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L’Iran n’est pas aux ordres !


media_xll_6152736Décidément, le calvaire diplomatique de Washington continue. La rencontre tant médiatisée entre Rohani et Obama n’aura pas lieu. Et c’est l’Iran qui ne veut pas donner suite à ‘’l’offre’’ des Etats-Unis. Peut-être précisément parce que la Maison Blanche n’a pas pu s’empêcher de présenter ça comme une offre, un cadeau de la part d’Obama.

La raison officielle invoquée par Téhéran est que ce serait « trop compliquée à réaliser à l’heure actuelle », selon un responsable de la Maison Blanche. Toujours selon ce responsable, « nous avons dit publiquement, et également en privé aux Iraniens, que nous étions ouverts à l’idée de discussions en marge de l’assemblée générale de l’ONU, des discussions informelles et non une rencontre bilatérale. Cela s’est avéré trop compliqué à réaliser à l’heure actuelle pour les Iraniens ».

Un camouflet de plus pour Obama. Il aurait quand même pu se douter qu’après 34 ans de harcèlement, d’embargos, de menaces et même de guerre par proxy, on ne peut pas, du jour au lendemain, proposer des rencontres informelles et faire comme si rien ne s’était passé. Surtout quand, derrière le discours qui se veut rassurant, l’action belliqueuse continue en sourdine.

Par leur refus, les iraniens veulent d’abord montrer qu’ils ne sont pas quémandeurs de la bienveillance américaine et qu’ils ne sont pas aux ordres. Dans son discours à la tribune des Nations Unies, Rohani fait appel au droit international et non au bon vouloir des Etats-Unis. Un peu plus tôt, Barack Obama avait d’ailleurs reconnu le droit de l’Iran au nucléaire civil. Le refus iranien pourrait aussi vouloir dire que Rohani ne veut pas se contenter d’une rencontre informelle. Etant donné l’ampleur des problèmes irano-américains, toute rencontre au sommet doit se faire en vue d’un règlement de fond, dans une atmosphère de confiance et de respect mutuels. Ce n’est apparemment pas le cas ‘’à l’heure actuelle’’.

Bien sûr, Netanyahou doit jubiler dans son coin et a déjà dû préparer son petit commentaire acerbe sur cette rebuffade. Mais il ne devrait pas trop se réjouir car, pour des raisons que nous ignorons, les Etats-Unis ont besoin de se rapprocher de l’Iran. Ils reviendront à la charge, avec peut-être un peu moins d’arrogance.

Avic

L’Occident détrôné – Paul Craig Roberts


Tribune libre Byblos

BRICS_leaders_G20_2013« Le cours évolutif du progrès européen pendant ces trois cents dernières années pourrait se résumer à seulement quatre mots: égoïsme, massacres, impudeur et corruption. »
Yan Fu

Il n’a fallu que 300 ans au reste du monde pour saisir tout le mal qui se cache derrière la «civilisation occidentale», ou peut-être l’émergence de nouvelles puissances dignes de confiance pour voir l’évidence. Quiconque doute de la responsabilité de l’Amérique dans le chaos actuel devrait lire The Untold History of the United States par Oliver Stone et Peter Kuznick.

Le «nouveau siècle américain» proclamé par les néo-conservateurs a pris fin brutalement le 6 Septembre à la réunion du G20 en Russie. Les dirigeants de la plupart des peuples du monde ont dit à Obama qu’ils ne le croyaient pas et que ce serait une violation du droit international si le gouvernement américain attaquait la Syrie sans l’autorisation de l’ONU.

Poutine a dit aux dirigeants du monde réunis que l’attaque aux armes chimiques était «une provocation de la part des insurgés armés dans l’espoir d’une aide de l’extérieur, par les pays qui les ont soutenus dès le premier jour. » En d’autres termes, Israël, l’Arabie Saoudite, et Washington, l’axe du mal.

La Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Indonésie et l’Argentine ont rejoint Poutine en affirmant qu’un dirigeant qui commet une agression militaire sans l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU se met « en dehors de la loi. »

En d’autres termes, si vous défiez le monde, Obama, vous êtes un criminel de guerre.

Le monde entier attend de voir si le lobby pro-israélien peut pousser Obama dans le rôle du criminel de guerre. Beaucoup parient qu’Israël l’emportera sur le faible président américain, un individu dénué de tout principe. Il y a quelques dizaines d’années avant que les américains ne deviennent un troupeau de moutons, l’un des derniers résistants américains, l’amiral Tom Moorer, chef des opérations navales et de l’Etat-Major des Armées, a déclaré publiquement « qu’aucun président américain ne peut résister à Israël ». Le plus haut gradé de l’Amérique ne pouvait pas obtenir une enquête honnête sur l’attaque israélienne contre l’USS Liberty.

Nous attendrons encore longtemps avant de voir un président américain résister à Israël. Ou le congrès. Ou un média.

Le régime Obama a tenté de contrer sa défaite fracassante au sommet du G20 en forçant ses Etats fantoches à signer une déclaration commune condamnant la Syrie. Toutefois, les États fantoches ont nuancé leur position en déclarant qu’ils s’opposaient à une action militaire et attendaient le rapport de l’ONU.

La plupart des supporters achetés-et-payés d’Obama sont impuissants, sans envergure. Par exemple Obama compte le Royaume-Uni comme un des pays le soutenant, en raison de l’appui personnel du discrédité Premier ministre britannique, David Cameron, malgré le fait que celui-ci ait été désavoué par le Parlement britannique lors d’un vote qui interdit la participation britannique à un autre des crimes de guerre de Washington. Ainsi, bien que Cameron ne puisse pas amener le peuple et le gouvernement britannique avec lui, Obama compte le Royaume-Uni parmi ses partisans. De toute évidence, il s’agit d’un comptage désespéré du nombre de « pays qui le soutiennent ».

Le gouvernement fantoche turc, qui a tiré sur ses citoyens qui manifestaient pacifiquement dans les rues, sans protestation d’Obama ou du lobby pro-israélien, soutient « la responsabilité de la Syrie », mais pas la sienne, bien sûr, ni celle de Washington.

Les États fantoches du Canada et de l’Australie, des pays impuissants, n’ayant pas une once d’influence dans le monde, se sont précipités pour offrir leurs services à leur maître Washington. Le souci majeur des gouvernements Canadien et Australien est d’avoir une récompense de Washington.

Le décompte d’Obama inclut également le soutien du Japon et de la République de Corée, deux autres pays dépourvus de toute influence diplomatique et sans aucun pouvoir. Le Japon, impuissant, est sur le point d’être détruit par la catastrophe nucléaire de Fukushima, pour laquelle il n’a pas de solution. Comme les fuites radioactives se propagent dans l’aquifère sur lequel Tokyo et ses environs comptent, le Japon est confronté à la possibilité d’avoir à déménager 40 millions de personnes.

L’Arabie saoudite, impliquée dans le transfert aux rebelles d’Al-Nusra des armes chimiques utilisées dans l’attaque, soutient Washington, sachant que par ailleurs sa tyrannie est grillée. Même les néo-conservateurs menés par l’hystérique conseillère à la sécurité nationale d’Obama, Susan Rice, veulent renverser les Saoudiens.

Obama prétend également avoir le soutien de la France et de l’Allemagne. Toutefois, tant Hollande que Merkel ont indiqué clairement qu’une solution diplomatique, et non la guerre, était leur premier choix et que le résultat repose sur l’ONU.

En ce qui concerne le soutien de l’Italie et de l’Espagne, ils espèrent être récompensés avec la Réserve Fédérale qui imprimerait  assez d’argent pour renflouer leurs économies endettées afin que les deux gouvernements ne soient pas renversés par la rue pour leur acceptation du pillage de leur pays par les banksters internationaux. Comme tant d’autres gouvernements occidentaux, ceux de l’Italie et de l’Espagne, et, bien sûr, de la Grèce, soutiennent les banksters internationaux, et non leurs propres citoyens.

Le président de la Commission européenne a déclaré que l’Union européenne, en tant que pouvoir central au-dessus de la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, et l’Espagne, ne soutient pas de solution militaire à la crise syrienne. « L’Union européenne est certaine que les efforts devraient viser à un règlement politique », a déclaré José Manuel Barroso aux journalistes lors de la réunion du G20. L’UE a le pouvoir de délivrer des mandats d’arrêt contre les chefs de gouvernements de l’UE qui participent à des crimes de guerre.

Ce que cela révèle, c’est que le soutien derrière le menteur Obama est faible et limité. La capacité des pays occidentaux à dominer la politique internationale a pris fin lors de la réunion du G20. L’autorité morale de l’Occident a complètement disparu, brisée et érodée par les innombrables mensonges et des actes éhontés d’agression basés uniquement sur des mensonges et des intérêts personnels. Il ne reste rien de «l’autorité morale» de l’Occident qui n’a jamais été autre chose qu’une couverture pour l’intérêt personnel, l’assassinat, et le génocide.

L’Occident a été détruit par ses propres gouvernements, qui ont raconté trop de mensonges égoïstes, et par ses sociétés capitalistes, qui ont délocalisé les emplois et la technologie de l’Occident vers la Chine, l’Inde, l’Indonésie et le Brésil, privant les gouvernements occidentaux de recettes fiscales et de soutien à leurs citoyens.

Il est difficile de savoir si les citoyens de l’Ouest détestent moins leurs gouvernements corrompus que les musulmans, dont la vie et les pays ont été dévastés par l’agression occidentale, ou les citoyens des pays du Tiers Monde qui ont été appauvris et pillés par les organismes financiers prédateurs appartenant au Premier Monde.

Les gouvernements occidentaux idiots ont surestimé leur influence. Il n’y a aucune chance pour que l’hégémonie américaine, rêve fantaisiste des néo-conservateurs, s’exerce sur la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Amérique du Sud, et l’Iran. Ces pays peuvent mettre en place leur propre système de paiements et de finances international et abandonner le standard du dollar quand ils le voudront. On se demande pourquoi ils attendent. Le dollar américain est imprimé en quantités incroyables et n’est plus qualifié pour être la monnaie de réserve mondiale. Le dollar américain est au bord de la dévalorisation totale.

Le sommet du G20 a clairement indiqué que le monde ne veut plus accompagner les mensonges de l’Occident et ses méthodes meurtrières. Le monde a saisi ce qu’est l’Occident. Chaque pays comprend maintenant que les plans de sauvetage proposés par l’Occident ne sont que des mécanismes de pillage des pays sauvés et pour appauvrir le peuple.

Au 21e siècle, Washington a traité ses propres citoyens avec la même façon dont elle traite les citoyens des pays du tiers monde. Des trillions de dollars ont été distribués à une poignée de banques, alors même qu’elles jetaient des millions d’Américains hors de leurs maisons et saisissaient tous les actifs restants des familles brisées.

Les entreprises américaines ont vu leurs impôts réduits à presque rien, quelques-unes ne payant pas d’impôts du tout, alors qu’elles offraient les emplois et les carrières de millions d’Américains à des chinois et à des Indiens. Avec ces emplois sont partis le PIB américain, l’assiette fiscale, et le pouvoir économique, laissant les Américains avec d’énormes déficits budgétaires, une monnaie avilie, et des villes en faillite, comme Detroit, qui était autrefois la puissance manufacturière du monde.

Dans combien de temps Washington abattra-t-il ses propres sans-abri, ses affamés, et ses citoyens manifestant dans les rues?

Washington représente Israël et une poignée de puissants intérêts privés organisés. Il ne représente personne d’autre. Washington est un fléau pour le peuple américain et une peste pour le monde.

http://rt.com/news/g20-against-syria-strike-527/

Traduction : Avic

http://www.paulcraigroberts.org/2013/09/07/the-west-dethroned-paul-craig-roberts/

Craig Roberts withkitties_150_120 Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

Poutine ouvre le débat sur l’arme nucléaire israélienne


В.Путин на заседании дискуссионного клуба "Валдай"Le président russe, Vladimir Poutine, a fait un pas en avant pour défendre la position de son pays par rapport à la crise syrienne, et a introduit dans le débat, hier, une nouvelle dimension, celle du nucléaire israélien. S’exprimant lors d’une rencontre avec des experts russes et internationaux à Valdaï (nord-ouest de la Russie), le chef du Kremlin a souhaité «rappeler» que l’arsenal chimique de la Syrie était apparu comme une «alternative» à l’arme nucléaire israélienne, ajoutant qu’Israël n’avait «pas besoin» de cette arme.

«Je ne peux pas assurer à 100% que nous réussirons à mener à son terme le plan de démantèlement des armes chimiques syriennes, mais tout ce que nous avons vu ces derniers jours inspire confiance sur le fait que c’est possible et que ce sera le cas», a déclaré M. Poutine. «La Syrie s’est dite prête à adhérer, et se considère déjà comme adhérente de la convention internationale sur l’interdiction des armes chimiques», a-t-il souligné, en saluant ces «pas concrets» de Damas.

M. Poutine a par ailleurs qualifié de «provocation habile» l’attaque chimique commise le 21 août près de la capitale syrienne. «Nous avons toutes les raisons de croire que c’est une provocation habile», a déclaré M. Poutine, en affirmant notamment que de vieux obus de fabrication soviétique, qui ne sont plus utilisés par l’armée syrienne, figuraient dans ce dossier.

« Nous n’avons en Syrie aucun intérêt particulier pour lequel nous essayons d’y maintenir le gouvernement en place », a souligné le chef de l’Etat russe, ajoutant qu’en s’ingérant dans la situation autour de la Syrie, la Russie s’appliquait tout simplement à affirmer les principes du droit international.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait déjà promis mercredi que la Russie transmettrait au Conseil de sécurité de l’Onu des preuves fournies par Damas de cette «provocation» qui visait selon lui à susciter des frappes occidentales.

Par ailleurs, le premier vice-directeur du Service fédéral de sécurité (FSB) Sergueï Smirnov, a déclaré qu’entre 300 et 400 mercenaires russes combattent en Syrie dans les rangs de l’insurrection. « Nous estimons que 300 à 400 personnes ont quitté le territoire de notre pays pour s’y rendre (en Syrie) et elles finiront par rentrer. Cela représente, naturellement, un grand danger », a indiqué le responsable.

Mercredi, le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls, avait affirmé que 130 français combattent dans les rangs des extrémistes syriens, soulignant que leur retour en France était une source d’inquiétude en raison du danger potentiel qu’ils peuvent représenter.

Ces mises en garde interviennent alors qu’Al-Qaïda a lancé une vaste offensive en Syrie pour prendre le contrôle de zones tenues par les rebelles syriens (Voir Mediarama numéro 425).

Sur un autre plan, le navire amiral de la Flotte russe de la mer Noire, le croiseur lance-missiles Moskva, a pris le commandement de l’escadre russe déployée en Méditerranée, a annoncé vendredi aux journalistes le porte-parole de la Flotte de la mer Noire, le capitaine de vaisseau Viatcheslav Troukhatchev.

« Après avoir achevé sa mission en Atlantique […] le croiseur Moskva est arrivé au point où il devait rencontrer les bâtiments de l’escadre russe déployée dans l’est de la Méditerranée. A l’heure actuelle, le croiseur abrite l’état-major du commandement opérationnel de l’escadre qui regroupe des navires relevant des flottes de la mer Noire, de la Baltique et du Pacifique », a déclaré le porte-parole.

Cliquer pour accéder à mediarama-426.pdf

Syrie: Fabrication de « mensonges chimiques ». Qui est derrière les attentats de la Ghouta?


Tribune libre Byblos

ban-ki-moonÀ la suite de la publication du rapport de la Mission des Nations Unies sur les attaques à l’arme chimique du 21 août dans la Ghouta orientale, le Secrétaire général Ban Ki-moon, a insinué que le gouvernement syrien était coupable, sans l’accuser ouvertement :

« C’est l’utilisation prouvée d’armes chimiques contre des civils la plus significative depuis celle de Saddam Hussein à Halabja en 1988. La communauté internationale s’est engagée à empêcher qu’une telle horreur ne se reproduise et pourtant, elle s’est reproduite …  »

(Ban Ki-moon ne mentionne toutefois pas que l’attaque d’Halabja 1988 a été soutenue par la CIA, ce que confirme la publication de documents récemment déclassifiés.)

La note introductive du rapport de la Mission de l’ONU affirme :

« Le Secrétaire général condamne fermement l’utilisation d’armes chimiques et estime que cet acte est un crime de guerre et une violation grave du Protocole de 1925 concernant la prohibition d’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de méthodes de guerre employant des moyens bactériologiques, et autres règles pertinentes du droit international coutumier.

La communauté internationale a une responsabilité morale de demander des comptes aux responsables et de veiller à ce que les armes chimiques ne puissent jamais réapparaître comme instrument de guerre. » (Rapport d’enquête du Secrétaire général de l’ONU sur les armes chimiques. New York, 16 Septembre, 2013)

Dans le rapport de la Mission des Nations Unies, on ne mentionne nulle part qui sont les auteurs des attaques chimiques. La Mission avait pour consigne de ne pas faire de déclarations à ce sujet.

La Mission de l’ONU était cependant tout à fait consciente que des crimes contre l’humanité avaient été commis et que les rebelles d’Al-Qaïda soutenus par les États-Unis étaient en possession d’armes chimiques.

Selon CNN, les rebelles ont été formés pour l’utilisation d’armes chimiques par des conseillers militaires occidentaux. Une mission précédente de l’ONU a confirmé que les rebelles étaient en possession du gaz sarin.

