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Etats gangster US / UK – Paul Craig Roberts


LondresLe 23 Juillet, j’ai écrit sur la façon dont les Etats-Unis ont inversé les rôles avec l’URSS et sont devenus le tyran qui terrifie le monde. Nous avons maintenant une nouvelle confirmation de ce fait. Il s’agit de deux actions extraordinaires commises par la marionnette britannique de Washington.

David Miranda, le partenaire brésilien de Glenn Greenwald, qui faisait un reportage sur l’espionnage illégal et inconstitutionnel par l’Agence nationale Stasi, a été appréhendé, certainement sur ordre de Washington, par le gouvernement de la marionnette britannique dans la zone internationale de transit d’un aéroport de Londres. Miranda n’était pas entré dans le Royaume-Uni, mais il a été arrêté par les autorités britanniques. http://rt.com/op-edge/uk-gay-greenwald-freedom-police-679/ Les marionnettes britanniques de Washington l’ont simplement kidnappé, menacé pendant neuf heures, et ont volé son ordinateur, son téléphone et tout son équipement électronique. Comme un responsable américain plein d’autosuffisance l’a déclaré aux médias, « le but était d’envoyer un message. »

Vous vous souvenez peut être que Edward Snowden avait été bloqué pendant quelques semaines dans la zone de transit internationale de l’aéroport de Moscou. Le tyran Obama a harcelé à plusieurs reprises le président russe Poutine pour le pousser à violer la loi et à kidnapper Snowden pour lui. Contrairement aux britanniques, qui furent naguère fiers et respectueux de la loi, M. Poutine a refusé de placer les désirs de Washington au-dessus de la loi et des droits humains.

La deuxième violation extraordinaire a eu lieu presque simultanément avec les autorités britanniques débarquant au journal The Guardian et détruisant illégalement les disques durs des ordinateurs du journal avec la vaine intention d’empêcher la publication de nouvelles révélations de Snowden sur la grande criminalité US / UK.

Il est à la mode dans les gouvernements américain et britannique et parmi leurs thuriféraires de parler de «Russie état gangster. » Mais nous savons tous qui sont les gangsters. Les pires criminels de notre temps sont les gouvernements américain et britannique. Les deux sont dépourvus de toute intégrité, tout honneur, toute miséricorde, toute humanité. De nombreux membres des deux gouvernements auraient fait des fonctionnaires parfaits dans la Russie de Staline ou de l’Allemagne nazie.

C’est extraordinaire. Ce sont les Anglais qui sont à l’origine de la liberté. Certes, en 1215, c’était la liberté des droits des barons pour se protéger des violations royales, pas la liberté de l’homme du peuple. Mais une fois que le principe a été établi il s’est répandu dans toute la société. Dès 1680 la révolution juridique était complète. Le roi et le gouvernement étaient soumis à la loi. Le roi et son gouvernement n’étaient plus la loi ni au-dessus de la loi.

Dans les 13 colonies, les Anglais qui les ont peuplées ont hérité de cette réalisation anglaise. Lorsque le gouvernement du roi George a refusé aux colonies les droits des Anglais, les colons se sont révoltés, et les Etats-Unis sont nés.

Les descendants de ces colons vivent maintenant dans une Amérique où les protections constitutionnelles ont été renversées par un gouvernement tyrannique qui prétend qu’il est au-dessus de la loi. Ce fait cru n’a pas empêché le gouvernement américain ou ses marionnettes de continuer à dissimuler les crimes de guerre des agressions militaires dans la formule trompeuse « d’apporter la liberté et la démocratie. » Si les gouvernements Obama et Cameron étaient au banc des accusés au procès de Nuremberg, l’intégralité des deux gouvernements seraient condamnée.

La question est: y a-t-il suffisamment de gens endoctrinés dans les deux pays pour maintenir le mythe US / UK que «la liberté et la démocratie » sont atteints via des crimes de guerre?

Il ne manque pas d’américains endoctrinés qui aiment qu’on leur dise qu’ils sont «Indispensables» et «exceptionnels», et donc avec le droit d’imposer leur volonté au monde. Il est difficile de déceler dans ces américains idiots quelque espoir pour la renaissance de la liberté. Mais il y a des indications que les Britanniques, qui n’ont pas hérité de la  liberté, mais ont dû se battre pour elle pendant cinq siècles, sont peut-être plus déterminés.

Le British Home Affairs Committee, présidé par Keith Vaz, exige une explication de la part du toutou d’Obama, le Premier ministre britannique. Aussi, le gardien britannique dans le domaine de l’anti-terrorisme, David Anderson, exige que le Home Office et la police britanniques expliquent l’utilisation illégale des lois anti-terroristes contre Miranda, qui n’est pas un terroriste ou lié au terrorisme en aucune façon.

Le ministre des Affaires étrangères du Brésil a rejoint la mêlée, exigeant que Londres explique pourquoi le Royaume-Uni a violé sa propre loi et maltraité un citoyen brésilien.

Bien sûr, tout le monde sait que Washington a forcé sa marionnette britannique à violer la loi afin de servir Washington. On peut se demander si les Britanniques décideront un jour qu’ils seraient mieux en tant que pays souverain.

La Maison Blanche a nié toute implication dans l’enlèvement de Miranda, mais a refusé de condamner l’action illégale de sa marionnette.

Quant à la destruction de la liberté de la presse au Royaume-Uni, la Maison Blanche le soutient également. C’est déjà le cas ici.

En attendant, habituez-vous à l’Etat policier: http://www.wnd.com/2013/03/now-big-brother-targets-your-fedex-ups-packages/

Traduction : Avic

http://www.paulcraigroberts.org/

Craig Roberts withkitties_150_120Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

Adieu les libertés au Royaume-Uni ! La détention de Miranda révèle l’esprit vindicatif d’un Etat policier blessé


Le journaliste américain Glenn Greenwald (L) avec son partenaire David Miranda dans l'aéroport International de Rio de Janeiro 19 août 2013. (Reuters/Ricardo Moraes)
Le journaliste américain Glenn Greenwald (L) avec son partenaire David Miranda dans l’aéroport International de Rio de Janeiro 19 août 2013. (Reuters/Ricardo Moraes)

Comme la définition du terrorisme a été élargie pour couvrir les militants, les porteurs de slogans, les manifestants et maintenant, apparemment, les partenaires de journalistes, l’arrestation du partenaire de Glenn Greenwald est juste un autre clou dans le cercueil des libertés britanniques.

