Archives du mot-clé Egypte

Al-Sissi « s’équipe » pour 10 milliards de dollars


Sissi-Poutine01La visite s’inscrit dans le cadre de la finalisation de la plus importante transaction militaire d’armes russes livrées au Caire.

Le ministre égyptien de la Défense, Abdelfatah al-Sissi, a quitté hier matin le Caire à destination de la Russie, pour une visite de deux jours. Il était à la tête d’une délégation militaire de haut niveau, a affirmé une source militaire égyptienne responsable. Des discussions sont prévues à Moscou, en présence des ministres de la Défense et des Affaires étrangères des deux pays, dans le cadre de la coopération bilatérale 2+2, entamée depuis trois mois au Caire, selon le quotidien égyptien Al-Ahram. Lire la suite Al-Sissi « s’équipe » pour 10 milliards de dollars

L’éléphant saoudien dans un magasin de porcelaine arabe


Tribune de Byblos

MAE-Arabie-SaouditePrise dans son obsession de la « menace iranienne », qui l’a conduite à adopter une attitude belliciste vis-à-vis de la Syrie, l’Arabie Saoudite se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, perturbant sérieusement l’environnement politique d’ores et déjà délicat dans le monde arabe. Elle déclenche ce que George Joffé, chercheur au Centre d’Études Internationales de l’Université de Cambridge, qualifiait le 30 décembre dernier de « seconde guerre froide arabe », la première étant celle menée depuis les années 1960 par l’Arabie Saoudite contre le panarabisme égyptien de Gamal Abdel Nasser. Lire la suite L’éléphant saoudien dans un magasin de porcelaine arabe

Après avoir raté son coup en Algérie et en Syrie, BHL s’attaque à l’Ukraine.


Bernard-Henri Lévy in Kiev on Maïdan squareAvec des aventuriers sans foi ni loi tels que BHL, on pourrait croire que le philosophe des bobos est un opportuniste qui va là où les possibilités semblent plus ouvertes qu’ailleurs. Mais si l’on suit ce monsieur à la trace, on constate que rien n’ est dû au hasard ou à l’opportunisme. Il nous étale, sans le vouloir, tout ce qui se trouve derrière les évènements de ces dernières décennies. On peut dire que tous les coups tordus au niveau international dans lesquels sont impliqués l’Europe, Israël ou les Etats-Unis ont une constante : la présence, d’une façon ou d’une autre, de BHL. Lire la suite Après avoir raté son coup en Algérie et en Syrie, BHL s’attaque à l’Ukraine.

La Russie ne lâchera pas ses partenaires, quitte à recourir à la force


bachar-000La Russie n’autorisera, certainement, pas à l’occident de perturber le réseau de ses alliés,  quitte à recourir à l’option militaire pour écarter l’Europe (et probablement l’Otan), de ses frontières. La rivalité entre les deux puissances classiques de l’ordre international et leur rôle dans les foyers de cries, et leur poids dans le règlement des défis actuels ne cessent de s’amplifier de jour en jour.  Mme Lynda Hard, chroniqueuse d’Arab News, a, dans une analyse intitulée «  la Russie, la vengeuse, est de retour », a procédé à un décryptage des perspectives de rivalité entre Moscou et Washington. Lire la suite La Russie ne lâchera pas ses partenaires, quitte à recourir à la force

La perversion des Valeurs par l’inculture arabo-bédouine des monarchies du Golfe


Tribune libre Dierrad Amar

Il y a Kotb ce maitre penseur du désordre dans le monde arabo-musulman. Il y a aussi Ibn Taymmiya et Ibn Abdelwahab. Actuellement c’est le courant wahabo-takfiriste qui commande la pensée de la plupart des musulmans souvent par ignorance. D’où ce désordre sur lequel profitent, en l’encourageant, l’occident et le sionisme pour assurer leurs intérêts et leur domination ! Ils ne trouvent pas meilleurs alliés que les arabo-musulmans eux-mêmes. C’est parce que l’on est inculte, y compris en religion, que l’on suit comme des moutons de Panurge, que l’on se joue de nous. Lire la suite La perversion des Valeurs par l’inculture arabo-bédouine des monarchies du Golfe

Comment se reconfigurent les alliances politico-militaires au Moyen-Orient


Sur fond de redéploiement des forces militaires américaines au Moyen-Orient vers le Pacifique occidental pour contrecarrer la Chine, les dirigeants régionaux lâchés par les  américains font et défont des alliances, dont certaines étaient considérées comme contre nature, il y a deux décennies. Lire la suite Comment se reconfigurent les alliances politico-militaires au Moyen-Orient

Le Moyen-Orient en voie de balkanisation


15 avril 2013 - Des insurgés irakiens ont déployé une série d’attentats à la voiture piégée en Irak, faisant au moins 55 victimes
15 avril 2013 – Des insurgés irakiens ont déployé une série d’attentats à la voiture piégée en Irak, faisant au moins 55 victimes

Les eaux chaudes du Golfe paraissent paisibles à l’endroit où je suis assis, à Doha, mais cette tranquillité ne reflète guère les conflits que cette région continue de générer. L’euphorie du soit-disant printemps arabe est révolue depuis longtemps, et ce qui subsiste est une région dans une phase transitoire pleine de risques. Personne ne peut voir ce à quoi l’avenir va ressembler, mais les éventualités sont nombreuses, et peut-être tragiques.

Au cours de mes nombreuses visites dans la région, je n’ai jamais ressenti une telle difficulté à imaginer l’avenir, alors que les lignes d’affrontements se sont affirmées comme jamais auparavant. Des gouvernements , des intellectuels, des communautés religieuses ou autres se regroupent de part et d’autres des nombreuses lignes de fracture. Cela se produit à divers degrés, dans tout le Moyen-Orient, selon le lieu du conflit.

Certains pays sont directement engloutis dans des conflits sanglants et qui vont durer – qu’il s’agisse de révolutions perdues comme en Égypte ou de soulèvements transformés en une guerre civile des plus destructrices comme en Syrie. Inversement, ceux qui sont pour l’instant épargnés par les affres de la guerre sont très impliqués dans le financement des divers protagonistes, envoyant des armes, formant des combattants et lançant des campagnes médiatiques en faveur d’un parti contre l’autre. L’objectivité des médias n’a jamais été aussi inexistante, même en termes relatifs.

Pourtant, dans certains cas , les lignes ne sont pas tracées avec beaucoup de certitude non plus. Dans les rangs de l’opposition syrienne au régime baasiste de Damas, les groupes sont trop nombreux pour être comptés et leurs propres alliances changent à une rapidité que les médias semblent peu remarquer ou sont peu soucieux de signaler. Nous parlons arbitrairement d’une « opposition » , mais en réalité il n’y a pas de programme politique ou militaire véritablement unificateur, qu’il s’agisse du Conseil militaire suprême, du Conseil national de la Syrie ou de la Coalition nationale syrienne.

Dans une carte interactive, mise en forme par Al Jazeera et qui reprend surtout ce qui semble être des conclusions un peu hâtives, le Conseil militaire « affirme qu’il commande à environ 900 groupes et à un total d’au moins 300 000 combattants ».

Il est facile de prétendre avoir un pouvoir effectif sur tous ces groupes, mais de nombreux autres fonctionnent selon leurs propres agendas, ou sont unifiés sous différentes plates-formes militaires sans aucune allégeance à une structure politique, qu’elle vienne d’Istanbul ou d’ailleurs.

Il est facile toutefois d’associer l’idée d’un conflit perpétuel avec la soi-disant violence inhérente au Moyen-Orient. Pendant près de deux décennies, nombreux sont ceux qui avaient prévenu que l’intervention militaire américaine en Irak finirait par « déstabiliser » la région tout entière. Le terme « déstabiliser » était bien sûr tout à fait à propos, et Israël a fait plus que sa part pour déstabiliser plusieurs pays, occuper les uns et détruire les autres. Mais les perspectives de déstabilisation politique étaient encore beaucoup plus inquiétantes lorsque c’est le pays le plus puissant au monde qui investit une grande partie de ses forces et ressources financières pour faire le sale boulot.

En 1990-91, puis à nouveau en 2003, et une fois de plus en 2006, l’Irak a été utilisé comme un immense champ d’expérimentation pour la guerre, pour le « state building » et la guerre civile sous patronage américain. La région n’avait jamais connu une telle division pouvant se transformer en lignes de séparation sectaire comme il est advenu par la suite. Le discours qui accompagnait la guerre américaine était sans aucun complexe totalement sectaire. Il modifia l’un des paysages politiques les plus complexes dans le monde en l’espace de quelques semaines, en se basant sur un modèle imaginé par des « experts » vivant à Washington et avec peu d’expérience de la vie réelle. Non seulement l’Irak a été mis en lambeaux, mais il a été remodelé à plusieurs reprises pour être mis en conformité avec la compréhension historique inepte qui est celle des États-Unis.

L’Irak continue de souffrir , même après que les États-Unis aient prétendument retiré leur armée. Des milliers de personnes ont péri en Irak ces derniers mois, les victimes appartenant à une communauté religieuse ou à une autre.

Mais le mal irakien est devenu une maladie régionale. Et comme les États-Unis quand ils envahirent des pays souverains et réorganisèrent les frontières politiques, des groupes comme l’État islamique d’Irak et Al -Sham (ISIS) sont actifs partout où ils trouvent matière à l’être, sans aucun respect pour les frontières géographiques.

Formée en Irak en 2006 comme une plate-forme pour les différents groupes jihadistes comme Al-Qaïda en Irak, l’ISIS a été un élément puissant de la terrible guerre qui sévit en Syrie. Le groupe semble avoir peu de problème pour circuler librement et trouver des ressources. Pire encore, dans certaines parties de la Syrie, il gère de fait une économie relativement stable qui lui donne une meilleure position que les groupes syriens locaux.

Ces groupes n’aurait jamais vu le jour en Irak et se seraient encore moins déplacés avec une telle aisance d’un pays à l’autre, s’il n’y avait pas eu l’invasion américaine. Ils fonctionnent comme des armées privées, réparties en petits groupes de combattants aguerris qui sont capables de trouver leur chemin à travers les frontières et de prendre le contrôle de communautés entières. Al-Qaïda, un groupe que l’on connaissait à peine il y a 12 ans – est devenu partie prenante de l’avenir de l’ensemble des pays du Moyen-Orient.

Quant aux pays qui ne subissent pas le type de bouleversement que connaissent la Syrie et l’Irak, ils ont toutefois compris qu’il était trop tard pour jouer le rôle du spectateur.

Il s’agit d’une guerre tous azimuts qui est en train de se déployer, et il n’est plus temps de rester au bord.

D’inquiétantes prévisions peuvent être faites sur l’évolution de toute la carte de la région, et seuls quelques pays semblent en être épargnés.

Le récent article de Robin Wright dans le New York Times, « Imaginer une nouvelle carte du Moyen-Orient », est une spéculation typique produite par les élites politiques et les médias américains sur le Moyen-Orient. Ils ont appliqué ce type de spéculation avec application avant et après l’ invasion américaine de l’Irak, où ils ont sculpté les pays arabe de façon à se conformer aux intérêts américains, divisant et ré-assemblant. Cette fois, cependant, les perspectives sont terriblement sérieuses et réelles. Tous les principaux acteurs, même s’ils dont en apparence opposés l’un à l’autre, peuvent contribuer à ces possibles redistributions. Selon Wright, il se pourrait non seulement que certains pays diminuent de taille, mais aussi que certains des territoires découpés s’assemblent avec d’autres territoires séparés de pays voisins .

Même « des cités-États – oasis de multiples identités comme Bagdad, des enclaves surarmées comme Misrata, la troisième ville de Libye, ou des zones homogènes comme Jabal Al-druze dans le sud de la Syrie – pourraient faire un retour, même si ce n’est que techniquement à l’intérieur des pays, » écrit-il. L’illustration info-graphique accompagnant l’article était intitulée : « Comment 5 pays pourrait devenir 14 ».

Quelle que soit l’évolution des évènements, la prédiction est elle-même révélatrice de la nature changeante des conflits au Moyen-Orient, où ce sont les pays entiers qui sont désormais mêlés à la guerre. Les nouvelles lignes de bataille sont aujourd’hui sectaires, portant les symptômes de la guerre civile implacable qui règne en Irak. En fait, les acteurs sont toujours plus ou moins les mêmes, sauf que le « jeu » a désormais été étendu de façon à dépasser les frontières poreuses de l’Irak et à être transposé vers des espaces beaucoup plus vastes où les militants ont la main haute.

Vues d’ici, les eaux chaudes du Golfe paraissent calmes, mais c’est un calme trompeur …

* Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Fnac.com

http://www.info-palestine.eu/spip.php?article14121

Syrie-Iran-Arabie. Nouvel ordre mondial


Tribune libre Byblos

carte-moyen-orient-frLes informations en provenance de mes contacts en Syrie et au Liban confirment mes analyses de géopolitique : le monde bascule dans un nouvel ordre, les pôles de puissance changent entraînant de nouveaux rapports de forces qui s’exercent sur de nouveaux points d’appui.

Le « pivotement » américain vers l’Asie, s’il est exagéré par certains n’en est pas moins réel. Il implique l’apaisement des tensions au Proche et Moyen-Orient en réglant les crises syrienne et iranienne et en mettant un terme aux affrontements chiites-sunnites instrumentés à des fins stratégiques.

L’Iran retrouvera prochainement sa place géostratégique essentielle dans la région, avec la « modération » dans les relations internationales prônée par le Président Rohani dans son discours aux Nations Unies fin septembre. Plusieurs pays l’ont compris qui cherchent à se rapprocher de Téhéran, comme la Turquie et même le Qatar et l’Arabie.

L’islam politique vit son chant du cygne : ce sont des musulmans sincères qui ont renversé Morsi en Egypte le 30 juin dernier. Les Frères Musulmans, organisation longtemps souterraine dans les états arabes, qui a remporté toutes les élections car elle était la seule structurée depuis longtemps et a disposé de puissants moyens financiers des pays du Golfe, est l’expression politique de cette idéologie qui proposait de gouverner au nom de la charia. Ils ont prouvé leur incompétence et leur incapacité à répondre aux aspirations des peuples et à gérer des états modernes : la Tunisie les rejette, de même que l’Egypte et le chaos libyen finira par en faire de même. Les musulmans veulent vivre selon leur foi mais entendent être en harmonie avec le « village mondial ». (Expression de René Girard)

Dans les bouleversements politiques et sociaux du monde arabe, les chrétiens qui étaient présents sur ces terres six siècles avant l’islam, ont un rôle essentiel à jouer pour la cohésion sociale des populations et seront un facteur important des réconciliations nationales partout où des drames ont eu lieu. Les rapprochements entre Patriarches orientaux et Imams dans les pays en crise montrent que les appels du Pape François à l’union des fidèles chrétiens et musulmans répondent à un besoin vital et sont entendus par les populations comme par les dirigeants. Par leurs positions en dehors des rivalités internes aux musulmans, mais profondément patriotes et ancrés dans la vie des pays arabes, ils sont un catalyseur d’harmonie entre les différentes ethnies et confessions de ces pays souvent très composites, notamment la Syrie.

Les islamistes takfiristes restent nombreux, encore soutenus par l’Arabie Séoudite pour les détourner de menacer le royaume des Séoud désormais menacé dans son existence même. Ce sera la tâche la plus ardue d’en finir avec eux après la solution négociée de la crise syrienne. Avec le revirement du Qatar qui cherche à se rapprocher de la Syrie de Bachar el Assad, on assiste à l’isolement des positions séoudiennes et israéliennes. Les deux pays ont d’ailleurs compris qu’ils n’étaient plus les alliés indéfectibles des Etats-Unis qui attendent d’eux des changements de position.

La destruction du stock d’armes chimiques syriennes, constitué pour répondre aux armes de destructions massives israéliennes, notamment nucléaires, biologiques et chimiques, met Tel Aviv en position délicate face aux initiatives pour un PO débarrassé de ces menaces.

L’Arabie est menacée par des dissensions internes à la famille régnante et des irrédentismes qui déboucheraient en une partition possible en trois parties, le nord avec la Jordanie et les Palestiniens, le centre avec le sud du Yémen de l’Hadramaout à la mer, et l’est chiite et pétrolier.

Le terrorisme islamiste international pourra être éradiqué quand il aura perdu ses commanditaires et soutiens, d’autant plus qu’il représente aux yeux des musulmans sincères un véritable blasphème de l’interprétation du Coran. Simultanément au changement de stratégie américaine dans la région, l’Arabie Séoudite va devoir mettre un terme à sa croisade sunnite contre un axe chiite centré sur l’Iran et appuyé sur l’Iraq, la Syrie et le Liban. Il semble d’ailleurs que la brouille avec les Etats-Unis sur la question syrienne amène la monarchie à revoir ses fondamentaux, comme en attestent des visites récentes en Iran. Son refus d’occuper le siège où elle avait été élue à l’AG de l’ONU est à la fois un signe de son irritation et de sa prise de conscience des nouveaux rapports de force dans la région.

En réalité les Etats-Unis ne font qu’accompagner l’évolution du monde comme Chuck Hagel l’avait annoncé avant même sa prise de fonction de Secrétaire d’état à la Défense (voir PJ).

L’Occident dirigé par l’Amérique a fait croire, grâce à un énorme budget de communication, qu’il représentait le bien et la justice et qu’il avait le soutien de la majorité des peuples pour ses aventures guerrières. Mais lors des menaces de frappes occidentales contre la Syrie fin août-début septembre derniers, qu’en réalité Obama n’avait proférées que pour lâcher du lest aux groupes de pression américains, alors qu’il y était hostile au fond de lui en raison des conséquences catastrophiques qu’elles auraient entraînées, et que son Etat-Major connaissait, cette coalition guerrière « occidentale » ne représentait que 800 millions d’habitants, non consultés d’ailleurs sauf les Britanniques qui s’y étaient opposés, contre les quelques 6 milliards du reste du monde soutenant la Russie et la Chine. On sait les artifices qu’il a utilisés pour retarder la décision et ensuite s’engouffrer dans la proposition russe de destruction du stock d’armes chimiques de la Syrie. Simultanément, cette proposition acceptée avec soulagement entérinait la reconnaissance de Bachar el Assad comme Président d’une Syrie chargée de la faire appliquer jusqu’à son terme.

La réunion de la conférence de Genève II pour régler la crise est désormais inéluctable, quelles que soient les manœuvres de ceux qui y sont hostiles comme l’Arabie, et le plus intelligent est de s’en accommoder.

Les organisations rebelles civiles qui s’y opposent ne représentent que quelques poignées de Syriens déracinés et les militaires, comme les brigades Liwad al Tawhidi, Ahrar al Cham, Souqour al Cham sont des organisations terroristes composées majoritairement d’étrangers qui combattent pour un état islamique mondial et n’ont aucune identité syrienne. Les forces de l’Armée Syrienne Libre sont devenues insignifiantes ou ont fait allégeance aux djihadistes, quand elles n’ont pas déposé les armes ou rejoint les forces régulières syriennes.

Quant aux Kurdes, l’Armée syrienne leur a donné la responsabilité de tenir leurs régions et ils s’en acquittent au prix de pertes sévères contre les djihadistes mais ils prennent le dessus de plus en plus.

Simultanément le dossier iranien sera également bouclé, peut-être même avant le syrien qui demande du temps pour régler le sort des takfiristes fanatiques qui sévissent sur le terrain. La reconstruction de la Syrie demandera du temps et beaucoup d’argent, de nombreuses infrastructures ayant été détruites. Mais il n’y a pas de solution sans Bachar et les Américains le savent, même si John Kerry est obligé, lui aussi, de lâcher du lest par des déclarations hostiles ou ambiguës.

Le Liban multiconfessionnel, fragilisé par son voisinage de la Syrie d’où il reçoit plus d’un million de réfugiés de toutes confessions n’a toujours pas de gouvernement pérenne du fait des désaccords attisés par les appuis étrangers des parties prenantes. Cependant les structures étatiques comme l’Armée et la police restent cohérentes et accomplissent leur tâche malgré les difficultés. L’alliance, sans doute majoritaire dans le pays, entre les chrétiens du CPL du général Aoun, le Hezbollah composé principalement de chiites mais pas exclusivement, et le parti Amal de Nabih Berri reste la force politique dominante qui a soutenu le régime en place à Damas Habitués des discussions de diwan pour trouver des compromis, les dirigeants des grandes familles analysent les situations au regard de leurs alliances extérieures et, fins observateurs, ils semblent avoir admis que le régime syrien sortirait vainqueur de la crise et en tirent les conséquences ; le chef druze Walid Joumblatt a récemment apporté son soutien à Nabih Berri pour la formation d’un gouvernement, signe qu’une issue pourrait s’ouvrir, d’autant plus que l’Arabie pourrait la souhaiter aussi et le faire savoir à ses alliés locaux, le chrétien Samir Geagea et le sunnite Saad Hariri.

En l’absence d’état solide, la fragilité du Liban tient à la présence armée forte du Hezbollah, au nom de la résistance à Israël, simultanément avec celle des milices sunnites présentes officiellement pour certaines ou dans les camps palestiniens, qui en sortent pour combattre en Syrie voisine ou dans la région de Tripoli au Nord, faisant déjà plusieurs dizaines de morts, soldats et civils. Ce mélange est dangereux et pourrait exploser dramatiquement si les djihadistes venaient à quitter la Syrie pour attaquer le Hezbollah au Liban. Des menaces sérieuses sont d’ailleurs annoncées sur la FINUL au Sud contre les soldats occidentaux, dont les Français.

La France a tout intérêt à reprendre langue diplomatiquement avec un régime qui sortira vainqueur d’une crise tragique et à utiliser les liens d’amitié qui demeurent malgré tout entre Syriens et Français, ancrés dans des échanges culturels anciens, en dépit des affrontements qui les ont aussi émaillés.

Elle aurait aussi tout intérêt à se rapprocher de la Russie dont la diplomatie toute en finesse a montré son efficacité. La Russie va marquer des points dans le règlement de ce conflit parce qu’elle a su offrir une porte de sortie honorable à la grande Amérique dans une crise où elle s’était embourbée.

Elle défend ses intérêts stratégiques mais aussi tactiques car de nombreux djihadistes sont des combattants tchétchènes qui se retourneront contre elle s’ils le peuvent.