Visiblement, la mission a reçu l’ordre de « la fermer ». Selon le Secrétaire général Ban Ki-moon, « [c]‘est aux autres de poursuivre cette affaire afin de déterminer qui est responsable. Nous aurons tous nos propres opinions sur cela. »

Alors que le Secrétaire général Ban Ki-moon n’a pas confirmé qui était responsable des attaques chimiques, les médias occidentaux se sont activés, accusant le gouvernement de Bachar Al-Assad.

Selon l’ambassadrice étasunienne à l’ONU Samantha Powers, « les détails techniques indiquent clairement que seul le régime aurait pu perpétrer cette attaque aux armes chimiques ».

Le ministre des Affaires étrangères de la Russie a répondu :

« Nous voulons une évaluation professionnelle objective des événements du 21 août. Nous avons de sérieuses raisons de croire qu’il s’agissait d’une provocation […] Toutefois, la vérité doit être établie et ce sera un test pour les futurs travaux du Conseil de sécurité. »

L’autre rapport : « Les attaques chimiques dans la Ghouta orientale utilisées pour justifier une intervention militaire en Syrie »

A la veille de la publication du rapport de la Mission de l’ONU, l’Équipe de soutien international pour Mussalaha en Syrie (ISTEAMS) publiait son rapport préliminaire intitulé Les attaques chimiques dans l’est de la Ghouta utilisées pour justifier une intervention militaire en Syrie.

Sous la direction de Mère Agnès Mariam, l’équipe d’ISTEAMS, établie à Genève, a travaillé sous les auspices de l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’homme. ISTEAMS a également collaboré avec le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, auquel bon nombre de ses conclusions ont été soumises.

Ironie amère du sort, ce rapport détaillé, documentant la mort d’enfants innocents dans la Ghouta orientale, n’a été reconnu ni par les médias occidentaux, ni par les gouvernements des pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies. (Rapport préliminaire d’ISTEAMS)

Le rapport d’ISTEAMS révèle comment les vies d’enfants innocents ont été utilisées dans le cadre d’un événement visiblement mis en scène :

« Nous avons décidé d’examiner minutieusement ces vidéos dès que certaines familles dont les enfants ont été enlevés nous ont contactés pour nous informer qu’ils y avaient reconnu les enfants parmi ceux présentés comme victimes des attaques chimiques de la Ghouta orientale […]

Notre première préoccupation était le sort des enfants que nous voyons dans les images. Ces anges sont toujours seul entre les mains d’hommes qui semblent être des éléments de groupes armés. Les enfants décédés sont sans leur famille et ne sont pas identifiés, et ce jusqu’à ce qu’ils soient enveloppés dans des linceuls blancs pour l’enterrement. De plus, notre étude souligne sans aucun doute que les petits corps ont été manipulé et disposé de manière théâtrale afin de figurer dans la vidéo.

Si les images étudiées ont été éditées et publiées dans le but de présenter des éléments de preuve pour accuser l’État syrien d’avoir perpétré les attaques chimiques dans la Ghouta orientale, nos découvertes incriminent les éditeurs et les acteurs pour avoir falsifié les faits en tuant et en manipulant des enfants non identifiés . […]

Nous voulons ainsi faire connaître cette utilisation criminelle d’enfants dans la propagande politique sur les attaques aux armes chimiques dans la Ghouta orientale.

Nous présentons ce travail à d’éminents chefs spirituels, chefs d’État, députés, acteurs humanitaires et à toute personne ayant à cœur la vérité et la justice et souhaitant que ceux qui sont responsables de mauvaises actions rendent des comptes comme il se doit. »

Pour lire le rapport complet en PDF cliquez ici   (PDF lourd, long téléchargement, en anglais)

Bien que le rapport d’ISTEAMS ne précise pas qui était derrière les massacres d’enfants innocents, il confirme que les vidéos publiées le 21 août, y compris ceux présentés le 5 Septembre à la Commission des relations étrangères du Sénat étasunien, ont été délibérément manipulées, et que les cadavres d’enfants ont été déplacés d’un endroit à un autre dans le cadre d’un événement mis en scène.

Des photographies d’enfants morts en Égypte lors du massacre de Rabia al-Adawiyya au Caire ont également été utilisées et présentées dans la vidéo comme des photos d’enfants syriens.

Les corps de ces mêmes enfants apparaissent dans différentes images associées à différents endroits : que les mêmes enfants se trouvent dans des villes différentes suggère que les photos faisaient partie d’une mise en scène : « les mêmes enfants ont été placés dans une autre pièce dans une autre ville. »

L’étude d‘ISTEAMS démontre ceci : la tragédie de la Ghouta orientale a été mise en scène, soigneusement planifiée, et « les forces rebelles de l’opposition » appuyées par les États-Unis étaient impliquées.

Ces vidéos ont été utilisées comme preuves par le Comité du Sénat étasunien sur les relations étrangères dans l’élaboration de sa résolution en faveur de frappes punitives à l’encontre de la Syrie. (Comité sénatorial des Relations étrangères, résolution 2021 sur la Syrie , le 5 septembre 2013). Le sénateur John McCain est un membre clé de ce comité et il est connu pour avoir eu des contacts avec les dirigeants des rebelles affiliés à Al-Qaïda.

La résolution 2021 du Comité sénatorial (se référant aux vidéos) parle de « preuves claires et convaincantes ». Pour reprendre John Kerry dans sa déclaration devant le Comité sénatorial : « Les images [dans les vidéos] de ce jour-là sont répugnantes. Et à mon avis, le monde ne peut pas ignorer l’inhumanité et l’horreur de cet acte. »

Cependant, ces images faisaient partie d’une opération diabolique consistant à déclencher des atrocités, y compris le meurtre d’enfants innocents, puis à utiliser les images de ces atrocités à des fins de propagande.

Qui était derrière ce projet criminel?

Michel Chossudovsky

Syrie: Fabrication de « mensonges chimiques ». Qui est derrière les attentats de la Ghouta?

Interview de Bashar al-Assad par CBS News (texte complet en français)


US-SYRIA-CONFLICT-ASSADTraduction à partir d’une retranscription de l’interview accordée par le Président syrien Bashar al-Assad au journaliste Charlie Rose, de la chaîne de télévision étatsunien CBS

DAMAS (Sana) – 9 Septembre 2013

Charlie Rose : Monsieur le Président, je vous remercie beaucoup pour cette occasion de vous parler à un moment très important parce que le président des États-Unis s’adressera à la nation cette semaine et, comme vous le savez, une conversation importante se déroule à Washington et des événements importants se déroulent ici dans votre pays. Vous attendez-vous à un raid aérien ?

Président al-Assad : Tant que les Etats-Unis ne respectent pas le droit international et foulent aux pieds la Charte des Nations Unies, nous avons à craindre que n’importe quelle administration – pas seulement celle-ci – fasse n’importe quoi. Selon les mensonges que nous avons entendus au cours des deux dernières semaines, de hauts responsables de l’administration américaine, nous devons nous attendre au pire.

Charlie Rose : Êtes-vous prêts ?

Président al-Assad : Nous avons vécu dans des conditions difficiles au cours des deux dernières années et demi, et nous nous préparons à toute éventualité. Mais ce n’est pas parce que vous êtes prêt que les choses s’amélioreront ; Elles s’aggraveront avec toute frappe ou guerre stupide.

Charlie Rose : Que voulez-vous dire par s’aggraveront ?

Président al-Assad : Elles s’aggraveront en raison des répercussions, parce que personne ne peut dire quelles seront les répercussions d’une première frappe. Nous ne parlons pas simplement de la Syrie, mais d’une région, et de régions plus vastes. Une région interconnectée, entremêlée, appelez ça comme vous voulez ; si vous frappez à un endroit, il faut s’attendre à des répercussions ailleurs sous différentes formes et d’une manière inattendue.

Charlie Rose : Vous voulez dire que si frappe il y a, il y aura des répercussions contre les États-Unis par vos amis d’autres pays comme l’Iran ou le Hezbollah ou d’autres ?

Président al-Assad : Comme je l’ai dit, cela peut prendre différentes formes : directe et indirecte. Directe lorsque les gens, ou les gouvernements, cherchent à se venger. Indirecte lorsque vous obtenez une instabilité et la propagation du terrorisme dans toute la région, ce qui aura un effet direct sur l’Occident.

Charlie Rose : Avez-vous eu des conversations avec la Russie, l’Iran ou le Hezbollah sur la façon de se venger ?

Président al-Assad : Nous ne discutons pas de cette question en tant que gouvernement, mais nous discutons des répercussions, ce qui est plus important parce que parfois les répercussions peuvent être plus dévastatrices que la frappe elle-même. Une frappe américaine ne produira pas autant de destructions en Syrie que celles déjà produites par les terroristes ; mais parfois les conséquences peuvent être bien supérieures à la frappe elle-même.

Charlie Rose : Mais certains ont laissé entendre que ça pourrait faire pencher la balance en faveur des rebelles et d’aboutir au renversement de votre gouvernement.

Président al-Assad : Exactement. Toute frappe serait aussi un soutien direct à l’émanation d’Al -Qaïda appelée Jabhat al-Nusra et l’Etat islamique d’Irak et la Syrie. Vous avez raison. Ce serait un soutien direct.

Charlie Rose : A propos de la guerre chimique. Parlons de ça. Approuvez-vous l’usage d’armes chimiques, l’utilisation de produits chimiques mortels ? Pensez-vous que ce soit un outil approprié pour faire la guerre ?

Président al-Assad : Nous sommes contre toute destruction massive, les armes de destruction massive, qu’elles soient chimiques ou nucléaires.

Charlie Rose : Vous êtes donc contre l’utilisation d’armes chimiques ?

Président al-Assad : Oui, mais pas seulement moi. En tant qu’État, en tant que gouvernement, en 2001, nous avons proposé à l’Organisation des Nations Unies de désactiver ou de détruire toutes les armes de destruction massive au Moyen-Orient et les Etats-Unis se sont opposés à cette proposition. C’est notre conviction et notre politique.

Charlie Rose : Mais vous n’êtes pas signataire de l’accord sur les armes chimiques.

Président al-Assad : Pas encore.

Charlie Rose : Pourquoi pas ?

Président al-Assad : parce qu’Israël possède des armes de destruction massive et n’a pas signé, et Israël occupe notre territoire. Nous avons parlé du Moyen-Orient, et non pas la Syrie ou d’Israël ; l’accord doit être global.

Charlie Rose : Pensez-vous que la guerre chimique soit équivalente à la guerre nucléaire ?

Président al-Assad : Je ne sais pas. Aucune des deux n’a été tentée.

Charlie Rose : Mais vous êtes un chef de l’Etat, et vous comprenez les conséquences des armes de destruction massive.

Président al-Assad : Techniquement, elles ne sont pas les mêmes, mais moralement, c’est la même chose.

Charlie Rose : Du point de vue morale, c’est la même chose.

Président al-Assad : C’est la même chose, car en définitif, tuer c’est tuer. Massacrer, c’est massacrer. Parfois, vous pouvez tuer des dizaines de milliers ou des centaines de milliers de gens avec des armes très rudimentaires.

Charlie Rose : Alors pourquoi avez-vous un tel stock d’armes chimiques ?

Président al-Assad : Nous ne discutons pas de cette question en public parce que nous n’avons jamais dit que nous en avions, et nous n’avons jamais dit que nous n’en avions pas. C’est une question syrienne, c’est une question militaire, nous n’en discutons jamais en public avec quiconque.

Charlie Rose : Voici ce qu’on peut lire dans le New York Times ce matin : les dirigeants syriens ont constitué une des plus grandes réserves au monde d’armes chimiques avec l’aide de l’Union soviétique et de l’Iran, ainsi que des fournisseurs d’Europe occidentale, et même une poignée de sociétés américaines. Selon des câbles diplomatiques américains et les dossiers de renseignement déclassifiés, vous avez amassé une des plus grandes réserves d’armes chimiques au monde.

Président al-Assad : En avoir ou ne pas en avoir est une possibilité, mais se fier aux dires des médias est absurde, ou se fier à certains rapports des services de renseignement est absurde et cela a été prouvé lorsqu’ils ont envahi l’Irak il y a dix ans et qu’ils ont dit « L’Irak a des stocks d’armes de destruction massive » et il a été prouvé après l’invasion que c’était faux, c’était une fraude. Donc, on ne peut se fier à ce qui est écrit dans un magazine. Mais j’ai dit que c’est quelque chose dont nous ne discutons pas avec n’importe qui.

Charlie Rose : Vous acceptez que le monde croie que vous avez un stock d’armes chimiques ?

Président al-Assad : Qui ?

Charlie Rose : Le monde. Les Etats-Unis et d’autres puissances qui ont également dit que vous avez des armes chimiques.

Président al-Assad : Il ne s’agit pas de ce qu’ils croient, il s’agit de la réalité telle qu’elle est, et de cette réalité, si nous en possédons ou pas, nous n’allons pas à en discuter.

Charlie Rose : En parlant de la réalité, que s’est-il réellement passé le 21 Août ? Qu’est-il arrivé à votre avis ?

Président al-Assad : Nous ne sommes pas présents dans la zone où l’attaque chimique présumée a eu lieu. J’ai dit présumée. Nous ne sommes pas sûrs qu’il se soit passé quelque chose.

Charlie Rose : Même à ce jour, vous n’êtes pas sûr que les armes chimiques – même si vous avez vu la vidéo, même si vous avez vu les corps, même si vos propres fonctionnaires ont été sur place.

Président al-Assad : Je n’ai pas fini. Nos soldats dans une autre zone ont été attaqués chimiquement. Nos soldats – ils sont allés à l’hôpital se faire soigner à cause des armes chimiques, mais dans la région où ils ont dit que le gouvernement a utilisé des armes chimiques, nous n’avions que des vidéos et des photos et des allégations. Nous ne sommes pas présents là-bas, nos forces, nos policiers, nos institutions n’y sont pas. Comment pouvez-vous parler de ce qui s’est passé, si vous n’avez pas de preuve ? Nous ne sommes pas comme l’administration américaine, nous ne sommes pas l’administration ou le gouvernement des médias sociaux. Nous sommes un gouvernement qui traite avec la réalité. Lorsque nous aurons des preuves, nous le ferons savoir.

Charlie Rose : Eh bien, comme vous le savez, le secrétaire Kerry a dit que les preuves existent et qu’ils ont vu des roquettes tirées à partir d’une région contrôlée par vos forces vers une région contrôlée par les rebelles. Ils ont des preuves à partir de photos satellites. Ils ont la preuve d’un message qui a été intercepté sur les armes chimiques, et peu après, il y a eu d’autres messages interceptés, alors le secrétaire Kerry a présenté ce qu’il considère comme des preuves incontestables.

Président al-Assad : Non, il a présenté sa confiance et ses convictions. Ce n’est pas une question de confiance, c’est une question de preuve. Les Russes ont des preuves qui démontrent tout à fait le contraire, que les missiles ont été lancés à partir d’une région contrôlée par les rebelles. Cela me rappelle – ce que Kerry a dit – sur le gros mensonge que Collin Powell a prononcé devant le monde entier sur des photos satellites et les ADM en Irak avant d’aller à la guerre. Il a dit « voici notre preuve. » En fait, il a fait un faux témoignage. Dans le cas présent, Kerry n’a même pas présenté une preuve. Il a dit « nous avons la preuve » et il n’a rien présenté. Pas encore, rien à ce jour, pas un seul élément de preuve.

Charlie Rose : Avez-vous des remords pour ces cadavres, ces gens. On dit qu’il y en aurait au moins 1000, peut-être 1400, qui se trouvaient à Ghouta orientale, et qui sont morts ?

Président al-Assad : Nous ressentons la douleur pour chaque victime syrienne.

Charlie Rose : Qu’en est-il des victimes de cet assaut par arme chimique ?

Président al-Assad : Mourir, c’est mourir, tuer, c’est tuer, un crime est un crime. Lorsque vous ressentez une douleur, vous ressentez la douleur des familles des victimes dans votre pays, que ce soit une seule personne tuée ou cent ou mille. C’est une perte, c’est un crime, c’est une question morale. Nous avons de la famille avec qui nous nous asseyons, de la famille qui aimait ses proches. Il ne s’agit pas de la façon dont ils ont été tués, il s’agit du fait qu’ils sont morts maintenant, c’est cela qui est mauvais.

Charlie Rose : Mais y a-t-il eu des remords ou de la tristesse au nom du peuple syrien pour ce qui s’est passé ?

Président al-Assad : Je pense que c’est la tristesse qui prévaut maintenant en Syrie. Nous ne ressentons rien d’autre que de la tristesse parce que nous avons ces morts tous les jours, que ce soit par des produits chimiques ou par tout autre moyen. Peu importe comment. Nous vivons avec tous les jours.

Charlie Rose : Mais c’était un acte sans discernement, et des enfants ont été tués, et les gens qui ont dit au revoir à leurs enfants le matin ne les ont pas revus et ne le reverrons jamais, à Ghouta.

Président al-Assad : C’est le cas chaque jour en Syrie, c’est pourquoi il faut arrêter le massacre. C’est pourquoi nous devons arrêter le massacre. Mais que voulez-vous dire par « sans discernement » ?

Charlie Rose : Eh bien, le fait que la guerre chimique est aveugle quant aux victimes, elle tue des innocents aussi bien que des combattants.

Président al-Assad : Oui, mais vous ne parlez pas de preuves, vous ne parlez pas de faits mais d’allégations. Donc, nous ne sommes pas sûrs que des armes chimiques ont été utilisées et qui les a utilisées. Nous ne pouvons pas parler de choses virtuelles, nous devons parler de faits.

Charlie Rose : On dit que votre gouvernement a retardé les observateurs des Nations Unies de se rendre à Ghouta et que vous avez refusé et retardé la Croix-Rouge, puis le Croissant-Rouge d’y aller pour faire des observations et aider.