David Miranda venait de passer une semaine à Berlin, avant de s’envoler vers son pays d’origine, le Brésil, via l’aéroport d’Heathrow. Pendant qu’il y était en transit pour son vol de retour – sans entrer dans le Royaume-Uni, je le précise, mais faisant juste une connexion internationale – les agents de sécurité des frontières du Royaume-Uni l’ont arrêté et l’ont interrogé pendant neuf heures, et ont également confisqué tout son matériel technique.

Il a été détenu pendant la période maximale autorisée dans les conditions draconiennes de l’annexe 7 de la Loi antiterroriste du Royaume-Uni (2000). Son «crime» ? Etre le partenaire du journaliste militant Glenn Greenwald, qui a publié les révélations d’Edward Snowden. La détention de Miranda a provoqué l’indignation, à juste titre, dans le monde entier . Les protestations diplomatiques ont été présentées aux Britanniques par le gouvernement brésilien, les députés britanniques se posent des questions, et le journal The Guardian (qui est l’éditeur principal des histoires de Greenwald), a envoyé des avocats. Cet épisode est troublant à tellement de niveaux qu’il est difficile de savoir par où commencer. Tout d’abord, le Terrorism Act (2000) est conçu pour enquêter sur … le terrorisme – du moins, c’est ce que vous pensez.

Toutefois, il est trop facile pour une mission de dévier de ses objectifs, comme je l’ai dit pendant des années . La définition du terrorisme a été élargie pour couvrir les militants, porteurs de slogans, et des manifestants ainsi que, maintenant, apparemment, les partenaires de journalistes. La vieille compréhension d’une procédure régulière est simplement devenue un autre pittoresque, un artefact britannique comme la Magna Carta et l’habeas corpus.

Magna carta
Magna carta

Au Royaume-Uni nous avons maintenant des tribunaux secrets couvrant toutes les choses de la  «sécurité nationale» , la surveillance omniprésente de Big Brother (comme en témoignent le programme TEMPORA de GCHQ), et nous avons nos espions impliqués dans l’enlèvement et la torture .

Donc l’annexe 7 de la loi sur le terrorisme est juste un autre petit clou dans le cercueil des libertés britanniques historiques. En vertu de ses termes, n’importe qui peut être arrêté, détenu et interrogé par des agents de sécurité à la frontière s’ils sont «soupçonnés » de participation, d’être un relais, ou un soutien financier au terrorisme. Le détenu n’est pas autorisé à parler à un avocat, ni à ne pas répondre aux questions, sous peine de poursuites pénales. De plus leurs biens peuvent être indéfiniment saisis et fouillés, y compris les ordinateurs, les téléphones et autres gadgets. En vertu de l’annexe 7 les personnes peuvent être interrogées pendant un maximum de 9 heures . Après cela, les autorités doivent soit demander une prolongation formelle, inculper et procéder à l’arrestation, soit relâcher le prévenu.

Selon un document du gouvernement britannique, 97% des personnes sont interrogées moins de 1 heure, puis libérées et seulement 0,06% sont détenues pendant six heures. Miranda a été détenu jusqu’à la dernière minute de la période complète de neuf heures avant d’être libéré sans inculpation. Deuxièmement, cet abus de pouvoir montre trop clairement les points que Edward Snowden a révélés via Greenwald sur un état de surveillance en plein essor et hors de contrôle. La détention de Miranda affiche toute la vindicte obsessionnelle d’un Etat secret blessé, bourdonnant de colère comme une guêpe.

Snowden a la protection du seul Etat ayant actuellement le pouvoir face à la puissance brute de la « diplomatie » Etatsunienne, et Greenwald a encore les lambeaux de protection des journalistes autour de lui. Amis et partenaires, cependant, peuvent être considérés comme une proie facile. Je le sais par expérience personnelle amère. En 1997, l’ancien officier du MI5 de renseignement, David Shayler, a lancé une alerte sur toute une gamme de crimes d’espionnage du Royaume-Uni : Fichiers sur les ministres du gouvernement, des écoutes téléphoniques illégales, bombes de l’IRA qui auraient pu être évitées, des gens innocents en prison, et un complot d’assassinat illégal du MI6 contre Kadhafi, qui a mal tourné et des personnes innocentes sont mortes. Travaillant avec un grand journal du Royaume-Uni et dans le respect des vrais secrets nationaux, il a rendu publics ces crimes. À titre préventif, nous nous sommes enfuis ensemble, afin que nous puissions rester libre d’argumenter sur la campagne et autour des informations, plutôt que de disparaître dans une prison de haute sécurité pendant des années. Après un mois en cavale à travers l’Europe, je suis retournée au Royaume-Uni pour travailler avec nos avocats, voir nos familles traumatisées, recoller les morceaux et réparer les dégâts des perquisitions de police.