La Turquie, la Jordanie, l’Arabie Séoudite seront les perdants à divers égards du règlement de la crise, de même qu’Israël. Sans doute ces états sauront-ils trouver une nouvelle posture pour limiter les dégâts avec opportunisme et s’adapter aux nouveaux équilibres du monde. Il faut s’attendre que la Chine nouera ou développera des liens avec les pays de la région, elle qui propose des investissements en échange de la fourniture de l’énergie dont elle a besoin pour sa croissance toujours forte.

Alain Corvez

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4025

Pour une relecture complète des évènements en Égypte


Points de vue alternatifs

A poster of deposed Egyptian President Mursi lies amid the debris of a cleared protest camp outside the burnt Rabaa Adawiya mosque in CairoDans un contexte où les dernières tensions en Égypte (combinée avec les soucis budgétaires aux USA) ont conduit les États-Unis à stopper temporairement l’aide militaire allouée à l’Égypte (ce qui posera à court et moyen-terme certains problèmes diplomatiques) et que les Frères Musulmans et les organismes liés ont tous été interdits, des journalistes de Reuters ont mené une longue enquête pour déterminer les ressorts de la destitution de Mohamed Morsi.

Source : article de Reuters

Informations contenues dans l’article

– Tandis que les médias avaient l’attention fixée sur les évènements du Caïre fin janvier 2011, des évènements d’importance se jouaient dans la prison de Wadi-el-Natrun où 34 membres des Frères Musulmans, arrêtés récemment, y ont été libérés (dans des conditions troubles qui vont bientôt être examinées et que certains mails de Wikileaks permettent de mieux cerner) conduisant à une série de nombreuses évasions en série dans d’autres prisons qui ont totalement débordé la police égyptienne, lui ont fait perdre sa maîtrise des évènements et ont laissé un profond traumatisme chez les officiers et la base (des centaines de policiers et agents de sécurité ont été tués dans ce jour appelé « Vendredi de la Rage »). Ce profond traumatisme dans le ministère de l’Intérieur appelait une vengeance chez de nombreux officiers selon les sources officielles de Reuters.

– « Quand le chef des armées Abdel Fattah al-Sisi est apparu à la télévision en juillet 2013 pour annoncer la fin de la présidence de Morsi et des plans pour les élections, il était largement admis que les dirigeants militaires égyptiens avaient été les chevilles ouvrières derrière la contre-révolution dans le pays. Mais des dizaines d’entretiens avec des responsables de l’armée, de la sûreté d’État et de la police, ainsi que des diplomates et des politiciens, montrent que c’est le ministère de l’Intérieur qui a été la principale force derrière la destitution du premier président démocratiquement élu de l’Egypte. »

– L’article identifie alors les méthodes des agents du renseignement du ministère de l’Intérieur. Ils identifiaient des militants qu’ils rencontraient et quand les militants leur soumettaient leurs craintes que l’armée et le ministère de l’Intérieur allaient donner le pays aux Frères Musulmans, ils leurs conseillaient (et leur donnaient un soutien logistique pour) de descendre dans les rues pour manifester contre Morsi (qui faisait face à ce moment aux soucis inhérents à une transition délicate du pouvoir). Bien que les militants « conseillés » par les renseignements ne fassent pas partie de ceux qui ont lancé les premiers grands mouvements et notamment le mouvement Tamarrod, les sources du ministères de l’Intérieur affirment qu’ils ont largement bénéficié du soutien du ministère de l’Intérieur (tandis que les médias se contentaient de parler « d’apprentis sorciers » qui voulaient changer le monde). Ce soutien mobilisait de très nombreux fonctionnaires du ministère qui lançaient, faisaient circuler et signaient eux-même les pétitions avant de rejoindre les manifestants dans les rues.

– L’article souligne ensuite que cette opération a été rondement menée, deux ans après avoir perdu son pouvoir suite à la « révolte contre Moubarak » (facilitée par les éléments rappelés ci-dessus), le ministère de l’Intérieur le récupère en mettant en scène une répression sanglante des Frères Musulmans. Les membres du ministère sont désormais dépeints comme les héros et les sauveurs du pays. Cela alors que deux ans auparavant c’est leur soi-disant brutalité qui aurait conduit à la révolution contre Moubarak. La confiance étant revenue dans les rangs du ministère de l’Intérieur celui-ci parle ouvertement de rétablir le type de sécurité (telle que pratiquée sous Moubarak) notamment via l’Unité de Sécurité Politique (qui était redoutée à l’époque) tout en promettant de ne pas reproduire les « violations passées« .

– L’article souligne que la clé de cette reprise en main a été «  la capacité du ministère de l’Intérieur à tisser des liens beaucoup plus étroits avec l’armée, l’institution la plus puissante et respectée en Egypte. C’était une tactique qui a commencé presque aussitôt que Moubarak a démissionné. »

– Dès les semaines suivants la chute de Moubarak des réunions furent organisés dans les académies de police abordant la question de comment « faire face » (ou gérer – to handle) aux Frères Musulmans (selon des policiers ayant assistés aux réunions). Les officiers de rang intermédiaires et inférieurs refusaient la possibilité de transiger avec une force politique influencée par les Frères Musulmans. Les officiers supérieurs ont tenté de les rassurer en leur disant d’attendre le bon moment pour agir contre eux, mais cela n’a pas réellement calmé les ardeurs. Un officier supérieur de la Sureté d’État affirme qu’ils n’y avaient pas d’ordres officiels pour désobéir à Morsi mais que les agents à la base refusaient d’être des « outils de la Fraternité » (en raison du ressentiment des évènements de 2011 mais également des années 90). Les tensions sont allées croissantes quand Morsi a amnistié 17 militants islamistes condamnés pour des assassinats de policiers dans les années 90.

– Quand Morsi a décidé de s’octroyer plus de pouvoir fin 2012 (sans doute pour remédier justement à cette absence d’autorité sur les forces de sécurité) et que les premières manifestations se sont déclenchées [sans doute avec les méthodes de juillet 2013], la police a refusé d’intervenir, et même de prendre en charge les militants et manifestants qui lui étaient livrés par les forces Pro-Morsi. Alors que des militants favorables à Morsi étaient tués dans des heurts consécutifs à ces évènements, les informations relayées étaient celles des militants anti-Morsi battu par certains partisans de celui-ci. Morsi a alors fait une erreur en annulant une réunion demandée par l’armée pour réfléchir sur la manière de « calmer l’orage ». Le message implicite adressé à l’armée et qui était de rester en dehors de la politique est très mal passé dans les rangs des militaires .

– En janvier 2013, Morsi a changé le ministre de l’Intérieur pour un homme jugé moins proche des anti-Morsi, Mohamed Ibrahim. Néanmoins celui-ci, ancien assistant du ministre de l’Intérieur pour les affaires pénitentiaires a entrepris de se rapprocher des éléments de l’armée et notamment du général Sisi avec qui il établissait des contacts directs et qu’il complimentait régulièrement pour sa gestion des diverses crises. Le général Sisi (ou Sissi selon…) avait, selon l’article, le charisme pour inspirer les jeunes officiers dans lesquels Morsi ne voyait pas le danger (il avait déjà renvoyé les vieux officiers de l’époque Moubarak).

–  Les chefs de la police du pays ont commencé à faire passer le message selon lequel, les Frères Musulmans étaient indésirables . Des combats avaient lieu régulièrement dans les rues « rendant les policiers aussi durs et impitoyables que l’armée » et alimentant leur détermination.

– Dès le début 2013, des officiels du ministère de l’Intérieur et des officiers de l’armée ont commencé à se rencontrer pour évoquer l’avenir du pays et des Frères Musulmans selon des officiers ayant participé aux réunions. Le ministère de l’Intérieur soutenait que les Frères étaient une « menace pour la sécurité nationale » et qu’ils devaient quitter le pouvoir. Usant des méthodes rhétoriques utilisées dans les années 90, les officiels du ministère de l’intérieur a suggéré aux officiers de l’armée d’assimiler tous les islamistes à des terroristes. C’était une perte de temps de croire qu’ils pouvaient offrir quelque chose à l’Égypte selon des membres du ministère (influencé par les conflits de 90 et les évasions de 2011). « Les Frères ont un problème avec l’Etat égyptien », a déclaré le responsable de la Sécurité d’Etat. « Je suis certain que Morsi est venu de mettre en œuvre le plan de la Confrérie … Ils ne croient pas en la nation d’ Egypte pour commencer. »

– Le message commençant à se diffuser au sein de la police et de l’armée à un rang de plus en plus élevé, Sisi a averti Morsi que son gouvernement n’allait pas pouvoir durer. Morsi aurait alors envisager de profondes restructurations de la police et de l’armée qui ont soudé encore un peu plus les officiers contre lui (la version inverse est soutenue par les Frères Musulmans).

– Les pressions se sont intensifiées sur l’armée lorsque le Tamarrod a débuté (qui n’a fait qu’avaliser ce qui était perçu, souhaité et projeté dès le départ par des éléments puissants du ministère de l’Intérieur). Néanmoins le mouvement Tamarrod n’a fait que poursuivre le mouvement de fond qu’illustre une réunion de 3 000 officiers de police mi-juin et qui a débouché sur l’expression d’une volonté de destituer Morsi. Les mouvements de colère de la population débouchant sur la destitution de Morsi étaient appelés par les officiers du renseignement : « La révolution de l’état ».

– Malgré la violente répression qui a suivi sur le terrain (allant parfois à l’encontre des instructions des officiels qui voulaient que des dispersions aux canons à eau soient préférées aux « gaz lacrymogènes, balles et bulldozers »), le ressentiment et la rhétorique employée pour justifier le renversement de Morsi ont permis également de justifier une très forte brutalité et de nombreux morts. Ainsi les propos des responsables de l’armée : « Nous avons aussi des troupes sur le terrain qui savent que cette décision (de recourir à des moyens plus modérés) ne peut jamais être mise en œuvre lorsqu’il s’agit de tout ce qui touche à cette organisation terroriste. La force doit être utilisée et elle ne peut jamais être évitée avec ces gens. » répondent étrangement aux propos tenus par le « co-fondateur » du Tamarrod dans une interview à l’Humanité interrogé sur la dispersion par la force des sit-in : « C’était une mesure nécessaire parce que nous n’avions pas affaire à des sit-in pacifiques mais à des foyers du terrorisme. Il fallait évacuer ces sit-in.« . La confiance en la police et l’armée est également affirmée : « Nous faisons confiance aux forces de l’ordre et à l’armée pour éviter à l’Égypte un scénario à la syrienne ou l’installation d’al-Qaida. » qu’on peut mieux comprendre désormais.

– « Deux ans après l’évasion de la prison de Wadi el-Natrun, le ministère de l’Intérieur détient à nouveau le pouvoir. Il a annoncé qu’il allait utiliser des balles réelles lorsqu’il ferait face à des manifestants qu’il accuse d’ « effrayer les citoyens. » Les camions utilisés par les forces de sécurité anti-émeute autrefois redouté sont maintenant recouverts d’inscriptions : « La Police du Peuple ». Le gouvernement a emprisonné les principaux dirigeants de la Fraternité dans le but d’ écraser le plus ancien mouvement islamiste en Egypte. Fonctionnaires Frères musulmans sont maintenant confrontés à des procès dans le cadre des manifestations d’Ittihadiya« . [Il est même allé jusqu’à dissoudre le mouvement, sur la base de documents soi-disant retrouvés dans les sièges des Frères Musulmans].

– Tout le monde n’adhère pas à cette ligne répressive, et les conditions de détention des membres des Frères semblent être pires que celles des pires heures du régime de Moubarak. Les avocats qui défendent ceux-ci confient ne pas dormir longtemps au même endroit…

Conclusion et discussion :

Alors que des mouvements dit « tamarrod » essaye de se structurer en Tunisie ou en Libye, il apparaît que, loin de la vision médiatiquement véhiculée d’une révolte populaire spontanée contre un régime illégitime, les racines de la révolution « de l’état » soient paradoxalement à rechercher dans les racines de la chute de Moubarak . Dès la chute de celui-ci, de vieux ressentiments et de récentes blessures se sont combinées au sein d’un appareil d’État qui perdait de son pouvoir… L’hostilité de la base des forces de sécurité aux Frères Musulmans et un habile rapprochement avec l’armée ont fourni le terreau (situation économique difficile, absence de sécurité, tensions…) sur lequel une révolte populaire a pu naître soutenue par la base des forces de sécurité. Morsi était alors condamné à l’échec. De retour au premier plan, la nouvelle alliance entre le ministère de l’Intérieur et l’Armée tente de purger le pays de la présence des Frères alimentant de nombreuses craintes (droits de l’homme, violences, extension aux opposants politiques etc…).

Le quotidien Al-Ahram titrait hier : « Tamarrod : marche arrière toute » En soutenant la comparution des civils devant les tribunaux militaires, Tamarrod semble avoir renié ses positions. Beaucoup accusent désormais ce mouvement, à l’origine de la destitution de Morsi, de soutenir aveuglément les méthodes de l’armée. »

« La colère et la frustration des partisans du président islamiste Mohamed Morsi, destitué début juillet, ont provoqué depuis lors des violences meurtrières. Celles-ci ont engendré une répression féroce de la part des forces de l’ordre à l’encontre des Frères musulmans, ce qui a renforcé l’animosité à leur égard ainsi que la polarisation du peuple égyptien. » (Lalibre.be). Le cercle vicieux est démontré, même si la volonté de l’appareil d’État de purger la société égyptienne des Frères Musulmans (tous assimilés comme terroristes) joue aussi beaucoup et n’est que superficiellement traitée. // « L’interdiction d’activité dont la justice a frappé les Frères musulmans il y a 15 jours va sans doute encore renforcer cette marginalisation. « Les Frères ne vont plus pouvoir être actifs sur le terrain, ou financer leurs activités sociales. S’ils auront peut-être encore la capacité de collecter de l’argent, ils auront plus de mal à le distribuer sous forme d’aides sociales », souligne M. Moniquet. « Il est probable que certains se tournent vers d’autres types d’actions et repassent à la violence« .

L’Égypte est partie pour connaître de longs mois, voire années de violence et de tensions qui déboucheront sur quelque chose de totalement inconnu à l’heure actuelle.

Le Mossad est capable de provoquer des crises dans le monde arabe, selon un général israélien


mossad_1793358cLe Mossad a tissé un réseau d‘espionnage particulièrement efficace, en plaçant ses hommes au sommet de plusieurs Etats arabes, notamment au Maroc, en Tunisie, en Egypte, au Liban, en Syrie, au Yémen, et en Irak. Cette révélation a été faite au cours d’un entretien accordé à une chaîne israélienne (chaîne 7) par le général Amos Yadlin, ancien patron de Aman, une section des services secrets israéliens.

Amos Yadlin
Amos Yadlin


 

Selon Yadlin, dont les propos ont été repris par le quotidien londonien Al Quds Al Arabi, Israël dispose : « d’agents disséminés dans plusieurs pays arabes à différents niveaux, dans les milieux politiques, économiques, culturels et sociaux et qui peuvent faire la promotion d’Israël, tout comme ils peuvent provoquer des destructions », a dévoilé le général israélien. « Nous sommes capables de provoquer et d’exacerber des crises tribales, confessionnelles et des tensions sociales et ainsi maintenir ces pays sous pression interne ».

Oumma.com

Le-printemps-des-sayanims-1Les sayanim

Les sayanim –informateurs en hébreu– sont des juifs de la diaspora qui, par « patriotisme », acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad, ou autres institutions sionistes, leur apportant l’aide nécessaire dans le domaine de leur compétence. L’Etat d’Israël possède ainsi un réservoir extraordinaire et inépuisable d’agents bien introduits dans tous les domaines et pratiquement tous les pays. Il suffit d’évoquer le Bnaï Brit (franc-maçonnerie juive internationale) et ses 500000 membres, tous prêts à défendre Israël à n’importe quel prix. Il y aurait 3000 sayanim en France. Imaginons la contribution de plusieurs milliers de sayanim aux Etats-Unis, ne serait-ce que dans les domaines financier et cinématographique.

Le premier intérêt du récit, c’est de mettre en lumière cette nébuleuse aussi mystérieuse qu’efficace. Car à moins de se référer à quelques livres écrits par des spécialistes –en particulier anglo-saxons– du fameux Mossad, on ne trouve nulle trace de ces sayanim. Même leur nom n’apparaît pratiquement jamais. Pourtant leur rôle est primordial dans les entreprises d’espionnage et/ou de manipulation médiatique du Service qui les emploie. Cette occultation peut déjà être considérée en soi comme une victoire de ces réseaux. Ils peuvent ainsi agir dans l’ombre, évitant de fait toute contre-attaque, ou même une tentative de créer des réseaux hostiles pour les contrer. On peut aussi se poser des questions sur les médias français qui ont réussi l’exploit de parler d’Israël et du Mossad sans jamais mentionner cette espèce de 5e colonne.

Il va sans dire que l’auteur n’a eu aucun accès ni à des documents confidentiels ni à des témoignages directs. Mais le fait de connaître l’existence des sayanim, et leur dévouement exemplaire à Israël, lui a permis une lecture particulière de certains événements. Un exemple significatif : L’auteur a été approché par des francs-maçons juifs du Grand Orient, sur la base de son identité évidente. En 2002, alors qu’Israël réprimait violemment la seconde intifada, ces frères français voulaient créer une loge juive et sioniste (en violation des règles du GODF) pour aider leur patrie de cœur. Il était évident qu’ils agissaient pour le compte de structures sionistes. D’ailleurs, les conditions d’installation et de fonctionnement de cette loge montrent à quel point celle-ci a bénéficié de la complaisance des instances supérieures de l’obédience de la rue Cadet.

Le Printemps des Sayanim met également en scène des personnages connus médiatiquement, dont l’influence est considérable, tant par leurs moyens financiers que par leurs réseaux, et qui, sans relâche, défendent la politique israélienne. On l’a vu récemment avec l’attaque brutale de la « flotille humanitaire ». Il s’est trouvé un grand philosophe pour évoquer « la pureté des armes sionistes », et un autre humaniste pour déplorer les « attaques antisémites ».

Il est impossible de tout citer. Mais on ne peut passer à côté de ce fait longuement détaillé dans le récit : Comment SOS Racisme est devenu un auxiliaire des institutions sionistes françaises, notamment l’Union des étudiants juifs de France, avec qui il travaille main dans la main.

Jacob COHEN

http://www.interet-general.info/spip.php?article18779

« Egypte et Israel partenaires dans le crime » par Jonathan Cook


Tribune libre Almutanabi Jasmin

626112_des-soldats-egyptiens-deployes-a-la-frontiere-entre-la-bande-de-gaza-et-l-egypte-le-21-mai-2013L’analyse de Jonathan Cook sur le nouveau partenariat entre les régimes israélien et égyptien pour étrangler Gaza.

Après avoir décrit les conséquences dramatiques, pour la population de Gaza, du renforcement du blocus de Gaza par l’armée égyptienne, Jonathan Cook écrit ceci dans Counterpunch :

« Bien à propos, un nouveau dessin dans un journal du Hamas montrait Gaza serré entre des tenailles – une branche étant Israël, l’autre l’Égypte. Sami Abu Zuhri, porte-parole du Hamas, aurait dit récemment que l’Égypte « essayait de l’emporter sur les Israéliens en tourmentant et en affamant notre peuple ».

Le Hamas manque d’alliés dans la région. Son chef, Khaled Meshaal s’est enfui de sa base en Syrie au début de la guerre civile, ceci lui aliénant l’Iran. D’autres nouveaux alliés, tels que la Turquie et le Qatar, gardent leurs distances.

Le Hamas craint le mécontentement grandissant à Gaza, spécialement une manifestation prévue pour novembre, qui se modèle sur les protestations de masse de cet été en Égypte, qui ont contribué à faire tomber Morsi et les frères Musulmans.

Le rival politique du Hamas, le Fatah – et l’Autorité Palestinienne (AP), basés en Cisjordanie – seraient derrière le nouveau mouvement de protestation.

Les efforts prolongés du Fatah et du Hamas pour conclure un accord d’unité sont maintenant un souvenir lointain. À la fin du mois d’août, l’AP a annoncé qu’elle allait bientôt prendre des « décisions pénibles » au sujet du Hamas, ce qui semble faire allusion à une déclaration selon laquelle il deviendrait « entité voyou ». De ce fait, les fonds seraient coupés.

L’AP considère l’isolement du Hamas et ses propres relations renouvelées avec les dirigeants égyptiens comme une occasion de reprendre Gaza.

Comme toujours, Israël est loin d’être un innocent spectateur.

Après la période troublante du gouvernement des Frères Musulmans, les armées égyptiennes et israéliennes – leurs intérêts stratégiques ayant toujours été alignés – ont rétabli leur coopération de sécurité. Selon les comptes rendus des médias, Israël a même fait pression sur Washington à la suite du coup d’État de juillet, pour s’assurer que l’Égypte continue à recevoir de généreuses subventions des USA – comme c’est le cas pour Israël, sous forme d’aide militaire.

Israël a fermé les yeux quand l’Égypte a déployé en grand nombre troupes, chars et hélicoptères dans le Sinaï, en violation du traité de paix de 1979. Israël préfèrerait éliminer la menace islamiste dans leur voisinage commun.

En même temps, la destruction des tunnels a bouché la canalisation principale permettant au Hamas de s’armer contre de futures attaques israéliennes.

Israël se réjouit également de voir le Fatah et le Hamas manœuvrer l’un contre l’autre et se vider de leur énergie. L’unité politique aurait renforcé la cause des Palestiniens auprès de la communauté internationale ; tant qu’ils sont divisés, on peut les jouer l’un contre l’autre.

Ce jeu cynique bat son plein. La semaine dernière, pour la première fois depuis six ans, Israël a autorisé l’entrée à Gaza de matériaux de construction à usage privé, et aussi de combustible. Une canalisation d’eau vient d’être approuvée et doublera l’approvisionnement en eau pour Gaza.

Ces mesures sont destinées à améliorer l’image de marque de l’AP à Gaza, pour la remercier de retourner aux présentes négociations futiles, et à réduire le soutien pour le Hamas.

Du fait que l’Égypte s’associe au blocus, Israël peut maintenant contrôler plus fermement ce qui entre et sort. Il est ainsi en mesure de punir le Hamas tout en embellissant son image à l’étranger en se montrant généreux avec des gestes « humanitaires » envers la population en général.

Gaza dépend encore une fois des bonnes grâces d’Israël. Mais même les analystes israéliens admettent que la situation est loin d’être stable. Tôt ou tard, quelque chose doit lâcher. Hamas ne sera peut-être pas le seul à être pris dans la tempête. »

Source : http://www.counterpunch.org/2013/10

Traduit par Chantal C.

