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La Stasi à la Maison Blanche – Paul Craig Roberts


stasi_216Le 19 Juin 2013, le président américain Barack Obama, dans l’espoir de s’élever au-dessus des retombées  du scandale causé par l’espionnage de la National Security Agency (NSA , a cherché à s’associer à deux discours emblématiques réalisés à la Porte de Brandebourg à Berlin.

Il y a cinquante ans, le président John F. Kennedy s’était engagé : « Ich bin ein Berliner ». En 1987, le président Ronald Reagan avait défié: «M. Gorbatchev, abattez ce mur « .

Le discours d’Obama a été délivré à un public relativement restreint spécialement sélectionné. Malgré cela, Obama a parlé derrière une vitre pare-balles.

Le discours d’Obama restera dans l’histoire comme le plus hypocrite de tous les temps. Pas étonnant que le public n’ait été là que sur invitation. Un vrai public aurait viré Obama hors de Berlin sous les huées.

Peut-être la plus hypocrite de toutes les déclarations d’Obama a été quand il a proposé que les Etats-Unis et la Russie réduisent de 1/3 leurs armes nucléaires. Le monde entier, et certainement les Russes, voient ce qu’il y a derrière ce stratagème. Les États-Unis encerclent actuellement la Russie avec des missiles antibalistiques placés sur les frontières russes et espèrent exploiter cet avantage en discutant avec la Russie pour qu’elle réduise son armement, ce qui rend son ciblage par Washington plus aisé. La proposition d’Obama vise clairement à affaiblir la dissuasion nucléaire de la Russie et sa capacité à résister à l’hégémonie américaine.

Obama a prononcé des mots nobles de paix, tout en battant les tambours de guerre en Syrie et en Iran. En témoignent les politiques agressives d’Obama d’encerclement de la Russie par des bases de missiles et la mise en place de nouvelles bases militaires dans l’océan Pacifique avec lesquels il compte affronter la Chine.

C’est le même Obama qui a promis de fermer la prison de la torture de Guantanamo, mais ne l’a pas fait ; le même Obama qui a promis de nous dire la raison de la longue décennie de guerre de Washington en Afghanistan, mais ne l’a pas fait ; le même Obama qui a promis de mettre fin aux guerres , mais en a commencé de nouvelles; le même Obama qui a dit qu’il défendrait la Constitution américaine, mais qui l’a réduite en miettes ; le même Obama qui a refusé de tenir le régime de Bush pour responsable de ses crimes contre le droit et contre l’humanité ; le même Obama qui a déchainé des drones contre des populations civiles en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen ; le même Obama qui a réclamé et exercé le pouvoir d’assassiner des citoyens américains sans procès et qui continue la pratique inconstitutionnelle du régime de Bush de violation de l’habeas corpus et de détention indéfinie de citoyens américains ; le même Obama qui a promis la transparence, mais met en place le gouvernement le plus secret de l’histoire américaine.

Le discours d’une spectaculaire hypocrisie du tyran a suscité des applaudissements de l’auditoire invité à 36 reprises. Comme tant d’autres, les Allemands se sont montrés prêts à être utilisés à des fins de propagande de Washington.

Voilà Obama, toujours dans ses mensonges, parlant de «vérité éternelle».

Voilà Obama, qui a permis à Wall Street de voler les peuples américain et européen et qui a détruit les libertés civiles des Américains et la vie d’un grand nombre d’Irakiens, d’Afghans, de Yéménites, de Libyens, de Pakistanais, de Syriens, et d’autres encore, parlant « d’aspirations à la justice. « Obama assimile les exigences de justice au « terrorisme ».

Voilà Obama, qui a construit un réseau d’espionnage international et un état policier à l’intérieur, parlant « des aspirations à la liberté. »

Voilà Obama, président d’un pays qui a initié des guerres ou des actions militaires contre six pays depuis 2001 et a en ligne de mire trois autres pays musulmans : la Syrie, le Liban et l’Iran, et peut-être plusieurs autres en Afrique, parlant « des aspirations à la paix qui brûle dans le cœur des hommes », mais clairement pas dans le cœur de Obama.

Obama a transformé l’Amérique en un état de surveillance qui a beaucoup plus en commun avec la Stasi de l’Allemagne de l’Est qu’avec l’Amérique des époques de Kennedy et de Reagan. Étrange, n’est-ce pas, que la liberté ait été acquise en Allemagne de l’Est et perdue en Amérique.

A la Porte de Brandebourg, Obama a invoqué l’engagement des nations à « une Déclaration universelle des droits de l’homme», mais Obama continue de violer les droits de l’homme, tant dans son pays qu’à l’étranger.