AFP Photo / John Macdougall
AFP Photo / John Macdougall

En Septembre 1997, j’ai pris l’avion en Espagne avec mon avocat pour Londres Gatwick. Je savais que la Branche Spéciale de la Metropolitan Police voulait m’interroger, et mon avocat avait négocié cela avant mon voyage. Malgré cela, j’ai été arrêtée au bureau d’immigration par six malabars, et transportée à la cellule  anti-terroriste à la station de police de Charing Cross dans le centre de Londres, où j’ai été interrogée pendant six heures. À ce moment-là je n’avais rien fait de plus que de soutenir David. En tant qu’ex-officier du MI5 Je conçois que les espions aient besoin de davantage de supervision et qu’ils doivent rendre des comptes, mais en fait mon arrestation était due au fait que j’étais sa petite amie et ils pensaient qu’en faisant pression sur moi ils auraient barre sur lui. Mais cela a empiré – deux jours plus tard deux meilleurs amis de Shayler et son frère furent arrêtés sur de fausses accusations flagrantes. Aucun d’entre nous n’a jamais été inculpé pour aucun crime, mais nous avons tous été maintenus en liberté sous caution par la police pendant des mois. Rétrospectivement, notre traitement a été conçu pour mettre plus de pression sur lui et «garder dans sa boîte» – c’était l’intimidation pure. Les journalistes et les étudiants ont également été menacés, harcelés, et dans un cas, inculpés et condamnés pour avoir eu l’audace d’exposer les crimes d’espionnage divulgués par Shayler. À ce jour, aucun des criminels dans l’agence de renseignement britannique n’a jamais été accusé ou reconnu coupable. Ainsi, les menaces et l’intimidation dans le cas Snowden et la détention du partenaire de Greenwald, sont de très vieilles tactiques. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur de l’intimidation flagrante, la force brutale pure. Malgré les feux de l’Internet mondial et la couverture médiatique, les barbouzes américains et britanniques pensent encore qu’ils peuvent s’en tirer avec ce genre d’intimidation. Vont-ils s’en tirer ? Ou allons-nous, citoyens du monde, tracer une ligne dans le sable?

Oh, et n’oublions pas non plus la pure hypocrisie – les Etats-Unis condamnent Snowden pour s’être réfugié en Russie, et fustige ce pays pour son bilan en matière de droits civils sur certaines questions. Quoi qu’il en soit, l’establishment américain devrait d’abord regarder la poutre qu’il a dans l’œil – que l’un de leurs jeunes citoyens risque la peine de mort ou une longue incarcération à vie pour avoir dévoilé des crimes (de guerre) contre la communauté internationale et contre la propre constitution du pays. Il y a un précédent juridique internationalement reconnu depuis les procès de Nuremberg nazis après la Seconde Guerre mondiale : «je n’ai fait qu’obéir aux ordres» n’est pas une défense, sous aucune juridiction, en particulier lorsque ces ordres aboutissent à faire des victimes innocentes, des crimes de guerre et un génocide. Les gardes-frontières du Royaume-Uni, ainsi que les communautés de renseignement internationales et militaires, feraient bien de tenir compte de cette puissante leçon de l’histoire.

Donc cette utilisation exagérée d’un droit de détenir le partenaire d’un journaliste simplement parce qu’il est de passage au Royaume-Uni devrait nous faire réfléchir à tous. L’Occident a longtemps invectivé les régimes totalitaires et les États policiers. Comment ne peuvent-ils pas reconnaitre ce qu’ils sont devenus? Et combien de temps pouvons-nous, en tant que citoyens, continuer à fermer les yeux?

Annie MachonAnnie Machon est un ancien officier de renseignement pour le MI5 au Royaume-Uni, qui a démissionné en 1996 pour lancer des alertes. Elle est maintenant écrivain, conférencière et directrice de Law Enforcement Against Prohibition.

Traduction : Avic

http://rt.com/op-edge/uk-gay-greenwald-freedom-police-679/

La vengeance de la NSA continue : le partenaire de Greenwald séquestré au Royaume-Uni


000-dv986574-c0a83130422-original-webLe partenaire du journaliste Glenn Greenwald a été détenu à l’aéroport de Heathrow en vertu de la loi antiterroriste britannique pour la durée maximale autorisée avant inculpation. Amnesty International a qualifié cet acte de vengeance injustifiée après que Greenwald ait révélé les programmes espions de la NSA.

David Miranda était en transit à Londres en provenance de Berlin pour Rio de Janeiro, où il vit avec Greenwald – le journaliste au Guardian qui, dans une série d’articles a aidé Edward Snowden à révéler l’ampleur des programmes de surveillance de masse de la National Security Agency.

Miranda a été détenu pour interrogatoire par des agents de sécurité à Heathrow vers 8h, heure locale, en vertu de l’annexe 7 de la Loi 2000 sur le terrorisme (*). Les fonctionnaires l’ont détenu pendant près de neuf heures sans mise en examen, ce qui est la durée de détention maximale autorisée en vertu de la loi controversée.

Les officiers l’ont relâché après avoir confisqué tout son équipement électronique. Selon le Guardian, les agents ont confisqué le téléphone portable de Miranda, son ordinateur portable, son appareil photo, ses clés USB, ses DVD, et même sa console de jeux.

Glenn Greenwald (à gauche) et son partenaire David Miranda (image à partir de facebook.com)
Glenn Greenwald (à gauche) et son partenaire David Miranda (image à partir de facebook.com)

 

«Pour retenir mon partenaire pour une période complète de neuf heures tout en lui refusant un avocat, puis saisir une grande partie de ses biens, est clairement destiné à envoyer un message d’intimidation à ceux d’entre nous qui ont fait des reportages sur la NSA et le GCHQ, » écrit Greenwald en réponse à l’incident. « Les actes du Royaume-Uni représentent une grave menace pour les journalistes partout dans le monde. »

Les autorités britanniques n’ont donné aucune autre explication, sauf pour dire que le jeune homme de 28 ans avait été « détenu à l’aéroport de Heathrow » et « ensuite libéré. »

Le gouvernement brésilien a publié une déclaration exprimant sa grave préoccupation face à l’épisode. Il a déclaré que la mesure n’était pas justifiée « puisqu’il s’agit d’une personne  contre laquelle  il n’y a aucune charge qui puisse légitimer l’usage de cette législation. »

« Le gouvernement brésilien espère que des incidents tels que celui qui s’est produit aujourd’hui pour le citoyen brésilien ne se répèteront pas », dit la déclaration.

En attendant, Amnesty International déclarait que Miranda était clairement une «victime de  tactiques de représailles injustifiées ».

« Il est tout à fait improbable que David Michael Miranda, citoyen brésilien en transit à Londres, ait été arrêté par hasard, étant donné le rôle que son mari a joué dans la révélation de la vérité sur la nature illégale de surveillance de la NSA», a déclaré Widney Brown, directrice générale de la politique et du droit International d’Amnesty.

Après le «message d’intimidation » dont Greenwald dit qu’il ne visait pas seulement lui et son partenaire, mais aussi à tous les journalistes, il a promis que « les autorités américaines et britanniques allaient bientôt voir« sa réaction.