Proche Orient : L’Egypte serre la vis à Gaza


5 palestinian killed in tunnelLe changement de pouvoir de ces derniers mois a non seulement conduit à la fermeture des frontières aux personnes en provenance de Gaza, mais a également entraîné une forte baisse du transport de produits de base et limité les droits de pêche, isolant encore davantage les résidents du Territoire palestinien occupé (TPO).

L’armée égyptienne a dit avoir détruit plus de 440 tunnels —soit 80 % à 90 % des tunnels détectés entre l’Égypte et Gaza— depuis le début de ses opérations dans la péninsule du Sinaï, fin juin 2013. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), seulement dix tunnels sont actuellement en fonction. Ils étaient au moins 300 avant que l’Égypte ne prenne des mesures drastiques. « Ils sont en train de nous étrangler, même s’ils affirment le contraire », a dit à IRIN Jalal, un homme âgé de 25 ans qui travaille dans l’un des tunnels. « La situation ne nous laisse pas d’autre choix que de chercher d’autres manières de faire fonctionner les tunnels jusqu’à l’ouverture d’un point de passage viable des marchandises à la surface ». Les tunnels sont les principales voies de commerce depuis et vers la bande de Gaza. Ce sont aussi les seuls points permettant d’entrer et de sortir de Gaza en évitant Israël, qui limite fortement les passages. Les Principes concertés sur le point de passage de Rafah, signés en 2005 par l’Autorité palestinienne et Israël, prévoyaient la mise en place d’échanges commerciaux formels, mais l’accord a été suspendu à la suite de l’accession au pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza en 2006. Les autorités et les médias égyptiens soutiennent que les tunnels facilitent le trafic d’armes et de drogue et permettent même le passage de terroristes vers le Sinaï. Le Hamas a cependant démenti ces allégations. Jalal et ses collègues disent ne pas avoir été payés depuis près de deux mois. Jalal attend son premier enfant. « Je veux que mon fils vive dans un monde meilleur, sans limites ni frontières comme celles qui nous font souffrir actuellement ».

Transfert d’un mouton dans un tunnel entre l’Egypte et la bande de Gaza
Transfert d’un mouton dans un tunnel entre l’Egypte et la bande de Gaza

Sur la côte, la situation est semblable. La marine israélienne interdit aux pêcheurs gazaouis de s’éloigner de plus de six miles marins des côtes, ce qui limite fortement leurs prises. Auparavant, l’Égypte tolérait les pêcheurs dans ses eaux, mais ces dernières semaines, des pêcheurs palestiniens ont été arrêtés et blessés par la marine égyptienne et leurs bateaux ont été endommagés. « Ce n’est pas une façon de traiter ses frères », a dit Nizar Ayyash, directeur de l’association des pêcheurs palestiniens. Il a appelé l’Égypte à mettre un terme à cette campagne de répression. Le 30 août 2013, cinq pêcheurs palestiniens se sont fait arrêter en Égypte. Ils ont été inculpés pour intrusion dans les eaux internationales égyptiennes et ont été condamnés à un an de prison et 60 dollars d’amende chacun. « Nous avions l’habitude d’atteindre les côtes d’El-Arich [l’une des principales villes du Sinaï] ; les gardes nous regardaient aller et venir. Ils nous laissaient aller sans rien dire, mais tout a changé maintenant », a dit Mahmoud, un pêcheur gazaoui âgé de 30 ans. Après l’arrestation, les pêcheurs de Gaza ont été avertis de ne pas s’approcher des lignes frontalières. Or, trois jours plus tard, deux pêcheurs ont été blessés alors que leurs bateaux étaient pris pour cible par la marine égyptienne. Selon M. Ayyash, ils se trouvaient pourtant dans les eaux gazaouies. Abdullah Najjar, âgé de 55 ans, a dit à IRIN que son fils, Ibrahim, avait été gravement blessé et que son bateau avait été endommagé lorsqu’un soldat égyptien lui avait tiré dessus ainsi que sur un autre pêcheur. Ibrahim a dû être opéré au bras à la suite de cet incident. L’association des pêcheurs prétend que d’autres pêcheurs ont été pris pour cible ces deux dernières semaines dans les eaux gazaouies.

Des pêcheurs gazaouis
Des pêcheurs gazaouis

Environ 50 % des besoins en poisson de Gaza étaient, jusque récemment, couverts par des produits acheminés à travers les tunnels [et pêchés par des Gazaouis dans les eaux égyptiennes]. Ainsi, selon OCHA, avant juillet 2013, près de 118 tonnes de poisson étaient importées à Gaza chaque mois via les tunnels pour compléter les faibles prises des pêcheurs. Selon des travailleurs humanitaires, les mesures de restriction contre les tunnels pourraient menacer la sécurité alimentaire à Gaza. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime d’ailleurs que si la totalité des tunnels venait à fermer, il devrait être prêt à répondre aux besoins de 50 000 à 60 000 personnes de plus. La situation actuelle présente des similitudes avec celle de fin 2009, lors de l’édification par l’Égypte d’un mur à la frontière avec Gaza. « Nous avons fini par résoudre cette situation », a dit Khalil, propriétaire d’un tunnel âgé de 40 ans. « Mais ce qui se passe maintenant est pire », a-t-il ajouté. Selon OCHA, les fermetures de tunnels ont participé à « d’importantes pénuries, notamment de combustible à des prix abordables et de matériaux de construction ». Khalil reproche aux opérations égyptiennes d’avoir paralysé son activité. Les tunnels, qui fonctionnaient auparavant à toute heure du jour et de la nuit, sont désormais bien calmes. Dans le souci d’éviter une crise humanitaire, les autorités de Gaza, dirigées par le Hamas, ont appelé l’Égypte, d’autres pays arabes et la communauté internationale à aider à mettre en place une zone commerciale légale et à rouvrir la frontière aux échanges commerciaux.

La fermeture des tunnels menace également le récent essor du secteur de la construction à Gaza. Moins de 100 tonnes de matériaux de construction ont été importées chaque jour la semaine dernière, contre une moyenne de plus de 7500 tonnes en juin, selon les chiffres de la Fédération des industries palestiniennes citée par OCHA. La Banque mondiale a dit récemment que les mesures de restriction risquaient d’entraîner une baisse importante des activités de construction à Gaza au cours des prochains mois. Selon Nabil Abu Mu’aliq, directeur du syndicat des entrepreneurs palestiniens, environ 30000 travailleurs du secteur sont désormais sans emploi à cause de l’arrêt de l’importation de matériel depuis l’Égypte et de la hausse des prix qui s’en est suivi. Israël a annoncé, en septembre 2013, qu’il permettrait à 50 camions de matériaux de construction à destination du secteur privé d’entrer dans Gaza par le poste-frontière de Kerem Shalom. Mais selon M. Abu Mu’aliq, cela représente moins d’un quart des besoins du marché.

L’organisation non gouvernementale (ONG) Gisha, un centre juridique plaidant pour la liberté de circulation, a dit, dans un récent communiqué, que même si l’Égypte n’était pas une puissance d’occupation dans la bande de Gaza, elle avait cependant des obligations humanitaires envers ses habitants. « Elle doit prendre en compte le droit à la liberté de circulation des habitants de Gaza et faire tout son possible pour maintenir une voie de circulation fiable et suffisante à travers son territoire ». « En raison du contrôle important d’Israël sur la bande de Gaza, [le pays] a le devoir, conformément au droit applicable en matière d’occupation, de permettre aux habitants de Gaza de mener une vie normale, et notamment de quitter Gaza et d’y revenir ». Le réseau d’ONG palestiniennes et un certain nombre d’organisations palestiniennes de défense des droits de l’homme ont exhorté la communauté internationale à lever le blocus imposé à Gaza. Dans un communiqué envoyé à IRIN, ces organisations ont dit qu’Israël, en tant que puissance occupante, était responsable de la détérioration actuelle de l’économie et de la qualité de vie à Gaza due aux fortes restrictions. Le réseau a également appelé les autorités égyptiennes à faciliter les déplacements des résidents de et vers Gaza et à prendre en compte la situation humanitaire du territoire.

IRIN

http://www.interet-general.info/spip.php?article18766

« Al Qaida est financé par les USA » (un ex membre) – vidéo


maxresdefaultL’ex-membre d’Al Qaida Sheikh Nabil Naiim a diffusé un témoignage étonnant en affirmant que le chef de Jabhat Al-Nusra, principale milice active en Syrie pour renverser Bachar, est en fait un agent de la CIA. Sheikh Nabil Naiim, considéré comme le leader historique du mouvement jihadiste islamique en Egypte, a dirigé le camp d’entraînement de Safwa Al-Qaeda où il rencontra Osama Bin Laden. Il est ensuite parti au Soudan avec le dirigeant d’Al-Qaeda Ayman al-Zawahiri et il a été reconnu officiellement membre d’Al-Qaeda. Directement impliqué dans l’assassinat du président égyptien Anouar el Sadate, Naiim a été emprisonné après une tentative d’asssassinat de Hosni Moubarak. Relâché après la chute de celui-ci, Naiim a renoncé à la violence et accuse à présent ses anciens collègues de figgurer sur les feuilles de paie de la CIA. « Je crois personnellement que le chef de l’armée Nusra Mohammed al-Jawlani et un agent de la CIA au sein d’Al Nusra. », déclare-t-il notamment dans cette vidéo.

http://www.michelcollon.info/Al-Qaida-est-finance-par-les-USA.html

 

 

 

Egypte: Dans l’oeil du cyclone – Andre Vltchek


Bâtiment du gouvernement incendié au Caire.
Bâtiment du gouvernement incendié au Caire.

Ils disent que des milliers de personnes sont mortes pendant et après le  coup d’Etat du 3 Juillet 2013 en Egypte. Les chiffres semi-officiels et ceux des conservateurs parlent de 1.600 victimes.

Une fois de plus les gens disparaissent, des gens meurent. Durant les manifestations, des tireurs d’élite ont été positionnés sur les toits des grands immeubles au Caire et à Alexandrie. La peur est partout.

Dans toute la région, une grande vague de répression est en cours. Les alliés des Occidentaux arrêtent et assassinent l’opposition : en Egypte, en Turquie, au  Bahreïn et en Arabie Saoudite …

Il est largement admis, au moins parmi ceux qui sont encore dans la résistance, que le président Morsi, leader des Frères musulmans, a trahi la révolution. Puis, alors que les protestations populaires secouaient le Caire, Suez, Alexandrie et d’autres parties du pays, l’armée égyptienne est ‘’intervenue’’, effectuant ce qui a été qualifié en Occident comme« coup d’Etat sans effusion de sang ».

A cette époque, certaines personnes se sont réjouies, même les plus pauvres, mais seulement pour un temps extrêmement court. Les meurtres ont commencé presque immédiatement, et les chars ont pris position dans tout le pays.

Non seulement l’armée n’avait pas l’intention de ramener la révolution sur une voie socialiste (ou au moins une certaine orientation sociale),  mais il est vite devenu évident qu’elle était en train de faire revenir le pays, essentiellement et rapidement, vers le régime de Moubarak.

Ce n’est pas très étonnant puisque l’armée égyptienne bénéficie d’un énorme soutien financier et idéologique de l’Occident, depuis des années et des décennies.

***

Cette fois, j’ai passé une semaine avec les membres de l’opposition égyptienne, principalement avec l’Organisation Socialiste Révolutionnaire. J’ai également visité certaines manifestations des Frères musulmans à Alexandrie, au cours desquelles, deux personnes ont perdu la vie.

Il s’agit clairement d’un moment inquiétant pour le pays. À peu près tout peut arriver à tout moment. Les répressions brutales des forces armées deviennent presque une routine quotidienne. Des centaines de personnes meurent chaque semaine.

Mais le peuple égyptien est fort et déterminé. Ils ne sont pas toujours idéologiquement prêts (résultat de plusieurs décennies de lavage de cerveau par le régime de Moubarak), mais au moins ils se rendent compte qu’ils sont pauvres, trompés et exploités. Beaucoup d’habitants de taudis, qui ont d’abord soutenu le coup d’Etat militaire, se retournent maintenant contre le pouvoir des forces armées. Les gens veulent, ils exigent, la justice sociale.

Dans notre récent entretien, Noam Chomsky a dit que l’Egypte et d’autres pays de la région en sont là où l’Amérique latine était il y a quelques années.

Dans le passé, l’Egypte se déplaçait sur une trajectoire patriotique et socialiste, mais les forces impérialistes étrangères l’ont déraillée.

Aujourd’hui, à nouveau, il y a une chance que le processus interrompu il y a plusieurs décennies, puisse reprendre. Mais il est clair que le régime et ses institutions ne vont pas disparaître du jour au lendemain, sans un combat brutal.

En fin de compte, la vraie révolution peut revenir, et elle peut triompher. Mais des milliers d’Egyptiens devront peut-être mourir durant le processus, en luttant pour un monde meilleur.

 

Harangue des manifestants.
Harangue des manifestants.

 

Sans-abri à la place Tahrir au Caire.
Sans-abri à la place Tahrir au Caire.

 

Les visages des Frères musulmans à Alexandrie.
Les visages des Frères musulmans à Alexandrie.

 

Une des innombrables institutions militaires.
Une des innombrables institutions militaires.

 

Mariage égyptienne pendant le soulèvement national.
Mariage égyptienne pendant le soulèvement national.

 

Bâtiment détruit à côté du mur du Caire.
Bâtiment détruit à côté du mur du Caire.

 

Scène de rue au Caire.
Scène de rue au Caire.

 

".. Et ensuite ils y vont et ils meurentr."
« .. Et ensuite ils y vont et ils meurent. »

 

Barre de fer et Frères musulmans à Alexandrie ; des durs.
Barre de fer et Frères musulmans à Alexandrie ; des durs.

 

Logements pour classes moyenne selon les normes locales.
Logements pour classes moyenne selon les normes locales.

 

Frères musulmans à Alexandrie - et ils y vont!
Frères musulmans à Alexandrie – et ils y vont!

 

Près de la place Tahrir.
Près de la place Tahrir.

 

Militaires omni-présents.
Militaires omni-présents.

 

Manger à l'extérieur.
Manger à l’extérieur.

 

Une ville en paix ?
Une ville en paix ?

 

Recrutement de nouveaux jeunes membres de l'Organisation Socialiste Révolutionnaire.
Recrutement de nouveaux jeunes membres de l’Organisation Socialiste Révolutionnaire.

 

Contrôle dans les rues au Caire ... ces jours-ci.
Contrôle dans les rues au Caire … ces jours-ci.

 

Un mur au Caire, protégeant  l'ambassade américaine.
Un mur au Caire, protégeant l’ambassade américaine.

 

Des jeunes qui protestaient contre la disparition d'un militant.
Des jeunes qui protestaient contre la disparition d’un militant.

 

De quoi ont-ils peur?
De quoi ont-ils peur?

 

Wassim Wagdy l'un des leaders de l'organisation socialiste révolutionnaire.
Wassim Wagdy l’un des leaders de l’organisation socialiste révolutionnaire.

 

Murs de protection des édifices gouvernementaux.
Murs de protection des édifices gouvernementaux.

 

Deux figures de l'opposition.
Deux figures de l’opposition.

 

Un dur à cuire de chez les Frères musulmans.
Un dur à cuire de chez les Frères musulmans.

 

C’était normalement une station de métro.
C’était normalement une station de métro.

 

Ils veulent le retour de Morsi.
Ils veulent le retour de Morsi.
L'émeute des Frères musulmans à Alexandrie.
L’émeute des Frères musulmans à Alexandrie.

 

Ce jour-là, deux personnes sont mortes ...
Ce jour-là, deux personnes sont mortes …

 

Andre Vltchek

Traduction par Avic

http://www.counterpunch.org/2013/09/17/egypt-in-the-eye-of-the-storm/

Obama dit tout!


_Obama_Netanyahu_e_2515610kLes choses sont maintenant bien claires et doivent l’être pour tout le monde. Le président Obama dit clairement les choses dans cette courte vidéo qui suit. Toute la vision politique et géopolitique du moment est exposée. Vous ne pourrez plus dire qu’on vous ment, qu’on vous manipule, que vous n’êtes pas informés ou que sais-je.

Il suffit juste d’écouter la minute de cette vidéo:

Alors qu’a-t-il dit concrètement?

– Que les armes chimiques de Syrie étaient moins importantes que le nucléaire d’Iran. Cela situe le niveau de priorité de l’administration militaire americano-sioniste et nous montre clairement le véritable objectif de toute cette agitation guerrière actuelle: l’Iran!

– Il confirme que son administration est allé rassurer Nethanyahou sur la détermination militaire américaine concernant la sécurité d’Israël qui est sa priorité absolue. Il a affirmé que l’option militaire en Syrie n’était pas du tout abandonnée et donc que le projet est au minimum de désarmer militairement la Syrie sinon de changer de leadership pour mettre une marionnette sioniste. L’objectif est clairement de désarmer la Syrie avant d’attaquer l’Iran.

Voilà donc la situation clairement exposée pour nos esprits français. Nous savons que nous sommes engagés, nous français, au côté de l’empire americano-sioniste pour attaquer la Syrie s’il le faut et, surtout, l’Iran. Nous sommes donc clairement dans le camp hostile à la Russie et la Chine. Nous pourrions peut-être en examiner les conséquences aussi sur le plan économique. A noter que l’Allemagne, elle, ne prend jamais partie ouvertement même si l’on sait qu’elle roule clairement pour l’Otan, ce qui lui permet de rester un interlocuteur économique privilégié avec ces deux grandes nations.

Nous savons maintenant aussi que le soi-disant apaisement sur la Syrie n’est qu’une pause dans l’agenda mais que l’option militaire est toujours envisagée de toutes façons. Il faut détruire la Syrie d’une manière ou d’une autre.

Donc tout notre engagement militaire futur ne se fera que dans un seul objectif: protéger Israël en faisant le vide autour de lui. Cela a commencé par l’Egypte qui est maintenant sous contrôle d’une armée elle-même sous contrôle américain. Ne reste plus que la Syrie et l’Iran à faire tomber pour qu’Israël ait les mains libres. De plus ces tensions militaires dans la région permettent d’acter la présence de deux camps distincts, Otan et OCS, donc le retour à la guerre froide. Le retour aux grandes manœuvres militaires, à l’essor de l’industrie militaire, à la hausse de l’énergie, au terrorisme, bref l’histoire peut se répéter. A moins que la crise iranienne ne débouche véritablement sur un affrontement militaire global et alors là il n’y aura peut-être plus d’histoire à écrire pour une grande partie d’entre nous…

http://lecitoyenengage.fr/obama-dit-4727

Le général Sisi se dévoile ?


385961-01-02.jpg.crop_displaySelon le journal Al Jomhouriya, Mahab Mamich, président de l’organisme chargé de la gestion du canal de Suez vient d’affirmer que l’Egypte ne bloquerait le canal de Suez que pour les Etats contre lesquels il est en guerre ouverte »!!

L’Egypte est-elle en guerre ouverte, actuellement, contre quelque pays que ce soit ? Evidemment non. Cela veut donc dire que le canal est ouvert, pour l’US Navy en particulier.

Cela veut dire aussi que si une guerre à grande échelle se produisait, et que l’armée égyptienne s’engageait  auprès de son sponsor l’Arabie Saoudite (donc des Etats-Unis), cette déclaration voudrait dire que les américains auraient le contrôle total du Canal de Suez et en fermeraient l’accès à leurs ennemis.

Etait-ce cela la raison d’être de tous les évènements égyptiens, c’est-à-dire la certitude de pouvoir contrôler le Canal de Suez en vue de l’intervention en Syrie ? Si c’est le cas, ce serait du grand art.

Avic

L’Iran peut aider Obama à affiner son héritage


2013-06-05T114009Z_1_APAE9540WEZ00_RTROPTP_3_OFRWR-IRAN-NUCLEAIRE-RUSSIE-20130605Par MK Bhadrakumar

Le président Barack Obama crée un nouveau précédent dans l’histoire de l’Amérique comme puissance impérialiste. Il ne cherche pratiquement pas d’excuses avant d’ordonner une attaque militaire contre un pays souverain avec lequel les Etats-Unis ne sont pas en guerre et qui n’a pas nui aux intérêts vitaux de l’Amérique ou ses intérêts comme pays souverain, même indirectement.

L’administration Obama annonce publiquement à l’avance que cela va être une attaque militaire « limitée » de la Syrie par les États-Unis. Il est même prêt à donner un préavis du moment où l’attaque peut être prévue. Qui pourrait dire qu’Obama n’est pas un homme d’Etat plein d’humanité et de respect?

Par attaque «limitée», l’administration Obama indique qu’elle n’attaquera pas directement les stocks d’armes chimiques de la Syrie, mais seulement leur «logistique », ce qui signifie les forces aériennes syriennes et les unités de l’armée qui sont susceptibles d’être impliquées dans une attaque à l’arme chimique. En fait, n’importe qui se trouvant dans le commandement des forces armées du pays et, à plus forte raison ceux des centres de « commandement et de contrôle  » des forces armées syriennes, seront également ciblés.

En somme, le plan derrière l’attaque « limitée » est d’affaiblir les forces armées syriennes. L’objectif politique est clair. L’administration Obama insiste sur le fait que ce n’est pas un «changement de régime. » Ce que cela signifie c’est que les Etats-Unis et ses alliés espèrent que, sous une pression immense de mort et de destruction, les forces armées syriennes pourraient, enfin, commencer à remettre en question la qualité de la direction du président Bachar al-Assad, ce qui, à son tour, pourrait conduire à un coup d’Etat contre lui ; ce ne sera pas un «changement de régime» à proprement parler, mais un ‘’changement de régime’’ quand même.

L’expérience irakienne a enseigné aux Etats-Unis l’importance cruciale de maintenir intactes autant que possible les structures étatiques et les institutions – lire, les forces armées, l’appareil sécuritaire et la bureaucratie – dans un pays, même si son régime change de mains selon le désir américain.

Le risque est grand parce que dans cette situation, il y a, de manière implicite, à la fois les «connus connus» et les «inconnus inconnus» contre lesquels l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld avait mis en garde. Pour citer un extrait du communiqué de presse de Rumsfeld en Février 2002 :

Il y a des connus connus, il y a des choses que nous savons que nous savons. Il y a des inconnus connus, c’est-à-dire, il y a des choses que nous savons maintenant que nous ne savons pas. Mais il y a aussi des inconnus inconnus – il y a des choses que nous ne savons pas que nous ne savons pas.

