Archives du mot-clé Frères Musulmans

L’éléphant saoudien dans un magasin de porcelaine arabe


Tribune de Byblos

MAE-Arabie-SaouditePrise dans son obsession de la « menace iranienne », qui l’a conduite à adopter une attitude belliciste vis-à-vis de la Syrie, l’Arabie Saoudite se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, perturbant sérieusement l’environnement politique d’ores et déjà délicat dans le monde arabe. Elle déclenche ce que George Joffé, chercheur au Centre d’Études Internationales de l’Université de Cambridge, qualifiait le 30 décembre dernier de « seconde guerre froide arabe », la première étant celle menée depuis les années 1960 par l’Arabie Saoudite contre le panarabisme égyptien de Gamal Abdel Nasser. Lire la suite L’éléphant saoudien dans un magasin de porcelaine arabe

La perversion des Valeurs par l’inculture arabo-bédouine des monarchies du Golfe


Tribune libre Dierrad Amar

Il y a Kotb ce maitre penseur du désordre dans le monde arabo-musulman. Il y a aussi Ibn Taymmiya et Ibn Abdelwahab. Actuellement c’est le courant wahabo-takfiriste qui commande la pensée de la plupart des musulmans souvent par ignorance. D’où ce désordre sur lequel profitent, en l’encourageant, l’occident et le sionisme pour assurer leurs intérêts et leur domination ! Ils ne trouvent pas meilleurs alliés que les arabo-musulmans eux-mêmes. C’est parce que l’on est inculte, y compris en religion, que l’on suit comme des moutons de Panurge, que l’on se joue de nous. Lire la suite La perversion des Valeurs par l’inculture arabo-bédouine des monarchies du Golfe

Syrie-Iran-Arabie. Nouvel ordre mondial


Tribune libre Byblos

carte-moyen-orient-frLes informations en provenance de mes contacts en Syrie et au Liban confirment mes analyses de géopolitique : le monde bascule dans un nouvel ordre, les pôles de puissance changent entraînant de nouveaux rapports de forces qui s’exercent sur de nouveaux points d’appui.

Le « pivotement » américain vers l’Asie, s’il est exagéré par certains n’en est pas moins réel. Il implique l’apaisement des tensions au Proche et Moyen-Orient en réglant les crises syrienne et iranienne et en mettant un terme aux affrontements chiites-sunnites instrumentés à des fins stratégiques.

L’Iran retrouvera prochainement sa place géostratégique essentielle dans la région, avec la « modération » dans les relations internationales prônée par le Président Rohani dans son discours aux Nations Unies fin septembre. Plusieurs pays l’ont compris qui cherchent à se rapprocher de Téhéran, comme la Turquie et même le Qatar et l’Arabie.

L’islam politique vit son chant du cygne : ce sont des musulmans sincères qui ont renversé Morsi en Egypte le 30 juin dernier. Les Frères Musulmans, organisation longtemps souterraine dans les états arabes, qui a remporté toutes les élections car elle était la seule structurée depuis longtemps et a disposé de puissants moyens financiers des pays du Golfe, est l’expression politique de cette idéologie qui proposait de gouverner au nom de la charia. Ils ont prouvé leur incompétence et leur incapacité à répondre aux aspirations des peuples et à gérer des états modernes : la Tunisie les rejette, de même que l’Egypte et le chaos libyen finira par en faire de même. Les musulmans veulent vivre selon leur foi mais entendent être en harmonie avec le « village mondial ». (Expression de René Girard)

Dans les bouleversements politiques et sociaux du monde arabe, les chrétiens qui étaient présents sur ces terres six siècles avant l’islam, ont un rôle essentiel à jouer pour la cohésion sociale des populations et seront un facteur important des réconciliations nationales partout où des drames ont eu lieu. Les rapprochements entre Patriarches orientaux et Imams dans les pays en crise montrent que les appels du Pape François à l’union des fidèles chrétiens et musulmans répondent à un besoin vital et sont entendus par les populations comme par les dirigeants. Par leurs positions en dehors des rivalités internes aux musulmans, mais profondément patriotes et ancrés dans la vie des pays arabes, ils sont un catalyseur d’harmonie entre les différentes ethnies et confessions de ces pays souvent très composites, notamment la Syrie.

Les islamistes takfiristes restent nombreux, encore soutenus par l’Arabie Séoudite pour les détourner de menacer le royaume des Séoud désormais menacé dans son existence même. Ce sera la tâche la plus ardue d’en finir avec eux après la solution négociée de la crise syrienne. Avec le revirement du Qatar qui cherche à se rapprocher de la Syrie de Bachar el Assad, on assiste à l’isolement des positions séoudiennes et israéliennes. Les deux pays ont d’ailleurs compris qu’ils n’étaient plus les alliés indéfectibles des Etats-Unis qui attendent d’eux des changements de position.

La destruction du stock d’armes chimiques syriennes, constitué pour répondre aux armes de destructions massives israéliennes, notamment nucléaires, biologiques et chimiques, met Tel Aviv en position délicate face aux initiatives pour un PO débarrassé de ces menaces.

L’Arabie est menacée par des dissensions internes à la famille régnante et des irrédentismes qui déboucheraient en une partition possible en trois parties, le nord avec la Jordanie et les Palestiniens, le centre avec le sud du Yémen de l’Hadramaout à la mer, et l’est chiite et pétrolier.

Le terrorisme islamiste international pourra être éradiqué quand il aura perdu ses commanditaires et soutiens, d’autant plus qu’il représente aux yeux des musulmans sincères un véritable blasphème de l’interprétation du Coran. Simultanément au changement de stratégie américaine dans la région, l’Arabie Séoudite va devoir mettre un terme à sa croisade sunnite contre un axe chiite centré sur l’Iran et appuyé sur l’Iraq, la Syrie et le Liban. Il semble d’ailleurs que la brouille avec les Etats-Unis sur la question syrienne amène la monarchie à revoir ses fondamentaux, comme en attestent des visites récentes en Iran. Son refus d’occuper le siège où elle avait été élue à l’AG de l’ONU est à la fois un signe de son irritation et de sa prise de conscience des nouveaux rapports de force dans la région.

En réalité les Etats-Unis ne font qu’accompagner l’évolution du monde comme Chuck Hagel l’avait annoncé avant même sa prise de fonction de Secrétaire d’état à la Défense (voir PJ).

L’Occident dirigé par l’Amérique a fait croire, grâce à un énorme budget de communication, qu’il représentait le bien et la justice et qu’il avait le soutien de la majorité des peuples pour ses aventures guerrières. Mais lors des menaces de frappes occidentales contre la Syrie fin août-début septembre derniers, qu’en réalité Obama n’avait proférées que pour lâcher du lest aux groupes de pression américains, alors qu’il y était hostile au fond de lui en raison des conséquences catastrophiques qu’elles auraient entraînées, et que son Etat-Major connaissait, cette coalition guerrière « occidentale » ne représentait que 800 millions d’habitants, non consultés d’ailleurs sauf les Britanniques qui s’y étaient opposés, contre les quelques 6 milliards du reste du monde soutenant la Russie et la Chine. On sait les artifices qu’il a utilisés pour retarder la décision et ensuite s’engouffrer dans la proposition russe de destruction du stock d’armes chimiques de la Syrie. Simultanément, cette proposition acceptée avec soulagement entérinait la reconnaissance de Bachar el Assad comme Président d’une Syrie chargée de la faire appliquer jusqu’à son terme.

La réunion de la conférence de Genève II pour régler la crise est désormais inéluctable, quelles que soient les manœuvres de ceux qui y sont hostiles comme l’Arabie, et le plus intelligent est de s’en accommoder.

Les organisations rebelles civiles qui s’y opposent ne représentent que quelques poignées de Syriens déracinés et les militaires, comme les brigades Liwad al Tawhidi, Ahrar al Cham, Souqour al Cham sont des organisations terroristes composées majoritairement d’étrangers qui combattent pour un état islamique mondial et n’ont aucune identité syrienne. Les forces de l’Armée Syrienne Libre sont devenues insignifiantes ou ont fait allégeance aux djihadistes, quand elles n’ont pas déposé les armes ou rejoint les forces régulières syriennes.

Quant aux Kurdes, l’Armée syrienne leur a donné la responsabilité de tenir leurs régions et ils s’en acquittent au prix de pertes sévères contre les djihadistes mais ils prennent le dessus de plus en plus.

Simultanément le dossier iranien sera également bouclé, peut-être même avant le syrien qui demande du temps pour régler le sort des takfiristes fanatiques qui sévissent sur le terrain. La reconstruction de la Syrie demandera du temps et beaucoup d’argent, de nombreuses infrastructures ayant été détruites. Mais il n’y a pas de solution sans Bachar et les Américains le savent, même si John Kerry est obligé, lui aussi, de lâcher du lest par des déclarations hostiles ou ambiguës.

Le Liban multiconfessionnel, fragilisé par son voisinage de la Syrie d’où il reçoit plus d’un million de réfugiés de toutes confessions n’a toujours pas de gouvernement pérenne du fait des désaccords attisés par les appuis étrangers des parties prenantes. Cependant les structures étatiques comme l’Armée et la police restent cohérentes et accomplissent leur tâche malgré les difficultés. L’alliance, sans doute majoritaire dans le pays, entre les chrétiens du CPL du général Aoun, le Hezbollah composé principalement de chiites mais pas exclusivement, et le parti Amal de Nabih Berri reste la force politique dominante qui a soutenu le régime en place à Damas Habitués des discussions de diwan pour trouver des compromis, les dirigeants des grandes familles analysent les situations au regard de leurs alliances extérieures et, fins observateurs, ils semblent avoir admis que le régime syrien sortirait vainqueur de la crise et en tirent les conséquences ; le chef druze Walid Joumblatt a récemment apporté son soutien à Nabih Berri pour la formation d’un gouvernement, signe qu’une issue pourrait s’ouvrir, d’autant plus que l’Arabie pourrait la souhaiter aussi et le faire savoir à ses alliés locaux, le chrétien Samir Geagea et le sunnite Saad Hariri.

En l’absence d’état solide, la fragilité du Liban tient à la présence armée forte du Hezbollah, au nom de la résistance à Israël, simultanément avec celle des milices sunnites présentes officiellement pour certaines ou dans les camps palestiniens, qui en sortent pour combattre en Syrie voisine ou dans la région de Tripoli au Nord, faisant déjà plusieurs dizaines de morts, soldats et civils. Ce mélange est dangereux et pourrait exploser dramatiquement si les djihadistes venaient à quitter la Syrie pour attaquer le Hezbollah au Liban. Des menaces sérieuses sont d’ailleurs annoncées sur la FINUL au Sud contre les soldats occidentaux, dont les Français.

La France a tout intérêt à reprendre langue diplomatiquement avec un régime qui sortira vainqueur d’une crise tragique et à utiliser les liens d’amitié qui demeurent malgré tout entre Syriens et Français, ancrés dans des échanges culturels anciens, en dépit des affrontements qui les ont aussi émaillés.

Elle aurait aussi tout intérêt à se rapprocher de la Russie dont la diplomatie toute en finesse a montré son efficacité. La Russie va marquer des points dans le règlement de ce conflit parce qu’elle a su offrir une porte de sortie honorable à la grande Amérique dans une crise où elle s’était embourbée.

Elle défend ses intérêts stratégiques mais aussi tactiques car de nombreux djihadistes sont des combattants tchétchènes qui se retourneront contre elle s’ils le peuvent.

La Turquie, la Jordanie, l’Arabie Séoudite seront les perdants à divers égards du règlement de la crise, de même qu’Israël. Sans doute ces états sauront-ils trouver une nouvelle posture pour limiter les dégâts avec opportunisme et s’adapter aux nouveaux équilibres du monde. Il faut s’attendre que la Chine nouera ou développera des liens avec les pays de la région, elle qui propose des investissements en échange de la fourniture de l’énergie dont elle a besoin pour sa croissance toujours forte.

Alain Corvez

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4025

Syrie : L’administration US crée les conditions favorables au terrorisme ! par Bachar al-Assad


Le Président syrien a accordé une longue entrevue d’environ 2 heures à la chaîne Al-Mayadeen dans la soirée du 21 Octobre. Il a été interrogé par son Directeur, M. Ghassan Ben Jedo. Voici la traduction de certains points essentiels abordés dans la première partie, en réponse aux questions posées.

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bachar-el-assadCe qui s’est passé en Syrie est complètement différent de ce qui a eu lieu en Tunisie ou en Égypte, ne serait-ce que par la férocité de la guerre médiatique, par l’afflux de terroristes venus des quatre coins de la planète toujours soutenus financièrement et militairement, par la coalition de pays occidentaux et régionaux pour porter atteinte à son État… La crise syrienne est passée par des étapes. La première fut celle des manifestations où des individus armés ont tiré sur des manifestants et des forces de police. Ce n’est que six mois après, et alors que ces individus n’avaient pas réussi à « renverser le régime », que s’est concrétisée l’idée de créer et de renforcer les bandes armées terroristes venues de l’étranger. Actuellement nous sommes confrontés à Al-Qaïda et à ses multiples ramifications telles que l’État islamique en Irak et au Levant [EIIL], le Front Al-Nosra, etc. Nous sommes donc en état de guerre contre des terroristes.

Il est normal que différents courants d’opposition existent en Syrie. Mais l’opposition repose sur une formation politique interne qui a une base populaire et un programme politique clair. Elle ne peut dépendre de l’étranger, ni avoir recours à des mercenaires armés, et doit refuser toutes les formes  d’interventions étrangères politique ou militaire ; auquel cas elle relève de l’insurrection armée ou du terrorisme.

Il est évident que l’ingérence de l’extérieur s’appuie sur un dysfonctionnement intérieur. Si tel n’était pas le cas nous n’en serions pas là. C’est pourquoi il est essentiel que nous parlions de notre propre responsabilité en tant que Syriens, car lorsque vous ouvrez votre porte aux voleurs vous êtes quelque part responsables de ce qui vous arrive.

Nombre de propositions ont été avancées au nom de l’opposition et de la réforme, mais vous devez distinguer entre celles qui cherchent sincèrement à réformer et celles qui obéissent à d’autres objectifs inavoués.

Il est de notoriété publique que la Syrie subit des  pressions et des menaces depuis des décennies, y inclus la période qualifiée d’« ouverture à l’Occident », et qu’elle est ciblée à cause de ses prises de position stratégiques – connues de tous – par des pays qui ne possèdent aucun  des attributs de la démocratie.

Dire que la Syrie vit dans un environnement laïc n’implique pas que nous niions l’existence de foyers extrémistes préexistants sur le terrain, mais ces foyers ont considérablement évolué depuis les guerres contre l’Afghanistan et l’Irak. Nous nous sommes opposés à ces guerres en prévenant qu’elles mèneraient à la propagation de ces foyers – encore circonscrits – dans toute la région. La crise syrienne est venue leur servir d’incubateur de croissance.

Les guerres US ont contribué à l’expansion du terrorisme

Suite aux opérations terroristes des Frères Musulmans en Syrie – dans les années 1970 et 1980 – nous avions soulevé la question de la lutte contre le terrorisme, mais personne n’avait voulu en tenir compte. Il n’empêche que lorsque le monde a commencé à s’inquiéter du terrorisme nous n’avons pas hésité à nous allier avec tous les pays qui ont décidé de le combattre, y compris les États-Unis, sans pour autant être en parfait accord avec les moyens mis en œuvre pour ce faire. Ceci, car les États-Unis traitent la guerre contre le terrorisme comme s’il s’agissait d’un  jeu vidéo sur ordinateur : vous frappez l’ennemi dès qu’il se pointe sur votre écran et dix autres apparaissent… L’approche devrait être nécessairement plus globale.

Lorsque vous soutenez le chaos, vous soutenez le terrorisme. Lorsque vous attaquez un État qui combat le terrorisme, vous créez les conditions favorables à l’épanouissement des groupes terroristes. C’est le cas de la politique des USA, de certains pays européens et aussi de certains pays arabes et régionaux. Ils ont contribué intentionnellement ou non à amener Al-Qaïda en Syrie.

Vous me demandez si nous sommes prêts à coopérer avec les États- Unis. Ce n’est pas exclu à partir du moment où nous pouvons travailler dans le cadre de nos intérêts réciproques. Mais l’administration US est fondamentalement égoïste et ne coopère avec quiconque que dans la perspective de ses propres intérêts. Une fois son but atteint, vous n’êtes plus rien. C’est l’évidence même compte tenu de ses relations avec ses ex-alliés comme, par exemple, Pervez Musharraf ou le Shah d’Iran… Par conséquent, celui qui parle de la loyauté de cette administration est dans l’illusion, et ce qui est encore plus illusoire est de penser qu’elle pourrait se soucier  des intérêts des États arabes.

Certes, les États-Unis sont une superpuissance qui influe sur le cours des évènements dans le monde. Coopérer avec eux sur la base d’intérêts communs est normal, mais il est excessivement dangereux de travailler à servir leurs seuls intérêts, et c’est ce qu’ils finissent par exiger.

Nous avons clairement dit et répété que nous n’utilisons pas le terrorisme pour servir nos intérêts pour la bonne raison que nous le considérons comme une bête venimeuse qui finit par vous mordre la peau, une fois que vous l’avez mise dans votre poche. Non, nous n’avons jamais soutenu le terrorisme. Oui, nous nous sommes opposés à la guerre contre l’Irak, mais nous n’y avons pas soutenu les terroristes comme certains le prétendent. La Syrie leur servait de couloir de passage après la traversée clandestine de nos frontières. Nous avons travaillé à les en empêcher mais nous n’avons pas totalement réussi. Et c’est ainsi que le terrorisme s’est vite dirigé vers la Syrie dès le début de la crise. Nous sommes parfaitement conscients que le combat contre le terrorisme n’est pas uniquement une affaire de frontières, mais se mène à l’intérieur du pays aussi bien en Syrie qu’en Irak.

De la guerre du Koweit à la guerre de l’Irak

En Irak, la Résistance est une chose et le Terrorisme en est une autre. Nous constatons que les terroristes d’Al-Qaïda n’y ont jamais mené une seule opération contre les États-Unis et que toutes leurs opérations sont toujours de nature sectaire. C’est la Résistance irakienne qui a lutté contre l’occupation US et c’est elle que nous avons « politiquement » soutenue, sans qu’elle ne nous en demande plus.

Les États-Unis ont tenté de pousser la Syrie à être partie prenante de leur campagne contre l’Irak, usant du bâton et de la carotte. Au minimum, ils ont exigé notre silence, notre position ayant été très claire au sommet de Charm el-Cheikh en Mars 2003, sommet manifestement organisé pour créer une atmosphère propice à leur guerre programmée contre ce pays. Par la suite, la Syrie a dû payer le prix de son opposition à cette guerre.

Alors que les Arabes témoignaient de leur allégeance aux États-Unis, Colin Powell est venu nous trouver pour s’enorgueillir de la manière dont les USA étaient entrés en Irak en quelques semaines et nous exposer la « Loi » censée demander des comptes à la Syrie ; cette Syrie qui n’avait plus un seul ami en ce monde, mise à part cette visite dont il nous gratifiait ! Mais pour autant, nous devions répondre à plusieurs demandes :

  • La première : expulser de Syrie toutes les factions palestiniennes vers n’importe où dans le monde. Nous lui avions répondu que lorsque nous expulsons une personne c’est pour la rapatrier et que dans ce cas précis il faudrait qu’il nous dise si le rapatriement était possible.
  • La deuxième : cesser toute relation avec le Hezbollah et toute forme de soutien à la Résistance libanaise.
  • La troisième, et c’était la plus dangereuse : refuser l’entrée en Syrie à tous les talents scientifiques irakiens, ce qui explique les opérations d’assassinats qui ont visé de nombreux scientifiques en Irak, alors que la Syrie les a accueillis et leur a créé des postes dans ses universités.

Ensuite, il nous a été proposé que les États-Unis lancent le « processus de paix ». Nous avons rappelé que la Syrie avait déjà entendu ce discours lorsqu’elle a participé à la guerre de libération du Koweït et qu’ils se sont dérobés à leurs obligations. Par conséquent, nous considérons que toute promesse des États-Unis est illusoire, car ils n’ont jamais rien fait pour la réussite du processus de paix.

La politique syrienne est celle de ses institutions et reflète les intérêts du peuple syrien. En tant qu’État arabe, nous avons toujours été confrontés à un ensemble de mauvais choix, notre politique consistant à opter pour le moins mauvais. Ce faisant, nous ne nous opposions pas aux intérêts des États-Unis mais nous défendions nos propres intérêts ; notamment dans la phase de la guerre contre l’Irak, que nous avions jugé potentiellement annonciatrice de la propagation du terrorisme et de la partition du pays avec évidemment des effets néfastes sur la Syrie..

Le Président Hafez al-Assad n’a pas coopéré avec les États-Unis au Koweït pour les soutenir alors qu’ils avaient juste besoin d’une couverture arabe, mais pour la libération du Koweït. Sa position était claire, fondée sur l’idée qu’il n’est pas possible qu’un pays arabe occupe un autre pays arabe et qu’il ne fallait pas compromettre les relations futures entre eux.

La coopération avec les États-Unis

Nous avons, nous-mêmes, coopéré avec les services de renseignement des USA dans la lutte contre le terrorisme conformément à nos intérêts. Nous avons aussi coopéré au processus de paix à l’échelon ministériel. La politique syrienne est souple et le fait de défendre ses intérêts légitimes ne signifie pas entêtement.

Le Président Jacques Chirac

Après l’entrée des forces américaines à Bagdad et étant donné que le monde témoignait de son allégeance aux États-Unis, M. Jacques Chirac a estimé que le moment était venu de modifier sa politique à leur égard. Pensant disposer de la carte syrienne, il nous a rendu visite pour nous informer que le Président Bush avait dit que j’étais un « malfaisant » et qu’il fallait que la Syrie et le Président syrien pensent à se protéger de sa grande colère. Ceci dit, il nous a demandé de coopérer au processus de paix avant de nous soumettre « la feuille de route » correspondante. Nous n’avions répondu ni positivement ni négativement ; entre autre, au motif que cette feuille de route ne mettait l’accent que sur le volet palestinien alors que nous étions concernés par la libération du Golan et donc par le « volet syrien ». Suite à notre non-réponse, M. Jacques Chirac a changé radicalement la politique française et a commencé à agir contre la Syrie dès 2004. En accord avec Georges Bush, il a travaillé à faire pression sur la Syrie et à la résolution onusienne pour le retrait de la Syrie du Liban [Résolution 1559] et à tous les événements visant l’État syrien qui ont suivi.

Les débuts de la guerre ouverte

Des armes circulaient en Syrie depuis la guerre en Irak et ont été utilisées dès les premiers jours des événements. Beaucoup d’innocents sont tombés pendant les six premiers mois, mais ce n’est qu’une fois que les images d’individus armés ont commencé à être publiées que la guerre est devenue ouverte. Les Frères Musulmans ont fini par reconnaître que tout ceci était arrivé avec la coopération de l’étranger. Pendant deux années, le Qatar a soutenu et financé les « bandes armées », tandis que la Turquie s’est chargée de leur logistique. Depuis, c’est l’Arabie saoudite qui est entrée en ligne et tout dernièrement la Jordanie.

Les Frères Musulmans

L’une des causes de ce à quoi nous assistons aujourd’hui vient du dérèglement de la relation entre l’arabité et l’Islam. Les premiers à avoir créé cette brèche, dans les années cinquante, sont les Frères Musulmans. Le travail pour la propagation de la foi est important, mais doit être séparé des concepts de l’État et de la politique.

En Syrie existe une opposition syrienne qui s’exprime publiquement sans être poursuivie. Les poursuites concernent essentiellement certains éléments des Frères Musulmans, lesquels sont considérés par la Loi syrienne et l’État syrien comme une organisation terroriste devenue encore plus terroriste que jamais. Nous avons déjà dialogué avec eux suite aux événements des années quatre-vingt, ils ont prouvé qu’ils ne sont pas honnêtes. Malgré cela, nous avons poursuivi le dialogue avec certains d’entre eux, qui sont maintenant délivrés de leur emprise politique. Par conséquent, nous n’avons aucun problème pour dialoguer avec n’importe quelle organisation qui dépose les armes, qui cesse d’acheminer des éléments armés vers notre territoire, et qui arrête de conspirer avec l’étranger.

Depuis les années cinquante, notre expérience des Frères musulmans est une succession interminable de terrorisme. Elle est à ajouter à un autre aspect purement juridique qui interdit les partis fondés sur des bases religieuses ou ethniques, ceci pour des raisons liées à la diversité du peuple syrien. Une vision comparable à celle des Frères Musulmans pourrait tout simplement mener à la dislocation de la Syrie.

Les prétendues désertions de masse

Parler de « désertion » suppose que les désertions aient concerné des institutions, ce qui n’est pas le cas. Il s’agit plutôt d’individus qui ont pris la fuite. Nous pensons que beaucoup ont fui en situation de peur ou à cause des menaces. D’ailleurs, un grand nombre d’entre eux ont décidé de revenir et nous les avons accueillis favorablement. Certains ont repris leur travail au sein des institutions étatiques, d’autres ont rejoint l’Armée nationale, d’autres se sont contentés de l’aider sans s’engager sur le terrain, et d’autres sont tombés sur le champ d’honneur. Tous ceux-là n’ont donc plus eu peur pour leur propre vie.

L’Initiative russe

Concernant « l’Initiative russe pour le désarmement chimique » et la prétendue « panique » qui nous aurait poussé à l’accepter avec « précipitation », le délai entre la déclaration de John Kerry et celle du ministre syrien des Affaires étrangères était d’une heure au grand maximum ; ce qui signifie que l’initiative avait été préparée à l’avance. Il n’y a donc pas de quoi broder sur notre précipitation. Comment aurais-je pu prendre la décision d’accepter les termes d’une telle initiative sur un sujet aussi important et aussi stratégique en si peu de temps et alors qu’un grand nombre de diplomates syriens étaient à l’étranger ? Ce, d’autant plus que John Kerry nous a offert une semaine de délai et que nous aurions pu nous accorder quelques jours de réflexion… C’est plutôt la manière dont John Kerry a abordé le problème qui suggère qu’il ne s’attendait pas à ce que la Syrie accepte l’Initiative russe et qu’il était loin d’imaginer que nous l’avions étudiée et qu’elle avait été préparée bien avant la date de son annonce.

Dire que c’est la solution chimique qui a fait que  les États-Unis ont annulé leur guerre dénote une naïveté ou une étroitesse de vue, parce que les États-Unis sont un État agressif qui peut tous les jours inventer n’importe que prétexte pour justifier la guerre ; comme cela s’est passé pour l’Irak avec Colin Powell et son gros mensonge sur les armes de destruction massive. Autrement dit, si jamais vous pensiez sauver votre peau en acceptant cette initiative, sachez que rien n’empêche les États-Unis de vous inventer un autre prétexte pour relancer les préparatifs de guerre à un quelconque moment plus tard.

