Archives du mot-clé Chômage

Entretien avec Valentin Vasilescu, victime d’un grave déni de justice


20vasilescu_valentin_luju.roPendant la grande vague d’OTAN-isation de l’Europe de l’Est, dont la Roumanie,  il y eu toute une série de mise à l’écart de personnalités intègres par des manœuvres politico-financières allant parfois jusqu’au grand banditisme, comme ce fut le cas de l’affaire des cigarettes 2 dans laquelle les autorités roumaines avaient essayé de mouiller notre ami Valentin Vasilescu. Cette affaire de cigarettes, qui cachait en fait un trafic d’un tout autre genre et de portée internationale, a été développée ici même dans ce blog. Après plusieurs années de lutte contre l’Etat roumain, Valentin Vasilescu vient de remporter le dernier round lui assurant une victoire totale, malgré la complicité (habituelle , à quelques exceptions près), des médias roumains.

Avic Lire la suite Entretien avec Valentin Vasilescu, victime d’un grave déni de justice

Venezuela : Salaires en hausse, chômage en baisse. Comment font-ils ?


Occultés par les médias privés vénézuéliens et leurs relais internationaux (Le Monde, El Pais, Libération, NY Times, etc..) les chiffres révélés en janvier 2014 par l’Institut National de la Statistique indiquent une nouvelle baisse du chômage, tombé à 5,6 % en décembre 2013. Ce chiffre est le plus bas enregistré par le gouvernement bolivarien (rappelons que le chômage atteignait 11 % lors de l’élection de Hugo Chavez en décembre 1998). Lire la suite Venezuela : Salaires en hausse, chômage en baisse. Comment font-ils ?

En France, une personne s’immole par le feu tous les 15 jours


immolation-700x393Si l’immolation du jeune Tunisien Mohamed Bouazizi en décembre 2010 conduit à l’embrasement du pays et à la chute de Ben Ali, il n’en est rien en France. Pourtant, selon une enquête menée par le photographe Samuel Bollendorff et la journaliste Olivia Colo, un français s’immole tous les 15 jours dans un espace public. Lire la suite En France, une personne s’immole par le feu tous les 15 jours

États-Unis : Scoop du New York Post, les chiffres du chômage US sont truqués depuis 2012


Barack ObamaUne question: savez-vous comment sont recensés les chômeurs américains ? Parce que là-bas, pas de Pôle emploi, pas d’inscriptions sur des listes, pas de pointages. Non, aux États-Unis, les chômeurs (et ce qui reste de salariés) sont recensés par sondage. Lire la suite États-Unis : Scoop du New York Post, les chiffres du chômage US sont truqués depuis 2012

L’assistanat érigé en art de vivre


«Robert le paresseux» ou l’éloge de l’oisiveté

-« Il existe deux types de travail : le premier consiste à déplacer une certaine quantité de matière se trouvant à la surface de la terre ou dans le sol ; le second, à dire à quelqu’un d’autre de le faire. » Bertrand Russell

Depuis dix ans, un Danois préfère vivre du chômage plutôt que d‘un emploi qui ne lui conviendrait pas.

Un «art de vivre» qui pousse la logique de l’Etat providence dans ses retranchements.

oisivete_mere_de_tous_les_vices_smll2Ce pourrait être le nom d’un roi fainéant. Mais «Robert le paresseux» – son surnom – vit bien au XXIème siècle.

Cet homme de 45 ans est devenu le chômeur le plus célèbre du Danemark, après avoir expliqué sur un plateau télévisé préférer vivre de ses allocations plutôt que de prendre un emploi qui ne lui conviendrait pas;
«Je n’ai jamais adhéré à l’idée fausse qu’il faut avoir un emploi pour avoir une belle vie», explique-il à l’AFP.

Robert Nielsen vit en dilettante. Après «quelques années» d’études en sciences sociales et en philosophie, il s’est bien essayé au chinois pendant un semestre mais n’en a jamais tiré aucun diplôme. «Malheureusement je n’ai pas de paperasse pour montrer ce que je sais», résume-t-il. Par contre, il compte six mois de bénévolat au Zambie.

Depuis douze ans, il collectionne les petits emplois chez des poseurs de parquet ou chez Mc Donald’s, entre deux périodes de chômage. «Ils attendaient trop des gens», dit-il de la chaîne de hamburgers.

assistanatChômeur et fier de l’être

Son histoire est un cadeau du ciel pour les penseurs et éditorialistes de la droite danoise qui ne cessent de brocarder un système de protection sociale bien trop généreux. Après cet éloge de la dépendance, même la chef du gouvernement social-démocrate Helle Thorning-Schmidt a dû réagir. «Nous allons examiner toutes nos mesures pour l’emploi, et s’il y a des gens comme Robert Nielsen, nous allons exiger d’eux davantage».

Car au Royaume du Danemark, les salariés quittent leur poste à 16 heures, et les chômeurs touchent 80% de leur ancien salaire pendant deux ans. Le taux de chômage est d’ailleurs relativement bas puisqu’il s’établit à 5,6%. Mais suite à la grave crise de l’immobilier en 2007-2009, suivie d’une stagnation économique, le Danemark à revu sa couverture sociale à la baisse.

eloge_oisiveteL’assistanat a du plomb dans l’aile dans le petit pays scandinave. Mais quand on lui demande ce qu’il adviendrait si tout le monde l’imitait, Robert Nielsen ne se démonte pas. «C’est une question ridicule, et je n’aime pas y répondre. Dans les prisons et dans les journaux, il y a des tas de gens que vous pouvez montrer du doigt pour dire: comment le Danemark tournerait-il si tout le monde était comme eux?»