Rumsfeld s’exprimait dans le contexte de l’Irak, où son pronostic était que les principaux dangers de la confrontation étaient les «inconnus inconnus», c’est à dire les menaces de Saddam, qui était complètement imprévisibles.

Inutile de dire que pour l’administration Obama, réussir à atteindre son objectif est loin d’être évident car, en Syrie,  les «connus connus » seuls sont très importants. Mais ce qui est clair dans un sens beaucoup plus large et profond ce sont les choses suivantes :

Premièrement, cette entreprise d’attaquer la Syrie est issue d’un plan directeur dont les Etats-Unis (et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) ont toujours prétendu qu’il n’existait pas. L’art de la dissimulation a été perfectionné au point ultime. Les États-Unis ont pris un brusque virage sur le chemin menant au sommet de Genève 2 sans se soucier le moins du monde des explications à fournir sur le pourquoi, tout en concluant unilatéralement sans aucune preuve concrète que le gouvernement syrien devrait être tenu pour responsable des dernières attaques d’armes chimiques près de Damas.

Deuxièmement, au moment décisif, les Etats-Unis rallient leurs alliés et forment une «coalition of the willing ». Les désaccords qui était supposés exister entre les Etats-Unis d’une part et ses alliés du Golfe Persique (et Israël)  d’autre part sur le changement de régime en Egypte était une petite guéguerre entre vendeurs dans un marché aux poissons, après tout. Lorsque le besoin s’en fait sentir et le moment venu, ils se déplacent immanquablement ensemble comme une meute de loups.

Troisièmement, les États-Unis interprètent unilatéralement le droit international et n’ont aucun scrupule à lancer des attaques militaires sans un mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies. Alors qu’une démocratie véritable, devrait épouser les valeurs de la démocratie « inclusive », l’administration américaine agit sans prendre en considération l’opinion publique nationale. Selon les sondages d’opinion américains, pas même 10% du peuple américain ne veulent que leur pays s’implique en aucune manière dans la guerre civile en Syrie.

Quatrièmement, Obama a jeté de la poudre aux yeux de l’opinion mondiale en donnant l’impression qu’il n’y aura plus «d’Afghanistans» ni «d’Iraks » et qu’il est toujours sous le choc, à chaque fois qu’un sac mortuaire arrive de la guerre en Afghanistan et qu’il est appelé à signer la lettre de condoléances à la famille endeuillée. L’invasion américaine de l’Irak a entraîné la mort de centaines de milliers de civils innocents. Mais ça ne laisse aucune cicatrice sur la sensibilité d’Obama.

Toutefois, la leçon la plus profonde que l’on peut tirer de tout cela, alors que les Etats-Unis commencent le compte à rebours d’une attaque sur la Syrie, réside ailleurs: Pourquoi la Syrie, pourquoi pas la Corée du Nord?

La réponse est claire. Comme les analystes militaires de CNN peinent à l’expliquer, ce sera une opération militaire qui n’engendrera pas de risque de pertes américaines. L’attaque contre la Syrie aura lieu à partir de la mer bleue avec des missiles de croisière – pas même d’avions pilotés par les pilotes américains de peur qu’ils ne soient abattus.

Les analystes américains expliquent que les forces armées syriennes sont déjà débordées après deux années de combat contre les rebelles dans tout le pays. Ils font remarquer comment la Syrie n’a même pas pu enclencher des représailles contre les attaques aériennes israéliennes répétées – chose impensable il y a seulement quelques années.

En somme, la Syrie n’a pas de pouvoir de dissuasion. C’est là que Kim Il-sung et Kim Jong-il se sont avérés leaders visionnaires. Ils ont légué à la direction actuelle de Kim Jong-Un à Pyongyang une puissance de dissuasion qui fera que l’administration Obama pensera, pas deux fois, mais plusieurs fois avant de lancer une attaque militaire contre la Corée du Nord. C’est exactement là où le père de Bachar, Hafez al-Assad semble avoir faibli.

Maintenant, cela devient un jeu de moralité pour l’Iran. Bien sûr, le régime iranien prend très au sérieux les «fatwas» prononcées par leur chef spirituel et guide suprême de ne pas se lancer dans un programme d’armement nucléaire. Mais, est-ce la chose sage à faire ?

Après tout, nous devons être en vie avant que nous puissions penser à observer les « fatwas » – même Perses. Le fait est que l’attaque américaine imminente contre la Syrie devrait être un signal d’alarme pour le régime iranien  et l’alerter pour la lutte existentielle qui l’attend.

Comment Téhéran peut-il désormais prendre la parole d’Obama au sérieux? Seulement la semaine dernière, il est apparu selon des documents d’archives officielles américaines que le coup d’état de 1953 contre Mohamed Mossadegh était une opération de la CIA, et que les horribles attaques d’armes chimiques par les forces de Saddam Hussein ont été organisées avec les renseignements cruciaux de la CIA.

Y a-t-il quelque chose de vraiment changé sous Obama? Les dirigeants iraniens doivent réfléchir calmement et collectivement.

Quels que soient les résultats de l’attaque imminente des Etats-Unis contre la Syrie, qui aura, c’est certain, des conséquences dramatiques, Téhéran doit prendre une décision capitale pour se prémunir contre une telle agression. La seule façon d’y parvenir sera d’avoir le pouvoir de dissuasion que la Corée du Nord possède, ce qui maintient les prédateurs à distance.

L’opinion mondiale comprendra. Les humbles ont également le droit moral de se défendre – même s’ils sont loin d’hériter d’une terre que Dieu a prophétisée pour eux. Que ce soit le meilleur héritage présidentiel d’Obama – un Iran nucléaire.

Ambassadeur MK Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans, avec des postes dont celui d’ambassadeur de l’Inde en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001).

Traduction : Avic

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-02-290813.html

Grande énigme au pays du Sphinx


suezVous y comprenez quelque chose dans tous ces évènements proche et moyen-orientaux ? J’avoue que je suis un peu largué. Pourtant l’équation que nous avions jusqu’ici semblait claire. D’un côté il y avait ceux qui veulent la Syrie : l’Occident, Israël et l’Arabie Saoudite secondée par ses satellites émiratis. Ils disposent d’une armée de plusieurs milliers de mercenaires entrainés par les spécialistes israéliens et occidentaux dans des pays alliés (Jordanie et Turquie) et financés et équipés par l’Arabie Saoudite qui en fournit les effectifs par ailleurs. Ouvertement c’est presque une guerre syro-saoudienne.

En face il y a ceux qui s’opposent de toutes leurs forces au dépeçage de la Syrie. Outre la Syrie elle-même, il y a le Hezbollah, l’Iran et la Russie. Leur ennemi c’est cette armée saoudienne – il faut bien l’appeler par son nom.

C’est ici que les choses commencent à s’embrouiller. Les saoudiens font tout ce qu’ils peuvent pour entrainer l’Occident vers une intervention directe, y compris par de moyens de type false flag. Il semble qu’ils soient enfin parvenus à leurs fins avec la dernière attaque à l’arme chimique. Pour cette intervention, l’usage du Canal de Suez est nécessaire et dépend entièrement du gouvernement égyptien qui n’existe aujourd’hui, dans la tourmente que traverse le pays, que grâce au soutien sans faille de l’Arabie Saoudite. Or cet allié crucial vient de décider qu’il n’était pas question d’utiliser le canal pour aller faire la guerre à la Syrie, anéantissant, du coup, deux ans d’effort de ses sponsors, juste au moment où ceux-ci décrochaient enfin le gros lot, c’est-à-dire l’acceptation (presque) d’Obama pour une intervention directe.

Après ce coup de tonnerre, que font les saoudiens ? Rien, aux dernières nouvelles. L’argent continue de couler à flot. Que font les occidentaux ? Silence radio dans les chancelleries. Que fait Israël ? On n’a pas vu de chars de l’armée israélienne se diriger vers la frontière comme en 56 sous Nasser.

Etait-ce la clé pour désamorcer la crise ? Pas de Canal, pas de bombardement, donc retour au calme. Tout cela n’aurait été que de l’esbroufe ? Si c’est le cas, cela voudrait dire qu’un autre agenda est en cours.

Ceux qui ont des réponses à toutes ces questions ont bien de la chance. Moi je donne ma langue au sphinx.

Avic

Inutile de rêver d’une Syrie jouet de l’Occident, ce rêve ne se réalisera pas ! Bachar al-Assad


Tribune libre Byblos

Entretien du 26 Août 2013 avec le journal russe Izvestia

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1. Monsieur le Président, aujourd’hui la question essentielle concerne la situation sur le terrain. Quelles sont les régions du pays toujours contrôlées par les rebelles ?

En ce qui nous concerne, la question ne se résume pas à dire quelles sont les régions contrôlées par les rebelles et quelles sont celles contrôlées par l’Armée nationale, car nous n’avons pas à faire à une occupation territoriale traditionnelle par un ennemi précis pour réfléchir de cette manière.

Nous faisons face à des terroristes qui se sont infiltrés dans des villages et des zones périphériques de villes où ils sèment ravages et destructions… Ils tuent des civils innocents qui les rejettent et condamnent leurs actions… Ils démolissent les infrastructures… La police, les forces de sécurité et l’Armée se mobilisent pour les repousser et les éliminer… Ceux qui en échappent gagnent d’autres régions et ainsi de suite… Par conséquent, l’essence même de notre action est d’éradiquer le terrorisme.

Le problème que nous rencontrons et qui fait que la situation perdure est l’afflux d’un grand nombre de terroristes venus de l’étranger… des dizaines de milliers et plus… Leur soutien financier et militaire se poursuit… nos frappes se poursuivent aussi, et je vous assure qu’il n’y a pas un endroit où l’Armée nationale syrienne est intervenue sans réussir à les éliminer.

La majorité d’entre eux sont des Takfiristes ayant adopté la doctrine d’Al-Qaïda, le reste consiste en un petit nombre de hors-la-loi. C’est pourquoi nous ne pouvons parler de qui contrôle quoi… Partout où le terrorisme frappera, nous frapperons !

2. Pourtant, les grands médias occidentaux affirment que les terroristes contrôlent 40% à 70% du territoire syrien. Que contrôle vraiment l’État syrien ?

Pas un seul état au monde n’est capable de déployer son armée, toute équipée, sur tout son territoire. Les terroristes exploitent cette situation et tentent de pénétrer dans toutes les zones où l’armée est absente. Ils se déplacent d’une région à l’autre et à chaque fois que nous avons décidé de pénétrer une région où ils s’étaient installés nous les avons éradiqués. Je le répète, le problème n’est pas la superficie des territoires contrôlés par les terroristes, laquelle varie d’heure en heure et de jour en jour. Le problème est le grand nombre de terroristes venant de l’étranger.

Le critère qui compte est la réponse à la question : « Est-ce que l’Armée arabe syrienne a pu éliminer les terroristes dans toutes les régions où elle est entrée en action ? ». Je réponds : très certainement oui, et elle continue ! Mais leur éradication totale demande du temps, car ce type de guerre ne peut se terminer d’un coup. C’est ce qui fait que nous payons et que nous payerons un lourd tribut avant de réussir à tous les éliminer.

MHM_86963. Monsieur le Président, vous avez parlé de combattants islamistes extrémistes et takfiristes qui envahissent la Syrie… Sont-ils des groupes indépendants les uns des autres qui se battent ici ou là, ou bien font-ils partie d’une grande puissance qui cherche à mettre fin à la sécurité et à la stabilité dans tout le Moyen-Orient, y compris en Syrie ?

Ils sont les deux à la fois, dans le sens où ce qui les rassemble est la doctrine et la source de financement, leur pensée étant extrémiste et takfiriste puisée chez des individus tels Al-Zawahiri et leur financement étant souvent puisé à des sources pratiquement similaires et parfois identiques. Ce qui les distingue est leur travail sur le terrain, car ce sont des groupements divisés et incohérents, chacun d’entre eux obéissant à une direction indépendante et à des ordres différents.

Ceci dit, il est évident que c’est celui qui finance qui tient le gouvernail. Autrement dit, les pays qui les soutiennent idéologiquement et financièrement comme l’Arabie saoudite, par exemple, peuvent très facilement les influencer et guider leurs actions directement ou indirectement. Ainsi lorsque ce pays déclare que le devoir de tout musulman est de mener le Jihad en Syrie, des milliers de combattants arrivent chez nous pour ce faire. Celui qui arme et finance fait en sorte qu’ils exécutent ses ordres : terroriser et détruire !

Oui, ils sont souvent les deux à la fois. Je vous ai donné l’exemple de l’Arabie saoudite qui les dirige par son idéologie wahhabite et les soutient avec son argent.

4. Le gouvernement syrien parle d’une relation étroite entre Israël et les terroristes. Nous aimerions comprendre en quoi consiste cette relation, alors que le simple nom d’Israël les pousse aux déclarations hystériques et fortement haineuses !

Si tel était le cas, comment se fait-il que lorsque nous les frappons à notre frontière commune, les forces israéliennes interviennent contre les nôtres pour desserrer l’étau ? Comment se fait-il que lorsque nous les assiégeons, Israël leur ouvre des brèches pour qu’ils puissent revenir attaquer d’ailleurs ? Pour quelles raisons Israël a-t-il attaqué l’Armée nationale syrienne à plusieurs reprises ces derniers mois ?

Ce n’est pas le gouvernement syrien qui parle de l’étroite relation entre Israël et les terroristes. C’est Israël qui en parle. Ne s’est-il pas vanté, plus d’une fois, de prodiguer ses soins à des dizaines de terroristes dans ses hôpitaux ? Cette affirmation de votre part manque donc de précision ; d’autant plus que si ces groupes terroristes étaient si hostiles à Israël au point de devenir hystériques devant la simple prononciation de son nom, pourquoi ont-ils combattu l’Union soviétique hier ? Pourquoi s’en prennent-ils à la Syrie et à l’Egypte aujourd’hui ? Et comment se fait-il que depuis trois décades, ils n’aient jamais lancé la moindre opération contre Israël ? Et pour en revenir à l’essentiel, qui donc a créé ces groupes terroristes ?

Ces groupes ont été créés au début des années 1980 par les États-Unis pour combattre l’Union soviétique en Afghanistan [*]. Ils sont soutenus par l’Occident en général et sont financés par les Saoudiens. Par conséquent, comment se pourrait-il que ces groupes fabriqués par les États-Unis et l’Occident s’en prennent à Israël ?

5. Monsieur le Président, notre entrevue sera probablement traduite en plusieurs langues. Les dirigeants du monde, dont ceux qui travaillent contre vous, vous liront. Que leur diriez-vous ?

Nous avons certes affaire avec de très nombreux hommes politiques occidentaux, mais très peu sont des hommes d’État. Certains ne lisent pas l’Histoire ou n’en tirent aucun enseignement. D’autres n’ont même pas été capables de garder en mémoire les événements plutôt récents de leur propre Histoire. Ont-ils seulement retenu les leçons de ces 50 dernières années ? Ont-ils enregistré que depuis le Vietnam, les politiciens qui les ont précédés ont perdu toutes les guerres qu’ils ont déclenchées ? Ont-ils retenu que toutes leurs guerres n’ont pas répondu à leurs espérances, mis à part les destructions des pays visés et l’effet déstabilisateur sur le Moyen-Orient et d’autres régions du monde ? Ont-ils compris que toutes ces guerres n’ont pas réussi à convaincre les peuples de la région de la justesse de leur politique ni à susciter leur sympathie ?

Un deuxième point sur lequel j’aimerais attirer leur attention. Il se résume à dire que le terrorisme n’est pas un atout qu’on garde dans sa poche pour le rejouer quand et où bon nous semble… Le terrorisme est comme un scorpion, il peut vous piquer à tout moment. Dès lors, vous ne pouvez pas soutenir le terrorisme en Syrie et le combattre au Mali, par exemple… Vous ne pouvez pas soutenir le terrorisme en Tchétchénie et le combattre en Afghanistan…

M’adressant aux dirigeants occidentaux en particulier, je dirais à certains d’entre eux que s’ils cherchent à garantir « leurs intérêts » ils feraient mieux de prêter l’oreille aux peuples de la région et à leurs peuples, au lieu de travailler à installer aux commandes des « marionnettes » censées leur permettre d’atteindre leurs objectifs. Ce n’est qu’ainsi que leur politique pourrait devenir plus réaliste.

Et puisque vous insistez pour que la Syrie délivre son message au monde, je dirais qu’il est inutile que qui que ce soit continue à rêver d’une Syrie qui serait le jouet de l’Occident, car ce rêve ne se réalisera pas ! Nous sommes un pays indépendant, nous combattrons le terrorisme et nous construirons, en toute liberté, nos relations avec les pays que nous choisirons pour servir au mieux les intérêts du peuple syrien.

20130826-0622506. Le mercredi [21 Août 2013], le gouvernement syrien a été accusé par les rebelles d’avoir utilisé des armes chimiques… Certains dirigeants occidentaux ont adopté ces accusations. Que leur répondriez-vous ? Et allez-vous permettre aux inspecteurs de l’ONU d’enquêter sur l’incident ?

À vrai dire, les déclarations de l’Administration étatsunienne et de certains pays occidentaux, à ce sujet, traduisent leur mépris de l’intelligence d’autrui et leur irrespect à l’égard de leur propre opinion publique.

Aucun État au monde et a fortiori aucune superpuissance ne lancerait une accusation pour ensuite se mettre à en collecter les preuves. Or, il se trouve que l’Administration américaine a lancé son accusation mercredi pour annoncer deux jours plus tard qu’elle allait commencer à recueillir les éléments de preuve !

La zone concernée par cette attaque, qui est donc sous le contrôle des rebelles, est contigüe aux positions de l’Armée nationale syrienne. Comment est-il possible qu’un État utilise des armes chimiques ou de destruction massive contre ses propres forces ? C’est absurde ! Ces accusations sont complètement politisées et sont motivées par les avancées de l’Armée arabe syrienne dans son combat contre les terroristes.

Quant à la Commission d’enquête de l’ONU, nous avons été les premiers à la réclamer lorsque des terroristes ont procédé à des tirs de roquettes chargées de gaz toxique dans la banlieue d’Alep. Il est important de rappeler que plusieurs mois avant cette attaque, les États-Unis et l’Occident préparaient déjà l’opinion publique à l’éventualité de l’utilisation d’armes chimiques par l’État syrien… C’est cela qui nous a poussé à les soupçonner d’être au courant des intentions des terroristes quant à l’utilisation de ces armes pour s’en servir dans leurs actes d’accusation contre le gouvernement syrien. Dès la première attaque chimique et après concertation avec la Russie, nous avons décidé de solliciter une commission d’enquête sur le terrain. Mais alors que nous attendions une enquête basée sur les faits, les États-Unis, la France et la Grande Bretagne ont tenté d’exploiter la situation en se fondant sur des rumeurs et des allégations… et ils continuent !

Ces dernières semaines, nous avons travaillé avec la Commission d’enquête pour définir les bases de notre coopération. La première est une ligne rouge indépassable et concerne notre souveraineté nationale exigeant l’organisation de tout le processus en collaboration avec nous. La deuxième est d’admettre que le problème ne se restreint pas à savoir comment sera menée l’enquête, mais aussi la façon dont les résultats seront interprétés devant les Nations-Unis. Nous attendons donc une interprétation objective des données de l’enquête et certes, nous attendons aussi que la Russie bloque toute mésinterprétation visant à servir les agendas et intérêts des politiques étatsuniennes et occidentales. Il est crucial pour nous que l’on puisse distinguer entre les accusations occidentales fondées sur des allégations et des rumeurs, et les résultats d’une enquête que nous avons demandée et qui doit se fonder sur des preuves et des faits concrets.

7. Étant donné les récentes déclarations de l’Administration étatsunienne et d’autres gouvernements occidentaux, pensez-vous que les États-Unis qui n’ont pas exclu la possibilité d’une intervention militaire en Syrie puissent se comporter de la même façon qu’en Irak ? En d’autres termes, pensez-vous qu’ils useront une fois de plus de prétextes fallacieux pour intervenir militairement en Syrie ?

Ce n’est pas la première fois qu’est soulevée l’option d’une intervention militaire. Dès le début, les États-Unis, avec la France et la Grande-Bretagne ont tenté de la mettre en pratique. Malheureusement pour eux, les événements ont pris un cours différent et l’équilibre au sein du Conseil de sécurité s’est établi contre leurs seuls intérêts. Ils ont tenté beaucoup de marchandages avec la Russie et la Chine, mais en vain !

Les conséquences négatives de leurs ingérences en Libye et en Egypte n’étaient pas en leur faveur. L’ensemble a fait qu’il leur est devenu impossible de convaincre leurs peuples et le monde de la justesse et de la sagesse de leurs politiques.

Il en est ressorti que la situation en Libye diffère de celle de l’Egypte, laquelle est différente de celle de la Tunisie, alors que la situation syrienne est différente de toutes les autres… Chaque pays a ses particularités, ce qui fait qu’ils ne peuvent plus jouer à appliquer le même scénario à chaque fois et à tous les États. Ils peuvent tout au plus initier des guerres, mais ils ne peuvent prédire jusqu’où elles les mèneront et comment elles finiront ; ce qui les conduit à réaliser que tous les scénarios qu’ils ont concoctés échappent à leur contrôle.

Désormais, il est clair pour tout le monde que ce qui se passe en Syrie n’est ni une révolution populaire, ni un appel aux réformes. Ce qui se passe en Syrie vise à détruire l’État syrien au moyen du terrorisme. Que diront-ils à leurs populations : « Nous intervenons en Syrie pour soutenir le terrorisme contre l’Etat syrien » !?

8. À quoi se heurteront les États-Unis s’ils décidaient d’intervenir militairement ou de déclarer la guerre à la Syrie ?

Ils se heurteront au même obstacle auquel ils se sont toujours heurtés depuis le Vietnam : l’échec ! Les États-Unis ont mené de nombreuses guerres, mais n’ont jamais été en mesure d’atteindre les objectifs politiques qu’ils s’étaient fixés par la guerre, comme ils n’ont jamais réussi à convaincre le peuple américain du bien fondé de ce type de politique. Oui, les grandes puissances peuvent déclencher les guerres, mais peuvent-elles les gagner ?

9. Monsieur le Président, êtes-vous en contact avec le Président Vladimir Poutine? Vous entretenez-vous par téléphone? Si oui, de quoi discutez-vous ?