Président al-Assad : C’est le contraire qui s’est produit, c’est votre gouvernement qui a retardé parce que nous avons demandé une délégation en Mars 2013, lorsque la première attaque a eu lieu à Alep, dans le nord de la Syrie, ils ont retardé jusqu’à quelques jours avant al-Ghouta quand ils ont envoyé l’équipe, et l’équipe elle-même a déclaré dans son rapport qu’elle a pu faire tout ce qu’elle voulait. Il n’y avait pas un seul obstacle.

Charlie Rose : Mais ils ont dit qu’ils ont été retardés pour y arriver, qu’ils voulaient être là plus tôt.

Président al-Assad : Non, non, non. Il y avait un conflit, il y avait des combats, des tirs. C’est tout. Nous ne les avons pas empêché d’aller où que ce soit. C’est nous qui leur avons demandé de venir, pourquoi les aurions-nous retardés ? Même si vous voulez prendre la version américaine, ils disent que nous avons employé des armes chimiques le jour même où l’équipe, ou l’équipe d’enquête, est arrivée en Syrie. Est-ce logique ? Ce n’est pas logique. Même si un pays ou armée voulait utiliser cette arme, ils auraient attendu quelques jours jusqu’à ce que l’équipe ait achevé ses travaux. Ce n’est pas logique, toute cette histoire ne tient même pas debout.

Charlie Rose : Nous allons y revenir. Si ce n’est pas votre gouvernement qui l’a fait, malgré les preuves ?

Président al-Assad : Il faut être sur place pour obtenir des preuves, comme lorsque cela s’est produit à Alep et que nous avons obtenu des preuves. Et parce que les États-Unis n’ont pas envoyé d’équipe, nous avons envoyé les preuves aux Russes.

Charlie Rose : Mais ne voulez-vous pas connaître la réponse, si vous n’acceptez pas les preuves présentées à ce jour, à la question de savoir qui a fait ça ?

Président al-Assad : La question est de savoir qui a lancé des produits chimiques le même jour sur nos soldats. C’est la même question. Techniquement, ce n’est pas les soldats. Les soldats ne lancent pas des missiles sur eux-mêmes. Donc, c’est soit les rebelles, soit les terroristes, soit un tiers. Nous n’avons pas encore la moindre idée. Nous devons être sur place pour recueillir les preuves, alors nous pourrons donner une réponse.

Charlie Rose : Eh bien, on avance l’argument que les rebelles n’ont pas la capacité d’utiliser des armes chimiques, ils n’ont pas les roquettes et ils n’ont pas la fourniture d’armes chimiques que vous avez, ils n’ont donc pas pu le faire.

Président al-Assad : Tout d’abord, ils ont des fusées, et ils les lancent sur Damas depuis des mois.

Charlie Rose : Ont-ils des armes chimiques ?

Président al-Assad : Des roquettes en général. Premièrement, ils ont les moyens. Deuxièmement, le gaz sarin dont on parle ces dernières semaines est un gaz très primitif. Vous pouvez en fabriquer dans une arrière-cour, c’est un gaz très primitif. Ce n’est donc pas quelque chose de compliqué.

Charlie Rose : Mais ce n’était pas primitif. Il s’agissait d’une utilisation terrible d’armes chimiques.

Président al-Assad : Troisièmement, ils l’ont employé à Alep, dans le nord de la Syrie. Quatrièmement, il y a une vidéo sur YouTube où les terroristes font clairement des essais sur un lapin et tuent le lapin et disent : « voilà comment nous allons tuer le peuple syrien ». Cinquièmement, il y a une nouvelle vidéo sur une de ces femmes qu’ils considèrent comme rebelle ou combattante et qui a travaillé avec les terroristes et qui dit : « ils ne nous disent pas comment utiliser les armes chimiques » et une de ces armes a explosé dans un des tunnels et tué douze personnes. C’est ce qu’elle a dit. Ce sont les éléments de preuve dont nous disposons. Quoi qu’il en soit, c’est celui qui accuse qui doit apporter les preuves. Les Etats-Unis ont accusé la Syrie, et si vous accusez vous devez apporter la preuve, avant tout. Nous devrons trouver des preuves lorsque nous serons sur place.

Charlie Rose : Quelle preuve serait suffisante à vos yeux ?

Président al-Assad : Par exemple, à Alep, nous avons mis la main sur le missile lui-même, et le matériel, et des échantillons de sable, de terre, et des échantillons de sang.

Charlie Rose : Mais on avance l’argument que vos forces ont bombardé Ghouta peu de temps après, avec l’intention de faire disparaître les preuves.

Président al-Assad : Comment un bombardement pourrait-il faire disparaître les preuves ? Techniquement, ça ne marche pas. Comment ? Pour être franc, c’est stupide, c’est très stupide.

Charlie Rose : Mais vous reconnaissez les bombardements ?

Président al-Assad : Bien sûr, il y avait un combat. Cela arrive tous les jours, il y en peut-être un en ce moment même. Mais, parlons de… nous avons des indications, permettez-moi de terminer ce point, car comment peut-on utiliser des ADM alors que vos troupes sont à seulement 100 mètres de là ? Est-ce logique ? Cela n’arrive pas. On ne peut pas les utiliser ainsi. Toute personne qui n’est pas militaire le sait. Pourquoi employer des armes chimiques pendant que vous avancez ? L’année dernière fut une année beaucoup plus difficile pour nous que cette année, et nous n’en avons pas utilisé.

Charlie Rose : Il y a cette question aussi : si ce n’est pas vous, est-ce que cela veut dire que vous n’avez pas le contrôle de vos propres armes chimiques et que peut-être sont-elles tombées entre les mains d’autres personnes qui pourraient vouloir les utiliser ?

Président al-Assad : D’abord, cela implique que nous avons effectivement des armes chimiques. Ensuite, cela implique qu’elles ont été employées. Nous ne pouvons donc pas répondre à cette question avant de répondre à la première partie et la deuxième partie. Troisièmement, admettons qu’un pays ou une armée possède une telle arme ; ce type d’arme ne peut pas être employée par l’infanterie, par exemple, ou par n’importe qui. Ce type d’arme doit être employée par des unités spécialisées, et ne peut donc pas être mise entre n’importe quelles mains.

Charlie Rose : Eh bien, c’est exactement de ça qu’il s’agit.

Président al-Assad : Et sous un contrôle centralisé.

Charlie Rose : Ah, donc vous dites que si, en fait, votre gouvernement l’avait fait, vous auriez été au courant et vous l’auriez approuvé.

Président al-Assad : Je parle d’un cas en général.

Charlie Rose : En général, vous dites que si, en fait, c’est bien arrivé, j’aurais été au courant et je l’aurais approuvé. C’est ça la nature du pouvoir centralisé.

Président al-Assad : En règle générale, dans tous les pays, oui. Je parle des règles générales, parce que je ne peux pas discuter ce point en détail avec vous sans dire ce que nous possédons et ce que nous ne possédons pas, et c’est un sujet que je ne vais pas aborder, comme je le disais au tout début, parce qu’il s’agit d’une question militaire qui ne peut pas être discutée.

Charlie Rose : Avez-vous des doutes sur l’article du New York Times que je viens de vous lire, qui affirme que vous auriez un stock d’armes chimiques ? Vous ne le niez pas.

Président al-Assad : Non, nous ne disons ni oui ni non, car tant que cette question est classifiée, on ne peut pas en parler.

Charlie Rose : Les Etats-Unis sont prêts à lancer une attaque contre votre pays parce qu’ils croient que les armes chimiques sont si odieuses, que celui qui les utilise franchit une ligne rouge et que, par conséquent, dans ce cas, il faut leur donner une bonne leçon de sorte à ne pas recommencer.

Président al-Assad : Quelle ligne rouge ? Qui l’a dessinée ?

Charlie Rose : Le Président dit que ce n’est pas seulement lui, que le monde entier l’a tracée par leur révulsion contre l’emploi d’armes chimiques, que le monde entier a tracé cette ligne rouge.

Président al-Assad : Pas le monde entier, car c’est Obama qui a tracé cette ligne, et Obama peut tracer des lignes pour lui-même et pour son pays, pas pour les autres pays. Nous avons nos propres lignes rouges, comme notre souveraineté, notre indépendance. Et si vous voulez parler de lignes rouges dans le monde, les États-Unis ont utilisé l’uranium appauvri en Irak, Israël a utilisé du phosphore blanc à Gaza, et personne n’a rien dit. Où sont les lignes rouges ? Nous ne voyons pas de lignes rouges. Ce sont des lignes rouges politiques.

Charlie Rose : Le président est prêt à frapper, et peut-être qu’il va obtenir l’autorisation du Congrès, ou non. La question alors est : seriez-vous disposés à renoncer aux armes chimiques si cela empêchait le Président d’autoriser une frappe ? Est-ce un accord que vous accepteriez ?

Président al-Assad : Encore une fois, vous impliquez sans cesse que nous possédons des armes chimiques.

Charlie Rose : Je suis bien obligé, parce que c’est l’hypothèse du Président. C’est son hypothèse, et c’est lui qui ordonnera les frappes.

Président al-Assad : C’est son problème à lui, s’il a une hypothèse. Mais pour nous, en Syrie, nous avons des principes. Nous ferions n’importe quoi pour éviter à la région une nouvelle guerre folle. Il ne s’agit pas seulement de la Syrie, car cela ne fera que commencer en Syrie.

Charlie Rose : Vous feriez n’importe quoi pour empêcher la région de connaître une nouvelle guerre folle ?

Président al-Assad : La région, oui.

Charlie Rose : Réalisez-vous les conséquences pour vous s’il y a une frappe ?

Président al-Assad : Il ne s’agit pas de moi. Il s’agit de la région.

Charlie Rose : Il s’agit de votre pays, il s’agit de votre peuple.

Président al-Assad : Evidemment, mon pays et moi, nous faisons partie de cette région, nous ne sommes pas isolés. Nous ne pouvons pas discuter uniquement de la Syrie ou de moi, il faut le faire dans un cadre, dans un ensemble, dans une globalité. C’est ainsi qu’il faut l’aborder.

Charlie Rose : Certains se demandent pourquoi le feriez-vous ? C’est une chose stupide à faire, si vous vous attirez une frappe sur la tête en utilisant des armes chimiques. D’autres disent que vous le feriez parce que vous êtes désespéré, ou selon une autre version, parce que vous voulez faire peur, parce que ce sont des armes terribles et si quelqu’un sait que vous en possédez, et plus précisément vos adversaires en Syrie, les rebelles, alors vous avez réussi votre coup et qu’ils vivront dans la peur, et que, par conséquent, le Président doit faire quelque chose.

Président al-Assad : Vous ne pouvez pas être désespéré lorsque votre armée progresse. Cela aurait dû se produire – en admettant que cette présomption est correcte et correspond à la réalité – vous employez de telles armes lorsque vous êtes dans une situation désespérée. Notre position est bien meilleure qu’avant. Donc, ce n’est pas correct.

Charlie Rose : Vous pensez que vous êtes en train de gagner la guerre.

Président al-Assad : « gagner » est un mot subjectif, mais nous progressons. C’est le mot juste, parce que pour certaines personnes, on gagne lorsque la partie est terminée.

Charlie Rose : Certains disent que si vous êtes en train de gagner, c’est en raison de l’aide que vous avez récemment obtenue de l’Iran et du Hezbollah et des fournitures supplémentaires obtenues. Des gens à l’extérieur de la Syrie qui vous soutiennent contre les rebelles.

Président al-Assad : l’Iran n’a pas de soldats en Syrie, alors comment l’Iran pourrait-il m’aider ?

Charlie Rose : Par des fournitures, des armes ?

Président al-Assad : Tout ça, c’était avant la crise. Nous avons toujours eu ce type de coopération.

Charlie Rose : le Hezbollah, les combattants du Hezbollah sont venus ici.

Président al-Assad : les combattants du Hezbollah sont sur les frontières avec le Liban, où les terroristes les ont attaqués. Sur les frontières avec le Liban, c’est là que le Hezbollah a riposté, et c’est là que nous avons une coopération, et c’est une bonne chose.

Charlie Rose : les forces du Hezbollah sont aujourd’hui en Syrie ?

Président al-Assad : Sur la zone frontière avec le Liban où ils veulent se protéger et coopérer avec nous, mais ils ne sont pas dans toute la Syrie. Ils ne peuvent pas être dans toute la Syrie de toute façon, pour de nombreuses raisons, mais ils sont sur les frontières.

Charlie Rose : Quels conseils recevez-vous des Russes ?

Président al-Assad : A quel sujet ?

Charlie Rose : A propos de cette guerre, sur la façon de mettre fin à cette guerre.

Président al-Assad : tous les amis de la Syrie cherchent une solution pacifique, et nous en sommes convaincus. On nous donne ce conseil, mais même sans ce conseil, nous en sommes convaincus.

Charlie Rose : Avez-vous un plan pour mettre fin à la guerre ?

Président al-Assad : Bien sûr.

Charlie Rose : Laquelle ?

Président al-Assad : Au tout début, il était entièrement politique. Quand vous avez ces terroristes, la première partie de ce plan qui est politique doit commencer par l’arrêt de la contrebande de terroristes venant de l’étranger, l’arrêt du soutien logistique, de l’argent, tous les types de soutien qui parviennent à ces terroristes. C’est la première partie. Deuxièmement, nous pouvons avoir un dialogue national où les différentes parties syriennes s’assoient et discutent de l’avenir de la Syrie. Troisièmement, vous pouvez avoir un gouvernement intérimaire ou un gouvernement de transition. Ensuite, vous avez des élections, des élections parlementaires, des élections présidentielles.

Charlie Rose : Mais la question est : voulez-vous rencontrer les rebelles aujourd’hui pour discuter d’un règlement négocié ?

Président al-Assad : Dans l’initiative que nous avons publié au début de cette année, nous avons dit toutes les parties, sans exception, pourvu qu’elles déposent leurs armes.

Charlie Rose : Vous rencontrerez les rebelles et tous ceux qui se battent contre vous s’ils abandonnent leurs armes ?

Président al-Assad : Aucun problème.

Charlie Rose : Alors ils vont dire : « vous ne déposez pas vos armes, pourquoi devrions-nous déposer les nôtres ? »

Président al-Assad : Est-ce qu’un gouvernement renonce à ses armes ? Avez-vous déjà entendu parler de ça avant ?

Charlie Rose : Non, mais les rebelles normalement n’abandonnent pas leurs armes pendant des négociations, ils ne le font qu’après un succès…

Président al-Assad : L’armement du gouvernement est un armement légal. Toute autre armement est illégal. Alors, comment pouvez-vous les comparer ? C’est complètement différent.

Charlie Rose : Il y a un débat intense en cours sur toutes ces questions qui sont abordées à Washington, et s’il y a bien une frappe, elle émanera de la décision des États-Unis de le faire. Qu’aimeriez-vous dire, au cours de cette semaine très importante, à l’Amérique, et à Washington, au peuple américain, aux membres du Congrès, au président des États-Unis ?

Président al-Assad : Je pense que la partie la plus importante est, disons, le peuple américain, mais les sondages montrent que la majorité aujourd’hui ne veut pas d’une guerre, où que ce soit, pas seulement contre la Syrie. Mais le Congrès va voter à ce sujet dans quelques jours, et je pense que le Congrès est élu par les gens, il représente le peuple, et travaille dans son intérêt. La première question qu’ils doivent se poser est : qu’est-ce que les guerres ont rapporté à l’Amérique, depuis celle contre le Vietnam et jusqu’à présent ? Rien. Aucun gain politique, aucun gain économique, une mauvaise image. La crédibilité des États-Unis est au plus bas de tous les temps. Cette guerre est donc contre l’intérêt des États-Unis. Pourquoi ? Tout d’abord, cette guerre va soutenir Al-Qaïda et les mêmes personnes qui ont tué des Américains au cours du 11 Septembre. La deuxième chose que nous voulons dire au Congrès, c’est qu’ils demandent, et nous attendons d’eux qu’ils le demandent au gouvernement, les preuves sur l’emploi d’armes chimiques et les accusations qui ont été portées.

Je ne dirai rien au président ou à tout autre fonctionnaire, parce que nous sommes déçus par leur comportement récent, parce que nous nous attendions à une administration différente de celle de Bush. Ils adoptent la même doctrine avec différents accessoires. C’est tout. Donc, si nous voulons espérer quelque chose de cette administration, ce n’est pas un signe de faiblesse, mais le contraire, que de dire « nous n’avons pas de preuves », et que « nous devons obéir au droit international », que « nous devons retourner au Conseil de sécurité et devant les Nations Unies ».

Charlie Rose : La question demeure : que pouvez-vous dire au Président qui croit que des armes chimiques ont été employées par votre gouvernement, que cela ne se reproduira plus.

Président al-Assad : Je lui dirai très simplement : présentez ce que vous avez comme preuves au public, soyez transparent.

Charlie Rose : Et s’il le fait ? S’il présente des preuves ?

Président al-Assad : C’est là où nous pourrons en discuter, mais il ne les a pas. Il ne les a pas présentées parce qu’il n’en a pas, Kerry n’en a pas. Personne dans votre administration n’en a. S’ils en avaient, ils les auraient présentées aux médias dès le premier jour.

Charlie Rose : Ils les ont présentées au Congrès.

Président al-Assad : Rien. Rien n’a été présenté.

Charlie Rose : Ils ont montré au Congrès ce qu’ils avaient, et les éléments de preuve dont ils disposent, des messages interceptés par satellite, etc.

Président al-Assad : Rien n’a été présenté jusqu’à présent…

Charlie Rose : Ils les ont présentées au Congrès, monsieur.

