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Lettre à Monsieur le Président du Parlement Européen


Tribune libre Byblos

72687_531332230243814_1578058504_nLe 17 Janvier 2011, je vous avais adressé une lettre sur le massacre des chrétiens d’Orient, et  particulièrement sur celui des chaldéens d’Irak. L’horreur avait culminé dans une église syriaque de Bagdad, en Décembre 2010 faisant 50 victimes innocentes (enfants, femmes, vieillards dont 2 prêtres) sauvagement assassinées par des jeunes Jihadistes.…

Le 13 Avril de la même année, vous aviez la courtoisie de me répondre et je vous cite : «  L’Union européenne s’engage résolument en faveur des minorités religieuses. Le Conseil de l’Union Européenne vient d’adopter le 21 Février 2011 des conclusions qui confirment son action en faveur de la liberté de religion ou de conviction pour tous et partout, et appelle à renforcer son action extérieure en la matière en mobilisant ses instruments diplomatiques et son assistance aux pays tiers…. »

Pendant ce temps, la Révolution de Jasmin, suivie du Printemps arabe, poursuivaient leur contagion dans la ville de Deraa à 50 kilomètres de Damas avant de se propager dans toute la Syrie. Or à la même époque je naviguais entre Alep et Damas, ayant créé avec mon épouse un Institut Infirmier (IFSMB) à la française, à la demande de Monseigneur Jean Clément Jeanbart Archevêque Melkite d’Alep, pour le soutenir dans son projet « Bâtir pour rester », afin de limiter l’exode des chrétiens, bien avant ces événements imprévus, du mois de Mars 2011.

Mes origines et mon vécu communautaire entre la Syrie et la France d’une part, la conjoncture particulière qui nous a conduits à vivre 3 ans, en tant que professionnels de la Santé, au contact permanent de toutes les catégories sociales de ce pays d’autre part, me poussent aujourd’hui à vous lancer ce nouveau cri d’alarme en faveur des civils innocents de Syrie, après 27 mois de combats acharnés, 100.000 morts, autant d’handicapés, 5 millions de réfugiés et un exode sans précédent des chrétiens, (qui depuis 2000 ans et tant d’invasions, sont restés envers et contre tout sur la Terre de leurs ancêtres).

Ce désastre, ce chaos me laissent dubitatif sur l’esprit de la démarche européenne ; je vous cite : «… Telle est l’approche qui guide l’Union européenne dans ses relations avec les pays tiers, où nous travaillons avec acharnement pour rassembler un consensus de la Communauté Internationale pour lutter contre l’intolérance religieuse lors des sessions de l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York et du Conseil des Droits de l’Homme à Genève… »

Je ne peux que déplorer l’impuissance du Parlement Européen qui sous votre Présidence, constate :

– Le carnage des civils syriens.

– Les enlèvements avec demandes de rançons qui de plus sont exorbitantes, de civils, d’enfants, de chefs d’entreprise.

– le saccage d’usines, d’entreprises environ  (2500) brulées par les insurgés.

– Le matériel coûteux pillé et vendu au marché noir avec la complicité des autorités turques.

– L’horreur des cœurs arrachés aux soldats de l’Armée Syrienne, exhibés aux Médias Internationaux.

– L’injonction d’Imams devenus célèbres pour leurs prêches du Vendredi dans les Mosquées du Caire, de Tunis, d’Istanbul ou d’ailleurs, de se débarrasser du sang des infidèles égorgés, comme celui des porcs, dans les caniveaux.

– Le viol des jeunes filles et des femmes, torturées sous les yeux de leur père, de leurs frères, de leurs époux, et étouffées avec le symbole même de leur foi, la croix du Christ plantée dans leurs gorges.

– La séquestration récente de deux Evêques, Monseigneur Yohanna Ibrahim et Paul Yazdgi connus pour leur charisme et leur intégrité de la Communauté Islamo-chrétienne de (Homs).

