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Vers le «Shutdown» global malgré «Iron Man»


Tribune libre Byblos

fond-de-ecran-iron-man-15Après quelques jours d’un psychodrame au suspense assez artificiel, les Etats-Unis ont évité comme prévu le défaut de paiement au terme d’une énième crise dite du «Shutdown». La planche à billets va pouvoir fumer de plus belle. La pègre financière a poussé un ouf de soulagement; la planète économique s’est épongé le front et les commentateurs-Système n’en finissent plus de nous expliquer combien nous sommes passés «à ça» de la «déflagration mondiale», mais que rien n’est joué et que les batailles budgétaires vont continuer et bla bla bla bla. La bouillie pour les chats habituelle donc, ou comment s’échiner à décrire une métastase sans voir le cancer généralisé qu’elle révèle. Ce non-évènement n’aura en fait été qu’un simple palier de compression supplémentaire sur la route du Shutdown global vers lequel s’achemine inéluctablement l’Etat faussaire étasunien. Même l’«Iron man» rêvé du Pentagone n’y pourra rien changer.

Un verdict sans appel

La phase terminale de l’effondrement US a connu une accélération remarquable en 2013.
En révélant que Washington traitait ses «alliés» avec les mêmes égards que ses ennemis, l’affaire Snowden a ainsi fait éclater une crise à têtes multiples qui n’en finit plus de disséminer ses bombinettes dans les conclaves internationaux.
Parallèlement, l’affaire de la vraie-fausse attaque chimique syrienne a ensuite sonné le glas de la politique US dans la région en provoquant un fiasco tel, qu’il a contraint la Maison-Blanche à rengainer ses flingues et à reprendre langue avec l’ennemi juré iranien.
Enfin, le psychodrame automnal du «shutdown» est venu confirmer l’extrême fragilité d’un gouvernement US menaçant d’éclater à tout instant sous la pression de forces centrifuges de plus en plus puissantes, de plus en plus extrêmes.
Le verdict est sans appel : la légitimité morale de l’Empire est ruinée ; sa crédibilité en tant qu’hyper-puissance ne l’est pas moins ; et sa soi-disant monnaie de référence est apparue pour ce qu’elle est : une monnaie de singe à laquelle plus personne ne croit vraiment.
Bravo l’artiste.

Tous les ingrédients d’un blockbuster

A ce stade, ouvrons une petite parenthèse pour reconnaître que l’effondrement US réunit tous les ingrédients d’un blockbuster hollywoodien, un tantinet décalé toutefois (on verrait bien les frères Cohen, Tim Burton ou Terry Guilliam aux commandes).
En résumé, nous avons donc d’ubuesques opérations top-secrètes d’espionnages qui finissent dans la presse-people ; une NSA qui ment comme un arracheur de dents pour faire croire à l’utilité de cet espionnage planétaire (un ou deux attentats identifiés en tout au lieu des 50 annoncés) ; de fantastiques projets de guerres qui partent en sucette avant d’avoir commencé avec un risque majeur de paix à la clé (l’exact opposé donc de ce qui était prévu); un Président Prix Nobel de la paix accroc aux assassinats par drones interposés et qui ne gouverne plus aujourd’hui que dans la peur d’être assassiné lui-même et, enfin, dans l’affaire du shutdown, des seconds rôles pleins de reliefs comme cette démocrate du Texas proposant l’instauration de la loi martiale comme solution.
Et au beau milieu de ce merdier, last but not least, le Pentagone himself, insouciant comme un bambin halluciné jouant avec sa caisse de grenades, nous annonce joyeusement qu’il va réaliser «l’armure d’Iron man» pour ses «supers-soldats du futur».
Du lourd on vous dit, pour un blockbuster, voire un péplum, avec un final digne de «Pompéi» cela va sans dire.

Un effondrement nécessaire

Tout cela prêterait à rire si les soubresauts du presque cadavre impérial ne provoquaient encore, comme en Syrie, de monstrueuses hécatombes, sans compter la probabilité de voir de nouveaux spasmes provoquer de nouveaux bains de sang.
C’est que, comme nous l’avions évoqué dans une brève de juin 2012, les grandes puissances ne meurent que rarement dans leur lit, et leur agonie peut s’accompagner de terribles fracas.
En septembre dernier par exemple, lorsque l’Empire prétendait punir le régime syrien, nous sommes ainsi passés à quelques millimètres d’une conflagration dont personne n’aurait pu prédire l’ampleur tant le risque était grand de voir l’entrée en scène d’acteurs comme l’Iran et même la Russie, ou accessoirement l’Etat-voyou israélien et ses armes de destructions massives.
Aujourd’hui, l’effondrement des Etats-Unis en tant qu’hyper-puissance mondiale dirigeante est donc une nécessité.
D’abord pour en finir avec les guerres et les massacres de masses (cf. 1,5 million de morts en Irak), et mettre aussi un terme au chaos engendré par le remodelage à coups de flingue du Moyen-Orient que Washington téléguide avec ses laquais saoudiens et européens.
Ensuite, cet effondrement s’accompagnera surtout de l’éclatement de la prison-dollar avec l’espoir, enfin, de voir la chute d’un Système néolibéral dont l’Empire est la matrice, le promoteur et le gardien, et dont l’essence nihiliste impose au monde le meurtre permanent de l’environnement, l’injustice sociale et le dessèchement des âmes.
Bien sûr, l’Empire reste terriblement dangereux de par son incroyable puissance de feu et la fascination qu’il peut encore exercer sur les esprits rampants des dirigeants occidentaux par exemple.
Mais l’effondrement est inéluctable, et si l’on se fonde sur les dernières «réalisations» du Pentagone, ce n’est pas l’armure d’«Iron man» qui empêchera le Shutdown global à venir.

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