Président al-Assad : Vous êtes journaliste. Obtenez ces preuves et montrez-les au public dans votre pays.

Charlie Rose : Ils les présentent aux représentants du public. Ils ne montrent pas leurs preuves et leurs actions et leurs plans à un cercle restreint. Ils les montrent aux représentants du peuple qui voteront sur une autorisation de frappe, et s’ils ne trouvent pas les preuves suffisantes…

Président al-Assad : Tout d’abord, nous avons le précédent de Collin Powell, il y a dix ans, quand il a montré des preuves, elles étaient fausses, c’était une invention. Première chose. Deuxièmement, vous voulez me faire croire aux données fournies par les Américains et ne voulez pas que je croie aux données dont nous disposons nous-mêmes. Nous vivons ici, c’est notre réalité.

Charlie Rose : Quelles sont vos données ?

Président al-Assad : Que les rebelles ou les terroristes ont utilisé les armes chimiques dans le nord d’Alep, il y a cinq mois.

Charlie Rose : Et le 21 Août ?

Président al-Assad : Non, non, non. C’était avant. Le 21, une nouvelle fois ils les ont employées contre nos soldats dans une région que nous contrôlons, et nos soldats sont allés à l’hôpital, vous pouvez les voir si vous voulez.

Charlie Rose : Mais Ghouta n’est pas contrôlée par vos forces, elle est contrôlée par les forces rebelles. La zone où l’attaque a eu lieu est contrôlée par les forces rebelles.

Président al-Assad : Et s’ils ont des stocks qui ont explosé à cause du bombardement ? Et s’ils ont lancé le missile par erreur sur eux-mêmes ?

Charlie Rose : Passons maintenant à la question d’une éventuelle frappe, que j’ai déjà abordée. Vous avez été prévenu à l’avance. Vous êtes-vous préparés, en déplaçant des cibles potentielles, avez-vous déplacé des cibles au sein de la population civile, toutes les choses que vous auriez faites si vous aviez le temps de les faire et que vous aviez été clairement avertis de la possibilité ?

Président al-Assad : La Syrie est en état de guerre depuis que son territoire a été occupé il y a plus de quarante ans, et la nature des frontières en Syrie implique que la majeure partie de l’armée se trouve dans les zones habitées, la plupart des centres sont dans des zones habitées. Vous trouverez difficilement une base militaire dans les zones éloignées des villes sauf s’il s’agit d’un aéroport ou quelque chose comme ça, mais la plupart des bases militaires ou des centres se trouvent dans des zones habitées.

Charlie Rose : Y’aura-t-il des attaques contre les bases américaines au Moyen-Orient, en cas de frappe aérienne ?

Président al-Assad : Vous devez vous attendre tout. Pas nécessairement de la part du gouvernement. Les gouvernements ne sont pas les seuls acteurs dans cette région. Vous avez différentes parties, différentes factions, vous avez des idéologies différentes, vous avez de tout dans cette région maintenant. Il faut donc s’attendre à tout.

Charlie Rose : Dites-moi ce que vous entendez par « s’attendre à tout. »

Président al-Assad : Attendez-vous à n’importe quelle action.

Charlie Rose : Y compris la guerre chimique ?

Président al-Assad : Cela dépend. Si les rebelles ou les terroristes dans cette région ou tout autre groupe en possèdent, cela pourrait se produire, je ne sais pas. Je ne suis pas un devin pour vous dire ce qui va se passer.

Charlie Rose : Mais nous aimerions en savoir plus, je pense que le Président voudrait savoir, le peuple américain aimerait savoir. S’il y a une attaque, quelles pourraient être les répercussions et qui pourrait être engagé dans ces répercussions ?

Président al-Assad : Bon, avant le 11 Septembre, dans mes discussions avec de nombreux responsables des États-Unis, certains d’entre eux sont membres du Congrès, j’avais l’habitude de dire que « ne traitez pas avec les terroristes comme dans un jeu. » C’est une autre histoire. Vous allez en payer le prix si vous n’êtes pas prudents avec les terroristes. Nous avons dit que vous alliez subir des répercussions à cause de votre manière erronée de traiter avec eux, de traiter le terrorisme, mais personne ne s’attendait au 11 Septembre. On ne peut donc pas prévoir. Il est difficile pour quiconque de vous dire ce qui va se passer. C’est une région où tout est au bord de l’explosion. Vous devez vous attendre à tout.

Charlie Rose : Parlons de la guerre aujourd’hui. Cent mille personnes tuées. Un million de réfugiés. Un pays détruit. Assumez-vous une certaine responsabilité pour cela ?

Président al-Assad : Cela dépend de la décision que j’ai prise. Dès le premier jour, j’ai pris la décision en tant que président de défendre mon pays. Alors, qui a tué, ça c’est une autre question. En fait, les terroristes ont tué nos gens depuis le début de cette crise, il y a deux ans et demi, et le peuple syrien voulait que le gouvernement et les institutions de l’Etat et de l’armée et de la police le défende, et c’est ce qui s’est passé. Nous parlons donc de la responsabilité, ma responsabilité selon la Constitution syrienne, qui dit que nous devons nous défendre.

Charlie Rose : Monsieur le Président, vous dites constamment « ce sont des terroristes. » La plupart des gens observent les rebelles et disent qu’Al-Qaïda et d’autres forces étrangères à la Syrie ne représentent plus que 15 ou 20 pour cent des forces sur le terrain. Les autres 80 % sont des Syriens, sont des transfuges de votre gouvernement, et des transfuges de votre armée. Ce sont des gens qui sont Syriens et qui croient que leur pays ne doit pas être dirigé par un dictateur, ne devrait pas être géré par une famille, et qui veulent un gouvernement différent dans leur pays. C’est 80% des personnes qui se battent contre vous, pas des terroristes.

Président al-Assad : Nous n’avons pas dit que 80%, par exemple, ou la majorité ou la grande majorité, sont des étrangers. Nous avons dit que la grande majorité sont Al-Qaïda ou une des filiales d’Al-Qaïda dans cette région. Quand on parle d’Al-Qaïda, peu importe qu’il soit syrien ou américain ou européen ou africain. Al-Qaïda a une idéologie et obéit à la même direction, que ce soit en Afghanistan ou en Syrie ou en Irak. C’est ça la question. Vous avez des dizaines de milliers d’étrangers, c’est certainement vrai. Nous les combattons sur le terrain et nous le savons.

Charlie Rose : Mais c’est 15 ou 20 % du total. De combien parlons-nous ?

Président al-Assad : Personne ne le sait parce que quand ils sont tués, ils n’ont pas de pièce d’identité. Vous regardez leurs visages, on dirait des étrangers, mais d’où viennent-ils ? Il est difficile de faire une estimation précise, mais certainement la majorité sont Al-Qaïda. C’est cela qui nous préoccupe, pas leur nationalité. Que ce soit Al-Qaïda syrien, ou pakistanais ou saoudien, quelle est la différence ? Quelle importance ? La chose la plus importante est que la majorité sont Al-Qaïda. Nous n’avons jamais dit que la majorité n’était pas des Syriens, mais nous avons dit que la minorité est ce qu’ils appellent « l’armée syrienne libre ». C’est ce que nous avons dit.

Charlie Rose : Croyez-vous que ça devient une guerre de religion ?

Président al-Assad : Cela a commencé en partie comme une guerre sectaire dans certaines zones, mais maintenant, ce n’est pas le cas, parce que quand vous parlez de guerre sectaire ou guerre de religion, il faut une ligne très nette entre les sectes et les religions en Syrie selon la géographie et la démographie, ce que nous n’avons pas. Donc, ce n’est pas une guerre religieuse, mais Al-Qaïda utilise toujours les religions, l’islam en fait, comme un prétexte et comme couverture et comme un manteau pour leurs guerres et leur terrorisme et leurs mise à mort et les décapitations et ainsi de suite.

Charlie Rose : Pourquoi cette guerre dure-t-elle depuis deux ans et demi ?

Président al-Assad : En raison de l’ingérence extérieure, car il s’agit d’un programme de l’extérieur pris en charge par, ou disons dirigée par, les Etats-Unis, l’Occident, les pays des pétrodollars, principalement l’Arabie Saoudite, et avant c’était le Qatar et la Turquie. C’est pourquoi elle dure depuis deux ans et demi.

Charlie Rose : Mais que font-ils, ces pays vous avez cités ?

Président al-Assad : Ils ont des objectifs différents. Pour l’Occident, il s’agit de saper les positions syriennes. Pour les pays des pétrodollars comme l’Arabie Saoudite, ils pensent que porter atteinte à la Syrie va saper l’Iran sur une base sectaire. Pour la Turquie, ils pensent que si les Frères musulmans contrôlent le reste de la région, ils seront très à l’aise, ils seront très heureux, ils feront en sorte que leur avenir politique soit garanti. Ils ont donc des plans et des objectifs différents.

Charlie Rose : Mais en même temps, comme je le disais, vous avez utilisé le Hezbollah et obtenu le soutien de l’Iran, de la Russie. Alors, qu’est-ce qui se passe ici. Est-ce une sorte de guerre qui n’existe que grâce aux soutiens des deux côtés ?

Président al-Assad : C’est de la coopération, je ne sais pas ce que vous entendez par soutien. Nous avons une coopération avec des pays depuis des décennies. Pourquoi parler de cette coopération aujourd’hui ?

Charlie Rose : Alors dites-le moi, qu’est-ce que vous recevez de l’Iran ?

Président al-Assad : Un soutien politique. Nous avons des accords avec de nombreux pays, dont l’Iran, dont la Russie, y compris avec d’autres pays sur différentes choses, y compris l’armement. C’est de la coopération comme toute coopération entre deux pays, ce qui est normal. Ce n’est pas lié à la crise. Vous n’appelez pas ça un soutien, parce que vous payez pour ce que vous obtenez. Ainsi, on ne peut pas l’appeler un soutien, c’est une coopération. Appelez ça comme vous voulez, mais le mot « soutien » n’est pas correct. De la Russie par exemple, nous recevons un soutien politique, ce qui est différent de la coopération. Nous avons une coopération depuis 60 ans maintenant, mais actuellement nous avons un soutien politique.

Charlie Rose : Eh bien, les Russes ont dit qu’ils vous soutenaient, mais au-delà d’une coopération politique. Je veux dire par là qu’ils ont des traités signés avec la Syrie.

Président al-Assad : Exactement.

Charlie Rose : Et ils fournissent toutes sortes d’armes défensives.

Président al-Assad : Vous avez dit traités, et un fonctionnaire russe a dit, nous n’avons pas d’accord… de contrats à respecter, et ces contrats sont comme pour n’importe quel pays, vous achetez de l’armement, vous achetez ce que vous voulez.

Charlie Rose : Mais croyez-vous que cela est devenu un conflit entre sunnites et chiites ?

Président al-Assad : Non, pas encore. C’est ce que les Saoudiens ont en tête, et c’est dans l’esprit des Wahhabites.

Charlie Rose : Et dans l’esprit des Iraniens ?

Président al-Assad : Non, non, en fait ils font le contraire. Ils ont essayé d’ouvrir des voies avec les Saoudiens, avec de nombreuses autres entités islamiques dans la région afin de parler de la société islamique, et non pas de sociétés sunnites et chiites.

Charlie Rose : Y a-t-il eu un moment pour vous, quand vous avez vu le printemps arabe approcher la Syrie, où vous vous êtes dit « J’ai vu ce qui s’est passé en Libye, j’ai vu ce qui s’est passé en Tunisie, j’ai vu ce qui s’est passé en Egypte, ça ne va pas arriver à Bachar al-Assad. Je me battrai contre quiconque qui essaie de renverser mon régime avec tout ce que j’ai. »

Président al-Assad : Non, pour une raison : parce que la première question que je me pose est : ai-je le soutien du peuple ou non. C’est la première question que je me suis posée en tant que président. Si je n’ai pas le soutien du peuple, s’il y a le soi-disant « printemps arabe » – ce n’est pas le printemps, de toute façon – mais que ce soit le cas ou pas, sans le soutien du peuple, il faut abandonner, il faut partir. Avec le soutien du peuple, quelles que soient les circonstances, il faut rester. C’est votre devoir, vous devez aider les gens, il faut servir le peuple.

Charlie Rose : Quand vous dites « soutien du peuple », certaines pointent du doigt la Syrie et disent qu’une secte minoritaire alaouite contrôle une population majoritairement sunnite, et parlent de « dictature », et qu’ils peuvent le faire grâce à la puissance de leurs propres instruments de pouvoir. C’est de ça dont vous bénéficiez, pas de l’appui du peuple, dans cette guerre entre Syriens.

Président al-Assad : Aujourd’hui, ça fait deux ans et demi, d’accord ? Deux ans et demi et la Syrie résiste encore aux Etats-Unis, à l’Occident, à l’Arabie saoudite, aux pays les plus riches de la région, y compris la Turquie, et, compte tenu de ce que votre question implique que même la grande majorité ou la majorité de la population syrienne serait contre moi, comment puis-je encore résister ? Suis-je un surhumain ou Superman, ce n’est pas le cas !

Charlie Rose : Ou vous avez une armée puissante.

Président al-Assad : L’armée est issue du peuple, elle n’est pas composée de robots. Elle est faite de gens.

Charlie Rose : Vous n’êtes sûrement pas en train de suggérer que cette armée n’est pas à vos ordres et aux ordres de votre famille.

Président al-Assad : Qu’entendez-vous par « aux ordres de la famille ?

Charlie Rose : La volonté de votre famille. Votre frère est dans l’armée. L’armée a été… tout observateur de la Syrie estime que c’est un pays contrôlé par votre famille et contrôlé par les Alaouites qui sont vos alliés. C’est ça le contrôle.

Président al-Assad : Si c’était le cas – ce que vous dites – nous n’aurions pas résisté pendant deux ans et demi. Nous aurions vu l’armée se désintégrer, et se désintégrer l’ensemble de l’institution de l’État, nous aurions assisté à une désintégration de la Syrie, si tel était le cas. Ce serait intolérable en Syrie. Je parle de la réaction normale de la population. Si ce n’est pas une armée nationale, elle ne peut pas bénéficier de l’appui, et si elle n’a pas le soutien de chaque secte, elle ne peut pas faire son travail, et accomplir les progrès récents. Elle ne peut pas. L’armée d’une famille ne mène pas une guerre nationale.

Charlie Rose : Certains diront que vous n’avez pas eu ce soutien, car en fait les rebelles gagnaient avant que vous n’obteniez le soutien du Hezbollah et un soutien plus large des Iraniens, que vous étiez en train de perdre et puis ils sont venus et vous ont donné du cou de main et vous avez pu au moins commencer à gagner, à obtenir au moins un match nul.

Président al-Assad : Non, le contexte est incorrect, parce que parler de gagner ou de perdre, c’est comme si vous parliez de deux armées qui s’affrontent, ce qui n’est pas le cas. Ce sont des gangs, en provenance de l’étranger pour infiltrer les zones habitées, tuer les gens, prendre leurs maisons, et tirer sur l’armée. L’armée ne peut pas faire la même chose, et l’armée n’est pas présente partout.

Charlie Rose : Mais ils contrôlent une grande partie de votre pays.

Président al-Assad : Non, ils sont allés partout où l’armée était absente, et l’armée y est allée pour nettoyer la zone et les chasser. Ils n’attaquent pas l’armée dans une zone que l’armée a occupé et reprise. C’est complètement différent, ce n’est pas correct, ou ce n’est pas précisément ce que vous dites. C’est donc complètement différent. Ce que l’armée est en train de faire est de nettoyer de ces zones, et l’indication que l’armée est forte, c’est qu’elle progresse dans ce domaine. Elle n’est jamais allée à un endroit sans pouvoir y entrer – c’est une indication. Comment cette armée pourrait le faire si c’était l’armée d’une famille ou l’armée d’une secte ? Qu’en est-il du reste du pays qui soutient le gouvernement ? Ce n’est pas réaliste, ça n’arrive pas. Sinon, tout le pays s’effondrerait.

Charlie Rose : Un petit point sur l’implication américaine ici. Le Président a été beaucoup critiqué parce qu’il n’a pas accordé plus de soutien aux rebelles. Comme vous le savez, il y a eu une dispute entre ses propres conseillers, de la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, du directeur de la CIA David Petraeus, le Département de la Défense, Leon Penetta, secrétaire à la Défense, et d’autres, qu’il aurait du aider les rebelles il y a deux ans, et que nous serions dans une situation très différente, et donc que le Président n’a pas suffisamment apporté de soutien aux rebelles, de l’avis de beaucoup de gens. Et il y a des critiques selon qui lorsque la décision a été récemment prise d’apporter ce soutien, ce soutien n’est pas parvenu aux rebelles parce qu’il y a une inquiétude quant à la composition de la rébellion.

Président al-Assad : Si l’administration américaine veut soutenir Al- Qaïda – allez-y. C’est ce que nous leur dirions, allez-y et soutenez Al-Qaïda, mais ne parlez pas de rebelles ou d’armée syrienne libre. La majorité des combattants sont désormais Al-Qaïda. Si vous souhaitez les soutenir, vous soutenez Al- Qaïda, vous créez le chaos dans la région, et si cette région n’est pas stable, le monde entier ne pourra pas l’être.

Charlie Rose : Sauf votre respect, monsieur, la plupart des gens ne croient pas que la majorité des forces soient Al-Qaïda. Oui, il y a un certain nombre de gens qui sont affiliés à Al-Qaïda et qui sont ici et qui souscrivent aux principes d’Al-Qaïda, mais ce n’est pas la majorité des forces, comme vous le savez. Vous savez que la composition qui se battent contre votre régime diffère selon les régions en Syrie.

