Archives du mot-clé Bielorussie

Guerre de l’information: vers la bataille des blogueurs?


1022546Récemment une nouvelle a fait du bruit dans la presse française: le Kremlin aurait décidé d’engager des blogueurs en Russie pour contrer l’opposition sur les réseaux sociaux et aussi afin de contrôler et canaliser certaines discussions sur Internet. Pour beaucoup de lecteurs une telle nouvelle devrait vraisemblablement signifier le contrôle accru du pouvoir russe sur Internet (le Runet) mais aussi une façon d’étouffer l’opposition dans le seul terrain médiatique qui lui reste: Internet.

Pourtant cette nouvelle n’en est pas vraiment une.

On sait depuis plusieurs années que les réseaux sociaux jouent un rôle essentiel dans la mobilisation mais aussi la manipulation des masses et même le déclenchement et l’exécution de révolutions pacifiques, surtout dans les pays ou la population est connectée. On a parlé de révolution Twitter en Moldavie en 2009 tant l’instantanéité des publications et des appels à manifestations étaient remarquables. Plus tard, il sera prouvé que moins d’une centaine d’activistes Twitter étaient derrière cette révolution Moldave, activistes qui se sont mystérieusement retirés de Twitter après les évènements.

Même scénario lors des révolutions dans les pays arabes (comme on peut le voir ici ou la) ou encore par exemple en Iran. Twitter et Facebook jouent le rôle de nouveaux médias dans lesquels toute information peut, si elle est correctement distribuée, créer le Buzz et faire le tour de la planète internet, même sans avoir été vérifiée. Si les réseaux sociaux sont en train de remplacer la télévision pour la communication et l’information, les bloggeurs, eux, sont devenus les présentateurs de ces nouveaux médias, remplaçant au passage les journalistes des agences de presse privées ou étatiques.

La volonté des autorités russes d’encadrer les discussions sur Internet est due au fait que la Russie a récemment fait l’expérience de ces fausses informations, informations qui ont porté atteinte à l’équilibre du pays, notamment sur des sujets sensibles en Russie comme la corruption mais aussi et surtout le nationalisme. On se souvient des faux messages mais vraies provocations qui ont abreuvé internet durant fin 2010 pour appeler à l’affrontement intercommunautaire à Moscou, ou encore plus récemment des provocations organisées toujours sur Internet visant à aggraver la perception de la situation à Pougatchev (messages faisant croire que l’armée était intervenue dans la ville) suite au meurtre d’un résident de la ville. Ces provocations ont été volontairement organisées par des activistes travaillant pour des ONGs étrangères qui ont ainsi mené en quelque sorte une cyber-guerre locale et reprises par certains blogueurs professionnels comme Alexey Navalny ou des opposants politiques comme le député Gudkov.

Fin 2008 un sommet a eu lieu à New-York, animé notamment par le très influent Jared Cohen, cadre de Google et conseiller du département d’état américain. Le sommet a donné naissance à une organisation dédiée à l’aide aux jeunes activistes d’Amérique latine, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie dans leur usage des médias sociaux. Le sommet a abouti à la création d’une plate-forme en ligne dédiée au cyber-activisme et à la cyber-dissidence. Le site comprend même en page d’accueil un tutoriel vidéo anti-censure.

Début 2010, l’Otan a réalisé un exercice de manœuvres virtuelles sous l’égide du CCDCOE, basé à Tallinn (Estonie). Cette organisation regroupe déjà l’Allemagne, l’Italie, la Slovaquie, l’Espagne, les Etats-Unis et les trois pays Baltes. La localisation de ce centre de cyber-guerres dans la capitale ou ont eu lieu les émeutes de 2009 (opposants russes contre estoniens) avait beaucoup préoccupé Moscou. On se souvient que ces incidents de 2009 en Estonie  avaient été accompagnés d’une solide guerre de l’information.

Le mois dernier, le vice ministre  russe Dimitri Rogozine a donné une conférence expliquant que les réseaux sociaux étaient devenus l’un des éléments clefs de la Cyber guerre en cours et que le département d’état américain s’en servait pour analyser les tendances et ficher les individus par leurs «Like» sur Facebook notamment mais aussi par leurs comportements sur les réseaux sociaux.

L’utilisation des blogueurs pour orienter les débats, promouvoir des idées ou diffuser de l’information n’est donc pas une technique nouvelle, C’est une technique qui est déjà utilisée par beaucoup de pays dans  la guerre de l’information au sein de ces réseaux sociaux.