Pour ce dernier, le travail n’est pas moralement supérieur à l’oisiveté: «Être Danois est suffisant pour obtenir de la nourriture, un toit et de quoi se vêtir», argumente-t-il. «Après ça, 95% des gens se diront: j’aimerais vraiment aussi avoir une maison, une voiture, une résidence secondaire, et passer des vacances à Londres et Ibiza. C’est pour ça qu’ils prennent un emploi. Personne ne le fait pour le bien de la société», tranche-t-il.

Convaincu qu’il n’est pas le seul à penser ainsi, «Robert le paresseux» tient un site internet où il vend des vêtements où l’on peut lire «Chômeur et fier de l’être» ou «Garde ton boulot de merde».
Fort de sa notoriété, il envisage également de se lancer dans une campagne municipale à Copenhague, après être apparu dans une campagne publicitaire pour des compléments nutritionnels contre la fatigue. Il peut donc se targuer de ne plus dépendre de l’aide sociale. Mais loin de s’en vanter, il nourrit des regrets: «J’ai gagné moins d’argent que quand je vivais des allocations.».

arret

http://krisbach.com/index.php/divers/1402-l-assistanat-erige-en-art-de-vivre

lefigaro.fr/conjoncture/

François Hollande, bientôt déchu ? par Christian Vanneste


francois-hollandeIl voulait réenchanter le rêve français. Il voulait faire oublier les années Sarkozy.

Il voulait être un Président « normal », c’est-à-dire sans paillettes, remplaçant la gesticulation médiatique par une maîtrise sereine des grands dossiers. Il voulait une politique de justice sociale, appuyée sur une redistribution des revenus énergique et une résorption du chômage. Il voulait une République exemplaire. Il voulait une présence renforcée de la France sur la scène internationale, en Europe en particulier. En un an et quelques mois, l’or de la victoire s’est transformé en plomb, et le rêve a tourné au cauchemar.Avant tout, c’est le manque d’autorité qui frappe. Hollande agit comme les professeurs chahutés, menaçant sans jamais punir. De Gaulle avait théorisé le pouvoir : prestige et distance. Notre Président en est à chercher à renouer le contact avec les Français et se fait huer à chaque apparition tandis que ses interventions télévisées se soldent par de nouveaux reculs dans les sondages.

Sur la scène internationale, la mésaventure syrienne dans l’ombre d’Obama, le mépris évident de la diplomatie russe, le ton ironique ou compatissant d’une bonne partie de la presse étrangère soulignent la perte du rayonnement du pays. En Europe, le succès de Mme Merkel et l’évidente prédominance de l’Allemagne portent un coup sévère à notre orgueil national. Reste à Hollande le Mali, où les attentats reprennent…

La République exemplaire a sombré avec Cahuzac, mais on se doutait un peu que celui qui avait géré les courants du PS pendant si longtemps n’ignorait rien des turpitudes dont certains de ses satrapes étaient capables.

Subsiste le socialisme drapé dans la vertu de la justice sociale, qui voulait faire payer les riches, protéger les emplois, relancer l’industrie et inverser la courbe du chômage. La préférence donnée à la demande sur l’offre, à l’impôt sur la baisse de la dépense publique, à la distribution d’une assistance à crédit sur l’incitation au travail méritent chacune un carton rouge. On a d’un côté une politique de la demande qui se heurte à une baisse historique du pouvoir d’achat de 0,9 % en 2012, et de l’autre un salmigondis de mesures qui finit par redonner en partie aux entreprises d’une manière complexe ce qu’on leur avait pris, tandis que des « ménages » de moins en moins riches paient la note. La politique menée est illisible et tue la confiance, qui est l’élément essentiel de toute bonne santé économique.

Dans cette forêt pétrifiée des erreurs vivait encore l’arbre de l’inversion de la courbe du chômage. Il s’est pris, comme la foudre, un bug informatique qui non seulement a éveillé les doutes sur la sincérité des chiffres, mais qui, surtout, permet à la réflexion de faire son œuvre : le gouvernement cherche à masquer, par la création d’emplois artificiels générés par la dépense publique, la stagnation de notre économie et l’absence d’une production d’emplois réels.

Les Français ne sont pas dupes. Les cafouillages de la communication gouvernementale, l’amateurisme des réformes (du logement à l’enseignement), le bricolage permanent du pouvoir au plus haut niveau posent pour la première fois la question de la légitimité de l’exécutif en raison de son incompétence.

Dans certains États américains, comme la Californie, il existe une procédure de recall. Lorsque la pétition en vue de la démission du Gouverneur atteint un certain nombre de signatures, un référendum est organisé et peut, si les oui l’emportent, obliger le Gouverneur élu à démissionner. On peur rêver que la France atteigne un jour ce niveau de démocratie…

http://french.irib.ir/info/international/item/278029-fran%C3%A7ois-hollande,-bient%C3%B4t-d%C3%A9chu-par-christian-vanneste

La France est en récession : confirment les statistiques officielles


hedstrom20130626122546590L’Institut National français de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) a confirmé que la France est en récession après avoir enregistré deux trimestres consécutifs de croissance économique négative.

L’agence a déclaré mercredi que ces derniers chiffres montrent que l’économie de la France a diminué de 0,2 pour cent au premier trimestre de 2013, similaire à la baisse au dernier trimestre de l’année dernière.

Il a également averti qu’une croissance nulle pousserait le pays dans une récession de 0,3 pour cent cette année.

Le président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, Gilles Carrez, a déclaré mardi que les dépenses de l’État avaient un dépassement de 5 milliards d’euros, que les recettes fiscales pour 2013 devraient baisser de 15,0 milliards d’euros en deçà des objectifs.

En outre, il est prévu un autre rapport qui sera publié jeudi par le bureau de la comptabilité publique pour révéler que le déficit public du pays pour cette année s’élèvera à 3,7-4,2 pour cent du produit intérieur brut (PIB), plus que les 3,7 pour cent annoncée par le président François Hollande en Mars.