Notre relation est solide et remonte à de nombreuses années avant la crise. Nous nous contactons de temps à autre, mais il est évident que la complexité des événements en Syrie ne peut se discuter au téléphone. Nous sommes en relation au travers des responsables russes qui nous rendent visite et des responsables syriens qui se rendent à Moscou ; autant de contacts menés loin des projecteurs et des médias.

10. Monsieur le Président, prévoyez-vous une visite en Russie ou une invitation du Président Poutine en Syrie?

C’est certainement possible, mais les priorités actuelles sont de travailler à alléger l’impact de la violence en Syrie. Chaque jour nous amène son lot de victimes. Mais, il est évident que lorsque les circonstances iront vers le mieux, ces visites dans un sens ou l’autre devront avoir lieu. Actuellement, nos responsables respectifs gèrent bien cette relation.

20130826-06233511. Monsieur le Président, la Russie s’oppose à la politique étatsunienne et européenne, en particulier en ce qui concerne le dossier syrien. Que se passerait-il si jamais la Russie acceptait des compromis en votre défaveur ? Pensez-vous qu’un tel scénario est possible?

Aujourd’hui, il est important de ne pas examiner les relations russo-américaines à travers la seule crise syrienne qui ne représente qu’un des aspects, mais de se placer dans un contexte plus large et plus global. Les États-Unis ont pensé qu’après l’effondrement de l’Union soviétique, la Russie était à jamais achevée. Mais à partir de la prise de fonction du Président Poutine, fin des années 1990, la Russie a commencé à se redresser progressivement pour retrouver sa position parmi les nations. Du même coup, la guerre froide entre ces deux puissances a repris, mais d’une manière différente et plus subtile.

Les États-Unis ont joué sur plusieurs fronts en s’efforçant de contenir les intérêts russes dans le monde, et en tentant de modifier la mentalité même du citoyen russe censée se rapprocher de la mentalité occidentale en termes de culture et de besoins ; le but étant de mettre fin au rôle important et puissant de la Russie dans plusieurs domaines, dont celui de la Syrie.

Comme tout citoyen russe, vous pourriez vous poser la question de savoir : « Pourquoi la Russie continue-t-elle à soutenir la Syrie ? ». En effet, il est important d’expliquer à tout un chacun que la Russie ne défend pas le Président Bachar al-Assad ou le gouvernement syrien, car le peuple syrien peut choisir n’importe quel autre Président et n’importe quel autre système politique, le problème n’est pas là !

La Russie défend avant tout des principes fondamentaux auxquels elle a adhéré depuis bientôt plus de cent ans et auxquels elle croit, à commencer par la souveraineté des États et la non ingérence dans leurs Affaires intérieures, et ce d’autant plus qu’elle a eu elle-même à en souffrir et que cela continue ! Par ailleurs, la Russie défend ses intérêts dans notre région et c’est son droit. Ces intérêts sont beaucoup plus importants qu’un port sur la Méditerranée à Tartous, comme le prétendent certains analystes superficiels.

Ainsi, d’un point de vue politique, lorsque le terrorisme frappe la Syrie, un pays clé dans la région, il peut affecter la stabilité de tout le Moyen-Orient avant de porter atteinte à la stabilité de la Russie. Les dirigeants russes en sont évidemment parfaitement conscients, contrairement à ceux de nombreux pays occidentaux. Et d’un point de vue social, nous ne devons pas oublier les dizaines de milliers de familles syro-russes, qui créent un pont humain et culturel entre nos deux pays.

Ceci pour dire que si la Russie devait accepter des compromis, comme vous venez de le stipuler, ce serait déjà fait depuis un ou deux ans lorsque l’image était encore floue, même pour certains responsables russes. Aujourd’hui, la situation est très claire. Qui n’a pas fait dans le compromis à l’époque, ne le fera pas aujourd’hui.

12. Monsieur le Président, existent-ils des négociations portant sur la fourniture de carburant ou de matériel militaire par la Russie ? Et concernant votre contrat de défense, avez-vous pris livraison de missiles anti-aériens russes S-300 ?

Aucun pays n’annonce publiquement le type d’armement en sa possession ou le contenu des contrats passés à cet effet. Ce sont là des informations classées « Secret Défense » et « Secret d’État ». En revanche ce que je veux bien vous dire est que tous les contrats dûment signés avec la Russie sont maintenant en cours d’application. Ni la crise, ni les pressions des États-Unis, de l’Europe ou des pays du Golfe n’ont pu l’empêcher. La Russie fournit à la Syrie ce dont elle a besoin pour sa défense et la défense de son peuple.

13. Monsieur le Président, quelle est l’aide dont la Syrie pourrait actuellement attendre de la Russie ? S’agit-il d’une aide financière, d’équipements militaires, ou même d’un simple crédit ?

Sans le retour de la sécurité, il est impossible d’espérer redresser une véritable économie. Néanmoins, ce que la Russie offre actuellement à la Syrie et à son peuple pour sa défense, dans le cadre de contrats militaires passés, pourra faciliter la reprise économique.

De plus et du point de vue strictement politique, le soutien de la Russie à notre droit à l’indépendance dans nos choix et à la souveraineté de notre État a déjà joué un rôle important en faveur notre économie. De nombreux pays ont traduit leur position politique à notre égard par des sanctions dont la plus importante est le blocus économique que nous endurons péniblement, alors que la Russie a fait tout le contraire.

Par conséquent et pour répondre à votre question, les prises de position politiques de la Russie et le respect de ses engagements militaires malgré les pressions étatsuniennes ont considérablement aidé notre économie, abstraction faite de l’impact négatif du blocus sur la vie quotidienne du citoyen syrien.

Par ailleurs, il existe plusieurs accords entre la Syrie et la Russie pour diverses marchandises et matières premières. Dans ces conditions, n’importe quel crédit venant de Russie est à considérer comme bénéfique pour les deux parties. Pour la Russie, cela offre de nouvelles opportunités à ses entreprises et industries nationales et lui permet de conquérir de nouveaux marchés. Pour la Syrie, c’est là une occasion qui nous permet de reconstruire notre infrastructure et de rétablir et stimuler notre économie.

Je répète que le soutien de la Russie a joué un rôle essentiel dans beaucoup de domaines importants concernant la sécurité et les besoins élémentaires du citoyen syrien.

abb5261a2f84160fdd134181be8242e814. Monsieur le Président, pouvez-vous préciser l’objet de ces contrats ? Concernent-ils des carburants ou des produits alimentaires de première nécessité ?

Le citoyen syrien subit un siège qui le prive de nourritures, de médicaments et de carburants, autant de produits essentiels à sa vie. Ce que le gouvernement syrien recherche à travers ses contrats avec la Russie, et d’autres pays amis, c’est de les remettre à sa disposition.

15. Nous savons que vous avez décrété de nombreuses amnisties. Ont-elles concerné des rebelles ? Si oui, certains de ces rebelles ont-ils vraiment rejoint les Forces armées?

Oui, c’est vrai. Et ceci a amené de grands changements, surtout depuis que la situation est devenue plus claire pour beaucoup de gens qui ont compris que la vérité de ce qui se passe en Syrie est tout simplement le résultat du terrorisme. Nombreux sont ceux qui ont choisi de déposer les armes, de revenir vers l’État et de reprendre le cours de leur vie civile. Plus remarquables encore sont ces groupes qui sont passés du combat contre l’Armée nationale au combat à ses côtés. Ceux-là appartiennent à deux catégories. Ils ont été induits en erreur par les médias ou ont été enrôlés de force sous la menace des terroristes. C’est pour cette raison que dès le début de la crise, le gouvernement syrien a adopté une politique de « porte ouverte » à tous ceux qui voulaient faire demi-tour, malgré le fait que beaucoup de gens en Syrie se sont opposés à cette décision qui s’est finalement révélée efficace et a contribué à atténuer la tension de la crise.

16. Monsieur le Président, quels sont les États que vous pouvez qualifier de véritables amis, et quels sont les États ennemis ? Les relations de la Syrie avec plusieurs États ne cessent de se dégrader tels le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie. À qui la faute ?

Les pays qui nous soutiennent sont connus de tous avec la Russie et la Chine sur le plan international, et l’Iran sur le plan régional. Toutefois, je peux dire que nous commençons à voir un changement positif sur la scène internationale. Certains pays qui étaient fortement contre nous ont commencé à modifier leur position, d’autres ont commencé à rétablir leurs relations avec nous. Néanmoins, il est certain que nous ne pouvons ranger ces pays parmi ceux qui nous soutiennent directement.

En face, il y a les pays qui ont directement mobilisé et soutenu le terrorisme en Syrie, principalement le Qatar et la Turquie dans les deux premières années de la crise. Le Qatar finançait les terroristes, tandis la Turquie leur assurait la formation et les couloirs de passage vers la Syrie. Récemment, l’Arabie saoudite a remplacé le Qatar pour le rôle de financier. Pour être tout à fait clair et transparent, l’Arabie saoudite est un État qui n’a rien d’autre que la finance et par conséquent ne peut ni construire une civilisation ni la nourrir, bien au contraire ! La Turquie est un cas différent. Il est désolant qu’un grand pays comme la Turquie se laisse diriger par l’étranger pour quelques dollars. Il est désolant qu’un pays qui a une situation aussi stratégique et une société aussi ouverte se laisse manipuler par un pays du Golfe à la mentalité rétrograde. Toute la responsabilité en incombe évidemment au premier ministre turc, non au peuple turc avec lequel nous partageons patrimoine et traditions.

17. Monsieur le Président, qu’est-ce qui rend les relations russo-syriennes si fortes ? S’agit-il d’intérêts géopolitiques, ou bien est-ce parce que les deux peuples ont eu à souffrir du terrorisme et ont dû le combattre ?

Il ya plusieurs facteurs qui forgent si fortement les relations syro-russes. Le premier vient du fait que la Russie a souffert de l’occupation pendant la Seconde Guerre Mondiale et que la Syrie a été occupée plus d’une fois. Le deuxième vient du fait que depuis l’ère soviétique, la Russie a été l’objet de tentatives continues et répétées d’ingérences étrangères, ce qui est également le cas pour la Syrie. Le troisième, non moins important, vient en effet du terrorisme !

En Syrie, nous comprenons fort bien ce que signifie l’assassinat de civils par des extrémistes tchétchènes, la prise en otage d’enfants comme ce fut le cas à Beslan, ou la détention de gens innocents rendus au théâtre comme à Moscou… En retour, le citoyen russe nous comprend alors que nous goûtons à cette même amère désolation et, comme nous, il ne peut que rejeter les propos d’un Occidental qui vient lui raconter qu’existent « des bons terroristes et des mauvais terroristes » !

Un autre facteur renforce nos liens. Ce sont toutes les familles mixtes russo-syriennes que j’ai déjà évoquées. Elles n’auraient jamais pu autant se multiplier si nous n’avions pas partagé certaines valeurs culturelles, sociales et intellectuelles.

À tout cela s’ajoutent les intérêts géopolitiques que j’ai aussi évoqués. La déstabilisation de la Syrie et de la région concerne la Russie qui est parfaitement consciente du danger de la propagation du terrorisme qui ne connait pas de frontières, contrairement aux Européens et à l’Occident. Il est donc faux de dire que les prises de position d’une grande puissance telle que la Russie ne reposent que sur quelques éléments de circonstance, alors qu’elles se fondent sur un cumul historique de principes culturels et intellectuels.

18. Monsieur le Président, qu’attendez-vous de la Conférence de Genève 2 ?

L’objectif de la conférence de Genève 2 est de soutenir le processus en faveur d’une solution politique à la crise. Toutefois, il est impossible de démarrer le processus politique avant l’arrêt du soutien étranger aux terroristes. Nous attendons donc que cette Conférence commence par exercer des pressions sur les États qui soutiennent le terrorisme en Syrie, pour qu’ils cessent la contrebande d’armes et l’envoi massif de terroristes étrangers dans notre pays.

Lorsque ce premier pas sera franchi, il sera facile de franchir les pas suivants à commencer par le dialogue entre les différentes parties syriennes qui auront à discuter de leur système politique à venir, de leur constitution, de leurs lois et de tout le reste.

Dr Bachar al –Assad
Président de la République arabe syrienne
26/08/2013

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Texte original : Sana / Syrie
http://sana.sy/ara/2/2013/08/26/499188.htm

Note :

[*] Vidéo / Hillary Clinton : nous avons créé AL-Qaïda !
http://www.youtube.com/watch?v=rOzCMGK6eEc

La Russie au Proche-Orient : du bon côté de l’Histoire ?


La situation en Égypte penche vers la guerre civile. Impossible de prédire quelle en sera l’issue. Dans ce contexte, le constat devient évident : le conservatisme russe dans l’approche quant au Proche-Orient est plus avantageux que les tentatives de l’Occident de chevaucher les changements.

Place Tahrir, au Caire
Place Tahrir, au Caire

Quand le régime d’Hosni Moubarak, qui semblait éternel, s’est effondré début 2011, la réaction russe a étonné le monde par sa lenteur. Le président égyptien n’avait jamais été un ami de Moscou, demeurant loyal à Washington. Ni le Kremlin ni la place Smolensk n’avaient de raison de le pleurer, mais la haine que les responsables de la Fédération éprouvent envers  les révolutions de toute sorte ne leur permettait pas de saluer le triomphe de la volonté populaire en Égypte. Face à cette réaction, les collègues occidentaux autant qu’arabes ont haussé les épaules : les Russes ne peuvent tout de même pas se montrer si rigides, et si peu penser à l’avenir, décrétaient-ils, unanimes. Les Américains se montrèrent plus tranchants encore : la Russie avait selon eux, dans le conflit égyptien, choisi le « mauvais côté de l’Histoire » en traitant avec défiance la percée démocratique au Proche-Orient.

Mais l’Histoire est sanglante – et change elle-même, sans cesse et fougueusement, son « bon côté ». Le président-islamiste démocratiquement élu a été éloigné par les mêmes généraux qui, deux ans et demi plus tôt, s’étaient débarrassés du dictateur laïc. Comment la situation va évoluer en Égypte dans l’avenir – on n’en sait rien ; et allez deviner quelles forces refléteront, dans encore six mois, la « volonté du peuple ».

La politique actuelle de la Russie au Proche-Orient est le sujet de débats constants. Moscou a-t-elle des intérêts précis, et quel rôle y joue-t-elle aujourd’hui ?

En politique internationale, la Russie est avant tout soucieuse de questions liées à une notion de base des relations internationales – la souveraineté. Certes, au cours de la campagne libyenne, Moscou a surpris tout le monde en dérogeant à sa position traditionnelle de non-intervention, mais cela n’a pas marqué le début d’une nouvelle tendance. Au contraire, par la suite, Moscou n’a fait qu’affirmer sa position de non-ingérence dans les affaires d’États souverains.

Quelle qu’ait pu être sa motivation, le président Dmitri Medvedev, en prenant la décision de ne pas bloquer l’intervention militaire en Libye, n’est parvenu, en résultat, qu’à convaincre le monde entier du caractère erroné de son geste. La position de la Russie sur la question syrienne, qui n’a pas bougé d’un iota en deux années et quelques, a vocation à le démontrer une fois pour toutes : le modèle où des forces extérieures décident qui a « raison » dans une guerre civile puis aident « celui qui a raison » à vaincre n’est pas juste.

La Russie cherche à démontrer qu’il revient au contraire aux États souverains de régler leurs conflits internes, et que l’intervention extérieure ne peut être que nuisible. Et elle se soucie peu de l’influence que cette politique aura sur ses perspectives de présence au Proche- Orient. Car à la différence de l’URSS, la Fédération de Russie ne joue pas sur tout le globe à tenter de démasquer l’Amérique et de grignoter des morceaux de sa sphère d’influence. Penser que la Russie, en Syrie, contredit consciemment et spécialement les États-Unis, simplement par principe, est une erreur. Pour tout dire, la Russie a bien un principe – mais il n’est pas lié à une obsession antiaméricaine. La Russie est animée par la conviction profonde que l’approche de l’Occident dans la résolution de ce genre de problèmes est, par nature, incorrecte.

La société russe ne croit pas à la révolution

La Russie voit les événements proche-orientaux à travers le prisme de sa propre expérience du dernier quart de siècle. La société russe contemporaine ne croit pas à la révolution : il y a eu bien trop de secousses, d’espoirs qui se sont révélés des illusions, de déceptions. La valeur de la stabilité est partagée, pour l’instant, par toutes les couches de la population. L’observateur russe ordinaire regarde avec scepticisme l’euphorie des foules exaltées au Proche-Orient, sachant comment tout cela se termine habituellement ; et l’appareil dirigeant les contemple avec une haine manifeste, projetant, qu’il le veuille ou non, l’élément destructeur sur son territoire propre.

Cela ne signifie pas que la Russie n’est pas soucieuse de ce qui se passe. Le rapport de force au Proche-Orient change fougueusement et de façon irréversible – et vers une destination, à dire vrai, parfaitement imprévisible. La première révolution en Égypte fut une percée de l’islam politique, qui promettait une expansion future. La deuxième révolution semble faire tout revenir en arrière. La vague des changements roule tantôt par-là, tantôt de l’autre côté, déferlant sur tous les pays. Le changement de président en Iran est un exemple de la façon dont le régime en place a habilement fait baisser la pression dans la « cocotte », ôtant la tension globale accumulée. Les manifestations en Turquie sont une désagréable surprise pour un pouvoir présomptueux, montrant les limites de son influence. En Irak, on assiste à la montée de la violence et des menaces de désintégration. La Syrie est dans une impasse sanglante, dans une situation où aucune des parties ne peut ni vaincre, ni céder. La Tunisie est un exemple de manœuvre relativement réussie d’islamistes ayant compris, à la différence de leurs collègues égyptiens, que le dédain politique des minorités est une voie dangereuse. La Libye, c’est le sombre désespoir…

Il y a un an, c’est tout juste si l’opinion selon laquelle la Russie avait perdu au « printemps arabe » n’était pas devenue un lieu commun. Ses derniers alliés, hérités de l’URSS, avaient disparu, leurs successeurs étaient hostiles à Moscou, et à ceux qui restaient neutres, la Russie n’avait rien à offrir. Aujourd’hui, tout cela semble un peu différent. Les « histoires de succès » révolutionnaires déçoivent. Bachar el-Assad, dont on attendait la chute dès 2011, est toujours au pouvoir. L’Iran chiite, soutenu par Moscou, mène un jeu tout à fait heureux, résistant à la pression de l’Occident et du monde sunnite malgré les difficultés intérieures et les lourdes sanctions économiques. Les relations de Moscou et Ankara, malgré des désaccords acerbes sur la Syrie, demeurent bonnes. Avec Israël se maintient un plein contact de travail et, malgré des estimations qui diffèrent, la compréhension est mutuelle au plus haut niveau. Sans compter les régimes arabes modérés qui, n’éprouvant depuis longtemps déjà plus aucun enthousiasme à l’égard de l’épopée syrienne et craignant que la déstabilisation ne se déverse chez eux, considèrent la position de la Russie comme sinon juste, du moins logique.

La Russie d’aujourd’hui s’en tient à une approche extrêmement conservatrice des affaires internationales, partant de l’hypothèse que toute évolution par-rapport au statu quo ne peut être dirigée que vers le pire et que, si elle advient, il est essentiel de ne pas se hâter – ni en jugements, ni en actes. Mieux vaut attendre, et observer. Dans une ère de changements chaotiques, un tel regard peut s’avérer plus avantageux que l’agitation incessante dans des tentatives de deviner où est le « bon côté de l’Histoire ».

Traduit par

Lettre à Monsieur le Président du Parlement Européen


Tribune libre Byblos

72687_531332230243814_1578058504_nLe 17 Janvier 2011, je vous avais adressé une lettre sur le massacre des chrétiens d’Orient, et  particulièrement sur celui des chaldéens d’Irak. L’horreur avait culminé dans une église syriaque de Bagdad, en Décembre 2010 faisant 50 victimes innocentes (enfants, femmes, vieillards dont 2 prêtres) sauvagement assassinées par des jeunes Jihadistes.…

Le 13 Avril de la même année, vous aviez la courtoisie de me répondre et je vous cite : «  L’Union européenne s’engage résolument en faveur des minorités religieuses. Le Conseil de l’Union Européenne vient d’adopter le 21 Février 2011 des conclusions qui confirment son action en faveur de la liberté de religion ou de conviction pour tous et partout, et appelle à renforcer son action extérieure en la matière en mobilisant ses instruments diplomatiques et son assistance aux pays tiers…. »

Pendant ce temps, la Révolution de Jasmin, suivie du Printemps arabe, poursuivaient leur contagion dans la ville de Deraa à 50 kilomètres de Damas avant de se propager dans toute la Syrie. Or à la même époque je naviguais entre Alep et Damas, ayant créé avec mon épouse un Institut Infirmier (IFSMB) à la française, à la demande de Monseigneur Jean Clément Jeanbart Archevêque Melkite d’Alep, pour le soutenir dans son projet « Bâtir pour rester », afin de limiter l’exode des chrétiens, bien avant ces événements imprévus, du mois de Mars 2011.

Mes origines et mon vécu communautaire entre la Syrie et la France d’une part, la conjoncture particulière qui nous a conduits à vivre 3 ans, en tant que professionnels de la Santé, au contact permanent de toutes les catégories sociales de ce pays d’autre part, me poussent aujourd’hui à vous lancer ce nouveau cri d’alarme en faveur des civils innocents de Syrie, après 27 mois de combats acharnés, 100.000 morts, autant d’handicapés, 5 millions de réfugiés et un exode sans précédent des chrétiens, (qui depuis 2000 ans et tant d’invasions, sont restés envers et contre tout sur la Terre de leurs ancêtres).

Ce désastre, ce chaos me laissent dubitatif sur l’esprit de la démarche européenne ; je vous cite : «… Telle est l’approche qui guide l’Union européenne dans ses relations avec les pays tiers, où nous travaillons avec acharnement pour rassembler un consensus de la Communauté Internationale pour lutter contre l’intolérance religieuse lors des sessions de l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York et du Conseil des Droits de l’Homme à Genève… »

Je ne peux que déplorer l’impuissance du Parlement Européen qui sous votre Présidence, constate :

– Le carnage des civils syriens.

– Les enlèvements avec demandes de rançons qui de plus sont exorbitantes, de civils, d’enfants, de chefs d’entreprise.

– le saccage d’usines, d’entreprises environ  (2500) brulées par les insurgés.

– Le matériel coûteux pillé et vendu au marché noir avec la complicité des autorités turques.

– L’horreur des cœurs arrachés aux soldats de l’Armée Syrienne, exhibés aux Médias Internationaux.