Qui rend compte de l’horreur, de la haine et de la barbarie en Europe ?

– La « Turquie » alliée de l’OTAN, qui arme, encourage et cautionne le pillage et la destruction de la Région industrielle d’Alep (principal poumon économique de la Syrie) ?

– L’ « Observatoire Syrien des Droits de l’Homme » (L’OSDH) et son bouffon de représentant à Londres qui alimente les réseaux sociaux ; un apatride à la solde des Services de Renseignements Anglais, et de l’argent Qatari ?

– L’ « Armée Syrienne Libre » (ASL) submergée par des insurgés qui s’infiltrent par les frontières de la Jordanie, du Liban de la Turquie, et de l’Irak ? Car toutes les nationalités « Islamistes » et islamisantes sont là, Tunisiens, Egyptiens, Saoudiens, Qataris, Libanais, Afghans, Tchétchènes, Libyens, Maliens, Turcs, Pakistanais, Yéménites, Koweitiens, Talibans, Belges et même Français,…Une armée de bric et de broc qui a même découragé le Président Hollande, acharné à reconnaître ce qu’il faut bien appeler aujourd’hui par son nom, une « Armée d’occupation » !

– « Al-Jazzera », la chaîne Qatari, fidèle à ses propriétaires, qui accable le Régime syrien de Bachar El Assad, filtre et dénature les informations, sans aucune nuance…

Ne sommes-nous pas en droit de nous étonner d’ailleurs que lors de sa dernière Conférence de presse, devant 400 journalistes accrédités, le Président de la République Française n’ait donné la parole, pour préciser la position de la politique étrangère de la France, qu’à deux médias, TF1 et ….Al-Jazzera, qui s’inquiète de la mise à l’écart discrète de la France et de l’Europe dans les discussions à venir à Genève pour la 2ème Conférence Internationale chapeautée par les U.S.A. et la Russie ?

Comment interpréter le silence des Médias à cette occasion ? Indifférence ou collusion ?

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Monsieur le Président, bien des voix viennent s’éteindre aux portes de nos rédactions et de nos chancelleries.

Je le rappelais le 2 Janvier 2013 à l’Elysée dans l’entretien de 90 minutes que m’avait obligeamment accordé la Conseillère Diplomatique du Président François Hollande.

Je commençai par la voix du peuple syrien, en la personne de Nadia Khost, une écrivaine de Damas : «Prendre à cœur la défense du peuple syrien revient aussi à défendre non seulement la dignité de ce qu’il y a de plus noble en l’humanité, mais l’intelligence de chacun d’entre nous qui sommes impunément bafoués par les Médias internationaux…. »

Je continuai en lui rappelant qu’un « Collectif pour la Syrie » composé de dix Franco-syriens, avait adressé le 21 Mars 2012, une lettre ouverte aux Médias, aux élus et aux deux futurs candidats à la Présidence de la République Française, après avoir effectué 12 missions au cœur même de la Syrie, auprès des opposants et des soutiens du Régime. Je lui disais que leur voix était aussi importante que celle de ceux qui clandestinement effectuent auprès de l’ASL des visites guidées et soigneusement encadrées, au pied levé, dans une partialité absolue.

Dans mon dernier livre : «  Le Silence de Dieu » je donnais moi-même dans les annexes, la parole aux « Sans voix », ceux que nous ne lisons jamais dans nos journaux, que nous n’entendons guère sur nos radios et ne voyons jamais sur les écrans de  nos télévisions !

J’évoquais avec elle, Sa Béatitude Kiril I, Patriarche de Moscou et de toutes les Russies qui, en visite chez Monseigneur Béchara Raï, le Patriarche Maronite, avait osé parler d’un plan Occidental visant à expulser les chrétiens d’Orient de la Terre Sainte qui les a vus naître.