En Israël par exemple, peu après la fin de l’opération Plomb durci (raids de l’armée israélienne sur Gaza en décembre 2008) l’état a créé une armada d’internautes, payés pour donner une meilleure image de leur pays et répondre sans relâche aux opinions hostiles à Israël, via des réactions et commentaires postés sur les sites internet, les forums, les blogs, et autres réseaux sociaux comme Twitter et Facebook.

L’agitation internet qui a frappé l’Arabie saoudite lors du printemps arabe a été efficacement contenue puisque le royaume a mis en place sa propre armée de blogueurs professionnels pour organiser une contre-agitation et une contre propagande massive.

Plus récemment c’est l’Union Européenne qui a créé de véritables patrouilles de blogueurs afin de traquer méthodiquement des conversations avant les élections européennes de juin 2014 et pour lutter contre l’Euroscepticisme croissant au sein des 28 états de l’Union.

Le pouvoir russe, qui vient de rendre public sa stratégie pour lutter contre la cyber-anarchie affirme lui sa volonté de lutter contre l’utilisation du web en tant qu’»arme informationnelle employée pour des raisons politico-militaires, terroristes ou criminelles» ainsi que pour des tentatives «d’ingérences dans les affaires intérieures des autres États«.

La Russie ne fait donc que rentrer dans ce processus essentiel pour mener la bataille de l’information à laquelle aujourd’hui, au cœur d’une cyber-guerre désormais globalisée, aucun pays ne peut échapper.

Alexandre Latsa

http://alexandrelatsa.ru/2013/08/guerre-de-linformation-vers-la-bataille-des-blogueurs/

Monopoly des bases militaires, vers un ordre nouveau?


Obama-PoutineLa semaine dernière, une info plus que surprenante est apparue dans le mainstream médiatique russe, affirmant que la Russie avait retiré son personnel militaire de la base Syrienne de Tartous, et que les bateaux de la flotte russe de Méditerranée se ravitaillaient désormais au Liban. De plus, d’après une rumeur, la Russie aurait  pris la décision de fermer son ambassade en Syrie. Ces mesures d’urgence auraient été prises, selon les sources citées par notamment le journal russe Vedomosti (créé en 1999 suite à une initiative conjointe du Financial Times, du Wall Street Journal) afin de ne pas mettre en danger le personnel russe de la base navale de Tartous alors que la Syrie ferait face à une intensification de la guerre civile. L’information aurait été confirmée par l’hebdomadaire russe VPK, spécialisé dans la défense, dont la source aurait affirmé que cette décision était due à la «La brusque escalade du conflit en Syrie et à la recherche de ports plus sûrs».

Ces nouvelles ont beaucoup surpris les commentateurs qui suivent la situation Syrienne, alors que sur le terrain l’évolution de la situation militaire semble depuis quelques semaines être en faveur du pouvoir en place. Sur le front diplomatique, la coalition des «amis de la Syrie» reste unie politiquement et déterminée au départ de Bachar El Assad, mais l’opposition Syrienne semble morcelée, fragilisée et de plus en plus dépassée par ses éléments les plus radicaux, notamment proches de la mouvance salafiste. Cette dernière trouve aujourd’hui ses soutiens dans les monarchies du Golfe, Arabie Saoudite et Qatar en tête, et bien sur auprès des Etats-Unis. Peu à peu une image a émergé de cette situation très complexe : L’Amérique poursuit son soutien historique actif (Afghanistan, Bosnie, Kosovo…) à l’Islam sunnite en contribuant à la guerre menée par Doha, Riyad et Istanbul contre le croissant chiite, un croissant chiite qui au passage parait plus que favorable aux intérêts russes et à une présence russe au moyen orient.

Trois jours après ces «nouvelles» du retrait russe de Syrie, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a en personne qualifié de «rumeurs» ces informations, en ironisant au passage sur le fait de savoir si elles émanaient du Guardian ou d’Al-Jazzera mais en les qualifiant comme «s’inscrivant dans une série de provocations et de spéculations dont le but serait la préparation de  l’opinion publique à admettre les efforts en faveur du changement du régime en Syrie». A propos de Tartous en Syrie, Sergueï Lavrov a rappelé que «L’évacuation de ce point logistique était exclue, aussi bien que l’évacuation de son personnel (…) Actuellement composé uniquement de civils, les militaires n’y étant plus basés depuis longtemps».