– L’injonction d’Imams devenus célèbres pour leurs prêches du Vendredi dans les Mosquées du Caire, de Tunis, d’Istanbul ou d’ailleurs, de se débarrasser du sang des infidèles égorgés, comme celui des porcs, dans les caniveaux.

– Le viol des jeunes filles et des femmes, torturées sous les yeux de leur père, de leurs frères, de leurs époux, et étouffées avec le symbole même de leur foi, la croix du Christ plantée dans leurs gorges.

– La séquestration récente de deux Evêques, Monseigneur Yohanna Ibrahim et Paul Yazdgi connus pour leur charisme et leur intégrité de la Communauté Islamo-chrétienne de (Homs).

Qui rend compte de l’horreur, de la haine et de la barbarie en Europe ?

– La « Turquie » alliée de l’OTAN, qui arme, encourage et cautionne le pillage et la destruction de la Région industrielle d’Alep (principal poumon économique de la Syrie) ?

– L’ « Observatoire Syrien des Droits de l’Homme » (L’OSDH) et son bouffon de représentant à Londres qui alimente les réseaux sociaux ; un apatride à la solde des Services de Renseignements Anglais, et de l’argent Qatari ?

– L’ « Armée Syrienne Libre » (ASL) submergée par des insurgés qui s’infiltrent par les frontières de la Jordanie, du Liban de la Turquie, et de l’Irak ? Car toutes les nationalités « Islamistes » et islamisantes sont là, Tunisiens, Egyptiens, Saoudiens, Qataris, Libanais, Afghans, Tchétchènes, Libyens, Maliens, Turcs, Pakistanais, Yéménites, Koweitiens, Talibans, Belges et même Français,…Une armée de bric et de broc qui a même découragé le Président Hollande, acharné à reconnaître ce qu’il faut bien appeler aujourd’hui par son nom, une « Armée d’occupation » !

– « Al-Jazzera », la chaîne Qatari, fidèle à ses propriétaires, qui accable le Régime syrien de Bachar El Assad, filtre et dénature les informations, sans aucune nuance…

Ne sommes-nous pas en droit de nous étonner d’ailleurs que lors de sa dernière Conférence de presse, devant 400 journalistes accrédités, le Président de la République Française n’ait donné la parole, pour préciser la position de la politique étrangère de la France, qu’à deux médias, TF1 et ….Al-Jazzera, qui s’inquiète de la mise à l’écart discrète de la France et de l’Europe dans les discussions à venir à Genève pour la 2ème Conférence Internationale chapeautée par les U.S.A. et la Russie ?

Comment interpréter le silence des Médias à cette occasion ? Indifférence ou collusion ?

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Monsieur le Président, bien des voix viennent s’éteindre aux portes de nos rédactions et de nos chancelleries.

Je le rappelais le 2 Janvier 2013 à l’Elysée dans l’entretien de 90 minutes que m’avait obligeamment accordé la Conseillère Diplomatique du Président François Hollande.

Je commençai par la voix du peuple syrien, en la personne de Nadia Khost, une écrivaine de Damas : «Prendre à cœur la défense du peuple syrien revient aussi à défendre non seulement la dignité de ce qu’il y a de plus noble en l’humanité, mais l’intelligence de chacun d’entre nous qui sommes impunément bafoués par les Médias internationaux…. »

Je continuai en lui rappelant qu’un « Collectif pour la Syrie » composé de dix Franco-syriens, avait adressé le 21 Mars 2012, une lettre ouverte aux Médias, aux élus et aux deux futurs candidats à la Présidence de la République Française, après avoir effectué 12 missions au cœur même de la Syrie, auprès des opposants et des soutiens du Régime. Je lui disais que leur voix était aussi importante que celle de ceux qui clandestinement effectuent auprès de l’ASL des visites guidées et soigneusement encadrées, au pied levé, dans une partialité absolue.

Dans mon dernier livre : «  Le Silence de Dieu » je donnais moi-même dans les annexes, la parole aux « Sans voix », ceux que nous ne lisons jamais dans nos journaux, que nous n’entendons guère sur nos radios et ne voyons jamais sur les écrans de  nos télévisions !

J’évoquais avec elle, Sa Béatitude Kiril I, Patriarche de Moscou et de toutes les Russies qui, en visite chez Monseigneur Béchara Raï, le Patriarche Maronite, avait osé parler d’un plan Occidental visant à expulser les chrétiens d’Orient de la Terre Sainte qui les a vus naître.

Ce même Patriarche Maronite d’ailleurs qui, au cours d’une rencontre avec le Président Sarkozy au printemps 2012, soulignait l’imprudence de certaines positions européennes et françaises radicales et demandait pour les chrétiens du Levant, « non pas des protections, mais des Droits fondamentaux…que les Accords de Taëf, qui avaient mis fin à la Guerre du Liban, n’avaient eu de cesse de rogner pour favoriser la domination sunnite du Liban ».

Enfin j’interrogeais la Conseillère Diplomatique sur les révélations du journal « Le Point » et du « Canard Enchaîné » concernant l’intervention courageuse du député PS François Loncle (Membre de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale) qui, dans une question écrite posée au Gouvernement Fillon, demandait ouvertement au Patron du Quai d’Orsay, Monsieur Alain Juppé « Si la France étudiait la préparation d’une opération militaire en Syrie au vu des appels à l’ingérence Internationale qu’elle émettait via l’Onu notamment la demande d’instauration de couloirs humanitaires contre l’avis des Nations Unies, et enfin  la reconnaissance du CNS (Conseil National Syrien) comme seul interlocuteur syrien légitime !

François Loncle demandait très clairement à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, s’ils avaient l’intention de devenir les futurs G.W.Bush, et Rumsfeld de la Syrie…et de nous refaire le coup de la Libye ! Il allait même jusqu’à interpeller le Parlement en exigeant des éclaircissements sur «  le rôle exact joué par les agents du service de la DGSE et les officiers du Commandement des opérations spéciales dépêchés en Turquie et au Liban, auprès des militaires syriens ayant fait défection…et si l’objectif de la diplomatie française consistait à renverser le Régime syrien, au risque de provoquer l’éclatement du pays, voire l’embrasement de toute la région » !

Au mutisme d’Alain Juppé  s’abritant derrière le Secret Défense, le Général de corps d’armée Jean Salvan répondait sans détours que « depuis quelques jours, notre gouvernement n’ose plus pérorer au sujet de la Syrie. Peut-être a-t-il enfin compris ce qui se tramait là-bas, car l’activisme des Etats-Unis et du Qatar au Proche-Orient finissent par crever les yeux. Oui, il y a bien un complot, comme il y a en a eu en Irak pour contrôler un pays riche en pétrole, et simultanément répondre aux aspirations de l’Arabie Saoudite et des Sunnites en cassant la Syrie et l’Irak, deux Etats relativement laïcs.

La Russie détient en Europe des positions majoritaires sur le marché du gaz. On va donc s’attaquer aux exportations russes en ouvrant un gazoduc entre le Qatar, pays producteur, et des terminaux à Adana (Turquie), Tripoli (Liban), Haïfa (Israël) et Lattaquié (Syrie).

Ce gazoduc contournerait donc des pays comme l’Iran et l’Irak. Son centre de répartition se trouverait à Homs en Syrie, d’où partiraient les embranchements vers les ports méthaniers.  Bachar el-Assad ne souscrivant pas au projet, il fallait l’éliminer. Le bloc sunnite a donc fourni aux opposants syriens, instructeurs, conseillers, armes et argent, par l’intermédiaire de la Turquie.

Les dictatures théocratiques qatari et saoudienne ont trouvé sur place et en Europe les idiots utiles pour laisser croire qu’en Syrie on se battait pour la démocratie et non pour le gaz. Comme je le répète depuis plus de vingt ans, il y a de nombreuses ressemblances entre les Soviétiques et les islamistes. Les Occidentaux et surtout les Européens sont toujours prêts à leur vendre la corde pour être pendu ».

En quittant l’Elysée, suite à ma rencontre avec la Conseillère diplomatique, j’avais bien compris que le « changement » que l’on nous avait promis… n’était que  la continuité de la diplomatie française. !

J’avais bien saisi que cent mille chrétiens coptes qui avaient déjà quitté l’Egypte, que le million et demi de chrétiens chaldéens qui avaient fui l’Irak, que les Chrétiens Libanais, Palestiniens, et à présent Syriens, que les minorités musulmanes alaouites, kurdes, druzes, chiites et ismaïliens de Syrie étaient bien condamnés en Occident, selon des lois démocratiques à géométrie variable.

Nous anéantirons ces barbares jusqu’au dernier au Mali, les mêmes qui en Syrie sont considérés comme des résistants que l’on arme, que l’on soutient, que l’on forme…. Hélas, la rhétorique truquée d’un discours atlantiste basée sur une prétendue  défense des droits de l’homme, sert finalement d’analyse à la grande majorité de nos élus, droite et gauche confondus, sans aucune vision gaulliste de la politique des Affaires Etrangères.

Monsieur le Président du Parlement Européen, je prends la liberté de vous rappeler ce que Volney disait au XVIIIème siècle suite à son voyage en Syrie et en Egypte : « C’est bien dans ces contrées que sont nées la plupart des opinions qui nous gouvernent, d’où sont sorties ces idées religieuses qui ont influencé si puissamment notre morale publique, nos lois et notre état social … malgré toutes les diversités, tous les hommes sont frères et doivent porter à la perfection, les lois que la nature a posées en eux, pour les guider ».

C’est bien dans ces contrées que nous, européens, nous nous ingérons sans discernement, avec notre brutalité habituelle, en donneurs de leçons. Chaque jour qui passe voit le massacre de 150 familles innocentes de plus, de tous bords, de toutes confessions. Au diable les droits de l’homme, l’urgence c’est le droit de vivre !

En homme de décision et de pouvoir, Monsieur le Président, j’en appelle encore une fois à votre engagement« de mobilisation pour tous et partout, et d’assistance aux pays tiers… ». Je joins à ma prière et à ma lettre, quelques témoignages de citoyens ordinaires qui illustrent la tragédie syrienne. Je connais la plupart d’entre eux avec lesquels j’ai vécu ; musulmans ou chrétiens, ils sont restés héroïquement sur place dans l’horreur quotidienne. Leur courage prend racine dans leur foi vibrante, profonde et dans cette fraternité qui les unit à jamais.

Un jour, Monsieur le Président, les survivants parleront ; un jour les journalistes muselés aujourd’hui, témoigneront ; un jour, enfin, les Européens abusés et formatés comprendront.

Parce que ceux qui savaient, se sont tus (Alain Juppé, Hilary Clinton, Recype Erdogan, et bien d’autres), ceux qui pouvaient, se sont perdus en agitations dérisoires et stériles mais en attendant, une civilisation aura été anéantie sous un tapis de bombes américaines en Irak, sous une pluie de roquettes et de missiles russes en Syrie.

« Le sort des chrétiens d’Orient est exemplaire de ce qui se passe quand on nie la dimension spirituelle du monde…Entrez dans une Eglise d’Orient, vous y entendrez ce que les Eglises d’Occident vous cachent, le bruissement des Anges…C’est nous Européens qui, en ayant refusé d’inscrire dans la Constitution de l’Union, le caractère chrétien de nos racines, avons rendu possible l’éradication programmée et déjà effective…La mort des Chrétiens orientaux est le signe non seulement de notre honte mais de la mort de notre civilisation. Ils meurent silencieusement de ce que nous ne voulons êtres chrétiens ! » C’est ce qu’écrivait un philosophe contemporain (Richard Millet) en 2004.

Je suis cette voix dans le désert qui donne existence à ces sans voix que je vous supplie d’écouter.

Je vous remercie Monsieur le Président et je vous assure de ma respectueuse considération.

Jean Claude Antakli. 

Ecrivain-Biologiste. Ex-Correspondant de l’Est-Républicain.

Le Veilleur de Ninive

Dangereuse montée aux extrêmes au Moyen-Orient


Tribune libre Byblos

fr-moyen-orientEn confiant depuis juin dernier la conduite de la guerre en Syrie à l’Arabie Saoudite – en remplacement du Qatar, viré pour incompétence –, le Bloc occidental a aussi opté pour la surenchère sanglante. Massacres dans les villages alaouites autour de Lattaquié ; vraie-fausse attaque chimique pour tenter de justifier l’intervention du Bloc au  moment où ses mercenaires s’essoufflent : l’accélération est phénoménale. Mais elle déborde désormais sur le Liban voisin. Après l’attentat perpétré dans la banlieue chiite de Beyrouth il y a une semaine, une nouvelle attaque a frappé hier les sunnites à Tripoli, dans le nord du pays. La stratégie est cousue de fil blanc. Il s’agit de précipiter le Pays du Cèdre dans une nouvelle guerre confessionnelle pour «fixer» le Hezbollah, soutien de Damas.

La sanglante empreinte des Saoud en Syrie…
Le Bloc atlantiste semble avoir joué sa dernière carte en confiant la gestion de la guerre en Syrie à la Maison des Saoud. Matrice du terrorisme international islamiste, le Royaume sait qu’il n’a pas droit à l’erreur et a immédiatement donné le ton.
Dans les environs de Lattaquié, des villages entiers d’Alaouites ont récemment été massacrés dans un déferlement d’horreurs soigneusement ignorée par la presse-Système. L’idée est simple : susciter les désertions en faisant comprendre aux officiers de l’armée syrienne que tant qu’ils combattront sur le front, leurs familles seront décimées à l’arrière.
Ces massacres sont d’ailleurs survenus au lendemain d’une visite du chef des Renseignements saoudiens, Bandar ben Sultan, à Moscou, où il était venu proposer des contrats mirifiques à Poutine en échange de son lâchage de Bachar el-Assad. Le Prince avait été éconduit par le chef du Kremlin, et la riposte ne s’est donc pas faite attendre.

…et au Liban désormais
Nos sources au Liban pensent que c’est encore l’Arabie Saoudite qui est l’inspiratrice du récent attentat qui a frappé la banlieue sud de Beyrouth, pour punir le Hezbollah d’avoir participé à la bataille de Qousseir aux côtés de l’armée syrienne.
Et à l’heure où nous écrivons ces lignes, un nouvel attentat a frappé cette fois Tripoli, dans le nord du Pays. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’une politique de déstabilisation est à l’œuvre au Liban pour faire éclater une guerre confessionnelle entre sunnites et chiites. La stratégie est cousue de fil blanc.
«Un coup chez les Chiites, un coup chez les Sunnites : maintenant qu’ils ont un mandat des Américains, les Saoudiens se lâchent», nous confie une source de haut niveau à Beyrouth.» Et d’ajouter : « Il ne faut pas non plus sous-estimer le fait qu’au-delà du mandat américain en Syrie, les Saoudiens ont leur propre agenda dans la région (1)

Deadline en 2014 ?
Pour l’heure, la Syrie – et par ricochet le Liban donc – résiste tant que faire se peut à l’assaut de coupe-jarrets islamistes, mais aussi des mercenaires encadrés par des commandos jordaniens, israéliens et américains désormais. C’est que le temps presse, car il semble qu’une deadline ait été fixée à Riyad qui doit impérativement réussir à renverser le régime syrien avant l’élection présidentielle de 2014.
Les attentats perpétrés au Liban et le récent montage d’une vraie-fausse attaque chimique abracadabrantesque dans les environs de Damas attestent de cette accélération.
– Au passage, notons notre effarement de constater à quel point la presse-Système militante a perdu tout sens critique en relayant cette information sans le moindre scepticisme. Car de deux choses l’une, soit on est d’une parfaite mauvaise foi, soit on est complètement con, pour croire une seule seconde que le régime syrien va lancer une attaque chimique dans les faubourgs de Damas alors qu’il est en train de gagner sur tous les fronts et que les enquêteurs de l’ONU sont sur place –.

L’Occident en train de perdre le Moyen-Orient
Il faut replacer cette inflation de violences dans la vertueuse tentative de remodelage du Moyen-Orient voulue par Washington et ces zélateurs.
Et c’est peu dire que tous les pays qui ont eu le malheur d’être secouru par l’Occident se sont retrouvés ruinés, dévastés, livrés à une violence sans fin.
Aux guerres mafieuses lancées en Afghanistan et en Irak sous prétexte de croisade post-11 Septembre, ont succédé l’offensive généralisée contre les Chiites et la lamentable tentative de prise de contrôle du Printemps arabe. Résultat : l’Irak, l’Afghanistan et la Lybie agonisent, la Syrie baigne dans son sang et le Liban se bat pour ne pas être emporté dans la guerre voisine.
Du côté de l’Egypte, la rupture est également consommée avec Washington et Paris. Partout, de Kaboul à Bagdad, en passant par Beyrouth, Tripoli, Téhéran, Damas ou Le Caire, la rue rejette désormais la narrative occidentale et il n’y a plus guère que les proconsuls payés par le Bloc pour lui trouver encore quelques vertus.

La perte de l’Egypte
«Obama a d’abord soutenu Moubarak et a voulu ensuite nous imposer les Frères musulmans. Mais qu’est-ce qu’il croyait, qu’on allait accepter de passer d’un régime de fous à un autre parce-que ça arrange les Etats-Unis? Et pourquoi l’Europe nous menace ? Vous trouvez qu’on ne mérite pas mieux que des fanatiques menteurs et incompétents pour nous diriger?»
Ce coup de gueule d’un ami cairote hier, musulman pieu mais adversaire acharné des Frères musulmans, nous semble bien résumer l’amertume qu’ont suscitées au Caire les condamnations – forcément outrées –, de capitales occidentales – forcément vertueuses –, suite au «massacre» perpétré par l’armée égyptienne pour briser l’insurrection des Frères musulmans le 14 août dernier.
Chez les révolutionnaires de la première heure au Caire, la (re)prise de de contrôle du pays par l’armée est donc perçue comme une étape nécessaire d’une révolution toujours en marche.
Bien sûr, le processus est par nature dangereux, et comme nous le relevions dans notre précédente brève, le Conseil suprême de forces armées égyptien, le Scaf, devra jouer les équilibristes pour établir une feuille de route convaincante vers un retour du pouvoir civil, tout en évitant de se faire «pénétrer» par des saoudiens ou des israéliens toujours en embuscade.
Reste que Washington et Paris, donc l’UE, sont désormais hors-jeu de l’équation égyptienne, ce qui représente sans aucun doute un événement majeur pour la région.

La catastrophe générale est en marche
Le tableau qui se dessine est donc celui d’une catastrophe générale à venir pour l’Occident au Moyen-Orient :
– L’Irak passe lentement mais sûrement dans le giron iranien ;
– L’Afghanistan est en bonne voie pour retourner aux talibans ;
– La Libye s’évapore dans les guerres tribales ;
– Malgré la surenchère saoudienne en Syrie, le régime résistera tant que la Russie et la Chine le soutiendront et, à terme, il semble bien que Washington et Paris devront se résoudre à capituler sur ce front également ;
– En Egypte, le Bloc occidental vient aussi de perdre la bataille des cœurs.
– Quant au Liban, la déstabilisation très probablement orchestrée par les alliés de Washington, et la récente inscription du Hezbollah sur la liste des groupes terroristes de l’UE, achèvent de disqualifier là encore le Bloc occidental comme interlocuteur valable au Pays du Cèdre.
Ironie de l’Histoire, dans ce tourbillon de batailles perdues, de rendez-vous ratés et de stratégies occidentales foireuses au Moyen-Orient, le seul pays qui semble devoir rester stable envers et contre tout, n’est autre que l’Iran.
Décidément, il vaut mieux avoir l’Occident pour ennemi déclaré que comme sauveur.
Et ça, le Moyen-Orient l’a désormais intégré.

(1) Pour l’Arabie Saoudite, c’est la montée en puissance chiite qu’il s’agit de briser. Depuis la révolution islamique de 1979 en effet, une compétition féroce oppose Riyad et Téhéran pour le leadership musulman. Depuis la première guerre du Golfe, jamais les pétromonarchies n’ont été plus éloignées de leurs références islamiques et leur soumission aux intérêts américains, voire israéliens, est très mal perçue par la rue arabe. Avec des positions (anti-israéliennes, anti-américaines) aux antipodes de ses voisins du Golfe, Téhéran s’affirment donc de plus en plus comme une référence religieuse plus convaincante malgré le fossé qui sépare les branches sunnites et chiites de l’Islam. Au demeurant, on constatera aussi que les pays du Golfe sont en proie à des troubles souvent liées à leurs très fortes minorités chiites, sans parler de Bahrein dont la population est à 70% chiites. Pour les puissances du Golfe, la priorité absolue est donc à la chute de l’Iran chiite, et la déstabilisation du régime chiite alaouite de Bachar al-Assad n’est là aussi qu’une étape. –

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Egypte: la «Restauration» à l’ombre des Saoud et de Tel Aviv


Tribune libre Byblos

abdallah_al_saoud_et_netanyahou_01Une révolution, une vraie, est une succession de batailles avec des victoires et des défaites, des percées et des retours en arrière, des sursauts et des bons en avant. En trois ans, les Egyptiens ont ainsi successivement balayé trois «gouvernements» : la tyrannie Moubarak, puis celle du Scaf (le Conseil suprême de forces armées mise en place pour la transition) et, bien sûr tout récemment, les Frères musulmans. Il faut dire que la déception des Egyptiens face à l’équipe Morsi a été d’autant plus énorme que les attentes étaient grandes. Le régime instauré par les Frères s’est révélé aussi brutal, sanguinaire et incompétent que celui de Moubarak. Prière de «dégager» donc ! Sauf que la reprise en main de l’armée a aujourd’hui des parfums de «Restauration» avec en prime, les Saoud et Tel Aviv en embuscade.