La France a reçu une prolongation de deux ans par la Commission européenne en mai pour atteindre un objectif de déficit de 3,0 pour cent, à condition que le gouvernement poursuive les réformes structurelles de l’économie.

Le pays n’a pas seulement été aux prises avec une économie dégradée, mais il a été également frappé par un record de 3,26 millions du nombre de demandeurs d’emploi en Avril, en dépit des promesses de campagne de François Hollande pour enrayer la hausse du chômage d’ici la fin de 2013.

Traduction : Avic

http://www.presstv.ir/detail/2013/06/26/310922/french-official-agency-confirms-recession/

Le jour où la France fera faillite


La France en failliteL’histoire commence en juillet 201* par le rejet du paiement par carte de crédit d’un voyageur français dans un hôtel de Pékin, qui fait suite à la dégradation, quelques jours plus tôt, par Standard & Poor’s au rang de junk bonds des obligations assimilées du Trésor (OAT), désormais notées BB+. A partir de cette décision, les conséquences s’enchaînent inexorablement. Le papier public français ne trouvant plus preneur, les adjudications des obligations du Trésor sont suspendues, le refinancement de la dette publique est compromis, la stabilité du système bancaire est menacée avec un risque de crise systémique, le paiement des dépenses publiques doit être arrêté ou réduit, la paye des fonctionnaires n’est plus assurée que pour la moitié de son montant, et ainsi de suite…

La France s’installe ainsi dans la position de quémandeur auprès de l’Union européenne d’abord et du FMI ensuite. Il lui faut trouver 150 milliards d’euros. Ce n’est pas une tâche facile. Si quelques pays ou institutions, comme l’Allemagne, la Banque centrale européenne ou la Réserve fédérale, lui apportent un appui, non sans l’assortir de commentaires sarcastiques, la plupart des pays lui font payer ses comportements d’autrefois et notamment son arrogance. Au terme d’un processus à la fois pénible et humiliant, la France recevra le concours souhaité, mais en contrepartie doit s’engager dans un programme de redressement d’une sévérité inouïe : abolition du statut de la fonction publique, réduction du nombre des fonctionnaires de 5 ,5 millions à 2,2 millions par transfert au secteur privé et par des licenciements au nombre de 500 000, gestion du secteur éducatif et hospitalier transféré au secteur privé, réduction du nombre des communes de 31 948 à 2500, suppression des départements, réduction du nombre des régions de 22 à 7, saisie de l’Airbus présidentiel sur l’aéroport de New York par un créancier de l’Etat français alors que le président de la République est à bord, vente de La Joconde aux enchères à un entrepreneur chinois pour financer le Louvre…
Effet ultime de toutes ces mesures d’austérité : en deux ans et demi, la production française aura diminué d’un tiers, le pouvoir d’achat, diminué de 20%, les sans-emploi étant désormais 5 millions et, depuis toujours un pays d’immigration, la France sera devenue un pays d’émigration. Effet anecdotique aussi, autre résultat de la crise, la fusion entre Société Générale et BNP Paribas intervient enfin, en conclusion du plus long feuilleton que la place de Paris ait vécu, avec le consentement surprenant, mais longtemps espéré de Marc Viénot…

http://t.co/WnluYKfKza

[Ce scénario tiré du livre « Le jour où la France a fait faillite » de Philippe Jaffré et Philippe Riès , jugé pour le moment apocalyptique, très bientôt, lorsque la France aura été chassée de l’Afrique, sera le paradis souhaité par les français. Car le jour où la France perdra sa vache à lait qu’est l’Afrique francophone, la réalité de ses comptes publiques, et des caisses de ses multinationales apparaitront dans toute leur « splendeur ». Qui imagine en effet la France sans les comptes d’opérations ouverts au trésor français où tous les pays de la zone CFA plus les Comores vont déposer (sans pouvoir les récupérer) plus de 65% de leurs avoirs au prétexte que la France doive garantir la convertibilité du CFA qui dans la réalité est une monnaie de singe ? Pourra t-elle encore se permettre de payer les salaires à ses chômeurs?

Qui imagine les multinationales françaises devant entrer en compétition contre les multinationales chinoises ou russes dans l’attribution de la gestion des gisements en Afrique? Imaginons un instant qu’Areva doive reverser au Niger une somme équivalente au cout réel de la gestion de l’uranium présent dans son sous sol. Quelles conséquences pour les ménages français? Quelles conséquences pour les entreprises françaises, qui verront le cout de l’énergie électrique augmenter de manière exponentielle? Ce n’est pas un cauchemar chers français, c’est ce qui vous arrivera très bientôt, lorsque les africains prendront en main leur destin , et vous chasseront pour toujours de la terre de leurs ancêtres… ]

ACC- Côte d’Ivoire

Le système bancaire en bref


BCELe système bancaire actuel fonctionne selon un principe très simple. Celui qui veut emprunter de l’argent promet au banquier qu’il remboursera et sur cette promesse le banquier lui crée un avoir. Sur cela l’emprunteur doit des intérêts.

C’est parce que peu de gens savent comment ça marche, que quasiment personne ne voit comment le fonctionnement bancaire basé sur du vent parasite la société comme une tumeur cancéreuse et réduit les gens à des rouages pour apaiser sa faim financière.

La Banque Centrale Européenne (BCE) oblige les banques d’avoir 2 centimes en réserve pour chaque euro qu’elles doivent à leurs clients. Nos avoirs bancaires sont maintenant couverts pour quelques pourcents d’argent réel, le reste de l’argent n’existe pas. Nous n’avons donc pas d’argent à la banque, mais un avoir de la banque, une promesse du banquier, qu’il nous donnera du vrai argent en échange si nous lui demandons.