Président al-Assad : Les responsables américains doivent apprendre à composer avec la réalité. Pourquoi les Etats-Unis échouent-ils dans la plupart de leurs guerres ? Parce que leurs guerres reposent toujours sur des informations erronées. Alors, qu’ils le croient ou non, c’est la réalité. Je dois être très clair et très honnête. Je ne vais pas leur demander de croire s’ils ne veulent pas croire. C’est la réalité, je vous dis la réalité de notre pays. Nous vivons ici, nous savons ce qui se passe, et ils doivent écouter les gens d’ici. Ils ne peuvent pas écouter uniquement leurs médias ou leurs centres de recherche. Ils ne vivent pas ici, personne ne vit ici à part nous. Donc, c’est la réalité. S’ils veulent croire, c’est bien, ça va les aider à comprendre la région et à mieux réussir dans leur politique.

Charlie Rose : Beaucoup de gens pensent que ce n’est pas une situation tenable, que cette guerre ne peut pas continuer, parce que le coût pour la Syrie est trop élevé. Trop de morts – une centaine de milliers et ça continue, un trop grand nombre de réfugiés, trop de destructions, l’âme d’un pays en danger. Si c’était pour le bien du pays, seriez-vous prêt à quitter le pouvoir ?

Président al-Assad : Cela dépend de la relation entre mon poste et le conflit. Nous ne pouvons pas discuter juste pour dire que je dois démissionner. Démissionner, pourquoi, et quel est le résultat attendu ? Ca c’est la première chose. Ensuite, quand vous êtes au milieu d’une tempête, quitter votre pays simplement parce que vous devez le quitter sans aucun motif raisonnable, cela signifie que vous abandonnez votre pays et ça c’est une trahison.

Charlie Rose : Vous dites que ce serait une trahison pour vous de quitter le pouvoir à cause de vos devoirs envers le pays ?

Président al-Assad : Sauf si le peuple le demande.

Charlie Rose : Comment le sauriez-vous ?

Président al-Assad : Par les deux ans et demi de résistance. Sans le soutien du peuple, on ne résiste pas pendant deux ans et demi. Regardez les autres pays, regardez ce qui s’est passé en Libye, en Tunisie et en Egypte.

Charlie Rose : Vous êtes inquiet à ce sujet, de ce qui est arrivé à Kadhafi ?

Président al-Assad : Non, nous sommes inquiets que les rebelles prennent le contrôle dans de nombreux pays, et regardez les résultats. Êtes-vous satisfait en tant qu’Américain ? Quels sont les résultats ? Rien. Très mauvais – rien de bon.

Charlie Rose : Il y avait un rapport récemment dont vous avez parlé, ou un de vos représentants en a parlé, une sorte d’accord dans lequel vous et votre famille quitteraient le pays si on vous garantissait un sauf-conduit, si vous étiez assurés qu’il n’y aurait aucune poursuite pénale. Vous êtes au courant de ces rapports ?

Président al-Assad : Nous avons reçu de telles garanties dès le premier jour de la crise.

Charlie Rose : En raison de vos actes ?

Président al-Assad : Non, en raison des objectifs politiques dont j’ai parlé. Pour certains, je devais partir, tout simplemen. Ils ont donc dit « nous avons toutes les garanties si vous voulez partir, et tout l’argent et tout ce que vous voulez. » Bien sûr, il suffit de l’ignorer.

Charlie Rose : On vous a donc offert cette possibilité ?

Président al-Assad : Oui, mais il ne s’agit pas de moi, encore une fois, ce combat n’est pas mon combat, ce n’est pas la lutte du gouvernement, c’est la lutte du pays, du peuple syrien. C’est ainsi que nous voyons les choses. Il ne s’agit pas de moi.

Charlie Rose : Il ne s’agit pas de vous ?

Président al-Assad : Il s’agit de tous les Syriens.

Charlie Rose : Comment finira cette guerre ? Quelle est la fin de partie ?

Président al-Assad : C’est très simple, une fois que les pays occidentaux cessent de soutenir les terroristes et de faire pression sur les pays marionnettes et serviles tels que l’Arabie saoudite et la Turquie et d’autres, il n’y aura plus de problème en Syrie. Il sera résolu facilement, parce que ces combattants, la partie syrienne dont vous parlez, a perdu son terreau naturel dans la société syrienne – ils n’ont plus de terreau, c’est pourquoi ils doivent en chercher à l’étranger. Ils ont besoin d’argent de l’étranger, ils ont besoin de soutien moral et un soutien politique à l’étranger. Ils n’ont pas de base, pas de terreau. Ainsi, en arrêtant la contrebande, on règle les problèmes.

Charlie Rose : Oui, mais en même temps, comme je l’ai déjà dit, vous avez le soutien de l’étranger. Il y a ceux qui disent que vous ne seriez pas en mesure de survivre sans le soutien de la Russie et de l’Iran. Votre gouvernement ne serait pas en mesure de survivre.

Président al-Assad : Non, ce n’est pas moi, je n’ai pas de soutien. Pas moi, mais toute la Syrie. Chaque accord est conclu entre toutes les classes et tous les secteurs de la Syrie ; gouvernement, population, commerce, militaire, culturel, tout, c’est comme la coopération entre votre pays et tout autre pays dans le monde. C’est la même coopération. Il ne s’agit pas de moi, ce n’est pas un soutien de crise.

Charlie Rose : Je voulais dire votre gouvernement. Vous dites que les rebelles ne survivent que parce qu’ils ont le soutien de l’Arabie saoudite et de la Turquie et des Etats-Unis et du Qatar peut-être, et je dis que vous ne survivez que parce que vous avez le soutien de la Russie et de l’Iran et du Hezbollah.

Président al-Assad : Non, l’aide extérieure ne pourra jamais remplacer le soutien intérieur, jamais, c’est certain. Et l’exemple que nous devons examiner de près, c’est l’Egypte et la Tunisie. Ils ont tout le soutien de l’Occident et du Golfe et de la plupart des pays du monde. Quand ils n’ont pas eu le soutien à l’intérieur de leur pays, ils n’ont pu tenir plus de – combien ? – trois semaines. Donc, la seule raison pour laquelle nous sommes ici depuis deux ans et demi, c’est parce que nous avons le soutien interne, l’appui du peuple. Alors tout soutien extérieur, si vous voulez appeler ça du soutien alors employons ce terme, c’est… comment dire… ça vient en plus, mais ce n’est pas sur cette base là qu’il faut s’appuyer, pas plus qu’en Syrie.

Charlie Rose : Vous et moi avons parlé de cela auparavant, nous nous souvenons de Hama et votre père, Hafez al Assad. Il a … impitoyablement… entrepris l’élimination des Frères musulmans. Etes-vous simplement en train d’imiter votre père ?

Président al-Assad : Je ne sais pas ce que vous entendez par impitoyablement, je n’ai jamais entendu parler d’une guerre douce. Avez-vous déjà entendu parler d’une guerre douce ? Il n’y a pas de guerre douce. La guerre est la guerre. Toute guerre est impitoyable. Quand vous combattez les terroristes, vous vous battez comme dans n’importe quelle autre guerre.

Charlie Rose : Alors, les leçons que vous avez apprises ici sont les leçons que vous avez apprises de votre père et de ce qu’il a fait à Hama, qui, dit-on, vous a influencé considérablement en termes de votre perception du devoir.

Président al-Assad : Question : que feriez-vous en tant qu’Américain si les terroristes envahissent votre pays d’un peu partout et commencent à tuer des dizaines de milliers d’Américains ?

Charlie Rose : Vous les appelez des terroristes, mais en fait il s’agit d’une révolution populaire, c’est ce que les gens croient, contrairement à vous, qui fait partie du printemps arabe qui a influencé d’autres pays.

Président al-Assad : la Revolution doit être être syrienne, elle ne peut pas être importée de l’étranger.

Charlie Rose : Elle n’a pas commencé de l’étranger, elle a commencé ici.

Président al-Assad : Ce que vous ne savez pas, c’est que ceux qui l’ont commencée ici soutiennent désormais le gouvernement. Ce que vous ne savez pas en tant qu’Américain, vous ne le savez pas en tant que journaliste. C’est pourquoi parler de ce qui s’est passé au tout début est complètement différent de ce qui se passe actuellement – ce n’est pas la même chose. Il y a une grande dynamique, les choses évoluent de jour en jour. C’est une image complètement différente. Ces gens qui voulaient la révolution coopèrent désormais avec nous.

Charlie Rose : Je vous le demande encore une fois, est-ce qu’en fait vous êtes le fils de votre père et croyez-vous que la seule façon de chasser les gens est de les éliminer comme votre père l’a fait ?

Président al-Assad : Pour être indépendant ? Oui. Pour lutter contre les terroristes ? Oui. Pour défendre le peuple syrien et le pays ? Oui.

Charlie Rose : Quand je vous ai interviewé pour la première fois, il était question de Bashar al-Assad… qui représentait l’espoir, la réforme. Ce n’est plus ce qu’ils disent.

Président al-Assad : Qui ?

Charlie Rose : Les gens qui écrivent sur vous, les gens qui parlent de vous, les gens qui analysent la Syrie et votre régime.

Président al-Assad : Exactement. L’espoir d’un Américain diffère de celui d’un Syrien. Selon moi, je dois être l’espoir de la Syrie, pas l’espoir de quelqu’un d’autre, pas l’espoir d’un américain, ni d’un français, ni de quelqu’un d’autre. Je suis président pour aider le peuple syrien. Donc, cette question doit être posée du point de vue syrien. S’il y a eu ou non des changements relatifs à cet espoir, c’est au peuple syrien qu’il faut poser la question, et à personne d’autre.

Charlie Rose : Mais maintenant, ils vous qualifient – ce sont leurs propres termes – de boucher. On vous compare aux pires dictateurs que le monde a jamais connus. L’emploi d’armes qui vont au-delà de la guerre. Tout ce qu’on peut dire de mal sur un dictateur, ils sont en train de le dire sur vous.

Président al-Assad : Tout d’abord, lorsque vous avez un médecin qui doit amputer une jambe pour sauver un patient de la gangrène, on ne l’appelle pas un boucher, on l’appelle un médecin, et on le remercie de sauver des vies. Quand vous avez le terrorisme, vous avez une guerre. Quand vous avez une guerre, vous avez toujours des victimes innocentes qui pourraient être les victimes de n’importe quelle guerre. Nous n’avons donc pas à discuter de l’image en Occident avant de discuter de l’image en Syrie. C’est ça la question.

Charlie Rose : Ce n’est pas seulement l’Occident. Je veux dire que c’est l’Est et le Moyen-Orient, et je veux dire, vous savez, le monde entier a le regard braqué sur la Syrie. Nous avons vu des atrocités des deux côtés, mais du votre aussi. Ils ont vu la brutalité d’un dictateur qui, disent-ils, vous classe dans la catégorie des pires.

Président al-Assad : Nous devons donc permettre aux terroristes de venir tuer des Syriens et détruire le pays beaucoup, beaucoup plus. C’est comme ça qu’on devient un bon président ? C’est ce que vous laissez entendre.

Charlie Rose : Mais vous ne pouvez pas admettre l’idée qu’il y a une opposition à votre gouvernement à l’intérieur de la Syrie. C’est quelque chose que vous ne pouvez pas imaginer.

Président al-Assad : D’avoir une opposition ? Nous l’avons, et vous pouvez aller les rencontrer. Nous avons certains d’entre eux au sein du gouvernement, nous avons certains d’entre eux hors du gouvernement. Ils sont l’opposition. Elle existe.

Charlie Rose : Je parle de ceux qui se battent contre vous.

Président al-Assad : L’opposition est différente du terrorisme. L’opposition est un mouvement politique. L’opposition ne veut pas prendre les armes et tuer des gens et tout détruire. Les gens à Los Angeles dans les années 90 [émeutes violentes – NdT] – vous les appelez des rebelles ou l’opposition ? Comment les Britanniques ont-ils appelés les rebelles d’il y a moins de deux ans à Londres ? Les ont-ils appelés opposition ou rebelles ? Pourquoi devrions-nous les appeler opposition ? Ce sont des rebelles. Ce ne sont même pas des rebelles, ce sont des coupeurs de têtes. Une opposition qui s’oppose à un pays ou gouvernement avec des décapitations ? En faisant des barbecues avec des têtes ? En mangeant le cœur de leurs victimes ? C’est une opposition, ça ? Qu’est-ce que vous appelez les gens qui ont attaqué les deux tours, le 11 Septembre ? L’opposition ? Même s’ils ne sont pas Américains, je le sais, mais il me semble que l’un d’entre eux avait la nationalité américaine. Ce sont pour vous des opposants ou des terroristes ? Pourquoi devriez-vous utiliser un terme aux États-Unis et en Angleterre et peut-être dans d’autres pays et utiliser un autre terme en Syrie ? Il s’agit d’un double standard que nous n’acceptons pas.

Charlie Rose : Un jour je vous ai demandé ce que vous craignez le plus et vous avez répondu la fin de la Syrie en tant qu’état laïc. Est-ce déjà le cas ?

Président al-Assad : D’après ce que nous avons vu récemment dans les zones contrôlées par les terroristes, où ils interdisent aux gens d’aller à l’école, interdisent aux jeunes hommes de raser leurs barbes, et où les femmes doivent être couvertes de la tête aux pieds, bref, là où ils vivent à la manière des Talibans en Afghanistan, totalement avec le même mode de vie, à échéance, oui, il y a de quoi être inquiet. Parce que l’État laïque doit refléter la société laïque, et cette société laïque, avec le temps, si vous ne vous débarrassez pas de ces terroristes et ces extrémistes et du mode de vie wahhabite, bien sûr, celle-ci exercera une influence sur les nouvelles générations et celles à venir. Donc, nous ne nions pas sa présence, nous sommes toujours un état laïc, mais avec le temps, cette laïcité sera érodée.

Charlie Rose : Monsieur le Président, je vous remercie de nous avoir permis d’avoir cette conversation à propos de la Syrie et de la guerre qui y règne ainsi que de l’avenir du pays. Je vous remercie.

Président al-Assad : Je vous remercie d’être venu en Syrie.

Traduction « charlie, t’es pas un peu lourdaud des fois ? » par VD pour le Grand Soir avec probablement plus de fautes et de coquilles que d’habitude eu égard à la longueur de ce truc.

Version corrigée, 18/9 11h00

EN COMPLEMENT

vidéo VO : http://www.cbsnews.com/8301-505263_162-57601924/assad-u.s-does-not-hav…

Retranscription en anglais : http://sana.sy/eng/21/2013/09/10/501729.htm

http://www.legrandsoir.info/interview-de-bashar-al-assad-par-cbs-news-texte-complet-en-francais.html

Comment stopper Obama ? Paul Craig Roberts


ObamaStopBeaucoup se demandent ce qui peut être fait pour arrêter l’attaque américaine qui se prépare contre la Syrie.

Deux choses peuvent être faites.

L’une d’entre elles serait que le Congrès américain se rende compte qu’il ne doit pas sauver la face de l’Amérique, en approuvant une politique qui a été rejetée par le reste du monde, y compris par le plus proche allié de Washington, la Grande-Bretagne ; en approuvant ce que le Secrétaire général de l’ONU et le Président de la Russie ont clairement et sans équivoque montré comme un crime de guerre selon le droit international. Le congrès ne doit pas essayer de sauver la réputation de l’Amérique. Prendre la mauvaise décision pour sauver la face n’aboutira pas.

Dans le cas où le Congrès ne parviendrait pas à comprendre les véritables enjeux et voterait pour soutenir une action criminelle, la deuxième chose qui peut être faite pour arrêter l’attaque est qu’un grand nombre de pays dans le monde – la Chine, l’Inde, le Japon, le Brésil, l’Australie, le Canada , l’Iran, l’Afrique du Sud, les pays-européens et sud-américains – ajoutent leurs déclarations claires et sans équivoque à celles du Secrétaire général de l’ONU et du Président Poutine, qu’une attaque américaine contre la Syrie qui n’est pas autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU est un crime de guerre. L’expression par les gouvernements du monde entier de cette déclaration véridique ferait comprendre à Washington qu’il est isolé de la communauté internationale. Qu’Obama procède à un acte d’agression face à l’opposition unie détruirait toute influence du gouvernement américain et il serait impossible pour les responsables du régime Obama de voyager à l’étranger ou de faire des affaires avec d’autres gouvernements. Quel gouvernement ferait des affaires avec un gouvernement criminel de guerre ? Il appartient aux gouvernements du monde de faire comprendre à Washington que le gouvernement américain n’est pas au-dessus des lois et aura des comptes à rendre.

Notez les rapports qui proviennent des bureaux du Congrès de l’absence totale de soutien pour l’attaque contre la Syrie d’Obama. Le monde entier est en train de regarder le régime Obama démontrer son total mépris de la volonté du peuple. Le régime Obama montre que la démocratie américaine est un canular. http://www.wnd.com/2013/09/calls-to-congress-244-to-1-against-syria-war/

Traduction : Avic

http://www.paulcraigroberts.org/2013/09/05/how-to-stop-obamas-military-aggression-against-syria-paul-craig-roberts/

 

Craig Roberts withkitties_150_120Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

Quand François Hollande disait non à la guerre !


ASSEMBLEE-POLITIQUE-HOLLANDEFrançois Hollande

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE DU JEUDI 27 FÉVRIER 2003 – Débat sur l’Irak

Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, la guerre peut-elle être évitée ? Telle est la terrible question qui se pose.