De l’élection à l’éjection
Propulsés aux affaires, les Frères Musulmans auront été en dessous de tout. Et à ce titre, les mouvements populaires qui ont abouti à leur éviction étaient donc parfaitement légitimes, fondés, et s’inscrivaient dans la continuité logique d’une révolution authentique qui ne pouvait s’accommoder de la mise en place d’un clone de Moubarak affublé d’une barbe. Car en un an de règne, c’est bien ce à quoi ont assisté les Egyptiens.
Petit rappel des faits :
– Le 30 juin 2012, Morsi gagne la présidentielle avec 51,7% des voix.
– Durant les 5 premiers mois, sa gouvernance patine, mais il trouve le temps de libérer des douzaines de prisonniers pourtant convaincus de terrorisme, et dont certains ont même trempé dans l’assassinat de l’ancien président égyptien Anouar el-Sadate.
– En novembre 2012, Morsi se fend soudain d’un décret présidentiel lui accordant d’immenses pouvoirs, dont celui de voir ses futurs décrets incontestables par aucune Cour de justice. La manœuvre est si énorme qu’un million et demi d’Egyptiens descend dans la rue pour protester, soutenus en cela par de nombreux partis. Il y aura 5 morts.
– Quelques semaines plus tard Morsi dissous la Cour suprême, taxée de trahison… Dans la foulée, il vire le Procureur général pour le remplacer par un de ses sbires.
– Un mois plus tard, il annule la Constitution et nomme une commission formée essentiellement de membres de son parti ou de sa mouvance pour rédiger un nouveau texte. Le texte est adopté par 18% des Egyptiens seulement, lors d’un référendum pour le moins discutable.
– Durant toute cette période, l’économie égyptienne s’enfonce dans le marasme le plus complet. Le chômage double et la livre perd 20% de sa valeur.
– Durant toute cette période, les disparitions se poursuivent, les arrestations et les détentions arbitraires continuent, et l’on torture autant qu’avant dans les prisons égyptiennes.
– Le 30 juin 2013, des millions d’Egyptiens révoltés se massent alors à nouveau Place Tahrir et dans tout le pays en réclamant le départ de celui qui, en un an, a réussi à réinstaurer un régime tout aussi toxique que le précédent, trahissant tout espoir de changement.
Le passif des Frères est énorme, leur échec est absolument total.

Washington hors-jeu
La sanction tombe le 3 juillet, le général Abdel Fatah Al-Sissi, chef d’état-major de l’armée égyptienne, annonce la destitution de Mohamed Morsi. C’est le retour de l’Armée aux Affaires.
Sauf que les Frères ne l’entendent pas de cette oreille et mobilisent leurs troupes. Le sit-in s’organise et prend de l’ampleur.
Du côté de l’Etat-major égyptien, les grandes manœuvres se préparent.
Des campagnes de propagande anti-Frères sont lancées à grande échelle dans le pays. Les rédactions des journaux et télévisions égyptiennes collaborent sans réserve, déçues qu’elles sont elles aussi de la pitoyable gouvernance des Frères.
Dans le plus grand secret, des tractations sont pourtant entamées entre le Scaf et les Frères pour éviter le bain de sang.
Washington alors entre en jeu et plaide la cause de la modération. Le secrétaire à la défense US, Hagel, tente à maintes reprises de convaincre al-Sissi de composer. Dans la balance : le milliard de dollars et demi d’aides que les US donnent encore annuellement à l’Egypte pour garantir la survie de l’accord de pays avec Israël, et le libre-passage sur le Canal de Suez.
Mais Al-Sissi reste inflexible.
Il sait que les Américains ont davantage besoin d’allouer cette aide à l’Egypte, que lui de la recevoir.  Cette manne ne couvre en effet que le 20% des besoins actuels de l’armée égyptienne. En revanche, l’aide en question représente une forme de blanchiment de capitaux dont les Etats-Unis ont besoin, et en particulier le Pentagone puisque la plus grande partie de cette manne lui revient au travers des achats d’armements de l’armée égyptienne, armement parfois totalement inutile à ladite armée, mais nécessaire à l’opération de blanchiment en question.
Le général égyptien sait donc qu’il peut compter sur le lobbying du complexe militaro industriel pour maintenir cette «aide» qui lui est indirectement destinée…  et pour l’heure, le calcul d’al-Sissi reste payant. Au demeurant, les fournisseurs d’armes ne manquent pas dans le pipeline d’Al-Sissi le cas échéant.
La décision de briser les Frères est donc prise, les modérés prennent congé.
La répression commence le 14 août. L’extrême violence de l’intervention, les centaines de morts et l’arrestation des cadres des Frères musulmans ne laissent planer aucun doute sur la volonté du Scaf d’en finir avec la Confrérie.
L’ampleur du massacre est un message.
La parenthèse des Frères au pouvoir est terminée en Egypte.

Riyad et Tel-Aviv jubilent
C’est que d’autres acteurs ont également avancés leurs pions dans l’affaire.
A commencer par la maison des Saoud, qui voyait d’un très mauvais œil l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Egypte, craignant la contagion en cas de réussite de leur gouvernance.
Contrairement à l’idée reçue, le Royaume Saoudien est en effet bancal. C’est un agglomérat de forces antagonistes pilotées par des princes gavés de pétrodollars et miné par les dissensions. C’est aussi un Royaume en proie à une forte contestation interne où les Frères possèdent des relais importants. Dans les années 1950-60 nombre de ses cadres s’y sont en effet installés en fuyant les persécutions subies en Egypte, en Syrie, en Irak ou en Algérie. Les Frères musulmans ont également participé aux contestations qui ont ébranlé le Royaume. Comme le rappelle Alain Gresh, la vision politique des Frères «— un Etat islamique, certes, mais bâti sur des élections — diverge de celle de la monarchie, fondée sur l’allégeance sans faille à la famille royale saoudienne. Celle-ci a d’ailleurs préféré financer les divers courants salafistes, dont le refus d’intervenir dans le champ politique et l’appel à soutenir les pouvoirs en place, quels qu’ils soient — la famille royale comme M. Moubarak —, la rassuraient.»
Ce n’est donc pas un hasard si, aussitôt les menaces de suspension d’aides proférées par les Européens et les Américains, les Saoudiens ont immédiatement réagi en assurant qu’ils compenseraient ces éventuelles pertes auprès du nouveau pouvoir égyptien.
Washington est ici débordé par son «allié» dans la région, allié impossible à désavouer désormais puisqu’il vient de le nommer bourreau en chef de la Syrie en remplacement du Qatar, viré de ce rôle pour incompétence.
Même offensive de Tel-Aviv, qui préfère bien évidemment n’importe quelle dictature militaire à ses portes plutôt que de voir des islamistes diriger l’Egypte. Tel-Aviv a donc très tôt mouillé la chemise en activant ses relais à Washington – et dieu sait s’ils sont nombreux – pour empêcher la suspension de l’aide américaine. Même chose en Europe où les ambassadeurs israéliens ont été mandatés pour convaincre les Européens qu’il valait mieux un pouvoir militaire que le chaos islamiste.
C’est un intéressant développement qui confirme l’existence de cette alliance contre-nature entre le royaume corrompu des Saoud et l’Etat-voyou israélien avec, au milieu, des Etats-Unis de plus en plus hors-jeu et otages de leurs alliés.

Et maintenant ?
Et maintenant retour à la case départ serait-on tenté de dire, avec un Scaf à nouveau tout puissant au Caire, ce qui laisse sans doute penser aux anciens cadres du régime de Moubarak que le cauchemar révolutionnaire touche à sa fin.
Et l’annonce de la libération sous condition du vieux Raïs doit bien sûr renforcer ce sentiment.
La Restauration donc, avec en prime les Saoud et l’entité sioniste en embuscade.
Sauf que voilà. Nous venons probablement d’assister à un soubresaut de la révolution, un retour en arrière peut-être, mais qui sera nécessairement suivi d’un rebond.
La rue n’en est plus à un gouvernement près.
Et le Scaf serait bien inspiré de prendre rapidement de la distance avec ses nauséabonds soutiens s’il ne veut pas  se voir inscrit une deuxième fois sur le tableau de chasse de la révolution.

PS: et pour terminer sur une note plus légère, voici le sms sans commentaire d’un ami marocain: « Moubarak libre, Morsi en prison, El Baradei à Vienne. C’est retour en 2010. Qui a dit qu’on ne pouvait pas remonter le temps ? »

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Ce qui n’a pa été révelé de la rencontre orageuse Bandar-Poutine


PutinLe quotidien libanais asSafir a publié sur son site internet les détails de la réunion orageuse qui a eu lieu à Moscou au mois de Juillet entre le président Poutine et le chef des services de renseignements saoudiens le prince Bandar ben sultan.

La réunion qui a eu lieu le 30 juillet dans la maison de Poutine située à la périphérie de la capitale russe,  a duré quatre heures au cours de laquelle il a été question des  relations  bilatérales et d’un certain nombre de dossiers régionaux et internationaux communs.

Les relations bilatérales

Bandar a insisté sur l’importance de développer les relations bilatérales entre les deux pays, soulignant que la mise en valeur des intérêts peut fournir de grands domaines de coopération en citant comme exemples les domaines de l’économie, de l’investissement, du pétrole  et de l’armée.

«Il y a beaucoup de valeurs et de buts communs, notamment la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme dans le monde. La Russie et les Etats-Unis, l’Union européenne et les Saoudiens se rencontrent sur  la question de la promotion et de la consolidation de la paix et la sécurité internationales. La menace terroriste s’est développée suite au «printemps arabe» . Nous avons perdu des régimes et en contre partie nous avons récolté les expériences des terroristes comme  l’expérience des Frères musulmans en Egypte et celle des groupes extrémistes en Libye » a affirmé Bandar.

Et d’ajouter: «A titre d’exemple, je peux vous offrir une garantie de protection des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi qui aura lieu sur la mer Noire la prochaine année. Nous savons que les groupes tchétchènes menacent la sécurité des Jeux, nous les contrôlons, ils ne se rendent en Syrie  qu’après coordination avec nous. Ces groupes ne nous font pas peur. Nous les utilisons en face du régime syrien, ils n’auront  aucun rôle ou influence dans l’avenir politique de la Syrie ».

Aprés avoir remercié le prince Bandar pour sa visite et saluer le roi Abdallah, le président Poutine affirme d’un ton qui annonce déjà une mauvaise tournure de la rencontre : «Nous savons que vous soutenez les groupes terroristes tchétchènes depuis plus d’une décennie, et ce soutien vous l’avez bien exprimé en toute franchise tout juste maintenant. Et donc, je ne pense pas que nous partageons les mêmes objectifs en matière de la lutte contre le terrorisme universelle. Nous sommes intéressés par le développement de relations amicales selon des principes  clairs et nets ».

Bandar a déclaré que « la question ne se limite pas au royaume, il y a des pays qui ont dépassé leurs rôles définis , par exemple le Qatar et la Turquie ».

Il a précisé: «Nous avons dit directement aux Qataris et aux  Turcs que nous refusons leur soutien illimité aux Frères musulmans en Égypte et ailleurs. Le rôle des Turcs aujourd’hui est devenu semblable au rôle du Pakistan pendant la guerre afghane. Nous ne sommes contre les régimes extrémistes religieux : nous souhaitons  instaurer des régimes modérés dans la région. L’expérience de l’Egypte est enrichissante et il faut que la Russie la suive de prés.  Nous allons continuer à soutenir l’armée et nous allons soutenir le général Abdel Fattah al-Sisi, surtout qu’il maintient de bonnes relations avec nous . Nous vous conseillons  de rester en contact avec lui et de le soutenir. Nous sommes prêts à signer avec la Russie  des contrats d’armement dans l’intérêt de ces régimes  et surtout l’Egypte.

Coopération économique et pétrole

Le prince Bandar ben Sultan a d’abord présenté un exposé des différents domaines  de coopération potentiels entre les deux pays si un accord se réalisait sur un certain nombre de dossiers en particulier la Syrie. Il s’arrêta longuement sur le pétrole et la  coopération d’investissement: « Etudions ensemble  une stratégie russo-saoudienne commune  concernant le  pétrole. L’objectif est de se mettre d’accord sur les quantités de pétrole à produire  et le prix du baril afin de maintenir les prix du pétrole sur les marchés mondiaux stables ».

« Nous comprenons votre intérêt pour le dossier du pétrole et du gaz dans la Méditerranée depuis Israël en passant par  Chypre vers le Liban et la Syrie jusqu’à la  Russie. Nous  comprenons aussi ce que représente le pipe-line de gaz russe vers l’Europe, et nous ne sommes pas en concurrence avec vous. Nous  pouvons coopérer dans ce domaine comme dans les domaines de raffineries et de la pétrochimie. Le royaume esten mesure de fournir un énorme investissement de plusieurs milliards de dollars dans divers domaines au marché russe. Mais, il est  important de conclure une compréhension politique sur un certain nombre de dossiers, notamment la Syrie et l’Iran ».

Poutine a répondu que «  les idées avancées au sujet de la coopération en matière de pétrole et de gaz aussi en matière  d’investissement méritent une étude  de la part des ministères compétents des deux pays ».
Mais avant tout..la Syrie

Le chef des services de renseignements saoudiens  s’est longuement exprimé sur  le dossier syrien faisant valoir la position de l’Arabie depuis le premier incident en Syrie à Deraa  jusqu’à aujourd’hui: «Le régime syrien est terminé pour nous et la majorité du peuple syrien ne permettra pas à Bachar al-Assad de rester au pouvoir. La clé pour les relations entre nos deux pays réside dans la compréhension de  notre approche envers la crise syrienne. Et donc, vous devez  cesser votre soutien politique, en particulier au Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que votre soutien militaire et économique, et nous vous garantissons que les intérêts de la Russie en Syrie, sur la côte méditerranéenne ne seront point affectés d’un iota.  La Syrie sera dirigée par un  régime  modéré et démocratique directement parrainé par nous et qui sera tenir compte des intérêts de la Russie et de son rôle dans la région ».

Le dossier iranien

Dans le dossier iranien, Bandar a dénoncé  le rôle de l’Iran régional, en particulier en Irak, en Syrie, au Liban, en Palestine, au Yémen et à Bahreïn et dans d’autres pays, souhaitant à ce  que » les Russes comprennent que leurs intérêts et ceux des pays du Golfe sont communs face aux ambitions nucléaires de l’Iran ».

Poutine a répondu en exposant la position de la Russie envers les conséquences du  «printemps arabe»,  surtout après ce qui s’est passé en Libye: «Nous sommes très préoccupés par l’Egypte, et nous comprenons la réaction de  l’armée égyptienne, mais nous sommes très prudents envers la façon dont est gérée la crise égyptienne, car nous craignons  que l’Egypte glisse vers une guerre civile qui  serait trop coûteuse pour les Egyptiens, les Arabes et la communauté internationale. J’ai voulu faire une visite rapide en Egypte .. La question est toujours en cours de discussion ».

En ce qui concerne l’Iran, Poutine a rappelé à son hôte saoudien que « l’Iran est un voisin et que les deux pays sont liés par des relations bilatérales depuis des siècles, et donc il y a des intérêts communs et enchevêtrées depuis des siècles ».

«Nous soutenons  le dossier nucléaire iranien à des fins pacifiques et nous avons aidé les Iraniens à développer leurs sites nucléaires  dans ce sens. Bien sûr, nous allons reprendre les négociations avec eux dans le cadre du groupe des cinq plus un, et je compte rencontrer le président Hassan Rohani, en marge du sommet de l’Asie centrale et nous étudierons un grand nombre de dossiers bilatéral, régional et international.  Et je compte bien réitérer  la position russe opposée pleinement à de nouvelles sanctions contre l’Iran au Conseil de sécurité de l’ONU. Nous croyons que ce qui a été entrepris auparavant comme  sanctions est injuste contre l’Iran et les Iraniens et nous refusons de  répéter l’expérience ».

Erdogan à Moscou en Septembre

Pour ce qui est de la Turquie, Poutine a parlé de son amitié avec le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, en déclarant: «La Turquie est aussi un voisin et nous sommes liés par des intérêts communs et nous sommes désireux de développer nos relations avec ce pays  dans divers domaines. Dans les rencontres russo-turques, nous avons procédé à un inventaire des questions dans lesquelles nous nous opposons et celles dans lesquelles nous nous entendons. Et nous avons constaté  qu’il existait beaucoup de convergence sur un grand nombre de dossiers   J’ai informé les Turcs, et je vais  répéter ma position à mon ami Erdogan, que ce qui se passe en Syrie a besoin d’une approche différente de leur part. La Syrie baigne dans un bain de sang et la Turquie n’est pas à l’abri.. Les Turcs doivent être  plus entreprenanst dans le sens de trouver une solution politique à la crise syrienne. Nous sommes convaincus qu’un règlement politique en Syrie est inévitable, il revient à eux d’alléger les  dégâts. Notre différend avec eux dans le dossier syrien est politique  et n’influence pas les autres dossiers de coopération économique et d’investissement, et, récemment, nous leur avons dit que nous sommes prêts à coopérer avec eux pour leur construire deux réacteurs nucléaires et cette question sera incluse  à l’ordre du jour lors de la visite du Premier ministre turc à Moscou en Septembre prochain ».

Poutine: Notre position envers Assad ne changera point

Dans la question syrienne, la réponse du président russe à Bandar était sans équivoque : « notre position envers le régime en Syrie ne changera jamais. Nous pensons que le régime actuel est le meilleur régime que puisse bénéficier le peuple syrien, certainement pas  un régime dévoreur de cœur.  A Genève 1 nous nous sommes mis d’accord avec les Américains sur un certain nombre de questions  et ils ont accepté. Voire la question de garder le régime syrien au pouvoir était acceptée  dans le cadre d’un certain compromis. Plus tard, ils ont décidé de se retourner contre  Genève 1 .. Dans toutes les réunions entre des experts russes et américains, nous avons  réitéré notre position, et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov compte reconfirmer lors de la prochaine réunion avec son homologue américain John Kerry, l’importance de faire tous les efforts possibles pour parvenir rapidement à un règlement politique afin de mettre un terme à l’effusion de sang en Syrie ».

Suite à ce discours, Bandar a mis en garde contre la mauvaise tournure des négociations qui risque d’envenimer la situation, en particulier dans la crise syrienne, regrettant que les Russes n’aient pas compris la position de l’Arabie-saoudite  en Egypte en refusant de soutenir l’armée égyptienne en dépit de leurs craintes sur l’avenir de l’Egypte.

Le chef du renseignement saoudien a conclu sur un ton belliqueux estimant que le désaccord dans le dossier syrien mène à la conclusion que «l’option militaire est inévitable  , elle est  la seule option actuellement disponible à la lumière d’un blocage d’un règlement politique, et nous croyons que la convocation à la Conférence de Genève 2 sera très difficile dans ce climat orageux».

Al Manar

Et maintenant, un message de la part de nos sponsors (saoudiens) – Pepe Escobar


532999-capture-d-ecran-du-chef-de-l-armee-egyptienne-le-general-abdel-fattah-al-sissi-le-3-juillet-2013-au-Il est là, le nouveau pharaon d’Egypte, Pinochet Sisi, plein d’insignes / gloire . Les sous-titres sont superflus. C’est la remise des Oscar pour le général Abdel Fattah al-Sisi. Il a remercié ses sponsors / producteurs. Quand il cite «l’Arabie saoudite » la salle est en délire. Quand il mentionne [le roi] « Abdullah » la salle est en délire.

Quelle performance. Un biopic transparaît. Il rêve déjà de Jack Nicholson jouant son personnage à l’écran. Notez le sourire d’autosatisfaction, tellement il est confiant d’avoir dupé les légions de «progressistes» arabes – des gauchistes laïcs aux Nasséristes – en leur faisant croire qu’il défend les intérêts du « peuple égyptien » sans cesse invoqué.

Notez la « Lutte contre le terrorisme » en haut à gauche du petit écran. Voici Sisi comme Deubeulyou – en mode Mission accomplie. Qui se soucie que l’Egypte ait été réduite en un état totalement en faillite (et en sang) ? Qui se soucie des manchettes terribles –  » des activistes du Sinaï exécutent 25 policiers égyptiens» rivalisant avec «la Junte étouffe 38 détenus dans un car de police»? Il a remporté la «guerre contre le terrorisme» – en tant que nouvelle tête du serpent, un serpent qui n’était jamais parti.

Prenez place et profitez du spectacle. Le clou du spectacle est que l’ancienne tête du serpent pourrait être libérée dans les prochaines 24 heures. Pour le plus grand bonheur de la Maison des Saoud, qui l’aimait comme un des siens, les charmeurs de serpents sont sur le point de libérer Hosni Moubarak. «Printemps arabe? » – On peut facilement imaginer l’ancienne tête du serpent murmurant. « Ne me faites pas rire. » Et il ne fera pas – au moins en public. Ce «printemps arabe», cette invention Google, n’est jamais arrivée. Vous pouvez tous rentrer chez vous maintenant – et y rester. Le serpent va vous protéger et défendre les intérêts du « peuple égyptien ». Mais rappelez-vous, si vous êtes contre nous, vous êtes un terroriste. Et nous viendrons vous chercher.

Nous allons décider de ne pas décider

Les producteurs de l’épopée égyptienne sont aussi ravis que leur star. Quel grand succès au box-office. Qui se soucie que Caniche-land – comme dans l’Union européenne – convienne d’une réunion «d’urgence» ce mercredi pour peut-être « suspendre son aide » au Glorieux Sisi? Qui se soucie de ce que le Congrès américain soit tenté de suivre le même chemin? [1]

Imaginez la scène, avec des éclats de rire dans la tanière des producteurs à Riyad. Pour l’administration Obama ce fut – et reste – un coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat, même si ça marchait comme un coup d’Etat et on en parlait comme un coup d’Etat. Mais les impératifs catégoriques ne s’appliquent pas ici. Alors le congrès décide qu’il ne va pas dire si c’est un coup ou non. Et l’administration Obama décide de ne rien dire de ce qu’il pourrait décider – ce qui « reprogramme » le tout.

Quelle que soit la non-décision prise, les producteurs s’en foutent. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, l’éternel Saud al-Faisal, a déjà promis que les producteurs et les autres coproducteurs du Conseil de Coopération du Golfe – comme dans les Émirats arabes unis – seront heureux de combler et peut-être même de doubler toute l’aide qui sera perdue par la glorieuse tête de l’ serpent Sisi.

Le New York Times a bataillé dur pour donner l’impression que Washington avait une emprise pour influencer le glorieux Sisi – et les producteurs – contre le lancement du coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat. [2] C’est éminemment risible (éclats de rires au repaire des producteurs à Riyad). La seule pépite dans le rapport est que la Maison des Saoud, les Émirats arabes unis et Israël ont frénétiquement incité, soutenu et fait du lobbying pour le coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat; Je l’avais  déjà signalé dans Asia Times Online.

Oups, Israël ; le glorieux Sisi ne pouvaient pas remercier ce producteur particulier dans son discours d’acceptation de l’Oscar. Comment pouvez-vous justifier cela à la rue arabe – que nous sommes les serviteurs des occupants de la Palestine? En ce qui concerne les Israéliens, ils s’en fichent; Sisi est «l’un d’entre eux », ils sont toujours « en contact étroit », et il ne ferait jamais rien pour annuler les accords de Camp David.