Obama a poussé l’hypocrisie vers de nouveaux sommets. Il a détruit les libertés civiles américaines garanties par la Constitution. En lieu et place d’un gouvernement responsable devant la loi, il a transformé la loi en une arme entre les mains du gouvernement. Il a intimidé une presse libre et poursuit des dénonciateurs qui révèlent les crimes de son gouvernement. Il ne fait aucune objection lorsque la police américaine brutalise les citoyens qui manifestent pacifiquement. Son gouvernement intercepte et stocke dans les ordinateurs de la National Security Agency  chaque communication de chaque américain et également les communications privées des européens et des canadiens, y compris les communications des membres des gouvernements, pour mieux faire chanter ceux qui ont des secrets. Obama envoie des drones ou des assassins pour tuer des gens dans les pays avec lesquels les Etats-Unis ne sont pas en guerre et les victimes, dans la plupart des cas s’avèrent être des femmes, des enfants, des agriculteurs et des personnes âgées du village. Obama a gardé Bradley Manning à l’isolement pendant près d’un an, l’agressant dans sa dignité humaine dans le but de le briser et d’obtenir de faux aveux. Au mépris de la Constitution américaine, Obama a refusé à Manning un procès pendant trois ans. Sur les instructions de M. Obama, Londres refuse à Julian Assange le libre départ vers son asile politique en Équateur. Assange est devenu un cardinal Mindszenty moderne. [Jozsef Mindszenty était le chef de l’Eglise catholique hongroise qui avait cherché refuge contre l’oppression soviétique à l’ambassade américaine à Budapest. Avec le refus de libre passage par les Soviétiques, le cardinal a vécu dans l’ambassade américaine pendant 15 ans comme un symbole de l’oppression soviétique.]

C’est  ce Obama qui a demandé au cours de l’événement orchestré à la Porte de Brandebourg: « Allons-nous vivre libres ou sous les chaînes? Sous des gouvernements qui défendent nos droits universels, ou des régimes qui les répriment? Dans des sociétés ouvertes qui respectent le caractère sacré de l’individu et notre libre arbitre, ou dans des sociétés fermées qui étouffent l’âme?  »

Lorsque le mur de Berlin est tombé, l’État espion Stasi qui étouffe l’âme a déménagé à Washington. La Stasi est bel et bien vivante dans le régime Obama.

Le discours d’Obama au Brandebourg : http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2013/06/19/remarks-president-obama-brandenburg-gate-berlin-germany

Traduction : Avic

Source :http://www.paulcraigroberts.org/

Craig Roberts withkitties_150_120Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

Visite d’Obama à Berlin sur fond de tensions croissantes entre l’Allemagne et les Etats-Unis


Obama-and-MerkelConformément au protocole appliqué dans de telles circonstances, la première visite officielle en Allemagne du président américain Barack Obama est utilisée pour évoquer des souvenirs historiques et proclamer une amitié réciproque. Le fait qu’il y a 50 ans ce mois-ci, le président John F. Kennedy avait prononcé son célèbre discours « Ich bin ein Berliner » devant l’hôtel de ville de Schöneberg est exploité dans ce sens.

Cependant, derrière la façade soigneusement entretenue, les relations américano-allemandes sont loin d’être harmonieuses. Les tensions dans les sphères de l’économie et de la politique étrangère ont été aggravées par les récentes révélations de surveillance par l’Agence de renseignement américaine (National Security Agency, NSA).

Depuis sa dernière visite à Berlin à l’été 2008, l’image publique d’Obama a changé du tout au tout. A l’époque, 200.000 personnes s’étaient réunies au Tiergarten, le grand parc de Berlin, pour acclamer le candidat présidentiel démocrate dont ils espéraient qu’il mettrait un terme à la politique de guerre et de torture de son prédécesseur méprisé, George W. Bush.

Cette fois-ci, Obama devrait prendre la parole devant la porte de Brandebourg hermétiquement bouclée et devant un auditoire trié sur le volet d’à peine 4.000 personnes.

Après quatre ans et demi au pouvoir, de vastes couches de la population ne considèrent plus Obama comme porteur d’espoir mais plutôt comme un homme responsable d’un espionnage massif et illégal et de l’application de mesures violentes. Le fait que Guantanamo détient toujours 166 prisonniers sans inculpation ni procès tandis que des milliers de terroristes présumés et de civils innocents ont été tués par des drones américains en violation du droit international est gravé dans la conscience publique.

En conséquence, les organisateurs de la visite d’Obama traitent présentement les habitants de Berlin comme s’ils représentaient la population d’un pays hostile. La capitale allemande est en état de siège depuis que la famille du président y a débarqué mardi soir.

L’ensemble de l’espace aérien de Berlin et de l’aéroport de Tegel a été fermé durant l’approche d’Obama, au même titre que les rues empruntées par le convoi présidentiel durant sa traversée du centre-ville. Des voitures en stationnement et des bicyclettes attachées par une chaîne ont été enlevées par la police aux frais de leurs propriétaires. Vu que les heures de déplacement précises du président était gardées secrètes pour des raisons de sécurité, ces mesures ont duré des heures.

