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Londres : trois femmes libérées après 30 ans d’esclavage


scotland-yard-930_scalewidth_630Trois femmes ayant travaillé dans des conditions d’esclavage pendant quelques trente années ont été sauvées d’une maison du sud de Londres jeudi matin, ont rapporté les médias locaux.

Selon le journal le Guardian, les victimes sont une Malaisienne de 69 ans, une Irlandaise de 57 ans et une Britannique de 30 ans. Lire la suite Londres : trois femmes libérées après 30 ans d’esclavage

Wikileaks trace sa route à l’Est – par Israël Shamir


(A propos de  Mediastan, A Wikileaks Road Movie. long-métrage présenté au premier London Raindance Film Festival, puis à Moscou  lors d’un autre festival, la semaine suivante.

451610342_640Cinq journalistes dans leur trentième printemps traversent, en bande hétéroclite et en voiture, les déserts et les hauts plateaux d’Asie centrale. On retient son souffle dans des tunnels de cauchemar, on dérape dans les virages pentus et on négocie le droit de passage avec des troupeaux de moutons sur des routes de campagne, entre deux capitales de la liberté d’expression et de ses limites. Le road movie par excellence, on pense à Easy Rider de Wim Wenders, mais le montage est bien meilleur.

On découvre vite que ce voyage n’est pas une partie de plaisir. Ces jeunes gens ont été expédiés au bout du monde par le génial et inclassable Julian Assange, qui tel un prince de légende est en captivité au château de Ellingham, au pays des Angles de l’Est (les événements se situent il y a deux ans, avant qu’il ait réussi à trouver refuge à l’ambassade d’Equateur) Il vit toute l’aventure par procuration, enfermé dans le manoir. Il apparaît furtivement dans le film, et donne lieu à une scène de marche nocturne dans les bois qui est un joyau, parce que le metteur en scène, Johannes Wahlstrom (le Suédois de la bande) a su traduire l’urgence et la part décisive d’Assange, personnellement, dans l’affaire Wikileaks, en langage cinématographique. Assange discute avec l’équipe de montage par skype, et il débat avec ses camarades sur les objectifs du projet. C’est ainsi que nous apprenons  que le but de l’expédition est de répandre jusqu’aux confins de l’univers les câbles du Département d’État adroitement soustraits par le sergent Manning, pour que les habitants sachent la vérité, sachent comment le pouvoir impérial les perçoit. Il s’agit de les libérer par la vérité, mais ils ont besoin pour cela d’un médiateur, les médiats.

Quelqu’un doit choisir, traduire, expliquer, mettre en forme et publier les câbles, pour qu’ils atteignent le public ciblé. Les missionnaires d’Assange rencontrent des directeurs de journaux, d’agences de presse et de stations de radio, et leur offrent leur précieux trésor, aussi tentant que dangereux, gratuitement. La plupart d’entre eux refusent le cadeau. Ils sont étroitement liés à la structure du pouvoir américain, qui déploie ses tentacules impériaux jusqu’aux régions les plus reculées. Certains acceptent les câbles, mais nous ne saurons pas s’ils en feront jamais le moindre usage (personnellement, j’ai eu plus de chance en les répandant à travers la Russie, où les médiats sont réactifs et où le  sentiment anti-américain est vivace. Nos voyageurs acceptent facilement de reconnaître que la presse de l’Asie centrale est loin d ‘être libre, mais ils découvriront aussi, au détour des imprévus, traités avec subtilité, que les puissants médiats occidentaux sont tout aussi corrompus.

Ils sillonnent donc le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kirghizstan, le Kazakhstan, l’Afghanistan et ils font connaissance avec les médiats locaux, d’où le titre Mediastan. Nos voyageurs apprennent ainsi que les USA payent très régulièrement ces organes pour qu’ils publient des articles qui leur soient favorables. Certains de ces articles paraissent d’abord en Russie, et sont repris dans des publications locales, de sorte qu’ils en paraissent plus respectables.