Sunny, I love you

L’administration Obama a sous-traité sa politique au Moyen-Orient à la Maison des Saoud à ses risques et périls. Quoi que dise le roi « Retour du mort vivant » Abdullah, ça marche. En fait, non ; quoi que fasse ‘’Retour de l’espion invisible’’,  Bandar bin Sultan, alias Bandar Bush qui a spectaculairement refait surface, fonctionne. La beauté du coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat, et du discours d’acceptation de Sisi, c’est que Bandar, praticien éminent des arts sombres, n’est même pas mentionné.

Et pourtant, ce fut Bandar Bush qui, dans sa réunion récente de quatre heures avec le président Poutine, n’a pas obtenu ce qu’il voulait en Syrie ; mais il a obtenu ce qu’il voulait en Egypte. Le joueur d’échec Poutine a de suite vu l’ouverture, après tout, la confrérie des Frères Musulmans est un anathème à la fois pour la maison des Saoud et pour le Kremlin. Et s’il n’y a plus “d’aide” américaine à la junte de Sisi, – comme dans : nous vous donnons plus d ‘argent comme cela vous pouvez encore plus acheter nos armes – il n’y a plus rien qui empêche l‘industrie d’armement russe de remplir le vide créé.

Rien de tout cela bien entendu ne fera partir la crise tragique syrienne. Pendant le ramadan, ce fut Bandar Bush qui organisa l’acquisition silencieuse d’au moins 50 millions de dollars d’armes d’Israël, qui furent immédiatement envoyées dans le filet des gangs de mercenaires salafistes, djihadistes, soutenus par la maison des Saoud. Ceci après que Bandar Bush ait renforcé le bras du gouvernement Obama pour se débarrasser des Qataris – qui payaient les factures des frères musulmans en Egypte – et le laisser reprendre le djihad en Syrie.

Bandar a le vent en poupe. Il est maintenant à la tête d’un “djihad total” très ambitieux, d’une stratégie à trois volets en Syrie, en Irak et au Liban, manipulant le même vieux dada de la maison des Saoud de la haine sectaire, excitant les sunnites contre les “apostats” chiites, avec une grande emphase sur les attentats à la voiture piégée dans des zones civiles, comme l’a montré l’attentat très récent de la banlieue sud de Beyrouth Zahiyeh.

Ceci est une franchise de longue haleine avec beaucoup de suites en stock. Pour l’instant, il est au sommet du box-office en Egypte. Mais il pourrait bien y avoir un problème. Le mouvement Tamarod, qui a collecté 22 millions de signatures qui ont menées aux manifestations de masse créant l’ouverture pour le coup d’état qui n’en est pas un, demande maintenant non seulement l’annulation de “l’aide” américaine, mais aussi celles des accords de Camp David. [3]

Maintenant c’est une autre bombe – le cœur du problème tant que  les Etats-Unis et Israël sont concernés. Et si Tamarod arrive une fois de plus à obtenir 22 millions ou plus de signatures, ce qui est fort possible étant donné que l’absolue majorité des Egyptiens ne veulent pas de cette “paix” avec Israël ? Le glorieux Sisi aura-t-il le courage de déplaire à ses producteurs israéliens ? Bandar lui donnera-t-il le feu vert ? Le gouvernement Obama instaurera-t-il une “zone d’exclusion aérienne” au-dessus du Caire ?

Alors que le monde attache une myriade de ceintures de sécurité devant les tempêtes qui s’annoncent, les nouvelles en provenance de la Maison blanche sont quant à elles apaisantes. Il y a un nouveau membre dans la famille, un chiot nommé Sunny. Alors imaginez la famille chantant à table, à l’unisson: “ Dark days are gone/ bright days are here/ my Sunny one shines so sincere ». Coupez… Plan sur Sisi/Jack Nicholson dans toute sa splendeur: « Heeeeeere’s Johnny! »

Remarques:
1. administration Obama suspend tranquillement aide militaire à l’Egypte, mulls de coup d’Etat »- rapport , Russia Today, le 20 Août 2013.
2. Comment américaine espère une affaire en Egypte ont été minés , le New York Times, 17 Août 2013.
3. la campagne rebelle de l’Égypte lance une pétition pour annuler l’aide américaine, traité de paix entre Israël , Ahram en ligne, le 18 Août 2013.

Pepe Escobar

Traduction : Avic
http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-05-200813.html

Le grand perdant des évènements égyptiens


la-libre-circulation-des-personnes-sera-desormais-possible-entre-l-egypte-et-la-bande-de-gaza-au-niveau-de-rafah-afp-said-khatibPendant que les FM égyptiens envahissent les places et les mosquées, que les militaires de Morsi répriment dans le sang et que des mercenaires du Sinaï font tout pour attirer la vindicte par des actes terroristes et tentent désespérément de se faire assimiler aux FM (ce qui est allègrement fait par certains), le monde autour continue son bonhomme de chemin, comme si cette agitation meurtrière égyptienne n’était rien d’autre … que de l’agitation.

En Syrie, il n’y a aucun impact. Pourtant, on parle bien de l’Egypte, l’un des principaux pays arabes et du Proche-Orient. On aurait pu croire que le moindre éternuement dans le pays des pharaons aurait eu des répercussions dans toute la région et dans le monde arabe. On se souvient de l’arrivée de Morsi au pouvoir. On allait voir ce qu’on allait voir, selon ce qu’il allait faire ou dire. Il n’a eu aucun effet sur la Syrie. Les choses se passaient ailleurs, avec d’autres protagonistes. La situation à Gaza et en Palestine n’a pas bougé d’un iota.  Morsi a été une parenthèse.

Nous voilà revenu à la case départ, mais avec un maximum de bruits, trop de bruit, pourrait-on dire, savamment orchestré, semble-t-il. Qu’est-ce qui change avec cette nouvelle situation ? Pour la Syrie, rien. Bachar Al Assad continue son combat, appuyé par les mêmes alliés, contre les mêmes mercenaires avec leurs ‘’Allah Akbar’’ pour les vidéos, eux-mêmes avec leurs mêmes appuis à peine remaniés mais avec les mêmes commanditaires. Pour l’Iran, rien de changé, non plus, malgré un changement de président. Pour l’ensemble des monarchies du Golfe, seul le chéquier a changé de mains. Mais ça c’était déjà là un peu avant ce qui se passe aujourd’hui en Egypte.

Puisque rien n’a changé ou presque, à quoi rime tout ce boucan autour d’un général encore inconnu il y a un mois et des frères musulmans que l’on fait mine de découvrir (après Caroline Fourest et BHL) alors qu’ils sont là depuis près d’un siècle ? Diversion ou manipulation ? Il n’y a jamais de boucan médiatique gratuit, surtout dans cette partie du monde. Et l’on constate que si les évènements n’ont aucune conséquence sur la région, le tapage, lui, en a.

Tout tend à donner une confirmation à une campagne qui a commencé il y a longtemps, campagne axée sur le ‘’danger islamiste’’. Qu’ils soient armés de bombes, de ceintures d’explosifs, de fatwas meurtrières et souvent biscornues, de désirs soudains de charia, ils ont tout fait pour nous montrer de quoi ils étaient capables. Qui, en dehors de ceux qui l’organisent, ne dénoncerait pas cette barbarie ? En la condamnant les manipulateurs s’arrangent pour que cette condamnation déborde sur tous ceux qui, de près ou de loin ont un rapport quelconque avec ces gens. Même pays, même race, même religion, etc… tout en prenant soin de dire qu’il ne faut pas faire d’amalgame.

Et, effectivement, chez ces manipulateurs, il n’y a pas d’amalgame. Ce ne sont pas les musulmans qui sont vraiment visés. Il n’est même pas sûr que l’Islam, en tant que religion soit en cause. A-t-on jamais entendu parler des religions de l’Emir du Qatar ou du Roi Abdallah d’Arabie, pourtant gardien des lieux saints musulmans ? A-t-on vu mentionner une seule fois dans les médias la religion de Mahmoud Abbas ? On pourrait presque penser, d’après les portraits que l’on nous en fait, qu’ils sont laïcs ou même athées. A croire aussi qu’il y a des palestiniens non musulmans (les gentils, quoique un peu turbulents parfois), ceux de Cisjordanie, et les islamistes de Gaza, qui sont gouvernés par de méchants islamistes parce que frères musulmans. Il se trouve que la résistance palestinienne se trouve principalement à Gaza, même si elle a pu souvent servir de prétexte et même d’outil pour les desseins d’Israël. Voici donc le Hamas redevenu islamiste parce que frère musulman. Si les problèmes égyptiens se répandaient jusqu’à Gaza, les gazaouis auront du souci à se faire. Ils seront tous assimilés à des islamistes, donc terroristes. N’est-ce pas ce qu’a toujours martelé Israël depuis des années, en chœur avec nos salonards de Paris ?

Pendant ce temps, John Kerry organise les négociations israélo-palestiniennes, comme si rien ne se passait à côté. Négocier quoi au juste ? Personne au monde ne croit en ces négociations, ni même ne voit sur quoi elles peuvent porter. On voit juste que cette mise en scène coïncide avec les évènements égyptiens qui comportent eux-mêmes plusieurs volets synchronisés, le tout dans une sorte de symphonie moyen-orientale dans laquelle la Palestine et les palestiniens tiennent une place centrale. Si le Hamas paie les pots cassés de la révolte égyptienne, que deviendra Gaza ? Quel lièvre John Kerry nous sortira-t-il alors de son chapeau pour faire avancer les choses ?

Si nous n’attendons rien des négociations, nous savons aussi que Kerry ne fait pas tous ces va-et-vient juste pour faire du tourisme. Tous ces millions et toutes ces énergies ne sont pas dépensés pour le plaisir, sans compter tout le temps consacré aux diverses rencontres. Il y a bien des recherches de solutions, mais toujours avec Israël comme centre de toute solution. Le remodelage du grand Moyen-Orient, avec toutes ses aventures guerrières mortelles, en fait certainement partie. Ne cherche-t-on pas à reproduire le vieux slogan : ‘’Une terre sans peuple pour un peuple sans terre’’, mais cette fois à l’envers ? Le peuple sans terre serait, cette fois, les palestiniens. La terre sans peuple pourrait être le Sinaï, à défaut de ne pouvoir être une partie de la Syrie remodelée. Cela a marché une fois, pourquoi pas une deuxième fois ?

En attendant, quels que soient les projets et objectifs des acteurs de la région, il y en a un qui doit se sentir mal à l’aise dans ses souliers, le Hamas. D’un côté, il perd un soutien de poids par la disparition des FM en Egypte, et de l’autre, il se retrouve à nouveau assimilé de facto à des terroristes actifs purs et durs du style de ceux qui sévissent en Syrie. Et pour bien l’étayer, on va rappeler les aventures de Khaled Mechaal. Le brouillage cacophonique fera le reste. Et les gazaouis dans tout ça ? Nous ne devrions pas tarder à savoir ce qu’on leur réserve. N’est-ce pas Mister Kerry ?

Avic

Les choses vont de mal en pis – Paul Craig Roberts


naufrage_titanicDes choses terribles se passent en ce moment, tellement rapidement que nous n’arrivons pas à suivre. Monsanto, largement considéré comme une entreprise criminelle, étend son monopole sur les semences et la production alimentaire au Chili et en Amérique latine. http://rt.com/news/chile-protest-monsanto-law-634/ Monsanto a renoncé pour l’instant à monopoliser l’agriculture européenne, mais a fait en sorte que l’UE lui permettre de commercialiser des produits alimentaires génétiquement modifiés. L’argent parle, ce qui est peut-être la raison pour laquelle l’ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, a présenté le projet de loi pro-Monsanto que l’une des chambres législatives a voté. Il y a des manifestations de masse au Chili contre le projet de loi qui détruit la souveraineté du Chili sur sa production alimentaire, mais, de la même manière que Monsanto peut acheter le gouvernement américain, il peut aussi acheter le gouvernement chilien. De nos jours, les gouvernements sont simplement une autre marchandise pouvant être achetée et vendue par de puissantes corporations.

Et puis il y a Fukushima. Les médias nous ont conduit à penser que cette crise nucléaire était terminée, mais il semble que cela ne fait que commencer. Le risque d’une apocalypse est élevé. Vous pouvez lire ici  http://rt.com/news/fukushima-apocalypse-fuel-removal-598/ une évaluation des risques pour nous tous. Voici un autre lien http://www.counterpunch.org/2013/08/13/the-fukushima-nightmare-gets-worse/print Et encore un autre http://www.lewrockwell.com/2013/08/russia-today/ réaction en chaîne-à-fukushima / Et un autre http://www.commondreams.org/headline/2013/08/10-0 et ici : http://www.globalresearch.ca/fukushima-japanese-government-big-business-and-corporate-media-tried-to-hide-a-grave-threat/5346197

Aussitôt que l’Egypte est devenue une démocratie avec un président élu, Washington a poussé l’armée, qui dépend de lui tant financièrement que pour son équipement, à renverser la démocratie, tout comme il l’avait fait au Honduras et ailleurs. Le gouvernement que la démocratie a produit en Egypte était islamiste. Les Frères musulmans sont modérés, pas radicaux ; mais les islamistes modérés ont montré peu d’enthousiasme à soutenir la politique israélo-Washington de génocide en Palestine. Washington considère «la liberté et la démocratie » inacceptables quand elles ne soutiennent pas sa politique étrangère.

Cet automne le Congrès sera de nouveau confronté à la limite du plafond de la dette. Pour garder ce spectre à distance, le Trésor américain a employé des moyens douteux. La crise que l’on a laissée couver depuis trop longtemps est susceptible de s’aggraver, parce que l’économie pourrait reprendre sa chute d’une manière qui ne pourra pas être masquée par des statistiques manipulées. Tôt ou tard, le monde se rendra compte que l’Amérique ne peut pas payer ses factures et que la monnaie de réserve mondiale est imprimée en continu afin de soutenir les banques en faillite et le Trésor américain. Le château de cartes que la politique économique américaine a construit au 21e siècle peut s’effondrer à tout moment.

Traduction Avic

Lire la suite : http://www.paulcraigroberts.org/2013/08/19/growing-up-in-america-paul-craig-roberts/

Craig Roberts withkitties_150_120Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

L’Egypte peut-elle devenir une nouvelle Syrie ?


Tribune libre  Diablo

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Entre le « cancer islamiste » -lire les Frères musulmans-, et « l’apostasie militaire », -lire le général  Abdel Fattah al-Sissi-, l’Egypte se dirige-t-elle vers une guerre civile dont les conséquences seraient telluriques pour toute la sous région ?

Comme je l’ai déjà écrit lors de précédentes analyses, en Egypte, depuis le début du processus révolutionnaire, l’armée est constamment demeurée maîtresse du jeu politique[1]. Elle a laissé la rue évincer le président Moubarak, ce qui lui a permis de remplacer une génération militaire usée par une plus jeune. Puis elle a profité de l’échec politique et économique des Frères musulmans pour recueillir le pouvoir tout en affirmant haut et fort qu’elle souhaitait mettre en place  une transition civile.

Après avoir attendu 80 ans pour enfin accéder au pouvoir, les Frères musulmans l’ont perdu en raison de leur arrogance, oubliant que le 24 mai 2012, lors du premier tour des élections présidentielles, Mohamed Morsi n’avait recueilli que 24,8% des suffrages, quasiment à égalité avec le général Ahmed Chafik ex-Premier ministre de Moubarak (23,7%). Au second tour, Mohamed Morsi qui avait réussi à rallier nombre de modérés l’emporta de justesse, avec un petit score de 51,7%. Face à lui, le général Chafik avait rassemblé sur sa candidature 48% d’électeurs résolument hostiles aux Frères musulmans

De plus, ces derniers ne voulurent pas voir qu’entre les législatives du mois de novembre-décembre 2011 et les présidentielles de mai-juin 2012, ils  avaient perdu 50% de leurs suffrages, passant de 10 à 5,7 millions de voix, les « modérés » un moment abusés par leurs promesses s’étant en effet détournés d’eux.

Enfermés dans leurs certitudes et soutenus par les Etats-Unis et le Qatar, ils voulurent malgré tout faire passer en force une Constitution islamiste. Pour y parvenir, le 22 novembre 2012, le président Morsi fit un coup d’Etat en signant un décret l’autorisant à prendre les pleins pouvoirs. Des manifestations énormes se produisirent alors et les Frères musulmans qui ne s’attendaient pas à une telle réaction populaire virent leurs locaux pris d’assaut par la foule et incendiés.

Le 7 décembre 2012, dans un communiqué particulièrement clair, l’armée égyptienne mit en garde le président Morsi, soulignant que les pleins pouvoirs qu’il venait de s’octroyer afin de faire adopter en force une Constitution théocratique, allaient faire emprunter à l’Egypte « un sentier obscur qui déboucherait sur un désastre, ce que nous (l’armée) ne saurions permettre »[2]

La tension atteignit son paroxysme le 30 juin quand plusieurs millions d’Egyptiens descendirent dans la rue pour exiger la démission du président Morsi. C’est dans ce contexte qu’un coup d’Etat militaire eut lieu le 3 juillet.

En réaction, les partisans du président déchu occupèrent deux grandes places du Caire. La période étant celle du ramadan, l’armée laissa faire.

Le 26 juillet se déroula une immense manifestation destinée à donner à l’armée « mandat pour combattre le terrorisme » et pour déloger les partisans du président Morsi qui occupaient l’espace public en terrorisant le voisinage.

L’armée programma alors une intervention graduée mais le 13 août, de très violents affrontements opposèrent pro et anti Morsi. L’exaspération de la majorité des Egyptiens était en effet telle que des milices civiles anti-islamistes commençaient à attaquer les rassemblements pro Morsi. Il fallait donc agir rapidement afin d’éviter une guerre civile.

Le mercredi 14 août, près avoir plusieurs fois sommé les  occupants des places Rabaa al-Adawiya et Nahda de se disperser, la police, soutenue par l’armée intervint avec « vigueur ». Certains occupants n’hésitèrent pas à ouvrir le feu sur les forces de l’ordre qui eurent à déplorer plusieurs morts et blessés ; sans commune mesure toutefois avec les 600 morts  et  les 3000 blessés relevés parmi les  islamistes. Des incidents éclatèrent également dans les principales villes de province.L’Egypte étant aujourd’hui au bord de la guerre civile, existe t-il un risque d’évolution vers une situation de type algérien ou syrien ?Il faut bien avoir à l’esprit que quatre grandes différences existent entre ces trois pays :

1) La première  est d’ordre géographique. A l’exception du Delta, l’Egypte n’est peuplée que le long de son étroit cordon alluvial, tout le reste est désert ou oasis facilement contrôlables.

2) À la différence de l’Algérie, il n’y existe pas de vastes zones de montagne propices à la création de maquis.

3) À la différence de la Syrie, il n’y existe pas de zones confessionnelles en damier, car ici, en dehors des 10% de chrétiens coptes mélangés à la population musulmane, tous les Egyptiens sont sunnites.

4) D’éventuels jihadistes ne disposeraient pas de base arrière comme l’est la Turquie pour les révolutionnaires syriens. A l’Ouest, vers la Libye côtière, plusieurs centaines de kilomètres de désert forment tampon. En cas de problème, l’armée égyptienne pourrait facilement intervenir contre d’éventuelles bases libyennes avec le meilleur accueil des populations de Cyrénaïque qui subissent le joug des jihadistes. A l’Est, Israël ne pourra évidemment pas constituer une base jihadiste, quant au confetti de la bande de Gaza, il peut être étranglé en quelques instants. Au sud, le Soudan ne tient pas à être impliqué dans un mouvement incontrôlable.

En cas d’insurrection jihadiste  le sud-ouest pourrait en revanche poser problème avec la zone grise située dans le sud de la Libye et ses prolongements au Tchad et vers la RCA et le Nigeria. Nous en revenons ainsi à la question sahélienne dont j’ai longuement parlé dans de précédentes analyses.

Après la parenthèse révolutionnaire, l’Egypte est donc revenue à la situation antérieure qui est celle de la loi d’urgence, comme entre 1981 et 2012. L’armée a de plus « l’habitude » de réprimer les Frères musulmans ; elle le fit sans états d’âme sous Nasser quand plusieurs dizaines d’entre eux furent pendus en place publique, puis dans les années 1990, quand près de 100 000 furent internés. Aujourd’hui, confortée par les sondages indiquant que la population soutient son action à 82%, l’armée ne peut plus reculer : il lui faut écraser les Frères musulmans ou bien perdre la partie.

Dans ce contexte, l’agitation des chefs d’Etat européens parait tout à la fois décalée et dérisoire. Quant à leurs menaces de sanctions, elles sont tout simplement ridicules. L’armée égyptienne peut en effet compter sur l’aide financière illimitée de l’Arabie saoudite et des Emirats qui viennent d’ouvrir au général Abdel Fattah al-Sissi une première ligne de crédit sans intérêt équivalent à dix années d’aide américaine… A travers le soutien à l’armée égyptienne, les pétromonarchies règlent un double compte, à la fois contre les Frères musulmans qui ont juré leur perte, et contre le Qatar, leur principal allié. Comme la grenouille de la fable, ce dernier, qui a voulu se faire aussi gros que le bœuf a fini par indisposer le grand frère saoudien par son interventionnisme brouillon et ses appétits démesurés.

Pour une étude à la fois globale et détaillée du printemps arabe en Afrique du Nord, je conseille la lecture de mon nouveau livre « Printemps arabe. Histoire d’une tragique illusion (Egypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, 2010-2013). Ce livre édité par l’Afrique réelle n’est pas en vente dans le commerce. Le  bon de commande figure sur ce blog.

Bernard Lugan

http://bernardlugan.blogspot.be/

Egypte : les pro-Sisi, les pro-Morsi et les autres


Egypte Mersa MatruhUne photo qui circule sur la toile qui a de quoi surprendre, si elle s’avère ne pas être un fake. Elle a été postée sur Twitter et est en train de faire un buzz. Elle a été prise par un photographe inconnu dans la ville de Mersa Matruh, situé au Nord-ouest du Caire, sur la Méditerranée. Des vacanciers à la plage en Egypte avec des colonnes de fumée en arrière plan. La plage, très hautement fréquentée d’après cette image, alors que les violences font rage en Egypte, contraste avec les images que l’on voit depuis quelques jours provenant du Caire.

Qu’en est-il de tout ça ?

Apparemment, ceux que l’on voit ici semblent bien loin de la lutte acharnée pour le pouvoir entre les pro-Morsi et les Pro-Sisi. Eux sont peut-être des pro-Egypte ?

Avic