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Les BRICS veulent en finir avec l’extrémisme des marchés financiers.


Brics-carteDepuis la crise financière mondiale en 2008 la récession n’a pas disparu. L’écart entre les riches et les pauvres a continué de se creuser et la sécurité mondiale s’est affaiblie car les problèmes centraux n’ont pas été réglés, écrit jeudi le quotidien RBC Daily.

Aujourd’hui le monde a besoin d’un nouveau consensus. Notre époque exige des institutions différentes de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le groupe de travail pour l’élaboration de l’architecture financière internationale s’est récemment réuni à Washington dans le cadre de la réunion annuelle du Conseil d’administration du FMI et du Groupe de la Banque mondiale. Cette rencontre rassemble les représentants des ministères des Finances et des banques centrales des pays du G8 et les experts des organisations financières mondiales.

L’utilité de cette réunion soulève de sérieux doutes : il est évident qu’aujourd’hui, les décisions amenées à influer sur notre planète ne peuvent plus être prises qu’à New York ou à Washington.

La Banque mondiale, le FMI et l’OMC ont été créés après la Seconde guerre mondiale dans le cadre des Accords de Bretton Woods. Leur mission : assurer la stabilité économique mondiale. Mais depuis les années 1970 ces institutions ont commencé à pencher idéologiquement pour la l’extrémisme des marchés et l’ordre néocolonialiste. Cette politique est en partie responsable de la crise de 2008.

Au niveau supranational le changement de l’architecture financière mondiale revient aujourd’hui aux pays des Brics. Leur influence est en train de croître et ces pays s’arment avec une économie intégrée, au lieu de suivre le fondamentalisme économique de washingtonien.

L’ancienne structure financière post-Bretton Woods est déjà en train de changer. Les économies émergentes ont des traditions philosophiques qui diffèrent de celles du G8. Elles s’orientent davantage vers la société et le collectif et pour elles, les investissements dans l’infrastructure et le financement du commerce réel sont les bases d’un développement stable. La mondialisation y est compensée par le sens de la famille, de l’identité, et de l’appartenance ethnique.

Les Brics ont déjà conclu des accords commerciaux bilatéraux en marge de l’OMC, établissant les prix des marchandises sans dépasser les limites des paniers monétaires mixtes. Cela change radicalement tous les accords et ententes économiques que le monde a longtemps considéré comme acquis.

Aujourd’hui les Brics établissent une feuille de route pour une nouvelle banque de développement, un fonds de stabilisation et un mécanisme pour régler les litiges commerciaux qui pourraient remplir les fonctions dévolues actuellement à la BM, au FMI et à l’OMC – et travailler en parallèle.

On pourrait s’attendre à ce que la banque de développement des Brics propose des crédits non soumis à conditions mais à des taux d’intérêts supérieurs – c’est-à-dire adopter une approche plus commerciale. De plus, elle pourrait financer des projets dans les domaines où la BM n’intervient pas comme le biocarburant ou l’énergie nucléaire. La prochaine étape logique serait la création d’un fonds de stabilisation des Brics comme alternative au FMI, ce qui pourrait nécessiter l’instauration d’une nouvelle monnaie mondiale de réserve. Il est évident que les pays des Brics cherchent à devenir moins dépendants du dollar US.

Les dirigeants des Brics croient en l’avenir des opérations marchandes entre les cinq pays qui composent le groupe, menées avec leur propre monnaie – une idée apprécié par d’autres pays émergents. Dans deux accords signés par les banques de développement du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, il est dit que les crédits pour les transactions marchandes entre ces pays seraient attribués en devise locale. La procédure simplifiée de conversion des devises propose une véritable alternative au dollar américain comme monnaie de règlement.

Il ne s’agit pas de la suppression intégrale de l’ancienne architecture financière de Bretton Woods mais plutôt de la création d’une nouvelle structure parallèle à l’ancienne. A terme, les pays pourront choisir quelle architecture convient davantage à leurs propres plans de reconstruction et de rénovation.

Mikhail Koutouzov 

RIA Novosti.

Chine/Etats-Unis : le duel tourne à l’affrontement monétaire


dette-20usa-20chine▪ Samedi 13 octobre, l’agence de presse officielle chinoise Xinhua sous la plume de Liu Chang, critiquait vertement les débordements de l’Amérique depuis que Bretton Woods avait fait du dollar une monnaie “aussi bonne que l’or”. L’article fustige l’ingérence des Etats-Unis dans les politiques intérieures de tous leurs partenaires économiques, les interventions militaires directes ou indirectes pour imposer la Pax Americana et une politique monétaire au détriment de l’équilibre économique mondial.

Le pamphlet est très sévère
“Alors que le gouvernement américain veut faire croire au monde qu’il est le champion de la morale, de manière plus ou moins couverte, il torture les prisonniers de guerre, cible des civils avec des attaques de drones et espionne les leaders politiques et économiques dans le monde. Sous ce qui est réputé être la Pax Americana, nous n’avons pas réussi à trouver un monde où les Etats-Unis chercheraient à éviter la violence et les conflits, à réduire la pauvreté et les déplacements de population et feraient leur possible pour apporter une vraie paix durable.

Au lieu d’honorer leurs devoirs en tant que nation dominante et responsable, l’egocentrique Washington a abusé de son statut de super-puissance, introduit encore plus de chaos dans le monde en diffusant des risques financiers à l’international, a été l’instigatrice de tensions régionales… et a lancé des guerres injustifiées sous des prétextes fallacieux basés sur un tissu de mensonges avérés.