Ce même Patriarche Maronite d’ailleurs qui, au cours d’une rencontre avec le Président Sarkozy au printemps 2012, soulignait l’imprudence de certaines positions européennes et françaises radicales et demandait pour les chrétiens du Levant, « non pas des protections, mais des Droits fondamentaux…que les Accords de Taëf, qui avaient mis fin à la Guerre du Liban, n’avaient eu de cesse de rogner pour favoriser la domination sunnite du Liban ».

Enfin j’interrogeais la Conseillère Diplomatique sur les révélations du journal « Le Point » et du « Canard Enchaîné » concernant l’intervention courageuse du député PS François Loncle (Membre de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale) qui, dans une question écrite posée au Gouvernement Fillon, demandait ouvertement au Patron du Quai d’Orsay, Monsieur Alain Juppé « Si la France étudiait la préparation d’une opération militaire en Syrie au vu des appels à l’ingérence Internationale qu’elle émettait via l’Onu notamment la demande d’instauration de couloirs humanitaires contre l’avis des Nations Unies, et enfin  la reconnaissance du CNS (Conseil National Syrien) comme seul interlocuteur syrien légitime !

François Loncle demandait très clairement à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, s’ils avaient l’intention de devenir les futurs G.W.Bush, et Rumsfeld de la Syrie…et de nous refaire le coup de la Libye ! Il allait même jusqu’à interpeller le Parlement en exigeant des éclaircissements sur «  le rôle exact joué par les agents du service de la DGSE et les officiers du Commandement des opérations spéciales dépêchés en Turquie et au Liban, auprès des militaires syriens ayant fait défection…et si l’objectif de la diplomatie française consistait à renverser le Régime syrien, au risque de provoquer l’éclatement du pays, voire l’embrasement de toute la région » !

Au mutisme d’Alain Juppé  s’abritant derrière le Secret Défense, le Général de corps d’armée Jean Salvan répondait sans détours que « depuis quelques jours, notre gouvernement n’ose plus pérorer au sujet de la Syrie. Peut-être a-t-il enfin compris ce qui se tramait là-bas, car l’activisme des Etats-Unis et du Qatar au Proche-Orient finissent par crever les yeux. Oui, il y a bien un complot, comme il y a en a eu en Irak pour contrôler un pays riche en pétrole, et simultanément répondre aux aspirations de l’Arabie Saoudite et des Sunnites en cassant la Syrie et l’Irak, deux Etats relativement laïcs.

La Russie détient en Europe des positions majoritaires sur le marché du gaz. On va donc s’attaquer aux exportations russes en ouvrant un gazoduc entre le Qatar, pays producteur, et des terminaux à Adana (Turquie), Tripoli (Liban), Haïfa (Israël) et Lattaquié (Syrie).

Ce gazoduc contournerait donc des pays comme l’Iran et l’Irak. Son centre de répartition se trouverait à Homs en Syrie, d’où partiraient les embranchements vers les ports méthaniers.  Bachar el-Assad ne souscrivant pas au projet, il fallait l’éliminer. Le bloc sunnite a donc fourni aux opposants syriens, instructeurs, conseillers, armes et argent, par l’intermédiaire de la Turquie.

Les dictatures théocratiques qatari et saoudienne ont trouvé sur place et en Europe les idiots utiles pour laisser croire qu’en Syrie on se battait pour la démocratie et non pour le gaz. Comme je le répète depuis plus de vingt ans, il y a de nombreuses ressemblances entre les Soviétiques et les islamistes. Les Occidentaux et surtout les Européens sont toujours prêts à leur vendre la corde pour être pendu ».

En quittant l’Elysée, suite à ma rencontre avec la Conseillère diplomatique, j’avais bien compris que le « changement » que l’on nous avait promis… n’était que  la continuité de la diplomatie française. !

J’avais bien saisi que cent mille chrétiens coptes qui avaient déjà quitté l’Egypte, que le million et demi de chrétiens chaldéens qui avaient fui l’Irak, que les Chrétiens Libanais, Palestiniens, et à présent Syriens, que les minorités musulmanes alaouites, kurdes, druzes, chiites et ismaïliens de Syrie étaient bien condamnés en Occident, selon des lois démocratiques à géométrie variable.

