre part, ces sociétés de sondage occidentales estimant que 83% des Syriens résidant dans les pays du Golfe et que 68% des Syriens résidant dans les pays du Levant s’opposeraient à cette réélection, cela explique l’insistance de Washington pour que le Liban ouvre ses frontières à tous les Syriens sans aucune restriction… Les USA cherchent donc à augmenter au plus haut ces chiffres d’opposants de sorte que le moment venu, les réfugiés syriens représentent le bloc capable de démentir les prévisions de victoire de Bachar Al-Assad. La Turquie et la Jordanie refusant de recevoir davantage de réfugiés pour des raisons de sécurité intérieure, le Liban reste le seul pays susceptible de leur permettre d’atteindre cet objectif.

Ainsi, l’un des plans actuellement avancés par les USA, en prévision de la Conférence de Genève 2 et de la « transition politique par la mise en place d’un organe de gouvernement transitoire », serait d’imposer un accord octroyant aux réfugiés le droit de voter à partir de l’étranger et d’organiser les bureaux de vote dans les pays où ils résident. Mais Damas insistera pour que le vote ait lieu en territoire syrien et s’il faut une supervision internationale, elle sera syrienne et internationale à la fois !

Ceci, parce que le conflit est désormais essentiellement centré sur le climat dans lequel les réfugiés devront voter. Il est certain que la plupart des pays qui accueillent un nombre significatif de réfugiés syriens sont hostiles à Al-Assad, en particulier les pays du Golfe et la Turquie qui travaillent à sa défaite. En outre, les réfugiés en Jordanie et au Liban sont volontairement poussés à s’installer dans les zones où l’environnement politique est défavorable au gouvernement syrien et qui sont ouvertement impliquées dans le soutien de l’opposition syrienne.

D’ailleurs, le Premier ministre libanais Najib Mikati a déclaré, en public et en présence de diplomates, que le flux des Syriens vers le Liban était traité en dehors des normes internationales régissant l’accueil des réfugiés. Un diplomate aurait rétorqué : « D’après les déclarations de M. Mikati, il est clair que cette manière de traiter le flux entrant de réfugiés n’est pas innocente ! ».

Washington et ses alliés réalisent parfaitement que le climat politico-électoral en Syrie s’oriente de plus en plus en faveur du régime actuel, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas compter sur les électeurs syriens à domicile. La meilleure preuve en est que le Dollar a chuté de 50% par rapport à la Livre syrienne depuis que Washington a retiré sa menace de frappe aérienne sur la Syrie [le Dollar est passé de 300 Livres syriennes à 150]. La lecture politique de ce fait, entre autres faits, indique que l’élite urbaine syrienne, majoritairement sunnite, est soulagée maintenant que la menace du renversement du gouvernement par la force s’est dissipée, et considère que le retour partiel à la stabilité est dû à la continuité et à la solidité du gouvernement qui s’est imposé sur la scène internationale.

Par conséquent, si le « meilleur électeur » anti-Assad est le « l’électeur déplacé », reste un électeur encore meilleur ; celui qui appartient à un bloc plus important qu’il n’est plus possible de manipuler pour le pousser à voter contre un nouveau mandat du Président syrien. Un bloc fondé sur une base sociale large et plurielle qui n’a qu’un seul ennemi ; à savoir, « le substitut inconnu » et le « terrorisme » qui promet à la Syrie le destin de l’Afghanistan, de la Libye, et de Irak.

La force d’Al-Assad vient de l’intérieur

Il est donc clair que la théorie de la destitution du Président syrien consiste désormais à créer un « levier électoral » à l’extérieur du territoire syrien pour qu’il vote en chœur avec son environnement pro-opposition. Mais d’autres facteurs sont à prendre en compte.

L’un des facteurs principaux relève du fait que de larges zones du territoire syrien sont sous contrôle direct ou indirect du dit État Islamique d’Irak et du Levant [EIIL], du Front al-Nosra ou d’autres groupes de terroristes radicaux pour lesquels voter ou participer à des élections est interdit par la religion ! Par conséquent, il est probable que le jour du scrutin en Syrie, l’EIIL puisse commettre contre les bureaux de vote le même genre d’attentats-suicides sanglants qu’en Irak ; cela aurait une incidence sur le taux de participation dans les zones tenues par les terroristes.