D’ailleurs, un certain nombre d’éditorialistes résident en fait aux USA et dirigent de là-bas leurs publications. Au Turkménistan effarouché, on visite le bureau d’un journal important: chaque numéro comporte une photo du président en quadrichromie et en page de titre, et quand il reçoit ses visiteurs, le patron leur explique qu’il ne veut pas d’ennuis. Puis nous quittons son bureau et parcourons Ashgabat, ville reconstruite, rêve d’architecte tout en marbre et larges avenues impeccables. Il semblerait que toute la rente du gaz naturel n’ait pas été siphonnée vers des banques étrangères, ce qui fait bien plaisir, mais malheureusement, nos visiteurs se font reconduire à la frontière, à titre préventif.

Au Kazakhstan, ils rencontrent les ouvriers du pétrole de Zhanaozen, qui se remettent tout juste d’une longue grève de la faim: pas un journal n’y a envoyé de reporter jusque passé un mois, après qu’ils aient été dispersés à balles réelles. Une douzaine de grévistes ont été tués, bien d’autres blessés, et encore plus emprisonnés. Cette séquence est remarquable pour ce qu’elle transmet des affres vécues par les ouvriers et de leurs revendications, avant que la répression violente s’abatte sur eux. Même après coup, le drame des ouvriers du pétrole a été très peu montré, par ce qu’ils travaillaient pour des compagnies pétrolières occidentales, et que le président, M. Nazarbaïev, est considéré comme pro-occidental. Pour les médias mainstream, les gay pride sont des événements autrement plus importants qu’une grève de la faim de travailleurs. (1)

Nos globetrotteurs rencontrent aussi un autre personnage révélé par l’un des exploits de Wikileaks, un prisonnier de Guantanamo relâché récemment. Wikileaks avait publié son dossier secret à la CIA, parmi d’autres. Ce grand bonhomme barbu et sinistre a passé cinq ans dans ce camp de l’horreur: il raconte sa vie dans les limbes, et notre petite bande lui révèle pourquoi il avait été séquestré, car, comme Edmond Dantès dans Le comte de Montecristo, les prisonniers de Guantanamo ne sont jamais mis au courant de ce qu’on leur reproche. Quand il apprend qu’il vient de faire son interminable séjour là-bas simplement parce que les interrogateurs américains voulaient qu’il leur parle de l’humeur des réfugiés Tadjiks en Afghanistan, il explose: « ils n’avaient qu’à me le demander et me laisser repartir! » s’écrie-t-il.

L’épisode afghan est comme une parenthèse, mais cela fait partie du charme des road movies: le réalisateur peut caser avec grâce des séquences quelque peu disparates. Dans le nord de l’Afghanistan occupé, nos chevaliers du désert visitent un camp suédois, où le chargé de presse leur avoue qu’il n’a aucune idée de la raison pour laquelle ils sont là, au premier rang. Les Afghans veulent qu’ils s’en aillent, parce que les Suédois ne distribuent pas de pots de vin. Nous découvrons que sous la pression américaine, les Suédois pratiquent quand même quelque chose qui y ressemble, simplement pour pouvoir rester. Il s’agit, pour les Américains, d’impressionner les locaux avec la bonne volonté des Suédois, sans que cela leur coûte rien à eux.

Il y a un épisode comique, quand Johannes tente de fourguer ses câbles fuités au patron de la « radio libre » du coin, c’est à dire l’antenne locale du réseau de propagande US, de propriété américaine et généreusement financée par les mêmes. On l’informe solennellement que Radio Liberté jouit d’une totale liberté d’expression, peut discuter de tous les sujets, et ignore la censure. Il aurait aussi bien pu offrir ses câbles directement à l’ambassade US…

Mediastan2

Le royaume de Mediastan ne se borne pas aux hautes cimes, il s’étend jusqu’aux rives de l’Hudson et de la Tamise, car c’est là que Wahlstrom rencontre deux lascars qui trônent tout en haut de la chaîne alimentaire médiatique: à Londres, l’éditorialiste en chef du Guardian, Alan Rusbridger, et à New York, celui qui faisait la loi au New York Times à ce moment, Bill Keller. Tous les deux sont doux, patelins et polis, suaves et botoxés, et ils ont des réponses toutes prêtes, mais ils sont aussi rampants devant le pouvoir que le dernier des pontes d’une feuille de chou locale.