Les banques empruntent le vrai argent de la BCE. C’est l’argent dans notre porte-monnaie. Le vrai argent est également utilisé sous forme électronique dans les paiements entre banques.

Les clients ont un avoir bancaire, mais cela n’est pas d’argent avec lequel ils peuvent payer. Aussi, ils n’exécutent pas de paiement. (Bien que tout le monde pense le contraire.) A la place, ils donnent des ordres de paiement à leur banque. Sur ce, les banques changent les avoirs de leurs clients et paient les montants d’une banque à l’autre. Dans le trafic de paiements interbancaires quotidien, les banques annulent les montants qu’elles se doivent mutuellement et le soir elles ne se paient que les différences. Ainsi, avec un tout petit peu d’argent les banques, entre elles, peuvent payer des millions.

L’emprunteur reçoit un avoir de sa banque et le dépense. Ainsi l’avoir arrive sur un autre compte bancaire. Le receveur le dépensera à son tour et ainsi l’avoir circule dans la société et nous sert d’argent. Et au moment où le client rembourse son emprunt, le banquier déduira le montant de son avoir. De cette façon l’avoir créé disparaît. Donc il faut que des nouveaux prêts remplacent ceux remboursés pour maintenir suffisamment de pseudo-argent en circulation. Si la quantité diminue, les emprunteurs ne peuvent plus rembourser leurs emprunts et les banques font faillite.

Mais pas tous les avoirs ne continuent à circuler. Il y a aussi des gens qui parquent une partie de leur avoir sur un compte d’épargne. Les avoirs immobilisés sur des comptes d’épargne ne participent plus dans la circulation et, à la place, de nouveaux prêts doivent être émis. Bien entendu, de ces prêts supplémentaires il y aura également une partie qui finit comme épargne. Pour tous les prêts, ceux parqués comme ceux en circulation, les emprunteurs doivent travailler pour trouver l’argent pour payer les remboursements et les intérêts. Ils ne peuvent pas trouver cet argent sur les comptes-épargne. Cet argent ne peut pas être gagné. Donc de plus en plus de remboursements et d’intérêts doivent être payés avec l’argent en circulation. A la fin, ces sommes finiraient même par dépasser l’argent disponible. La solution des banquiers? Encore plus de prêts!

Si l’on augmenter l’argent en circulation à la même vitesse que l’épargne, il y aura toujours assez d’argent pour les remboursements et les intérêts. C’est pour cela que nous avons de l’inflation. Dans l’ « argent » en circulation, les prêts s’entassent toujours plus..

Les intérêts pour les épargnants sont payés par les emprunteurs. Ce sont souvent des entreprises comme des magasins, grossistes, transporteurs, producteurs, sous-traitants et fournisseurs de services. Ils ajoutent ces coûts aux prix de leurs produits. Finalement, ce sont les consommateurs qui les payent. 35% de tous les prix consistent en intérêts et ce pourcentage augmente sans cesse. [1]

Les intérêts que les épargnants reçoivent sont, en premier lieu, sorti du chapeau du banquier comme un avoir supplémentaire, rajoutés sur leur compte-épargne. Ces intérêts aussi portent des intérêts. A 3% d’intérêts l’épargne double en 24 ans, à 4% en 18 ans. Donc les riches deviennent de plus en plus rapidement plus riches. Aujourd’hui 10% des Européens les plus riches détiennent 90% des richesses.

La masse de pseudo-argent ne cesse de croître. Aux alentours de 1970 elle avait atteint le stade où les avoirs dépassent le Produit Intérieur Brut. Il y avait beaucoup plus de pseudo-argent que nécessaire pour l’économie normale. Cela menait au développement d’un secteur financier, où l’on gagne l’argent avec l’argent, c’est à dire avec des intérêts et en soufflant des bulles à la bourse. Les banquiers savaient qu’à la longue il serait de plus en plus difficile de maintenir la croissance monétaire et de trouver suffisamment de partis fiables à qui fournir des prêts.

Ils ont réussi à convaincre les gouvernements, que ce serait mieux s’ils n’empruntaient plus à leur banque centrale (ce qui dans la pratique revenait à emprunter sans intérêts) et, à la place, d’emprunter à des banques commerciales, donc à intérêts. Dans tous les pays qui l’ont accepté la dette publique croissait exponentiellement. Non pas parce que ces gouvernements faisaient plus de dettes, mais en raison des intérêts sur intérêts sur la dette existante. [2]

Canadas_National_Debt_1940_1987Les gouvernements devaient réduire leurs dépenses pour faire face à la charge croissante des intérêts. Mais contre l’effet de la croissance exponentielle des intérêt on ne pourra pas gagner avec des réductions de dépenses. Les gouvernements devaient vendre des services publics pour rembourser les dettes. Une longue vague de privatisations suivait, une par une de grands projets, pour lesquels les banquiers pouvaient fournir des prêts à des partis privés.

Déjà en 1970 le banquier Luxembourgeois Pierre Werner présentait une première esquisse pour l’euro, qui donnerait aux banques la possibilité de fournir des prêts dans une région beaucoup plus vaste. Des économistes éminents avertissaient qu’une monnaie unique dans une zone économiquement hétérogène mènerait à de grands problèmes. Les économistes prédisaient, que les pays dont les possibilités de production étaient moindres seraient inondés par des produits moins chers venant des pays les plus productifs, comme l’Allemagne. Les entreprises des pays faibles feraient faillite, tandis que l’argent quitterait le pays comme paiement des produits d’importation. [3] Exactement comme il s’est produit.

Endebted_eurocountriesLes pays faibles se retrouvent endettés, sans possibilité de s’en sortir. Les banques profitent de ces montagnes de dettes croissantes et font porter les risques par les payeurs d’impôts. En 2012 les gouvernements de la zone euro ont établi le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) alimenté sans limite [4] par les impôts des citoyens, qui remboursera toutes les pertes que les prêteurs subissent dans les pays faibles.