Le journaliste américain basé au Brésil, qui a révélé les informations sur les activités d’espionnage des gouvernements américains et ses alliés, a récemment révélé que l’ancien contractuel de la NSA Edward Snowden lui avait donné au moins 15.000 documents classifiés, ajoutant que les histoires qu’il a publiées jusqu’ici ne sont qu’une « petite partie » de ce qui doit être révélé.

Selon Greenwald, les autorités britanniques ne soupçonnent David Miranda d’aucun lien avec le terrorisme, mais qu’au contraire ils l’ont interrogé sur les rapports de la NSA.

Pendant le voyage de Berlin, qui a été payé par le Guardian, Miranda a rencontré Laura Poitras – la cinéaste américaine qui a enregistré la fameuse interview dans laquelle Snowden s’était dévoilé comme étant la source des énormes fuites.

Le lanceur d’alerte, inculpé aux Etats-Unis d’espionnage, a obtenu l’asile temporaire en Russie le 1er Août. Après avoir passé plus d’un mois dans la zone de transit de l’aéroport Sheremetyevo de Moscou, il s’est tranquillement faufilé hors du terminal pour un endroit sûr non divulgué.

Note :

(*)  En vertu du controversé annexe 7 de la Loi 2000 sur le terrorisme , les agents frontaliers sont autorisés à détenir toute personne entrant ou sortant du Royaume-Uni pour l’interroger jusqu’à neuf heures, et confisquer ses effets personnels pendant sept jours à des fins de lutte antiterroriste. Une assistance juridique peut être demandée à la charge du prévenu. Toutefois, l’examen n’est pas retardé en attendant l’arrivée  de l’avocat et le refus de répondre à des questions pourrait être considéré comme une infraction et conduire à l’arrestation. Sur 69 109 personnes interrogées entre Avril 2011 et Mars 2012 seulement environ 42 ont été détenus pendant plus de six heures.

Traduction : Avic

http://rt.com/news/uk-detain-greenwald-partner-terrorism-645/

Bradley Manning lynché par le gouvernement américain


manning-lynched-by-us-government.siLe verdict de Manning était prédéterminé, et le procès-spectacle dans un tribunal bidon – un remix américain post-moderne de la Chine dans les années 1960 pendant la Révolution culturelle – vient de nous être offert, signé et scellé.

Le président des États-Unis (POTUS) avait déjà dit qu’il était coupable. Les médias traditionnels américains avaient crié pendant trois ans qu’il était coupable. Maintenant, le gouvernement américain – qui criminalise Manning sur la base de « mauvaises intentions » – vient de montrer que l’enfer est promis à quiconque ose révéler les crimes de guerre américains, qui, par définition, sont non punissables.

Comme s’il y avait besoin de preuves supplémentaires sur le « brillant » avenir qui attend Edward Snowden – juste au tout début de la pathétique lettre du procureur général américain Eric Holder promettant que Snowden ne serait pas torturé s’il était extradé aux États-Unis.

Et, trait d’ironie jeté encore une fois par l’Ange de l’Histoire, Bradley Manning a été déclaré coupable de pas moins de 19 chefs d’accusation par un juge du Pentagone juste à côté de Spy Central, le quartier général du NSA à Fort Meade, dans le Maryland.

Vous êtes au lit avec al-Qaïda

Manning est de l’Oklahoma – tout comme la légende de la musique JJ Cale, décédé il y a quelques jours. C’était sa décision d’avoir sa cause entendue non pas par un panel de jurés militaires – plus proche de l’Inquisition espagnole – mais par un seul juge militaire qui préside, le colonel Denise Lind.

Ce n’était pas tout à fait une bonne idée – puisque Lind s’est vue offrir une carotte pour manier le bâton, sous la forme d’une promotion à la Cour d’appel de l’armée américaine après le procès-spectacle.

Sans surprise, les procureurs du Pentagone ont définis Manning comme un «traître», un hacker et un anarchiste (oui, les hackers et les anarchistes sont des criminels pires que les djihadistes d’Al-Qaïda, après tout, ils sont « nos » alliés en Syrie).

Le procès-spectacle avait une empreinte kafkaïenne tout au long de son déroulement. Le Pentagone a tout d’abord refusé de communiquer des documents judiciaires. Lind avait mis au point une nouvelle pratique de torture par la lecture pendant des heures des déclarations absconses. Ce n’est que sous la menace d’un procès par les médias dans un tribunal civil, que le Pentagone a commencé à sortir avec réticence le curieux document – évidemment expurgé au maximum.

La seule accusation qui s’appliquerait à Manning est la divulgation non autorisée d’informations classifiées. Tout le reste est une farce.

La défense de Manning a fait valoir qu’il était un lanceur d’alerte légitime, il n’avait jamais eu l’intention de provoquer une fuite de renseignements dans le but d’aider l’ennemi. Pourtant, Lind a rejeté une demande des avocats de Manning d’abandonner la charge. Elle argue que Manning, en tant qu’analyste du renseignement de bas niveau, avait appris que la publication d’informations secrètes risquerait de nuire à la sécurité nationale américaine. Le gouvernement américain a été catégorique : Manning savait qu’il aidait Al-Qaïda quand il a publié plus de 700.000 documents à WikiLeaks.

Lind a même modifié les charges, alors que le procès était terminé, pour satisfaire le gouvernement américain. Les médias traditionnels américains étaient trop occupés pour s’en apercevoir, se délectant du scandale de la course à la Mairie de New York.

Le fait que Manning ait été déclaré non coupable d’avoir aidé l’ennemi le laisse encore coupable sur pas moins de 19 chefs d’accusation, y compris « d’avoir été la cause, par malveillance, de la publication sur internet de renseignements appartenant au gouvernement américain » – assez pour éventuellement lui garantir des décennies d’emprisonnement (militaire), jusqu’au 22ème siècle.

Après la sentence, tout dépendra du major-général Jeffrey Buchanan – le nouveau commandant du district militaire de Washington. Il examinera le cas – et, en théorie, a le pouvoir de réduire la peine globale de Manning. Il n’est pas recommandé de retenir son souffle.