Un autre facteur qu’il faut appréhender est qu’Al-Assad risque de se retrouver le seul candidat « pro-stabilité » contre plusieurs candidats représentant l’inverse. De plus, il sera facile pour des pays comme la Turquie, l’Arabie saoudite, la France, et les Etats-Unis de se mettre d’accord sur un seul candidat anti-Assad pour éviter la dispersion des voix de l’opposition ; ceci, si ces pays arrivent à faire en sorte que les opposants votent à partir de leurs territoires respectifs ou de pays sur lesquels ils exercent leur influence. Certaines sources rapportent que Riyad prêche pour des élections à deux tours parce que cela servirait justement à s’entendre sur un candidat unique anti-Assad, une fois que nombre de candidats de l’opposition auront été éliminés au premier tour.

Une chaîne de télévision pour les « minorités »

Des rapports récents indiquent que dans le cadre des préparatifs électoraux du camp anti-Assad, une figure marquante de l’opposition syrienne envisage – à la demande de l’Arabie saoudite et de la France – de mettre en place un réseau de télévision par satellite destiné à ceux qu’elles considèrent comme des « minorités » en Syrie et au Moyen-Orient. L’objectif serait d’attirer un plus grand nombre de voix chrétiennes et kurdes, et surtout de contrer le discours du Vatican soucieux de l’avenir des chrétiens en Syrie et au Moyen-Orient depuis le soi-disant printemps arabe.

Nasser Charara

04/10/2013

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Article original : Al-Akhbar [Liban]

http://www.al-akhbar.com/node/192615

Notes :

[1] Invitation à la réunion débat à l’Assemblée nationale : les voix de la Syrie libre !

http://www.inscription-facile.com/form/cxtHEwA8PqT362KRDCne

[2] Le blog de Philippe Baumel

http://www.philippebaumel.fr/Reunion-debat-Les-voix-de-la-Syrie

Extrait de l’invitation justifiée, entre autres, par l’’administration « des zones soustraites au contrôle du pouvoir ». Autrement dit les fameuses « zones libérées » par les zombies assassins et voleurs de pétrole vendu à bas prix dans le Nord de la Syrie… qui ont peut-être échappé au contrôle de leurs commanditaires. Mais ça, Monsieur Baumel s’en fiche. Il est dans le vent et prétend amener le progrès là où on ne l’a pas attendu :

« La politique de fermeté prônée par le Président de la République à l’égard du régime de Bachar Al-Assad, qui n’a pas hésité à lancer des attaques au gaz massives contre les populations civiles, a favorisé la mise au point d’un plan de contrôle de ses armes chimiques, négociée à Genève entre les Russes et les Américains. Sans la menace d’un recours à la force, qui a convaincu Moscou de faire pression sur Damas et de renouer le dialogue avec Washington, ce plan redeviendra vite lettre morte, comme les accords précédents. Sans préjuger de ses chances de réussite dans un pays à feu et à sang, force est de constater que le dictateur a résolument repris les bombardements et les massacres, les arrestations et les tortures.

Aucune solution politique ne saurait prévaloir si elle ne prend pas en compte les aspirations du peuple syrien et les souffrances qu’il endure depuis deux ans et demi dans sa quête de liberté. Il faut aider l’opposition démocratique syrienne à se faire entendre davantage. Luttant pied à pied contre les apologues de la répression et les fanatiques du djihad, elle s’efforce malgré tout de défendre et d’administrer les zones soustraites au contrôle du pouvoir, en tentant de tracer les perspectives d’une société de tolérance et de progrès en Syrie. Ses appels à l’aide peuvent-ils être ignorés ? »

[3] As-Safir du 27/09/2013 : La dette morale des Beyrouthins envers Alep…

http://www.assafir.com/Article.aspx?ArticleId=2636&EditionId=2576&ChannelId=62249#.Uk_3575OLSc

[4] Rozana : version interprétée par Sabah Fakhri dans Alep

[5] Rozana : version moderne interprétée par Lena Chemamian

« Que Dieu punisse Rozana pour ce qu’elle nous a fait…

Vous qui partez pour Alep, mon amour s’en est allé avec vous…

Sous les raisins que vous transportez, des pommes… »

[6] AFP : L’Azerbaïdjan accuse l’Arménie d’installer des réfugiés syriens au Nagorny Karabakh

http://www.lorientlejour.com/article/835827/lazerbaidjan-accuse-larmenie-dinstaller-des-refugies-syriens-au-nagorny-karabakh-.html

Monsieur Nasser Charara est analyste politique et journaliste libanais.

