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La Syrie face à la diplomatie des hyènes !


Bachar al-Jaafari
Bachar al-Jaafari

Le samedi 22 février 2014, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité la résolution humanitaire 2139 [1]. Le vote du texte initialement présenté par l’Australie, le Luxembourg et la Jordanie, et soutenu par la Grande Bretagne, les États-Unis et la France ayant été reporté de quelques jours par la Russie, qui aurait menacé de son veto avant modification. Des voix s’élèvent, toujours les mêmes, pour exprimer leurs doutes quant à son efficacité en raison de l’absence de sanctions automatiques, pour prétendre que l’attitude intransigeante du « régime » syrien a conduit à la clôture de la deuxième session des négociations de Genève 2 sans avancées, et même pour continuer à affirmer – désormais, contre toute vraisemblance – que les terroristes qui sévissent en Syrie « sont les complices du régime syrien » [2] ! Lire la suite La Syrie face à la diplomatie des hyènes !

Syrie / ONU : La résolution 2118 passée au crible de la réalité… Par Amin Hoteit


CS-ONUDans un précédent article paru le 16 Septembre 2013 [1], le Général Amin Hoteit constatait, ainsi que la plupart des observateurs de bonne foi ou condamnés à reconnaître une certaine part de vérité, que « suite à la résistance devenue légendaire de la Syrie face à une guerre planétaire et qui dure depuis plus de trente mois par l’intermédiaire d’une horde assassine de terroristes armés jusqu’aux dents , voilà que les équations attendues sur le terrain s’inversent et que les tendances générales observées sur la scène internationale se modifient. Ainsi, nous avons vu la crise passer du stade où l’agression incendiaire allait atteindre ses objectifs selon la logique de la solution militaire imaginée par le camp des États agresseurs dirigé par les USA, au stade où il n’est plus possible que d’envisager une  solution pacifique par le dialogue et la négociation ».

Il ajoutait : « L’agression incendiaire devra désormais se limiter à deux objectifs : servir de pression diplomatique dans la négociation, et purifier le territoire syrien de tous les déviants partis combattre un État laïc où coexistent des citoyens de toutes les religions et croyances… Nouveaux objectifs qui ont abouti à l’accord de Genève du 14 Septembre 2013 entre les ministres des Affaires étrangères de la Russie et des États-Unis… Nous étions arrivés au bord de l’explosion qui aurait détruit la région ; mais étant donné les intérêts et l’’équilibre des forces sur le terrain, il nous paraissait logique de prédire que les USA n’oseraient pas mettre leur menace à exécution, quoique nous n’avions pas exclu la probabilité d’une erreur de calcul de leur part ! ».

L’erreur de calcul étant momentanément écartée par ce que les médias se plaisent à qualifier de « manœuvre diplomatique astucieuse de Vladimir Poutine » [2] sans jamais admettre que la Syrie et les Syriens se battent, depuis deux longues années et demi, d’abord et avant tout pour leur « identité » contre des zombies de destructions massives toujours nourris par les USA et leur dernier allié occidental plus royaliste que le roi… Un allié, dit-on, sonné par « le revirement d’Obama » mais qui ose encore prétendre, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, que l’armée syrienne tue son peuple et qu’à la limite la résistance héroïque de ce peuple, face à la plus dégueulasse des guerres qu’ait connu l’Histoire, constitue « une atteinte à la paix et à la sécurité internationales » ! [3].

Comble du comble, l’Ambassadeur permanent de la Syrie auprès de l’ONU, M. Bachar al-Jaafari, aurait commis un crime de lèse-majesté en s’en prenant à la France ! [4]. Il aurait été plus honnête de dire qu’il s’en est pris à ses dirigeants et plus particulièrement à M. Fabius qui « semblait ne pas comprendre la signification de la résolution 2118 » [5] votée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies le vendredi 27 Septembre 2013 [6].

Puisque, selon les dires de M. Fabius lui-même [3] « Tout ça bien évidemment doit être passé au filtre de la réalité », que devons-nous comprendre et redouter de cette résolution 2118, comme nous l’explique le Général Hoteit ? [NdT].

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La résolution 2118, adoptée par le Conseil de sécurité pour le démantèlement et la destruction des armes chimiques en Syrie, restera une étape importante et décisive témoignant de la transition vers un nouvel ordre mondial ; les résolutions des trois décennies précédant ce 27 Septembre 2013 ayant été d’une toute autre nature.

Pour rappel, suite à l’effondrement de l’URSS, les USA avaient fait main basse sur les organisations et institutions internationales, notamment sur le Conseil de sécurité pratiquement rattaché au ministère US des Affaires étrangères et aux ordres de la Maison Blanche, sans que certains n’osent utiliser leur droit de veto et que d’autres ne songent ne serait-ce qu’à hésiter devant leur volonté. Le Liban en a fait l’amère expérience suite à l’adoption de la résolution 1559 le concernant [7]; laquelle, bien que soumise au chapitre VI de la Charte des Nations Unies, était en contradiction avec la Charte elle-même puisqu’elle revenait à violer sa souveraineté et son indépendance, interférait dans ses affaires intérieures, et se mêlait de ses relations avec un pays frère. Sa mise en œuvre a étrangement nécessité la nomination d’un « Envoyé spécial » du Secrétaire général de l’ONU, lequel n’a pas tardé à se transformer en une sorte de « Haut Commissaire US-international au Liban » !

En revanche et malgré la prétendue satisfaction victorieuse des USA, cette dernière résolution 2118 peut être considérée comme le signe annonciateur du retour à l’équilibre au sein du Conseil de sécurité et, par conséquent, du retour à un certain équilibre dans les relations internationales. Nous avons suffisamment dit et répété depuis deux ans que c’est de la matrice syrienne que naîtra un nouvel ordre du monde et c’est ce qui a déjà commencé.

Ceci étant dit, il est important que nous examinions les étapes clés qui ont mené à l’approbation de cette résolution par le Conseil de sécurité :

La référence au Chapitre VII

Cette référence est une volonté du bloc occidental sous direction US et avec incitation des pays du Golfe, pour que le Conseil de sécurité justifie le recours à la force militaire ou autorise n’importe quel État membre à en user contre la Syrie et son gouvernement. C’était le but des manœuvres US qui ont cherché à imposer leurs diktats à la Syrie. Mais les nouvelles équations ont gâché cette chance aussi bien pour les occidentaux que pour les USA. La résolution a été prise en vertu du chapitre VI, ce qui signifie que sa mise en œuvre ne nécessite pas le recours à la force mais reste conditionnée par le consentement de l’État concerné et, par conséquent, affirme sa souveraineté.

Ce fait n’est nullement modifié par ce qui est indiqué au paragraphe 21 quant à l’imposition de mesures en vertu du chapitre VII en cas de non respect de la résolution, car elle ne se limite pas au gouvernement syrien, comme le souhaitaient les USA, mais vise implicitement toute personne concernée par son application y compris les groupes armés sévissant sur le territoire syrien ainsi que les États voisins qui faciliteraient la possession ou le transfert d’armes chimiques en Syrie.

D’autre part, l’éventuel recours au chapitre VII n’est pas automatique, mais passe par la prise d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité et par le droit de veto de chacun de ses membres permanents, après identification du contrevenant et des conditions du recours à la force.

Finalement, le texte de cette résolution 2118 comporte des points positifs dans l’intérêt de la Syrie même si le bloc occidental tente de les négliger, l’impact du paragraphe 21 étant de nature politique, sans plus !

Les destinataires de la résolution

Depuis le début de l’agression contre la Syrie, les USA et tous leurs affidés ont cherché à convaincre de la non légitimité du régime et du gouvernement syriens, affirmant que les seuls représentants du peuple syrien étaient ce groupe de « résidents de palaces à l’étranger » pompeusement nommés Conseil national syrien [CNS] puis Coalition… et sont allés jusqu’à les asseoir sur le siège de la Syrie à la « Ligue hôtelière des États arabes » ; l’État syrien étant, selon eux, responsable de tout le sang versé !