La solution de tous ces problèmes est aussi simple que sa cause. Nous devons ériger une banque à nous tous, une banque d’état, qui a le droit exclusif de créer de l’argent. Il faut interdire les prêts d’argent inexistant. Une banque d’état n’a pas besoin de capital, ni de bénéfices. Aussi, les intérêts peuvent rester très bas ou être compensés fiscalement. Les intérêts sont versés à la communauté. Un tel système d’argent n’a pas de nécessité de croissance d’argent, ni de croissance de rentabilité, ni d’inflation, ni de croissance de productivité, ni de compétition, ni d’exploitation et ni de chômage. Si décidé démocratiquement, le gouvernement pourra reprendre en main les services collectifs et les gérer dans l’intérêt des citoyens. Également, on pourra privilégier les investissements désirable pour la société et non pas ceux qui livrent des bénéfices financiers le plus rapidement possibles. Le gouvernement ne sera plus dépendant des banques. La dette publique sera du passé. Collectivement nous pouvons miser sur une société durable et de bien-être au lieu de l’engloutissement, la dilapidation et la pression toujours croissante sur les employés pour plaire aux prêteurs d’argent.

Il nous restera même de l’argent et du temps pour ériger un musée de statues de cire, où nous pourrons conserver les loups financiers et leurs complices politiques comme un avertissement aux générations futures: gardez-vous des banksters!

 

Notes et références

[1] Helmut Creutz & http://www.vlado-do.de/money/index.php.de

[2] Ellen Brown:  Canada: a tale of two monetary systems

[3] Uit de euro, en dan?   http://www.courtfool.info/fr_Sortir_de_l_euro.htm

[4]  voir Traité du Mécanisme de Stabilité Européenne, articles 10.1 et 10.2

http://www.courtfool.info/ESM_treaty_2_Feb_2012/fi_ESM_14-tesm2.fi12.pdf

 

www.courtfool.info.

Taxe sociale : Imaginer un revenu garanti pour tous


Foule-1Inventer une autre vie, d’autres rapports sociaux, peut sembler hors de propos en période de crise. L’exercice n’a pourtant jamais été aussi nécessaire. En Europe, en Amérique latine, en Asie, l’idée d’un droit au revenu inconditionnel fait son chemin.

On travaille, et, grâce à ce travail, on perçoit de l’argent. Une telle logique est si bien ancrée dans les esprits que la perspective d’instaurer un revenu inconditionnel, c’est-à-dire de verser à chacun une somme mensuelle suffisante pour lui permettre de vivre, indépendamment de son activité rémunérée, apparaît comme une aberration. Nous sommes encore persuadés de devoir arracher à une nature aride et ingrate les moyens de notre subsistance individuelle ; or la réalité est bien différente.

Bourses étudiantes, congés parentaux, pensions de retraite, allocations familiales, indemnités de chômage, régime français des intermittents du spectacle, minima sociaux : autant de prestations qui ont en commun de découpler revenu et travail. Si insuffisants, si attaqués que puissent être tous ces dispositifs, ils montrent que le revenu garanti est une utopie « déjà là ». En Allemagne, le revenu de la population ne provient directement du travail qu’à hauteur de 41 %, signalent Daniel Häni et Enno Schmidt dans leur film Le Revenu de base (2008) (1). En France, en 2005, il dépendait à 30 % de la redistribution (allocations diverses) : « Malgré tous les discours idéologiques, malgré la liquidation de l’Etat-providence, vilipendé par les néolibéraux, la part des prélèvements obligatoires est montée inexorablement sous les présidents Mitterrand, Chirac et Sarkozy (2) ». Et il ne serait pas très difficile de déplacer encore le curseur pour s’employer à ce que chacun soit à l’abri du besoin.

La première conséquence d’un revenu de base étant de faire disparaître le chômage comme problème –à la fois question de société et source d’angoisse individuelle–, on économiserait, pour commencer, les sommes engagées dans la poursuite de l’objectif officiel du plein-emploi. Plus rien ne justifierait les cadeaux faits aux entreprises pour les inciter à embaucher. Rappelons que les politiques d’exonération ou de réduction des cotisations sociales menées à cet effet sont passées de 1,9 milliard d’euros en 1992 à 30,7 milliards en 2008 (3). Ou encore qu’en 1989 le groupe sudcoréen Daewoo avait reçu 35 millions d’euros pour bâtir en Lorraine trois usines qu’il allait fermer en 2002, laissant mille personnes sur le carreau… Par ailleurs, le revenu garanti étant universel et inconditionnel –il est versé à tous, pauvres et riches, ces derniers le remboursant par l’impôt–, des économies seraient réalisées en supprimant tout le travail administratif lié à la surveillance des bénéficiaires de l’aide sociale, discutable du fait de son caractère humiliant, intrusif et moralisateur (4).

Mais précisons bien de quoi l’on parle exactement. Une mesure prônée, dans les années 1960, par des économistes aussi différents que James Tobin –également à l’origine du projet de taxation des transactions financières– et le libéral Milton Friedman a en effet de quoi inspirer la perplexité. Ce grand écart subsiste aujourd’hui : en France, le revenu garanti promu par Mme Christine Boutin (Parti chrétien-démocrate) n’est pas le même que celui défendu par M. Yves Cochet (écologiste) ou par le Mouvement Utopia, transversal aux Verts et au Parti de gauche.