Par ailleurs, moins d’une quinzaine de jours avant l’Initiative russe, des amis nous avaient informés de la date et de l’heure précise d’une attaque qui devait avoir lieu le lendemain matin. Nous nous sommes préparés, mais elle n’a pas eu lieu ! Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que si nous devions paniquer c’est avant l’annonce de cette initiative plutôt qu’après.

Enfin,  la Syrie a interrompu la production d’armes chimiques en 1997. Depuis, elle était prête à abandonner ce type d’armement, mais a gardé cette carte pour le moment opportun. Ce moment est arrivé !

La Conférence de Genève 2

À l’heure actuelle, nous n’avons pas de date officielle de l’éventuelle tenue de cette conférence et il n’y a pas de facteurs qui pourraient aider à sa réussite, si nous voulons qu’elle réussisse ! Beaucoup de questions restent en suspens. Quelles seront les forces en présence ? Quelle est leur relation avec le peuple syrien pour que nous puissions discuter ensemble ? Représentent-elles le peuple syrien, une partie du peuple syrien, ou bien la force qui les a fabriquées ? Ont-elles des bases électorales claires en Syrie ? Comment se peut-il que certaines forces prétendent représenter le peuple syrien alors qu’elles vivent à l’étranger et disent contrôler 70 % du territoire syrien sans oser se rendre en Syrie ? La solution doit être une solution syrienne et non la solution étrangère d’une question syrienne. Il nous faut donc connaître les composantes de cette conférence avant d’émettre des réserves sur sa réussite ou son échec.

La solution devra être syrienne et être acceptée par le peuple syrien, que l’étranger l’accepte ou la refuse. De même, la reconnaissance des représentants du peuple syrien, à cette conférence, revient au peuple lui-même. Autrement dit, toute reconnaissance venue de l’étranger ne nous concerne pas. La question ne revient pas à se demander si la conférence aura ou n’aura pas lieu. La question fondamentale est de savoir si cette conférence peut réussir au cas où elle aurait lieu. La Syrie y participera sans conditions lorsqu’elle se tiendra.

Par ailleurs, si cette conférence comporte des décisions débouchant sur l’arrêt du financement des terroristes, le problème syrien sera résolu. À partir du moment où les terroristes ne seront plus fournis en armes et en argent et ne seront plus aidés pour rejoindre le territoire syrien, il n’y aura plus de problème pour résoudre la question syrienne qui n’est pas aussi compliquée qu’on le prétend. Les complications  viennent de l’extérieur de la Syrie, non de l’intérieur. Les complications viennent d’une ingérence étrangère qui nourrit le feu de l’incendie.

M. Lakhdar Brahimi

Ce que nous attendons de M. Brahimi est qu’il se contente de rester dans le cadre de sa mission de médiateur, nécessairement neutre, dans une situation de dialogue entre différentes forces qui se battent sur le terrain sans se charger de missions dictées par d’autres États. Ses deux premières visites en Syrie n’ont pas dépassé le cadre du dialogue et non, il ne m’a fait aucune offre. En revanche, lors de sa troisième visite fin 2012, il a tenté de me convaincre qu’il était nécessaire que je ne me présente pas aux élections présidentielles de 2014. Ma réponse fut très claire : c’est une question qui concerne les Syriens et qui n’admet aucune discussion avec un non-Syrien ! Maintenant puisque vous me demandez si son initiative était dictée de l’étranger, je vous réponds que c’est à lui qu’il faudrait poser cette question.

Ceci dit, votre supposition n’est pas improbable étant donné que les États-Unis et d’autres États ennemis de la Syrie formulent toujours l’idée qui veut que je ne sois pas candidat aux prochaines élections. C’est en effet une étonnante coïncidence que M. Brahimi avance les mêmes propositions mises en avant par ces États… Nous espérons que lors de sa prochaine visite que vous venez d’évoquer, il ne dépassera pas les limites de sa mission.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

21/10/ 2013

Traduction : Mouna Alno-Nakhal

Source : vidéo / Présidence de la République arabe syrienne

Les frères Obama : protecteurs du terrorisme islamique saoudien


 

La vice-présidente de la Haute cour constitutionnelle égyptienne, Tahani al-Gebali, a affirmé lors d’une entrevue à la chaîne Bitna al-Kibir en août dernier que « le frère d’Obama [Malik] est l’un des architectes de la stratégie d’investissements pour le compte de l’organisation internationale des Frères musulmans ». 

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Ahlul Bayt Nouvelles Agence (ABNA) : Selon une traduction faite par Walid Shoebat (un ancien membre des Frères musulmans aujourd’hui activiste pour la paix), al-Gebali a déclaré :

Nous allons faire respecter le droit, et les Américains ne pourront pas nous en empêcher. Nous devons ouvrir les dossiers et initier les procédures judiciaires. L’administration Obama ne peut nous arrêter ; ils savent qu’ils ont soutenu le terrorisme. Nous allons ouvrir les dossiers pour que les nations concernées soient exposées, afin de montrer comment elles ont collaboré avec les terroristes.

Shoebat a indiqué le 5 septembre que plusieurs personnalités médiatiques égyptiennes ont rapporté que Malik Obama, le demi-frère du président américain Barack Obama, fait actuellement l’objet d’une enquête en Egypte concernant son rôle au sein de l’Organisation islamique Dawa (IDO), domiciliée au Soudan, ainsi qu’au sein des Frères musulmans plus généralement.

Des plaintes ont été déposées auprès du procureur général Hisham Barakat, afin que Malik Obama soit placé sur la liste de surveillance des autorités égyptiennes et interrogé sur son rôle dans le financement du terrorisme islamique international.

Malik Obama est le secrétaire exécutif de l’IDO, dont l’objectif est de promouvoir la version Wahhabite saoudienne de l’islam à travers tout le continent africain. Il est probable que l’IDO soit associée l’International Islamic Council for Dawa and Relief (IICDR), qui fédère 86 organisations islamiques, et qui est domiciliée au Caire. Son secrétaire général est Abdullah Omar Nasseef, également président du Congrès islamique mondial, une des principales organisations des Frères musulmans. Nasseef a été également secrétaire-général de la Ligue islamique mondiale (une organisation sponsorisée par l’Arabie Saoudite) et a co-fondé en 1988, avec l’ancien président pakistanais Zia-ul-Haq, le Rabita Trust, le bras financier de la Ligue. Celui-ci a été placé sous enquête par le sénat américain (et plus tard désigné par le Comité Al-Quaïda du Conseil de sécurité des Nation unies comme organisation proche d’Al Quaïda.

La relation qu’entretient le président Obama avec son demi-frère Malik n’est pas distante, puisque les deux ont été le témoin de l’autre au cours de leurs mariages respectifs, et que Malik Obama s’est rendu à la Maison Blanche à plusieurs occasions.

Malik Obama dirige également la Fondation Barack H. Obama, qui a été dénoncée pour avoir collecté des fonds déductibles d’impôt sur internet entre 2008 et 2011 alors qu’elle ne bénéficiait pas du statut requis pour le faire. Cette situation a été régularisée en juin 2011, suite à des interventions appropriées, avec en prime un effet rétroactif couvrant les irrégularités jusqu’en 2008.

La famille Obama dispose également d’une deuxième fondation, la Mama Sarah Obama Foundation. Celle-ci accorde des bourses pour l’étude de la charia auprès de trois écoles spécialisées en ce domaine en Arabie Saoudite : l’Ecole Umm al-Qura, l’Université islamique de Médine et l’Université islamique Imam Muhammad bin Saud de Riyad.

Rappelons pour terminer que Saad al-Shater, le fils du dirigeant des Frères musulmans emprisonné Khairat al-Shater, avait déclaré en août dernier détenir des preuves susceptibles d’« envoyer Obama en prison ». Il avait affirmé par la suite que le président Barack Obama avait envoyé une délégation au Caire pour faire libérer son père et d’autres personnalités dirigeantes des Frères musulmans, afin d’empêcher la publication de documents explosifs pouvant incriminer tant Obama que les Etats-Unis. Saad al-Shater fut arrêté par les autorités égyptiennes les 28 août.

Ces nouveaux événements nous permettent de mieux comprendre pourquoi l’administration Obama s’est évertuée, malgré la promesse formelle faite par Barack en 2009 aux famille des victimes des attentats du 11 septembre 2001, à obstruer les efforts de ces familles pour obtenir la publication du chapitre de 28 pages du rapport de la Commission d’enquête conjointe du Congrès documentant, selon les informations disponibles, le rôle de l’Arabie Saoudite dans ces attentats.

Une campagne de plus en plus médiatisée est en train d’émerger pour obtenir la publication de ces 28 pages, avec la formation récente d’une association baptisée « Les familles du 11 septembre unies pour mettre le terrorisme en faillite » (9/11 Families United to Bankrupt Terrorism). Ce groupe appelle le président Obama à respecter sa promesse et bénéficie du soutien de deux quotidiens de Floride, le Miami Herald et le Sarasota Herald-Tribune.

Une requête auprès d’une tribunal fédéral a été déposée, afin d’obliger le FBI à obtempérer aux requêtes de déclassification faites par diverses personnalités et associations sous l’égide de la Loi d’accès à l’information.

On comprend mieux maintenant pourquoi les intérêts saoudiens associés à la famille Bush ont trouvé en 2008 en Barack Obama un allié fiable dans la défense de leurs intérêts ; et pourquoi ils se sont mobilisés, à l’échelle internationale, pour que celui-ci devienne le digne successeur de Bush à la Maison-Blanche.

http://abna.ir/data.asp?lang=8&Id=470456

« Egypte et Israel partenaires dans le crime » par Jonathan Cook


Tribune libre Almutanabi Jasmin

626112_des-soldats-egyptiens-deployes-a-la-frontiere-entre-la-bande-de-gaza-et-l-egypte-le-21-mai-2013L’analyse de Jonathan Cook sur le nouveau partenariat entre les régimes israélien et égyptien pour étrangler Gaza.

Après avoir décrit les conséquences dramatiques, pour la population de Gaza, du renforcement du blocus de Gaza par l’armée égyptienne, Jonathan Cook écrit ceci dans Counterpunch :

« Bien à propos, un nouveau dessin dans un journal du Hamas montrait Gaza serré entre des tenailles – une branche étant Israël, l’autre l’Égypte. Sami Abu Zuhri, porte-parole du Hamas, aurait dit récemment que l’Égypte « essayait de l’emporter sur les Israéliens en tourmentant et en affamant notre peuple ».

Le Hamas manque d’alliés dans la région. Son chef, Khaled Meshaal s’est enfui de sa base en Syrie au début de la guerre civile, ceci lui aliénant l’Iran. D’autres nouveaux alliés, tels que la Turquie et le Qatar, gardent leurs distances.

Le Hamas craint le mécontentement grandissant à Gaza, spécialement une manifestation prévue pour novembre, qui se modèle sur les protestations de masse de cet été en Égypte, qui ont contribué à faire tomber Morsi et les frères Musulmans.

Le rival politique du Hamas, le Fatah – et l’Autorité Palestinienne (AP), basés en Cisjordanie – seraient derrière le nouveau mouvement de protestation.

Les efforts prolongés du Fatah et du Hamas pour conclure un accord d’unité sont maintenant un souvenir lointain. À la fin du mois d’août, l’AP a annoncé qu’elle allait bientôt prendre des « décisions pénibles » au sujet du Hamas, ce qui semble faire allusion à une déclaration selon laquelle il deviendrait « entité voyou ». De ce fait, les fonds seraient coupés.

L’AP considère l’isolement du Hamas et ses propres relations renouvelées avec les dirigeants égyptiens comme une occasion de reprendre Gaza.

Comme toujours, Israël est loin d’être un innocent spectateur.

Après la période troublante du gouvernement des Frères Musulmans, les armées égyptiennes et israéliennes – leurs intérêts stratégiques ayant toujours été alignés – ont rétabli leur coopération de sécurité. Selon les comptes rendus des médias, Israël a même fait pression sur Washington à la suite du coup d’État de juillet, pour s’assurer que l’Égypte continue à recevoir de généreuses subventions des USA – comme c’est le cas pour Israël, sous forme d’aide militaire.

Israël a fermé les yeux quand l’Égypte a déployé en grand nombre troupes, chars et hélicoptères dans le Sinaï, en violation du traité de paix de 1979. Israël préfèrerait éliminer la menace islamiste dans leur voisinage commun.

En même temps, la destruction des tunnels a bouché la canalisation principale permettant au Hamas de s’armer contre de futures attaques israéliennes.

Israël se réjouit également de voir le Fatah et le Hamas manœuvrer l’un contre l’autre et se vider de leur énergie. L’unité politique aurait renforcé la cause des Palestiniens auprès de la communauté internationale ; tant qu’ils sont divisés, on peut les jouer l’un contre l’autre.

Ce jeu cynique bat son plein. La semaine dernière, pour la première fois depuis six ans, Israël a autorisé l’entrée à Gaza de matériaux de construction à usage privé, et aussi de combustible. Une canalisation d’eau vient d’être approuvée et doublera l’approvisionnement en eau pour Gaza.

Ces mesures sont destinées à améliorer l’image de marque de l’AP à Gaza, pour la remercier de retourner aux présentes négociations futiles, et à réduire le soutien pour le Hamas.

Du fait que l’Égypte s’associe au blocus, Israël peut maintenant contrôler plus fermement ce qui entre et sort. Il est ainsi en mesure de punir le Hamas tout en embellissant son image à l’étranger en se montrant généreux avec des gestes « humanitaires » envers la population en général.

Gaza dépend encore une fois des bonnes grâces d’Israël. Mais même les analystes israéliens admettent que la situation est loin d’être stable. Tôt ou tard, quelque chose doit lâcher. Hamas ne sera peut-être pas le seul à être pris dans la tempête. »

Source : http://www.counterpunch.org/2013/10

Traduit par Chantal C.

Egypte: Dans l’oeil du cyclone – Andre Vltchek


Bâtiment du gouvernement incendié au Caire.
Bâtiment du gouvernement incendié au Caire.

Ils disent que des milliers de personnes sont mortes pendant et après le  coup d’Etat du 3 Juillet 2013 en Egypte. Les chiffres semi-officiels et ceux des conservateurs parlent de 1.600 victimes.

Une fois de plus les gens disparaissent, des gens meurent. Durant les manifestations, des tireurs d’élite ont été positionnés sur les toits des grands immeubles au Caire et à Alexandrie. La peur est partout.

Dans toute la région, une grande vague de répression est en cours. Les alliés des Occidentaux arrêtent et assassinent l’opposition : en Egypte, en Turquie, au  Bahreïn et en Arabie Saoudite …

Il est largement admis, au moins parmi ceux qui sont encore dans la résistance, que le président Morsi, leader des Frères musulmans, a trahi la révolution. Puis, alors que les protestations populaires secouaient le Caire, Suez, Alexandrie et d’autres parties du pays, l’armée égyptienne est ‘’intervenue’’, effectuant ce qui a été qualifié en Occident comme« coup d’Etat sans effusion de sang ».

A cette époque, certaines personnes se sont réjouies, même les plus pauvres, mais seulement pour un temps extrêmement court. Les meurtres ont commencé presque immédiatement, et les chars ont pris position dans tout le pays.

Non seulement l’armée n’avait pas l’intention de ramener la révolution sur une voie socialiste (ou au moins une certaine orientation sociale),  mais il est vite devenu évident qu’elle était en train de faire revenir le pays, essentiellement et rapidement, vers le régime de Moubarak.

Ce n’est pas très étonnant puisque l’armée égyptienne bénéficie d’un énorme soutien financier et idéologique de l’Occident, depuis des années et des décennies.

***

Cette fois, j’ai passé une semaine avec les membres de l’opposition égyptienne, principalement avec l’Organisation Socialiste Révolutionnaire. J’ai également visité certaines manifestations des Frères musulmans à Alexandrie, au cours desquelles, deux personnes ont perdu la vie.

Il s’agit clairement d’un moment inquiétant pour le pays. À peu près tout peut arriver à tout moment. Les répressions brutales des forces armées deviennent presque une routine quotidienne. Des centaines de personnes meurent chaque semaine.

Mais le peuple égyptien est fort et déterminé. Ils ne sont pas toujours idéologiquement prêts (résultat de plusieurs décennies de lavage de cerveau par le régime de Moubarak), mais au moins ils se rendent compte qu’ils sont pauvres, trompés et exploités. Beaucoup d’habitants de taudis, qui ont d’abord soutenu le coup d’Etat militaire, se retournent maintenant contre le pouvoir des forces armées. Les gens veulent, ils exigent, la justice sociale.

Dans notre récent entretien, Noam Chomsky a dit que l’Egypte et d’autres pays de la région en sont là où l’Amérique latine était il y a quelques années.

Dans le passé, l’Egypte se déplaçait sur une trajectoire patriotique et socialiste, mais les forces impérialistes étrangères l’ont déraillée.

Aujourd’hui, à nouveau, il y a une chance que le processus interrompu il y a plusieurs décennies, puisse reprendre. Mais il est clair que le régime et ses institutions ne vont pas disparaître du jour au lendemain, sans un combat brutal.

En fin de compte, la vraie révolution peut revenir, et elle peut triompher. Mais des milliers d’Egyptiens devront peut-être mourir durant le processus, en luttant pour un monde meilleur.

 

Harangue des manifestants.
Harangue des manifestants.

 

Sans-abri à la place Tahrir au Caire.
Sans-abri à la place Tahrir au Caire.

 

Les visages des Frères musulmans à Alexandrie.
Les visages des Frères musulmans à Alexandrie.

 

Une des innombrables institutions militaires.
Une des innombrables institutions militaires.

 

Mariage égyptienne pendant le soulèvement national.
Mariage égyptienne pendant le soulèvement national.

 

Bâtiment détruit à côté du mur du Caire.
Bâtiment détruit à côté du mur du Caire.

 

Scène de rue au Caire.
Scène de rue au Caire.

 

".. Et ensuite ils y vont et ils meurentr."
« .. Et ensuite ils y vont et ils meurent. »

 

Barre de fer et Frères musulmans à Alexandrie ; des durs.
Barre de fer et Frères musulmans à Alexandrie ; des durs.

 

Logements pour classes moyenne selon les normes locales.
Logements pour classes moyenne selon les normes locales.

 

Frères musulmans à Alexandrie - et ils y vont!
Frères musulmans à Alexandrie – et ils y vont!

 

Près de la place Tahrir.
Près de la place Tahrir.

 

Militaires omni-présents.
Militaires omni-présents.

 

Manger à l'extérieur.
Manger à l’extérieur.

 

Une ville en paix ?
Une ville en paix ?

 

Recrutement de nouveaux jeunes membres de l'Organisation Socialiste Révolutionnaire.
Recrutement de nouveaux jeunes membres de l’Organisation Socialiste Révolutionnaire.

 

Contrôle dans les rues au Caire ... ces jours-ci.
Contrôle dans les rues au Caire … ces jours-ci.

 

Un mur au Caire, protégeant  l'ambassade américaine.
Un mur au Caire, protégeant l’ambassade américaine.

 

Des jeunes qui protestaient contre la disparition d'un militant.
Des jeunes qui protestaient contre la disparition d’un militant.

 

De quoi ont-ils peur?
De quoi ont-ils peur?

 

Wassim Wagdy l'un des leaders de l'organisation socialiste révolutionnaire.
Wassim Wagdy l’un des leaders de l’organisation socialiste révolutionnaire.

 

Murs de protection des édifices gouvernementaux.
Murs de protection des édifices gouvernementaux.

 

Deux figures de l'opposition.
Deux figures de l’opposition.

 

Un dur à cuire de chez les Frères musulmans.
Un dur à cuire de chez les Frères musulmans.

 

C’était normalement une station de métro.
C’était normalement une station de métro.

 

Ils veulent le retour de Morsi.
Ils veulent le retour de Morsi.
L'émeute des Frères musulmans à Alexandrie.
L’émeute des Frères musulmans à Alexandrie.

 

Ce jour-là, deux personnes sont mortes ...
Ce jour-là, deux personnes sont mortes …

 

Andre Vltchek

Traduction par Avic

http://www.counterpunch.org/2013/09/17/egypt-in-the-eye-of-the-storm/

Le grand perdant des évènements égyptiens


la-libre-circulation-des-personnes-sera-desormais-possible-entre-l-egypte-et-la-bande-de-gaza-au-niveau-de-rafah-afp-said-khatibPendant que les FM égyptiens envahissent les places et les mosquées, que les militaires de Morsi répriment dans le sang et que des mercenaires du Sinaï font tout pour attirer la vindicte par des actes terroristes et tentent désespérément de se faire assimiler aux FM (ce qui est allègrement fait par certains), le monde autour continue son bonhomme de chemin, comme si cette agitation meurtrière égyptienne n’était rien d’autre … que de l’agitation.

En Syrie, il n’y a aucun impact. Pourtant, on parle bien de l’Egypte, l’un des principaux pays arabes et du Proche-Orient. On aurait pu croire que le moindre éternuement dans le pays des pharaons aurait eu des répercussions dans toute la région et dans le monde arabe. On se souvient de l’arrivée de Morsi au pouvoir. On allait voir ce qu’on allait voir, selon ce qu’il allait faire ou dire. Il n’a eu aucun effet sur la Syrie. Les choses se passaient ailleurs, avec d’autres protagonistes. La situation à Gaza et en Palestine n’a pas bougé d’un iota.  Morsi a été une parenthèse.

Nous voilà revenu à la case départ, mais avec un maximum de bruits, trop de bruit, pourrait-on dire, savamment orchestré, semble-t-il. Qu’est-ce qui change avec cette nouvelle situation ? Pour la Syrie, rien. Bachar Al Assad continue son combat, appuyé par les mêmes alliés, contre les mêmes mercenaires avec leurs ‘’Allah Akbar’’ pour les vidéos, eux-mêmes avec leurs mêmes appuis à peine remaniés mais avec les mêmes commanditaires. Pour l’Iran, rien de changé, non plus, malgré un changement de président. Pour l’ensemble des monarchies du Golfe, seul le chéquier a changé de mains. Mais ça c’était déjà là un peu avant ce qui se passe aujourd’hui en Egypte.

Puisque rien n’a changé ou presque, à quoi rime tout ce boucan autour d’un général encore inconnu il y a un mois et des frères musulmans que l’on fait mine de découvrir (après Caroline Fourest et BHL) alors qu’ils sont là depuis près d’un siècle ? Diversion ou manipulation ? Il n’y a jamais de boucan médiatique gratuit, surtout dans cette partie du monde. Et l’on constate que si les évènements n’ont aucune conséquence sur la région, le tapage, lui, en a.

Tout tend à donner une confirmation à une campagne qui a commencé il y a longtemps, campagne axée sur le ‘’danger islamiste’’. Qu’ils soient armés de bombes, de ceintures d’explosifs, de fatwas meurtrières et souvent biscornues, de désirs soudains de charia, ils ont tout fait pour nous montrer de quoi ils étaient capables. Qui, en dehors de ceux qui l’organisent, ne dénoncerait pas cette barbarie ? En la condamnant les manipulateurs s’arrangent pour que cette condamnation déborde sur tous ceux qui, de près ou de loin ont un rapport quelconque avec ces gens. Même pays, même race, même religion, etc… tout en prenant soin de dire qu’il ne faut pas faire d’amalgame.

Et, effectivement, chez ces manipulateurs, il n’y a pas d’amalgame. Ce ne sont pas les musulmans qui sont vraiment visés. Il n’est même pas sûr que l’Islam, en tant que religion soit en cause. A-t-on jamais entendu parler des religions de l’Emir du Qatar ou du Roi Abdallah d’Arabie, pourtant gardien des lieux saints musulmans ? A-t-on vu mentionner une seule fois dans les médias la religion de Mahmoud Abbas ? On pourrait presque penser, d’après les portraits que l’on nous en fait, qu’ils sont laïcs ou même athées. A croire aussi qu’il y a des palestiniens non musulmans (les gentils, quoique un peu turbulents parfois), ceux de Cisjordanie, et les islamistes de Gaza, qui sont gouvernés par de méchants islamistes parce que frères musulmans. Il se trouve que la résistance palestinienne se trouve principalement à Gaza, même si elle a pu souvent servir de prétexte et même d’outil pour les desseins d’Israël. Voici donc le Hamas redevenu islamiste parce que frère musulman. Si les problèmes égyptiens se répandaient jusqu’à Gaza, les gazaouis auront du souci à se faire. Ils seront tous assimilés à des islamistes, donc terroristes. N’est-ce pas ce qu’a toujours martelé Israël depuis des années, en chœur avec nos salonards de Paris ?

Pendant ce temps, John Kerry organise les négociations israélo-palestiniennes, comme si rien ne se passait à côté. Négocier quoi au juste ? Personne au monde ne croit en ces négociations, ni même ne voit sur quoi elles peuvent porter. On voit juste que cette mise en scène coïncide avec les évènements égyptiens qui comportent eux-mêmes plusieurs volets synchronisés, le tout dans une sorte de symphonie moyen-orientale dans laquelle la Palestine et les palestiniens tiennent une place centrale. Si le Hamas paie les pots cassés de la révolte égyptienne, que deviendra Gaza ? Quel lièvre John Kerry nous sortira-t-il alors de son chapeau pour faire avancer les choses ?

Si nous n’attendons rien des négociations, nous savons aussi que Kerry ne fait pas tous ces va-et-vient juste pour faire du tourisme. Tous ces millions et toutes ces énergies ne sont pas dépensés pour le plaisir, sans compter tout le temps consacré aux diverses rencontres. Il y a bien des recherches de solutions, mais toujours avec Israël comme centre de toute solution. Le remodelage du grand Moyen-Orient, avec toutes ses aventures guerrières mortelles, en fait certainement partie. Ne cherche-t-on pas à reproduire le vieux slogan : ‘’Une terre sans peuple pour un peuple sans terre’’, mais cette fois à l’envers ? Le peuple sans terre serait, cette fois, les palestiniens. La terre sans peuple pourrait être le Sinaï, à défaut de ne pouvoir être une partie de la Syrie remodelée. Cela a marché une fois, pourquoi pas une deuxième fois ?

En attendant, quels que soient les projets et objectifs des acteurs de la région, il y en a un qui doit se sentir mal à l’aise dans ses souliers, le Hamas. D’un côté, il perd un soutien de poids par la disparition des FM en Egypte, et de l’autre, il se retrouve à nouveau assimilé de facto à des terroristes actifs purs et durs du style de ceux qui sévissent en Syrie. Et pour bien l’étayer, on va rappeler les aventures de Khaled Mechaal. Le brouillage cacophonique fera le reste. Et les gazaouis dans tout ça ? Nous ne devrions pas tarder à savoir ce qu’on leur réserve. N’est-ce pas Mister Kerry ?