Certaines sections des médias et les milieux politiques officiels allemands traitent ouvertement la visite d’Obama avec méfiance et scepticisme bien que leurs réactions soient motivées par des considérations totalement différentes de celles motivant les gens ordinaires. Alors que la population s’indigne de l’attitude antidémocratique et illégale du gouvernement américain, l’élite dirigeante allemande considère de plus en plus fortement les Etats-Unis comme un rival économique et géopolitique.

C’est ce qui ressort très clairement de l’attitude du gouvernement allemand à l’égard du conflit en Syrie. Berlin et Washington collaborent étroitement pour le renversement du gouvernement de Bachar al-Assad et son remplacement par un régime fantoche. L’Allemagne joue un rôle clé dans l’organisation de l’opposition syrienne en exil en lui permettant de nouer des liens avec les milices armées à l’intérieur du pays.

Dans le même temps, la chancelière allemande Angela Merkel refuse d’armer l’opposition syrienne, comme le demande Obama. Elle craint que ceci ne mène à une détérioration des relations avec la Russie qui entretient d’étroites relations économiques avec l’Allemagne. Merkel craint aussi qu’un effondrement de l’Etat syrien et une intensification de la guerre civile sectaire n’aient d’importantes répercussions en Allemagne, en ne se traduise par une propagation du terrorisme et de la guerre civile à l’Europe.

Il convient de souligner que le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, l’un des principaux organes de la classe dirigeante allemande, a publié, à peine deux jours avant la visite d’Obama, une interview détaillée et exclusive avec Assad. Dans cet entretien, le dirigeant syrien apparaît non pas comme un tyran sanguinaire, mais plutôt comme un politicien bourgeois prudent. Il a dit clairement qu’il était disposé à coopérer avec les pouvoirs impérialistes et a fermement mis en garde contre les conséquences d’une politique qui mine les frontières existantes et arme les forces djihadistes.

« Le fait de redessiner les frontières dans cette région signifie retracer la carte, » a dit Assad. « Ceci produit un effet de domino que personne ne peut contrôler. Il est possible que l’une des grandes puissances entame ce processus, mais à un certain moment personne ne sera en mesure de l’arrêter. »

Il a aussi mis en garde contre le danger d’« exporter le terrorisme vers l’Europe » au cas où l’Europe armerait les forces terroristes en Syrie.

Le conflit concernant le système d’interception Prism de la NSA montre de façon évidente que l’Allemagne considère les Etats-Unis en premier lieu comme un adversaire économique. La chancelière Merkel a déclaré qu’elle soulèverait la question de la surveillance lors de ses discussions avec Obama mais son ministre de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, a pris la défense du programme d’espionnage américain. Dans le journal Welt am Sonntag, Friedrich a confirmé que les services secrets allemands bénéficiaient de l’espionnage et recevaient régulièrement des informations des Etats-Unis. Selon le magazine Der Spiegel, le service de renseignement allemand envisage d’investir 100 millions d’euros et de recruter jusqu’à une centaine de nouveaux employés pour étendre sa propre surveillance d’internet.

Les réactions allemandes à la mise sur écoute par la NSA ont moins à voir avec les droits démocratiques et la défense du droit à la vie privée que la crainte d’un espionnage politique et économique. « Seuls les gens très naïfs croient que Prism concerne vraiment le terrorisme, » écrit le Frankfurter Allgemeine Zeitung, « compte tenu des milliards de données sélectionnées chaque mois. Le fait est qu’il n’y a pas un terroriste en puissance tapi derrière chaque arbre mais c’est une bonne excuse pour camoufler le bon vieil espionnage industriel. »

Jakob Augstein résume le sentiment anti-américain existant au sein des cercles dirigeants en écrivant dans sa chronique habituelle pour Spiegel Online : « Nous sommes contrôlés. A tout moment et partout. Et ce sont les Américains qui nous surveillent. Mardi, le dirigeant du plus grand et du plus complet système de surveillance jamais inventé par les hommes va arriver. Si Barack Obama est notre ami, alors nous n’avons vraiment rien à craindre de nos ennemis. »

Derrière les querelles concernant la Syrie et Prism, il y a des questions géostratégiques fondamentales. Depuis quelque temps, il existe entre les Etats-Unis et l’Allemagne de graves divergences au sujet de la politique financière. Washington et les banques américaines sont en train d’exercer des pressions massives sur Berlin pour que le gouvernement abandonne son engagement en faveur de l’austérité et injecte d’énormes quantités d’argent dans le système financier européen.

Simultanément, le tournant opéré par Obama vers l’Asie contrecarre directement les intérêts économiques de l’Allemagne qui est fortement tributaire du commerce avec la Chine.

Le 20ème siècle a fourni de multiples exemples sur la manière dont de telles tensions peuvent rapidement s’intensifier et mener à un conflit militaire.

Peter Schwarz

Article original, WSWS, paru le 19 juin 2013

http://www.mondialisation.ca/