Le Guardian a joué un sale rôle dans l’histoire de Wikileaks, et ils semblent bien vouloir refaire le coup avec Snowden. (2) Ils ont publié ses rapports, après les avoir corrigés à la sauce NBA, l’ont poussé à révéler son identité, moyennant quoi ils ont boosté leur réputation de gens de gauche, et au final, ont mandaté leur propre agent, Luke Harding, pour qu’il écrive un livre qui le mettra probablement en pièces. Ils y ont déjà gagné la bienveillance des  services d’intelligence, des lecteurs qui leur font confiance, et ils pourraient bien finir par détruire leur victime.

C’est ce qu’ils ont fait avec Julian Assange: ils ont tiré parti de ses dépêches, les ont trafiquées et censurées pour les rendre compatibles avec la stratégie de leurs patrons, puis ont publié sur son compte des tombereaux d’ordures, tous les ragots qu’ils ont pu trouver, ils l’ont décrié tant et plus. Le New York Times a été encore plus sordide, dans la mesure où il n’a pas cessé de collaborer avec la CIA et le Pentagone, et a pleinement joué sa partition dans la chasse aux sorcières contre Assange.

Mais les lecteurs de CounterPunch ont pu suivre sa saga exceptionnelle en temps réel, depuis le début (3), probablement mieux que personne, mieux que par la grande presse ou les bloggeurs. Ils ont appris comment les câbles ont été publiés (4), comment le Guardian a calomnié Assange (ils ont reçu des notes confidentielles de la police suédoise et en ont biaisé le contenu). Lorsque, quelques mois plus tard, ces documents ont été rendus publics, un site suédois a écrit: « les pesants ragots publiés surtout par le toxique Nick Davies du Guardian  ne tiennent plus debout. Le rapport de Nick Davies sur les procès-verbaux était une manipulation. » Le Guardian avait fait des chapeaux tendancieux sur les câbles obtenus par Bradley Manning et répandus par Assange.  Les gens ne lisent guère au-delà des titres, de sorte que le Guardian à son habitude s’est permis d’attribuer à Wikileaks certaines remarques de représentants officiels des US, le plus souvent destinés à miner l’image de la Russie et à priver son président de légitimité. (5) C’est seulement maintenant que nous comprenons ces attaques infatigables contre Poutine, le seul qui a eu assez de volonté pour mettre un frein à l’attaque qui menaçait la Syrie, et signer ainsi la fin de l’hégémonie américaine.

Les câbles d’Asie centrale étaient plus intéressants que les autres, dans la mesure où les ambassadeurs US dans la région ne se méfiaient pas, et s’exprimaient franchement, en toute brutalité, dans leurs communications avec le Département d’État. Le Guardian a délibérément expurgé une bonne part des câbles publiés afin de cacher les preuves de corruption par les firmes occidentales en Asie Centrale, comme les lecteurs de CounterPunch ont pu le lire dans un article qui est difficile à retrouver sur Google (quelle surprise!) (6). Wahlsrom demande à Alan Rusbridger pourquoi il a effacé les noms des généreux donateurs, et reçoit une réponse formelle: ce sont des gens très riches et ils pourraient nous faire un procès.

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Le film sort juste au même moment que Le Cinquième Pouvoir, The Fifth Estate, le film d’Hollywood sur le même sujet. Ce n’est pas une coïncidence: Julian Assange était très ennuyé par le projet de Hollywood et il l’a dit ouvertement au producteur, au réalisateur et à l’acteur qui jouait son rôle. Il a judicieusement décidé de ne pas se mêler du projet Mediastan, de façon à laisser à Wahlstrom toute son indépendance. Ce n’est donc pas un film de groupies sur leur gourou: le personnage central n’est pas Assange mais les médiats.