Le résultat est que le monde est encore en train de chercher comment s’extirper d’un désastre économique dû à la voracité des élites de Wall Street, alors que les meurtres et les bombes sont le quotidien du peuple irakien des années après que Washington s’est vanté de l’avoir libéré du joug d’un tyran. Plus récemment, la division bipartite itérative de Washington sur le budget fédéral et le plafond de la dette met en danger ses partenaires économiques surchargés de valeurs en dollar et une communauté internationale très angoissée.

Il faut mettre un terme à ces jours d’inquiétude, où la destinée de tous est entre les mains d’une nation hypocrite et un nouvel ordre mondial doit être mis en place pour que toutes les nations, pauvres ou riches, petites ou grandes, puissent voir leurs intérêts primordiaux respectés et protégés sur un pied d’égalité.

Dans ce but, plusieurs pierres angulaires doivent être posées pour construire ce monde désaméricanisé.

Pour commencer, toutes les nations doivent se plier aux principes de base des lois internationales, ce qui inclut le respect de la souveraineté et cesser de se mêler des affaires domestiques des autres.

Les économies émergentes et les pays en développement ont besoin de faire entendre leur voix dans les institutions financières internationales, ce qui inclut la Banque mondiale et le fond monétaire international, de façon à mieux refléter les transformations du paysage économique et politique actuel.

Ce qui induit une réforme-clé : la mise en place d’une nouvelle monnaie de réserve internationale, qui doit être créée pour remplacer le dollar américain, afin que la communauté internationale puisse être tenue à l’écart des désordres politiques intérieurs des Etats-Unis. Ces bouleversements n’ont pas pour but d’écarter complètement les Etats-Unis, ce qui serait impossible, mais plutôt d’encourager Washington à jouer un rôle plus constructif.”

▪ Le processus est en marche. Dernier exemple en date : la Chine a pesé de tout son poids aux côtés de la Russie pour empêcher l’intervention américaine en Syrie. Les Américains ont plié.

Voici un extrait d’une interview de Michel Raimbaud (ancien ambassadeur de France et professeur au centre d’études diplomatiques et stratégiques de Paris) qui vient éclairer ce bouleversement géopolitique :

“Nous vivons actuellement un moment historique majeur, d’une importance sans doute comparable à la chute de l’Union soviétique. Entraînant la dissolution du bloc communiste et ayant pour effet immédiat d’instaurer l’hégémonie sans partage de l’Amérique et de ses alliés occidentaux, la disparition de l’URSS allait amener plus de vingt ans de malheur et d’extrême injustice pour le reste de la planète.

L’événement qui a dominé le récent Sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, fruit d’une gestation de deux ans dans le sillage de la crise syrienne, referme cette parenthèse dramatique. Confirmant la renaissance de la Russie et l’émergence du bloc des BRICS à direction russo-chinoise, il symbolise la recomposition de la vie internationale sur de nouvelles bases : le ‘moment unipolaire américain’, qui consacrait le triomphe des ‘grandes démocraties’ et de leur ‘économie de marché’, est terminé. C’est le glas qui sonne pour la plus grande escroquerie politique de l’ère contemporaine : la ‘communauté internationale’ franco-anglo-américaine est agonisante.

Le double accord conclu entre la Russie et l’Amérique au sujet de la Syrie est l’acte fondateur de cette mutation. Le Mur de Berlin apparaissait comme le symbole du triomphe du ‘monde libre’ et de ‘la fin de l’Histoire’. En cet automne 2013, c’est le mur de l’arrogance qui a été brisé, le ci-devant ‘Axe du Bien’ apparaissant dans toute sa splendeur, sur fond de soleil couchant.

Loin d’être finie, l’Histoire continue.

C’est une belle leçon de diplomatie qu’a prodiguée la Russie (soutenue sans défaillance par la Chine, par ses autres partenaires BRICS comme le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, mais aussi par une bonne partie du monde) en réussissant à faire prévaloir la légalité internationale et les grands principes onusiens contre les partisans de l’ingérence à tout va.

Ne nous y trompons pas : pendant quelques jours, le monde a bel et bien frôlé la catastrophe et la guerre mondiale. Que Russes et Américains se soient mis d’accord sur le principe d’une solution politique et diplomatique ne peut que réjouir les gens de bonne volonté”

Vous assistez en ce moment même à un changement majeur qui restera dans l’Histoire.

Ce changement va être monétaire, comme je l’ai longuement décrit dans l’Histoire de l’Argent, dont le sous-titre est ‘l’or, l’argent et la réforme monétaire’.

Souhaitons que cette révolution se passe avec le moins de violence possible. Il est néanmoins à craindre que l’effondrement d’un système basé sur l’asservissement des peuples par la dette soit très douloureux pour les finances de chacun. L’or et l’argent physiques font partie des planches de salut qui sont offertes à ceux qui auront été assez clairvoyants pour anticiper cette période de troubles à venir et la Renaissance qui suivra.

Cyrille Jubert

http://la-chronique-agora.com/chine-etats-unis-duel-tourne-a-laffrontement-monetaire/

« Le Sud émerge »


par Pepe Escobar

LesSudIl n’est pas si farfelu d’imaginer « L’Ange de l’histoire » de Walter Benjamin succomber à la tentation, et soulignant que l’heure de l’hémisphère sud est enfin venu.

Oh oui, ce sera un long, ardu et tortueux chemin. Mais si la génération Google/Facebook a besoin seulement d’un manuel détaillant l’étoffe des rêves, des épreuves et des tribulations du monde en développement au début du 21e siècle, ce serait celui-là, Vijay Prashad vient de publier The Poorer Nations : A Possible History of the Global South . (Les nations pauvres).

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