D’un montant trop faible pour que l’on puisse se passer d’emploi, le revenu de base des libéraux fonctionne comme une subvention aux entreprises, et s’inscrit dans une logique de démantèlement de la protection sociale : c’est la perspective de l’impôt négatif de Friedman. Dans ses versions de gauche, au contraire, il doit être suffisant pour permettre de vivre –même si la définition de ce « suffisant » pose, on s’en doute, des questions épineuses. Et on ne le conçoit pas sans une défense conjointe des services publics et des prestations sociales (retraites, allocations-chômage ou assurance-maladie), ainsi que de certaines aides sociales. On s’entend également sur quelques autres caractéristiques : il devrait être versé mensuellement à chaque individu, de la naissance à la mort (les mineurs touchant un montant plus faible que les adultes), et non à chaque foyer ; aucune condition ni contrepartie ne serait exigée ; et il serait cumulable avec les revenus d’un travail.

Ainsi, chacun pourrait choisir ce qu’il souhaite faire de sa vie : soit continuer de travailler, soit conserver la jouissance de son temps en se contentant d’un niveau de consommation modeste, soit alterner. Les périodes hors emploi ne seraient plus suspectes, puisque le travail rémunéré cesserait d’être la seule forme reconnue d’activité. Ceux qui choisiraient de vivre du revenu garanti pourraient se consacrer pleinement à des tâches qui les passionnent et/ou qui leur semblent socialement utiles, seuls ou à plusieurs.

Car le projet mise largement sur les possibilités d’association libre qu’il ouvrirait. En 2004, deux chercheurs de l’Université catholique de Louvain ont tenté de deviner les effets produits par le revenu de base en s’intéressant aux gagnants du jeu Win For Life, équivalent belge de ce qui s’appelait en France Tac o Tac TV gagnant à vie, et qui offre un revenu mensuel. Mais l’essayiste Baptiste Mylondo relève une différence notable entre les deux situations, qui oblige à relativiser leurs conclusions : « Tandis que le bénéficiaire du revenu inconditionnel est entouré d’autres bénéficiaires, le gagnant du Loto est totalement isolé. Or la valeur du temps libre croît avec le nombre de personnes avec qui il est possible de le partager (5) ». Le revenu garanti modifierait donc considérablement à la fois le rapport au travail, le rapport au temps, le rapport à la consommation et le rapport aux autres pour un grand nombre de gens –y compris, par contagion, pour ceux qui choisiraient l’emploi salarié. Pour autant, il est certain qu’il imposerait de créer de nouveaux modes de socialisation, sans quoi il pourrait aussi favoriser un certain repli, notamment chez les femmes, qui risqueraient d’être cantonnées au foyer.

C’est aux Etats-Unis qu’est apparue, après guerre, l’idée d’un revenu de base progressiste. Initiateur en 1968, avec Paul Samuelson, John Kenneth Galbraith et mille deux cents autres économistes, d’un appel en ce sens, Tobin fait introduire son projet de demogrant dans le programme de George McGovern, dont il est le conseiller, lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 1972. Avec la lourde défaite du candidat démocrate face à Richard Nixon, le projet est enterré.

Il refait surface en Europe, d’abord dans les Pays-Bas des années 1980 (6). En Belgique, un groupe de chercheurs et de syndicalistes crée en 1984, autour de l’économiste et philosophe Philippe Van Parijs, le Collectif Charles Fourier. Un colloque organisé en 1986 à l’Université catholique de Louvain donne naissance au Réseau européen pour le revenu de base (Basic Income European Network, BIEN), qui deviendra mondial (Basic Income Earth Network) en 2004. L’un de ses fondateurs, Guy Standing, économiste à l’Organisation internationale du travail (OIT), participe à l’expérience de revenu garanti lancée en 2011 en Inde.

En Allemagne, le débat a pris une vigueur particulière ces dernières années grâce à la campagne menée par Mme Susanne Wiest. Installée dans le nord du pays après avoir vécu douze ans dans une roulotte, à la fois par désir de liberté et pour économiser un loyer, MmeWiest travaillait comme assistante maternelle et peinait à joindre les deux bouts. Une réforme fiscale intégrant ses allocations familiales à son revenu imposable achève de l’exaspérer. Sa rencontre avec Häni et Schmidt, fondateurs en Suisse alémanique du réseau Initiative Grundeinkommen (« Initiative pour le revenu de base »), la convertit à leurs vues. Elle lance une pétition publique qui connaît un vif succès et qui aboutit en 2010 à un débat au Bundestag, assurant au passage une large diffusion du film de Häni et Schmidt Le Revenu de base.

En France, la revendication d’un revenu garanti s’est cristallisée lors de la fronde étudiante contre le projet de contrat d’insertion professionnelle (CIP) du gouvernement de M. Edouard Balladur, en 1994, avec la création, à Paris, du Collectif d’agitation pour un revenu garanti optimal (Cargo), bientôt intégré à Agir ensemble contre le chômage (AC !). Elle a resurgi lors du mouvement de chômeurs de l’hiver 1997-1998. A la même époque, le philosophe écologiste André Gorz se rallie à l’idée (7), qui trouve également un écho au sein du mouvement altermondialiste en cours de constitution (8). Alain Caillé, fondateur du Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales (Mauss), en est lui aussi partisan.

Enfin, face aux attaques dont a fait l’objet à partir de 2003 leur régime d’indemnisation, certains intermittents du spectacle militent non seulement pour le maintien du dispositif, mais pour son extension à l’ensemble de la population, de façon à normaliser l’alternance de périodes chômées et de périodes travaillées. Les secondes, font-ils valoir, se nourrissent des premières et ne pourraient exister sans elles. Sa proximité avec ce combat amènera M. Christophe Girard, maire socialiste du quatrième arrondissement de Paris, à plaider à la veille du congrès de son parti, en octobre 2012, pour l’instauration progressive d’un revenu universel (9).