Syrie / ONU : La résolution 2118 passée au crible de la réalité… Par Amin Hoteit


CS-ONUDans un précédent article paru le 16 Septembre 2013 [1], le Général Amin Hoteit constatait, ainsi que la plupart des observateurs de bonne foi ou condamnés à reconnaître une certaine part de vérité, que « suite à la résistance devenue légendaire de la Syrie face à une guerre planétaire et qui dure depuis plus de trente mois par l’intermédiaire d’une horde assassine de terroristes armés jusqu’aux dents , voilà que les équations attendues sur le terrain s’inversent et que les tendances générales observées sur la scène internationale se modifient. Ainsi, nous avons vu la crise passer du stade où l’agression incendiaire allait atteindre ses objectifs selon la logique de la solution militaire imaginée par le camp des États agresseurs dirigé par les USA, au stade où il n’est plus possible que d’envisager une  solution pacifique par le dialogue et la négociation ».

Il ajoutait : « L’agression incendiaire devra désormais se limiter à deux objectifs : servir de pression diplomatique dans la négociation, et purifier le territoire syrien de tous les déviants partis combattre un État laïc où coexistent des citoyens de toutes les religions et croyances… Nouveaux objectifs qui ont abouti à l’accord de Genève du 14 Septembre 2013 entre les ministres des Affaires étrangères de la Russie et des États-Unis… Nous étions arrivés au bord de l’explosion qui aurait détruit la région ; mais étant donné les intérêts et l’’équilibre des forces sur le terrain, il nous paraissait logique de prédire que les USA n’oseraient pas mettre leur menace à exécution, quoique nous n’avions pas exclu la probabilité d’une erreur de calcul de leur part ! ».

L’erreur de calcul étant momentanément écartée par ce que les médias se plaisent à qualifier de « manœuvre diplomatique astucieuse de Vladimir Poutine » [2] sans jamais admettre que la Syrie et les Syriens se battent, depuis deux longues années et demi, d’abord et avant tout pour leur « identité » contre des zombies de destructions massives toujours nourris par les USA et leur dernier allié occidental plus royaliste que le roi… Un allié, dit-on, sonné par « le revirement d’Obama » mais qui ose encore prétendre, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, que l’armée syrienne tue son peuple et qu’à la limite la résistance héroïque de ce peuple, face à la plus dégueulasse des guerres qu’ait connu l’Histoire, constitue « une atteinte à la paix et à la sécurité internationales » ! [3].

Comble du comble, l’Ambassadeur permanent de la Syrie auprès de l’ONU, M. Bachar al-Jaafari, aurait commis un crime de lèse-majesté en s’en prenant à la France ! [4]. Il aurait été plus honnête de dire qu’il s’en est pris à ses dirigeants et plus particulièrement à M. Fabius qui « semblait ne pas comprendre la signification de la résolution 2118 » [5] votée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies le vendredi 27 Septembre 2013 [6].

Puisque, selon les dires de M. Fabius lui-même [3] « Tout ça bien évidemment doit être passé au filtre de la réalité », que devons-nous comprendre et redouter de cette résolution 2118, comme nous l’explique le Général Hoteit ? [NdT].

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La résolution 2118, adoptée par le Conseil de sécurité pour le démantèlement et la destruction des armes chimiques en Syrie, restera une étape importante et décisive témoignant de la transition vers un nouvel ordre mondial ; les résolutions des trois décennies précédant ce 27 Septembre 2013 ayant été d’une toute autre nature.