Nous anéantirons ces barbares jusqu’au dernier au Mali, les mêmes qui en Syrie sont considérés comme des résistants que l’on arme, que l’on soutient, que l’on forme…. Hélas, la rhétorique truquée d’un discours atlantiste basée sur une prétendue  défense des droits de l’homme, sert finalement d’analyse à la grande majorité de nos élus, droite et gauche confondus, sans aucune vision gaulliste de la politique des Affaires Etrangères.

Monsieur le Président du Parlement Européen, je prends la liberté de vous rappeler ce que Volney disait au XVIIIème siècle suite à son voyage en Syrie et en Egypte : « C’est bien dans ces contrées que sont nées la plupart des opinions qui nous gouvernent, d’où sont sorties ces idées religieuses qui ont influencé si puissamment notre morale publique, nos lois et notre état social … malgré toutes les diversités, tous les hommes sont frères et doivent porter à la perfection, les lois que la nature a posées en eux, pour les guider ».

C’est bien dans ces contrées que nous, européens, nous nous ingérons sans discernement, avec notre brutalité habituelle, en donneurs de leçons. Chaque jour qui passe voit le massacre de 150 familles innocentes de plus, de tous bords, de toutes confessions. Au diable les droits de l’homme, l’urgence c’est le droit de vivre !

En homme de décision et de pouvoir, Monsieur le Président, j’en appelle encore une fois à votre engagement« de mobilisation pour tous et partout, et d’assistance aux pays tiers… ». Je joins à ma prière et à ma lettre, quelques témoignages de citoyens ordinaires qui illustrent la tragédie syrienne. Je connais la plupart d’entre eux avec lesquels j’ai vécu ; musulmans ou chrétiens, ils sont restés héroïquement sur place dans l’horreur quotidienne. Leur courage prend racine dans leur foi vibrante, profonde et dans cette fraternité qui les unit à jamais.

Un jour, Monsieur le Président, les survivants parleront ; un jour les journalistes muselés aujourd’hui, témoigneront ; un jour, enfin, les Européens abusés et formatés comprendront.

Parce que ceux qui savaient, se sont tus (Alain Juppé, Hilary Clinton, Recype Erdogan, et bien d’autres), ceux qui pouvaient, se sont perdus en agitations dérisoires et stériles mais en attendant, une civilisation aura été anéantie sous un tapis de bombes américaines en Irak, sous une pluie de roquettes et de missiles russes en Syrie.

« Le sort des chrétiens d’Orient est exemplaire de ce qui se passe quand on nie la dimension spirituelle du monde…Entrez dans une Eglise d’Orient, vous y entendrez ce que les Eglises d’Occident vous cachent, le bruissement des Anges…C’est nous Européens qui, en ayant refusé d’inscrire dans la Constitution de l’Union, le caractère chrétien de nos racines, avons rendu possible l’éradication programmée et déjà effective…La mort des Chrétiens orientaux est le signe non seulement de notre honte mais de la mort de notre civilisation. Ils meurent silencieusement de ce que nous ne voulons êtres chrétiens ! » C’est ce qu’écrivait un philosophe contemporain (Richard Millet) en 2004.

Je suis cette voix dans le désert qui donne existence à ces sans voix que je vous supplie d’écouter.

Je vous remercie Monsieur le Président et je vous assure de ma respectueuse considération.

Jean Claude Antakli. 

Ecrivain-Biologiste. Ex-Correspondant de l’Est-Républicain.

Le Veilleur de Ninive

Turquie: Notre ami en prison


par ANDRE Vltchek

Notre ami Serkan Koc a été arrêté …

Nous ne savions pas quand c’est arrivé. Pas sûr de l’époque, des circonstances … Notre interprète et traducteur, notre ami Levent, nous a écrit un e-mail; très bref, très simple …

Notre univers s’est effondré, pour plusieurs brèves mais substantielles secondes, et nos épaules se sont affaissées, et nous avons senti une douleur quelque part profondément à l’intérieur.