L’ennemi, c’est vous

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, est dans le vrai quand il déclare vendredi que si Manning a été reconnu coupable d’avoir aidé l’ennemi ce serait «la fin de la sécurité nationale du journalisme aux États-Unis. »
Pourtant, le gouvernement américain et le Pentagone, dans leur campagne visant à criminaliser le journalisme d’investigation, vont continuer à n’emprisonner aucun journaliste tant à l’intérieur (ce seront plutôt Manning et Snowden) qu’à l’extérieur (comme avec WikiLeaks et le travail de Glenn Greenwald).

La logique circulaire infernale du gouvernement américain veut que la publication des informations sur Internet signifie espionnage. Donc, si l’ennemi va sur Internet, vous êtes en train d’aider l’ennemi. Manning est reconnu non coupable d’avoir aidé l’ennemi mais surtout coupable de tout le reste, tel est le message – traduit en décennies dans une prison militaire.

Le verdict ne change pas non plus le fait que tout est un  «secret» militaire ou de sécurité nationale «profond»  si le complexe militaro-industriel-de surveillance le décide ainsi. Cela s’intègre totalement à la logique de la guerre sans fin du Pentagone – qui est en fait la même que la guerre  mondiale contre le terrorisme (GWOT : Global War on Terror) de 2001-2002, codifiée en 2002 dans la doctrine du Full Spectrum Dominance du Pentagone (dont la NSA couvre surtout la sphère du cyberespace), le tout brillamment rebaptisé par Tom Engelhardt : guerre mondiale contre vous (GWOY : Global War on You).

C’est le Paradis de la Paranoïa : une guerre sans fin avec des ennemis rôdant partout. Le continuum Bush-Obama est la vraie star de ce show ; avec la nouvelle guerre contre le terrorisme qui n’est pas une guerre contre le terrorisme – tout comme le coup d’Etat militaire en Egypte n’est pas un coup d’Etat militaire – le gouvernement Obama a déjà poursuivi plus de lanceurs d’alerte que toutes les autres administrations américaines réunies.

Pendant ce temps, même les ours polaires de l’Arctique savent que Donald Rumsfeld a institutionnalisé la torture en Irak ; que le Pentagone a tué un nombre incalculable de civils dans ce qu’il a  auto-défini comme «arc d’instabilité » ; que le Pentagone n’a jamais reconnu les dommages collatéraux (pour ne pas dire assassinats collatéraux) ; et que l’absolu majorité des prisonniers de Guantanamo sont totalement innocents.

Même si le gouvernement américain et le Pentagone ont jeté Manning dans une variante du ‘’ puits et le pendule’’ d’Edgar Allan Poe, ils ne seraient jamais capables de cacher l’ampleur de leurs crimes de guerre. Assange est confiné dans une ambassade, Snowden dans un aéroport et Manning dans une cellule de prison. Mais ne vous méprenez pas, ce sont les maîtres de l’Univers qui ont peur, très peur. Peur de quiconque a une conscience; peur de vous; peur du monde entier.

Pepe Escobar

Traduction : Avic

Source : http://rt.com/

Discours de Glenn Greenwald, le journaliste qui a divulgué l’affaire Snowden/NSA au monde – II – Révélation inédite


A la Conférence Annuelle du Socialisme à Chicago la nuit dernière, Glenn Greenwald prononça un discours dans lequel il a relaté comment il avait été contacté et rencontré Edward Snowden la première fois. Il a parlé de sa surprise de le voir si jeune et comment sa détermination et  sa conviction pour divulguer les fonctionnements internes de la NSA lui avaient inspiré le courage de publier les documents qui lui seraient transmis lors des trois ou quatre mois qui suivirent.

Greenwald décrit comment les révélations sur la NSA ont non seulement exposé les Etats-Unis en tant qu’état sous surveillance mais aborde aussi la corruption  et le pourrissement moral de l’establishment du journalisme dans ce pays. Il a également laissé à l’auditoire le message qu’il ne fallait pas craindre le “climat de peur” que le gouvernement américain souhaite imposer à ceux qui osent défier son pouvoir. Ce qui suit est la transcription de son discours après une introduction et un préiminaire au cours duquel il rendit hommage à Jeremy Scahill qui venait de le présenter à l’auditoire. Puis, après quelques réflexions, il décida de s’assoir sur une chaise pour le discours qui suit.

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Révélation inédite…

Donc je veux passer un peu de temps pour parler de la substance des révélations et de ce que nous savons de l’état de surveillance des Etats-Unis. Et je suis quelqu’un qui a écrit sur ce sujet depuis maintenant des années. C’était en fait le sujet de cette même conférence que j’ai faite l’année dernière, et j’essaie d’analyser aujourd’hui ce que je ressens après avoir vu tous ces documents qui ont été révélés et comment tous ces secrets dévoilés montrent que cet état de surveillance est une réalité aussi menaçante et omniprésente que ce que beaucoup d’entre nous avions affirmé depuis longtemps. Et j’en reviens toujours à cette scène classique d’Annie Hall dans le film de Woody Allen dans laquelle Woody Allen fait la queue pour voir un film et il a une sorte de fantasme que nous voudrions tous voir se réaliser et qui n’arrive jamais. Derrière lui, dans la queue, il y a ce pseudo intellectuel lénifiant et pédant qui discute de manière grandiloquente des théories des médias  de Marshall Mac Luhan et Woody Allen se retourne et dit : “Vous ne savez pas de quoi vous parlez, vous n’avez rien compris à Marshall Mac Luhan.”. Et le pseudo-intellectuel dit : “Non, vous ne savez pas de quoi vous parlez.”.   Et Woody Allen ajoute : “Justement j’ai Marshall Mac Luhan ici.”. Et il va le chercher derrière cet arbre. Et Marshall Mac Luhan dit. “Je suis Marshall Mac Luhan.”.  Et il se tourne vers le type et dit : “Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Woody Allen a complètement raison en ce qui concerne mes théories.”. Et il se fait justice de la meilleure des façons. La raison pour laquelle je ressens un peu la même chose, c’est que j’ai eu tellement de débats ces dernières années. Je n’ai cessé d’écrire que le but de l’état de surveillance américain, la NSA et l’appareil de surveillance nationale tout entier sur laquelle elle est basée, est de s’assurer qu’il n’existe plus aucune vie privée humaine, non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde. Et on n‘a cessé de me répéter que c’était une hyperbole absurde, que c’était une pensée complotiste, que la NSA est restreinte dans son activité par tous ces cadres admirables, et dans une certaine mesure, je me sens capable de dire : “Bien, vous savez, j’ai justement une énorme pile de documents secrets de la NSA ici même.”. Les problèmes concernant la surveillance et le système de surveillance qu’ils sont en train de construire sont complexes. Ils sont légalement complexes. Ils sont technologiquement complexes.   Il est difficile de les simplifier pour être assimilés par le cycle de l’information et donc je veux juste prendre un peu de temps pour parler, non pas juste des affaires, mais simplement des faits qui ont déjà été divulgués par nous, et c’est une petite fraction de ce qui est à venir, mais je pense qu’on en a déjà une vue  suffisamment clair.