Pour rappel, suite à l’effondrement de l’URSS, les USA avaient fait main basse sur les organisations et institutions internationales, notamment sur le Conseil de sécurité pratiquement rattaché au ministère US des Affaires étrangères et aux ordres de la Maison Blanche, sans que certains n’osent utiliser leur droit de veto et que d’autres ne songent ne serait-ce qu’à hésiter devant leur volonté. Le Liban en a fait l’amère expérience suite à l’adoption de la résolution 1559 le concernant [7]; laquelle, bien que soumise au chapitre VI de la Charte des Nations Unies, était en contradiction avec la Charte elle-même puisqu’elle revenait à violer sa souveraineté et son indépendance, interférait dans ses affaires intérieures, et se mêlait de ses relations avec un pays frère. Sa mise en œuvre a étrangement nécessité la nomination d’un « Envoyé spécial » du Secrétaire général de l’ONU, lequel n’a pas tardé à se transformer en une sorte de « Haut Commissaire US-international au Liban » !

En revanche et malgré la prétendue satisfaction victorieuse des USA, cette dernière résolution 2118 peut être considérée comme le signe annonciateur du retour à l’équilibre au sein du Conseil de sécurité et, par conséquent, du retour à un certain équilibre dans les relations internationales. Nous avons suffisamment dit et répété depuis deux ans que c’est de la matrice syrienne que naîtra un nouvel ordre du monde et c’est ce qui a déjà commencé.

Ceci étant dit, il est important que nous examinions les étapes clés qui ont mené à l’approbation de cette résolution par le Conseil de sécurité :

La référence au Chapitre VII

Cette référence est une volonté du bloc occidental sous direction US et avec incitation des pays du Golfe, pour que le Conseil de sécurité justifie le recours à la force militaire ou autorise n’importe quel État membre à en user contre la Syrie et son gouvernement. C’était le but des manœuvres US qui ont cherché à imposer leurs diktats à la Syrie. Mais les nouvelles équations ont gâché cette chance aussi bien pour les occidentaux que pour les USA. La résolution a été prise en vertu du chapitre VI, ce qui signifie que sa mise en œuvre ne nécessite pas le recours à la force mais reste conditionnée par le consentement de l’État concerné et, par conséquent, affirme sa souveraineté.

Ce fait n’est nullement modifié par ce qui est indiqué au paragraphe 21 quant à l’imposition de mesures en vertu du chapitre VII en cas de non respect de la résolution, car elle ne se limite pas au gouvernement syrien, comme le souhaitaient les USA, mais vise implicitement toute personne concernée par son application y compris les groupes armés sévissant sur le territoire syrien ainsi que les États voisins qui faciliteraient la possession ou le transfert d’armes chimiques en Syrie.

D’autre part, l’éventuel recours au chapitre VII n’est pas automatique, mais passe par la prise d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité et par le droit de veto de chacun de ses membres permanents, après identification du contrevenant et des conditions du recours à la force.

Finalement, le texte de cette résolution 2118 comporte des points positifs dans l’intérêt de la Syrie même si le bloc occidental tente de les négliger, l’impact du paragraphe 21 étant de nature politique, sans plus !

Les destinataires de la résolution

Depuis le début de l’agression contre la Syrie, les USA et tous leurs affidés ont cherché à convaincre de la non légitimité du régime et du gouvernement syriens, affirmant que les seuls représentants du peuple syrien étaient ce groupe de « résidents de palaces à l’étranger » pompeusement nommés Conseil national syrien [CNS] puis Coalition… et sont allés jusqu’à les asseoir sur le siège de la Syrie à la « Ligue hôtelière des États arabes » ; l’État syrien étant, selon eux, responsable de tout le sang versé !

La résolution 2118 est venue contredire ce cliché étant donné qu’elle appelle par la lettre et l’esprit à travailler avec la gouvernance légitime actuelle de la Syrie ; met en échec les tentatives US innocentant les crimes des gangs armés sévissant sur son territoire ; équilibre le discours des organisations et des États agresseurs, lesquels sont désormais comptables de toutes tentatives d’exploitation et de livraison d’armes chimiques aux prétendus rebelles. Le paragraphe 5 de la résolution est plus que clair : « … aucune des parties syriennes ne doit employer, mettre au point, fabriquer, acquérir, stocker, détenir ou transférer des armes chimiques ».