La résolution 2118 est venue contredire ce cliché étant donné qu’elle appelle par la lettre et l’esprit à travailler avec la gouvernance légitime actuelle de la Syrie ; met en échec les tentatives US innocentant les crimes des gangs armés sévissant sur son territoire ; équilibre le discours des organisations et des États agresseurs, lesquels sont désormais comptables de toutes tentatives d’exploitation et de livraison d’armes chimiques aux prétendus rebelles. Le paragraphe 5 de la résolution est plus que clair : « … aucune des parties syriennes ne doit employer, mettre au point, fabriquer, acquérir, stocker, détenir ou transférer des armes chimiques ».

Les clauses qui méritent prudence

Il ne faudra pas oublier que les USA contrôlent toujours le Secrétariat général des Nations Unies et son Secrétaire général en particulier. Il n’est donc pas exclu qu’ils tentent de biaiser certaines clauses de la résolution pour faire dérailler le processus de désarmement à leur avantage. Cela n’a certainement pas échappé à M. Bachar al-Jaafari qui a déclaré que la résolution « couvre la plupart des préoccupations de la Syrie »… la plupart ! En effet, certains points de détails nous paraissent mériter prudence :

  • Le Secrétaire général étant habilité pour désigner les envoyés onusiens chargés de répertorier, inspecter, vérifier la destruction des armes chimiques, avec lesquels la République arabe syrienne devra coopérer ; il faudra veiller à ce que le personnel désigné ne soient pas d’emblée susceptible de s’écarter de l’esprit de la résolution [Paragraphe 7].
  • Les États membres étant engagés à « contrôler » et donc à rendre compte de leurs observations concernant l’application de la résolution, certains plus enclins aux calomnies que d’autres ; il serait plus prudent de constituer un « Comité international de surveillance des calomniateurs » [Paragraphe 10].
  • La résolution « insistant sur le fait que la seule solution à la crise syrienne est un processus politique sans exclusive, dirigé par les Syriens, fondé sur le Communiqué de Genève du 30 juin 2012… », lequel a convenu  des lignes directrices et de principes pour une transition politique par, entre autres, la mise en place d’un organe de gouvernement transitoire qui pourra comprendre des membres de l’actuel gouvernement et de l’opposition « ainsi que d’autres groupes »… [8] ; il faudra être particulièrement prudent sur deux autres points. Le premier est de faire en sorte que le bloc occidental ne puisse pas choisir les membres de cet organe à sa convenance, mais qu’il soit effectivement composé de véritables représentants du peuple syrien. Le deuxième, est de veiller à ce qu’il ne présente pas cet organe comme le remplaçant de l’autorité légitime actuellement au pouvoir en Syrie. Ceci, parce que certains États pourraient persister dans leurs tentatives visant à faire admettre, dans ses rangs, des représentants de l’un quelconque des groupes prétendument révolutionnaires syriens… sous prétexte qu’ils sont « militairement victorieux » dans certaines zones, dites libérées, du territoire syrien.

Ici, il faut souligner l’importance des déclarations du ministre syrien des Affaires étrangères et des expatriés, M. Walid al-Mouallem à propos de la Conférence de Genève 2 : « La Syrie appuie la tenue de la conférence de Genève 2 pour parvenir à un règlement politique de la crise… Nous n’y participerons pas pour livrer le pouvoir à quiconque… C’est au peuple syrien, seul, de décider de son avenir via un processus politique loin de toute ingérence étrangère… Elle peut parvenir à un programme et à un plan d’action politique qui sera soumis à référendum populaire pour que le peuple syrien soit le décideur de son avenir… Tout règlement inadmissible par le peuple syrien, est inapplicable » [9].

En conclusion, en dépit de ces quelques observations qui justifient la prudence, il nous faut dire que la résolution 2118 est le premier fruit de la victoire de la Syrie dans sa défense contre l’agression planétaire sans précédent, une victoire qui tend donc à rétablir l’équilibre au sein Conseil de sécurité et d’un nouvel ordre mondial multipolaire. Grâce à sa résistance, la Syrie demeure souveraine, une et indivisible ; ce que la résolution 2011 confirme absolument !

Dr Amin Hoteit

30/09/2013

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Article original : Al-Thawra 

القرار 2118 أول قرار في ظل نظام عالمي جديد؟ ولكن..؟

http://thawra.alwehda.gov.sy/_Kuttab.asp?FileName=104835348620130930011023

Notes :

[1] المعالم الأساسية لمشروع الاتفاق الدولي حول سورية و

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab_a.asp?FileName=72038658720130916005444

[2] EXCLUSIF. Comment Hollande avait prévu de frapper la Syrie

http://tempsreel.nouvelobs.com/guerre-en-syrie/20130927.OBS8824/exclusif-comment-hollande-avait-prevu-de-frapper-la-syrie.html

[3] Fabius à l’ONU

http://www.franceonu.org/la-france-a-l-onu/espace-presse/declarationspresse/points-de-presse/article/23-septembre-2013-ouverture-de-la

[4] L’ambassadeur syrien s’en prend à la France 

http://www.leparisien.fr/international/syrie-le-desarmement-vote-a-l-onu-mais-pas-de-sanctions-automatiques-28-09-2013-3177319.php

[5] Conférence de presse de M. Bachar al-Jaafari à l’ONU le 28 septembre 2013 

https://www.youtube.com/watch?v=TF0oErnWkPY&feature=player_embedded

Extrait vers la 6ème minute :

À la question [pas très audible] concernant le gouvernement français qui reconnait « Al-Jarba » comme le seul représentant légitime du peuple syrien et alors que M. Fabius avait participé le jeudi 26 Septembre à une réunion de la prétendue opposition syrienne, à New York, et en sa présence ; M. Al-Jaafari répond :

« Absolument pas ! Ceci n’est pas conforme à l’accord… J’ai adressé hier une lettre au Secrétaire général pour lui demander de renoncer à cet événement secondaire… C’est en toute franchise que je vous dis qu’il a eu lieu grâce à la délégation française dont la lecture des événements est plutôt surréaliste. La diplomatie française se comporte en« amateur » et non de façon professionnelle. Je conseille au ministre français des Affaires étrangères de lire la résolution avec attention. Ainsi il pourra en conclure qu’à partir de maintenant, ni lui ni son pays ne seront autorisés à en violer les décisions. Elle interdit au gouvernement français d’inciter au terrorisme et à la violence en territoire syrien. Elle interdit à Paris et au ministre français des Affaires étrangères de contribuer à l’escalade de la situation en Syrie à travers le soutien et la fourniture d’armes à ceux qui s’opposent à la tenue de la Conférence de Genève 2… Par conséquent, la diplomatie française a commis beaucoup d’erreurs. Il y a quelques minutes à peine, le ministre des Affaires étrangères lisait sa déclaration et paraissait ne pas avoir compris la signification de cette résolution… Mais il y a deux ou trois jours ils [la délégation française] ont organisé cet événement secondaire dans les locaux mêmes de l’ONU, ce qui constitue une violation flagrante de la Charte et de la volonté des États membres ».

[6] Security Council requires Scheduled Destruction of Syria’s Chemical Weapons, Unanimously Adopting Resolution 2118 (2013)

http://www.un.org/News/Press/docs/2013/sc11135.doc.htm

[7] Résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9solution_1559_du_Conseil_de_s%C3%A9curit%C3%A9_des_Nations_unies

La résolution 1559 a été adoptée le 2 septembre 2004 par le Conseil de sécurité de l’ONU, à l’initiative conjointe de la France et des États-Unis, par 9 voix sur 15 et 6 abstentions… « Ont déclaré que la résolution constituait une ingérence dans les affaires intérieures du Liban et se sont abstenus : Russie, Chine, Brésil, Algérie, Pakistan, Philippines ».

[8] Communiqué final (Genève, 30 juin 2012)

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/la-france-et-la-syrie/evenements-4439/article/reunion-du-groupe-d-action-pour-la

[9] Mouallem : La Syrie appuie la tenue de la conférence de Genève 2

http://213.178.225.235/fra/51/2013/09/28/504808.htm

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

Sergueï Lavrov : « La résolution adoptée sur la Syrie ne permet pas la moindre ambiguïté »


Après deux ans de désaccords et de débats, le Conseil de sécurité des Nations unies a finalement adopté, le 27 septembre, une « résolution historique » sur la Syrie. À l’origine de cette initiative : la proposition de la Fédération de Russie pour l’établissement d’un contrôle international sur les armes chimiques syriennes, dans le but de les détruire. Juste après le vote au Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est confié au correspondant de Kommersant : il explique comment les partenaires de la Russie ont tenté de revenir sur les accords passés, et ce qui pourrait menacer le bon déroulement du processus de désarmement en Syrie.