Il y a deux jours, nous avons publié un document d’une petite partie de la NSA appelée Opérations des Sources Secrètes (Secret Source Opérations ou SSO), une des branches les plus secrètes de la NSA. Et il y avait un document interne de la SSO daté du 12 décembre 2012, donc fin de l’année dernière. Ce que contenait ce document, il célébrait une étape, de la manière dont on fête un anniversaire. Ce qu’il disait était ceci: félicitations à nous tous, unité de la SSO. Nous venons juste de collecter notre mille milliardième mail électronique, de métadata d’internet.  C’est mille milliards soit un trillion avec un “t”. Ce que cela signifie, c’est que chaque jour ils enregistrent des centaines de millions de mails de par le monde pour voir qui nous envoie des mails,  à qui nous en envoyons, quelle est notre adresse IP, à quel moment nous les envoyons, où nous ouvrons nos mails, quand nous les lisons, quelle est notre position géographique, et ensuite ils sont capables de reconstituer notre réseau, qui sont nos associations, quel est notre mode de vie, ce que l’on fait sur Internet, quels sont nos intérêts,  ce qui nous anime, une grande variété d’informations qu’ils sucent et aspirent, non pas à propos d’individus qu’ils pensent être coupables de terrorisme, mais au sujet d’êtres humains sans discrimination aucune. Un autre document que je ne devrais sans doute pas partager, puisqu’il n’a pas été publié, mais je vais quand même le partager avec vous, et il va bientôt être publié et donc vous l’avez en avant-première.  Cela concerne une toute nouvelle technologie qui permet à la NSA de rediriger dans ses dépôts un milliard de conversations téléphoniques cellulaires par jour, un milliard d’appels chaque jour. Ce à quoi nous avons vraiment affaire dans ce cas,  c’est un système globalisé qui empêche toute forme de communication électronique d’avoir lieu sans qu’elle soit aussi archivée et surveillée par la NSA. Cela ne veut pas dire qu’ils écoutent chaque appel. Cela signifie qu’ils archivent chaque appel et ont la capacité de les écouter à tout moment, et cela veut dire qu’ils récoltent des millions et des millions et des millions de données concernant nos appels téléphoniques et nos mails. C’est un système globalisé visant à détruire toute vie privée, et ce qui constitue une menace incroyable, c’est que tout se passe dans l’ombre, avec aucune responsabilisation, et virtuellement aucun garde-fou. Le but de cette affaire et le but de l’alerte déclenchée par Edward Snowden n’est pas de détruire particulièrement ou unilatéralement ces systèmes. Le but c’est de dire que si vous, le gouvernement américain, et les gouvernements dans le monde, voulez créer un système de surveillance dans lequel nous n’avons plus de vie privée individuelle ou sur internet, vous devriez au moins nous en informer, en le faisant publiquement pour que nous puissions décider démocratiquement quelle genre de système et dans quelle sorte de monde nous voulons vivre.

 

Article paru le 28 juin 2013, http://niqnaq.wordpress.com/2013/06/30/i-shall-be-interested-to-see-whether-the-right-wing-conspiromaniacs-are-still-claiming-all-this-is-a-limited-hang-out-by-the-cia/

(http://www.youtube.com/user/WeAreManyMedia)

 

Traduction : Pierre MILLE

Texte intégral : A la Conférence Annuelle du Socialisme

 

Discours de Glenn Greenwald, le journaliste qui a divulgué l’affaire Snowden/NSA au monde – I – Qui est Edward Snowden ?


A la Conférence Annuelle du Socialisme à Chicago la nuit dernière, Glenn Greenwald prononça un discours dans lequel il a relaté comment il avait été contacté et rencontré Edward Snowden la première fois. Il a parlé de sa surprise de le voir si jeune et comment sa détermination et  sa conviction pour divulguer les fonctionnements internes de la NSA lui avaient inspiré le courage de publier les documents qui lui seraient transmis lors des trois ou quatre mois qui suivirent.

Greenwald décrit comment les révélations sur la NSA ont non seulement exposé les Etats-Unis en tant qu’état sous surveillance mais aborde aussi la corruption  et le pourrissement moral de l’establishment du journalisme dans ce pays. Il a également laissé à l’auditoire le message qu’il ne fallait pas craindre le “climat de peur” que le gouvernement américain souhaite imposer à ceux qui osent défier son pouvoir. Ce qui suit est la transcription de son discours après une introduction et un préliminaire au cours duquel il rendit hommage à Jeremy Scahill qui venait de le presenter à l’auditoire. Puis, après quelques réflexions, il décida de s’assoir sur une chaise pour le discours qui suit.

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Qui est Edward Snowden ?