Avic

Le nouvel Axe du Mal – Pepe Escobar


Dotz29.10.12-1J’ai fait valoir que ce qui vient de se passer en Egypte est un bain de sang qui n’est pas un bain de sang, mené par une junte militaire responsable d’un coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat, sous couvert d’une «guerre contre le terrorisme » en Egypte. Pourtant, ce gambit novlangue – qui pourrait facilement avoir été écrit à la Maison Blanche – n’est qu’une partie du tableau.

Au milieu d’un épais brouillard de déclarations et de programmes concurrents, un fait surprenant se démarque. Un sondage il y a seulement 10 jours par le Centre égyptien pour les études sur les médias et l’opinion publique avait déjà montré que 69% des égyptiens étaient contre le coup d’Etat militaire du 3 Juillet orchestré par le Pinochet-esque Abdel Fattah al-Sisi.

Ainsi, le bain de sang qui n’est pas un bain de sang ne peut absolument pas être considéré comme légitime – à moins d’une coterie privilégiée des Moubarakistes (la soi-disant fulool), un bouquet d’oligarques corrompus et « l’État profond» contrôlé par l’armée égyptienne.

Le gouvernement des Frères musulmans (FM) dirigé par Mohamed Morsi a peut-être été tout à fait incompétent – en essayant de réécrire la constitution égyptienne, favorisant les fondamentalistes purs et durs, et s’avilissant en courbettes devant le Fonds monétaire international. Mais il ne faut pas oublier le fait que cela a été couplé avec un sabotage permanent, tous azimuts par « l’état profond ».

Il est vrai que l’Egypte était – et reste – au bord de l’effondrement économique, le bain de sang qui n’est pas un bain de sang n’a fait que suivre le changement des signataires des chèques, le Qatar remplacé par l’Arabie Saoudite (et les Emirats arabes unis). Comme Spengler a démontré sur ce site (voir déplace de la guerre civile de l’islam en Egypte , Asia Times Online, 8 Juillet 2013), l’Egypte restera une république bananière sans les bananes et dépendante des étrangers pour tout, même pour manger. Le désastre économique ne va pas disparaître- le ressentiment cosmique des FM, non plus.

Le gagnant, en l’état, est l’axe Maison des Saoud / Israël / Pentagone. Comment ont-ils réussi ?

En cas de doute, appelez Bandar

En théorie, Washington avait gardé le contrôle  (relatif)  à la fois des FM et de l’Armée de Sisi. Ainsi, en surface c’est une situation gagnant-gagnant. Dans l’essentiel, les faucons de Washington sont pro-armée de Sisi, tandis que les «impérialistes libéraux» sont pro-FM; la couverture parfaite, parce que les FM sont islamiques, indigènes, populistes, économiquement libéraux, ils veulent travailler avec le Fonds monétaire international, et n’ont pas menacé Israël.

Les FM n’étaient pas exactement un problème, ni pour Washington ni pour Tel-Aviv, après tout alliés de l’ambitieux Qatar qui était là comme un tampon. La politique étrangère du Qatar, comme chacun sait, se résume à faire le supporter des FM partout.

Aussi Morsi a dû avoir franchi une ligne rouge assez grave. Cela pourrait avoir été son appel aux sunnites Egyptiens à se joindre au jihad contre le gouvernement Bachar al-Assad en Syrie (même si c’est officiellement en phase avec la politique de « Assad doit partir » de Barack Obama). On pourrait dire que c’est sa poussée à installer une sorte de paradis djihadiste du Sinaï jusqu’à Gaza. Le Sinaï, à toutes fins pratiques, est géré par Israël. Alors, ça pointe vers un feu vert pour le coup d’état à la fois du Pentagone et de Tel-Aviv.

Tel-Aviv est totalement à l’aise avec l’Armée de Sisi et les supporters saoudiens de la junte militaire. La seule chose qui compte pour Israël est que l’armée Sisi fera respecter les accords de Camp David. Les FM, d’un autre côté, pourraient entretenir d’autres idées dans un proche avenir.

Pour la Maison des Saoud, en revanche, cela n’a jamais été une situation gagnant-gagnant. Les FM au pouvoir en Egypte étaient un anathème. Dans ce triangle fatidique – Washington, Tel Aviv et Riyad – ce qui reste à établir c’est de savoir qui a été le plus rusé dans ce jeu de dupes.

C’est là que s’intègre l’acte de l’Incroyable Disparition du Qatar. La montée et la (soudaine) disparition du Qatar des projecteurs de la politique étrangère est strictement liée à l’absence de leadership actuel dans le cœur de ce qui s’est auto-défini comme « l’arc d’instabilité» du Pentagone. Le Qatar était, au mieux, un extra dans un blockbuster – compte tenu des dérives de yo-yo de l’administration Obama et que la Russie et la Chine ne font que jouer un jeu d’attente.

Cheikh Hamad al-Thani, l’émir qui a fini par se destituer lui-même, est clairement allé trop loin, non seulement en Syrie mais aussi en Irak ; il ne finançait pas seulement les filiales FM mais aussi les djihadistes purs et durs à travers le désert. Il n’y a pas de preuve concluante parce que personne, ni à Doha ni à Washington ne parle, mais l’émir a certainement été «invité» à se déposer lui-même. Et ce n’est pas par accident si les «rebelles» syriens ont été entièrement pris en charge par la Maison des Saoud, via Bandar Bush, alias le prince Bandar bin Sultan qui a spectaculairement refait surface.

Ainsi, les gagnants une fois de plus étaient les Saoudiens – alors que l’administration Obama calculait que les FM et la nébuleuse al-Qaïda disparaîtraient dans l’oubli en Syrie. Cela reste à voir ; il est possible que l’Egypte à partir de maintenant puisse attirer un grand nombre de djihadistes de Syrie. Encore, ils resteraient dans la région MOAN (Moyen-Orient-Afrique du Nord).

Quant à Sisi, il a été assez intelligent pour saisir le thème «terrorisme» et à titre préventif assimiler les FM avec Al-Qaeda en Egypte, ouvrant ainsi la scène pour le bain de sang qui n’est pas un bain de sang. Dans le fond on peut dire que l’administration Obama a en fait sous-traité la majeure partie de sa politique au Moyen-Orient à la Maison des Saoud.

Choisissez votre axe

Deux jours seulement avant le bain de sang qui n’est pas un bain de sang, le chef d’état-major interarmées, le général Martin Dempsey était en Israël en compagnie du général Benny Gantz, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, discutant des proverbiales « menaces qui pourraient provenir de la région – pour le monde et pour nous – et comment nous pouvons continuer à travailler ensemble pour rendre nos deux pays plus sûrs ». Il est impensable qu’ils n’aient pas discuté de la façon dont ils bénéficieraient de bain de sang qui n’est pas un bain de sang qui se prépare.

Au même moment, le ministre israélien de la Défense Moshe Yaalon annonçait pompeusement un nouvel « axe du mal », l’Iran, la Syrie et le Liban. Cela implique Téhéran, Damas et, de manière significative, Beyrouth dans son ensemble (pas seulement les chiites prédominant dans les banlieues sud). Ya’alon a explicitement dit à Dempsey : il leur est « interdit » de gagner la guerre civile en Syrie.

Considérant que la CIA elle-même a jugé que la guerre civile en Syrie était la « plus grande menace » pour la sécurité nationale américaine dans le cas où des groupes style Al-Qaïda et leurs copies prendraient le relais dans une éventuelle situation post-Assad, et qu’en même temps Washington est extrêmement réticent à arrêter « de piloter les évènement en sous-main », on peut penser qu’Israël pourrait être tenté de préparer une autre invasion du Liban. Le toujours vigilent Sheikh Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a déjà parlé de cette possibilité.

Ensuite, Dempsey est allé en Jordanie – qui abrite déjà près de 1000 soldats américains, des F-16 avec leurs équipages, et un éventail de missiles Patriot. Le discours officiel est que le Pentagone veut aider Amman avec « les techniques de contrôle des frontières », usant de ces acronymes favoris du Pentagone, ISR («intelligence, surveillance et reconnaissance»).

Ce n’est qu’un discours. Dempsey est surtout allé surveiller la progression du récent lot de missiles anti-chars, acheté par – qui d’autre – les Saoudiens et fournis par la CIA, via la Jordanie, pour (en théorie) ceux qui ont été sélectionnés comme « bons rebelles » dans le sud de la Syrie. Ces «rebelles», en passant, ont été formés par les forces spéciales américaines à l’intérieur de la Jordanie. Évidemment, Damas va préparer une Contre-attaque à cette offensive de l’axe américain / saoudien / jordanien.

Choisissez votre mal

Il ne reste pratiquement plus aucune «crédibilité américaine» au Moyen-Orient – à l’exception des entités fantoches comme la Jordanie et les élites sélectionnées dans le golfe féodal, ce royaume «démocratique» de la corruption, des mercenaires et des prolétariats importés traités comme du bétail.

Ca n’aide guère que le secrétaire d’Etat américain John Kerry ait recommandé Robert Ford, l’ancien ambassadeur américain en Syrie, comme le prochain ambassadeur américain en Egypte.

La perception est tout. Tous ceux qui ont une opinion éclairée dans le Moyen-Orient identifient immédiatement Ford comme un sinistre animateur d’escadrons de la mort. Son CV avant la Syrie – où il a légitimé les «rebelles» – est imbattable; acolyte du sinistre John Negroponte dans la promotion de l ‘«option Salvador» en Irak en 2004. « L’Option Salvador » est un code pour les escadrons de la mort parrainés par les Etats-Unis, une tactique appliquée la première fois au Salvador (par Negroponte) dans les années 1980 (provoquant au moins 75.000 morts), mais avec des origines profondes en Amérique latine à la fin des années 1960  et durant les années 1970.

Sisi va continuer à jouer son jeu en fonction de son propre plan directeur – renforcer le mythe de la narration que l’armée égyptienne défend la nation et ses institutions alors qu’elle défend ses immenses privilèges socio-économiques. Oubliez la gouvernance civile. Et oubliez toute possibilité de parti – ou mouvement – politique indépendant en Egypte.

Quant à Washington, FM ou «État profond», et même une guerre civile en Égypte – des arabes tuant des arabes, diviser pour mieux régner ad infinitum – c’est très bien, tant qu’il n’y a pas de menace pour Israël.

Avec Israël peut-être en train de ruminer une autre invasion du Liban ; le « processus de paix » de Kerry comme excuse pour plus de colonies en Palestine; Bandar Bush de retour pour pratiquer ses sombres menées ; Compromettre toute solution possible au dossier nucléaire iranien ; l’Égypte dans la guerre civile; la Syrie et l’Irak aussi en train de saigner à mort, ce qui reste est la prolifération certifiée de toutes sortes d’axes, et toutes sortes de mal.

Pepe Escobar

Traduction Avic

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-04-160813.html

Pourquoi tant de haine contre l’Egypte !!!


Image: Egyptian soldiers arrest a female protester during clashes in Cairo's Tahrir Square on SaturdayAujourd’hui l’armée a donné l’assaut contre les frères musulmans, qui ne sont plus des frères musulmans, ni même des égyptiens mais des terroristes voire ‘’la vermine’’ chez certains commentateurs enragés. Comme on pouvait s’y attendre, il y a eu des morts. Beaucoup ? Pas assez ? Compte d’apothicaire qui ne tendra qu’à cacher un peu plus le drame que vit l’Egypte.

J’avoue humblement que j’y perds mon latin, qui était déjà fort mince à force de le perdre ailleurs. Les plus vociférants et les plus haineux sont ceux qui, avec pratiquement les mêmes mots et les mêmes expressions, fustigent les ‘’wahabo-quelque-chose’’ saoudiens qui sponsorisent les tueries qu’ils applaudissent aujourd’hui. J’espère qu’ils sont sincères. Ce ne serait alors que de l’incohérence due à la passion humaine présente en nous tous et qui peut évoluer. S’ils ne l’étaient pas, il y aurait beaucoup de questions à se poser…

Il reste que l’Egypte souffre. Tout d’un coup ce pays se trouve nanti d’un concept nouveau. Il y a un peuple légitime et un peuple illégitime. Sur quelles bases ? De l’extérieur nous n’avons que nos passions pour en décider. Passions que nous croyons nôtres, mais qui sont entretenues de l’extérieur, ‘’à l’insu de notre plein gré’’. Malheureusement, ces passions nous font oublier toutes les incohérences de ces ‘’révolutions’’ égyptiennes, qui mériteraient pourtant que l’on s’y intéresse.

Avic

L’impossible pas en arrière


Tribune libre MARSEILLE ALBATROS

3653857517La situation est sur le point d’atteindre le point de non-retour en Egypte où personne ne semble capable de faire un pas en arrière pour éviter le clash. La détermination – ou la foi pour ceux qui veulent mettre en avant l’aspect religieux – des partisans de Mohamed Morsi a été un élément totalement inattendu. C’est indéniablement le cas pour les militaires qui, tablant sur le soutien, réel, d’une partie des Egyptiens s’attendaient à ce que les Frères musulmans soient mis KO et contraints d’accepter la «place» qu’ils leur offrent. Mais l’ampleur de la contestation contre le coup de force de l’armée et sa durée a probablement surpris aussi les dirigeants des Frères musulmans.

Ces places occupées durant les dures journées du ramadhan avec constance et entêtement les ont aidés à se reprendre politiquement après la destitution de Mohamed Morsi. Ils leur ont même assuré une protection physique contre les arrestations qui ont touché de nombreux autres dirigeants. L’état-major des «Frères» reste ainsi actif dans l’espace réduit de Rabaa Al-Adawiya. Les dirigeants ont pu élargir la contestation du coup de force au-delà de leurs partisans. Mais ce succès a un revers dangereux. Les manifestants qui se rassemblent avec constance sont définitivement dans l’exigence d’un retour de Mohamed Morsi à la présidence et au rétablissement de la Constitution. C’est pour reprendre une formule algérienne «scellé et non négociable».

Les dirigeants des Frères musulmans ne semblent plus pouvoir en mesure de baisser le niveau d’une exigence devenue le leitmotiv des sit-in. Tout recul sur la question entraînerait une réaction de désabusement de la part de ceux qui se mobilisent – et meurent parfois – depuis le 3 juillet dernier. La démobilisation des manifestants serait dangereuse pour les Frères musulmans. Car, qu’ils le veuillent ou non, c’est la digue qui les protège contre la répression et qui les maintient politiquement présents. Même si cela paraît «maximaliste», les membres de l’Alliance pour la légitimité constitutionnelle ne peuvent se permettre de faire un pas en arrière sur ces exigences de rétablissement de la légalité constitutionnelle. L’effort mené par les Américains et l’Union européenne pour amener les Frères musulmans à «avaler la couleuvre» et à s’engager dans la feuille de route du général Al-Sissi s’est clairement heurté à cette conviction que tout pas en arrière serait politiquement fatal.

Le général Al-Sissi et l’armée égyptienne se trouvent exactement dans la même posture. Tout pas en arrière remettrait totalement en cause le poids politique prépondérant de l’armée dans le système égyptien. Y compris sa présence envahissante dans le secteur des affaires. L’impasse égyptienne est clairement dans cette inaptitude des deux forces dominantes du pays à faire un pas en arrière. L’espace de la négociation politique est devenu nul. Seul le rapport de forces prévaut. L’armée a les moyens d’écraser les sit-in du Caire mais en cas de carnage, le cout politique sera exorbitant. Il n’y aura pas de gagnant dans une telle partie. Il n’y aura qu’un grand perdant.

par M. Saadoune

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5186504

Egypte : une partie à trois


A funeral convoy carrying the bodies of four Islamist militants drives through Sheikh Zuweid, in the north of the Sinai peninsulaD’un côté il y a le Général Sisi avec son armée et son gouvernement de transition. De l’autre, les Frères musulmans avec leur leader, Morsi, détenu par l’armée. Les deux camps avec leurs supporters se font face, prêts à en découdre, dans une ambiance malsaine pouvant mener à des affrontements sanglants.

La situation semble tellement simple que l’on a envie de dire : que le meilleur gagne. Mais tout le monde sait que ce n’est pas si simple. On voit bien qu’il y a quelque chose de plus dans l’équation égyptienne et personne ne peut mettre des mots sur cette chose. Outre les mots tabous de ‘’coup d’état’’ que l’on évite soigneusement dans certaines chancelleries et qui tendent à brouiller les évènements, on constate des faits, qui surviennent ici et là, qui viennent complétement démentir la présentation que l’on essaie de donner de ce qui se passe en Egypte.

Les snipers tout d’abord. Leur présence est récurrente tout au long des évènements depuis le début des manifestations populaires. Le problème saillant, c’est que ces snipers ne semblent appartenir à aucun des deux camps. Qui sont-ils ?

Le deuxième hic, aussi troublant, sinon plus, est en rapport avec les ‘’islamistes’’ du Sinaï, dont l’armée égyptienne (ou était-ce l’armée israélienne ?) a tué 4 membres ce week-end. Qui sont-ils ? D’islamistes à frères musulmans, tous les médias ont fait la transition sans précaution, car un long travail a été, et est encore, fait pour les assimiler. Malgré les dénégations des frères musulmans quant à leur présence dans le Sinaï, les médias préfèrent en rester à leur idée première.

Petit rappel. Tout de suite après la première révolution qui a vu tomber Moubarak, il y avait eu une attaque de ces combattants contre des gardes-frontière égyptiens. A l’époque, malgré les morts uniquement égyptiens, Israël s’était ‘’approprié’’ la destination de cette attaque. Malgré des raids de l’armée égyptienne sur le Sinaï, y compris au temps de Morsi, ces groupes ont toujours continué à sillonner la zone. Personne ne parlait alors de frères musulmans.

Ces groupes sous la désignation fourre-tout d’islamistes agissent tant sous la gouvernance des frères musulmans que sous la gouvernance transitoire des militaires. Encore une fois Qui sont-ils ? Se réveillant opportunément au moment où l’Egypte en a le moins besoin, cette troisième force semble n’être là que pour pousser l’armée à enclencher la répression.

Il faudra bien un jour chercher à identifier ces bandits et ceux qui les arment. Pour cela il faudra d’abord sortir du politiquement correct en cessant de les appeler ‘’islamistes’’ qui ne sert qu’à brouiller les cartes.

Avic

La démocratie militaire


Tribune libre MARSEILLEALBATROS

Général SisiLes Etats-Unis étaient dans une fausse ambiguïté sur la situation en Egypte et le secrétaire d’Etat américain l’a levée au Pakistan en déclarant que l’armée est intervenue pour rétablir la démocratie. Le propos suscite la controverse aux Etats-Unis mêmes où certains remarquent que John Kerry a choisi de faire sa déclaration dans un pays où, au nom de leurs intérêts, les Américains se sont accommodés, voire ont soutenu les intrusions de l’armée en politique.

Bien entendu, John Kerry a pris soin de dire que les violences subies par les manifestants sont «inacceptables» et que cela «n’est pas rétablir la démocratie». Mais c’est une exception de forme à un soutien de fond qui n’a rien de surprenant. Même si les Américains avaient des lignes de contact avec les Frères musulmans, l’armée égyptienne est l’allié stratégique par excellence, celui qui veille à ce que l’ordre géopolitique ne soit pas perturbé. Et à ce que Camp David soit respecté. Les Israéliens, eux, ont demandé publiquement et sans doute par des voies plus informelles à ce que les Américains ne la jouent pas trop «principe». Et au fond, ils ne la jouaient pas. En s’abstenant de parler de «coup d’Etat», ils ont choisi les militaires contre la démocratie.

Les médias qui parlent d’embarras américain se trompent clairement. Israël le sait, toute démocratisation dans un pays comme l’Egypte aboutira inéluctablement à une remise en question de Camp David et à un rapport très différent aux Palestiniens. Quand l’armée égyptienne intervient et reprend le peu de pouvoir qu’elle avait concédé, c’est Camp David qui est encore plus protégé. Quant aux Palestiniens, il suffit, pour ceux qui ont le cœur à ça, de se brancher les «télés mille collines» d’Egypte pour prendre la mesure de la campagne haineuse et raciste qui est menée contre eux. Quand un processus démocratique échoue – et en Egypte il ne peut être question de démocratie quand une moitié d’Egyptiens est traitée déjà en «terroriste -, Israël, la «prétendue seule démocratie au Proche-Orient», est tranquille. Et ce n’est pas exagéré de reproduire la fameuse formule «ce qui est bon pour General Motors est bon pour les Etats-Unis» en disant que pour l’establishment de Washington, «ce qui est bon pour Israël est bon pour les Etats-Unis».

Washington en soutenant la démocratie du général Sissi a cependant pris la précaution de faire savoir que le droit de manifester doit être respecté. Ce n’est pas tout à fait inutile au moment où le pouvoir égyptien a des velléités d’en découdre en désignant les espaces où les pro-Morsi organisent leur sit-in de «menaces à la sécurité nationale». Mais il faut en convenir, John Kerry n’a fait que confirmer un choix d’intérêt qui a été déjà fait par l’administration américaine. Il n’y avait aucun embarras, il y avait juste une gestion de la communication à faire. Désormais avec les déclarations de John Kerry on n’est plus dans le faux-semblant. L’intérêt prime. Washington devra cependant s’en souvenir : elle n’a pas, une fois de plus, de leçon de démocratie à donner. Même si du haut de sa surpuissance Washington pense qu’elle peut faire passer au monde entier l’idée biscornue qu’il suffit d’être l’ami des Américains pour bénéficier du label de démocratie. Sissi l’est, Sissi est donc démocrate. C’est court et c’est américain.

par M. Saadoune

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5186217

Et ça repart !


Tribune libre Chérif Abdedaïm

printemps-arabe_1Fin 2011, les forces maléfiques s’enorgueillirent en miroitant le mirage « révolutionnaires » aux pauvres populaces et en les félicitant d’avoir mené de véritables « révolutions » en Tunisie, en Egypte et en Libye. Mais voilà, la réalité qui revient au galop avec un vrai revers des pseudo-révolutions arabes.

Les marionnettes mises en place par les Occidentaux n’ont pas su mener les missions qui leur ont été imparties, les revendications auxquelles aspiraient les populations n’ont pas été satisfaites et bien entendu, on retourne à la case de départ avec cette fois-ci , le coup de starter égyptien et le « coup d’Etat » qui a mis à l’écart le leader des frères musulmans Mohamed Morsi.

Et c’est donc le coup d’envoi d’une guerre civile aux lendemains incertains.

Ces derniers jours, l’Egypte traverse une profonde crise politique. Le président Mohamed Morsi a été écarté du pouvoir le 3 juillet par l’armée après des manifestations de grande ampleur réclamant son départ. Il a été placé en résidence surveillée dans un site militaire sans aucune décision judiciaire. Le parquet général du pays examine plusieurs plaintes de particuliers contre Mohammed Morsi pour « espionnage », « incitation au meurtre de manifestants » et « mauvaise gestion économique ».

Chaque jour qui passe nous amène donc son lot macabre. Ainsi, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, au cours des affrontements opposant les manifestants aux policiers égyptiens sur la place Rabia al-Adawiya du Caire on a dénombré environ 120 morts et près de 4.500 blessés, a annoncé le site internet des Frères musulmans se référant au médecin en chef de l’hôpital déployé sur place.
Le mouvement islamiste a qualifié de massacre les événements de la place Rabia al-Adawiya, lieu de rassemblement permanent des partisans du président déchu Mohamed Morsi. Selon les Frères musulmans, les réseaux Internet et de téléphonie étaient coupés dans les quartiers attenants à la place de Rabia al-Adawiya, il était impossible d’appeler les secours.
Aussi, des manifestations importantes d’adversaires et partisans du président déchu Mohamed Morsi se sont tenues vendredi dans plusieurs villes égyptiennes. Selon les militaires, près de 35 millions de personnes sont descendues dans la rue. Des affrontements ont éclaté tard dans la nuit. Des combats de rue les plus acharnés ont opposé manifestants et policiers à Alexandrie et au Caire.
Le ministère égyptien de l’Intérieur affirme n’avoir utilisé que des gaz lacrymogènes et rejette la responsabilité de l’emploi des armes à feu sur des civils.

En Tunisie, après l’assassinat de l’opposant Mohamed brahmi, le pays renoue avec une violence allant crescendo. Dans la capitale de la Tunisie, une voiture piégée a explosé près d’un poste de police samedi dernier. Selon la police, l’explosion n’a pas fait des victimes, en endommageant plusieurs voitures et brisant les vitres des maisons avoisinantes. L’explosion s’est produite plusieurs heures avant les funérailles du chef de l’opposition Mohamed Brahmi, qui a été tué jeudi dernier.
Les autorités ont déclaré qu’Al -Qaïda est responsable de sa mort. Ah, l’éternelle Al Qaïda !
Aussi, dans la ville de Gafsa, l’un des participants à des actions anti-gouvernementales a été tué, en devenant ainsi la première victime des émeutes, qui ont commencé après le meurtre du député de l’opposition, Mohamed Brahmi.
Mohamed Mufli (45 ans) a péri lorsque la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. La cause de la mort de l’homme n’est pas déclarée.

En Libye, des milliers de personnes sont descendues dans les rues des plus grandes villes de Libye samedi dernier pour dénoncer la responsabilité des forces politiques du pays dans le chaos et persistant dans le pays et la situation de la criminalité en nette progression.
Ces manifestations ont éclaté après le meurtre de l’avocat Abdulsalam al-Mismarin vendredi dernier. Ce dernier était pourtant parmi les premiers opposant à Kadhafi. Ce dernier à été assassiné à la sortie de la prière du vendredi. Ses assassins lui ont placé deux balles dont l’une en plein cœur.
Et la raison ? Selon toute vraisemblance, il a payé le prix de son opposition aux frères musulmans qui, selon lui, ne devraient pas faire partie du CNT. Cet acte a incité des centaines de manifestants à Benghazi, à réclamer la démission du nouveau pouvoir, l’accusant de fricoter avec les islamistes. A Benghazi, les manifestants ont brûlé le siège des Frères musulmans, à savoir le Parti de la justice et de la construction (JCP), deuxième parti avec le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée législative de la Libye. La foule a également saccagé le siège de l’Alliance nationale des forces libérales (NFA), le plus grand parti à l’Assemblée législative.
A Tripoli, un grand rassemblement a eu lieu à la Place Verte, que les renégats nomment désormais « place des martyrs ». L’Occident a détruit la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste en connaissance de cause, hélas, avec l’aval de ses propres enfants, qui en payent le prix aujourd’hui…Ils disaient vouloir la liberté, la justice et la démocratie. Ils ont hérité de la haine, la mort et la pauvreté. Leurs « sauveurs » d’hier, pompent toujours le pétrole et le gaz…

Dans cette atmosphère signalons également qu’à Benghazi, les habitants se sont barricadés chez eux. Les gardiens de prison sont tétanisés. Une foule nombreuse, après avoir détruit le siège des Frères musulmans, a pris d’assaut la prison de Koyfiya où, elle a libéré plus de 1000 prisonniers. Ce qui va jeter davantage de l’huile sur le feu.