Face à la détermination américaine de recourir – c’est dit et répété – à bref délai à la force, face à l’inconstante volonté irakienne de désarmer, il est vrai que les chances de paix peuvent paraître faibles. A moins que l’on pense, comme nombre d’entre nous ici, que la primauté du droit, que le rôle des Nations unies, que le poids des opinions publiques peuvent l’emporter sur le déchaînement irréfléchi des armes.

Une guerre, surtout lorsqu’elle procède de la communauté internationale elle-même, est un acte grave. Elle ne peut être justifiée que par des motifs impérieux, c’est-à-dire par des dangers majeurs pour la sécurité du monde et par des violations caractérisées du droit international.

Ce furent ces raisons-là qui nous conduisirent, en 1991, à approuver une intervention militaire au nom de l’ONU en Irak, après l’invasion du Koweït par les troupes de Saddam Hussein. Ce furent aussi ces considérations qui nous conduisirent à participer aux opérations du Kosovo. Ce furent également ces raisons qui, après l’abominable attentat du 11 septembre, justifièrent l’intervention des Nations unies pour renverser le régime des talibans en Afghanistan, dès lors que les liens entre ce régime et Al Qaïda étaient non seulement démontrés mais encore proclamés.

Nous sommes pour la paix. C’est notre tradition, notre volonté, notre aspiration. Mais nous avons toujours su prendre nos responsabilités en acceptant le conflit avec ses risques, chaque fois qu’il pouvait permettre de préserver la stabilité et la primauté du droit.

Or, aujourd’hui, rien ne justifie la guerre et tout commande de la prévenir, c’est-à-dire de l’empêcher.

Les conditions, nous l’avons dit, ne sont pas réunies.

Aucune preuve n’a été apportée que l’Irak possède toujours des armes de destruction massive et a les capacités de les utiliser. Les inspections ont pu reprendre leur travail. Elles obtiennent des résultats et même, cela a été dit ici, plus de résultats depuis dix ans en termes de désarmement que n’en avait eus l’intervention militaire en Irak en 1991. Les inspecteurs doivent pouvoir bénéficier du temps nécessaire. Aujourd’hui, Hans Blix a fixé le calendrier et annoncé qu’il avait besoin pour son travail de plusieurs mois encore.

Aucun lien n’a pu être établi, malgré toutes les affirmations américaines, qui n’ont jamais été avérées, entre le régime irakien et Al Qaïda.

Pourquoi faire la guerre si le désarmement par la paix avance et que le monde et les voisins de l’Irak ne sont pas aujourd’hui directement menacés ?

Comment faire comprendre aux peuples, et notamment à l’opinion arabe, que le désarmement en Irak devrait être organisé par la force quand il est entravé en Corée du Nord ou ignoré tout simplement au Pakistan, alors même que les armes concernées sont nucléaires ?

Comment faire admettre qu’une guerre serait nécessaire pour chasser un dictateur, Saddam Hussein, quand tant d’autres sont tolérés voire encouragés ou utilisés dans cette partie du monde ?

Comment faire partager l’objectif d’une intervention militaire au nom d’un respect insuffisant des résolutions de l’ONU quand des manquements sont aussi relevés au Proche-Orient, dans la totale indifférence de la seule puissance, en l’occurrence les Etats-Unis d’Amérique, qui pourrait se faire entendre dans cette région, notamment d’Israël ?

Pourquoi, François Mitterrand le demandait déjà en 1991, deux poids, deux mesures ? Pourquoi faudrait-il faire la guerre en Irak quand ailleurs on essaie de procéder autrement ?

Nous devons poursuivre, vous l’avez dit, monsieur le Premier ministre, tous les efforts de désarmement par la paix.

La France a pris des initiatives, l’ONU les a approuvées, il faut marquer jusqu’au bout le refus de cette guerre dans le contexte international actuel.

La guerre, si elle se produisait, aurait bien évidemment des conséquences graves sur les populations civiles en Irak. Elle offrirait à Saddam Hussein une nouvelle occasion de créer une solidarité morbide dans le cadre d’une tragédie humaine. La guerre déstabiliserait profondément l’Irak, nous le savons, avec un risque d’éclatement et de séparatisme. Elle aurait des effets directs dans la région, avec une possible intervention turque au Kurdistan et une réaction des Iraniens dès lors que les chiites pourraient être éventuellement impliqués. Elle risquerait de renforcer les tensions entre Israéliens et Palestiniens, avec, là aussi, la tentation de passer en force. Elle accentuerait la prolifération de la menace terroriste alors que cette guerre prétend précisément la prévenir. Elle consacrerait l’unilatéralisme des Etats-Unis d’Amérique pour décider du sort du monde, c’est-à-dire de la paix ou de la guerre, en fonction des seuls critères, des seuls intérêts de la puissance principale.

Ce qui est en cause, ce n’est pas simplement le désarmement nécessaire de l’Irak, ce n’est pas simplement le renversement souhaitable de Saddam Hussein. Ce qui est en cause, c’est une conception du monde, c’est une forme de régulation des conflits internationaux, c’est le rôle des Nations unies, c’est la primauté du droit.

C’est une véritable bataille pour la paix et pour le droit qui est engagée.

Il faut croire en notre capacité de gagner cette bataille-là. On peut, on doit y arriver. C’est ce que disait Gerhard Schröder il y a deux jours.

Nous avons, monsieur le Premier ministre, suffisamment de critiques à l’encontre de notre politique économique et sociale pour, aujourd’hui, vouloir joindre tous nos efforts aux vôtres, sur cette question aussi essentielle que la paix ou la guerre, afin d’essayer de peser davantage.

La France est forte chaque fois qu’elle est unie sur une ligne claire. Dès lors que nous pouvons aujourd’hui, avec l’appui de l’opinion publique, avec une majorité de Français, défendre ensemble certaines positions, ne nous privons pas de cette chance.

Des foules considérables se sont mobilisées ces dernières semaines. Elles se sont mises en marche notamment dans les pays où les gouvernements étaient plutôt enclins à suivre les Etats-Unis d’Amérique : je pense à l’Angleterre, à l’Italie, à l’Espagne, et aux Etats-Unis mêmes.

Cette mobilisation des opinions publiques, cette prise de conscience citoyenne à l’échelle du monde constitue un atout décisif pour la période qui s’ouvre. Désormais, il s’agit de tenir bon. Le choix est, comme vous l’avez dit, monsieur le Premier ministre, entre une deuxième résolution à l’initiative de l’administration américaine ou le renforcement de l’action des inspecteurs du désarmement pour la paix. Toutes les initiatives doivent être prises, toutes les négociations engagées pour éviter une deuxième résolution et, si celle-ci était déposée, pour constituer une majorité qui la repousse.

Mais nous devons aussi savoir que, si nous voulons repousser cette résolution, les pressions se feront plus intenses sur les pays récalcitrants au Conseil de sécurité. Nous imaginons bien comment les manquements, même partiels, de l’Irak aux contrôles des inspecteurs pourront être utilisés. Nous savons la confusion que peuvent entretenir les Etats-Unis d’Amérique, notamment, entre le refus de la résolution et le soutien implicite de Saddam Hussein.

Si nous voulons que la résolution américaine ne soit pas adoptée, tout dépend de nous, de notre capacité de conviction, de notre détermination. La France doit prendre ses responsabilités et aller jusqu’au bout : c’est-à-dire user, le cas échéant, du droit de veto pour éviter l’aventure, la fuite en avant et le déchaînement des passions et des armes.

Monsieur le Premier ministre, le droit de veto n’est pas simplement, comme on le dit souvent, une arme de dissuasion, ni une menace, un moyen de chantage ou, pire encore, une agression. Le veto, c’est d’abord une façon de dire non à la guerre préventive. Le veto, c’est le moyen que possède la France – mais pas seulement elle – de ne pas donner une couverture légale à une intervention militaire illégitime. Le veto, c’est ne pas fournir le drapeau de l’ONU à une cause qui n’est pas celle du monde, mais celle de l’administration Bush. Le recours éventuel au veto, comprenons-le tous, est la suite logique de la position de la France, dès lors qu’elle considère sincèrement que cette guerre est inutile et dangereuse.

Certes, nous n’en sommes pas encore là. Mais le moment décisif approche, à mesure que la discussion de la résolution au Conseil de sécurité se précise. C’est pourquoi je demande, au nom des socialistes, qu’un autre débat, cette fois-ci avec vote, puisse être prévu au Parlement avant que la France n’ait à faire connaître sa décision.

Mais je le dis fermement dès à présent, exclure a priori le droit de veto, comme je l’entends parfois, c’est affaiblir la position de la France dans la négociation diplomatique qui s’engage.

On nous objectera que l’opposition de la France créerait une rupture irréversible dans nos relations avec les Etats-Unis. Mais ce ne serait pas la première fois dans notre histoire. Je me souviens du départ de la France des instances militaires de l’OTAN, en 1966, et de nos contentieux à l’occasion de la guerre du Vietman. Nous avons toujours réussi, entre alliés, à surmonter ces querelles parce que nos deux pays, cela a été dit avant moi, sont liés par leur histoire, par des dettes respectives et qu’ils partagent, heureusement, sur la liberté, les mêmes valeurs.

En l’occurrence, il ne s’agit pas d’un conflit d’intérêts, ni d’un défaut de solidarité d’un allié à un maître. Nous avons dit notre horreur des attentats du 11 septembre. Il s’agit en fait, bien plus que d’une divergence sur la seule question irakienne, d’une divergence entre nous, Américains et Français, et je l’espère Européens, sur la conception du monde. Il s’agit d’une divergence sur l’utilisation de la force.

Nous considérons que la conception du monde qu’ont aujourd’hui les Etats-Unis est dominatrice et déstabilisatrice.

La crise irakienne est à cet égard décisive. Si elle se dénoue par la force, le processus, nous le sentons, ne s’arrêtera pas là. De nouvelles crises surgiront et il ne sera pas possible d’arrêter la stratégie américaine à l’échelle de la planète. Si, en revanche, nous obtenons que la crise irakienne se dénoue par la négociation au sein de l’ONU, c’est la communauté internationale, et pas simplement la France ou l’Europe, qui en sortira renforcée.

Certes, le rejet par le Conseil de sécurité de la résolution américaine peut ne pas décourager George Bush d’intervenir unilatéralement. Mais il sait aussi que son choix serait périlleux, pour l’ouverture même du conflit et surtout pour l’après-guerre. Comment gérer l’après-guerre dans la région sans la caution de l’ONU, sans la participation de l’Europe ?

De ce point de vue, nous avons un argument de dissuasion essentiel : les Etats-Unis ont besoin de l’ONU. Sans l’ONU, il n’est pas possible de prolonger une intervention. C’est la raison pour laquelle nous devons, au Conseil de sécurité, faire prévaloir le droit et empêcher les Etats-Unis de faire passer leur résolution.

Reste la question de Saddam Hussein.

Vouloir la paix n’est pas tolérer son régime. Saddam Hussein est un dictateur – on l’a dit et répété – de la pire espèce. Il a tué ses opposants, détourné les produits financiers de la résolution « pétrole contre nourriture », et il affame son peuple.

Il faut donc toujours donner la priorité à la pression, faire en sorte qu’il soit obligé de désarmer, soutenir l’opposition démocratique et désolidariser son peuple de ce dictateur.

Sans doute, le mieux serait qu’il parte, et même qu’il puisse être jugé par la Cour pénale internationale. Le paradoxe est que les Etats-Unis ne reconnaissent pas la Cour pénale internationale. Ils ont même signé des conventions pour assurer l’impunité de certains pays à cet égard.

Comment proclamer l’ingérence pour chasser un dictateur si, au départ, on n’affirme pas la primauté de la justice internationale pour condamner les dictateurs ? Pour nous, la paix n’est pas l’impunité. Pas plus que la guerre n’est la justice. Il faut réussir à faire la paix et à juger les responsables.

Mais la crise que nous traversons nous oblige, quelle qu’en soit l’issue, à repenser le rôle des Nations unies et l’avenir de l’Europe.

Les institutions internationales doivent être renforcées. C’est une priorité. C’est la condition indispensable pour la paix, mais aussi pour le développement, pour la stabilité financière et pour la préservation de la planète. Cela exige de compléter les traités, d’amplifier les moyens et de démocratiser le fonctionnement des institutions internationales.

Face à la stratégie américaine, qui n’est rien d’autre que le retour à l’impérialisme, à l’unilatéralisme, avec cette fois peut-être un élément personnel, presque religieux, apporté par George Bush, il convient de mettre en place un monde multipolaire. Il faut instaurer un système fondé sur le droit, qui constitue la seule protection du faible contre le fort.

La France doit promouvoir non seulement le droit international mais les institutions internationales, leur capacité d’agir. Elle doit renforcer leurs moyens et, de ce point de vue, la lutte pour une autre mondialisation est inséparable de la lutte pour la paix. C’est le même combat que lorsqu’il s’agit de fixer des règles pour la circulation des marchandises, pour la circulation des capitaux, qui doit être mené pour instaurer la paix. Nous partageons le même combat pour un autre monde, un monde de paix. De même, nous ne pouvons rester silencieux sur la question du Proche-Orient. Aucune initiative, ces derniers mois, n’a été prise. Aucune ouverture de négociation, de discussion, de dialogue n’a été encouragée. Aucune pression n’a été exercée, notamment sur le gouvernement israélien.

Là encore, monsieur le Premier ministre, la France doit jouer son rôle et pas simplement dire aux uns ou aux autres ce qu’ils ont envie d’entendre.

L’Europe doit aussi être notre prochain défi. Elle sort incontestablement affaiblie de l’épreuve de ces dernières semaines. L’unanimisme de façade n’a pas résisté, les divisions ont fait du mal et la solidarité atlantique a prévalu sur la solidarité européenne. Il faut donc ouvrir, comme cela a été dit avant moi un grand débat sur l’Europe, sur le projet européen. Et ce débat doit avoir lieu aussi dans cet hémicycle.

Voulons-nous une Europe des marchés ou une Europe de la solidarité ? Voulons-nous une Europe sociale ou une Europe qui se préoccupe simplement des acteurs économiques ? Voulons-nous une Europe qui ait un projet d’ensemble de développement ou une Europe qui se protège ?

Nous devons également avoir cette discussion sur les institutions, et pas simplement sur la présidence de l’Europe, même s’il y aurait beaucoup à dire. Nous devons aller jusqu’au bout du débat sur la défense européenne et savoir ce que nous acceptons nous-mêmes de consentir comme transferts de souveraineté.

Nous devons aussi avoir un débat sur la préparation de l’élargissement. A l’évidence, nous pouvons d’ores et déjà le dire, les travaux de la Convention devront être prolongés autant qu’il le faudra. Cette Convention européenne, qui doit déboucher sur une Constitution, est un moment trop important pour que, compte tenu de ce qui se passe, nous conservions le calendrier initialement prévu.

Si nous voulons ce grand débat, nous devons respecter les positions des uns et des autres et éviter la condescendance entre Européens, celle-là même que nous reprochons aux Américains à notre endroit. Nous devons essayer de comprendre l’histoire et la géographie de nos principaux partenaires pour ne pas les traiter comme des enfants, ce qui ne serait pas la meilleure façon de les faire grandir en bonne intelligence avec nous.

Le pire serait d’esquiver le débat, de masquer nos différences, les divergences entre Européens ou entre nous. L’essentiel est sans doute de faire vivre le couple franco-allemand, mais aussi de parler et d’agir avec tous. Il faut refonder une dynamique européenne à vingt-cinq – ce sera dur – mais aussi commencer à travailler sur l’avant-garde européenne, qui peut, notamment en matière de politique étrangère et de politique de défense, permettre un saut vers une Europe plus forte et plus solidaire.

Nous avons, monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, des jours difficiles devant nous. Nous vivons un moment important de l’histoire du monde, qui va au-delà de la seule question irakienne. Il s’agit aujourd’hui d’éviter non pas seulement une guerre, mais une suite de conflits suscités, au nom d’un ordre décidé unilatéralement par une seule puissance. Il s’agit non pas simplement d’empêcher les Etats-Unis d’intervenir en Irak, mais de régler, par la paix, un problème qui est posé à l’ensemble de la communauté internationale, celui du désarmement.

Il s’agit non pas uniquement d’arrêter une crise, mais de préserver la stabilité du monde. En cet instant, l’ONU doit se faire respecter. Elle joue là son avenir dans la période de l’après-guerre froide. L’Europe doit comprendre qu’elle est l’instrument d’un monde multipolaire et qu’elle ne peut pas être simplement une union agglomérant des intérêts de marché. L’Europe doit également comprendre que de sa capacité à intervenir dépend aussi la stabilité du monde. Enfin, la France doit porter son message universel, celui de la paix, du droit, de la justice internationale contre la force. Cette position, nous, les socialistes, nous voulons qu’elle soit tenue jusqu’au bout, sans relâche, sans faiblesse, sans fléchissement. Cette position, la nôtre, monsieur le Premier ministre, ne variera pas. C’est et ce sera toujours « Non à la guerre ! », et je souhaite, au plus profond de mon cœur, que ce soit aussi celle de la France.

François Hollande,
Assemblée Nationale,
Le 16 février 2003

Source : Non à la guerre !

Message de Poutine à Assad ….


bacharassadpoutineC’est Dampress qui publie le message de Poutine à Assad  où le président russe annonce son soutien tous azimuts à la Syrie.

C’est le représentant spécial du président Poutine qui, porteur d’un message a rencontré le président Assad et l’a assuré de son plein soutien.  » La Russie ne permettra pas qu’un seul missile ou une seule bombe s’abattent sur le territoire syrien . La Russie se tiendra droit aux côtés de l’Etat syrien » lit-on dans ce message. Ces derniers jours , la Russie n’a eu de cesse de mettre en garde contre toute action militaire contre la Syrie , venant des Etats6Unis et de leurs alliés . Moscou appelle Washington à être prudent , à respecter le droit international , à ne pas commettre une erreur historique.