GA pm

Kommersant : Le secrétaire d’État américain John Kerry a qualifié l’accord sur la Syrie de « résolution historique », tandis que le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius déclarait que « le Conseil de sécurité légitimait enfin son existence ». Que pensez-vous de ces jugements ?

Sergueï Lavrov : Nous nous efforçons, quant à nous, de ne pas interpréter les décisions prises : celles-ci parlent d’elles-mêmes. Et toute personne normalement constituée le comprendra en en prenant connaissance. Vous savez, c’est une tradition, en diplomatie : après l’obtention d’un consensus, chacun commente ce qui lui semble nécessaire.

C’est d’ailleurs ce que nous avons fait nous aussi, en soulignant dans notre intervention que la résolution adoptée ne se référait pas à l’article 7 [de la Charte de l’ONU. L’article 7 est celui qui justifie l’emploi de la force, ndlr]. C’était là que résidait le principal enjeu, et la résolution adoptée ne permet pas la moindre ambiguïté.

Nous avons également souligné que les dirigeants syriens avaient rejoint de leur propre gré la Convention pour l’interdiction des armes chimiques. Et peu importe ce qui les y a poussés. D’aucuns affirment qu’ils l’ont fait sous la menace des frappes, mais cela ne m’intéresse pas – c’est le résultat qui compte. Le gouvernement syrien a demandé à appliquer cette convention plus tôt que ce que le protocole exige : non au bout d’un mois, comme c’est le cas d’habitude, mais immédiatement. Et il a en pratique, avant de devenir formellement membre de la Convention et plus tôt que la date butoir, présenté un rapport sur son arsenal chimique. C’est le président [Vladimir Poutine, ndlr], après sa rencontre avec Barack Obama à Saint-Pétersbourg, qui a tout fait pour rendre possible ces processus : désamorcer, placer sous contrôle international et finalement détruire les armes chimiques encore existantes dans le monde.

Il tenait également du principe, pour nous, que le Conseil de sécurité nomme des responsables pour les procédures de destruction des armes chimiques, notamment pour assurer la sécurité des personnes qui travailleront sur place. Cette responsabilité repose avant tout sur le gouvernement syrien, puisqu’il est le premier garant de la sécurité sur le territoire de son État. Cependant, cela relève aussi de la responsabilité de l’opposition : elle devra prendre part à tous les processus qui se dérouleront sur les territoires qu’elle contrôle.

Autre point important : la résolution précise que les armes chimiques ne doivent en aucun cas passer aux mains d’acteurs non-gouvernementaux, c’est-à-dire précisément de l’opposition syrienne et de ses troupes. Les États voisins de la Syrie ont attiré l’attention générale : toute tentative d’utiliser leurs territoires pour ravitailler l’opposition en armes chimiques serait inadmissible.

Quant à dire que cette résolution contraint tel ou tel à faire ceci ou cela ou qu’elle signe un réveil du Conseil de sécurité : c’est faire plaisir à la conjoncture. Ceux qui énoncent ce genre d’interprétations partent probablement du fait que leur opinion publique souhaite entendre telle ou telle appréciation de la situation. Ou encore qu’une partie de l’opinion doit être persuadée que les représentants du pouvoir exécutif ont fait ce qu’il fallait.

Je considère tout cela avec philosophie. L’important – et je ne me lasserai pas de le répéter – est que la résolution adoptée correspond totalement aux accords qui ont été négociés avec John Kerry à Genève [du 12 au 14 septembre, ndlr]. Ces accords stipulaient que c’est l’Organisation pour la destruction des armes chimiques (OIAC) qui serait la structure dirigeante pour la mise en œuvre des missions de transfert de contrôle, d’inventaire et de détermination des moyens de destruction des arsenaux chimiques syriens. Cette structure a pris sa décision – une décision strictement professionnelle [sur la Syrie, ndlr] – quelques heures seulement avant le vote au conseil de sécurité de l’ONU.

Kommersant : Mais comment se fait-il qu’après trois jours de négociations-marathon à Genève, où vous sembliez vous être entendus sur à peu près tout avec M. Kerry, il vous ait encore fallu deux semaines pour régler ces mêmes points ?

Sergueï Lavrov : On touche ici à deux aspects. Premièrement, ce que nous avons réglé à Genève ne constituait pas un document juridique aux termes contrôlés, ces termes habituellement employés dans les décisions officielles des organisations internationales. La langue de Genève, même si elle s’approchait au maximum de cette formulation, nécessitait d’être détaillée.

Deuxièmement, nos partenaires américains ont tenté – et ce serait un péché que de le cacher – de tout de même revenir sur l’accord et au fameux article 7. Les négociations ont ainsi pris un peu plus de temps. Au final, je suis content que nous soyons restés fidèles à l’accord genevois, dont la signification est cruciale.

Kommersant : Pourtant, la résolution évoque tout de même les conséquences d’éventuelles infractions.

Sergueï Lavrov : Oui. Nous avons écrit que toute infraction, commise par n’importe laquelle des parties – gouvernement ou groupes d’opposition – devrait, après une enquête soigneuse, être rapportée au Conseil de sécurité de l’ONU. Cela concerne aussi, que Dieu nous en préserve, l’emploi d’armes chimiques, quelles qu’elles soient. Si nous sommes tout à fait certains qu’une des parties a commis une infraction ou fait usage d’armes chimiques, nous serons alors prêts à prendre une décision en vertu de l’article 7. C’est inscrit dans nos obligations. Mais nous n’achèterons rien les yeux fermés : comme quand on a tenté, lors de l’épisode du 21 août [les bombardements sur Damas, ndlr], de nous faire admettre qu’il était parfaitement clair pour tous que l’affaire était signée de la main du gouvernement.

Kommersant : Les États-Unis assurent pourtant détenir « des milliers de preuves ».

Sergueï Lavrov : On ne nous en a présenté aucune. Alors que nous avons présenté, nous, à l’inverse, des preuves (obtenues par nos canaux, notamment provenant des Syriens et de sources indépendantes) qui conduisent à la conclusion que l’affaire est bien signée de l’opposition. Et nous soupçonnons sérieusement que ce genre de tentatives seront encore à l’œuvre.

Kommersant : Des tentatives de provocation ?

Sergueï Lavrov : Oui. Nous avons souligné, en réunion des cinq membres permanents de Conseil de sécurité avec le secrétaire général de l’ONU ainsi qu’en séance du Conseil de sécurité lui-même, que les États qui sponsorisent l’opposition sur les plans politique, financier et militaire (en lui fournissant des armes) portent la responsabilité de cette opposition. Ce sont eux qui répondent du fait qu’elle ne tente pas de mettre la main sur de quelconques réserves d’armes chimiques, ne cherche pas à s’en procurer à l’extérieur ni ne s’efforce d’organiser une provocation à l’intérieur de la Syrie afin d’en rejeter la faute sur le gouvernement, ce qui provoquerait la colère universelle et, par là-même, des frappes sur la Syrie. Il me semble que nous sommes sur la voie juste.

Kommersant : Quelles sont les actions à entreprendre pour passer directement à la destruction des armes chimiques ? On a déjà entendu dire que les premiers inspecteurs de l’OIAC se rendraient en Syrie dès le 1er octobre. 

Sergueï Lavrov : Effectivement. Un premier groupe de 10-12 inspecteurs se rendra en Syrie en qualité de quartiermeister. Ils devront déterminer où se baser et comment travailler. Sur place, ils établiront le contact avec le gouvernement syrien, qui a déjà désigné la personne responsable qui sera chargée de les aider. Les inspecteurs sont en possession de la liste de sites [du programme militaire chimique, ndlr] présentée par le gouvernement syrien. La liste a été reconnue satisfaisante, mais les inspecteurs pourront voir surgir des questions supplémentaires. Les Syriens y répondront.