Si bien que les deux films sont fort différents. L’un  se base sur le récit du collaborateur d’Assange devenu depuis son ennemi et ambitieux rival Daniel Domscheit-Berg, et a bénéficié d’un budget exceptionnel de 40 millions de dollars, bien au-dessus de la moyenne, alors que Mediastan,  est l’oeuvre du jeune réalisateur Johannes Wahlstrom, un ami d’Assange, avec un budget étriqué, entièrement sorti de sa poche fort plate; le chef opérateur et les autres membres du groupe, passionnés mais sans ressources, ont travaillé pour rien. Et malgré tout, ils ont réussi à produire un thriller puissant et qui hantera longtemps les gens qui réfléchissent, car il s’agit d’une quête épique sur un sujet épineux: comment insuffler la vérité vitale à ceux qui n’en veulent pas.

Le film occupe une niche bien particulière en tant que documentaire qui se sert de toutes les ressources du film de fiction: dynamique, ficelé serré, débordant de nuances, un régal pour l’œil et pour satisfaire la faim de réflexion. La photographie est splendide, on la doit au virtuose russe de la caméra, Fédor Lyass (Théo pour les intimes), le chef opérateur aux manettes du grand succès récent du cinéma russe Dukhless (7).  Le réalisateur Johannes Wahlstrom – (je n’ose pas dire tout le bien que j’en pense, parce que c’est mon fils, je l’avoue) a grandi en Israël, puis a suivi sa mère en Suède à l’âge de douze ans. C’est son premier long-métrage: il avait travaillé pour la télé suédoise et lancé un magazine. Il fait partie de ces braves jeunes gens décidés à arrimer le monde à la vérité, à l’arracher à la drogue du mensonge.

Je vous invite à voir ce film, pour le plaisir sauvage de voir ces visages âpres et juvéniles sur fond de paysages à couper le souffle, et d’en apprendre plus sur la façon dont Wikileaks a changé le monde.

Israel Shamir vit à Moscou adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier1)(_._,_.___

Notes:

(1) Le Monde Diplomatique a rendu compte de cette grève de la faim dans »L’or noir et la colère »  http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/GENTE/47656

(2) Voir l’article de Shamir « Snowden à Moscou », http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

(3) Voir l’article de Shamir: « Assange pourchassé, Les étonnantes aventures de Capitaine Neo négocient un virage prononcé vers le pire… » http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art794, septembre 2010.

(4) Voir l’article de Shamir ‘A bord du vaisseau Cablegate, Wikileaks dans les entrailles de l’empire » http://www.israelshamir.net/French/cablegate-fr.htm

(5) Autre article de Shamir sur les actions entreprises pour diffamer Julian Assange, voir « Assange agent du Mossad! ou Oignon cru en Iran », http://www.israelshamir.net/French/OignonsFR.htm

(6) Voir l’article de Shamir « Le Guardian déforme et censure les dépêches de Wikileaks » http://www.israelshamir.net/French/GuardianAstanaFr.htm

(7) Film de Roman Prygunov, septembre 2012, voir http://evasion-graph-coco.over-blog.com/dukhless-soulless

http://www.israelshamir.net/French/Mediastan-fr.htm

US Air Force a une fois largué une bombe à hydrogène sur la Caroline du Nord


29.siL’US Air Force a largué par inadvertance une bombe atomique sur la Caroline du Nord en 1961. Si un simple interrupteur de sécurité n’avait pas empêché l’enclenchement de la détonation, des millions de vies dans le nord-est auraient été en danger, c’est ce que révèle un nouveau document.

La révélation donne la première preuve concluante, après des décennies de spéculation, que l’armée américaine a évité de justesse une catastrophe auto-infligée. L’incident est expliqué en détail dans un document récemment déclassifié écrit par Parker F. Jones, superviseur du département de la sécurité de l’armement nucléaire au Sandia National Laboratories.

Le document – écrit en 1969 et intitulé «Comment j’ai appris à me méfier de la bombe H », parodié dans le film de Stanley Kubrick « Dr. Folamour ou: Comment j’ai appris à cesser de m’inquiéter et à aimer la bombe « – a été divulgué au Guardian par le journaliste Eric Schlosser.

Trois jours après l’investiture du président John F. Kennedy, un bombardier B-52 transportant deux bombes à hydrogène Mark 39 a quitté Goldsboro, en Caroline du Nord pour un vol de routine le long de la côte Est. L’avion s’est bientôt mis en chute libre, jetant ses bombes dans l’air à proximité de plusieurs grands centres urbains.