Comment les USA imposent leur droit national dans le monde entier


usaLe droit international contemporain se fonde sur le principe de souveraineté nationale. Conformément à ce principe, le pouvoir de n’importe quel pays est souverain, autosuffisant sur le territoire national, et ne dépend pas du pouvoir d’un pays étranger.

Cela signifie que les lois nationales ne s’appliquent que dans les limites du pays, exception faite de certains cas expressément spécifiés. Il existe aussi le principe d’exterritorialité, lorsque le pays admet l’application sur le territoire national d’une loi étrangère dans le cas d’examen judiciaire des transactions commerciales extérieures ou des affaires de succession transfrontalières.

Or, les autorités américaines ont inversé de fait ces principes en conférant ouvertement à leur lois un caractère exterritorial, à l’image des lois sur les sanctions contre Cuba, la Corée du Nord, l’Iran, et au total pas moins de 14 pays « mal aimés » par l’Amérique.

En 2008, les États-Unis ont décrété des sanctions contre la société Rosoboronexport, qui représente l’État russe sur les marchés des armements sous prétexte de prolifération de technologies se prêtant à la création d’armes nucléaires et de missiles mais, formellement, pour avoir violé la loi américaine connue sous le nom de « Iran, North Korea and Syria Nonproliferation Act ».

Les lois exterritoriales permettent en fait aux États-Unis ne s’ingérer dans les affaires intérieures des autres États. Elles sont également utilisées comme outil d’intimidation. La Loi « Magnistki » en est le dernier exemple en date. Elle confère au président des États-Unis le droit de « bloquer » sur le territoire américain les comptes bancaires et les biens appartenant aux personnes portées sur la « liste noire » des violateurs des droits de l’homme. Cette loi s’étend tant aux sociétés américaines à proprement parler qu’à leurs succursales étrangères, bien qu’elles relèvent de la législation des pays où elles sont établies. C’est ainsi que le président des États-Unis a le droit de frapper également d’interdit « les personnes se trouvant dans les limites de la juridiction des États-Unis » ce qui inclut les sociétés étrangères contrôlées par des personnes physiques et morales américaines. Cela signifie en clair que même les sociétés fondées à l’étranger avec la participation de capitaux américains doivent se garder d’avoir affaire avec les personnes figurant sur la liste Magnitski. Or, les sociétés en question sont nombreuses, pour ne citer que les plus grands systèmes de paiements électroniques comme Visa et MasterCard, contrôlés par des sujets américains et pouvant de ce fait faire l’objet de pressions de la part des États-Unis. D’ailleurs, cela s’est déjà produit récemment, lorsque MasterCard avait bloqué les transferts des Européens au profit de WikiLeaks.

La loi américaine de 1977 sur la corruption à l’étranger (Foreign Corrupt Practices Act, FCPA) est appelée à sanctionner tant les sociétés américaines qu’étrangères pour corruption de fonctionnaires étrangers. Cette loi s’applique aux sociétés étrangères qui ont une partie de leurs actifs aux États-Unis, ont une participation américaine ou si leurs actions sont cotées en bourse des valeurs de New York. Mieux encore, elles s’exposent aux sanctions même si leurs fonds transitent tout simplement par des comptes bancaires américains. Toujours aux termes de cette loi, les sociétés non-résidents des États-Unis sont frappées d’amendes pour corruption de fonctionnaires non-américains à l’extérieur des États-Unis.

Une autre loi portant notamment « sur l’imposition des comptes étrangers » (Foreign Account Tax Compliance Act, FATCA) est entrée en vigueur en 2013. En vertu de cette loi, les États-Unis exigent d’être intégralement informés sur leurs citoyens, sociétés, ainsi que leurs comptes dans les banques étrangères. La banque peut contacter directement l’administration fiscale américaine et lui signaler tous les cas de délit d’évasion fiscale commis par les citoyens américains. Mais elle peut aussi signer un accord officiel allant en ce sens.

Les banques qui refusent de coopérer en direct sont mises sur une « liste noire ». Dans ce cas, tous les transferts des « banques réprouvées » transitant par les comptes des banques américaines sont amputés de 30%. Cette situation porte préjudice aux États étrangers, puisque leurs banques nationales ayant établi des contacts directs avec les États-Unis se transforment de fait en agents qui sapent volontairement ou non la souveraineté nationale. Dans le cas où les États eux-mêmes acceptent cette coopération, ils limitent leur propre souverainté au profit des Américains. La FATCA peut être de ce fait qualifiée d’arme de nouvelle génération destinée à édifier la Pax Amricana, estime le professeur d’économie Valentin Katassonov. En 2012, le ministère des Affaires étrangères, le ministère des finances et la banque centrale russes ont déclaré que la FATCA était une violation flagrante du principe d’égalité souveraine des États.

Au printemps 2008, le Russe Victor Bout a été arrêté en Thaïlande à la demande du Parquet américain avant d’être extradé aux États-Unis en vertu de l’inculpation officielle de complot pour « soutenir une organisation terroriste étrangère », en l’occurrence les FARC colombiennes. Pourtant, les FARC ne sont pas considérées comme une organisation terroriste ni par l’ONU, ni par la Russie, ni par la Thaïlande, et ne sont qualifiées comme telle qu’aux États-Unis. C’est pourtant sur ce fondement que le tribunal a retenu contre M. Bout le chef d’inculpation de complot pour meurtre d’Américains.

Le tribunal américain avait également condamné le pilote russe Konsantin Yaroshenko, qui aurait eu l’intention de transporter au Libéria et au Ghana quatre tonnes d’héroïne en provenance du Venezuela et dont une partie devait ensuite prendre la direction des États-Unis. Interpellé au Libéria, le pilote s’est retrouvé deux jours plus tard dans une prison américaine sans que la Russie en soit informée.

Par conséquent, tout citoyen qui n’a jamais mis les pieds aux États-Unis ni commis de délits contre les citoyens américains et leurs biens peut être interpellé dans un pays tiers à la demande des États-Unis, et en vertu de n’importe quelle inculpation. Les autorités américaines cherchent ainsi à prouver la primauté des intérêts des États-Unis sur ceux de n’importe quel pays du monde. /N

Source: http://french.ruvr.ru/2013_08_23/Comment-les-USA-imposent-leur-droit-national-dans-le-monde-entier-5449/

 

L’Amérique Discréditée – Paul Craig Roberts


senat-us-intE2009-2eComme Washington perd son emprise sur le monde, défié par le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur et maintenant la Russie, le gouvernement américain a recours à des crises de colère publiques. La manifestation constante d’une attitude puérile de la part de la Maison Blanche et du Congrès embarrasse chaque Américain.

La dernière manifestation du comportement infantile de Washington a été sa réponse au Service de l’Immigration russe pour l’octroi de l’asile en Russie pour un an au lanceur d’alerte américain Edward Snowden, en attendant que sa demande d’asile permanent soit étudiée. Washington, après avoir transformé les Etats-Unis en un état de non droit, n’a plus aucune conception de ce qu’est une procédure légale. La loi, c’est tout ce qui sert Washington. Tel que Washington voit les choses, la Loi n’est rien d’autre que la volonté de Washington. Toute personne ou pays qui interfère avec la volonté de Washington se comporte illégalement.

Parce qu’Obama, comme Bush avant lui, bafoue systématiquement la législation et la Constitution américaines, la Maison Blanche pense réellement que le président russe Vladimir Poutine doit désobéir à la loi russe et internationale, révoquer la décision d’asile du Service de l’immigration de la Russie, et remettre Snowden à Washington.

Washington attendait que la Russie lui remette Snowden simplement parce qu’il l’exigeait. Comme un enfant de deux ans, Washington ne peut pas concevoir que ses demandes n’aient pas préséance sur le droit international et les procédures juridiques internes de chaque pays. Comment la Russie ose-t-elle défendre la loi contre «la nation indispensable»?

Le porte-parole de la Maison Blanche, qui est si médiocre que je n’arrive pas à me rappeler comment il / elle s’appelle, a déclaré que le crétin de la Maison Blanche pourrait punir Poutine en n’allant pas lui rendre visite à Moscou le mois prochain. Je doute que Poutine se soucie de savoir si le crétin de la MB (Maison Blanche) se montre ou pas.

La durée du mandat du crétin de la MB est proche de sa fin, mais Poutine, à moins que la CIA ne l’assassine, sera là pour une autre décennie. En outre, chaque dirigeant russe a appris que la parole d’un président américain ne signifie rien. Clinton, les deux Bush et l’actuel crétin de la MB ont violé tous les accords que Reagan a faits avec Gorbatchev. Pourquoi le président de la Russie, un pays gouverné par la loi, voudrait rencontrer un tyran?

Pour ne pas être en reste vis-à-vis de la Maison Blanche dans le comportement infantile, les membres de la Chambre et du Sénat ont ajouté chacun sa petite part à l’embarras de l’Amérique. Les abrutis du Congrès «ont réagi furieusement», selon les rapports de presse, et ont averti «des graves répercussions dans les relations américano-russes. » Ici, nous avons une autre démonstration extraordinaire de l’orgueil de Washington. Seule la Russie doit se préoccuper des répercussions dans les relations. Washington n’a pas à s’en préoccuper. Sa Majesté Impériale refusera tout simplement d’accorder audience à Poutine.

Le Congrès ne semble pas être au courant de sa schizophrénie. D’une part, le Congrès est indigné par l’espionnage illégal et inconstitutionnel de la National Stasi Agency – espionnage du Congrès surtout – et tente de couper le financement du programme de surveillance de cette même National Stasi Agency. L’amendement au projet de loi de dépenses militaires par Justin Amash, un républicain du Michigan, allait presque passer. L’amendement n’a été rejeté que par des votes achetés par l’industrie de l’espionnage.

D’autre part, malgré son indignation d’avoir été espionné, le Congrès veut le scalp du héros courageux, Edward Snowden, qui les a informés qu’ils étaient espionnés. Nous avons ici une démonstration de la stupidité historique du gouvernement qui tue le messager.

Seuls quelques fous de droite estiment que la surveillance universelle de tous les Américains est nécessaire pour la sécurité américaine. L’Agence nationale de la Stasi va batailler ferme et faire chanter tous les membres de la Chambre et du Sénat, mais le chantage lui-même finira par couper les ailes de l’Agence nationale Stasi, en tout cas on peut l’espérer. Si cela n’est pas fait rapidement, l’Agence Stasi aura le temps d’organiser un événement sous fausse bannière qui va terrifier le troupeau de moutons et mettre un terme aux tentatives de freiner l’agence voyou.

Les Etats-Unis sont au bord de l’effondrement économique. La prétendue «superpuissance», une entité en faillite, a été incapable, après 8 ans d’efforts, d’occuper l’Irak, et a dû abandonner. Après 11 ans, la «superpuissance» a été vaincue en Afghanistan par quelques milliers de talibans légèrement armés, et est maintenant en train de battre en retraite la queue entre les jambes.

Washington compense son impuissance militaire en commettant des crimes de guerre contre des civils. L’armée américaine est un grand tueur de femmes, d’enfants, d’anciens du village, et des travailleurs humanitaires. Tout ce dont est capable la «superpuissance» c’est de lancer des missiles tirés à partir de drones sans pilote sur des fermes, des huttes de boue, des écoles et des centres médicaux.

Les locataires schizophrènes de Washington ont fait des américains un peuple haï. Ceux qui ont la clairvoyance pour vouloir échapper à la tyrannie croissante savent aussi que partout où ils pourraient chercher refuge, ils seront considérés comme la vermine de la nation la plus détestée et susceptibles d’être des boucs émissaires et être pris pour des espions et des gens d’influence néfaste, et risquent d’être décimés en représailles contre la dernière atrocité de Washington.

Washington a détruit les perspectives des américains, tant dans le pays qu’à l’étranger.

Traduction : Avic

http://www.paulcraigroberts.org/2013/08/01/double-feature-bradley-manning-verdict-convicts-washington-and-hiding-economic-depression-with-spin-paul-craig-roberts/

Craig Roberts withkitties_150_120Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

Le désespoir du comportement occidental et l’exemple sud-américain pour l’Afrique


h_50902207.jpg.1000x297x1Les dernières semaines ont été riches en événements : nouvelle révolution en Egypte, affaire d’Edward Snowden qui demande officiellement l’asile politique en Russie et comportement scandaleux de la part des pays européens à l’encontre d’un chef d’Etat, en l’occurrence d’Evo Morales, président de la République de Bolivie.

Il aurait été intéressant d’aborder deux choses dans cet article. La première est que l’Europe (au sens de l’Union européenne) a prouvé une fois de plus qu’il ne s’agit nullement d’un ensemble indépendant. Crier au scandale suite aux révélations faites par Edward Snowden face à « l’allié » étasunien et juste après fermer son espace aérien à un chef d’Etat qui transporterait soi-disant le fameux jeune homme, c’est tout simplement de l’hypocrisie par excellence… Pire encore, contraindre à une escale forcée un avion présidentiel, le retenir durant près de 13 heures et fouiller l’avion du président Morales est la pire violation qui puisse être lorsqu’on connait ne serait-ce qu’un peu l’immunité diplomatique, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un chef d’Etat et lorsqu’on maitrise un peu le droit international.

Dès son retour au pays, Evo Morales a été acclamé par ses concitoyens. Les manifestants boliviens ont également jeté des pierres sur l’ambassade de France qui avait fermé son espace aérien à l’avion de leur président. Par ailleurs, plusieurs drapeaux français, étasuniens et ceux de l’Union européenne ont été brûlés lors des manifestations en Bolivie. Il faut avouer que depuis pas mal de temps, on est habitué à voir brûler des drapeaux des USA et d’Israël au quatre coins du monde, mais depuis quelques années, ceux de la France, pays des droits de l’Homme et de la démocratie, commencent à rattraper activement le retard, surtout après les interventions néocoloniales en Côte d’Ivoire ainsi qu’en Libye, et maintenant après l’alignement, une fois de plus, sur le pays de l’Oncle Sam dans l’affaire Snowden, en insultant ouvertement un chef d’Etat. Après tout, en suivant la logique du gouvernement français, si les USA écoutent les conversations téléphoniques et lisent les messages électroniques des citoyens français, c’est pour leur bien, non ? Une surveillance « utile » devrait-on penser.

Quoiqu’il en soit, la réaction sud-américaine ne s’est pas fait attendre. L’Union des nations sud-américaines (UNASUR) a vivement condamné le comportement des pays européens et a exigé des excuses publiques de la part des pays concernés. Dans une déclaration commune, les pays de l’UNASUR réclament des explications à la France, au Portugal, à l’Espagne et à l’Italie et dénoncent des « actes inamicaux et injustifiables ». La présidente de l’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, a quant à elle déclaré que le comportement européen montre « un vestige du colonialisme » et une « humiliation pour toute l’Amérique du Sud ». Le chef d’Etat équatorien Rafael Correa a affirmé pour sa part que si c’était un chef d’Etat occidental qui avait subi la même situation, « les tambours de la guerre auraient probablement déjà sonné ». Nicolas Maduro, le président du Venezuela, a ajouté de son côté qu’un ministre d’un gouvernement européen ayant souhaité garder l’anonymat lui a affirmé que c’est la CIA qui était derrière ledit incident. Ce qui est certain, c’est que la réaction de l’UNASUR est une réponse digne à un comportement colonial, surtout lorsqu’on sait que l’Amérique du Sud est un continent qui a bien connu ce triste phénomène, y compris au XXe siècle.

Néanmoins, le fait que l’Europe dans sa forme qu’est l’UE ait prouvé une fois de plus sa vassalité à l’Empire étasunien et d’une manière aussi ridicule, au final n’est pas si surprenant. Surtout lorsqu’on connait les liens étroits entre les « élites » occidentales. Le problème, c’est que les ces vassaux imposent à leur tour le système vassalique à d’autres pays, en premier lieu africains. L’Afrique est effectivement le continent qui au 21e siècle subit encore la loi coloniale, en premier lieu de ses ex-métropoles. Que faire face à cela ?

Eh bien, l’Afrique doit probablement s’inspirer considérablement du continent sud-américain. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Amérique du Sud et l’Amérique latine en général étaient considérées comme des territoires conquis par l’Empire étasunien. Pourtant aujourd’hui, grâce à des leaders responsables et patriotes, la situation est toute autre et une vraie union solidaire a été mise en place par les leaders sud-américains. Il s’agit véritablement d’une union capable de répondre aux défis qui lui sont lancés, et ce non seulement au niveau régional mais également global. C’est l’occasion donc pour l’Afrique de s’inspirer de l’UNASUR pour relever les nombreux défis du continent africain, subissant encore aujourd’hui la loi du plus fort et ne profitant nullement dans sa majorité des énormes ressources qui lui appartiennent. D’autant plus que les Etats occidentaux et leurs « élites » à court d’idées prouvent de par leur comportement, pour le moins ridicule, un aveu presque non voilé d’impuissance. Le monde change à vitesse grand V, aidons-le dans cette voie. Ceux qui traditionnellement dictent et imposent aux autres leurs volontés finiront bien par se conformer à la nouvelle réalité, dans un monde nouveau et plus juste. Hasta la vista !

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les présidents d’Amérique Latine font bloc, réclament excuses et explications après l’affront à la Bolivie


51d6299c7e95eC’est en Bolivie que s’est tenue la réunion en urgence des membres de l’organisation régionale Unasur après le grave incident qui a marqué le voyage de retour du Président Evo Morales depuis Moscou, dont les dommages sont encore mal mesurés par les pays européens concernés.