Alors que la guerre médiatique sur la Syrie semble s’accentuer à quelques semaines de la conférence internationale «Genève-2″, la Russie ne semble pas sur le point d’opérer un retrait de la région, ni de Méditerranée, bien au contraire. Les lecteurs de RIA-Novosti se souviennent qu’il y a quelques mois j’avais esquissé la probabilité (bien incertaine à l’époque) que Chypre devienne tôt ou tard une base militaire russe au cœur de la méditerranée orientale et à l’intérieur de l’Europe.

La semaine dernière la presse Chypriote a laissé filtrer des bruits d’un possible accord militaire Russo-chypriote donnant le droit à la flotte russe d’utiliser le port de Limassol (la ville russe de l’Ile) et aux avions russes d’utiliser la base militaire aérienne Andreas Papandreou à Paphos. Cet accord s’il se confirmait (et ce alors que le président chypriote devrait se rendre prochainement en Russie) accentuerait considérablement non seulement la présence russe dans la zone mais aussi et surtout sa capacité de projection au moyen orient, et dans ce cas à proximité de la Syrie.

Dans le même temps la Russie a annoncé le déploiement en 2015 d’une base militaire russe en Biélorussie, dans la ville de Lida, proche de la frontière polonaise, c’est-à-dire à la frontière de l’espace contrôlé  par l’alliance atlantique. La base, qui jouera un rôle essentiel dans le dispositif militaire sécuritaire de l’union Russo-biélorusse, aura pour objectif la protection de l’espace aérien biélorusse.

Au même moment, un drôle de chassé croisé s’est opéré entre russes et américains au Kirghizstan. Les autorités du pays ont voté à une écrasante majorité la loi prévoyant la fermeture de la base américaine de Manas, ouverte en 2001, étant la décision de Washington d’achever vers 2014 le retrait d’Afghanistan de l’essentiel de la Force internationale d’assistance à la sécurité. Les Etats-Unis auront jusqu’au 11 juillet 2014 pour évacuer les avions ravitailleurs et les quelque hommes encore  présents sur cet aéroport international, qui fait office de base militaire.

Presque simultanément, le vice-ministre russe de la Défense, Anatoli Antonov, a annoncé que la Russie avait elle par contre décidé de renforcer sa base aérienne au Kirghizstan, une décision également liée au prochain retrait des forces de la coalition internationale de l’Afghanistan fin 2014. Le ministre russe de la défense Sergueï Choïgou s’est également rendu sur place pour rencontrer le président kirghiz Almazbek Atambaev, et lui annoncer qu’à la fin de l’année 2013 Moscou commencerait à livrer des armes et du matériel militaire au Kirghizstan.

Alors que la militarisation de l’espace eurasiatique semble s’accélérer sous contrôle de la Russie, ce retrait des troupes américaines d’Asie centrale marque une nouvelle étape de la lutte d’influence entre les Etats-Unis et la Russie en Asie centrale pour le contrôle du Heartland. Comme prévu en décembre dernier, la Bataille pour l’Eurasie semble s’accélérer.

Pour Vadim Koziouline, du Centre PIR: «La rupture de l’accord avec Washington (sous pression russe) est probablement la plus grande victoire de Moscou en termes d’influence dans cette région d’importance stratégique depuis le début de l’opération antiterroriste des USA en Afghanistan«.

Pourtant d’autres analystes sont beaucoup plus négatifs quand à cette supposée victoire russe que semble être le retrait américain d’Asie centrale. Pour le quotidien Nezavissimaïa Gazeta les experts militaires russes sont unanimes: l’islamisation de l’Asie centrale est en cours et «les mouvements terroristes afghans sont en grande partie rejoints par des jeunes tadjiks, ouzbeks et kirghizes, plus tard identifiés par les services secrets comme leaders d’organisations islamistes à Saint-Pétersbourg et dans d’autres grandes villes russes (…) Bref, les Russes doivent réellement se préparer à une guerre sur leur territoire».

Alexandre Latsa

http://alexandrelatsa.ru/2013/07/monopoly-des-bases-militaires-vers-un-ordre-nouveau/

6 des 12 causes de l’accident d’avion de Smolensk


L’accident d’avion à Smolensk dans laquelle le président polonais est mort ainsi que l’élite politique du pays, continue à ce jour à susciter la controverse. Ce qui suit est l’opinion, dans le cadre de ce tragique accident, d’un spécialiste dans l’aviation, Valentin Vasilescu, pilote et ancien commandant adjoint de l’aéroport militaire Otopeni, diplomé en sciences militaires en 1992 de l’Académie des Hautes Etudes Militaires de  Bucarest. Lire la suite 6 des 12 causes de l’accident d’avion de Smolensk