Ensuite, les inspecteurs décideront du personnel supplémentaire qui sera chargé de pénétrer sur les sites. Il est extrêmement important d’assurer la sécurité de ce groupe. Ce sont avant tout les forces de l’ordre syrienne qui s’en occuperont. Mais la résolution exige aussi des choses de l’opposition : il faut, sur les territoires attenants aux districts qu’elle contrôle, qu’elle ne crée pas de menace pour la sécurité et la vie des inspecteurs.

Kommersant : Quand saura-t-on où et comment les armes chimiques seront détruites ?

Sergueï Lavrov : Ce sera aux professionnels d’en décider. Il faut qu’ils voient les choses de leurs propres yeux et déterminent quelles substances toxiques peuvent être anéanties sur place, et ce qu’il faut pour le faire. Il est possible que les Syriens détiennent la puissance nécessaire, bien que j’en doute. Il existe la possibilité – et on y fera certainement appel – d’utiliser des dispositifs mobiles pour détruire certaines substances toxiques précises. Les États-Unis, ainsi qu’un certain nombre d’autres pays, possèdent ce genre de dispositifs.

En outre, l’accord genevois et la résolution du Conseil de sécurité mentionnent la possibilité de transférer une partie des substances toxiques afin de les détruire à l’étranger. Il était très important de fixer ce point dans la résolution, étant donné que la Convention pour la destruction des armes chimiques n’envisage pas cette possibilité. Selon la Convention, en effet, les armes doivent être détruites sur le territoire des pays qui les ont produites et qui les possèdent. Mais désormais, nous avons tous les choix. Les inspecteurs professionnels se rendront compte sur place de la façon dont il faudra combiner ces possibilités.

Kommersant : Un certain nombre de pays ont déjà annoncé qu’ils étaient prêts à soutenir financièrement l’opération de destruction des armes chimiques syriennes.

Sergueï Lavrov : Oui, il faudra évidemment de l’argent.

Kommersant : La Russie est-elle prête, elle aussi, à y allouer une certaine somme ?

Sergueï Lavrov : La décision du conseil exécutif de l’OIAC confie au directeur général de la structure la mission d’élaborer la partie financière de toute l’opération. C’est une charge nouvelle qui pèse sur l’OIAC, et il faudra, évidemment, de l’argent. Cet argent n’a pas été prévu au budget, les événements se sont enchaînés avec une extrême rapidité. La décision du conseil exécutif contient également un appel aux États, pour des dons volontaires. Je pense que la Fédération de Russie participera financièrement, dans tous les cas, à tout cela. Mais le plus important, c’est que nous participerons aussi, avec notre personnel, à l’activité d’inspection et à toute autre forme de présence internationale qui pourra être proposée par le secrétaire général de l’ONU.

Traduit par

Al-Assad à Rai News 24 : On fera que la Syrie soit beaucoup mieux qu’avant


bashar-al-assad

Damas / Le président Bachar al-Assad a affirmé à la chaîne italienne /Rai News 24/ que l’objectif essentiel de l’Etat syrien est de se défaire des terroristes et de leur idéologie, précisant qu’e la Syrie sera beaucoup mieux qu’avant la crise.

Le président al-Assad a indiqué que la plupart des pays européens n’ont pas la capacité de jouer un rôle dans le règlement de la crise en Syrie vu qu’ils ne possèdent pas les facteurs qui leur assurent le succès dans ce rôle.

Le président al-Assad a affirmé que la Syrie s’engage à la résolution du Conseil de Sécurité sur les armes chimiques sans aucune réserve, précisant que le rôle de la Syrie se limite à présenter des données et de faciliter les procédures de la destruction des armes chimiques.

Le président al-Assad a indiqué que la solution politique est une partie très importante de la crise mais avec l’existence du terrorisme cette solution ne pourrait pas régler tous les problèmes. « En dépit de cela, il faut poursuivre l’action politique », a-t-il insisté.

Le président al-Assad a affirmé que le dialogue politique est très important pour discuter de l’avenir de la Syrie et du régime politique, appelant à arrêter la violence, le trafic des armes, l’infiltration des terroristes et le soutien financier y apporté pour assurer le succès de la solution politique.

Le président al-Assad a estimé que les personnes armées ne sont pas une opposition mais des terroristes, étant donné que l’opposition est une entité politique, un programme politique… une vision politique… C’est l’opposition. « Les armes, la destruction et l’assassinat ne sont pas opposition mais un terrorisme, comme le définissaient tous les pays du monde », a-t-il ajouté. « On mènera des discussions avec tout parti au sein de l’opposition, mais en ce qui concerne les groupes armés, aussitôt qu’ils jetteraient leurs armes, on serait prêt à discuter toute question avec eux à l’instar des autres citoyens », a-t-il indiqué, précisant qu’on ne pas négocier, par exemples, des organisations affiliées à Al-Qaëda, des terroristes ou bien des personnes qui réclament l’intervention étrangère ou militaire en Syrie.

A une question s’il planifie pour assister personnellement à la conférence de Genève, le président al-Assad a répondu qu’on doit être prêt en tant que gouvernement mais on ne peut pas déterminer qui va présider la délégation syrienne, vu que la conférence n’est pas claire jusqu’ici ainsi que les critères qui la régissent.

A une question s’il accepte l’idée de l’existence des forces de désengagement internationales pour la réalisation de la stabilité en Syrie, le président al-Assad a indiqué : « On parle en Syrie de gangs qui existent partout en Syrie et à l’intérieur de toute ville alors, si on a accepté cette idée, qui est inacceptable pour nous, où ces forces seront placées, les gangs se trouvent partout et ils se composent de terroristes qu’on doit combattre et non pas les isoler.

Le président al-Assad a, en outre, fait noter que la plupart des pays européens ont adopté la ligne américaine suivie dans le traitement avec les différents pays, depuis l’accession au pouvoir de Geroge Bush il y plus de dix ans.

Il a souligné que la Syrie accueille favorablement tout rôle des pays qui désirent aider les Syriens, mais les pays européens ne possèdent pas les facteurs qui les rendent capables d’assurer le succès de ce rôle ou d’être compétents et efficaces dans ce rôle.

A une question sur le contact téléphonique entre le président américain Barak Obama et son homologue iranien Hassan Rohani et si le changement de l’équilibre dans la région aura ses effets sur ce qui se déroule en Syrie, le président al-Assad a indiqué que l’Iran est un allié de la Syrie. « Nous avons confiance en les Iraniens qui, comme tout autre pays dans le monde, n’ont pas confiance en les Américains. Je crois qu’un certain nombre d’alliés de l’Amérique n’ont pas confiance en les administrations américaines… Mais si les Américains sont sincères dans ce rapprochement, je crois que les résultats seront positifs en ce qui concerne les différentes questions et non seulement la crise syrienne, ce qui aura ses retombées sur tous les problèmes dans la région », a-t-il indiqué.

Le président al-Assad a nié l’usage par l’armée syrienne des armes chimiques, précisant avoir des preuves sur l’usage par les gangs de ces armes. « Pourquoi l’armée utilise de telles armes alors qu’elle réalise une progression sur terre tandis qu’elle ne les avait pas utilisées tout le long de deux ans et demi où l’armée avait fait face à des conditions très difficiles dans différentes régions en Syrie », s’est-il interrogé.

Questionné sur la possibilité de l’utilisation de l’arme chimique sans l’autorisation des autorités syriennes, le président al-Assad a qualifié d’ « incroyable » une telle action, soulignant que l’usage de l’arme chimique est une opération très compliquée et il y a des mesures très strictes de point de vue technique.

Au sujet de l’usage de l’atrocité contre toute forme de l’opposition au début de la crise en Syrie, le président al-Assad a souligné que le gouvernement a traité la situation conformément à la constitution « C’est de notre devoir de lutter contre les terroristes. Dès la première semaine de la crise, il y avait des victimes parmi l’armée et la police ».

Et le président de poursuivre : « si l’on parlé des erreurs commises sur le terrain, cela se produit partout dans le monde. En Grande Bretagne, la police a tiré le feu, il y quelques années, et tué un jeune brésilien par erreur ».

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Il a tenu à souligner que le jugement sur les erreurs commises se fera après la fin de la crise où les personnes pourront nous critiquer sur une base objective et méthodologique et non pas arbitraire.