C’est cela la « révolution » !

Article publié sur la Nouvelle République

Les blogs alternatifs au secours de la désinformation !


Al-JazeeraCe que l’on pourrait appeler le ‘’syndrome d’Al-Jazeera’’ est en train d’envahir le monde de l’internet. A moins que ce ne soit juste qu’une réactualisation de quelque chose qui existait depuis toujours ?

Tout le monde se rappelle qu’Al-Jazeera fut, pendant très longtemps, LA source d’informations alternative permettant de contrebalancer les différentes propagandes guerrières conduites par les grandes chaînes américaines. Son apparition fut une sorte de bénédiction pour le monde arabo-musulman, premier concerné par la désinformation. Sa notoriété ne tarda pas à monter en flèche et il devint très vite LA référence alternative, donc synonyme de LA vérité. Jusqu’au … ‘’printemps arabe’’.

Au début des évènements de Tunisie, la chaîne Qatari était au top dans l’opinion arabo-musulmane. Même s’il y a eu quelques couacs, la façon dont elle a couvert les évènements ne laissait rien entrevoir de suspect. Elle nous présenta une belle révolution populaire qui finira par balayer un dictateur dans une sorte de lutte du bien contre le mal avec le triomphe du bien. C’était beau, et tout le monde a applaudi les héros. Al-Jazeera renforça un peu plus sa côte grâce à son ‘’excellent’’ travail d’information qui, pour une fois, bizarrement, ne différait en rien de celui de ses autres concurrents qui ont la réputation de ne diffuser que des mensonges.

Dans la foulée de la Tunisie, l’Egypte. Là, même ‘’bon boulot’’ en plus grandiose, mêmes héros (la rue) renversant un dictateur (hâtivement désigné comme tel). C’est l’apothéose pour Al-Jazeera. Sans prendre de pause, on sort des cartons le projet libyen. Mais quelques détails bizarres commencent déjà à faire poser quelques questions. Le Yémen, par exemple. Le ‘’printemps arabe’’ semble aussi avoir touché ce pays. Pourquoi la chaîne de la ‘’vérité’’ ne s’y intéresse-t-elle pas ? Il est vrai que la conjoncture politique y est un peu plus complexe, mais quand même. Il y a aussi le Bahreïn, avec tous les ingrédients du bon ‘’printemps’’ et sa Place de la Perle qui n’avait rien à envier à la place Tahrir.

Ces détails ne prendront leur importance que plus tard. Pour le moment, il faut s’occuper de la Libye. La Libye, ah la Libye. Il est vrai que Kadhafi n’est ni Ben Ali, ni Moubarak. Ce n’est pas un ancien pote à qui l’on peut demander gentiment de partir sans faire de vagues. Ca fait belle lurette que l’affaire est en réalité engagée, à coup de menaces, de menées psychologiques, financières, économiques. Ni le chantage, ni la séduction ne semblait avoir prise sur la dynamique du bonhomme. Il fallait en finir, et vite, en profitant de ces fameux ‘’printemps’’ et de la présence d’un écervelé tel que Sarkozy prêt à foncer dans n’importe quoi au nom d’une témérité et une Histoire françaises auxquelles il est parfaitement étranger. Et toutes les failles apparaissent. Al-Jazeera apparait pour ce qu’il est et a toujours été : un outil de propagande. La Syrie ne fera que le confirmer. Du coup on revient aux anomalies yéménite, bahreïnie, saoudienne. Tout prend son sens. On finit même par se demander si cette chaîne, tout au long de son histoire, n’a pas toujours avancé masquée, pour un objectif final qui est le chaos que nous observons aujourd’hui. C’est ça le syndrome d’Al- Jazeera.

Aujourd’hui, Al-Jazeera n’est presque plus rien. On est passé à autre chose. L’outil internet prend de plus en plus d’importance. Pour faire passer les messages, il y a, bien sûr, les médias de masse, mais qui sont de plus en plus délaissés au profit du support internet où l’on trouve de tout. On y peut brouiller les cartes comme on peut orienter les esprits en fonction du slogan communautariste du jour.

Il est troublant de constater à quel point, depuis la ‘’deuxième révolution égyptienne’’, deux mondes que l’on croyait inconciliables, incompatibles et que l’on croyait ne jamais pouvoir se rencontrer, ont adopté le même langage et ont les mêmes références. Ce sont, d’un côté, le monde de Mme Caroline Fourest et de l’autre, le monde de tous ceux qui dénonçaient ses visions manichéennes, faussées et sans nuances (en dépit de ses dénégations) du monde arabo-islamique dans une manœuvre programmée de mise à l’index d’une communauté pour un dessein inscrit dans un vaste programme dont elle-même n’en perçoit pas les contours. Quand Fourest et les siens ont mis en place tous ces concepts en ‘’…istes’’ dans lesquels ils pouvaient enfermer tous les musulmans qui refusaient de renoncer à leur islamité ou qui ne voulaient pas gommer leurs cultures d’origine, on avait remarqué que leur référence de refus n’était ni Al-Qaïda, les Wahabites ou les takfiristes, mais les Frères musulmans, dont pratiquement personne n’avait entendu parler en France. Tous leurs discours finissaient par se résumer ainsi : Le fléau des fléaux, étape ultime avant Al-Qaïda et le 11 septembre, c’est la case ‘’Frères musulmans’’. Al-Qaïda lui-même n’est à craindre que parce qu’il est le résultat de l’obscurantisme, du fanatisme des Frères Musulmans. Ainsi, pour tous ces salonards de Paris , Londres ou New-York, les talibans, les iraniens, les wahabites, les fondamentalistes de tous les pays, d’une façon ou d’une autre sont liés aux frères musulmans.Otez leur leur verre de champagne ou de whisky, et vous constaterez qu’ils savent que tout cela est faux. Mais le discours reste.

Curieusement, il y a une sorte d’offensive dans les blogs avec ce même langage. Il apparait même que tous les malheurs de la Syrie ne sont dus qu’aux manigances des Frères musulmans. Les Al-Nusra, Al-Qaïda, wahabites, salafistes takfiristes dont on parle depuis deux ans en Syrie ? Des Frères musulmans tout ça. Alors, pourquoi l’Arabie Saoudite les arme et les soutient pendant qu’elle les écrase en Egypte ? Histoire entre frères sûrement… On pourra se poser toutes les questions que l’on voudra, mais tous les maux de l’Islam, du Moyen Orient et du monde arabo-musulman en général trouvent leurs sources chez les frères musulmans.

Volontaire ou non, cette attitude fausse délibérément la réalité. De la part d’une Caroline Fourest, cela n’a rien d’étonnant ; elle fait son job. Mais quand on voit plein de textes envoyés dans toute la blogosphère, tous avec le même objectif, celui de concentrer l’attention sur les frères musulmans, on peut se poser des questions. Surtout quand on sait que la situation en Egypte, berceau de cette confrérie, est tout sauf claire. L’utilisation des blogs alternatifs pour diffuser certaines informations est d’autant plus intéressante que ces blogs se targuent d’être  vigilants et indépendants, basés sur des principes de refus des mensonges et de la manipulation. On joue ici sur la confiance des lecteurs, comme on a joué sur la confiance des téléspectateurs d’Al-Jazeera.

Avic

Syrie : Le massacre des innocents et ses nouveaux objectifs !


Tribune libre – Mouna Alno-Nakhal

khan2-2Par Amin Hoteit

Aux dernières nouvelles, en ce Lundi 29 juillet 2013, c’est au minimum 210 citoyens syriens civils et militaires qui ont été exécutés lors du massacre commis le 26 Juillet par les groupes terroristes armés à l’encontre de la population de Khan al-Assal, localité située à l’Ouest d’Alep, 75 civils seraient toujours retenus prisonniers, 65 personnes seraient toujours sous les décombres des maisons qu’ils ont bombardées et 75 autres seraient toujours assiégées.[1][2], [NdT].

Lorsque les Frères Musulmans se sont lancés vers la conquête du pouvoir en Syrie, ils ont bien été obligés de constater que le peuple syrien qui les a expérimentés depuis des décennies n’a pas oublié leurs forfaits et n’est pas prêt à se laisser abuser par leurs slogans islamistes [3]. Réticence qu’ils ont cru pouvoir vaincre en brûlant les étapes par les pires violences et mensonges à répétition pour susciter l’empathie censée mener à une intervention militaire internationale en Syrie. Falsifications incessantes devenues arguments pour tous les intervenants cherchant à fracasser le rôle central et stratégique de la Syrie dans sa lutte contre le projet US-sioniste de remodelage du Moyen-Orient, l’argument choc étant « Le régime tue son peuple ! ». Argument qu’ils ont préfabriqué avec les régimes arabes et leurs alliés régionaux et internationaux pressés de les voir se saisir du pouvoir pour mettre à exécution leurs accords passés avec l’Occident [4] [5].

Après avoir transformé en « sédition armée » les aspirations populaires légitimes auxquelles l’Etat syrien a entrepris de répondre par la mise en route immédiate d’un ensemble de réformes de la gouvernance politique, ils ont délibérément réagi selon un « plan préétabli » visant à saboter tout processus réformateur, et se sont employés à refuser tout ce qui allait dans la direction voulue par le peuple syrien et par le Président qu’il s’est choisi. C’est pourquoi ils n’ont cessé de fixer des conditions incompatibles avec la volonté populaire. C’est pourquoi ils refusent toujours de se soumettre aux suffrages des urnes, prouvant par là qu’ils savent parfaitement quelle quantité négligeable ils représentent au sein d’un peuple qui, dans sa très grande majorité, refuse de leur remettre les rênes du pouvoir pour la bonne raison qu’il est parfaitement conscient de leurs manœuvres, de leur refus de toute altérité, et de leur prédisposition à travailler avec l’étranger contre les intérêts de la nation et de la patrie.

Face à ce refus, les Frères Musulmans occasionnellement soutenus par les forces takfiristes issues du wahhabisme, par les forces d’Al-Qaïda, d’Al-Nosra et de toutes leurs suites, se sont mis à massacrer le peuple syrien pour ensuite en rejeter la responsabilité sur le gouvernement syrien. Ceci, pour atteindre trois objectifs :

1. Diaboliser l’État syrien en conformité avec le slogan qui veut que « le régime tue son peuple ».

2. Pousser les Syriens récalcitrants à se désolidariser de leur gouvernement légitime pour devenir de la « chair à canon » au service des terroristes décrits comme de respectables révolutionnaires.

3. Émouvoir l’opinion mondiale sur « le triste sort du peuple syrien » et ainsi réussir à constituer une coalition internationale solidaire et complice qui répondrait à leur besoin de militariser leur prétendue révolution sous le noble prétexte de la légitime défense.

Objectifs largement atteints grâce aux médias qui ont dépassé leurs espérances en allant jusqu’à inventer d’autres massacres puisés dans la collection des images du Liban, de l’Irak ou de l’Afghanistan ; images de massacres perpétrés par l’Otan, Israël ou Al-Qaïda, venues illustrer les prétendus « crimes du régime syrien » [6].

Oui cette campagne médiatique mensongère a largement atteint ses objectifs puisqu’un grand nombre de citoyens sincères sont tombés dans le panneau, ce qui a permis aux Frères Musulmans et Cie de passer à l’étape supérieure de l’exploitation des massacres dont les deux plus importants objectifs sont :

1. Punir les citoyens syriens qui ont résisté à la désinformation et sont restés fidèles à leur État et à leurs instances dirigeantes tout en continuant à travailler pour sauvegarder la vie et la productivité du pays. D’où les attentats aux voitures piégées à tout bout de champ, notamment à Alep et à Damas, procédé autrement plus facile et plus rapide pour perpétrer leurs massacres.

2. Plonger les Syriens dans un environnement de stress et de tristesse et les maintenir sous pression jusqu’à création des conditions compatibles avec une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU – ou de toute autre instance décisive en matière de paix et de droits humains – condamnant l’État syrien au profit de la soi-disant révolution syrienne.

Cette deuxième étape a certes réussi à faucher encore plus de vies et à semer encore plus de destructions, mais elle n’a pas réussi à atteindre ses objectifs essentiels. Sur le plan interne, après chaque massacre le peuple syrien s’est relevé pour remettre son pays sur les rails et repartir encore plus convaincu de ses choix. Sur le plan international, et malgré le fait que « la communauté des agresseurs » ait réussi à faire voter certaines résolutions iniques, elle n’a pu obtenir le mandat tellement attendu pour intervenir directement en Syrie. À la prise de conscience du peuple syrien sont venues se joindre celles des dirigeants russes et chinois, leur double véto au Conseil de sécurité ayant en quelque sorte freiné « la diplomatie des massacres US-sionistes » malheureusement servie par des Arabes et des Musulmans !

Et maintenant, suite à ces ratés, suite aux défaites infligées par le peuple syrien et son armée, suite à la détermination de ses alliés, suite à la dépression qui s’est emparée des Frères musulmans à commencer par l’Égypte, et suite à la dernière « étape saoudienne » correspondant à la remise du dossier syrien entre les mains des services secrets saoudiens, les massacres bénis par la communauté des agresseurs semblent devoir atteindre de nouveaux objectifs !

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les derniers en date : celui de Germana [80 morts] et celui de Khan al-Assal qui a coûté la vie à plus de 200 citoyens civils et militaires. Ce dernier massacre ayant à l’évidence les objectifs suivants :

1. Dissimuler le crime des terroristes qui ont usé de l’arme chimique dans cette même localité en Mars 2013 et brouiller les pistes de telle sorte que la commission de l’ONU chargée de l’enquête [7] ne puisse pas accomplir son travail, enquête demandée par l’État syrien et mise en panne par les USA qui ont cherché à exploiter la situation pour que leurs services de renseignement pénètrent le terrain comme cela s’est passé avant l’invasion de l’Irak sous le fameux prétexte de la recherche d’armes de destruction massive ; prétexte que la Russie semble avoir démoli [8] !

2. Répandre la terreur parmi les civils et les militaires pour les pousser à abandonner le combat, ce qui rappelle la tactique de la Haganah : « Tue une personne, tu feras fuir dix autres, tu terroriseras une centaine de plus, et ainsi tu atteindras le territoire convoité et l’occuperas sans combattre ». Les groupes terroristes sévissant au Nord de la Syrie sommés par l’Arabie saoudite – de l’aveu même de leurs propres chefs [9] – d’occuper Alep au plus vite pour assurer le « rééquilibrage » des forces sur le terrain avant toute négociation d’une solution politique de la crise syrienne [10] n’avaient plus qu’à adopter cette même tactique sioniste pour obéir aux ordres dans le plus bref délai possible.

Malgré l’immense douleur et l’horreur de ce massacre à Khan Al-Assal, nous disons que cette troisième étape d’escalade de la terreur ne donnera pas de meilleurs résultats que la précédente. D’une part, la Syrie et ses alliés ne tomberont pas dans les pièges tendus par les maitres terroristes américains ou saoudiens. D’autre part, le peuple syrien, son armée, et son gouvernement sont déterminés à se battre et à se défendre jusqu’à la victoire. Quant au prétexte éculé des ADM, en l’occurrence les armes chimiques, nous pensons que les preuves qui pourraient être avancées par la Syrie et celles recueillies par la Russie ou sur le terrain suffiront pour condamner les terroristes.

Pour finir, ceux qui imaginent occuper Alep pour en faire la « capitale du terrorisme » doivent se préparer à perdre leurs illusions. L’armée syrienne se prépare. Plus que quelques semaines avant d’écraser l’abomination terroriste comme cela s’est passé à Al-Qusayr, à Homs et ailleurs. Plus que quelques semaines avant de nettoyer les quartiers encore infestés !

Dr Amin Hoteit 29 /07/ 2013

Aricle original : Al-Thawra
http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab.asp ?FileName=61386970520130729003059

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

[1] Mass execution of Syrian Soldiers coincide with CW investigation –
http://www.youtube.com/watch ?v=MBnVWOI5PMM

[2] Derniers détails sur les massacres à Khan Al-Assal
http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/massacre-3asal-khan-zek-135.htm

[3] Syrie : Vous, les réactionnaires, vous avez échoué !
http://www.mondialisation.ca/syrie-vous-les-reactionnaires-vous-avez-echoue/5315297

[4] Un accord secret entre Obama et les Frères Musulmans pour céder 40% du Sinaï à Gaza ?
http://www.europe-israel.org/2013/07/un-accord-secret-entre-obama-et-les-freres-musulmans-pour-ceder-40-du-sinai-a-gaza/

[5] Et pour 8 milliards de dollars !
http://www.youtube.com/watch ?feature=player_detailpage&v=rH25EE_SjpE

[6] BBC News uses ‘Iraq photo to illustrate Syrian massacre’
http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/syria/9293620/BBC-News-uses-Iraq-photo-to-illustrate-Syrian-massacre.html

[7] Arrivée à Damas des experts de l’ONU pour les armes chimiques (AFP)
http://www.lepoint.fr/monde/arrivee-a-damas-des-experts-de-
l-onu-pour-les-armes-chimiques-afp-24-07-2013-1707841_24.php

[8) Vidéo / Syrie : les rebelles ont utilisé du gaz sarin affirme M. Vitali Tchourkine, ambassadeur de la Russie auprès de l’ONU, http://article.wn.com/view/2013/07/26/Syrie_les_rebelles_ont_tue_150_
soldats_du_regime_a_Khan_alAs_e/#/video

[9] Offensive imminente des rebelles à Alep à la demande de Riad
http://www.latribune-online.com/monde/85791.html

[10] Syrie : Alep ou le « déséquilibre » fabiusien !
http://www.mondialisation.ca/syrie-alep-ou-le-desequilibre-fabiusien/5338848

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

Comme au Bahreïn – Bientôt l’armée saoudienne sur les rives du Nil ?


arabieSisi peine à la tâche. Sisi patauge. Il n’arrive pas à suivre exactement les lignes qui lui ont été tracées tant elles sont mouvantes. Les alliés d’hier, l’Arabie Saoudite et l’Occident n’ont plus tout à fait le même discours. Les impératifs auxquels ils sont soumis ne sont pas les mêmes. L’Arabie Saoudite est pressée, alors que l’Occident doit composer avec ses parlements et ses opinions, pour la forme. Ryad s’en fout que l’on sache que c’est un coup d’état qui a renversé Morsi, alors que  les occidentaux doivent faire des contorsions et ruser avec ça.

Et puis il y a les deux autres acteurs qui, eux n’entendent pas du tout suivre les lignes prescrites. Les frères musulmans d’abord. Pas question pour eux d’accepter la situation telle qu’on veut la leur imposer. Ils sont décidés à résister et à faire revenir leur leader. Ensuite il y a le ou les acteurs inconnus qui cherchent à attiser le feu par tous les moyens y compris par des assassinats aveugles de part et d’autre par snipers interposés.

Une situation embrouillée dont se serait passé le général Sisi. L’Arabie Saoudite aurait bien aimé qu’il en finisse avec cette histoire qui était censée être réglée depuis longtemps. Elle n’avait pas prévu une telle résistance et une telle hargne de la part des Frères musulmans. Plus le temps passe, plus la résistance se durcit et risque de se structurer. Les prolongations ne peuvent que faire perdre tous les bénéfices du ‘’fait accompli’’ et installer une situation où tout est à faire ou refaire. Dès lors, on peut comprendre l’affolement de Riyad qui semble être, de manière de plus en plus évidente, un des promoteurs du coup d’état égyptien qui, dans sa première phase, s’est déroulé promptement, comme prévu, avec des réactions internationales encore globalement propices.

Le roi Abdallah joue gros. Pour lui, Sisi doit réussir coûte que coûte. Un échec signifierait le retour des Frères musulmans qui lui feront payer cher ses manigances actuelles et passées. Les prudences langagières à usage interne de ses alliés ne facilitent pas les choses. Il semble même que certains pourraient souhaiter ce retour.

Pour sortir de l’impasse, les solutions ne sont pas nombreuses. Il faut pousser Sisi, encore et encore à rétablir la situation, quitte à lui faire faire quelques petits massacres. L’Arabie Saoudite n’a jamais été avare pour financer ce genre d’opérations. La Syrie en sait quelque chose. Ce ne seront donc pas les moyens qui manqueront. Ni les motivations. Du côté égyptien, les premiers morts ont rendu les choses irréversibles. Les nouvelles autorités égyptiennes ne peuvent plus reculer sachant qu’ils auront désormais à répondre du sang déjà versé.

Et si les pressions et les pétrodollars de la répression n’y suffisaient pas, que pourrait bien envisager l’Arabie Saoudite ? Renforcer les forces de répression par des mercenaires ? Les mercenaires, les saoudiens connaissent, mais il y a risque de guerre civile au bout. Faire comme ils avaient fait au Bahreïn, envoyer des forces de répression ? Le Bahreïn n’est pas l’Egypte et le regard porté sur les deux pays par la communauté internationale n’est pas du tout le même. Mais vu l’évolution de la situation, il est certain que cette option, sous une forme ou une autre, a dû effleurer certains esprits.

Mercenaires ou soldats saoudiens, tous aidés par les snipers histoire d’entretenir la flamme de la discorde, les eaux du Nil risquent de changer de couleur dans les jours prochains.

Avic

De L’Assassinat Politique En Islam, Des Origines Au 20ième Siècle


Tribune libre Abbassi Ali

Assassinat_Sadate-5b372-b637aSoyons clair dés le départ. L’objectif de cet article n’est pas d’incriminer les tendances islamiques, ni de donner l’illusion, que l’assassinat politique est dans les racines de ces mouvances.

Après l’assassinat de Chokri Belaied, le Tunisien se pose, sans se le dire, une continuité de questions historiques, et ne se donne pas la peine de creuser l’histoire, ni l’historicité de la pensée, afin de pouvoir analyser, mieux comprendre.

L’histoire islamique est sanguinaire, Il suffit de la questionner pour comprendre ce recours au sang.

 DE L’EPOQUE DU PROPHETE :

Le prophète est à Médine. La défaite des musulmans à Badr. Ce qu’on appelle, de nos jours, une guerre médiatique s’installe entre les musulmans et ses opposants. Le véhicule, bien sûr, c’est la poésie.

Certains poèmes, sont vraiment acerbes à l’encontre du prophète. Le poète, Ka’ab Ibn Al-Ashraf, juif de croyance, notable de Médine,  réfugié à la Mecque, et farouche opposant du prophète fut assassiné. C’est le premier assassinat politique en Islam.

Dans la foulée, Al-Asma, poétesse, du clan Umayya Ibn Zyad, critique le prophète, le dénigre parce qu’il n’est pas yéménite (de souche noble) et appelle à son meurtre. Elle est assassinée par un jeune homme converti à l’Islam et dénigrée à son tour par le poète de l’Islam : Hassan Ibn Thabet.

– Analyse De Ces deux Premiers Assassinat Politiques :

Ces deux meurtres,  démontrent que l’objectif était d’assassiner la parole, et non pas les personnes. Et spécifiquement la parole qui a la force de glaner les foules.

Le prophète? Il a toujours prêché l’entente, les solutions à l’amiable, sans effusion de sang, et la preuve historique indéniable c’est la : SAHIFA, ou (Charte), qui est un vrai Traité de coexistence pacifique entre : musulmans, juifs, païens, etc. Cette Charte, qui a été écrite, en plusieurs phases, quoique, actuellement présentée comme un ensemble, est un pacte de paix très avancé par rapport à son époque.

– De L’assassinat Politique, Teinté de Religieux :

L’histoire démontre, que c’est le politique qui tue, et certainement pas la croyance, ou le fait d’être athée. Des exemples ? Il y en a à la pelle !! Des centaines, sinon, des milliers !!!!

Ibn El-Moukaffa’a, un profond croyant, excellent traducteur, a été assassiné pour ses positions politiques et accusé d’être mécréant, alors que Al Ma’rry, celui qui a douté, n’est pas inquiété. Il a même appelé à arrêter la procréation, ce qui est un blasphème religieux, mais il n’est pas attaqué! Pourquoi ? Il n’a pas touché au politique !!

AL GHAZALI, a stratifié DIEU en dix sphères ! Dieu le créateur !,  Dieu Concepteur !  Dieu le surélevé ! Dieu Le révélateur et à chaque sphère correspondent des descriptifs bien déterminés : IL A CARREMMENT FRAGMENTE DIEU EN PLUSIEURS ENTITES, et pourtant !!!!! Personne ne l’a traité de mécréant, parce qu’il a toujours été l’allié du pouvoir en place : y –t-il une preuve aussi flagrante que celle-ci ? C’est le politique qui assassine AU NOM du Religieux !!

Des Omayades et Khawarej :

Il est maintenant attesté que les Omeyyades, les bourgeois  Koraichi, qui gouvernaient avant l’Islam, se sont accaparé l’Islam, au nom du sang de Othman. A leur époque, la Mecque a été catapultée sur le devant de la scène, les postes de décisions sont désormais octroyés par lien de sang, etc, en somme, le retour aux valeurs tribales, et la tuerie des opposants au nom de l’Islam.

 Les Khawarej (les dissociés), ceux qui se ralliaient à Ali Ibn Aby Taleb, et qui ont fini, par le contrer, ont produit un seul principe valable : La gouvernance revient à celui qui le mérite, ABSTENTION faite de son appartenance tribale, hiérarchique ou de sang : un principe totalement EGALITAIRE. Pourtant, c’est la seule pensée valable produite par les KHAWAREJ. Au nom de ce principe, ils ont conduit des guerres qui ont duré 100 ans, et finissaient toujours, par se subdiviser, et se retourner les uns contre les autres ; une fragmentation qui a été même véhiculée aux frères musulmans, spécialement d’Egypte.

Des Abbasides :

Cette ère a vu une accalmie relative des assassinats politiques, non pas par sagesse, mais parce que les opposants de l’islam et SPECIALEMENT de la gouvernance Arabe était si multiples qu’on ne pouvait tuer tout le monde.

Cette époque a vu la floraison des discussions rationnelles, des affrontements des idées, plutôt que des épées, et l’on voyait au sein de la même mosquée, des mouvances religieuses diamétralement opposées, mais qui ne se mesuraient que par les idées, l’argument, et le contre-argument, jusqu’à la borne fatidique ! jusqu’à ce que l’état décide que le peuple doit adopter telle ou telle rite, croyance, ou conviction !!!

En Effet, El-Ma’amoun, fils philosophe et guerrier de Haroun Errachid a voulu imposer une idée : qui était une réponse à une question maladive : Est-ce que le Coran a été crée ? Ou a-t-il existé depuis toujours et avec Dieu ???? Quelle que soit la réponse, il s’agissait d’un piège. El-Ma’amoun, conduit une campagne d’oppression auprès des oulémas de l’Islam, et là surgit la crise IBN HAN’BAL, qui avant ce conflit, n’était qu’un prêcheur inconnu. Ibn Han’bal tient tête à El-Ma’amoun, ce dernier l’emprisonne, et en même temps conduit beaucoup d’autres à la décapitation !!!