Les clauses qui méritent prudence

Il ne faudra pas oublier que les USA contrôlent toujours le Secrétariat général des Nations Unies et son Secrétaire général en particulier. Il n’est donc pas exclu qu’ils tentent de biaiser certaines clauses de la résolution pour faire dérailler le processus de désarmement à leur avantage. Cela n’a certainement pas échappé à M. Bachar al-Jaafari qui a déclaré que la résolution « couvre la plupart des préoccupations de la Syrie »… la plupart ! En effet, certains points de détails nous paraissent mériter prudence :

  • Le Secrétaire général étant habilité pour désigner les envoyés onusiens chargés de répertorier, inspecter, vérifier la destruction des armes chimiques, avec lesquels la République arabe syrienne devra coopérer ; il faudra veiller à ce que le personnel désigné ne soient pas d’emblée susceptible de s’écarter de l’esprit de la résolution [Paragraphe 7].
  • Les États membres étant engagés à « contrôler » et donc à rendre compte de leurs observations concernant l’application de la résolution, certains plus enclins aux calomnies que d’autres ; il serait plus prudent de constituer un « Comité international de surveillance des calomniateurs » [Paragraphe 10].
  • La résolution « insistant sur le fait que la seule solution à la crise syrienne est un processus politique sans exclusive, dirigé par les Syriens, fondé sur le Communiqué de Genève du 30 juin 2012… », lequel a convenu  des lignes directrices et de principes pour une transition politique par, entre autres, la mise en place d’un organe de gouvernement transitoire qui pourra comprendre des membres de l’actuel gouvernement et de l’opposition « ainsi que d’autres groupes »… [8] ; il faudra être particulièrement prudent sur deux autres points. Le premier est de faire en sorte que le bloc occidental ne puisse pas choisir les membres de cet organe à sa convenance, mais qu’il soit effectivement composé de véritables représentants du peuple syrien. Le deuxième, est de veiller à ce qu’il ne présente pas cet organe comme le remplaçant de l’autorité légitime actuellement au pouvoir en Syrie. Ceci, parce que certains États pourraient persister dans leurs tentatives visant à faire admettre, dans ses rangs, des représentants de l’un quelconque des groupes prétendument révolutionnaires syriens… sous prétexte qu’ils sont « militairement victorieux » dans certaines zones, dites libérées, du territoire syrien.

Ici, il faut souligner l’importance des déclarations du ministre syrien des Affaires étrangères et des expatriés, M. Walid al-Mouallem à propos de la Conférence de Genève 2 : « La Syrie appuie la tenue de la conférence de Genève 2 pour parvenir à un règlement politique de la crise… Nous n’y participerons pas pour livrer le pouvoir à quiconque… C’est au peuple syrien, seul, de décider de son avenir via un processus politique loin de toute ingérence étrangère… Elle peut parvenir à un programme et à un plan d’action politique qui sera soumis à référendum populaire pour que le peuple syrien soit le décideur de son avenir… Tout règlement inadmissible par le peuple syrien, est inapplicable » [9].

En conclusion, en dépit de ces quelques observations qui justifient la prudence, il nous faut dire que la résolution 2118 est le premier fruit de la victoire de la Syrie dans sa défense contre l’agression planétaire sans précédent, une victoire qui tend donc à rétablir l’équilibre au sein Conseil de sécurité et d’un nouvel ordre mondial multipolaire. Grâce à sa résistance, la Syrie demeure souveraine, une et indivisible ; ce que la résolution 2011 confirme absolument !

Dr Amin Hoteit

30/09/2013

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Article original : Al-Thawra 

القرار 2118 أول قرار في ظل نظام عالمي جديد؟ ولكن..؟

http://thawra.alwehda.gov.sy/_Kuttab.asp?FileName=104835348620130930011023

Notes :

[1] المعالم الأساسية لمشروع الاتفاق الدولي حول سورية و

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab_a.asp?FileName=72038658720130916005444

[2] EXCLUSIF. Comment Hollande avait prévu de frapper la Syrie

http://tempsreel.nouvelobs.com/guerre-en-syrie/20130927.OBS8824/exclusif-comment-hollande-avait-prevu-de-frapper-la-syrie.html

[3] Fabius à l’ONU

http://www.franceonu.org/la-france-a-l-onu/espace-presse/declarationspresse/points-de-presse/article/23-septembre-2013-ouverture-de-la