Serkan n’est pas seulement un ami, il est un documentariste turc courageux, l’un des plus prolifiques dans cette partie du monde.

Il a fait des dizaines de films sur l’injustice, sur l’impérialisme et sur l’alliance entre l’Occident et la Turquie dans l’entrainement de «l’opposition» syrienne sur le territoire turc, en particulier autour de la ville frontalière de Hatay.

Il a suivi les mouvements des combattants étrangers, il est allé partout en Syrie pour suivre «l’opposition», des «camps de réfugiés» jusque dans les villes syriennes et les champs de bataille.

Les manifestants à Istanbul.
Les manifestants à Istanbul.

Serkan travaille pour la chaîne de télévision Ulusal. Ulusal signifie «National», mais ce n’est pas un de ces médias d’état ​​ou «officiels» – c’est de la vraie opposition, tout comme sa sœur en version imprimée, Aydenlik. En fait, lors d’une visite de Hilary Clinton à Ankara, des rumeurs ont circulé qu’elle faisait ouvertement du lobbying avec le gouvernement en place pour arrêter à la fois Aydenlik et Ulusal.

Pourquoi?

La réponse est simple: les deux médias se positionnent fermement pour des idéaux patriotiques, les principes sociaux et socialistes, et pour une philosophie anti-impérialiste déterminée. Pendant des années, ils ont dénoncé le rôle de la Turquie dans la déstabilisation de la Syrie voisine, pendant des décennies, ils se sont opposés à l’hébergement des militaires de l’OTAN et des bases aériennes. Pendant des années, ils se sont opposés au capitalisme sauvage qui est arrivé en même temps que l’administration actuelle.

Pendant des jours et des nuits, sans relâche, des gens comme Serkan Koc ont monté des films, s’engageant au niveau le plus élevé du journalisme d’investigation, luttant pour une meilleure Turquie et un monde meilleur.

Dans le cas de Serkan, son travail était étroitement lié à son partenariat avec sa femme, Beste, son indéniable seconde moitié, mais aussi son partenaire de travail acharné. C’est en pensant à tous les deux que nous écrivons ces mots, le présent rapport, et cet appel!

Mais quelle principale irritation Serkan Koc a-t-il causée? Qu’est-ce qui a bien pu outrager le gouvernement de la Turquie à ce point?

« Maintenant, malheureusement Tayyip Erdogan est devenu notre premier ministre, et il a reçu une mission de la part des Etats-Unis d’Amérique », nous a expliqué récemment Serkan Koc, à Crista et moi, alors que nous travaillions sur le film documentaire, la Turquie entre l’Est et l’Ouest pour la chaîne de télévision latino-américaine Telesur. Nous étions assis dans le bureau de Serkan, au cœur d’Istanbul. « L’objectif était ‘’le projet du Grand Moyen-Orient des Etats-Unis « , visant à changer les frontières des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, et Erdogan a été porté au pouvoir exactement en tant que co-président de ce projet du Grand Moyen-Orient ».

Et Serkan a poursuivi:

«Afin d’accomplir cette mission il avait à faire quelques sérieuses manœuvres; donner l’impression qu’il est contre Israël et contre les Etats-Unis, pour la bonne raison qu’un dirigeant qui est du côté d’Israël et des Etats-Unis ne pouvait pas réussir cette mission au Moyen-Orient. Maintenant, le gouvernement du Tayyip Erdogan est fini. Le gouvernement Erdogan Tayyip va maintenant vers le bas de la colline, à partir de maintenant jusqu’à la fin.  »

Naturellement, ce n’est pas quelque chose, pas une rhétorique que Tayyip Erdogan aime entendre. Et sa colère, sa fureur, sa vindicte peuvent souvent être au vitriol.