L’exécution politico-religieuse devient légitimité de pouvoir, et c’est la séparation définitive (jusqu’à l’avènement d’Ibn Rouchd) entre les INTELLECUELS et Le POUVOIR. Désormais, la règle c’est la décapitation de l’intellectuel opposant AVEC légitimité d’Etat !!!

– De La Renaissance, Jamal El Afghani :

Nous allons essayer d’éclairer avec de plus amples détails, l’histoire contemporaine, celle qui  touche de plus prêt, et qui influence directement le présent.

Il est clamé que la renaissance intellectuelle islamique revient à Jamal El Afghani (1833 -1897). Qui est-il ? Certains disent qu’il est afghan, et d’autres clament qu’il est Iranien Chiite. Malgré l’aura historique dont il bénéficie, il n’a produit qu’un SEUL livre, le reste est une succession d’articles et de critiques éparses, sans aucune homogénéité.

Vers 1870, le gouverneur d’Egypte (EL KHIDYWI ISMAIEL) lui accorde l’asile (politique de nos jours) et une rente annuelle.

Malgré la générosité, et la protection du Khidiwy Ismaeil, Jamal Afhgnani, encourage son disciple : Mohamed Abda, à assassiner El-Khidiwy ! Ce dernier est sauvé, car remplacé par son fils……..

Mais, cette tentative, échouée, a déterrée la hache de guerre ……….reprise par HASSAN EL BANNA, à partir de 1928

– HASSAN EL BANNA : Le Début Des Années Noires :

Hassan El-Banna : Qui est-il ? Né en 1906, Un simple Instituteur de formation, sans aucun atout intellectuel, et il est reconnu, au sein des élites culturelles, que son apport en matière de savoir, et innovation est nul. Cependant, c’est un vrai rassembleur, il disposait d’un talent d’organisateur presque sans faille.

A partir de 1928, à 22 ans, il fonde les FRERES MUSULMANS et reprend les discours d’El-Afghani, de Rachid Ridha, et de Mohamed Abda, qui prêche le retour aux sources de l’Islam, et déclare que l’Islam : Gère La Terre et l’Au-delà, l’Islam est Une croyance et une épée.

Il clame la lutte pour la libération de l’Egypte du joug Britannique, mais vise secrètement la prise du pouvoir par la force.

Historique Hassan El-Banna :

Hassan E-Banna, parcourt l’Egypte dans tous les sens, réussit à rassembler les foules et constitue des adeptes d’une loyauté absolue, aveugle. En 1938, déjà, il dispose de 300 cellules en Egypte, et des ramifications au Soudan, Au Yémen et ailleurs. En cette même année, il fonde  (la branche spéciale=AL JIHAZ ASSIRY), une branche calquée sur le prototype Hitlérien. Cette branche est composée de cellules, chaque cellule réunit 5 membres au maximum et a un émir, chaque cellule ignore l’existence des autres, et chaque membre a le droit de créer UNE seule cellule. De cette manière, en cas, d’arrestation, UNIQUEMENT 15 membres risquent d’être révélés à la police, et le reste des cellules restent intactes et libres.

Les Frères Musulmans constituent, désormais, le SEUL mouvement politique qui dispose d’une structure armée, structurée :

-Une idéologie (Islam Jihadiste, appelant  au retour du Khalifat)

-Camps d’entrainement aux armes

-Formation sur les techniques d’espionnage

-Formation sur les techniques de mensonges en cas d’emprisonnement et interrogations judicaires et/ou policière.

– 1947/48, L’Année Fatidique ; Le Tournant Sanglant :

Au nom de la libération de la Palestine, et de l’Egypte de l’occupant britannique, les frères musulmans entament une série d’attentats. Les commerces juifs sont explosés, des salles de cinéma incendiés, et le meurtre sévit au nom du Jihad.

Quelques Dates et Prototypes :

-17 février 1948 : Premier coup d’Etat Arabe Au Yémen. Le coup a tourné court, mais on découvre qu’il a été instigué et encouragé par Hassan Al-Banna, le parallèle est facile à dresser entre ce coup et les tentatives de certains pays Arabes, ici en Tunisie, en Egypte et ailleurs. L’histoire se calque.

-22 Mars 1948 : Le juge Ahmed Khazendar est assassiné devant le palais de justice par deux membres des frères musulmans. Il est tué par vengeance et afin de dissuader la justice de toutes poursuites judiciaires contre les frères suites à des attentats ou meurtres.

A partir de cet acte, les frères ne combattent plus afin de libérer la Palestine et l’Egypte mais se retournent contre le peuple. La rue se manifeste catégoriquement contre cet assassinat.

-15 Novembre 1948 : la police Egyptienne arrête une voiture sans immatriculation. Elle contient des explosifs, des armes, les codes secrets des frères musulmans, et les plans de certaines opérations planifiées en Egypte. Les documents saisis prouvent aussi la responsabilité des frères dans les attentats qui ont secoué l’Egypte avant cette date. Deux inculpés, sont arrêtés.

-18 Décembre 1948 : Devant une organisation armée d’une telle envergure, l’Etat ne peut pas rester passif. Le Premier Ministre Egyptien, NOKRACHI PACHA promulgue la Loi 63 qui ordonne la dissolution des frères Musulmans, la confiscation de tous leurs biens, et l’arrestation de ses membres dirigeants. Un coup de filet policier arrête le bureau exécutif des frères Sauf, Hassan El-Banna ! Quelque chose se trame contre lui.

-28 Décembre 1948 : Les frères Musulmans réagissent avec violence à la dissolution et l’arrestation du bureau exécutif. Malgré toutes les dispositions sécuritaires, le Premier Ministre NOKRACHI PACHA est assassiné, à coups de revolver par un étudiant en médecine, appartenant aux frères musulmans. Les frères musulmans annoncent que seul un mécréant peut ordonner la dissolution des frères, et en conséquence, son meurtre est religieusement légitime.

-13 Janvier 1949 : Malgré l’arrestation du 1er responsable de la branche spéciale, et le confinement et la surveillance étroite de Hassan El-Banna, les frères musulmans ne s’arrêtent pas à ce stade. OMAR CHAFIK, un adepte des frères attaque à la bombe incendiaire le palais de justice ! l’objectif : Détruire toutes les preuves accumulées contre les frères Musulmans !!!!! Est-il si difficile de dresser un parallèle avec la manipulation actuelle de la justice ? Il faudrait noter aussi que HASSAN el-Banna, nie encore une fois, avoir donné l’ordre, et publie son fameux BAYANE : ILS NE SONT PAS FRERES ET ILS NE SONT PAS MUSULMANS. Ceci, ne  rappelle-t-il pas certains doubles discours ?

-12 février 1949 : Fin du PREMIER Chapitre. Hassan El-Banna, est assassiné par 6 coups de feu. L’Etat Egyptien s’est vengé par un meurtre. L’ETAT Egyptien est entrainé dans une guerre d’assassinats. La politique n’est plus de la politique, mais use de l’élimination physique des rivaux. Une guerre armée s’installe pour très longtemps entre le pouvoir et les frères.

L’Héritage de Hassan El-Banna :

Il est incontestable que H.E.B, a légué un héritage d’assassinats qui va perdurer longtemps après sa mort. Les meurtres sont Politiques et n’ont  rien à voir avec la croyance. Les frères finissent par assassiner Anouar Essadate, tentent de tuer Najib Mahfoudh car il a appuyé Essadate, et tue le célèbre Faraj Faouda, pour ses positions en faveurs d’un ETAT civile. F. Faouda est tué à coups de pistolet le 08 Juin 1992. Par contre, ceux qui doutent de Dieu mais ne touchent pas à la politique sont épargnés : l’exemple le plus frappant est Mustapha Mahmoud.

La contamination meurtrière touche d’autres pays et se répand. Les frères attaquent, en Syrie, (Dyr’a) une caserne, sélectionnent environ 1200 étudiant de l’académie militaire et les exécutent, sous le prétexte  qu’il sont Alaouites, donc Partisans de Hafedth El-Assad.

ALI AOUN ALLAH ABBASSI

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur

 

Qui fomente la guerre civile en Egypte ?


714632-soldats-egyptiens-pris-position-caireLe massacre de plus de 50 personnes lors d’une manifestation, lundi, en faveur du président égyptien évincé, Morsi, au Caire a beaucoup choqué, à juste titre, tant en Egypte qu’ à l’étranger. Les éléments pro-Morsi en ont porté la responsabilité sur les forces militaires, tandis que les militaires affirmaient qu’ils avaient été attaqués avec des balles réelles. Alors que les accusations étaient lancées de part et d’autre, un nouvel aspect de cette histoire était en train d’émerger- la présence d’une troisième force, à savoir les tireurs d’élite postés sur les toits tirant sur les deux côtés du conflit. Cette révélation soulève de sérieuses questions quant à la véritable nature du conflit en Egypte et les similitudes troublantes entre ces incidents avec d’autres semblables en Syrie, en Thaïlande et ailleurs.

Le massacre du Caire

Alors que des milliers de personnes sont rassemblées près du siège de la Garde Républicaine où beaucoup croient que l’armée égyptienne détient l’ancien président Morsi, des violences ont éclaté, tuant au moins 51 personnes et en blessant des centaines. L’incident sanglant a marqué une transition claire d’un conflit purement politique à une éventuelle guerre civile.

Selon des responsables militaires, des « terroristes » pro-Morsi ont tenté de prendre d’assaut le bâtiment, provoquant ainsi une réaction violente de la part des forces militaires pour se défendre. Le colonel Ahmad Mohammad Ali, un porte-parole de l’armée égyptienne a affirmé que le personnel de police a été attaqué alors qu’il tentait de sécuriser la zone. Il a noté que, «Ils étaient sur ​​le toit des bâtiments … ils ont tantôt tiré, tantôt lancé des objets … ils tiraient à balles réelles et les militaires ont dû se défendre. » les commentaires du colonel Ali ont été repris par la plupart des grands médias en Egypte qui sont largement contrôlées par les forces favorables à l’armée et l’ancien régime de Moubarak. Cependant, les Frères musulmans et d’autres forces pro-Morsi brossent un tableau très différent.

Une déclaration sur le site web du parti Liberté et Justice des Frères musulmans accuse naturellement les forces militaires égyptiennes de tuer délibérément ceux qu’il décrit comme «manifestants pacifiques qui rejettent le coup d’Etat militaire et demandent la réintégration de leur président élu Mohamed Morsi. » Du point de vue des islamistes, le massacre, ainsi que le coup d’état lui-même, étaient une attaque directe non seulement contre les Frères musulmans, mais contre la démocratie elle-même. En outre, les meurtres semblent avoir créé un précédent, instituant que les éléments islamistes n’ont aucun recours en Égypte autre que la violence.

Malgré les différences entre ces factions opposées, il y a un dénominateur commun entre eux – les deux s’accusent mutuellement d’incitation à la violence qui pourrait conduire à une déstabilisation totale du pays. Toutefois, ici, il est essentiel de noter que la plupart des meurtres de lundi a été le fait de snipers inconnus postés sur les toits, comme le montre cette vidéo.

Bien que les tireurs d’élite semblent être vêtus d’uniformes militaires, leur véritable identité demeure incertaine. Parce qu’il est impossible de vérifier exactement qui étaient les tireurs d’élite, et pour qui ils travaillent, il est essentiel de plutôt examiner leurs possibles motivations ou l’absence de celles-ci.

L’armée a affirmé à plusieurs reprises qu’ils avaient été attaqués et que la réponse était purement défensive. Toutefois, cela ne peut vraiment expliquer la présence de snipers sur les toits, qui n’est pas une simple attitude défensive. A l’inverse, l’accusation portée par les Frères musulmans et leurs partisans selon laquelle les tireurs d’élite ne pouvaient être que de l’armée égyptienne, ne semble pas compatible avec les circonstances politiques, ni les faits sur le terrain.

Tout d’abord, il convient de noter que l’armée n’a rien à gagner et tout à perdre à utiliser une telle tactique. Ayant pris le pouvoir dans ce qui ne peut qu’être considéré comme l’un des plus ‘’populaires coups d’état » (l’expression n’est pas de moi) dans l’histoire moderne, ils avaient déjà la majorité du pays et l’opinion mondiale de leur côté. Il n’y a eu aucune condamnation dans le monde de leurs actions, au contraire, les gouvernements semblaient unanimes pour «regarder vers l’avant» et «appeler à la stabilité », simple langage codé pour le soutien tacite. Ainsi, avec le monde qui regarde l’Egypte, scrutant attentivement chaque mouvement des militaires et de l’opposition laïque, quels intérêts pourraient-ils bien avoir de semer un tel chaos? Naturellement, ils n’ont rien à y gagner. En plus de cela, la notion que les snipers militaires égyptiens tireraient sur leurs camarades est un peu trop tirée par les cheveux, pour dire le moins.

Deuxièmement, les Frères musulmans et leurs partisans ont certainement compris l’impossibilité de combattre l’armée dans les rues. Quelle que soit la nature des armes qu’ils prétendent avoir (bouteilles, pierres, armes légères) ce n’est certainement pas assez pour avoir un impact significatif sur l’armée. L’idée que ces manifestants ont tenté de «prendre d’assaut» le siège de la Garde républicaine semble risible. Bien que la foule soit principalement composée de fervents partisans du président déchu Morsi, c’était toujours des égyptiens ordinaires, et non des militants salafistes ou une formation de ce genre.

Il semblerait donc qu’aucun des côtés n’en tire vraiment de bénéfices ou n’ait la capacité de faire ce dont l’accuse la partie adverse. Cela devrait alors soulever la question la plus cruciale de toutes … si les snipers n’appartiennent à aucun des deux camps, alors qui sont-ils exactement ? Il semblerait que la seule conclusion logique serait que les tireurs d’élite étaient de quelque tierce partie encore inconnue dont l’intérêt n’était pas de prendre parti, mais de veiller à ce que les affrontements et les meurtres violents s’installent afin d’attiser les tensions et fomenter la guerre civile. Les observateurs avisés noteront que nous avons déjà vu ce scénario, plus récemment en Syrie.

Les précédents syrien et thaïlandais

Lors du déclenchement de la violence en Syrie en 2011, beaucoup se demandaient comment la situation sur le terrain a dégénéré si rapidement. Il semblerait, selon les rapports des médias occidentaux traditionnels, que les agents des forces de sécurité syriennes étaient tout simplement devenus fous et avaient commencé à tuer des manifestants pacifiques au hasard. Cependant, ce qui est devenu clair en quelques jours, c’est le fait que des snipers inconnus postés sur les toits dans des villes comme Deraa et Hama étaient en effet les principaux coupables. Comme on le voit dans ces vidéos ainsi que dans d’innombrables articles, la présence de tireurs embusqués sur les toits dans toute la Syrie est indéniable. Naturellement, des allégations ont été immédiatement faites pour dire  que les tireurs d’élite étaient tout simplement des forces militaires d’Assad. Or il se fait qu’aucune preuve n’a jamais été produite qui montre que les snipers initiaux étaient bien des soldats gouvernementaux.

Fait intéressant, la mission des observateurs de la Ligue arabe, elle-même ouvertement hostile au régime Assad, a noté dans son rapport de début 2012 que bon nombre des atrocités, y compris les tirs de snipers, pourrait être, de fait, attribué à des tiers, une force inconnue à l’intérieur du pays. Comme le rapport le note:

La mission a déterminé qu’il y a une entité armée qui n’est pas mentionnée dans le protocole. Ce développement sur le terrain peut sans doute être attribué à l’utilisation excessive de la force par les forces gouvernementales syriennes en réponse aux protestations qui ont eu lieu, avant le déploiement de la mission, demandant la chute du régime. Dans certaines zones, cette entité armée a réagi en attaquant les forces de sécurité syriennes et les citoyens, poussant le gouvernement à répondre à de nouvelles violences.

Le rapport confirme ce que de nombreux témoins ont dit, à savoir qu’une partie de la violence qui a éclaté au début du conflit en Syrie est imputable à cette «troisième force» qui regorge de tireurs d’élite bien entrainés et bien équipés. On pouvait s’y attendre, le rapport tente de tourner la violence de la «troisième force» comme étant purement en réponse à l’armée syrienne, mais ne fournit aucune preuve autre qu’une affirmation générique que «sans doute [la violence] doit être attribuée à l’utilisation excessive de la force par les forces gouvernementales « . Essentiellement donc, il doit être clair qu’il y avait un élément à l’intérieur de la Syrie au cours des premiers stades du conflit qui a utilisé des snipers et d’autres formes de violence et de terreur pour pousser l’opposition et le gouvernement dans une guerre à grande échelle. Il semble que cela ait bien réussi.

La Syrie n’est certainement pas le seul pays qui a connu ce genre de phénomène. En 2010, la violence a éclaté entre le gouvernement de la Thaïlande et les Chemises Rouges, partisans de l’ancien Premier ministre pro-américain Thaksin Shinawatra. Tout comme en Syrie, de mystérieux hommes armés équipés de fusils de précision, de mitrailleuses et des grenade sont apparus dans les rangs des chemises rouges et ont commencé à attaquer les troupes thaïlandaises, tuant un colonel de premier plan et six autres soldats. La tentative « d’investir » une installation militaire par les manifestants était clairement une couverture cyniquement orchestrée pour fomenter le chaos et une possible déstabilisation du pays avec l’intention d’installer le chéri de Washington, Shinawatra. Ici encore, nous voyons que les snipers et les autres, des combattants inconnus armés ont été au centre de l’incident.

Ce qui s’est passé en Thaïlande n’était pas un simple accident. Il a fallu une coordination et une planification, un financement et un soutien matériel. Cela indique que, contrairement au récit fantastique des médias dominants, ce n’était en aucun cas une simple protestation politique et ne doit pas être traitée comme telle. Au contraire, comme en Syrie, nous voyons clairement jusqu’où certains éléments sont prêts à aller pour atteindre leurs objectifs politiques.

Les détails du massacre en Egypte sont encore à venir, donc il est impossible de dire avec certitude ce qui s’est passé. Cependant, à en juger par les expériences antérieures en Syrie et en Thaïlande, on devrait avoir des réserves vis-à-vis de la narration vendue au public. Qui sont exactement ces tireurs d’élite au Caire? Qui a donné l’ordre de tirer sur les manifestants pro-Morsi et les forces militaires? Les réponses à ces questions et d’autres doivent émerger avec le temps. Heureusement, il y a encore une Egypte unie et pacifique.

Eric Draitser est le fondateur de StopImperialism.com . Il est analyste géopolitique indépendante basée à New York. Vous pouvez le joindre à ericdraitser@gmail.com.

Traduction : Avic

Source : http://stopimperialism.org/articles/fomenting-civil-war-in-egypt/

Voir aussi : Egypte : Et si le but était de créer une guerre civile ?

Le Sphinx de l’Egypte regarde vers la Syrie


Par MK Bhadrakumar

sphinxIl semble de plus en plus que la résolution du puzzle égyptien va nous emmener tous en Syrie. Dans quelle mesure le coup d’état de l’armée en Egypte réinitialise la géopolitique du Moyen-Orient, ou, à l’inverse, constitue lui-même le début d’un changement tectonique dans toute la région qui va se dérouler au fil du temps – c’est la grande question.

Les événements en cascade cette semaine indiquent que ce pourrait bien être le cas. Pour sûr, même selon les normes du Moyen-Orient, la semaine passée a été extraordinaire.

Il y a eu une forte expression du soutien des Etats-Unis et ses alliés du Golfe Persique à l’armée égyptienne, fournissant la base politique pour une répression brutale par la junte sur les Frères musulmans, avec des implications pour le «printemps arabe» dans son ensemble.

L’ouverture de la Russie à la junte à un tel point peut venir comme une surprise, mais elle fait partie intégrante de la stratégie russe en Syrie et le scepticisme russe du «printemps arabe».

L’isolement du Qatar, de la Turquie et de l’Iran sur l’échiquier régional a été accentué, tout au long de la semaine dernière, par la junte au Caire déniant à ces pays leurs prétentions à être arbitres ou faiseurs d’opinion dans les affaires intérieures de l’Egypte. Il se trouve que ces trois pays ont été profondément impliqués dans la situation syrienne aussi.

Pendant ce temps, l’ouverture d’Israël à accepter la paix russe sur le plateau du Golan ne pouvait pas revenir à la surface cette semaine sans acquiescement – ou même l’approbation – des Etats-Unis et le timing dans les changements à la tête tant du parti Baas de Syrie que de la Coalition nationale syrienne pouvaient être plus qu’une coïncidence.

Il y a un fond à tout cela, que l’on a tendance à oublier au milieu de la cacophonie du coup d’Etat en Egypte – La triomphale victoire de Hassan Rouhani à l’élection présidentielle iranienne et la promesse d’un dégel imminent dans les relations saoudo-iraniennes.

Un événement déterminant

Si l’on doit identifier un événement déterminant dans ce flot torrentiel d’événements dans la politique régionale, ce doit être la visite du secrétaire d’Etat américain John Kerry en Arabie saoudite le 25 Juin, qui a été incorporée dans une tournée régionale du Moyen-Orient et était une initiative diplomatique sur la Syrie.

Avec le recul, il apparaît maintenant que le coup d’État au ralenti en Egypte était bien en cours à cette époque en fin Juin et les États-Unis étaient déjà en profonde consultation avec les dirigeants militaires au Caire au sujet d’une transition politique en Egypte. Sans aucun doute, les entretiens de Kerry avec les dirigeants saoudiens ne pouvaient ignorer l’orage qui se préparait en Egypte.

Et, bien sûr, le roi de l’Arabie saoudite Abdallah a été le premier chef d’État à féliciter le renversement du gouvernement des Frères musulmans, le 2 Juillet – quelques heures après le coup d’Etat qui se déroulait – comme si Riyad avait tout prévu à l’avance.

Encore une fois, l’empressement avec lequel l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont simultanément annoncé mercredi un plan d’aide de 8 milliards de dollars à l’Egypte suggère qu’un plan avait déjà été préparé en consultation avec les Etats-Unis.

Washington a divulgué à la presse, immédiatement après, que lui aussi allait continuer la livraison prévue de chasseurs  F-16 à l’armée égyptienne, ce qui signifie que malgré la posture de tergiversations de l’administration Obama, la suspension de l’aide militaire à l’Egypte était la dernière chose dans son esprit.

Curieusement, un autre leader régional qui a rapidement salué – aux côtés du roi Abdallah – l’éviction de la Confrérie du pouvoir en Egypte a été le président syrien Bachar al-Assad.

Ce n’était pas un acte isolé, non plus. Lundi, le président Assad a annoncé le remplacement de l’ensemble des dirigeants du parti Baas, avec les 16 membres qui ont été dans le haut commandement depuis 2005, pour faire place à du sang neuf. Une nouvelle génération de dirigeants, dont d’anciens diplomates, a été amenée à les remplacer. Le président du Parlement Jihad al-Laham et le Premier ministre Wael al-Halqi sont parmi eux.

Dans un entretien avec le porte-parole du parti Baath, Assad a tenté d’expliquer que les dirigeants ont été retirés du haut commandement parce qu’ils ont fait des erreurs en cours de mandat. « Quand un leader ne résout pas une série d’erreurs, ce leader doit être tenu responsable », a-t-il dit sans plus de précisions. Bien sûr, Assad continue comme secrétaire général du parti, étant le seul haut dirigeant qui n’a pas fait d’erreur.

Dans le même entretien avec l’organe du parti Baas, Assad a également renouvelé ses critiques des Frères musulmans, affirmant qu’ils « prennent avantage de la religion et l’utilisent comme un masque … et ils pensent que si vous n’êtes pas d’accord avec eux politiquement, cela signifie que vous n’êtes pas du côté de Dieu « .

Assad cherche à transmettre le message aux gens qu’il est sensible à leurs doléances sur les problèmes sociaux tels que l’inflation et la détérioration de la sécurité publique. Mais le fait demeure qu’il renforce son contrôle sur le parti au pouvoir à un moment où la situation syrienne évolue en termes politiques, compte tenu de l’impasse militaire, et tous les protagonistes – pouvoirs syriens comme à l’extérieur – anticipent l’inévitabilité d’un dialogue politique dans les prochains mois.

De même, ce qu’il faut noter, c’est que la purge du parti Baas coïncide avec un changement de direction de la coalition d’opposition nationale syrienne (SNC). Le nouveau président du SNC Ahmad Jarba est un candidat saoudo-étatsunien et a la réputation d’être un chef tribal « laïque d’esprit ».

Après l’élection de Jarba, Ghassan Hitto, le Premier ministre et homme d’affaires venant d’Amérique, qui avait bénéficié du soutien du Qatar,de la Turquie et des Etats-Unis quand il a été nommé en Mars dernier, a présenté sa démission.

En substance, les changements dans le SNC signifient – comme en Egypte – une montée en puissance de l’influence saoudienne et l’éclipse de l’axe qataro-turc. L’influence des Frères musulmans dans le SNC a également subi un revers. De toute évidence, les États-Unis soutiennent la montée en puissance de l’influence saoudienne au sein du SNC – comme c’est le cas en Egypte.

Mort de l’islamisme

Quel est le plan d’action saoudo-étatsunien ? Profitant du message du Ramadan par le roi saoudien et le prince héritier, le mercredi, l’Arabie Saoudite dit qu’elle « ne permettra pas que la religion soit exploitée par des extrémistes qui ne travaillent que pour leurs intérêts personnels, et qui nuisent à la réputation de l’islam. » Le message dit que l’Arabie saoudite « avec l’aide de Dieu, reste le défenseur de l’Islam … et continuera sur une approche centriste, modérée».

Évidemment, ce sont des piques visant les Frères musulmans dans le contexte actuel de l’Egypte et de la Syrie, et les principaux bailleurs de fonds du mouvement dans la région, à savoir, le Qatar et la Turquie.

En revanche, Assad doit trouver le message du Ramadan du roi saoudien très agréable. Il ne peut que partager le point de vue saoudien (que les Etats-Unis et la Russie partagent également) que le spectre des islamistes radicaux qui hantent le destin de son pays est la question centrale aujourd’hui.

Aucun doute que ces contre-courants dans la politique régionale ne sont pas passés inaperçus à Moscou, et ils ont incité le Kremlin à ne pas perdre plus de temps pour faire une ouverture à la junte égyptienne. Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré jeudi,

« Nous espérons que toutes les initiatives [par la junte], qui sont conçues pour lancer le dialogue national, afin de stabiliser la situation et de tenir des élections libres, seront couronnés de succès. »

Lavrov a tout simplement ignoré qu’il parlait alors qu’une répression violente des Frères musulmans par l’armée égyptienne était en cours. Il a ensuite proposé que ce pourrait être le statu quo entre la Russie et l’Egypte et que, d’autre part, la priorité de la Russie réside dans l’impact des développements en Egypte sur la stabilité régionale et la politique du monde islamique. Lavrov a déclaré,

« En ce qui concerne les projets de coopération [avec l’Egypte], ces projets visent à développer la coopération entre les pays et les peuples. Leur mise en œuvre sera bénéfique pour les deux pays et leurs peuples.