Auparavant, et même s’il n’en est pas resté grand-chose dans la mesure finalement votée, l’idée que la société doit à ses membres les moyens de leur subsistance avait hanté les débats parlementaires autour de la création du revenu minimum d’insertion (RMI) par le gouvernement de M. Michel Rocard, en 1988. A gauche, certains, à commencer par le rapporteur du texte, M. Jean-Michel Belorgey, contestaient le conditionnement du RMI à des « efforts d’insertion ». Et ils s’interrogeaient : peut-on parler d’un « droit » pour un revenu dont l’obtention est suspendue à un passage devant une commission, et pour lequel une contrepartie est exigée (10) ? C’est aussi le sens du slogan sans fioritures des manifestations de chômeurs, « Du fric pour vivre ! » : dans une société que ne menace aucune pénurie, chacun devrait avoir droit à une vie digne.

Au sein de la gauche radicale, le revenu garanti est cependant loin de faire l’unanimité. Avec un éventail de défenseurs aussi bigarré, il fait d’abord craindre de se retrouver en douteuse compagnie. En outre, il diffère par beaucoup d’aspects des projets habituellement portés par la gauche anticapitaliste. Compte tenu de la résistance des mentalités, l’idée aurait sans doute bien du mal à s’imposer ; mais, même si elle y parvenait, sa mise en œuvre serait loin de régler tous les problèmes. Ses promoteurs, d’ailleurs, ne le prétendent pas.

Le revenu de base vise d’abord à fournir à tous le minimum vital, que ce soit au Nord ou au Sud, où il a aussi ses partisans. On estime en général qu’il aurait pour effet de stimuler l’activité économique dans les pays en développement et de la réduire légèrement ailleurs –raison pour laquelle il intéresse les écologistes. Dans les sociétés occidentales, il offrirait la possibilité d’échapper au chômage, à la précarité, au mal-logement et à la pauvreté laborieuse, ou, pour certains salariés, à la souffrance physique et psychique subie au travail. Mais il ne mettrait pas à bas le capitalisme, et, même si certains lui associent un projet de revenu maximum (11), il ne supprimerait pas les inégalités. C’est ce que beaucoup ne manquent pas de lui reprocher. Ainsi, le communiste libertaire Claude Guillon, jugeant ce programme trop timoré, a brocardé dans un livre ce qu’il appelle le « garantisme ». Il se défend cependant de « faire du pire et de son maintien le levier de la révolte », et admet que l’on parle mieux de politique le ventre plein (12)…

Plutôt que de renverser un ordre injuste pour le remplacer par un ordre juste, le revenu de base donnerait « une impulsion culturelle », pour reprendre le sous-titre du film de Häni et Schmidt. Il apporterait à la fois une reconnaissance et un encouragement aux activités hors marché, de manière à entamer une transition dont nul ne peut prédire où elle mènerait. Et, en laissant le choix aux individus, il suppose qu’on leur fasse confiance. Certes, la gauche anticapitaliste ne partage pas la forte analyse de l’essayiste libéral Nicolas Baverez, selon laquelle, « pour les couches les plus modestes, le temps libre, c’est l’alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance (13) ». Mais la radicalité des projets politiques qu’elle défend va souvent de pair avec une définition un peu monolithique de la « bonne vie ».

C’est précisément l’abandon de cette logique qui a séduit le militant suisse Oliver Seeger, coauteur de la version française du film Le Revenu de base. Ancien de Longo Maï, une coopérative agricole communautaire établie après 1968 dans les Alpes-de-Haute-Provence (14), il récuse, avec le recul, « ce présupposé implicite selon lequel [ses camarades et lui étaient] une avant-garde révolutionnaire, une petite élite qui se préparait pour le jour J ». Le revenu garanti, à l’inverse, permet « de laisser les gens libres, pour une fois. De ne pas penser à leur place, de ne pas leur prémâcher une idéologie qu’ils seraient condamnés à suivre ». Le changement de société serait tout sauf facile : « J’espère bien que les gens auraient mal à la tête, et au cœur, et au ventre, que tout leur métabolisme serait dérangé, s’ils devaient réfléchir à ce qu’ils ont réellement envie de faire ! Comment pourrait-il en être autrement quand, pendant des années, on est allé au turbin sans se poser de questions ? Mais j’aimerais vraiment avoir une chance de voir ce que cela pourrait donner » (15).

Une autre critique importante adressée au revenu inconditionnel concerne sa remise en question de la norme du travail. Historiquement, le mouvement ouvrier s’est organisé au sein du salariat. Il y a forgé tous ses outils de résistance à l’exploitation et y a obtenu toutes ses conquêtes, des congés payés à la protection sociale. Au point parfois d’oublier que la « disparition du salariat » figurait parmi les objectifs inscrits par la Confédération générale du travail (CGT) dans la charte d’Amiens, en 1906… En outre, pour le monde syndical et les courants politiques qui en sont proches, le travail est une source irremplaçable de dignité et de réalisation de soi. Economiste membre de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac), JeanMarie Harribey estime qu’il constitue, « qu’on le veuille ou non », un « vecteur essentiel d’intégration sociale », car il confère à l’individu « sa qualité d’homme entier, producteur et citoyen » (16).