Maintenant, il y a déjà des centaines de patriotes, des généraux militaires, et d’intellectuels turcs dans les prisons, dans tout le pays. Beaucoup d’entre eux sont détenus ou en attente de procès, à la prison de haute sécurité notoire de Silivri, sur la rive européenne de la Turquie, à environ 60 kilomètres d’Istanbul.

Leur «crime» est qu’ils se sont opposés à l’étroite alliance turque avec l’OTAN et avec les Etats-Unis. Bien sûr, il y avait d’autres questions «liées», mais la critique de l’OTAN et de l’alliance avec l’Occident étaient les principaux «péchés».

Ce n’est pas seulement le «péril rouge» (écrivains, journalistes et autres intellectuels) qui sont confrontés à de lourdes sentences, mais même quelques-uns des éminents chefs militaires, comme le général d’armée aérienne 4 étoiles Bilgin Balanli qui, comme nous l’avons appris par sa fille Burcu Balanli, était sur le point de devenir commandant en chef de l’armée de l’air turque, avant d’être arrêté et jeté dans un cachot. Ou comme Ahmet Yavuz, le major-général 2 étoiles, qui est actuellement détenu à Silivri.

Zeynep Isik, directeur de « Avcilar Ataturkist Thought », et membre éminent du Parti des travailleurs, nous a expliqué juste en face de la prison de Silivri:

«Ces arrestations, ces opérations … nous ne pensons pas que ce soit quelque chose que la Turquie a fait de son propre chef, il y a de solides évidences et des preuves pour soutenir cette affirmation. Il s’agit d’une opération effectuée par les Etats-Unis contre les intellectuels turcs, et en particulier contre les forces armées turques « .

Bien sûr, la Turquie est désormais un allié essentiel des Etats-Unis et de l’Europe, au Moyen-Orient, aux côtés d’Israël et de l’Arabie Saoudite. Et en tant que tel, il est constamment encouragé de «l’extérieur» pour freiner son opposition, pour intimider sa dissidence. Toutes les arrestations massives, les procès de masse et d’autres mesures oppressives rencontrent très peu de critiques de la presse grand public occidentale, un scénario d’engagement étonnamment similaire  à celui adopté à l’égard d’autres proches alliés dans le monde, tels que l’Indonésie et Israël.

«Parler de l’actuel gouvernement, le gouvernement répressif … on doit le voir comme un gouvernement plutôt de type chef unique d’une organisation politique, sans aucune transparence en son sein. Et le leader n’accepte aucun défi, aucune critique, il dirige le parti politique, l’AKP, comme si c’était sa propre entreprise « , selon E. Ahmet Tonak – Professeur d’économie à l’Université de Bilgi d’Istanbul – qui a partagé ses réflexions sous et hors caméra, pour notre film documentaire.

Protestations dans Gezi Park.
Protestations dans Gezi Park.

Les récents combats sur le parc Gezi que le gouvernement a tenté de «privatiser» et transformer en un lieu commercial, a tourné à la violence. Des milliers ont été blessés, des centaines ont été arrêtés. Il est vite devenu évident que la lutte n’est pas sur le petit coin de verdure au milieu de la ville tentaculaire, c’est sur le système politique et économique lui-même, et sur l’alliance de la Turquie avec l’Occident. Beaucoup de citoyens turcs ont déjà perdu confiance dans la démocratie représentative, comme nous l’ont expliqué le Professeur E. Ahmet Tonak et beaucoup d’autres.

« Avec les manifestations du parc Gezi nous avons vu qu’il y avait un très grand malaise social dans notre société», a déclaré Osman Erbil – directeur général adjoint du TGB (Parti des Travailleurs), qui a été arrêté le même jour que notre ami Serkan Koc. « Et l’une des raisons de ce malaise social, c’est que les politiques du gouvernement de l’AKP interdisent les libertés et coopèrent avec l’impérialisme. Le but de tout cela – s’assurer que la Turquie ne développera pas son propre parcours indépendant « .