[4] L’ambassadeur syrien s’en prend à la France 

http://www.leparisien.fr/international/syrie-le-desarmement-vote-a-l-onu-mais-pas-de-sanctions-automatiques-28-09-2013-3177319.php

[5] Conférence de presse de M. Bachar al-Jaafari à l’ONU le 28 septembre 2013 

https://www.youtube.com/watch?v=TF0oErnWkPY&feature=player_embedded

Extrait vers la 6ème minute :

À la question [pas très audible] concernant le gouvernement français qui reconnait « Al-Jarba » comme le seul représentant légitime du peuple syrien et alors que M. Fabius avait participé le jeudi 26 Septembre à une réunion de la prétendue opposition syrienne, à New York, et en sa présence ; M. Al-Jaafari répond :

« Absolument pas ! Ceci n’est pas conforme à l’accord… J’ai adressé hier une lettre au Secrétaire général pour lui demander de renoncer à cet événement secondaire… C’est en toute franchise que je vous dis qu’il a eu lieu grâce à la délégation française dont la lecture des événements est plutôt surréaliste. La diplomatie française se comporte en« amateur » et non de façon professionnelle. Je conseille au ministre français des Affaires étrangères de lire la résolution avec attention. Ainsi il pourra en conclure qu’à partir de maintenant, ni lui ni son pays ne seront autorisés à en violer les décisions. Elle interdit au gouvernement français d’inciter au terrorisme et à la violence en territoire syrien. Elle interdit à Paris et au ministre français des Affaires étrangères de contribuer à l’escalade de la situation en Syrie à travers le soutien et la fourniture d’armes à ceux qui s’opposent à la tenue de la Conférence de Genève 2… Par conséquent, la diplomatie française a commis beaucoup d’erreurs. Il y a quelques minutes à peine, le ministre des Affaires étrangères lisait sa déclaration et paraissait ne pas avoir compris la signification de cette résolution… Mais il y a deux ou trois jours ils [la délégation française] ont organisé cet événement secondaire dans les locaux mêmes de l’ONU, ce qui constitue une violation flagrante de la Charte et de la volonté des États membres ».

[6] Security Council requires Scheduled Destruction of Syria’s Chemical Weapons, Unanimously Adopting Resolution 2118 (2013)

http://www.un.org/News/Press/docs/2013/sc11135.doc.htm

[7] Résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9solution_1559_du_Conseil_de_s%C3%A9curit%C3%A9_des_Nations_unies

La résolution 1559 a été adoptée le 2 septembre 2004 par le Conseil de sécurité de l’ONU, à l’initiative conjointe de la France et des États-Unis, par 9 voix sur 15 et 6 abstentions… « Ont déclaré que la résolution constituait une ingérence dans les affaires intérieures du Liban et se sont abstenus : Russie, Chine, Brésil, Algérie, Pakistan, Philippines ».

[8] Communiqué final (Genève, 30 juin 2012)

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/la-france-et-la-syrie/evenements-4439/article/reunion-du-groupe-d-action-pour-la

[9] Mouallem : La Syrie appuie la tenue de la conférence de Genève 2

http://213.178.225.235/fra/51/2013/09/28/504808.htm

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

Le « discours en triple saut » de Noam Chomsky


Tribune libre Byblos

En lisant tranquillement et avec respect l’interview de Noam Chomsky donné à LMaDO [article publié sur Le site Investig’Action le 12 septembre dernier], nous avons été surpris de devoir reprendre la lecture, en particulier sur ce que dit le très célèbre linguiste à propos du conflit syrien. En effet, autant la position pacifiste de Chomsky ne fait aucun doute pour nous, autant il est clair que les propos qu’il tient et la façon dont il pose la situation en Syrie amène directement le lecteur ou l’auditeur à une confusion troublante, voire même vers une impasse dangereuse.

L’interview en question : [ici]
 
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NOTRE CRITIQUE :
 
En parlant de « suicide » à propos de la nation syrienne, en renvoyant la République syrienne dos à dos avec ceux qui la combattent, et enfin, en déclarant au détour d’une précision que ni Israël ni les USA n’ont apporté (et n’apportent) de l’aide aux « rebelles syriens », Noam Chomsky passe par-dessus la cause principale de la guerre en Syrie et à côté d’une analyse digne de ce nom de la situation au Moyen-Orient. Nous vous invitons donc, en reprenant ses propos, à relever les trois points qui nous semblent d’abord très éloignés de la vérité et des faits, et qui, somme toute, dénotent une approche très peu objective pour ne pas dire fâcheusement partiale.
 