Chacun des explosifs portait une charge utile de 4 mégatonnes – équivalant à peu près à quatre millions de tonnes de TNT – qui aurait pu déclencher une explosion 260 fois plus puissante que la bombe atomique qui a détruit Hiroshima à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Une des bombes fonctionna de la même manière que celles qui sont tombées sur le Japon moins de 20 ans auparavant – en ouvrant son parachute et en engageant le déclenchement de ses mécanismes. La seule chose qui a empêché on ne sait combien de milliers, voire des millions d’être tués, c’était un simple interrupteur basse tension.

30Cette bombe à hydrogène, connue sous le nom MK 39 Mod 2, est tombée sur les branches des arbres à Faro, Caroline du Nord, tandis que le second explosif a atterri paisiblement près de Big Daddy’s Road à Pikeville. Jones a déterminé que trois des quatre interrupteurs destinés à empêcher la détonation involontaire sur MK 39 Mod 2 n’ont pas fonctionné correctement, et quand un signal de tir a été déclenché le quatrième interrupteur était le seul système de sûreté qui a fonctionné.

Les retombées nucléaires de la détonation aurait risqué des millions de vies à Baltimore, Washington DC, Philadelphie, New York City, et les zones environnantes.

« La bombe MK Mod 2 n’avait pas une sécurité adéquate pour le rôle d’alerte aéroportée dans le B-52 », avait écrit Jones dans son évaluation de 1969. Il avait constaté «un simple interrupteur de dynamo-technologie, basse tension s’était dressé entre les Etats-Unis et une catastrophe majeure … Il y aurait eu des mauvaises nouvelle à la pelle. »

Avant que Schlosser ne déterre le document à travers une demande d’accès à l’information (Freedom of Information Act), le gouvernement américain avait longtemps nié qu’un tel événement ait jamais eu lieu.

«Le gouvernement américain a toujours essayé de cacher les informations au peuple américain afin d’éviter des questions au sujet de notre politique d’armement nucléaire », a-t-il déclaré au Guardian. « On nous a dit qu’il n’y avait aucune possibilité pour que ces armes explosent accidentellement, pourtant en voilà une qui a failli le faire ».

Dans «Command and Control», le nouveau livre de Schlosser sur la course aux armements nucléaires entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, le journaliste écrit qu’il a découvert un minimum de 700 accidents « significatifs » impliquant des armes nucléaires, de 1950 à 1968.

Traduction Avic

http://rt.com/usa/air-force-dropped-hydrogen-bomb-155/

La vengeance de la NSA continue : le partenaire de Greenwald séquestré au Royaume-Uni


000-dv986574-c0a83130422-original-webLe partenaire du journaliste Glenn Greenwald a été détenu à l’aéroport de Heathrow en vertu de la loi antiterroriste britannique pour la durée maximale autorisée avant inculpation. Amnesty International a qualifié cet acte de vengeance injustifiée après que Greenwald ait révélé les programmes espions de la NSA.

David Miranda était en transit à Londres en provenance de Berlin pour Rio de Janeiro, où il vit avec Greenwald – le journaliste au Guardian qui, dans une série d’articles a aidé Edward Snowden à révéler l’ampleur des programmes de surveillance de masse de la National Security Agency.

Miranda a été détenu pour interrogatoire par des agents de sécurité à Heathrow vers 8h, heure locale, en vertu de l’annexe 7 de la Loi 2000 sur le terrorisme (*). Les fonctionnaires l’ont détenu pendant près de neuf heures sans mise en examen, ce qui est la durée de détention maximale autorisée en vertu de la loi controversée.

Les officiers l’ont relâché après avoir confisqué tout son équipement électronique. Selon le Guardian, les agents ont confisqué le téléphone portable de Miranda, son ordinateur portable, son appareil photo, ses clés USB, ses DVD, et même sa console de jeux.