Nous [la Russie] voulons que la stabilité soit assurée en Egypte et dans toute la région, ce qui crée des risques sérieux pour les relations internationales. L’Egypte est un pays clé de la région. Le développement des événements dans la région et dans le monde islamique dépendra de la situation en Egypte. »

C’est la realpolitik dans ce qui se fait de mieux. Autrement dit, sans en tirer des allégations d’ingérence dans les affaires intérieures de l’Egypte, M. Lavrov a fait savoir à la nouvelle direction au Caire, et à tous les états de la région – l’Arabie saoudite, l’Iran, le Qatar, la Turquie et Israël, en particulier – et à ‘’la communauté internationale’’ dans son ensemble que la Russie est loin d’être mécontente de la tournure des événements en Egypte et de ses répercussions probables pour la sécurité et la stabilité régionales.

En théorie, Moscou, qui n’a jamais abandonné une suspicion  profondément enracinée vis à vis des frères musulmans, peut sentir le vent du changement tout à fait favorable à la poursuite de ses propres intérêts et en harmonie avec ses propres évaluations du «printemps arabe».

Pendant ce temps, le quotidien de l’establishment saoudien Asarq Al-Awsat a rapporté mercredi qu’il y avait eu une rencontre entre Lavrov et la ministre de la Justice israélienne Tzipi Livni au cours de laquelle cette dernière a indiqué qu’Israël pourrait accepter les soldats de la paix russes sous le drapeau des Nations Unies sur le plateau du Golan en échange de l’interruption par Moscou du transfert des systèmes avancés de missiles antiaériens S-300 à la Syrie.

Le président Vladimir Poutine avait proposé le mois dernier que la Russie était prête à remplacer le contingent des 380 soldats autrichiens de la Force de désengagement  des observateurs des Nations Unies au Golan qui comporte 1100 hommes.

Ni Moscou, ni Tel-Aviv n’ont contredit l’information du quotidien saoudien. Si elle est vraie, comme cela semble probable, non seulement elle est en phase avec la large étendue des développements mentionnés ci-dessus, mais elle dévoile de façon cruellement tentante un nouveau modèle d’alignements régionaux impliquant Israël et la Syrie, avec les Etats-Unis et la Russie comme parties prenantes – quelque chose d’impensable jusqu’ici.

De toute évidence, les événements en Egypte trouvent de plus en plus les États-Unis, l’Arabie saoudite, Israël et la Russie sur la même longueur d’onde. Tous ces quatre grands protagonistes sont prêts à parier que le coup d’état controversé en Egypte pourrait éventuellement stabiliser la situation dans ce pays et même renforcer la démocratie.

Tous ces protagonistes s’entendent pour dire que l’islam politique s’est avéré être le bénéficiaire importun du «printemps arabe». En effet, par l’analogie de l’Egypte, comme le laisse entendre le message du Ramadan du roi saoudien, le gros problème semble résider avant tout dans les mouvements islamistes dans la région dans son ensemble, y compris les groupes rebelles syriens.

Comme ancien ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Zalman Shoval a résumé dans un article intitulé « Nouvelle aube sur le Nil  » dans Jerusalem Post,

« Tout bien considéré, la disparition possible de l’islamisme en tant que force politique majeure dans au moins certaines parties du monde arabe pourraient éventuellement conduire à une attitude plus laïque, terre-à-terre et moins dogmatique et intolérante de la part de nos voisins . »

Dans l’ensemble, la lutte qui nous attend en Egypte et les virages que la situation syrienne est prête à prendre dans les prochains mois ont non seulement des parallèles frappants, mais pourraient être liés entre eux.

Ambassadeur MK Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans, avec des postes comprenant celui d’ambassadeur de l’Inde en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001).

Traduction Avic

Le loup a réussi à entrer dans la bergerie


Msc_2009-Friday,_16.00_-_19.00_Uhr-Dett_006_ElBaradeiLa première marche vers la présidence de l’Egypte vient d’être franchie. Mohamed ElBaradei, à l’affût depuis la première révolution égyptienne, vient enfin de franchir la première étape, non sans mal. Il vient d’être nommé vice-président par le nouveau président égyptien par intérim Adli Mansour.

Ce n’est certes pas le poste que briguait ElBaradei, mais c’est mieux que rien, surtout si, en plus de ce poste qui a dû être spécialement créé juste pour lui faire une petite place, il occupe aussi le poste clé de ministre des affaires étrangères. C’est énorme. Malgré les vents contraires, son équipe, grâce au puissant lobbying dont elle dispose, a fait du bon travail.

En effet, aussitôt après le coup-d’état-non-coup-d’état égyptien, tout son staff s’est mis à l’œuvre, remuant ciel et terre – en terre étrangère bien sûr, puisque tout ce qui se passera en Egypte pour les jours prochains se décidera désormais en terre étrangère – pour placer enfin leur héros, l’homme fort du Front de salut national (FSN) à la tête du pays. Mais voilà, les autres partis n’en veulent pas de ElBaradei. Ni le parti salafiste Al-Nour, ni  le Parti Liberté et Justice (PLJ) et apparemment, pas même les égyptiens ne veulent de l’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), tout prix Nobel de la Paix qu’il soit.

Mais ElBaradei est un pion essentiel dans l’échiquier pour les Etats-Unis et Israël. C’est le pion idéal. Malgré ses allégeances actuelles, il passe pour un ‘’résistant’’ qui a su, par le passé, tenir tête à l’empire. Et puis, rien de tel qu’un Prix Nobel pour tenir lieu de blanc-seing.

M. ElBaradei aurait voulu être président par intérim, tremplin idéal pour se succéder à lui-même quand des ‘’élections’’ surviendront. L’impatience, due peut-être à l’âge (car les années passent vite), le poussait à forcer le destin. Mais voilà qu’il est obligé de procéder par étape. Le fait même qu’il ait réussi cette première étape montre que la machine est en route et qu’elle ne s’arrêtera pas en si bon chemin.  Il est dans la place, et pour longtemps, car les puissances sur lesquels il s’appuie sont, justement de vraies puissances, à l’intérieur-même du système.

Et c’est bien ça qui est inquiétant. Si ces puissances (Maison Blanche, AIPAC, quelques groupes du Congrès et du Sénat américain) arrivent à placer leur homme, c’est que l’Egypte n’a de ‘’pays arabe’’ que sa position géographique.  Cela voudrait dire que l’Egypte de Gamal Abdel Nasser n’est plus et qu’elle n’est plus que l’escorteur du porte-avions Israël. Les égyptiens pourront faire toutes les révolutions qu’ils voudront, ce ne seront, même si elles étaient réelles,  que des ‘’occupy’’ vite canalisées et récupérées.

Pauvre Egypte. Qu’ils soient laïcs, salafistes ou frères musulmans, ils sont tous récupérables et déjà récupérés.  Comme partout, finalement, où le monde politique n’est qu’un jeu de rôle.  A chaque changement il y a une sorte de casting où chaque candidat doit montrer ses capacités à remplir les conditions du rôle pour être éligible. Habituellement on se vent à celui qui met le meilleur prix ; ici c’est l’acheteur qui achète au plus offrant. Quand on n’a pas grand-chose à offrir, comme c’est le cas pour l’Egypte, il ne reste plus qu’à se vendre soi-même et son pays avec.

Avic

Président Bachar al-Assad : « Ce qui se passe en Syrie n’est pas une révolution »


Tribune libre Byblos

Texte intégral de l’entretien exclusif du Président syrien à l’occasion du cinquantenaire du quotidien « Al-Thawra ».
Par Bachar al-Assad

Assad-entrevueL’expérience de la gouvernance des Frères Musulmans avait échoué avant même de commencer. Ce qui se passe en Égypte traduit la faillite du soi-disant Islam politique. L’extrémisme religieux tout autant que l’aliénation à l’Occident sont destructeurs de notre identité. Le terrorisme est un cancer qui doit-être extirpé.

1. Monsieur le Président, en période de crise, la patrie est censée rassembler tous ses enfants. Que s’est-il passé pour qu’en Syrie nous en soyons arrivés là où nous en sommes ?

Pour commencer, je vous souhaite la bienvenue. Croyez que je suis heureux de vous accueillir en ce jour du cinquantième anniversaire du quotidien « Al-Thawra », un  quotidien cher au cœur de tout syrien patriote quel que soit son engagement politique.

Il nous arrive de considérer la patrie comme un territoire géographiquement bien défini qui rassemble un groupe de personnes, alors que la patrie est appartenance… que l’appartenance signifie culture… et que l’appartenance et  la culture constituent l’identité. De ce point de vue, lorsque notre appartenance est une, notre patrie est pour tous !

Pour mieux me faire comprendre, je dirais que lorsque le colonialisme s’en est allé de Syrie, il n’est pas parti pour nous permettre de nous libérer. Il est parti pour nous coloniser par de nouveaux moyens, dont le plus remarquable fut de semer la discorde comme préalable à la division puis la partition.

Or la partition ne se traduit pas uniquement par une frontière terrestre dessinée par le colonisateur, ce n’est pas fondamental. La vraie partition, la partition la plus dangereuse est celle qui touche à l’identité, car lorsque nous vivons sur une même terre, mais avec des identités fragmentées, cela signifie qu’existent des patries fragmentées au sein de ce que nous pensons être une seule et même patrie, chacun des groupes culturels ayant tendance à s’isoler des autres groupes dans ce qui deviendrait sa patrie privée. C’est dans ce cas que vous pouvez parler d’une patrie qui ne rassemble plus tous ses enfants. C’est ce concept qui vous permet de dire que le colonialisme a réussi, jusqu’à un certain point, à créer des groupes isolés et exclusifs les uns des autres, considérant leur idéologie et leur appartenance comme seule vérité et, en quelque sorte, leur patrie ; toutes les autres n’étant pas autorisées.

Ce succès n’a pas été atteint du jour au lendemain, mais en plusieurs étapes. Je pense que la première de ces étapes remonte à la chute de l’État des Omeyyades. C’est dès cette époque qu’a commencé « le jeu sur les identités » pour créer des fissures au sein de nos sociétés et démolir ce qu’elles avaient en partage. C’est ainsi que l’Histoire ancienne a vu tomber l’État des Omeyyades puis celui des Abbassides. C’est ainsi que l’Histoire moderne a vu tomber la Palestine !

Quant aux fissures dont nous voyons les conséquences dans notre Histoire contemporaine, je crois qu’elles ont commencé avec l’émergence des Frères Musulmans et qu’elles sont allées en s’aggravant depuis l’indépendance en raison du rôle nocif qu’ils ont joué dans un certain nombre de pays arabes, dont la Syrie. Les Frères Musulmans sont à l’origine de la première fissure, la fissure fondamentale entre l’arabité et l’Islam. Ils ont essayé de créer deux patries : une patrie pour les Islamistes et une patrie pour les nationalistes.

Ainsi, « la pensée colonisatrice » n’a jamais cessé de se manifester au travers de guerres successives, dont la « Guerre du Liban » qui avait pour objectif la création d’une patrie pour les Musulmans et d’une autre patrie pour les Chrétiens. C’est là que les conséquences de l’activisme des Frères Musulmans sur le terrain sont devenues plus lisibles, la plus importante et la plus dangereuse d’entre toutes étant la présence d’ « Al-qaïda » à laquelle l’Occident n’a pas manqué de prodiguer son soutien sur fond de révolution islamique en Iran ; révolution venue soutenir la cause palestinienne et donc le cœur même de l’identité pour les Arabes. Cette nouvelle donne les a poussés à s’orienter vers la création d’une nouvelle discorde entre les Sunnites et les Chiites pour démolir la relation entre les Arabes et les Perses ; tandis que le 11 septembre, l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak consacraient les fissures entre les Takfiristes et toutes les branches de l’Islam.

En d’autres termes, plus la discorde s’intensifie au sein d’une patrie, même partiellement, plus cette patrie se rétrécit et ne peut plus rassembler tous ses enfants. Or, la Syrie est toujours une patrie ouverte à tous les siens car si tel n’était pas le cas nous n’aurions jamais pu résister aux « foyers de la discorde » qu’ils ont voulu allumer dans certaines de nos régions. Nous avons pu leur résister jusqu’ici, parce qu’en Syrie existe la conscience d’un peuple capable d’empêcher le plein succès de telles manœuvres.

Par conséquent, la Syrie est la patrie capable de rassembler tous ses enfants, ce qui ne veut pas dire que nous ne devrions pas nous inquiéter de l’existence de ces foyers qui, s’ils n’étaient circonscrits, risqueraient d’en faire une patrie qui ne serait plus pour tous les siens !

2. Monsieur le Président, dès le début vous avez déclaré que ce qui se passait en Syrie n’était pas une révolution… Permettez-moi de rappeler ce qu’a déclaré le ministre russe, M.Sergueï Lavrov, lors de sa première rencontre avec une délégation d’opposants syriens rendus à Moscou où ils se sont présentés comme des révolutionnaires. Je le cite : « Si vous êtes des révolutionnaires et les représentants d’une révolution, pourquoi auriez-vous besoin de l’Étranger ? Un dicton historique dit qu’aucun régime au monde ne peut résister face à la révolution d’un peuple ! ». Personnellement, je suis convaincu que c’est vrai mais vous, Monsieur le Président, sur quel concept vous êtes-vous fondé pour dire qu’il ne s’agissait pas d’une révolution ?

Premièrement et partant de l’Histoire universelle, toute véritable révolution est purement interne et n’a rien à voir avec l’étranger ni de près, ni de loin. Pour exemples : la révolution russe, la révolution française, et même la révolution iranienne ! Toutes les vraies révolutions sont des révolutions populaires dont les facteurs sont purement internes. Mis à part certains détails, toutes les révolutions comportent un versant spontané mais sont dirigées par les élites idéologiques et intellectuelles. Concernant la Syrie, le « facteur externe » était d’emblée évident. C’est justement ce qu’ils ont essayé de cacher et ce qui est désormais d’une clarté absolue, alors que l’étranger nous submerge de déclarations sur ce que nous devrions faire ou ne pas faire pour trouver des solutions à ceci ou cela.

Deuxièmement, le quotidien « Al-Thawra » [Révolution en arabe], dont vous commémorez aujourd’hui le cinquantième anniversaire, fait référence à la révolution de 1963. Une révolution syrienne venue fortifier la patrie, la société, et l’homme ; répandre la connaissance et la culture par la construction de milliers d’écoles ; éclairer le pays par des milliers de lignes et de réseaux électriques dans les campagnes avant les villes ; promouvoir la situation économique par la création d’emplois pour tous, chacun selon ses compétences ; soutenir le plus grand nombre de citoyens : paysans, ouvriers, artisans…

La Révolution de 1963 s’est levée pour bâtir une armée ayant pour seule doctrine les valeurs nationales, une armée qui s’est battue dans les pires des conditions et les plus féroces des combats, une armée qui a triomphé en 1973 et qui continue de triompher depuis 50 ans… Son combat actuel, probablement l’un des plus durs, témoigne de son ancrage sur des principes et des valeurs intellectuelle et révolutionnaire ; valeurs partagées par le peuple et qui l’ont blindée contre ce qui se passe aujourd’hui en Syrie… Cette Révolution s’est faite pour construire un citoyen et une patrie, non pour les détruire ! Comment pourrions-nous la comparer à une quelconque prétendue révolution et comment pourrions-nous parler de révolution dans les circonstances actuelles en Syrie !? Ce dernier concept dont ils ont espéré nous convaincre n’a pas tenu la route et ce, depuis le début !

3. Mais, Monsieur le Président, ne croyez-vous pas qu’à l’intérieur même de la Syrie, certains ont cru à cette idée de « révolution » et ont contribué à la soutenir et à la promouvoir ? Ne croyez-vous pas que des « foyers révolutionnaires » existaient dès le tout début des événements ?

Bien entendu ! Mais ceci nous ramène à la notion de l’identité. Ceux que vous évoquez sont de deux types : l’un qui s’est complètement coupé de son identité pour se laisser éblouir par le rêve occidental y compris tous ses inconvénients ; l’autre qui s’est aussi dépouillé de son identité mais s’est dirigé dans le sens contraire, celui de l’extrémisme religieux. Ce deuxième type est le plus dangereux mais dans les deux cas, il y a extrémisme !

Il est évident que nous devons profiter des apports et des progrès de la civilisation occidentale, mais que nous nous laissions éblouir au point de nous dépouiller de notre propre identité relève en effet d’un certain extrémisme ; d’autant plus que l’identité arabe originale est modérée socialement, culturellement, politiquement et religieusement, parce qu’elle est née de la rencontre de toutes les civilisations qui se sont succédées depuis des milliers d’années. Lorsque l’Étranger cherche à déchirer cette identité dans un sens ou dans un autre, il travaille à la création de ces foyers prétendument révolutionnaires dont vous parlez. C’est ce qui m’inquiète en permanence, car l’extrémisme religieux et le suivisme occidental sont tous deux destructeurs de notre identité. Destruction vérifiée par les perturbations que nous constatons en Syrie ainsi que dans d’autres pays. Le problème n’est pas exclusivement syrien, même si « le facteur externe » y est plus dévastateur. C’est toute la région qui est concernée avec une composante externe surajoutée pour la Syrie !

images_NEWS9_M07_D04_1-24. Néanmoins, Monsieur le Président, ne peut-on considérer que les concepts et les modalités des révolutions changent et qu’il n’est pas obligatoire de se référer aux données historiques déduites des révolutions russe ou française pour parler de révolution en Syrie ?

Tout change en ce monde, mais certains principes humains fondamentaux sont invariables. Ainsi, les religions ne changent pas mais s’adaptent aux changements. Ce sont donc les mécanismes ou des détails nécessaires à cette adaptation qui changent, non les principes essentiels ! Si j’abondais dans votre sens et que je tombais dans le piège qui consiste à dire que ce qui se passe en Syrie est une révolution et que même les principes fondamentaux varient, nous devrions accepter l’idée que les exactions d’Israël en Palestine correspondent à une révolution des israéliens contre l’injustice palestinienne, ou que les USA mènent leur révolution contre l’injustice en Afghanistan et en Irak !  Dans ces deux cas, nous devrions accepter l’idée qu’il ne s’agit ni d’invasion, ni d’occupation. N’est-ce pas là l’idée maitresse soutenue par leurs médias avant d’envahir l’Irak ?

Autrement dit, une certaine lecture contemporaine des événements, telle que vous l’évoquez et telle qu’ils la pratiquent, ne devrait pas nous amener à extirper nos concepts fondamentaux. L’Occident par la voix de ses médias cherche inlassablement à nous faire tomber dans le piège des réalités inversées. Oui, je dirais comme vous que le renversement opéré est radical, que le juste est devenu illégitime et que l’injuste est devenu légitime. Ceux qui ont contribué à légitimer cette réalité inversée ont usé de stratagèmes politiciens et d’une large couverture médiatique. Oui, tout cela est sans doute bel et bien arrivé, mais cela n’implique absolument pas que nous adoptions leur point de vue ou celui de leurs médias.

5. Il n’empêche, Monsieur le Président, que certains Syriens de l’extérieur et de l’intérieur continuent à parler de révolution. Il s’agit donc d’une véritable controverse qui mériterait clarification.

Une controverse qui mériterait plutôt une rectification, puisque même les « ennemis de la Syrie » et leurs médias hostiles n’arrivent plus à soutenir l’idée qu’il s’agit d’une révolution. Ils ne mentionnent même plus le mot « révolution » et ne parlent plus que de « terrorisme ». Désormais, ils se sont déplacés vers un nouveau registre, celui de la distinction entre le « bon terroriste » et le « mauvais terroriste » à la manière américaine ! Ceci n’a évidemment pas échappé à la majorité des Syriens de l’extérieur et de l’intérieur, et nous en constatons les effets en Syrie. Il n’en demeure pas moins que certains ne peuvent toujours pas admettre cette réalité, soit parce qu’ils partagent la pensée extrémiste takfiriste des terroristes, soit parce qu’ils souffrent d’une cécité cérébrale qui fait que ce que capte leur rétine  n’atteint pas leur cerveau. Ceux-là, il n’y a rien à en attendre ! Quoi qu’il en soit, ces deux groupes d’individus sont désormais relativement peu nombreux, et nous ne nous soucions pas trop de ce qui se passe à l’étranger. Ce qui se passe en Syrie concerne le peuple syrien et ceux qui vivent en Syrie, car ce sont eux qui se battent et qui résistent.

6. Monsieur le Président, concernant le « nouveau registre », il est désormais de notoriété publique que des éléments étrangers combattent en Syrie. À certaines périodes, leur nombre se chiffrait en dizaines de milliers selon les estimations occidentales, et non seulement les statistiques syriennes. Comment expliquez-vous que la Syrie se soit transformée en « Terre de jihad » ? Comment et pourquoi en si peu de temps ?

La Syrie ne s’est pas transformée en Terre de Jihad. Le Jihad est motivé par le bien. Le Jihad appelle à construire, à développer et à défendre la patrie et le message divin. Toutes les religions révélées appellent à la justice, au droit et à l’équité. Ce qui se passe en Syrie est l’exact contraire du Jihad. Si jamais vous aviez raison de dire que la Syrie s’est transformée, vous devriez plutôt parler des tentatives actuelles visant sa transformation en « Terre pour le terrorisme » et ceci pour diverses raisons.

Il est clair que le terrorisme se développe et se multiplie automatiquement en situation de chaos et que là où règne le chaos, sévit le terrorisme. Ainsi, lorsque l’État afghan s’est affaibli, le terrorisme s’y est développé ; et lorsque l’Irak a été envahi, le terrorisme s’y est propagé. Le chaos attire donc le terrorisme, mais n’en est pas l’unique facteur de propagation. Des États étrangers en arrivent à le soutenir pour atteindre certains de leurs objectifs. C’est ce qui s’est passé lorsqu’ils ont voulu affaiblir l’État syrien en espérant qu’ils réussiraient à faire fléchir l’immunité historique de ce pays, ses prises de positions, et sa résistance. C’est ainsi qu’ils ont cherché à briser son unité aussi bien culturelle qu’intellectuelle. C’est pourquoi ils ont travaillé à détruire son infrastructure, son économie, et ses institutions étatiques indispensables à ses citoyens. Ces États « ennemis de la Syrie » seraient très heureux de voir sa destruction se poursuivre même si cela devait les occuper longtemps encore !

Mais ce n’est pas la seule raison qui fait que certains pays occidentaux soutiennent le terrorisme en Syrie. Une deuxième raison consiste à croire que ces groupes terroristes takfiristes, qui leur posent un véritable problème de sécurité depuis des décennies, vont tous se diriger vers la Syrie et se faire tuer ! Ainsi, ils feraient d’une pierre deux coups ; d’une part, ils se débarrasseraient d’eux en transférant la bataille de leurs pays ou de pays sous leur influence vers la Syrie ; d’autre part, ils affaibliraient enfin l’État syrien.

7. Pourtant, Monsieur le Président, ceux qui combattent en Syrie sous la bannière de ces groupes armés ne sont pas tous des étrangers. Oui, les étrangers se compteraient par dizaines de milliers. Mais nous avons quand même vu un Syrien manger le cœur de son frère. Qu’est-ce qui a pu nous mener jusque là ?

Lors de nos nombreuses réunions, j’ai souvent commencé par dire que ce qui se passe en Syrie est une « crise des morales » avant d’évoquer extrémisme, takfirisme, facteurs externes, ou autres. Parce que tout cela n’aurait jamais pu pénétrer notre société si elle avait été moralement protégée. Lorsque vous collaborez à fomenter ce type de crises, vous permettez à l’étranger de se mêler des affaires de votre pays. Lorsque la haine et l’argent vous gouvernent, vous vous transformez en mercenaires et tous vos principes patriotiques disparaissent. Et lorsque vous perdez vos principes moraux, vous perdez votre humanité. Vous vous transformez en une autre créature. Je ne dirai pas un animal, parce que l’animal ne mange pas la chair de son frère à moins de crever de faim. L’animal ne mange pas la chair de son frère par rancune. Lorsque vous perdez et vos principes moraux et vos idéaux, vous perdez de vue le concept de la véritable foi. Toutes les religions sont venues renforcer l’humanité par la morale et il est absolument inconcevable que la religion puisse couvrir ces coupeurs de têtes et nécrophages. Lorsque vous prétendez appartenir à une religion en adoptant des pratiques contraires à tous ses principes et dénuées de toute morale, comme cela s’est produit avec certains courants prétendument religieux, la religion devient pelures. Une religion véritable ne peut en aucun cas couvrir de tels comportements !

8. Vous avez dit « L’animal ne mange pas la chair de son frère par rancune ». Sommes-nous face à l’instinct de haine ?

Contrairement aux véritables croyances religieuses ou sociales qui se fondent sur la raison, les croyances déviantes font que l’être humain peut en arriver à haïr son frère si ce dernier ne partage pas sa doctrine. Par conséquent, oui le haineux peut perdre la raison et se laisser guider par sa haine. Je n’ai pas dit que c’est l’instinct qui lui fait perdre la raison et le pousse à décapiter ou à manger le cœur de son semblable, car l’être humain a une disposition naturelle opposée à la haine. C’est plutôt la fragilité des principes moraux et les des doctrines déviantes qui l’éloignent de sa raison.

images_NEWS9_M07_D04_1-39. Monsieur le Président vous avez redéfini le vrai sens du Jihad, mais nous constatons malheureusement que son expression la plus courante consiste à se battre et à tuer. Que faire ?

Il faut faire en sorte de les renvoyer  au Saint Coran, là où la parole divine est on ne peut plus claire. L’islam est une religion de miséricorde et de pardon, le mot « miséricorde » y revient des dizaines de fois. L’Islam est venu pour promouvoir l’humanité en l’homme, l’inciter à croire en l’amour et la compassion et à mépriser le meurtre. Le Prophète Mohamad [PSL] ne dit-il pas, dans le Hadith al-Sharif, que  la disparition de l’univers est plus facile à Dieu que le crime injustifié d’un croyant ? Le Coran et le Hadith sont très clairs et invitent l’humanité à l’amour d’autrui, au pardon, à la justice, à l’équité… Ceux qui prétendent imiter le Prophète devraient se souvenir de son comportement en tant qu’être humain à toutes les étapes de sa vie. Ainsi, ils pourront apprendre que son message est principalement fondé sur des principes moraux et humanistes.

Est-ce que les actions de ces wahhabites takfiristes ressemblent un tant soit peu aux comportements du Prophète Mohamad [PSL] ? J’ai d’ailleurs beaucoup discuté de ce sujet avec des dignitaires religieux syriens ou issus des pays du Levant. Nous pensons que la vie du prophète devrait être étudiée plus en profondeur par le plus grand nombre et à tous les niveaux, car le Prophète n’a pas seulement transmis la parole de Dieu, il l’a aussi mise en pratique sa vie durant. Et le Coran, le Hadith, et la vie du Prophète prêchent le contraire de ce qu’ils font.