… J’ai été contacté par Edward Snowden il y a de ça plusieurs mois. Il m’a contacté par mails. Il ne disait pas son nom. Il ne disait pas grand chose. Il disait simplement qu’il avait des documents qu’il pensait pourraient m‘intéresser ce qui devait devenir par la suite le plus grand euphémisme de la décennie. Mais il ne me disait pas grand chose le concernant et plusieurs mois ont passé parce que nous parlions d’un système de code et d’autres choses et ce n’est que lorsqu’il est arrivé à Hong Kong avec les documents qu’on a commencé à avoir des discussions substantielles à propos de lui, de ce qu’il faisait et quel genre de documents il avait. Et j’ai passé de nombreuses heures à discuter en ligne avec lui à Hong Kong mais j’ignorais, son nom. Je ne connaissais rien de son parcours, son âge, ni même où il travaillait. Et il essayait de me faire venir à Hong Kong pour lui parler et avant que je fasse ça, faire la moitié du tour du monde en avion, je voulais des garanties que ça en valait vraiment la peine, qu’il y avait une substance derrière ce qu’il disait. Donc il m’a envoyé un hors d’oeuvre, comme lorsque vous avez un chien, vous lui présentez un biscuit sous le nez pour le faire aller là où vous voulez qu’il aille. C’est ce qu’il a fait pour m’amener à Hong Kong.  Ces documents, même si ce n’était qu’un petit échantillon, étaient les choses les plus extraordinaires que j’avais jamais vues.  Je me souviens qu’après avoir lu les deux premières pages, j’étais littéralement étourdi, étourdi par une sorte d’extase et d’euphorie par rapport à ce qu’il avait en sa possession. Et comme la plupart d’entre nous lorsque nous communiquons exclusivement en ligne avec quelqu’un, j’ai commencé à former une sorte d’impression mentale de qui il était. J’étais plutôt certain qu’il était plus âgé, voire même la soixantaine. Qu’il était comme un cadre bureaucrate à l’intérieur d’une des agences d’état de la sécurité nationale, plutôt grisonnant et approchant la fin de sa carrière. Et la raison pour laquelle je pensais cela c’est qu’il avait à l’évidence un accès assez haut placé à des documents top secrets. Il avait aussi une vision incroyablement pénétrante et mûrement réfléchie sur la nature de l’appareil de sécurité nationale ainsi que sur sa propre relation avec cet appareil si bien que je me suis dit que ça voulait dire qu’il avait dû réfléchir à tout cela et interagir avec ces éléments sur une période de nombreuses années. Mais la vraie raison pour laquelle je pensais qu’il avait cet âge, approchant de la retraite, peut-être même approchant la fin de sa vie, c’est qu’il soulignait, et ce dès nos premiers contacts, le fait qu’il savait pertinemment que ce qu’il faisait allait pour l’essentiel bouleverser sa vie et probablement la détruire. Qu’il y avait de grandes chances, voire même inévitables,  qu’il atterrisse probablement en prison, si ce n’est pire. Ou du moins, qu’il devrait fuir pour le reste de sa vie l’état le plus puissant du monde. Je n’y ai pas pensé consciemment, mais je pense que j’ai tacitement assumé que quiconque envisageait de faire un sacrifice de sa vie de cette ampleur était probablement quelqu’un qui avait pas mal souffert et était proche de la fin pour accumuler autant de bravoure.

Quand je suis arrivé à Hong Kong et que je l’ai rencontré pour la première fois, je me suis trouvé désorienté et dans une confusion complète comme jamais je ne l’avais été dans ma vie. Non seulement il n’avait pas soixante-cinq ans, il avait vingt-neuf ans mais il avait l’air beaucoup plus jeune. Et donc, lorsque nous sommes allés dans sa chambre d’hôtel pour commencer à lui poser des questions (Laura Poitras, la caméraman, et moi-même) ce que je voulais comprendre par dessus tout était ce qui l’avait poussé à faire ce choix extraordinaire, d’une part parce que je ne voulais pas faire partie d’un évènement qui allait détruire la vie de quelqu’un si cette personne n’était pas complètement lucide et rationnelle vis à vis de la décision qu’elle était en train de prendre, mais aussi parce que je voulais vraiment comprendre, juste par curiosité personnelle, ce qui poussait quelqu’un qui a  toute la vie devant lui, qui vivait  en couple depuis un certain temps dans un cadre des plus désirables à Hawaï, dans un emploi stable relativement bien payé, à tout jeter ainsi pour devenir instantanément un fugitif et un individu qui allait probablement passer le reste de sa vie dans une cage. Plus je lui parlais, plus je comprenais et plus j’étais,dépassé et plus cela devenait une expérience formatrice pour moi et pour le reste de ma vie parce que ce qu’il me disait encore et toujours, de plusieurs façons, et toujours avec une attitude si pure et passionnée que je n’ai jamais douté un seul instant de son authenticité, est qu’il y avait dans la vie des choses plus importantes que le confort matériel, que la stabilité d’un emploi, ou bien que juste essayer de prolonger sa vie le plus longtemps possible. Ce qu’il n’a eu de cesse de me dire, c’est qu’il ne jugeait pas sa vie à l’aune de ce qu’il pensait de lui mais par les actions qu’il prenait à la poursuite de ces convictions. Lorsque je lui ai demandé comment il en était arrivé au point de vouloir prendre le risque qu’il savait qu’il prenait, il m’a répondu qu’il cherchait depuis longtemps un chef de file, quelqu’un qui arriverait et réglerait ces problèmes. Et puis un jour, il s’est aperrcu que ça ne servait à rien d’attendre, qu’être un chef de file, c’est s’engager soi-même d’abord et donner l’exemple aux autres.  Ce qu’il disait au final, c’est qu’il ne  voulait pas vivre dans un monde où le gouvernement US se permettait ces extraordinaires envahissements pour construire un système ayant pour objectif la destruction de toute vie privée individuelle, qu’il ne voulait pas vivre dans un  tel monde, et qu’il ne pouvait, en bonne conscience, juste regarder et permettre que cela se passe ainsi, sachant qu’il avait le pouvoir d’aider à ce que cela s’arrête.