Glenn Greenwald (à gauche) et son partenaire David Miranda (image à partir de facebook.com)
Glenn Greenwald (à gauche) et son partenaire David Miranda (image à partir de facebook.com)

 

«Pour retenir mon partenaire pour une période complète de neuf heures tout en lui refusant un avocat, puis saisir une grande partie de ses biens, est clairement destiné à envoyer un message d’intimidation à ceux d’entre nous qui ont fait des reportages sur la NSA et le GCHQ, » écrit Greenwald en réponse à l’incident. « Les actes du Royaume-Uni représentent une grave menace pour les journalistes partout dans le monde. »

Les autorités britanniques n’ont donné aucune autre explication, sauf pour dire que le jeune homme de 28 ans avait été « détenu à l’aéroport de Heathrow » et « ensuite libéré. »

Le gouvernement brésilien a publié une déclaration exprimant sa grave préoccupation face à l’épisode. Il a déclaré que la mesure n’était pas justifiée « puisqu’il s’agit d’une personne  contre laquelle  il n’y a aucune charge qui puisse légitimer l’usage de cette législation. »

« Le gouvernement brésilien espère que des incidents tels que celui qui s’est produit aujourd’hui pour le citoyen brésilien ne se répèteront pas », dit la déclaration.

En attendant, Amnesty International déclarait que Miranda était clairement une «victime de  tactiques de représailles injustifiées ».

« Il est tout à fait improbable que David Michael Miranda, citoyen brésilien en transit à Londres, ait été arrêté par hasard, étant donné le rôle que son mari a joué dans la révélation de la vérité sur la nature illégale de surveillance de la NSA», a déclaré Widney Brown, directrice générale de la politique et du droit International d’Amnesty.

Après le «message d’intimidation » dont Greenwald dit qu’il ne visait pas seulement lui et son partenaire, mais aussi à tous les journalistes, il a promis que « les autorités américaines et britanniques allaient bientôt voir« sa réaction.

Le journaliste américain basé au Brésil, qui a révélé les informations sur les activités d’espionnage des gouvernements américains et ses alliés, a récemment révélé que l’ancien contractuel de la NSA Edward Snowden lui avait donné au moins 15.000 documents classifiés, ajoutant que les histoires qu’il a publiées jusqu’ici ne sont qu’une « petite partie » de ce qui doit être révélé.

Selon Greenwald, les autorités britanniques ne soupçonnent David Miranda d’aucun lien avec le terrorisme, mais qu’au contraire ils l’ont interrogé sur les rapports de la NSA.

Pendant le voyage de Berlin, qui a été payé par le Guardian, Miranda a rencontré Laura Poitras – la cinéaste américaine qui a enregistré la fameuse interview dans laquelle Snowden s’était dévoilé comme étant la source des énormes fuites.

Le lanceur d’alerte, inculpé aux Etats-Unis d’espionnage, a obtenu l’asile temporaire en Russie le 1er Août. Après avoir passé plus d’un mois dans la zone de transit de l’aéroport Sheremetyevo de Moscou, il s’est tranquillement faufilé hors du terminal pour un endroit sûr non divulgué.

Note :

(*)  En vertu du controversé annexe 7 de la Loi 2000 sur le terrorisme , les agents frontaliers sont autorisés à détenir toute personne entrant ou sortant du Royaume-Uni pour l’interroger jusqu’à neuf heures, et confisquer ses effets personnels pendant sept jours à des fins de lutte antiterroriste. Une assistance juridique peut être demandée à la charge du prévenu. Toutefois, l’examen n’est pas retardé en attendant l’arrivée  de l’avocat et le refus de répondre à des questions pourrait être considéré comme une infraction et conduire à l’arrestation. Sur 69 109 personnes interrogées entre Avril 2011 et Mars 2012 seulement environ 42 ont été détenus pendant plus de six heures.

Traduction : Avic

http://rt.com/news/uk-detain-greenwald-partner-terrorism-645/

Histoire d’un drone israélien “retourné” par le Hezbollah


heron-israelFin avril (voir le Guardian du 25 avril 2013), Israël annonçait l’interception et la destruction d’un drone près de la ville de Haïfa. Les autorités militaires israéliennes suggéraient qu’il s’agissait d’un drone de fabrication iranienne, utilisé par le Hezbollah, qui avait été intercepté et abattu par des F-16 peu après qu’il soit entré dans l’espace aérien israélien depuis le Liban ; cela, après que les services ad hoc israéliens, toujours impressionnants d’efficacité high tech, aient suivi sa trajectoire au Liban.