10. À qui incombe la responsabilité d’inviter à revenir vers le Coran et vers les comportements du Prophète?

Quand un voleur, un criminel ou un extrémiste surgissent du cœur de la société c’est la responsabilité sociale collective qui est concernée. Mais alors, le premier à devoir assumer ses responsabilités est le gouvernement chargé d’en superviser tous les secteurs, y compris le secteur religieux. Ceci dit, l’État partage cette dernière responsabilité avec l’ensemble des institutions religieuses, dont le ministère des cultes, les instituts, les facultés et écoles, avec une attention particulière pour les plus récemment autorisées à enseigner la charia. Il est désormais indispensable que nous veillions à ce que tous ces organismes se concentrent sur les  concepts fondamentaux de la religion plutôt que de laisser le champ libre aux idées extrémistes qui se sont malheureusement infiltrées dans l’esprit de certains de nos enfants.

11. Certains disent que l’Etat porte la plus grosse part de responsabilité dans la mesure où cet environnement religieux extrémiste s’est développé sous ses yeux. Par exemple, ils lui reprochent de ne pas avoir suffisamment  encadré et contrôlé les écoles religieuses, d’avoir autorisé la construction d’un trop grand nombre de mosquées et, plus grave encore, de ne pas avoir tenu compte du fait que certains en construisaient pour échapper aux impôts !

En effet, au cours de cette crise j’ai rencontré beaucoup de personnes qui m’ont dit quelque chose de semblable, notamment que l’État avait commis une erreur en autorisant les écoles religieuses et qu’aujourd’hui nous en subirions les conséquences. Ce raisonnement n’est pas vrai. Bien au contraire, tout au long de cette crise nous n’avons rencontré aucun problème qui ait été causé par l’une de ces institutions. C’est un sujet très important dont il faut que nous discutions, d’autant plus qu’elles sont les plus aptes à comprendre les racines du problème et les plus engagées dans le contrôle de la situation.

Lors d’un précédent entretien j’ai parlé du rôle des dignitaires religieux, mais ici je veux parler de toutes les institutions religieuses, lesquelles n’ont jamais soutenu aucune manifestation appelant au désordre et au sectarisme. Parallèlement, j’aimerais vous donner une idée exacte de ce que sont ces takfiristes. Sachez que la plupart ne connaissent rien à la religion ; et que si certains connaissent les mosquées, ils n’entendent rien aux vertus de la prière. Dès le début des événements ils se rendaient tous les Vendredi dans les mosquées, juste pour pouvoir hurler leur « Allahou Akbar » à la sortie. Tandis que les institutions religieuses existent depuis des décennies et ont été appelées à jouer un rôle important depuis les années quatre-vingt sur fond de crise déjà fomentée par les Frères Musulmans ; crise qui a alerté l’État sur la nécessité de porter une plus grande attention au secteur religieux pour l’encourager à renforcer la conscience religieuse chez ceux dont les connaissances étaient dangereusement lacunaires, car c’est dès les années soixante-dix que les Frères Musulmans avaient réussi à pénétrer divers milieux de notre société et de notre clergé faisant croire que leur organisation était là pour promouvoir la religion face à « l’État athée » ! Par conséquent, nous devons nous occuper encore plus de l’enseignement religieux comme facteur de rectitude des consciences, non l’inverse.

images_NEWS9_M07_D04_1-1012. Monsieur le Président, un conflit confessionnel a frappé le Liban il ya quelques décades. La même chose est arrivée en Irak après son invasion … Ne pouvions-nous pas imaginer que ce qui s’est passé dans les pays voisins viendrait inévitablement frapper chez nous ? Qu’avons-nous fait pour y faire face ?

Évidemment que nous l’avons imaginé. Sinon, nous n’aurions pas pu nous opposer à une série de politiques étrangères occidentales qui nous paraissaient devoir mener au chaos. Ainsi nous avons catégoriquement refusé la guerre contre l’Irak en dépit de toutes les menaces américaines, et malgré toutes les offres alléchantes en retour…

Nous sommes, par principe, opposés à toute agression contre un pays frère ou ami. Mais si nous avons dit « non », ce n’était pas uniquement par souci fraternel pour l’Irak mais aussi parce que nous mesurions les conséquences désastreuses de cette guerre. Nous avions exprimé cette même inquiétude en ce qui concerne l’Afghanistan. Après le 11 Septembre, je n’ai cessé de mettre en garde les fonctionnaires américains. En ce temps là ils nous rendaient encore visite en Syrie et répétaient à l’envi qu’ils allaient s’attaquer aux terroristes et les frapper partout où ils se trouvaient. Ils supposaient que nous étions ravis de leur discours puisque dès 1985 la Syrie avait été la première à définir clairement le terrorisme et avait appelé à la formation d’une coalition internationale contre ce fléau. À l’époque, cet appel n’avait pas intéressé grand monde parce qu’ils n’avaient pas encore goûté au terrorisme dans leurs pays.  J’ai moi-même dit et répété aux Américains que leur guerre en Afghanistan allait le renforcer et le répandre.

Car le terrorisme est comme le cancer. Si vous lui donnez un coup de bistouri sans pratiquer une exérèse totale, il métastase. Il faut donc l’éradiquer, non se contenter de le frapper. Mais la guerre n’est pas un moyen suffisant pour réussir son éradication. Il faut y ajouter l’éducation, la culture, la communication et même l’économie. Ils n’ont pas voulu écouter et nous souffrons toujours des conséquences de la guerre en Afghanistan. Ou alors ils ont écouté mais ont choisi de refaire leur coup en Irak bien que nous les ayons prévenus que la situation allait se transformer en guerre sectaire et mener vers la partition, et c’est ce à quoi nous assistons. Quant à nous, dès 1976 nous sommes entrés au Liban en raison des répercussions immédiates de la guerre sur la Syrie. Oui nous sommes entrés pour protéger le Liban, mais pour protéger la Syrie aussi !

Donc, pour répondre à votre question, je dirai que nous observions ce qui se passait autour de nous quittes à intervenir quand nous le devions et que nous le pouvions. Mais vous ne pouvez pas vous soustraire à votre environnement et ce qui devait arriver est arrivé ! Pourtant, ces dernières années et notamment après la Guerre d’Irak, nous nous sommes employés à prévenir, autant que possible, les retombées néfastes de l’extérieur vers l’intérieur. Là aussi, vous pouvez prévenir partiellement, retarder quelque temps, mais vous ne pouvez interdire toutes les retombées tout le temps. Aussi, les foyers extrémistes ont commencé à apparaître en Syrie dès 2004. Au départ il s’agissait de foyers étrangers mais malheureusement, avec le temps, une proportion non négligeable de Syriens les ont rejoints.

13. Des tentatives visant à créer des divisions sectaires existeraient donc depuis le début et même avant cette crise. Que pensez-vous de la dernière tentative consistant à accuser le Hezbollah de dérive confessionnelle ?

Ils ont utilisé tous les moyens pour déstabiliser notre région : colonialisme direct ou indirect, menaces, déstabilisations sécuritaire et culturelle… Mais la Syrie est restée l’obstacle empêchant la réussite de ce qu’ils avaient planifié. Dernièrement et suite aux événements survenus dans certains pays arabes, ils se sont imaginés que le moment était propice pour frapper la Syrie et à travers elle atteindre « l’Axe de la Résistance » en inversant les réalités de la région. Pour cela, ils s’évertuent à redéfinir et l’ennemi et l’allié. Israël doit se transformer en « ennemi invisible » et pourquoi pas en « ami » ; alors que la Résistance doit apparaître comme l’ennemi dont le projet est à visée confessionnelle, non un mouvement de lutte contre l’occupation israélienne !

C’est là leur dernière trouvaille pour frapper le concept même de la Résistance contre Israël, et c’est dans ce but qu’ils ont cherché à modifier la perception du peuple syrien. Ils ont cru qu’ils réussiraient à aveugler nos consciences, modifier nos idéaux, nous faire reculer ou hésiter, nous faire peur étant données les retombées prévisibles de toutes ces déviances. Ils ont échoué aujourd’hui, comme ils avaient échoué par le passé.

Pour nous comme pour la Résistance et pour tous ceux qui nous soutiennent, la voie est claire. L’Étranger pourra continuer à manigancer autant qu’il le voudra. Nous atteindrons nos objectifs autant par notre résistance que par notre immunité intérieure. Nous y arriverons sans jamais hésiter et par nos propres moyens. Ils peuvent toujours continuer à discuter, nous ferons ce que nous jugerons bon dans l’intérêt de la Syrie.

14. Avions-nous besoin que les soldats du Hezbollah se battent à nos côtés ?

Ce n’est pas la première fois que l’on me pose cette question. Ma réponse sera très claire : l’armée syrienne se bat dans de nombreuses régions du pays, si nous avions eu besoin d’une aide étrangère nous aurions pu l’obtenir. S’agissant de la bataille d’Al-Qusayr, la question relève plus de la Résistance que de la situation interne en Syrie. De plus, cette ville n’a pas l’importance stratégique qu’ils ont cherché à lui accorder.

15. Mais l’Occident l’a présentée comme la bataille des batailles !

Exact ! Ceci parce qu’elle devait avoir une incidence aussi bien sur la situation interne syrienne que sur la Résistance ; d’autant plus que la ville d’Al-Qusayr, située en zone frontalière, est considérée comme l’arrière cours de la Résistance. Une Résistance forte a nécessairement besoin d’une réelle profondeur. La Syrie est la profondeur de la Résistance. D’où l’importance stratégique de cette ville par rapport aux relations entre la Syrie et le Liban, et plus spécialement entre la Syrie et la Résistance. C’est la raison fondamentale qui explique que la Résistance devait se joindre à la bataille qui la concernait autant que la Syrie. Oui, il était nécessaire qu’elle le fasse. Nous n’avons pas hésité, nous ne nous en sommes pas cachés, et nous n’avons pas à en rougir.

Mais je répète que si nous avions besoin de la Résistance, pourquoi en aurions eu besoin à Al-Qusayr et non à Damas, Alep ou dans d’autres régions ? Pourquoi exagérer cette participation ? Nous avons notre Armée et désormais les nombreux éléments de notre Défense nationale qui se battent à ses côtés. Aucun pays étranger ne pourrait nous garantir un tel nombre de défenseurs prêts à soutenir nos Forces armées.

16. Monsieur le Président, contrairement à tout ce que vous venez de nous dire certains opposants, en particulier ceux de l’extérieur, continuent à prétendre que ce qui se passe en Syrie est un conflit confessionnel et que c’est l’État qui a créé une structure sectaire dans son propre intérêt.

Dire que c’est l’État qui a créé une structure sectaire, c’est dire que l’État contribue à diviser la société syrienne. C’est dire que l’État cherche à diviser la patrie. Ces allégations sont-elles compatibles avec tous les combats que nous menons pour l’unité de la Syrie ? Ne sont-elles pas catégoriquement contredites par, à la fois, notre répartition démographique et la nature des batailles que nous menons ? Pour qu’un État reste fort, n’a-t-il pas intérêt à ce que le pays reste uni et que la situation sociale soit apaisée ? N’est-ce pas là un principe universel qui contredit toutes ces allégations ? En réalité, la structure sectaire pousse l’État vers la faillite et non vers la réussite, et aucun État au monde ne s’orienterait dans cette direction à moins qu’il ne soit un état ignorant. Ce qui n’est pas le cas de la Syrie !

17. Monsieur le Président, permettez encore plus de précision. Certains, dont particulièrement les occidentaux, vous accusent d’avoir été suffisamment malin pour faire croire « aux minorités » qu’elles étaient menacées dès le tout début des événements. Ainsi vous auriez réussi à les fidéliser. De leur point de vue, vous seriez donc responsable de la division de la société syrienne.

Si ce discours était vrai, nous serions tout de suite entrés en guerre civile et l’État serait tombé ! Si nous avions fonctionné selon cette logique, la Syrie toute entière l’aurait refusée ; car en Syrie on ne parle jamais de minorités et de majorités. Mais admettons que nous puissions adopter une telle terminologie, il est évident que les minorités ne peuvent pas protéger l’État. L’État tient sur des majorités, pas nécessairement sur des majorités confessionnelles ou religieuses, mais obligatoirement sur des majorités populaires. Par conséquent, l’État et le peuple syriens ayant tenu bon, cela implique qu’il ne s’agit pas de minorités mais de majorités qui ont soutenu leur État. Et, dans notre cas, les majorités ne peuvent qu’inclure toutes les communautés ; ce qui démolit toutes ces accusations.

Il est remarquable de constater que le projet hégémonique occidental a toujours essayé de se servir de cette notion de minorité, témoin en est le colonialisme français et la façon dont il a divisé la Syrie : un état alaouite, un état druze, Damas, Alep… En toutes choses, ils se sont fondés sur cette notion de minorité. Mais, quatre-vingt-dix ans plus tôt, nos grands parents avaient pris conscience de la gravité d’une telle partition. Est-il raisonnable que malgré nos expériences passées nous soyons moins conscients que nos ainés ? N’y voyez-vous pas une deuxième contradiction ? Ils ont déjà tenté cette même expérience et bien qu’ils aient battu monnaie et accumulé les documents de propriété, elle a échoué. L’expérience a échoué hier et il est impossible qu’elle réussisse aujourd’hui, sauf si la pensée  takfiriste ou l’idéologie des Frères Musulmans arrivaient à s’enraciner en Syrie. La discorde aidant, la partition deviendra possible comme cela s’est passé pour d’autres pays arabes. Mais cela ne se produira pas !

18. Mais les accusations, prétendant que c’est l’État qui a créé une structure sectaire, ne sont pas formulées que par des extrémistes. Elles sont aussi soutenues par certains intellectuels qui se présentent comme des laïcs.

C’est malheureusement vrai. Les discours sectaires que nous entendons ne sont pas uniquement tenus par des  extrémistes mais sont aussi tenus par de prétendus laïcs. Aujourd’hui, nous sommes face à deux groupes versant dans le sectarisme. Un groupe qui se prétend laïc, bien que nous ayons dit et répété que la laïcité n’est pas contre les religions, mais  signifie la liberté des cultes. Un autre groupe qui se prétend religieux mais qui ignore tout de la religion. Ce qui est essentiel est que la majorité de ceux qui sont instruits des religions et qui ont la foi ne sont absolument pas tentés par le sectarisme et pensent, comme nous tous, que le sectarisme est l’antithèse de la religion.

Le trait d’union, entre le premier groupe qui se prétend instruit et laïc et le deuxième qui prétend connaître l’essence de la religion, est l’ignorance. L’ignorance religieuse plus précisément, car c’est ce qui mène vers le sectarisme dans le sens péjoratif  de ce terme. Autrement dit, je ne parle pas ici de ceux qui partagent une même doctrine religieuse réfléchie. Entre les deux existe une nette différence, la doctrine étant fondée sur la pensée intellectuelle. Ainsi, nos anciens dignitaires religieux nous ont construit des écoles de pensées qui ont enrichi notre compréhension des religions. Ils ne nous ont jamais encouragés à adhérer à ce type de sectes et de sectarisme. C’est ceux qui ignorent la religion qui font que leur secte se substitue à la religion, ce qui est grave et destructeur. Par conséquent, nous ne sommes pas surpris par ces groupes qui se vantent d’être laïcs, alors qu’ils ne savent pas ce qu’est la religion, ni ce qu’est la laïcité. Tout ce qu’ils connaissent c’est le confessionnalisme !

19. Compte tenu de toutes ces idées fausses et de toutes ces pratiques perverses qui ont envahi notre société apportant leurs lots de meurtres, de décapitations, de fanatismes et de divisions, assistons-nous aux prémices de la faillite du projet d’unité panarabe au profit des intolérants et des takfiristes ?

L’identité arabe est menacée par trois facteurs : le premier est son aliénation à l’Occident, le deuxième est l’extrémisme, et le troisième est la triste performance de certains États arabes qui a conduit à s’éloigner du concept de l’arabité. Ces trois facteurs ont d’ores et déjà porté des coups sévères au projet d’unité panarabe. Ce projet bien que moribond est encore en vie. C’est ce qui ressort des attitudes du peuple qui n’a pas abandonné son identité. Certes, il a été affecté, ici ou là, par les foyers de la discorde ; mais la société arabe n’a pas changé. Au contraire, elle reste toujours enracinée dans son identité première : l’arabité !

20. Au début de la crise, la Turquie nous a appelés à négocier avec les Frères Musulmans en tant que mouvement politique. La Syrie a opposé un  refus catégorique et la voici qui accepte de se rendre à Genève « sans conditions préalables ». Monsieur le Président, allons-nous dialoguer avec les Frères Musulmans ?

Nous dialoguons avec toutes les parties. Nous dialoguons en partant du principe que nous pourrions amener l’autre partie sur la bonne voie, la voie de la patrie. Nous avons dialogué avec les Frères Musulmans même après qu’ils nous aient frappés en Syrie, en 1982. Nos dialogues ont été ininterrompus, mais franchement, à chaque fois nous avons eu à constater que les Frères Musulmans n’abandonneraient jamais leur logique hypocrite, et surtout pas leur unique objectif : le pouvoir. Ils n’ont jamais raisonné en termes de patrie.

D’autre part, nous dialoguons avec eux en tant qu’individus, non en tant que parti politique ; le principe même d’un parti religieux étant inacceptable pour nous. Notre nouvelle constitution ainsi que nos lois sur les partis sont très claires là-dessus. Une fois de plus, cela ne veut absolument pas dire que nous sommes contre la religion. C’est tout le contraire. Nous sommes pour la religion, mais nous pensons que la religion est un appel à toute l’humanité. Par conséquent, elle ne peut être reliée à une catégorie limitée de personnes, et elle est bien trop noble pour être mêlée aux détails partisans…Nous pensons aussi que la vraie religion ne peut que renforcer l’éthique et la morale, qui à leur tour contribuent à renforcer les partis politiques, l’économie, le commerce et, en fin de compte, la patrie elle-même.

C’est ce que nous pensons et c’est pourquoi nous ne les reconnaissons pas comme parti politique. Pour nous, ce sont des terroristes qui ont assassiné des milliers de Syriens. Nous ne l’avons pas oublié ! Leurs directions et leurs dirigeants qui ont ordonné les meurtres de Syriens sont maintenant à l’étranger, mais n’ont pas changé. Nous dialoguerons avec tout le monde tout en ayant à l’esprit quelles sont leurs véritables tendances. Nous dialoguerons en sachant qu’il est très peu probable qu’ils aient pu évoluer et qu’ils soient soudain devenus modérés ou patriotes après près d’un siècle d’immobilisme. Ici, il faut rappeler que certains de leurs dirigeants, avec lesquels nous avions justement dialogué en 1982, sont rentrés au pays à titre personnel. Ils n’ont pas abandonné leur croyance doctrinaire, ce qui ne nous empêche pas de les respecter dans la mesure où lis sont revenus pour contribuer à construire le pays et non à le détruire.

En tout cas, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, le plus important est que les données du dialogue avec telle ou telle partie seront soumises à un référendum populaire. Le peuple ne peut choisir que ce qui est bon pour la patrie !

21. S’agissant des Frères Musulmans que pense le Président Al-Assad de ce qui se passe en ce moment même en Égypte ?

Il s’agit, tout simplement, de la faillite du dit « Islam politique », faillite d’un type de gouvernance que les Frères Musulmans ont voulu vendre non seulement en Égypte… Quoi qu’il en soit, je dis et je répète que nous n’acceptons pas que l’Islam descende au niveau de la politique, car la religion est au-dessus de la politique. Pour nous, le message religieux doit suivre son propre chemin indépendamment et séparément de la gouvernance, de ses tours et ses détours.

C’est donc une expérience qui a très vite échoué, car  fondée sur des principes erronés. Le regard que nous portons sur les Frères Musulmans est maintenant compatible avec la situation en Égypte. Quiconque utilisera la religion au profit de la politique, ou d’un groupe exclusif, subira l’échec tôt ou tard et n’importe où en  ce monde.

22. Les Frères musulmans ont échoué parce qu’ils ont trompé le peuple égyptien, ou bien est ce le peuple qui s’est soudainement aperçu de ce qu’ils étaient en réalité ?

Lorsque vous parlez de l’Egypte, de l’Irak et de la Syrie, vous parlez de pays situés dans des zones stratégiques et enracinés dans l’Histoire et la Terre depuis des milliers d’années. Par conséquent, leurs peuples ont accumulé une sensibilité et des connaissances particulières qui font que vous ne pouvez plus les tromper. Certes vous pouvez tromper une partie du peuple, une partie du temps ; mais vous ne pouvez pas tromper tout le peuple, tout le temps. Ceci, sans oublier que le peuple égyptien porte en lui des milliers d’années de civilisation et une pensée arabe et nationaliste évidente. Ce qui s’est passé cette dernière année est peut-être une réaction en rapport avec le gouvernement précédent. Mais cette année aura permis à ce peuple de découvrir les mensonges du nouveau. Il semble qu’il ait été aidé en cela par les pratiques des Frères Musulmans eux-mêmes.

23. Un an ! C’est une vitesse record.

En effet. Le mérite en revient aux Frères Musulmans.

24. Est-il juste de dire que l’expérience des Frères Musulmans au pouvoir est un échec 

Pour nous, elle avait échoué avant même de commencer. Ce type de gouvernance ne peut qu’échouer car il est incompatible avec la nature humaine. Le projet des Frères Musulmans est un projet hypocrite destiné en réalité à créer des troubles dans le monde arabe. Ils ont été les premiers à fomenter les conflits sectaires en Syrie dès les années 1970, alors que nous ne savions même pas ce que signifiaient le sectarisme et le communautarisme. Nous n’en avions jamais entendu parler comme nous ne pouvions pas en comprendre les concepts. Leur projet est donc un projet de discorde qui n’est pas durable pour les sociétés conscientes. D’où notre verdict avant même qu’il ne soit mis en application.

25. Certains disent que la décision de rompre les relations avec la Syrie est  l’une des causes de ce que nous observons aujourd’hui dans la rue égyptienne. Reuters, citant une source militaire, avait rapporté que l’armée elle-même avait commencé à changer d’avis suite aux déclarations de Morsi lors de sa rencontre avec l’opposition syrienne.

Je ne veux pas parler au nom des Egyptiens, mais je peux vous dire que lorsqu’il y a quelques semaines Mohamad Morsi a annoncé la rupture des relations avec la Syrie, des contacts ont eu lieu entre les deux parties pour parvenir à un compromis. Cela a d’ailleurs été révélé par le ministre syrien des Affaires étrangères, M. Walid al-Mouallem, lors de sa dernière conférence de presse. Ce qui implique qu’au sein même du gouvernement égyptien certains désapprouvent cette décision, parce que c’est une mauvaise décision. Jugement partagé par de nombreux intellectuels et éminents journalistes égyptiens qui n’ont pas tardé à clairement exprimer leur indignation.

C’est une mauvaise décision parce que la relation stratégique entre les deux pays remonte très loin dans le temps. Il y a des milliers d’années, les pharaons en avaient pleinement conscience tant du point de vue politique que du point de vue militaire. D’où la bataille entre Égyptiens et Hittites à Kadesh [située non loin d’Al-Qusayr et de Homs] en 1280 av. J.-C. ; les Hittites d’Anatolie ayant déjà réalisé l’importance des relations avec la Syrie pour leurs propres intérêts, les pharaons considérant la Syrie comme la profondeur stratégique de l’Egypte. Il n’y a eu ni vainqueur ni vaincu, et la bataille s’est soldée par l’un des plus anciens accords connus. Voilà ce que les pharaons avaient compris dès 1280 av. J.-C. Comment se fait-il qu’une personne vivant au XXIe siècle ne l’ait pas compris ? C’est d’une ignorance éhontée !

26. Monsieur le Président, le processus que vous avez enclenché est en marche : les travaux préparatoires sont bien avancés, le dialogue se poursuit, Genève 2 est à l’horizon… Mais toutes ces questions sont d’ordre politique, alors que je voudrais vous interroger sur des questions d’ordre humain concernant la tolérance, la réconciliation, le pardon… Certains se demandent comment pourrions-nous pardonner aussi bien dans le domaine interne que dans le domaine externe ?

Pour moi, le domaine interne est le plus important. Nous avons parfois tendance à mettre tout le monde dans le même panier, alors qu’il y a celui qui a saboté mais n’a pas assassiné, celui qui a porté des armes mais n’a pas tué, celui qui a aidé mais n’a pas commis de crime… Autrement dit, nous avons à faire à toutes sortes de gens. Nous pensons que l’État peut pardonner à ceux qui n’en sont pas arrivés à assassiner à condition qu’ils reviennent dans le giron de la patrie. C’est alors une question de Droit public qui relève de la responsabilité de l’État.

En revanche, en cas d’assassinat nous sommes dans le domaine du Droit des personnes et l’État ne peut pousser à renoncer à un droit personnel. Ceci dit, un certain nombre de familles que j’ai rencontrées m’ont dit mot pour mot : «Si le sang de notre fils ou de notre frère peut résoudre le problème, nous pardonnerons ! ». Lorsque vous entendez de tels propos tenus par des familles qui ont perdu leurs enfants, vous ne pouvez qu’en retenir la leçon et en conclure que le pardon est indispensable pour résoudre les crises nationales à condition qu’il soit personnel et non réglementé.  Le pardon est en effet une force et une marque de patriotisme. Nous devrions tous adopter cette attitude. Comme tant d’autres familles, ma famille a été frappée et a perdu des proches ; mais nous devons faire passer notre patrie avant nos sentiments personnels et ceci aussi bien en interne qu’en externe.

Concernant le domaine externe il relève de la politique étrangère qui repose sur des principes et tient compte des intérêts du pays beaucoup plus que des émotions. Il y a donc à la fois des principes à respecter et des intérêts à défendre, l’idéal consistant  à trouver la liaison indispensable entre les deux. Liaison indispensable, car lorsque vos principes sont incompatibles avec vos intérêts, les premiers sont faux ou les seconds sont mauvais. S’agissant de pardon et de réconciliation en matière de relations étrangères, ils sont bénéfiques lorsqu’ils servent notre objectif premier qui est l’intérêt du citoyen syrien. Pourquoi exclurions-nous cette possibilité ? Nous ne l’avons pas fait. Nous avons déjà accueilli un certain nombre de personnalités politiques représentant des gouvernements qui ont démontré leur hostilité à notre égard, toujours dans le but de servir les intérêts du citoyen syrien.

27. Monsieur le Président, les citoyens syriens sont aujourd’hui face à deux préoccupations majeures. D’une part, le terrorisme avec son lot de sang et de destructions. D’autre part, la dégradation de la situation financière. Que pensez-vous de la rumeur qui court sur les conséquences désastreuses dues à de la hausse démentielle du taux de change du Dollar ? Que diriez-vous au citoyen syrien ?