Questionné sur la possibilité de quitter le pouvoir contre le rétablissement de la stabilité en Syrie, le président al-Assad a dit: « Si le fait de quitter le poste rendra la situation meilleure, ma réponse sera tout simplement et sans hésitation, je le fait, mais la situation sera-t-elle meilleure?.

El le président de poursuivre: « En ce qui concerne le poste du président, les urnes sont le seul moyen qui reflète l’opinion du peuple syrien à l’égard de la personne qui le désire. Pour moi, je respecte le désire du peuple syrien ».

Passant à la réforme en Syrie, Il a fait noter que la Syrie avait connu un progrès, rapide ou lent, dans ce sens depuis l’année 2000, ajoutant qu’il y avait des obstacles extérieurs qui avaient entravé cette réforme tels que l’Intifada en Palestine qui avait affecté tous les pays arabes, l’échec du processus de paix et les événements du 11 septembre. « Damas avait payé le prix des événements du 11 septembre », a-t-il estimé.

Il a rappelé à cet effet qu’il y avait une période de réconciliation artificielle ou un rapprochement entre la Syrie et l’Occident entre les années 2008 et 2011. « J’ai dit artificielle, car cette période était sous la supervision des Américains. Les Occidentaux n’étaient pas autonomes », a-t-il clarifié.

Le président al-Assad a affirmé que pour réaliser une réforme radicale, l’on a besoin d’un climat adéquat aux niveaux économique, politique et idéologique.

Il a, à ce propos, indiqué que la Syrie a besoin de réformes sans lesquelles rien ne pourrait se réaliser. »la réforme est l’axe essentiel pour faire une Syrie mieux. Cela ne signifie que je serai l’espoir des pays étrangers ou Occidentaux, mais l’espoir de tous les Syriens », a-t-il conclu.

L.W. R.B.

http://www.palestine-solidarite.org/interview.Bachar_al-Assad.290913.htm

Valéry Giscard d’Estaing à François Hollande : «Prenez exemple sur la sagesse de Chirac !»


Tribune libre MARSEILLE ALBATROS

200909242073Le cercle des opposants contre une intervention militaire en Syrie s’élargit de jour en jour en France. L’ex-président de centre-droite Valéry Giscard d’Estaing a fait savoir dans une tribune parue dans le magazine Le Point que la France «doit adopter une attitude ferme» concernant la crise syrienne, qui, selon lui, «ne dépend pas des pulsions et des hésitations de son partenaire américain».

L’ex-président Valéry Giscard d’Estaing estime que la France doit avoir une connaissance exacte des faits et de leurs responsables que seules les Nations unies sont en mesure de fournir. «Chacun se souvient des documents falsifiés concernant des armes de destruction massive présentés par le secrétaire d’Etat américain au Conseil de sécurité pour justifier l’intervention militaire en Irak, à laquelle le président Jacques Chirac a eu la sagesse de refuser de participer», rappelle-t-il. Et d’ajouter : «Quelle que soit l’horreur des frappes chimiques, il est indispensable de connaître leur nature et d’identifier ceux qui les ont décidées (…).

Les médias occidentaux ont désigné comme coupable le régime de Bachar Al-Assad, mais il est nécessaire de pousser l’investigation plus loin.» Pour lui, une intervention militaire contre un Etat membre des Nations unies doit être approuvée par une décision du Conseil de sécurité et la France «doit respecter» la décision de la Russie ou la Chine qui ont le droit d’opposer leur veto, tout en constatant qu’aucun pays membre des Brics ne soutient une intervention militaire en Syrie.

Pour ce qui est de la politique étrangère et de sécurité commune européenne, l’ex-président français estime que les Etats membres de l’Union européenne «doivent adopter une position commune» en préconisant la tenue d’une réunion du Conseil européen. «Le grand voisin du Proche-Orient que constitue l’Union européenne doit faire entendre une voix unique sur ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire, au lieu de multiplier les gesticulations nationales», conclut Valéry Giscard d’Estaing. François Hollande l’écoutera-t-il ?
Mohamed El-Ghazi

http://algeriepatriotique.com

L’Occident contre-attaque en Syrie – MK Bhadrakumar


Ake Sellstrom-Ban Ki MoonLa coïncidence ne pouvait pas être plus révélatrice. A peine les inspecteurs de l’ONU pour les armes chimiques sont arrivés à Damas – dans les 72 heures, en fait – les figures de l’opposition syrienne basée à Istanbul, en Turquie, ont affirmé que jusqu’à 1.400 personnes ont été tuées dans des attaques d’armes chimiques par les forces gouvernementales dans les environs de la capitale syrienne mercredi matin.

Le blitzkrieg médiatique a été aussi impressionnant – des conférences de presse, des présentations vidéo de militants de l’opposition, des «avis d’expert» dans les capitales occidentales et des réactions instantanées par les politiciens occidentaux.

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Union européenne et la Ligue arabe sont parmi ceux qui ont réclamé une action urgente.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu rapidement une réunion à huis clos pour examiner l’accusation contre le gouvernement syrien. Sans surprise, le gouvernement syrien a catégoriquement réfuté l’accusation l’appelant ‘’sale’’ guerre médiatique, qui reflétait « l’hystérie, la débâcle et la panne » des rebelles qui ont subi une série de défaites militaires dévastatrices dans les derniers jours et semaines.

Faire toute la lumière

Quel est le but du jeu ? Un indice essentiel réside dans la nomination de l’expert suédois Ake Sellstrom à la tête de l’équipe des Nations Unies qui a atterri à Damas il y a trois jours. Sellstrom a fait partie du groupe des inspecteurs d’armes de l’ONU en Irak.

Reuters a cité Sellstrom soutenant la demande que les attaques présumées dans la banlieue de Damas doivent être étudiées et il a même évoqué un plan d’action. Sellstrom a suggéré,

Elle [la revendication de l’opposition syrienne] ressemble à quelque chose qui doit être examinée. Cela dépendra de savoir si un Etat membre de l’ONU ira au secrétaire général et lui dira que nous devrions nous pencher sur cet événement. Nous sommes sur place.

Le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a sauté sur l’excellente idée de Sellstrom et a dit:

Je demande au gouvernement syrien de permettre un accès immédiat à la région pour l’équipe de l’ONU chargée actuellement de l’enquête sur de précédentes accusations d’utilisation d’armes chimiques … Le Royaume-Uni soulèvera cette question au Conseil de sécurité de l’ONU.

La France a souscrit en un rien de temps. Le président François Hollande a aussi estimé que les accusations « exigent une vérification et une confirmation » et Paris demanderait à l’ONU d’aller sur le site « pour faire toute la lumière » sur les accusations. L’Allemagne acquiesça.

Le ministère turc des Affaires étrangères avait une déclaration complète déjà prête, qui dit : Ankara est «profondément préoccupée» et l’équipe d’inspecteurs de l’ONU déjà en Syrie « doit enquêter sur les accusations en question et présenter ses conclusions » au Conseil de sécurité.

Fait intéressant, la déclaration tant attendue de la Maison Blanche à Washington s’est avérée être une approbation de la demande européenne et turque – évitant de de confirmer l’incident, mais ajoutant qu’il travaillait à recueillir des informations supplémentaires, tout en exigeant :

Il y a aujourd’hui, au moment où nous parlons, sur le terrain en Syrie, une équipe des Nations Unies spécialisée dans les enquêtes sur l’utilisation des armes chimiques. Donc, nous allons donner à cette équipe l’occasion d’étudier ce qui s’est exactement passé et d’aller au fond des choses de façon à ce que nous puissions demander des comptes à ceux qui en ont été responsables.

En effet, une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies a eu lieu à New York. Le conseil n’a pas demandé explicitement une enquête de l’ONU mais a convenu que la «clarté» était nécessaire et a salué les appels du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon pour une enquête rapide par l’équipe de Sellstrom.

Dans les mots de l’ambassadrice de l’Argentine Cristina Perceval, actuellement présidente du Conseil de sécurité, il y a une « forte inquiétude parmi les membres du Conseil » sur les accusations, et «un sentiment général selon lequel il doit y avoir des éclaircissements sur ce qui s’est passé» et que la situation est à suivre attentivement ».

Pendant ce temps, le porte-parole de M. Ban a déclaré aux journalistes à New York que Sellstrom est déjà « en discussions avec le gouvernement syrien sur toutes les questions relatives à l’utilisation présumée d’armes chimiques, y compris ce dernier incident rapporté ».