Prison de Silivri.
Prison de Silivri.

Et pourtant, la société s’est révoltée. Elle s’est soulevée, et est allée aux barricades. Les gens, jeunes et vieux, se sont battus avec la police anti-émeute.

Certains sont morts et d’autres ont été blessés, et il y a ceux qui ont disparu.

Lorsque nous travaillions sur notre documentaire, Crista s’écriait souvent: «Comment se fait-il que eux ils osent, tandis que les Indonésiens n’osent pas? »

Et pour répondre à sa question rhétorique, il faut rappeler les paroles de Noam Chomsky, qui, quand nous parlions de la Turquie dans un dialogue que nous avions eu, lui et moi, l’an dernier au MIT (un dialogue qui sera bientôt publié sous forme de livre et sortira comme film), avait déclaré avec un large sourire : «les intellectuels turcs sont uniques! Je ne connais personne d’autres comme eux, nulle part dans le monde.  »

Chomsky avait parlé de défi, de courage et de désobéissance civile.

Il y avait aussi quelque chose de plus dans l’air autour de Gezi Park, alors même que la fumée toxique des gaz lacrymogènes montait lentement vers le ciel : il y avait de l’espoir et de l’optimisme, un signe clair que le peuple de Turquie, beaucoup d’entre eux, croient encore que si l’on se bat pour un monde meilleur, si l’on est courageux et déterminé, le monde meilleur est possible.

Serkan Koc a lutté courageusement pendant de nombreuses années, des décennies. Lui et son épouse Beste ont combattu, tout comme des centaines d’autres, des milliers d’autres, et maintenant des millions.

Je ne sais pas ce qui lui est arrivé après l’arrestation. Certains disent qu’il a été libéré après deux jours. Je l’espère. Il est notre ami. Un homme que nous respectons. Nous ne parlons pas la même langue, et quand Crista et moi avions travaillé avec lui à Istanbul, nous avions dû utiliser un interprète.

Taksim Square - la police avant l’action.
Taksim Square – la police avant l’action.

Mais ayant vu la façon dont ils travaillaient et la détermination qui émanait d’eux, nous étions certains que tant Serkan que Beste auraient donné le meilleur d’eux-mêmes, leur vie, pour améliorer le monde grâce à leur travail acharné. Nous nous sommes sentis inspirés par eux, comme par tant de gens dans leur pays.

Serkan devrait être libre. Et il ne devrait jamais être de nouveau arrêté. Et la Turquie doit être libre, et ne plus jamais être asservie sous une dépendance impérialiste vicieuse.

Et puis, qui sait, un jour peut-être, nous pourrions revenir dans cette ville merveilleuse, Istanbul, et s’y sentir chez soi, au lieu de braver les jets d’eau provenant des citernes des canons à eau, au lieu d’étouffer empoisonné avec des gaz lacrymogènes.

Nous viendrons, mais seulement si notre ami Serkan est libre!

Andre Vltchek est un romancier, cinéaste et journaliste d’investigation. Il a couvert les guerres et les conflits dans des dizaines de pays. Son roman acclamé par la critique politique révolutionnaire Point of No Return est maintenant réédité et disponible. Océanie est son livre sur l’impérialisme occidental dans le Pacifique Sud. Son livre provocateur sur post-Suharto en Indonésie et le modèle de marché fondamentaliste est appelé « Indonésie – L’archipel de la peur « (Pluton). Il vient de terminer un long métrage documentaire «Gambit Rwanda » sur l’histoire du Rwanda et le pillage de la RD Congo. Après avoir vécu de nombreuses années en Amérique latine et en Océanie, Vltchek réside et travaille actuellement en Asie de l’Est et en Afrique. Il peut être atteint à travers son site web .

Photos par Crista Priscilla.

Crista Priscilla est une réalisatrice et écrivain indonésienne.

Traduction : Avic