Premièrement, il est fondamentalement incorrect de parler de « suicide » à propos de la Syrie. Cette terminologie insinue en effet que les dirigeants et responsables politiques syriens qui sont impliqués dans le conflit depuis plus de deux ans (le Président Bachar al-Assad en tête) sont dans la déraison la plus totale. Autrement dit, l’affirmation « La Syrie va au suicide » induit d’emblée que al-Assad est un fou dangereux qui ferait quasiment exprès de mener son pays à la destruction totale. Dire ceci est une erreur fatale. Et commencer l’analyse de la situation en Syrie par cette erreur fatale ne permet aucunement d’apporter quelque raisonnement clair à ceux qui, de bonne volonté, cherchent à comprendre. Au contraire, dire que la Syrie va au suicide ne fait que servir, on ne peut mieux, la cause des pays occidentaux qui placent ce genre de termes à la base leur propagande ; ces mêmes pays soutiennent leur velléité d’agression sur justement l’ignominie d’ « un régime qu’il faut abattre » (dixit L. Fabius, 17 août 2013). Car qui accepterait de laisser un suicidaire à la tête d’un pays ?
 
Qui plus est, Noam Chomsky enclenche la deuxième vitesse quelques lignes plus bas en imputant la même part de responsabilité à la République syrienne (« un régime horriblement violent  ») qu’à ceux qui la combattent (« qui vont des milices extrêmement malveillantes à d’autres plus laïques et démocratiques »). Ce recul sur le conflit considère que tous ceux qui prennent part aux combats sont pleinement responsables de la guerre. Ce qui peut, de prime abord, se comprendre de la part d’un pacifiste.
 
En effet, faire la guerre c’est mal, souhaiter la paix c’est bien ! Mais ce n’est pas vraiment faire preuve d’un grand discernement, car dans un conflit il y a aussi à déterminer la partie qui agresse et la partie qui se défend. Noam Chomsky devrait se rappeler ici que mettre tout le monde dans le même sac ce n’est peut-être pas la meilleure manière d’être impartial ! C’est peut-être même la pire chose à faire quand on prend conscience des souffrances incroyables que subit le peuple syrien ; quand ce que les médias ont voulu nous montrer comme une guerre civile et qui, au bout de deux ans, révèle que presque la totalité du peuple syrien soutient encore son gouvernement aujourd’hui (et 70% voteraient pour la réélection du Président Bachar al-Assad – sondage publié en juin 2013), il y a matière à creuser davantage quant aux responsabilités respectives des belligérants !
 
Il est clair et avéré aujourd’hui, et depuis même longtemps, que le conflit syrien a été déclenché par des groupes armés et financés par des pays qui veulent démembrer la Syrie, en commençant par faire imploser sa structure politique et sociale de l’intérieur. Cette position du Ni-Ni n’est qu’un pseudo-recul qui incite l’opinion publique à se détacher du problème et l’oblige à ne plus pouvoir s’impliquer, pour ensuite la forcer à ne plus vouloir comprendre. Pour le dire autrement, c’est quand une grande partie de l’opinion publique des pays occidentaux se dira « ni pour les « rebelles » ni pour Bachar al-Assad, qu’elle autorisera de fait les pyromanes à endosser le rôle de pompier.
 
Troisièmement, et puisque nous venons de l’évoquer, quand Noam Chomsky affirme que les USA et Israël n’aident pas les rebelles nous sommes en droit de lui demander de qui il se moque ! Nous reprenons sa phrase exacte :  » Si les États-Unis et Israël voulaient vraiment aider les rebelles – ce qu’ils ne font pas – il leur serait facile de le faire, sans intervention militaire ». Que dire d’autre ici que cette affirmation n’est ni plus ni moins mensongère. Simplement en signalant que cette année, Israël a violé l’espace aérien syrien à plusieurs reprises et a bombardé par deux fois des positions tenues par l’Armée Arabe Syrienne (29 janvier et 4 mai) ; et ce, au moment où l’Armée Arabe Syrienne commençait sérieusement à regagner du terrain sur les groupes de mercenaires de l’ASL (Armée Syrienne Libre).
 