Les gouvernements de la région « exigent » des pays européens concernés –France , Espagne, Italie, Portugal « qu’ils expliquent les raisons de la décision d’empêcher le survol de leur territoire par l’avion du président bolivien Morales ». C’est ce qu’il ressort de la “Declaración de Cochabamba”, à la suite de la réunion de mercredi 4 juillet, à laquelle participaient les présidents d’ Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, de Bolivie, Evo Morales, d’Equateur , Rafael Correa, du Surinam, Desiré Delano Bouterse, d’ Uruguay, José Mujica, et du Venezuela, Nicolás Maduro. Le Brésil étant représenté par le ministre, Eduardo dos Santos, le Chili, Pérou, Colombie par leurs ambassadeurs en Bolivie.

La Déclaration dénonce « la flagrante violation de tous les traités internationaux qui régissent la cohabitation pacifique, solidarité et coopération » entre les Etats, ce qui « constitue un acte insolite, inamical et hostile » . Il s’agit d’un « fait illicite qui affecte la liberté de circulation et de déplacement d’un chef d’Etat et de sa délégation officielle », poursuit le texte qui affirme que « l’inacceptable restriction de liberté de Morales, le convertissant virtuellement en un otage, constitue une violation des droits non seulement vis-à-vis du peuple bolivien mais des peuples et de tous les pays d’Amérique Latine , et marque un précédent dangereux dans le domaine du droit international en vigueur ».

La Déclaration demande aussi que les quatre pays concernés « présentent des excuses publiques correspondant à la gravité des faits survenus ».

Elle fait suite à la lettre envoyée au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, par le gouvernement bolivien demandant d’ empêcher que cette affaire soit un « précédent néfaste qui pourrait affecter d’autres chef d’Etat et mettre en danger la cohabitation pacifique entre Etats ». La qualifiant de « violation flagrante au droit international » .

Avant le sommet, les présidents Kirchner , Morales, Correa et Maduro ont pris la parole lors d’une manifestation publique devant la foule, dénonçant l’attitude des gouvernements européens impliqués dans cette affaire, dénonçant des vieux relents de colonialisme, d’impérialisme, d’arrogance ….

Cette réaction est à l’aune de la colère soulevée dans plusieurs pays latino-américains, et plus que la colère les dommages engendrés par cette affaire. Tout ceci est sans doute mal mesuré par les pays européens qui en sont à l’origine , par mépris ou ignorance, comme le montrent les excuses embarrassées et finalement assez légères vue la situation, du ministre des affaires étrangères français Laurent Fabius à son homologue bolivien faisant « part des regrets de la France suite au contretemps occasionné pour le président Morales par les retards dans la confirmation de l’autorisation de survol du territoire par l’avion du Président. »

Alors même que Cristina Kirchner , a bien traduit le sentiment général de l’Amérique latine, « une humiliation à une nation sœur et au continent », et aussi un coup de butoir dans la diplomatie et le droit international, lourd de conséquences : « Cette violation des textes des Nations Unies , qui provoque un degré d’insécurité juridique très grave » a t-elle souligné. « Cela est d’autant plus significatif qu’il s’agit d’ un chef d’Etat, parce s’ils font ce genre de choses avec un chef d’Etat connu de tout le monde, qui a accès à la presse, que peut-il arriver à un citoyen lambda du monde, que personne ne connaît , il peut lui arriver des choses terribles ».

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par Estelle Leroy-Debiasi

http://www.elcorreo.eu.org/Les-presidents-d-Amerique-Latine-font-bloc-face-a-l-affront-a-la-Bolivie-reclament

Christophe Oberlin : Israël … est un état maffieux


800px-mur_separation_jerusalem_est1Le 28 mai 2013 a eu lieu à Paris à l’Institut du Monde Arabe une commémoration du 65ème anniversaire de la Nakba. Ont été invités à s’exprimer notamment Hael Al Fahoum, ambassadeur de Palestine en France, et Christophe Oberlin (*), chirurgien français qui s’est rendu plus d’une trentaine de fois à Gaza. Voici le texte de son excellente intervention qui se démarque des propos convenus habituels.

Christophe_Oberlin_3_texteLa cause palestinienne est une cause universelle, et à ce titre tout citoyen du monde a le droit de faire connaître son avis. Je m’inscris dans cette démarche. Mes voyages réguliers en Palestine, et notamment à Gaza, ont fait l’objet de conférences et de quelques livres, qui ont naturellement la subjectivité et la fragilité du témoignage, j’en suis conscient. Mais ils ont aussi l’avantage de constituer un point de vue « de l’intérieur », de rapporter peut-être ce qui se passe réellement dans l’esprit des Palestiniens du terrain, de ceux qui y vivent et résistent au quotidien.

Mais je voudrais ici évoquer des questions qui, bien que d’ordre général, ne sont que rarement abordées ou approfondies dans nos médias et par nos élus en Occident.
La première question est celle du droit.

Je ne reviendrai pas sur la trentaine de résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU négligées par Israël, où sur le droit International Humanitaire bafoué. Je voudrais insister sur d’autres aspects juridiques.

Au plan international, le conflit israélien « bénéficie » d’un traitement exorbitant. Alors que depuis la fin de la 2ème guerre mondiale l’Organisation des Nations Unies est censée arbitrer les conflits internationaux, voilà que pour le cas unique du conflit israélo-palestinien on a confié la résolution du problème aux Russes, aux Américains, à l’Europe de l’OTAN…. Et enfin à l’ONU qui n’a plus qu’un strapontin à la table de négociation. On mesure ici le succès de l’entreprise de dé-légitimation de l’ONU effectué par Israël. Certains pseudo professeurs de Droit international s’y emploient à temps plein !

Un deuxième pan du droit qui mériterait sans doute aussi d’être respecté est celui… du Droit palestinien lui-même. Sans cela, son propre gouvernement prêterait le flanc à la même critique que ces nombreux gouvernements arabes issus de la décolonisation, et qui sont ébranlés aujourd’hui par les révolutions.

Il faut le dire et le répéter : les lois fondamentales palestiniennes qui font office de Constitution nous disent que, lorsque le président de l’Autorité Palestinienne a terminé son mandat et que de nouvelles élections ne peuvent être tenues, c’est le président du parlement qui lui succède : Aziz Duweik devrait être aujourd’hui le président de l’Autorité Palestinienne.

Les élections législatives de 2006, et les élections municipales qui les ont précédées, ont désigné un vainqueur qui a souhaité intégrer au gouvernement le parti minoritaire. C’est le parti minoritaire qui a refusé, et qui a essayé de refaire les élections dans la rue, de faire un coup d’état, j’en ai été le témoin. Cette tentative a été un échec : le peuple n’en voulait pas. Il faut le reconnaître !

La deuxième notion que je voudrais discuter est la notion d’état. Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, il n’y a pas de définition précise, réglementaire, juridique de la notion d’état. En particulier il n’entre pas dans les prérogatives de l’ONU de faire ou de défaire les états. Un état, c’est une population animée par un sentiment d’appartenance, sur un territoire donné, sous une loi commune, une force unique chargée de faire respecter la loi, etc. Un état, nous disent les meilleurs juristes, c’est comme un enfant : il est né, il est sous nos yeux : son existence ne dépend ni de sa reconnaissance par ses parents, ni de son enregistrement à l’état civil : un état, c’est un fait ! La Palestine, Philistia, avec ses cinq villes historiques, Gaza (mentionnée sur les temples égyptiens), Ashquelon, Ashdot, Ekron et Gath, existe depuis trois mille ans ! Et elle figure sur toutes les cartes du Proche-Orient sans interruption depuis la plus ancienne carte du monde gravée sur le temple de Karnak en Egypte ! A l’époque moderne, en 1922, la Société des Nations issue de la première guerre mondiale, a reconnu l’état de Palestine, même si elle en a confié le mandat aux Britanniques. Et jusqu’en 1948 les Palestiniens ont bénéficié d’un passeport portant sur sa couverture la mention : « Etat de Palestine ». Un état est un fait, même s’il est sous mandat, ou sous occupation. Et il n’est pas nécessaire d’être enregistré à l’ONU pour constituer un état : les iles COOK, état indépendant, ne sont pas membres des Nations Unies. Elles ont préféré confier leur sécurité et leur politique étrangère à la Nouvelle Zélande toute proche. Mais ceci n’empêche pas les Iles Cook, le cas échéant, de saisir la Cour Pénale Internationale.

Alors bien entendu on ne peut que se réjouir de l’entrée progressive de la Palestine dans les organisations internationales. Mais ceci appelle aussi des commentaires. Par exemple l’intégration de la Palestine à l’UNESCO est une excellente chose. Elle a eu une conséquence imprévue, je dis bien imprévue : la suspension du versement de la cotisation américaine. Mais il faut savoir que la réglementation de l’UNESCO prévoit qu’un état, s’il souhaite se retirer, dépose un préavis de trois ans. Actuellement les Etats-Unis devraient continuer à payer, ce qu’ils ne font pas. Et des programmes entiers de l’agence ont dû être amputés. Logiquement une action juridique de l’UNESCO à l’encontre des Etats Unis devrait être engagée pour non-paiement illégal de leur contribution ; action juridique que la direction actuelle de l’UNESCO n’a pas souhaitée.

Concernant l’intégration de la Palestine à L’ONU, on nous a fait croire que cette intégration était nécessaire pour pouvoir saisir la juridiction internationale pour les crimes de guerre commis par Israël notamment à Gaza en 2009. C’est faux : les mouvements de libération nationale, comme le Fatah, peuvent parfaitement saisir la Cour Pénale Internationale. L’Autorité Palestinienne a d’ailleurs ébauché une demande en ce sens au printemps 2009, avant de faire marche arrière, alors que cette démarche avait été jugée recevable par la CPI.

En face du désormais état palestinien, quelle est la nature de l’état d’Israël ? Nombreux sont ceux qui parlent d’un « état colonial ». Certes en Cisjordanie il existe des colonies. Mais le terme de « colonies » implique une métropole : est-ce le territoire situé à l’intérieur des frontières de 1967 ? Ce serait rayer d’un trait les millions de Palestiniens qui vivent dans des conditions de discrimination inacceptables notamment au Liban, en Syrie, en Jordanie, en Israël même. Non Israël n’est pas un « état colonial » : Israël se dit un « état juif ». Un état réservé à un groupe constitué à titres divers sur les bases d’une religion, d’une philosophie, d’un sentiment d’appartenance. Je refuse pour ma part la constitution d’un groupe sur une base matri-linéaire, génétique. Les races humaines n’existent pas. La race juive n’existe pas. L’ethnie, version actualisée de la race, n’existe pas non plus. Alors l’état d’Israël est le produit d’un Lobby. Et un lobby, par définition, on ne le convainc pas. La « négociation », ça ne sert à rien. On n’oppose pas une diplomatie honnête au mensonge diplomatique. Israël n’est donc pas, stricto sensu, un état colonial, c’est un état tribal, qui utilise des moyens illégaux, c’est un état maffieux.

Alors dans ce contexte, dans ce conflit dont je viens de rappeler les protagonistes, se pose inévitablement la question de donner la parole au peuple, de rentrer dans le Droit, de reconnaître la victoire du parti qui a gagné les élections. La diplomatie occidentale s’est tiré une balle dans le pied en plaçant un mouvement de libération nationale, le Hamas, sur la liste des organisations terroristes. Dix ans plus tard, la position de notre diplomatie est intenable : le Hamas est le parti majoritaire en Palestine, jusqu’à preuve du contraire, et les pays arabes font massivement leur révolution et désignent démocratiquement des dirigeants politiquement proches du Hamas.

Quelle cohérence y-a-t-il à reconnaître la victoire d’Enahda en Tunisie, du PJD au Maroc, de Morsi en Egypte, sans reconnaitre le Hamas ?

Le crime originel du Hamas est de ne pas avoir accepté les accords d’Oslo. Mais aujourd’hui qui peut contester que le Hamas avait raison ? Même l’Autorité palestinienne le reconnaît ! Leila Chahid le dit : « 20 ans de négociations n’ont servi à rien » ! Alors, bien entendu, l’idéal serait un retour aux urnes. Et le Fatah, s’il était éventuellement battu aux élections, et le reconnaissait, retrouverait incontestablement sa légitimité politique. Mais c’est justement parce que cette défaite est hautement probable qu’Israël ne laissera pas avant longtemps des élections libres se tenir en Cisjordanie.

On parle beaucoup d’une soi-disant réconciliation qui serait nécessaire entre Palestiniens. Mais je peux témoigner qu’il n’y a pas eu divorce entre les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie, sympathisants du Fatah ou du Hamas, des camps de réfugiés, des prisons, des Palestiniens israéliens. Ils souhaitent tous s’exprimer, dans le calme et la fraternité.

Alors si Israël ne veut pas d’élections, peut-on au moins avancer vers la réunion des forces palestiniennes ? Mais qui empêche le Hamas d’intégrer l’OLP ? Combien de représentations diplomatiques à l’étranger ont-elles été confiées au parti qui a gagné les élections ? Quand sera levée cette mesure de Ramallah qui consiste à ne payer les fonctionnaires de Gaza qu’à la condition expresse qu’ils ne travaillent pas ? Quand l’Autorité Palestinienne va-t-elle entreprendre une action devant la juridiction internationale pour les crimes de guerre commis par Israël à Gaza ? « Nous ne le ferons pas, dit-on, ce serait une déclaration de guerre à Israël ». Parce que la Palestine n’est donc pas en guerre ? Les massacres, le siège, la torture, ce n’est pas la guerre ? Si, c’est la guerre, et dans cette logique l’Autorité Palestinienne pourrait aussi démissionner, replaçant alors la Cisjordanie dans sa situation réelle qui est celle de la guerre et de l’occupation, replaçant Gaza dans sa situation réelle qui est celle de la guerre et du siège, replaçant Israël devant ses propres responsabilités.

Alors quelles conclusions peut-on tirer aujourd’hui ?

Il est inutile de se limiter à brandir face à Israël l’argument du droit international. Non seulement c’est inefficace, mais la politique de conquête et d’annexion, alors que le droit est bafoué, contribue peut-être même à renforcer les faits accomplis israéliens. Aux yeux des sionistes se trouve accréditée l’idée de la relativité du droit. Une sorte de jurisprudence du « Non-Droit ». En substance : « Vous vous rendez-compte, si on avait appliqué les résolutions de l’ONU, Israël n’existerait pas, ou si peu ! »

Mais ce n’est pas parce qu’Israël ne respecte pas le droit que les autres parties ne doivent pas le faire : l’ébauche d’un droit de nature démocratique en Palestine, même imparfait, doit être respectée : respect des lois fondamentales palestiniennes, respect du résultats des élections, respect de l’alternance politique, consultation des citoyens sur les questions fondamentales.

Les révolutions arabes ont commencé en Palestine, et la bande de Gaza, même si elle ne s’étend que sur 1% du territoire de la Palestine historique, constitue la tête de pont de la libération de la Palestine : une population, des frontières, une administration, une force de protection unifiée : l’état palestinien est là, en attendant plus.

Alors la seule manière de résoudre équitablement les conflits est de recourir au Droit, à la Justice, en utilisant les outils que les hommes ont construits. L’Organisation des Nations Unies en fait partie. Sa charte en constitue le socle fondamental. Mais certaines règles doivent évoluer, en particulier le fonctionnement du Conseil de Sécurité, ne serait-ce que le droit de véto qui doit être réformé.

Alors, les milliards de la guerre ne pourraient-ils pas être investis dans une paix élaborée par la représentation des nations ? Basée sur une consultation de toutes les populations concernées par le conflit, y compris les réfugiés palestiniens ?

Les peuples, comme les espèces, sont en permanente évolution. L’état de guerre perpétuel n’existe pas. Au bout de la guerre, ou de la négociation pacifique, il y a l’égalité des droits. L’état juif, c’est fini. La libération de la Palestine est inéluctable

Christophe Oberlin
28 mai 2013

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(*) Chirurgien des hôpitaux et professeur à la faculté Denis Diderot à Paris, Christophe Oberlin enseigne l’anatomie, la chirurgie de la main et la microchirurgie en France et à l’étranger. Parallèlement à son travail hospitalier et universitaire, il participe depuis 30 ans à des activités de chirurgie humanitaire et d’enseignement en Afrique sub-saharienne, notamment dans le domaine de la chirurgie de la lèpre, au Maghreb et en Asie. Depuis 2001, il dirige régulièrement des missions chirurgicales en Palestine, particulièrement dans la bande de Gaza où il a effectué près d’une trentaine de séjours.

Christophe Oberlin a écrit de nombreux ouvrages.
Il est notamment coauteur avec Jacques-Marie Bourget de Survivre à Gaza, (éditions Koutoubia, 2009) la biographie de Mohamed al-Rantissi, le chirurgien palestinien frère du dirigeant historique du HAMAS assassiné par l’État d’Israël.
Auteur de Chroniques de Gaza, 2001-2011, (éditions Demi-Lune, 2011)
Coauteur avec Acacia Condes de Bienvenue en palestine, destination interdite. (éditions Encre d’Orient, 2012) http://www.encredorient.com
Il est également le traducteur de Gaza, au carrefour de l’histoire du journaliste anglais Gerald Butt, (éditions Encre d’Orient, 2011).

URL de cet article : http://www.silviacattori.net/article4492.html

Source : Christophe Oberlin

Le Salafisme, au service de la politique israélienne!


Tribune libre de Djerrad Amar

Djihadistes2La « salafisation » des politiques arabes issues du «printemps arabe», sous le contrôle idéologique et financier des émirs du pétrole, simples agents de la politique américaine, est l’instrument privilégié de la destruction des États organisés, issus de la décolonisation.