Une évaluation objective de la situation doit se fonder sur des évidences. La première évidence implique que le bien-être du citoyen nécessite une bonne situation économique, laquelle exige une bonne situation sécuritaire. Par conséquent, le problème de l’insécurité influe directement ou indirectement sur la situation économique de chacun que nous le voulions ou pas, et malgré les meilleurs compétences que nous chargerions de ce secteur.

Une autre évidence est que nous payons notre refus d’obtempérer aux exigences de gouvernements étrangers. Les États qui ont cherché à nous frapper, en soutenant une prétendue révolution puis le terrorisme et qui ont été mis en échec par notre peuple et notre armée, n’avaient plus d’autre solution que de s’attaquer à notre économie. Telle est leur vengeance contre le citoyen syrien pour avoir soutenu sa patrie avant toute autre considération. Il faut qu’il paye le prix en endurant parallèlement les sanctions financières et les violences terroristes. Si vous tenez compte de ces deux éléments, vous mesurerez ce que nous coûte notre indépendance ; un prix exorbitant, mais que nous sommes obligés de payer !

Maintenant, nous pouvons toujours limiter les dégâts en luttant contre les inévitables profiteurs de guerre et les éventuelles erreurs des fonctionnaires. Nous devons identifier les politiques qui conviennent aux circonstances du moment, et ne pas tomber dans les erreurs de ceux qui évaluent les performances du gouvernement actuel selon les critères d’avant la crise. C’est là un comportement irréaliste car la situation est toute autre. De même, il est impossible que nous consommions de la même manière qu’avant la crise. Cela aboutirait à exercer une pression supplémentaire sur l’économie et sur la Livre syrienne. Nous sommes obligés de nous adapter et de modifier nos modes de vie et de consommation jusqu’à ce que nous parvenions à la solution politique qui va de paire avec le rétablissement de la pleine sécurité. Nous devons comprendre que nous ne pourrons mettre un terme à nos difficultés économiques tant que nous n’aurons pas restauré la sécurité.

Et c’est parce que ces difficultés économiques touchent toute la société abstraction faite de l’appartenance politique, nous devons tous nous unir pour battre le terrorisme, condition préalable pour le rétablissement de notre économie. Il faut savoir que même les citoyens qui ont rejoint les foyers de la discorde et qui ont adhéré à la prétendue révolution sont maintenant frappés par la pauvreté. Il est regrettable qu’ils en soient arrivés là pour se mettre à réfléchir. Comme il est regrettable de toujours compter sur les autres, problème courant dans nos sociétés.

Oui, nous devons absolument tous travailler ensemble que l’on soit responsable politique, fonctionnaire ou citoyen. Nous devons inventer de nouvelles idées et travailler ensemble à les concrétiser. Nous devons solliciter toute notre créativité pour trouver des solutions à la crise, sinon c’est la crise qui nous imposera ses solutions. Oui nous avons encore cette option, et je dis et je répète que si nous coopérons tous ensemble pour en finir avec le terrorisme dans le plus court délai possible, nous n’aurons plus à craindre pour notre économie qui sera encore plus prospère qu’avant, parce que notre peuple déborde d’énergie.

Nous sommes un pays de civilisations. Nous avons construit notre pays avec nos moyens et nos compétences. Pour cela, nous n’avons pas sollicité l’aide de l’étranger. Nous avons rencontré des difficultés… mais nous l’avons construit. Nous sommes donc capables de le reconstruire une fois cette crise vaincue, comme nous sommes capables de rétablir notre économie. Mais d’abord, il nous faut rétablir la sécurité.

28. Quelle est la vérité sur les ressources de nos eaux territoriales en pétrole et en gaz, ressources qui ont fait l’objet de rapports issus de divers centres de recherche 

C’est la vérité, que ce soit dans nos eaux territoriales ou dans notre sol. Les premières études ont fait état d’importants gisements de gaz dans nos eaux territoriales. Puis, nous avons su que d’autres gisements s’étendaient de l’Egypte, à la Palestine et sur tout le long de la côte ; ces ressources étant plus abondantes dans le nord.

Certains disent que l’une des raisons de la crise syrienne est qu’il serait inacceptable qu’une telle fortune soit entre les mains d’un État opposant mais, évidemment, personne ne nous en a parlé de façon directe. C’est une analyse logique de la situation et nous ne pouvons ni la réfuter, ni la considérer comme une raison secondaire. C’est peut-être la raison principale de ce qui se passe en Syrie mais, pour le moment, elle reste du domaine de l’analyse.

29. Monsieur le Président, j’aimerais revenir sur les conditions de vie mais sous un autre angle. Le gouvernement a procédé à deux augmentations de salaire depuis le début de cette crise. La première était attendue et certains pensaient qu’elle était nécessaire. En revanche, la deuxième était inattendue dans le sens où certains ont été surpris de voir l’État accorder cette augmentation dans ces circonstances difficiles. C’est certes un élément d’espoir pour les projets d’après la crise. Nous dirigeons-nous dans ce sens ? Avons-nous fait ce qu’il fallait pour notre avenir ?

Vu les destructions que nous avons subies, il est évident que l’économie syrienne devra essentiellement travailler à la reconstruction ; ce que nous avons d’ores et déjà commencé à faire. Nous avons planifié et validé nos projets, puis nous avons commencé leur mise à exécution. Le retard n’est dû qu’à la situation sécuritaire, la sécurité étant essentielle pour que les divers corps de métiers puissent se rendre à leur lieu de travail. Quant à l’augmentation des salaires, il est certain qu’il est surprenant qu’un État qui subit une telle agression guerrière puisse continuer à payer les salaires et à assurer les services, même de moindre qualité, là ou d’autres États beaucoup plus puissants auraient failli. C’est un succès non négligeable, mais je répète que nos ambitions sont plus grandes et que nous pouvons mieux faire si nous nous épaulons les uns les autres.

30. Reste une autre question en relation avec les conditions de vie des citoyens. Certains considèrent que c’est l’État qui est responsable de l’insécurité des frontières, du désordre du marché, et de la flambée des prix. L’État serait absent. Est-ce que nous en sommes là parce nous avons été surpris par la crise, ou bien est-ce nos institutions qui sont déficientes?

Il est certain que les lacunes et dysfonctionnements de certaines institutions étatiques existaient avant la crise. J’ai régulièrement abordé ces problèmes, y compris ceux relatifs à la corruption, à la négligence, à l’incompétence de certains responsables… La crise a évidemment mis à découvert tous ces déséquilibres et les a même multipliés, ce qui est normal. Mai dire que l’État est absent ou présent sur la seule base de la situation interne avant et après la crise, c’est considérer que cette crise est strictement d’origine interne, ce qui n’est pas le cas. Certes, la situation interne souffre de la corruption, de l’insécurité, du chaos, des exactions des bandes armées… comme c’est les cas pour d’autres pays. Mais notre situation est complètement différente. Nous sommes en situation de guerre, une guerre venue de l’extérieur mais qui utilise des outils de l’intérieur. L’État travaille à la défense de la patrie et, dans ces conditions, il est illogique d’évaluer son action globale sans tenir compte de l’ensemble de la situation.

La présence de l’État se juge avant tout sur le maintien ou l’abandon de ses principes. Est-ce que l’État syrien a renoncé à ses principes ? Non, il n’a renoncé ni aux principes fondamentaux de sa politique interne, ni aux principes fondamentaux de sa politique externe. Il est toujours pour la Résistance. Il est toujours aussi concerné par la question palestinienne. Il continue à payer les salaires et à assumer ses responsabilités vis-à-vis des ouvriers et des cultivateurs. Il continue à embaucher là où il le peut. Il continue à assurer les services dus aux citoyens, malgré la destruction des infrastructures. En plus des réformes, ils lancent autant de projets que la situation le permet. Par conséquent l’Etat syrien n’est pas absent, il est en situation de guerre !

31. Nos institutions et nos infrastructures sont vandalisées ou détruites, ce qui est perçu par certains comme le début de la faillite de l’Etat syrien. Est-ce le cas ?

S’ils frappent nos infrastructures, détruisent notre économie, cherchent à installer l’insécurité et le chaos dans notre société, c’est justement pour nous mener à une situation d’État en faillite. Mais nous n’en sommes  pas encore là, la preuve en est que l’économie fonctionne toujours malgré les graves difficultés que personne ne s’attendait à nous voir dépasser. Les ouvriers, les employés, les commerçants… continuent à se rendre à leur travail malgré les énormes problèmes de sécurité. La vérité est que le peuple syrien a prouvé qu’il était résistant et plein de vie. Après les explosions, une fois que les victimes ont été évacuées et les gravats retirés, chacun reprend son travail même si tous s’attendent à ce qu’un obus tombe, qu’une bombe explose, qu’une attaque terroriste survienne… Nous n’avions jamais connu cela en Syrie. Nous ne savions même pas que nous en étions capables. Nous savons aujourd’hui que nous sommes un peuple vivant qui croit en son destin, ce qui fait que nous ne prendrons pas le chemin de la faillite.

Maintenant, je pense qu’ils ont épuisé toutes les armes possibles et imaginables, pour nous atteindre moralement, physiquement, psychologiquement… Il ne leur reste plus que l’intervention militaire directe, mais je ne crois pas qu’ils en arriveront jusque là pour de multiples raisons. J’ai souvent dit que commencer une guerre est une chose, en finir c’est autre chose ! Nul ne peut prévoir la fin d’une guerre. D’où les hésitations ou les refus de la majorité des gouvernements. Quant à nous si nous continuons à en franchir les étapes avec autant de conscience, nous n’avons rien d’autre à craindre. Je ne suis pas inquiet.

32. Vous êtes donc optimiste, Monsieur le Président ?

Si je n’étais pas optimiste, je n’aurais pas pu résister aux côtés du peuple syrien ; et si le peuple syrien n’était pas optimiste, il n’aurait pas pu résister. Le désespoir est à la base et le début de la défaite. La défaite est avant tout psychologique. Si les gens que je rencontre n’étaient pas optimistes ils ne me répéteraient pas : « La crise touche à sa fin », « la Syrie est protégée par Dieu », « Nous n’avons pas peur ». Ils ne reviendraient pas sans cesse sur les paroles de feu le cheikh Mohamad Saïd Al-Boutî qui croyait que la Syrie s’en sortira … C’est animé d’une vraie foi, religieuse et patriotique, que le peuple syrien attend la fin de cette crise. Il faut donc croire que sans optimisme il n’y aurait pas foi, et que sans foi il n’y aurait pas optimisme.

24. À l’occasion de ce cinquantenaire, Monsieur le Président, puis-je me permettre de vous demander d’adresser un message personnel à tous mes collègues de la presse écrite ? En un mot, ils ont été exemplaires par leur dévouement, leur abnégation et leur travail acharné. Je pense en cet instant à l’un de nos collaborateurs, simple ouvrier à l’imprimerie, qui se met en danger toutes les nuits en risquant sa vie à chaque poste de contrôle routier. Il n’a aucune ambition politique et n’est motivé que par son patriotisme et son sentiment d’appartenance à notre institution. Je dois dire que cette remarque s’applique à tous les employés des médias nationaux qui ont témoigné de leur fidélité à notre patrie.

Ce que vous dites des employés de votre quotidien, et qui en effet s’applique à tous les employés des médias nationaux, confirme que le peuple syrien est bien vivant et résiste ! J’espère que vous transmettrez mes chaleureuses salutations à tous vos collègues, d’autant plus que vous commémorez le cinquantenaire de l’un des plus anciens quotidiens patriotes syriens et qui coïncide avec le cinquantième anniversaire de la Révolution du 8 Mars 1963 dont nous venons de rappeler tout ce qu’elle a apporté à la Syrie. Et puisque la vraie révolution que nous vivons est la « Révolution du peuple et de l’armée contre les terroristes » et certainement pas celle dont ils font la publicité mensongère, j’espère que désormais le nom du quotidien  « Al-Thawra » rappellera non pas une seule révolution mais deux à la fois : la Révolution de 1963 et la révolution de 2013 !

bachar_asma_al-assad_sn635Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

04/07/2013

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Texte original : Al-Thawra [Rédacteur en chef : Ali Kassem]
http://thawra.alwehda.gov.sy/_archive.asp?FileName=63241515720130704021727

Les nouveaux  »printemps arabes » : Où sont les russes et les chinois ?


APTOPIX Pakistan US Prophet FilmDepuis quelques semaines, personne ne comprend plus rien aux bouleversements en cours au Moyen-Orient. Sur 10 analystes, il y en a 5 qui avancent une hypothèse et 5 autres qui avancent une hypothèse exactement contraire, toutes étant étayées par des arguments solides. La vérité c’est qu’ils sont perdus. Rien ne colle vraiment à 100%, et aucune de leur logique ne tient la route jusqu’au bout.

Si on récapitule tous ces événements, certains points clé échappent à la compréhension si l’on se réfère à la grille de lecture dont nous disposons et à ce que nous savons aujourd’hui. Que savons-nous ? Depuis deux ans, la Syrie fait l’objet d’une agression délibérée de la part de l’Empire. Pour la mener à bien, une coalition a été créée de toute pièce, puis équipée et entraînée par le même Empire. L’Empire, c’est bien sûr l’OTAN + Israël + les satellites du golfe. La coalition, quant à elle, est composée de mercenaires issus pour la plupart des mouvements extrémistes du monde musulman. Leur recrutement et leur financement n’est plus un mystère pour personne.

Nous savons également que cette coalition est très mal en point en ce moment, tant du point de vue politique (ça l’a toujours été) que du point de vue militaire. Récemment, Morsi et les Frères Musulmans d’Egypte, qui affichaient jusqu’ici une attitude plutôt floue vis à vis de la Syrie, se sont déclarés ouvertement, de manière beaucoup agressive, pour la rébellion syrienne armée.

Ça c’est ce que nous savons.

Quels sont les faits ?

Depuis quelques temps, il se passe, au Moyen-Orient, beaucoup de choses qui touchent les protagonistes de ce conflit syrien. On a d’abord vu une sorte de printemps turc dont on a encore du mal à comprendre la vraie teneur. Après deux ans d’acharnement anti-Assad, en première ligne, Erdogan se retrouve soudain avec des problèmes internes, certes prévisibles, mais ressemblant de manière suspecte à toutes ces  »révolutions colorées » dirigées de l’extérieur. Et, de fait, le rapprochement a été très vite fait, et les pourquoi n’ont pas eu trop de mal à trouver leurs réponses, tellement le dossier Erdogan était chargé.

Peu après, on assistait à l’incroyable et soudaine destitution de l’émir du Qatar Cheikh Hamad au profit de son fils, suivie presque immédiatement par la disgrâce du boosteur idéologique des djihadistes : le cheikh Quardawi. Tout le monde a vu la main de Washington derrière cette révolution de palais. Parallèlement à ce changement de régime, d’autres événements, passés presque inaperçus se déroulaient chez les voisins. En Arabie Saoudite on annonçait l’incroyable mandat d’arrêt lancé contre le prince saoudien, ancien vice-ministre de la Défense : Khaled Ben Sultan Ben Abdel Aziz. Au Bahrein c’était le Premier ministre qui était en difficulté.

Et maintenant, c’est l’Egypte. Après tout juste un an de présidence, Morsi et les frères Musulmans sont éjectés du pouvoir, avec une sorte de chasse aux sorcières à la clé, et ce, juste après leur engagement plus ferme dans le camp anti-Assad. Quelles que soient les motivations des égyptiens pour vouloir se libérer des Frères Musulmans, on n’a pas pu s’empêcher de constater que leur nouvelle révolution était calquée sur le modèle déjà connu des autres  »révolutions colorées », donc organisée et dirigée par une tête pensante.Et bien sûr, comme on ne prête qu’aux riches, tous les regards se sont tournés vers l’Ouest.

C’est bien beau tout cela, mais si on met tous les éléments ensemble, ça ne colle pas, et tout le monde en est conscient.En résumé, ce sont tous les alliés objectifs de fraîche (Morsi) et longue (Erdogan) date qui subissent des secousses révolutionnaires. Il semblerait même que d’autres alliés, en Tunisie et en Libye, soient sur le qui-vive. Question : pourquoi Washington fomenterait-il des révolutions ici et là qui, en fin de compte, sont en tout néfastes à sa politique moyen-orientale, et dont la Syrie, pour ne prendre qu’elle, est le premier bénéficiaire ?

Rien qu’à poser cette question, on a tout de suite envie de loucher vers une autre direction, vers l’Est par exemple. Il est vrai qu’aucun élément ou indice ne nous permet de voir une main russe, iranienne ou chinoise dans tout ça. Mais tout semble s’agencer dans le sens des intérêts de ce camp. Hasard ? Peut-être. Mais trop de hasard qui s’emboîte si parfaitement est troublant.

Avic

Egypte : Et maintenant ? Les 3 indicateurs à suivre


Armée égyptienneLa deuxième révolution égyptienne a été beaucoup plus courte que la première. 4 jours. Il est vrai que Moubarak était beaucoup plus assis, et depuis plus longtemps. Il est vrai aussi que les égyptiens commencent à avoir un certain savoir faire.

En peu de temps donc, ils ont réussi – à ce qu’il semble, en tout cas – à virer leur président fraîchement élu. Et après ? On ne fait pas des révolutions que pour chasser ses dirigeants. C’est le meilleur moyen de s’en faire déposséder. On a vu comment les Frères Musulmans ont manœuvré pour récupérer la première révolution à leur compte. On se rappelle encore, au plus chaud des manifestations, les barbus très discrets qui disaient à qui voulait les entendre (c’est à dire au monde entier) : « nous ne voulons pas du pouvoir, nous voulons juste soutenir le mouvement ». On a vu ce que ça a donné.

Après Moubarak, tout le monde disait : Quel que soit celui qui le remplacera, ça ne pourra pas être pire. Ça a été pire. Aujourd’hui, la question se pose à nouveau pour l’après Morsi. Peut-il y avoir encore pire ? Pour ma part, j’aurai envie de poser la question différemment : où veut-on mener l’Egypte ? Et en arrière-fond, pourquoi ce coup d’état ?

Il s’agit bien d’un coup d’état militaire noyé dans un coup d’état militaro-populaire. Beaucoup d’indices tendent à montrer que le populaire n’était là que pour justifier le militaire. On se rappelle qu’après la première révolution, l’armée s’est retrouvée dépositaire du pouvoir, du jour au lendemain, comme si l’Egypte était destinée à avoir un super pouvoir militaire aux côtés d’un pouvoir civil secondaire. On a connu ça en Turquie. On se souvient aussi que Morsi, aussitôt après sa prise de fonction, avait contrecarré ce scénario par une sorte de coup de force.

Les militaires sont donc de retour en Egypte. Pour quoi faire ? Là est toute la question. Les mouvements populaires ont un double avantage : D’abord justifier tout ce qui en découlera, et, surtout, par leur ampleur et toute la charge médiatico-émotionnelle qu’ils véhiculent, masquer tous les détails d’un processus visant à un résultat que l’on ne constate que bien après. Les détails sont pourtant bien là, et bien visibles. Du jour au lendemain, une population anonyme sort spontanément dans la rue pour manifester son mécontentement. Chacun sort avec sa pancarte imprimée avec le slogan du moment, en anglais s’il vous plaît, qu’il avait du conserver dans son grenier au cas où. Pancarte accompagnée d’un drapeau américain, et parfois du pays, qui étaient rangés dans le même tiroir, toujours au cas où. Une fois dans la rue, chaque manifestant se retrouve au milieu d’autres manifestants qui, comme lui, avaient aussi prévu le coup et avaient prévu les mêmes pancartes, les mêmes drapeaux, les mêmes mots d’ordre, toujours en anglais qu’il ne pratiquent pas sauf en cas d’insurrection. Ça rappelle ces insurgés libyens que l’on voyait à la télé faisant le  »V » de la victoire, alors même qu’ils ne parlent pas un mot d’anglais, ne connaissant le mot victoire que dans leur langue, l’arabe dans lequel, que je sache,ce V n’a aucune signification.

Tout montre que ces révolutions ne sont pas destinées à l’intérieur, mais à un public extérieur, nous. Ne pas voir une solide organisation derrière ces mouvements c’est jouer l’autruche. Ne pas voir que cette organisation est orchestrée par des gens d’une culture différente de la masse qui manifeste, c’est être aveugle.

Aujourd’hui comme hier, on retrouve dans les mouvements de masse égyptiens les mêmes signes, parmi bien d’autres. Maintenant que la première étape semble réussie, quelle sera la suite ? N’étant pas dans le secret des dieux, nous ne pouvons qu’interpréter indirectement les signes. Dans le cas de l’Egypte, trois éléments fondamentaux sont à prendre en considération:les rapports avec Israël, les relations avec l’Iran et l’attitude vis à vis de la Syrie. En fonction de ces trois éléments, nous pouvons déjà avoir une certaine compréhension de cette révolution elle-même, et aussi en deviner les dessous. L’éclairage sur ces facteurs se fera assez rapidement car la situation en Syrie est telle qu’elle oblige tout le monde à abattre ses cartes et se positionner très clairement.

Surveillons-les donc.

Avic

Egypte : Et si le but était de créer une guerre civile ?


L'armée égyptienne dans les rues du Caire
L’armée égyptienne dans les rues du Caire

Deux camps sont en train de se former insidieusement sous nos yeux. D’un côté l’armée et la police sensées supporter les manifestants, et de l’autre la garde nationale qui est restée fidèle au président Morsi. Durant toute l’après-midi, les forces prennent position. Les Frères Musulmans ont rameuté tous leurs sympathisants et semblent prêts à en découdre.

Un autre élément incompréhensible, c’est l’attitude bloquée de Morsi, comme s’il voulait chauffer encore plus la foule. Certaines des déclarations de son camp parlent clairement de bains de sang et ses partisans commencent à se positionner comme étant, eux, le peuple, en lutte contre des bandits.

Qui aurait intérêt au clash et à l’affrontement armé  qui semble se profiler à l’horizon ? Refuser tout compromis avec l’Armée conduira fatalement à l’usage de la force à terme. Ça, Morsi le sait. Alors que cherche-t-il ? Les frères musulmans peuvent s’armer du jour au lendemain, personne n’en doute.Les véhicules blindés sont déjà en place alors que les affrontements commencent à prendre de l’ampleur.

Wait and see, Mais si on voulait créer un autre front du style syrien en Egypte, ce serait le scénario que nous vivons aujourd’hui qui aurait le plus de chances de réussite.

Et ce silence ! Ce silence ou à peine quelques murmures diplomatiques de préoccupation de la part de ceux-là mêmes qui sont les premiers intéressés par ce qui se passe en Egypte…

Avic

Egypte : ça bouge vraiment


Egypt revolteIls sont des millions, selon l’Armée (autant dire qu’ils sont vraiment des millions) à manifester dans toutes les villes d’Egypte. Tous les mots d’ordre convergent désormais vers un seul objectif : le départ de Morsi. Selon les témoins ce sont les plus grandes manifestations que l’Egypte ait jamais connues dans son Histoire. Ce ne sont plus des manifestations, c’est une révolution, une vraie, une TAMARROD en arabe. Bien sûr, la couverture n’est pas tout à fait la même que pour les révolutions télécommandées. A cause de cela, justement, on peut considérer que ce qui se passe actuellement en Egypte a des airs de vérité.

Egypt-TahrirD’heure en heure, on assiste à un développement rapide. Il y a d’’abord eu cet ultimatum ferme de la part de l’opposition, qui exige la démission de Morsi sous 24 heures. Pour eux il n’est plus question de dialogue, comme le demande le président égyptien dans une tentative d’apaisement qui arrive un peu tard.

Devant la détérioration de la situation pour le gouvernement, 4 ministres viennent de donner leur démission. Ces premières défections ont été suivies, peu après, par une déclaration du chef des forces armées Abdul Fattah al-Sisi qui donne 48 heures aux politiciens pour accéder aux revendications populaires, faute de quoi l’armée appliquerait sa propre feuille de route.

rahimi20130701152032370Entre temps,  15 gardes du corps du leader des frères musulmans Khairat El-Shater sont arrêtés par l’Armée, geste salué par Amr Moussa, une des figures de l’opposition. D’autres arrestations ont également eu lieu dont certaines peuvent susciter des interrogations. En effet les  forces de sécurité nationale ont arrêté quatre personnes de nationalité palestinienne, dans un bâtiment à côté du QG des Frères Musulmans. Ces quatre personnes étaient en train de tirer sur les manifestants tuant et blessant plusieurs d’entre eux.

Oui ça bouge en Egypte. Mais vers quoi ?

Avic

Crimes sans châtiment : Révélations sur les filières terroristes de Paris


« Les noires complicités de la France »

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Avec “Crimes sans Châtiment”, l’auteur met à jour tout un système de complicités entre les dirigeants politiques français et des groupes islamistes criminels. De 1990 à 2012, de l’Algérie à la Syrie, la confrérie des Frères musulmans reçoit le soutien de Paris dans ses coups d’Etat contre les pays du Bassin méditerranéen. Entrevue de jean-Loup Izambert par Louis Dalmas (B.I. Infos, no. 185, mars 2013).

B.I. : En juin 2012 vous annonciez la parution prochaine de votre ouvrage sous le titre provisoire de “La ligne jaune”. Le titre a changé depuis. Pourquoi ?

Jean-Loup Izambert : D’abord, il m’a fallu près d’une année avant de trouver un éditeur libre et indépendant digne de ce nom sur la vingtaine qui ont reçu mon manuscrit. (1) Pendant ce temps, l’évolution de la situation internationale a montré que les dirigeants occidentaux ne se contentaient pas de franchir la ligne jaune entre la guerre et la paix.

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Le mystère Erdogan.


Erdogan-ObamaDe tous les dirigeants du monde actuel,  le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan est certainement  le plus déroutant et le plus imprévisible.

Le monde entier se souvient de sa sortie  au forum de Davos en 2009, devant  un auditoire et un Shimon Perez éberlués. Il endossait ce jour-là le costume d’un des plus grands, sinon le plus grand défenseur de la cause Palestinienne. Les relations entre la Turquie et Israël, savamment tissées au cours des années et  alors à leur apogée, se détériorèrent brutalement, et continuèrent à se dégrader au point d’en être aujourd’hui au point zéro. Du jour au lendemain, il devint le héros du monde musulman. Il fut perçu comme celui qui, peut-être, délivrera les palestiniens et brisera enfin le blocus de Gaza. Les éloges et les superlatifs n’en finissaient pas. Pour certains c’était le nouveau Nasser, pour d’autres la réincarnation de Saladin. Comme on pouvait s’y attendre, l’axe de la résistance ne fut pas en reste. Le secrétaire général du Hezbollah lui-même, Hassan Nasrallah alla jusqu’à lier les qualités morales du nouveau chevalier à son prénom, Tayyip, qui veut dire : généreux.

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