Mais ce n’est pas tout. Ne soyons pas crédules au point d’ignorer que l’ASL n’a pas d’armes sophistiquées. D’ailleurs la presse occidentale n’a pas pu le cacher longtemps puisqu’il fallait rester cohérent : d’une part dans un souci de crédibilité, il a fallu rapidement faire accepter que les « rebelles » étaient armés et soutenus par d’autres pays, pour pouvoir tenir face à l’Armée Arabe Syrienne ; ce qui, d’autre part, permettait de bien justifier les annonces de victoires de l’ASL sur l’Armée régulière (puisqu’en temps de guerre, les rédactions occidentales ont aussi leur rôle à tenir en ce qui concerne le « moral des troupes »). De surcroît il faut rappeler que dans leur retraite, lorsque les mercenaires ont laissé leur attirail aux mains de l’Armée régulière, il s’agissait de matériel neuf dont une partie était de fabrication israélienne. Ces informations se retrouvent dans les pages des différents organes de presse de bords différents.
 
Ceci dit, douter de cela est bien évidemment permis pour qui veut encore plus de preuves, mais par contre il est totalement inconvenant d’affirmer aujourd’hui que les USA et Israël (entre autres) n’aident pas les mercenaires. Enfin sur ce point citons l’article du Figaro qui nous informe que les premiers contingents de l’ASL formés à la guérilla par les Américains en Jordanie seraient entrés en action depuis la mi-août dans le sud de la Syrie. Si des troupes de mercenaires sont parés pour une « grande offensive anti-Assad » au mois d’août, depuis combien de temps le savoir-faire de la CIA est au service des troupes de mercenaires ? (à moins qu’il ne s’agisse d’une formation-minute !).
 
Nous sommes donc très gênés par ces propos que Noam Chomsky avance dans son discours que l’on pourrait qualifier « de plaidoirie en triple saut » : d’abord une terminologie tendancieuse, puis un deuxième appui sur la confusion et enfin le dernier bond en pleine négation. De plus nous ne croyons pas, (et sommes carrément sûrs du contraire), que ce discours soit au service de la paix. Du Kosovo à la Lybie en passant par les deux guerres d’Irak, cette rhétorique intellectualisante a été à chaque fois désastreuse pour les partisans de la paix. La liste des exemples est bien trop longue pour la dresser ici, mais nous tenons à rappeler trois petites choses néanmoins fondamentales pour éviter les dérives de certains discours qui se disent pacifistes, ou qui pourraient être considérés comme tels :
 
1)  Choisir ses mots est d’une importance cruciale, il ne s’agit pas seulement de se faire comprendre. Un terme à la place d’un autre participe très souvent à un biseautage du discours qui amène irrémédiablement le lecteur ou l’auditeur à un parti pris fallacieux. Autrement dit, rien n’est plus exact sur ce premier point que la réflexion de Camus : « mal nommer les choses c’est rajouter au malheur du monde ».
 
2) Ne pas discerner les belligérants se résume à laisser faire (ici ce que dit Chomsky n’est rien d’autre que l’acceptation, à terme, de la partition de la Syrie). Sans compter que la position du Ni-Ni (très bien analysée, par ailleurs, par Jean Bricmont) semble avoir des origines plus que douteuses puisque se placer au-dessus des conflits (en démiurge occidental) nous semble clairement être une forme moderne du point de vue du colonisateur sur les peuples colonisés.
 
3)  Quant au mensonge, quelle que soient sa forme et sa manière, nous disons fermement qu’il ne sert jamais le camp de la paix.
 
En bref et pour conclure, il faut toutefois remercier LMaDO et Investig’Action pour la mise en ligne de cet interview. Car il nous a permis de réagir afin d’affirmer que la volonté de paix est un combat qui doit être mené les yeux ouverts. Rajoutons, en gardant sauf le respect que nous lui devons, que Noam Chomsky n’est certes pas un menteur mais ce qu’il dit n’est pas la vérité ! Que la paix soit avec lui !