Le loup dans la bergerie

En somme, l’équipe d’inspection de l’ONU dont le mandat est d’être en Syrie jusqu’à 14 jours – comme convenu entre le gouvernement syrien et l’ONU – « avec une extension possible » pour vérifier les accusations d’emploi d’armes chimiques à Khan al-Assal et deux autres sites restés secrets pourrait bien voir son mandat renforcé.

Si c’est le cas, cela devient un coup diplomatique pour les puissances occidentales et leurs alliés du Moyen-Orient qui ont constamment cherché une certaine forme d’intervention de l’ONU en Syrie.

En substance, Sellstrom pourrait bien être sur une mission ouverte maintenant puisque l’opposition syrienne s’efforcera de faire de nouvelles accusations dans d’autres endroits en Syrie. Plus important, Sellstrom pourra, à un moment, avancer insidieusement, sur la pointe des pieds vers les stocks d’armes chimiques du régime Bachar Al-Assad.

De toute évidence, le loup est entré dans la bergerie de Bachar. Sellstrom va maintenant commencer à déposer des rapports à Ban, que celui-ci sera tenu de porter à la connaissance du Conseil de sécurité ce qui, à son tour, pourrait se traduire par l’ouverture d’un dossier syrien à New York, que l’Occident avait toujours voulu.

Qu’est-ce que tout cela va donner ? Trois choses émergent. Un, l’élan de succès étourdissant de l’armée syrienne sur les rebelles va presque certainement se ralentir. Le régime syrien devra tourner son attention vers la bataille diplomatique à venir.

Les forces gouvernementales ont remporté des succès dans les champs de bataille clés tels que dans les régions centrales et côtières de Homs et Lattaquié et la banlieue de Damas. Le général Rahim Safavi Yahya, l’influent aide militaire du Guide suprême iranien Ali Khamenei, venait juste d’affirmer ce mercredi à Téhéran que  » les terroristes [syriens] ont été presque vaincus du point de vue militaire. » Savafi avait ajouté,

Ce qui reste c’est la conférence de Genève 2. D’un côté, il y aura les Etats-Unis, Israël, la France, l’Angleterre, la Turquie et certains pays arabes, qui ont soutenu l’opposition. En raison de ses problèmes intérieurs, la Turquie a maintenant réalisé son erreur stratégique et a quitté le front. L’Arabie saoudite fait face à son projet en Egypte. Le reste du front est présent mais vaincu.

Mais de l’autre côté de ce front, il y a la Russie, la Chine et l’Iran, qui ont aidé la Syrie. Bien sûr, l’Iran et le Hezbollah libanais ont assisté la Syrie politiquement et internationalement comme ils soutiennent la restauration de la paix, la stabilité et la tranquillité en Syrie.

Avez-Safavi a-t-il parlé un jour trop tôt? L’Iran est-il pleinement dans la boucle? Son triomphalisme est-il justifié? Les réponses vont apparaître bientôt.

En attendant, Moscou maintient un silence assourdissant sur les dernières accusations sur les armes chimiques, sans doute surpris par la vitesse de l’éclair avec laquelle les puissances occidentales et leurs alliés régionaux ont obtenu que le dossier syrien soit à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.

Le Ministre des affaires étrangères russe Sergueï Viktorovitch Lavrov a eu une conversation téléphonique mercredi matin avec l’espion saoudien en chef, le prince Bandar bin Sultan al-Saoud pour «discuter de la situation en Egypte et en Syrie … [et] des relations entre les deux pays ». Bandar est un charmant sac à malices, et en tout cas, le mercredi soir, Riyad a chanté une mélodie différente, avec le ministre des Affaires étrangères Saud al-Faisal disant:

Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait travailler sur une résolution claire pour mettre fin à la tragédie. Nous sommes choqués par le massacre dans les villes syriennes avec l’utilisation d’armes chimiques, qui sont interdites en vertu du droit international.

Deuxièmement. Les plaques tectoniques de la géopolitique du Moyen-Orient ont commencé à montrer quelques mouvements au cours des dernières semaines sur les développements en Egypte. Le désaccord entre les anciens alliés qui avaient jusqu’à récemment collaboré sur le projet syrien devenait trop évident pour être glissé sous le tapis.

La Turquie a commencé en critiquant ouvertement la junte égyptienne et ses supporters du Conseil de coopération du Golfe (CCG) tout en narguant l’Occident sur son projet de démocratie tant vanté dans le nouveau Moyen-Orient. Le Qatar a disparu de la ligne de front syrien. Washington ne veut toujours pas appeler le coup d’Etat égyptien par son vrai nom, alors que l’Union européenne hésite à imposer un embargo sur l’Egypte, l’Arabie saoudite menace de rattraper tout embargo occidental sur l’Egypte.

Caler une réinitialisation

Mais la partie la plus sensationnelle du réalignement est la proximité naissante entre la Russie d’une part et de l’Arabie Saoudite et ses alliés du CCG (en particulier les Emirats arabes unis), d’autre part dans leur antipathie partagée envers les Frères musulmans.

À tout le moins, la controverse sur les armes chimiques syriennes met une rupture brutale sur les mouvements naissants d’un « reset » dans les alignements politiques au Moyen-Orient. Les puissances occidentales ont cerclé les wagons, et sont en train de dire à leurs alliés arabes rétifs – l’Arabie saoudite, en particulier – de rester patients, avec le signal que le projet syrien est toujours en cours.

Le cœur du problème est que l’Occident ne peut tout simplement pas se permettre une ascendance régionale par la Russie, la Chine et l’Iran. Pas plus qu’il n’est à l’aise avec les comportements de plus en plus individualistes qu’adoptent ses alliés régionaux.

Paradoxalement, la controverse sur les armes chimiques constitue une bouée de sauvetage vitale pour la Turquie aux abois de Recep Erdogan pour sortir de son isolement aigu sur l’Egypte. Erdogan ne sait plus quoi faire face à la question kurde, qui a flambé récemment à cause du conflit syrien. Les Kurdes syriens ont frontalement dénoncé les liens secrets d’Ankara avec les affiliés d’Al-Qaïda opérant dans le nord-est à la frontière entre la Syrie et la Turquie, ce qui met Erdogan dans une situation difficile.

Une question tentante se pose, toutefois. Les puissances européennes – la Grande-Bretagne et la France en particulier – et la Turquie sont évidemment le fer de lance de la dernière controverse sur les armes chimiques. Mais quelle est la réalité de l’implication de l’administration Obama dans cette histoire et  jusqu’à quel point est-elle impliquée ?

Le chef de la Joint Chiefs of Staff, le général Martin Dempsey, a annoncé, pas plus tard que lundi que l’administration Obama est opposée à une intervention militaire, même limitée en Syrie, car il estime que les rebelles qui combattent le régime Assad ne prendront pas en compte les intérêts américains s’ils devaient s’emparer du pouvoir en ce moment.

Il a écrit avec une franchise brutale dans une lettre officielle adressée au membre du Congrès américain Eliot Engel (Démocrate – New York),

En Syrie aujourd’hui ce n’est pas de choisir entre deux parties, mais plutôt le choix d’un des nombreux côtés. C’est ma conviction que le côté que nous choisissons doit être prêt à défendre leurs intérêts et les nôtres lorsque la balance penchera en leur faveur. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas

C’est un conflit de longue durée, profondément enracinée entre plusieurs factions et les luttes violentes pour le pouvoir se poursuivront après le départ d’Assad. Nous devons évaluer l’efficacité des options militaires limitées dans ce contexte.

L’utilisation de la force militaire américaine peut changer l’équilibre militaire. Mais il ne peut pas résoudre les problèmes ethniques, religieux et tribaux sous-jacents et historiques qui alimentent ce conflit.

Dempsey a conclu que l’administration Obama est sur la bonne voie avec sa politique actuelle de se concentrer sur l’aide humanitaire et le renforcement de l’opposition modérée en Syrie, car une telle approche « représente le meilleur cadre pour une stratégie efficace Etatsunienne en Syrie ».