Insistons là-dessus : le compte-rendu officiel donnait l’impression d’une situation parfaitement maîtrisée (drone suivi par moyens électroniques dès son lancement, puis interception et destruction parfaitement assurées). Il n’empêche que l’hélicoptère qui transportait le Premier ministre Netanyahou en visite dans la région de la zone frontière avec le Liban avait du se poser d’urgence, sans doute pour éviter un incident, comme par exemple une fausse manœuvre d’un F-16, durant l’interception. (Le Guardian : «Netanyahou a été informé de l’incident alors qu’il se rendait en avion dans le nord d’Israël pour participer à un évènement culturel organisé par la minorité druze du pays. Selon des officiels, son hélicoptère s’est posé pendant le court laps de temps où le drone a été intercepté avant de reprendre sa route»). Bien que présentée selon la forme officielle habituelle, forme extrêmement lisse et stérilisée, cette circonstance pouvait tout de même contredire quelque peu l’impression de contrôle de la situation que les autorités israéliennes voulaient donner.

Un compte-rendu publié par Daoud Rammal, dans le quotidien libanais As Safir le 8 mai 2013, donne une toute autre version. (As Safir est un quotidien indépendant de gauche en général très bien informé et qui échappe aux influences des groupes de pression habituels de la région.) Une référence est faite à une intervention télévisée toute récente de Nasrallah, le chef du Hezbollah, tandis que l’article cite des sources pour préciser les circonstances de l’incident. Il s’agirait d’un drone israélien entré dans l’espace aérien libanais et dont le contrôle électronique aurait été pris par le Hezbollah. Le drone aurait ainsi été “retourné” (comme l’on dit d’un agent ennemi dans le langage du renseignement) et redirigé vers l’espace aérien israélien. Cette trajectoire inattendue en même temps que la perte de contrôle (et de contact) du drone auraient semé la panique chez les Israéliens qui durent monter en toute hâte une mission d’interception et de destruction de ce qui s’avéra être leur propre drone. Les sources citées indiquent qu’il s’agit d’une “riposte” similaire à la destruction d’un F-4 turc en juin 2012 (voir le 25 juin 2012). Selon ces sources, le F-4 avait été abattu en “riposte” à la défection d’un MiG syrien en Jordanie, par des batteries installées en territoire syrien mais contrôlées par des Russes. Cette fois, l’interception et la prise sous contrôle du drone israélien suivraient de quelque jours, – “riposte” là aussi, – la découverte d’un site d’implantation d’espionnage israélien de la base russe de Tartus, en Syrie… Voici la citation extraite du texte de As Safir.

«La dernière déclaration du Secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, à propos du drone qu’Israël aurait détruit en vol près de Haifa, a épaissi le mystère qui entoure ce drone pour cette simple raison: « Ce n’est pas le Hezbollah qui a envoyé ce drone et cela l’ennemi le sait très bien.

»La déclaration de Nasrallah à propos du drone a pour but d’accroître la tension et l’inquiétude dans les cercles politiques et militaires israéliens à qui il revient de révéler la vérité sur ce drone au public. Selon une source bien informée : »Quand un pilote syrien a déserté en emmenant avec lui un MiG russe en Jordanie, quatre jours plus tard, en manière de riposte, un avion turc fabriqué aux États-Unis a été abattu au dessus des côtes syriennes. Il s’est avéré plus tard que c’étaient les forces de défense russes qui l’avaient abattu. » La source a ajouté que moins d’une semaine après la découverte de modernes équipements d’espionnage israéliens à Tartus, « le drone inconnu a été abattu au dessus de Haïfa en riposte.”