Paradoxalement, c’est pourtant la défense du travail qui motive certains partisans du revenu garanti. Ils y voient le moyen d’améliorer les conditions dans lesquelles on l’exerce, et de lever une ambiguïté fondamentale. Le « droit au travail » est inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ; mais, interrogent dans leur film Häni et Schmidt, « peut-il exister un droit à être obligé de faire quelque chose ? » Le revenu de base permettrait donc à certains salariés de ne plus l’être, et aux chômeurs qui le souhaiteraient d’occuper à nouveau un emploi. Le fait de ne pas jouer sa survie pourrait donner un plus grand pouvoir de négociation face à l’employeur, en particulier pour les tâches pénibles. Van Parijs et Yannick Vanderborght invitent également à imaginer l’atout que représenterait un revenu garanti « en cas de grève de longue durée (17) »…

Mais, par ailleurs, d’autres promoteurs de l’idée formulent bien une critique du salariat, en particulier au sein du courant décroissant (Mylondo et Utopia, notamment). La plupart des emplois, font-ils valoir, ne procurent à leurs titulaires ni l’estime de soi ni le sentiment de servir l’intérêt général, quand ils ne leur donnent pas le sentiment franchement inverse. Et, même si c’était le cas, les gains de productivité liés au progrès technique ne permettront de toute façon pas de fournir un poste à chacun. Partisan d’un salaire à vie inconditionnel financé par l’extension du système de la cotisation, Bernard Friot partage cette analyse : « Mieux vaut ne rien faire que d’être une inspectrice d’académie occupée à détricoter la fonction publique ou un ouvrier fabriquant des semences stériles pour Monsanto. » Il qualifie de « fable » le plein-emploi des « trente glorieuses », auquel il s’agirait de retourner : « N’oublions jamais que le prétendu plein-emploi des années 1960 était celui des hommes » (18).

Le courant inspiré de l’autonomie ouvrière italienne, représenté, en France, par Yann Moulier-Boutang ou par le cofondateur du Cargo Laurent Guilloteau, appuie quant à lui sa critique du salaire sur le concept de general intellect, emprunté à Karl Marx. Dans les Grundrisse, Marx prédisait qu’arriverait un moment où le savoir accumulé au fil de l’histoire par l’ensemble de la société serait le cœur de la création de valeur. Avec l’avènement de l’économie de l’immatériel, nous y sommes, affirment ses lecteurs. Et, dès lors, le capitalisme ne peut que devenir de plus en plus agressivement parasite : il ne fait plus que s’approprier des compétences développées en dehors de lui et inséparables des personnes, lesquelles, de surcroît, n’ont pas besoin de lui pour les mettre en œuvre.

L’essentiel de la production de richesses se jouerait donc en dehors de l’emploi. Entre les figures de la cigale insouciante et de la fourmi industrieuse, Moulier-Boutang en interpose une troisième, celle de l’abeille : son travail de pollinisation ne crée pas de valeur directe, mais aucune production ne pourrait exister sans lui. De même, chacun, par ses activités quotidiennes les plus anodines, participe indirectement à l’économie.

L’argument a l’avantage de renvoyer à leur inanité les représentations fantasmatiques, agitées par les démagogues, d’« assistés » inutiles et fainéants vivant du travail des autres. Mais en faire la justification du revenu garanti constitue un piège que Gorz avait bien vu : « On reste ainsi sur le plan de la valeur travail et du productivisme. » Or « le revenu d’existence n’a de sens que s’il n’exige ni ne rémunère rien » : il doit au contraire permettre la création « de richesses non monnayables » (19).

Nul besoin, de toute façon, d’en passer par le general intellect pour fonder en théorie l’instauration d’un revenu garanti. Dans La Justice agraire, en 1796, l’un des premiers promoteurs de l’idée, le révolutionnaire anglo-américain Thomas Paine, y voyait une juste indemnisation pour l’appropriation par quelques-uns de la terre, pourtant censée appartenir à tous…

Mona CHOLLET

source : http://www.interet-general.info/spip.php?article18545

(1) http://le-revenu-de-base.blogspot.fr

(2) Yann Moulier-Boutang, L’Abeille et l’Economiste,Carnets Nord, Paris, 2010.

(3) Projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2013, annexe 5.

(4) Pôle emploi continuerait sans doute à exister, puisqu’il y aurait toujours un marché du travail, mais changerait radicalement de mission.

(5) Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous. Précis d’utopie réaliste, Utopia, Paris, 2010.

(6) Cf.Yannick Vanderborght et Philippe Van Parijs, L’Allocation universelle, La Découverte, coll. « Repères », Paris, 2005.

(7) André Gorz, Misères du présent, richesse du possible, Galilée, Paris, 1997.

(8) Lire Jean-Paul Maréchal, « Revenu minimum ou “deuxième chèque” ? », et Ignacio Ramonet, « L’aurore », Le Monde diplomatique, respectivement mars 1993 et janvier 2000. Mais aussi Yoland Bresson, « Instaurer un revenu d’existence contre l’exclusion », Le Monde diplomatique,février 1994. Créateur en 1989 de l’Association pour l’instauration d’un revenu d’existence (AIRE), cofondateur du BIEN, Bresson est critiqué en raison du faible montant qu’il prône, et qui le classe parmi les promoteurs d’un revenu garanti « de droite ».

(9) Christophe Girard, « Ma contribution pour le congrès du PS, pour un revenu social garanti », 4 septembre 2012, www.huffingtonpost.fr

(10) Laurent Geffroy, Garantir le revenu. Histoire et actualité d’une utopie concrète, La Découverte – Mauss, coll. « Recherches », Paris, 2002.

(11) Lire Sam Pizzigati, « Plafonner les revenus, une idée américaine », Le Monde diplomatique, février 2012.

(12) Claude Guillon, Economie de la misère, La Digitale, Quimperlé, 1999.

(13) 20 Minutes, Paris, 7 octobre 2003.

(14) Lire Ingrid Carlander, « Les irréductibles de Longo Maï », Le Monde diplomatique, mars 1996.

(15) « Revenu garanti, “la première vision positive du XXIe siècle” », décembre 2010, www.peripheries.net

(16) Cité par Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous, op. cit.

(17) L’Allocation universelle, op. cit.

(18) Bernard Friot, L’Enjeu du salaire,La Dispute, coll. « Travail et salariat », Paris, 2012.

(19) André Gorz, L’Immatériel, Galilée, Paris, 2003.