Dans l’ensemble, donc, la controverse sur les armes chimiques ouvre une porte de sortie de toutes sortes pour les puissances occidentales (et la Turquie) en Syrie. Les puissances occidentales ont esquivé la question de l’armement des rebelles syriens après avoir fait des promesses verbales pendant que les forces d’Assad reprenaient peu à peu le dessus militairement.

L’opposition syrienne est dans la confusion et l’homme fort de l’Egypte le général Abdel Fatteh el-Sisi a demandé à ses dirigeants qui étaient basés au Caire de déguerpir. D’autre part, les Frères Musulmans, qui dominaient l’opposition syrienne, sont sous le feu de l’artillerie saoudienne dans toute la région.

En somme, la boussole du projet  de « changement de régime » en Syrie a évolué en faveur des salafistes. Et puis nous n’en sommes qu’au début en Egypte et ce qui se passera sur les rives du Nil réécrira finalement la politique du Moyen-Orient. Dans la situation actuelle, Assad va négocier en position de force inattaquable à la table des négociations de « Genève 2 », ce qui est intenable.

C’est là que la controverse sur les armes chimiques et l’ouverture d’un dossier syrien au Conseil de sécurité de l’ONU offre un répit pour briser l’élan de l’armée d’Assad, l’arrogance du Hezbollah et de l’Iran et la fin de la satisfaction béate sur le front de la Russie.

Est-ce un prélude à un scénario semblable à l’Irak ? Les chancelleries à Moscou, Téhéran et Pékin évalueront. Aucun doute, Sellstrom se rapproche dangereusement, sur la pointe des pieds, des stocks d’ADM de Bachar, quelque chose, que les Etats-Unis (et Israël) ont toujours voulu fixer.

La seule tâche confiée à l’inspecteur des armes Sellstrom quand il a débarqué à Damas il y a trois jours avec son équipe était d’inspecter trois sites spécifiques afin de déterminer si des armes chimiques avaient été utilisées en Syrie. Il n’avait même pas le mandat de dire qui est le responsable.

Maintenant, tout ça c’est du passé.

MK Bhadrakumar

Traduction : Avic

http://atimes.com/atimes/Middle_East/MID-01-220813.html

Christophe Oberlin : Israël … est un état maffieux


800px-mur_separation_jerusalem_est1Le 28 mai 2013 a eu lieu à Paris à l’Institut du Monde Arabe une commémoration du 65ème anniversaire de la Nakba. Ont été invités à s’exprimer notamment Hael Al Fahoum, ambassadeur de Palestine en France, et Christophe Oberlin (*), chirurgien français qui s’est rendu plus d’une trentaine de fois à Gaza. Voici le texte de son excellente intervention qui se démarque des propos convenus habituels.

Christophe_Oberlin_3_texteLa cause palestinienne est une cause universelle, et à ce titre tout citoyen du monde a le droit de faire connaître son avis. Je m’inscris dans cette démarche. Mes voyages réguliers en Palestine, et notamment à Gaza, ont fait l’objet de conférences et de quelques livres, qui ont naturellement la subjectivité et la fragilité du témoignage, j’en suis conscient. Mais ils ont aussi l’avantage de constituer un point de vue « de l’intérieur », de rapporter peut-être ce qui se passe réellement dans l’esprit des Palestiniens du terrain, de ceux qui y vivent et résistent au quotidien.

Mais je voudrais ici évoquer des questions qui, bien que d’ordre général, ne sont que rarement abordées ou approfondies dans nos médias et par nos élus en Occident.
La première question est celle du droit.

Je ne reviendrai pas sur la trentaine de résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU négligées par Israël, où sur le droit International Humanitaire bafoué. Je voudrais insister sur d’autres aspects juridiques.

Au plan international, le conflit israélien « bénéficie » d’un traitement exorbitant. Alors que depuis la fin de la 2ème guerre mondiale l’Organisation des Nations Unies est censée arbitrer les conflits internationaux, voilà que pour le cas unique du conflit israélo-palestinien on a confié la résolution du problème aux Russes, aux Américains, à l’Europe de l’OTAN…. Et enfin à l’ONU qui n’a plus qu’un strapontin à la table de négociation. On mesure ici le succès de l’entreprise de dé-légitimation de l’ONU effectué par Israël. Certains pseudo professeurs de Droit international s’y emploient à temps plein !

Un deuxième pan du droit qui mériterait sans doute aussi d’être respecté est celui… du Droit palestinien lui-même. Sans cela, son propre gouvernement prêterait le flanc à la même critique que ces nombreux gouvernements arabes issus de la décolonisation, et qui sont ébranlés aujourd’hui par les révolutions.

Il faut le dire et le répéter : les lois fondamentales palestiniennes qui font office de Constitution nous disent que, lorsque le président de l’Autorité Palestinienne a terminé son mandat et que de nouvelles élections ne peuvent être tenues, c’est le président du parlement qui lui succède : Aziz Duweik devrait être aujourd’hui le président de l’Autorité Palestinienne.

Les élections législatives de 2006, et les élections municipales qui les ont précédées, ont désigné un vainqueur qui a souhaité intégrer au gouvernement le parti minoritaire. C’est le parti minoritaire qui a refusé, et qui a essayé de refaire les élections dans la rue, de faire un coup d’état, j’en ai été le témoin. Cette tentative a été un échec : le peuple n’en voulait pas. Il faut le reconnaître !

La deuxième notion que je voudrais discuter est la notion d’état. Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, il n’y a pas de définition précise, réglementaire, juridique de la notion d’état. En particulier il n’entre pas dans les prérogatives de l’ONU de faire ou de défaire les états. Un état, c’est une population animée par un sentiment d’appartenance, sur un territoire donné, sous une loi commune, une force unique chargée de faire respecter la loi, etc. Un état, nous disent les meilleurs juristes, c’est comme un enfant : il est né, il est sous nos yeux : son existence ne dépend ni de sa reconnaissance par ses parents, ni de son enregistrement à l’état civil : un état, c’est un fait ! La Palestine, Philistia, avec ses cinq villes historiques, Gaza (mentionnée sur les temples égyptiens), Ashquelon, Ashdot, Ekron et Gath, existe depuis trois mille ans ! Et elle figure sur toutes les cartes du Proche-Orient sans interruption depuis la plus ancienne carte du monde gravée sur le temple de Karnak en Egypte ! A l’époque moderne, en 1922, la Société des Nations issue de la première guerre mondiale, a reconnu l’état de Palestine, même si elle en a confié le mandat aux Britanniques. Et jusqu’en 1948 les Palestiniens ont bénéficié d’un passeport portant sur sa couverture la mention : « Etat de Palestine ». Un état est un fait, même s’il est sous mandat, ou sous occupation. Et il n’est pas nécessaire d’être enregistré à l’ONU pour constituer un état : les iles COOK, état indépendant, ne sont pas membres des Nations Unies. Elles ont préféré confier leur sécurité et leur politique étrangère à la Nouvelle Zélande toute proche. Mais ceci n’empêche pas les Iles Cook, le cas échéant, de saisir la Cour Pénale Internationale.

Alors bien entendu on ne peut que se réjouir de l’entrée progressive de la Palestine dans les organisations internationales. Mais ceci appelle aussi des commentaires. Par exemple l’intégration de la Palestine à l’UNESCO est une excellente chose. Elle a eu une conséquence imprévue, je dis bien imprévue : la suspension du versement de la cotisation américaine. Mais il faut savoir que la réglementation de l’UNESCO prévoit qu’un état, s’il souhaite se retirer, dépose un préavis de trois ans. Actuellement les Etats-Unis devraient continuer à payer, ce qu’ils ne font pas. Et des programmes entiers de l’agence ont dû être amputés. Logiquement une action juridique de l’UNESCO à l’encontre des Etats Unis devrait être engagée pour non-paiement illégal de leur contribution ; action juridique que la direction actuelle de l’UNESCO n’a pas souhaitée.

Concernant l’intégration de la Palestine à L’ONU, on nous a fait croire que cette intégration était nécessaire pour pouvoir saisir la juridiction internationale pour les crimes de guerre commis par Israël notamment à Gaza en 2009. C’est faux : les mouvements de libération nationale, comme le Fatah, peuvent parfaitement saisir la Cour Pénale Internationale. L’Autorité Palestinienne a d’ailleurs ébauché une demande en ce sens au printemps 2009, avant de faire marche arrière, alors que cette démarche avait été jugée recevable par la CPI.