La chose la plus frappante pour moi à ce sujet, je suis resté onze jours consécutifs avec lui, alors qu’il était toujours un inconnu parce que nous n’avions pas encore divulgué son identité, et je le regardais suivre les débats sur CNN, NBC ou MSNBC ou les autres chaines du monde  entier pour voir ce qu’il avait essayé de provoquer par les actions qu’il avait prises. Et je l’ai vu aussi une fois qu’on avait révélé qu’il était l’homme le plus recherché du monde, que les officiels de Washington l’appelaient un traître, voulaient sa tête. Ce qui était ahurissant et continue à l’être encore maintenant, c’est qu’il n’y avait en lui aucun un soupçon de remords, de regrets, ou de peur.  C’était un individu complètent en paix avec le choix qu’il avait fait parce que ce choix qu’il avait fait était tellement incroyablement puissant, j’étais incroyablement inspiré d’être à côté de quelqu’un qui avait atteint un tel degré de tranquillité parce qu’il était tellement convaincu d’avoir fait ce qui était juste et son courage, sa passion m’infectèrent au point que j’ai juré que quoi que je fasse dans la vie avec cette histoire et au delà, j’allais dédier ma vie à faire justice à l’incroyable acte de sacrifice personnel qu’Edward Snowden a accompli. Et cette énergie, je le constatais alors, infecta tout le monde au Guardian, qui est une organisation médiatique assez grande, et je suis la dernière personne à faire l’éloge d’une organisation médiatique, même une pour laquelle je travaille, surtout une pour laquelle je travaille. Pourtant j’ai vu depuis quatre semaines, les rédacteurs du Guardian, les rédacteurs en chef qui ont dirigé le Guardian depuis des années, s’engager dans un journalisme intrépide et courageux en ignorant jour après jour le climat de terreur et les menaces dun gouvernement US et en disant nous allons continuer à publier toute information que nous pensons devoir publier pour le bien commun.

Si vous parlez à Edward Snowden et vous lui demandez, comme je l’ai fait, ce qu’il l’a inspiré, il parle d’autres individus qui se sont engagés courageusement dans une situation similaire, comme Bradley Manning ou ce vendeur tunisien qui s’est immolé et a déclenché une des plus grandes révolutions démocratiques de ces quatre ou cinq derniers siècles. Ce dont j’ai commencé à me rendre compte à propos de tout cela, c’est deux choses.  Premièrement, le courage est contagieux. Si vous faites un acte courageux en tant qu’individu, vous changerez littéralement le monde, parce que vous allez affecter les gens de votre entourage immédiat qui ensuite affecteront d’autres puis ceux-la encore d’autres.  Vous ne devriez jamais douter de votre capacité à changer les choses. L’autre chose dont je me suis rendu compte,  ce que vous êtes  en tant qu’individu ou ce que représentent, en terme de pouvoir, les institutions que vous défiez, tout cela  n’a aucune importance. M. Snowden n’a jamais eu son bac. Ses parents travaillent pour le gouvernement fédéral. Il a grandi dans un milieu modeste de la classe moyenne au sein d’une communauté militaire en Virginie  Il a rejoint l’Armée US parce qu’il pensait que la guerre en Irak était noble. C’est quelqu’un qui a zéro privilège, zéro pouvoir, zéro position, zéro prestige, et pourtant, lui tout seul, a littéralement changé le monde… une des choses que j’ai réalisées assez tôt est que non seulement lui mais aussi toutes les personnes qui auraient à faire quelque chose dans la publication de ces articles, nous allions être attaqués  et diabolisés de la manière que Jeremy a décrite. On voit toutes sortes d’attaques sur lui qui sont absurdes et contraires à la réalité. On entend des   affirmations de la part de psychologues de salon du genre qu’il serait narcissique. Je ne suis même pas sûr qu’ils sachent ce que cela veut dire, mais c’est devenu le scénario qu’ils récitent tous. C’est quelqu’un qui aurait pu vendre ces documents à des services de renseignement pour des millions et passer le reste de sa vie secrètement enrichi au delà de ses rêves les plus fous et il n’a rien fait de tout cela. Au contraire, il s’est mis en avant et est devenu une cible pour le bien de nous tous. Ou alors ils essaient de remettre en question ses motivations et disent que c’est quelqu’un qui cherche la célébrité, ou une “pute pour la célébrité” qui est leur phrase préférée en ce moment.  J’ai passé ces trois dernières semaines à me faire harceler par les plus ridicules stars des médias des US qui sont complètement désespérés pour obtenir un entretien avec Edward Snowden et le mettre dans leur émission quotidienne. Il aurait pu être une des personnes les plus célèbres dans le monde. Il est bien plus du genre reclus que “pute pour la célébrité”. Il a refusé toutes ces propositions d’entretien parce que sa vraie motivation pour faire ce qu’il a fait est exactement ce qu’il a dit, c’est, non pas se rendre célèbre, mais de rendre compte aux gens des Etats-unis et du monde de ce qui est en train de leur être fait en secret par le gouvernement US. La raison pour laquelle c’est toujours une habitude pour les gens comme Edward Snowden d’être diabolisées, la raison pour laquelle il est important de leur attribuer une maladie psychologique, comme ils l’ont fait avec Bradley Manning, comme ils essaient de faire avec tous les déclencheurs d’alerte, comme ils l’ont fait avec Daniel Ellsberg, c’est parce qu’ils savent précisément ce que j’ai dit, que le courage est contagieux. Et qu’il va être un exemple pour d’autres gens qui vont venir donner l’alerte sur le devant de la scène en ce qui concerne la tromperie, l’illégalité et la corruption des choses  qu’ils font dans l’ombre. Ils ont besoin de faire un exemple négatif pour que cela ne se reproduise pas et c’est la raison pour laquelle les gens comme Edward Snowden sont diabolises et attaqués et c’est pourquoi c’est à chacun de nous qu’il revient de le défendre pour le maintenir comme le noble exemple qu’il est et pour qu’il ait une juste reconnaissance. Voilà les choses sur lesquelles j’ai personnellement ouvert les yeux dans cette affaire et je suis sûr que je n’ai pas encore réfléchi à toutes les implications et je continuerai à le faire dans le temps. Mais j’ai une certitude c’est que cette expérience sera une expéience formatrice pour moi et pour des millions de gens dans le monde entier et par bien des manières.

Article paru le 28 juin 2013, http://niqnaq.wordpress.com/2013/06/30/i-shall-be-interested-to-see-whether-the-right-wing-conspiromaniacs-are-still-claiming-all-this-is-a-limited-hang-out-by-the-cia/

(http://www.youtube.com/user/WeAreManyMedia)

 

Traduction : Pierre MILLE

Texte intégral : A la Conférence Annuelle du Socialisme