»La source précise aussi que « selon des canaux diplomates occidentaux, le drone qui a été abattu est en fait un drone israélien qui se dirigeait vers le Liban. Mais il semble que les experts de la Résistance ont réussi à l’intercepter et à le contrôler. Ils auraient pu l’abattre au Liban. Mais le Hezbollah ne veut sans doute pas fournir un prétexte à Israël pour attaquer le Liban. Il l’a donc renvoyé en Israël et cela a causé une grande confusion dans l’armée israélienne et les services de sécurité qui ont décidé d’abattre le drone.” […]

»Selon la source, les Étasuniens et les Israéliens ont été très étonnés de ce que « en dépit de la haute technicité de leurs services de renseignement, ils n’aient pas réussi à localiser les équipements que le Hezbollah avaient acheminés dans les villes habitées par des Libanais en Syrie […] Le Hezbollah est capable de mener une guerre classique de haut niveau technique, tout en étant capable de mener une guérilla très efficace.” La source a ajouté que “tout ce qu’Israël peut faire c’et de dire la vérité au sujet du drone de reconnaissance d’autant plus qu’il est clair que le Hezbollah n’y est pour rien”»

… On peut observer que cette version de l’incident rencontre effectivement certaines des conditions “visibles” de l’interception et de la destruction du drone par Israël, notamment ce qui semble être l’effet de surprise (atterrissage d’urgence de l’hélicoptère transportant Netanyahou) contredisant la version officielle du contrôle de la situation. Elle corrobore d’autre part de nombreuses indications sur les capacités du Hezbollah, autant qu’indirectement celles de l’Iran. (L’Iran a effectué différentes opérations de prises de contrôle de drones hostiles, dont la plus fameuse est évidemment celle du drone RQ-170, un engin US, en décembre 2011 [voir notamment le 7 décembre 2011].) Cette version renforce également les appréciations, venues de sources proche du Hezbollah, concernant les opérations d’attaque en Syrie menée par les Israéliens il y a une dizaine de jours. (Selon Al Monitor du 5 mai 2013 : «Israël n’a pas commenté officiellement l’incident mais son but serait, semble-t-il, d’empêcher les armes de passer au Liban; que pense le Hezbollah de tout ça? Selon une source proche de cette organisation : « Israël bluffe, c’est comme pour l’attaque de janvier, le Hezbollah avait réussi à faire passer des armes très efficace au Liban et Israël l’a découvert trop tard, pendant des jours et des jours les avions israéliens ont sillonné le ciel libanais à basse altitude pour essayer de les localiser et, quand il se sont rendus compte qu’ils avaient échoué, ils ont attaqué.”»)

Enfin, l’ensemble des informations contenues dans l’article laisse une forte impression de coordination opérationnelle active entre le Hezbollah, la Syrie et l’Iran bien sûr, mais également avec la Russie. On voit renforcée l’idée de plus en plus substantivée selon laquelle la crise syrienne a suscité un véritable “front” anti-bloc BAO, avec notamment un retour de la Russie dans la région. On voit aussi décrite la tactique de “communication” de ce “front”, qui est de passer des “messages” aux Israéliens, sous forme de “ripostes” calculées, pour les informer aussi bien de l’absence d’impunité pour leurs interventions que de l’état réel des capacités de leurs adversaires.

L’on comprend par ailleurs que, du point de vue d’Israël, le Hezbollah constitue plus que jamais une terrible menace, avec notamment ce “mixage” inédit de capacités de mener une guerre de guérilla très classique et d’un “primitivisme” très étudié, et de capacités de très hautes technologies opérationnelles. Cette combinaison existait déjà à l’été 2006, lorsque le Hezbollah infligea à l’armée israélienne sa plus humiliante défaite. (Dès cette époque, – et l’idée est plus que jamais actuelle, – on pouvait présenter le Hezbollah, par la variété des moyens employés, par sa capacité tactique d’adaptation, par sa légitimité également, comme un virtuose de la “guerre de quatrième génération” [voir notamment le 30 juillet 2006 et le 16 août 2006]. Effectivement, le “mixage” de moyens de types de conflits très différents, en intensité et en capacités opérationnelles, avec aussi le mélange des domaines abordés et un usage constant de la communication, représente la formule la plus riche et la plus novatrice de la G4G.)

Pour consulter l’original: suivre ce lien.

Traduction des parties en Anglais: Dominique Muselet