En face du désormais état palestinien, quelle est la nature de l’état d’Israël ? Nombreux sont ceux qui parlent d’un « état colonial ». Certes en Cisjordanie il existe des colonies. Mais le terme de « colonies » implique une métropole : est-ce le territoire situé à l’intérieur des frontières de 1967 ? Ce serait rayer d’un trait les millions de Palestiniens qui vivent dans des conditions de discrimination inacceptables notamment au Liban, en Syrie, en Jordanie, en Israël même. Non Israël n’est pas un « état colonial » : Israël se dit un « état juif ». Un état réservé à un groupe constitué à titres divers sur les bases d’une religion, d’une philosophie, d’un sentiment d’appartenance. Je refuse pour ma part la constitution d’un groupe sur une base matri-linéaire, génétique. Les races humaines n’existent pas. La race juive n’existe pas. L’ethnie, version actualisée de la race, n’existe pas non plus. Alors l’état d’Israël est le produit d’un Lobby. Et un lobby, par définition, on ne le convainc pas. La « négociation », ça ne sert à rien. On n’oppose pas une diplomatie honnête au mensonge diplomatique. Israël n’est donc pas, stricto sensu, un état colonial, c’est un état tribal, qui utilise des moyens illégaux, c’est un état maffieux.

Alors dans ce contexte, dans ce conflit dont je viens de rappeler les protagonistes, se pose inévitablement la question de donner la parole au peuple, de rentrer dans le Droit, de reconnaître la victoire du parti qui a gagné les élections. La diplomatie occidentale s’est tiré une balle dans le pied en plaçant un mouvement de libération nationale, le Hamas, sur la liste des organisations terroristes. Dix ans plus tard, la position de notre diplomatie est intenable : le Hamas est le parti majoritaire en Palestine, jusqu’à preuve du contraire, et les pays arabes font massivement leur révolution et désignent démocratiquement des dirigeants politiquement proches du Hamas.

Quelle cohérence y-a-t-il à reconnaître la victoire d’Enahda en Tunisie, du PJD au Maroc, de Morsi en Egypte, sans reconnaitre le Hamas ?

Le crime originel du Hamas est de ne pas avoir accepté les accords d’Oslo. Mais aujourd’hui qui peut contester que le Hamas avait raison ? Même l’Autorité palestinienne le reconnaît ! Leila Chahid le dit : « 20 ans de négociations n’ont servi à rien » ! Alors, bien entendu, l’idéal serait un retour aux urnes. Et le Fatah, s’il était éventuellement battu aux élections, et le reconnaissait, retrouverait incontestablement sa légitimité politique. Mais c’est justement parce que cette défaite est hautement probable qu’Israël ne laissera pas avant longtemps des élections libres se tenir en Cisjordanie.

On parle beaucoup d’une soi-disant réconciliation qui serait nécessaire entre Palestiniens. Mais je peux témoigner qu’il n’y a pas eu divorce entre les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie, sympathisants du Fatah ou du Hamas, des camps de réfugiés, des prisons, des Palestiniens israéliens. Ils souhaitent tous s’exprimer, dans le calme et la fraternité.

Alors si Israël ne veut pas d’élections, peut-on au moins avancer vers la réunion des forces palestiniennes ? Mais qui empêche le Hamas d’intégrer l’OLP ? Combien de représentations diplomatiques à l’étranger ont-elles été confiées au parti qui a gagné les élections ? Quand sera levée cette mesure de Ramallah qui consiste à ne payer les fonctionnaires de Gaza qu’à la condition expresse qu’ils ne travaillent pas ? Quand l’Autorité Palestinienne va-t-elle entreprendre une action devant la juridiction internationale pour les crimes de guerre commis par Israël à Gaza ? « Nous ne le ferons pas, dit-on, ce serait une déclaration de guerre à Israël ». Parce que la Palestine n’est donc pas en guerre ? Les massacres, le siège, la torture, ce n’est pas la guerre ? Si, c’est la guerre, et dans cette logique l’Autorité Palestinienne pourrait aussi démissionner, replaçant alors la Cisjordanie dans sa situation réelle qui est celle de la guerre et de l’occupation, replaçant Gaza dans sa situation réelle qui est celle de la guerre et du siège, replaçant Israël devant ses propres responsabilités.

Alors quelles conclusions peut-on tirer aujourd’hui ?

Il est inutile de se limiter à brandir face à Israël l’argument du droit international. Non seulement c’est inefficace, mais la politique de conquête et d’annexion, alors que le droit est bafoué, contribue peut-être même à renforcer les faits accomplis israéliens. Aux yeux des sionistes se trouve accréditée l’idée de la relativité du droit. Une sorte de jurisprudence du « Non-Droit ». En substance : « Vous vous rendez-compte, si on avait appliqué les résolutions de l’ONU, Israël n’existerait pas, ou si peu ! »

Mais ce n’est pas parce qu’Israël ne respecte pas le droit que les autres parties ne doivent pas le faire : l’ébauche d’un droit de nature démocratique en Palestine, même imparfait, doit être respectée : respect des lois fondamentales palestiniennes, respect du résultats des élections, respect de l’alternance politique, consultation des citoyens sur les questions fondamentales.

Les révolutions arabes ont commencé en Palestine, et la bande de Gaza, même si elle ne s’étend que sur 1% du territoire de la Palestine historique, constitue la tête de pont de la libération de la Palestine : une population, des frontières, une administration, une force de protection unifiée : l’état palestinien est là, en attendant plus.

Alors la seule manière de résoudre équitablement les conflits est de recourir au Droit, à la Justice, en utilisant les outils que les hommes ont construits. L’Organisation des Nations Unies en fait partie. Sa charte en constitue le socle fondamental. Mais certaines règles doivent évoluer, en particulier le fonctionnement du Conseil de Sécurité, ne serait-ce que le droit de véto qui doit être réformé.

Alors, les milliards de la guerre ne pourraient-ils pas être investis dans une paix élaborée par la représentation des nations ? Basée sur une consultation de toutes les populations concernées par le conflit, y compris les réfugiés palestiniens ?

Les peuples, comme les espèces, sont en permanente évolution. L’état de guerre perpétuel n’existe pas. Au bout de la guerre, ou de la négociation pacifique, il y a l’égalité des droits. L’état juif, c’est fini. La libération de la Palestine est inéluctable

Christophe Oberlin
28 mai 2013

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(*) Chirurgien des hôpitaux et professeur à la faculté Denis Diderot à Paris, Christophe Oberlin enseigne l’anatomie, la chirurgie de la main et la microchirurgie en France et à l’étranger. Parallèlement à son travail hospitalier et universitaire, il participe depuis 30 ans à des activités de chirurgie humanitaire et d’enseignement en Afrique sub-saharienne, notamment dans le domaine de la chirurgie de la lèpre, au Maghreb et en Asie. Depuis 2001, il dirige régulièrement des missions chirurgicales en Palestine, particulièrement dans la bande de Gaza où il a effectué près d’une trentaine de séjours.

Christophe Oberlin a écrit de nombreux ouvrages.
Il est notamment coauteur avec Jacques-Marie Bourget de Survivre à Gaza, (éditions Koutoubia, 2009) la biographie de Mohamed al-Rantissi, le chirurgien palestinien frère du dirigeant historique du HAMAS assassiné par l’État d’Israël.
Auteur de Chroniques de Gaza, 2001-2011, (éditions Demi-Lune, 2011)
Coauteur avec Acacia Condes de Bienvenue en palestine, destination interdite. (éditions Encre d’Orient, 2012) http://www.encredorient.com
Il est également le traducteur de Gaza, au carrefour de l’histoire du journaliste anglais Gerald Butt, (éditions Encre d’Orient, 2011).

URL de cet article : http://www.silviacattori.net/article4492.html

Source : Christophe Oberlin

Côte d’Ivoire : Comment la France a organisé la rébellion


Côte-dIvoire_Rébellion-FAFN_P4Le 4 février 2003, les Français réussissent à obtenir une résolution, par le biais du Conseil de sécurité des Nations-Unies, les autorisant à conduire les opérations pour le maintien de la paix en Côte d’Ivoire, aux côtés des troupes qui devaient être envoyées par la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

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