Archives du mot-clé impérialisme

La stratégie du chaos ou l’impérialisme décomplexé


titleLes guerres de l’Otan menées à l’initiative des Etats-Unis en Afghanistan et en Irak ont donné le signal du renouveau des guerres impériales au XXIe siècle.

Elles sont à l’évidence le modèle des interventions que l’armée française multiplie en Afrique depuis le bombardement de la la Côte d’Ivoire et de la Lybie en 2011, surtout par deux aspects que les unes et les autres partagent : vendues aux opinions publiques occidentales comme ayant pour objectifs la paix et la démocratie, elles aboutissent immanquablement à nourrir les dissensions civiles qu’elles étaient censées apaiser. Lire la suite La stratégie du chaos ou l’impérialisme décomplexé

Toute victoire d’un pays sur l’impérialisme est une victoire pour les opprimés


Tribune libre Résistance

Escalavage-impérialismeL’impérialisme a pris la forme d’un nouveau colonialisme entre 1870 et 1914. L’action des gouvernements d’alors consistait à imposer leur hégémonie sur d’autres pays pour les exploiter économiquement en assurant un contrôle total des ressources énergétiques et des exportations, surtout de capitaux.

L’impérialisme a divisé le monde en ce qui représente encore aujourd’hui la grande division de la planète entre pays riches et pays pauvres. Lire la suite Toute victoire d’un pays sur l’impérialisme est une victoire pour les opprimés

C’est bien en France que maintenant la guerre s’engage!


Tribune Djerrad Amar

Liberer2Les français ont maintenant bien pris conscience, depuis la provocation de Valls visant à censurer un spectacle de l’humoriste Dieudonné que quelque chose avait changé dans les rapports entre les tenants du pouvoir en France et un peuple devenu de plus en plus critique et frondeur. Lire la suite C’est bien en France que maintenant la guerre s’engage!

Lettre aux syriens. « I have a drone »


Tribune libre Almutanabi Jasmin

obama-sad_2451605bChers frères et soeurs syriens, j’ai décidé de vous écrire car comme hier mon pays, la Côte d’Ivoire, a été attaquée par la France Sarkozienne avec la complicité des Etats Unis d’Obama après avoir épuisé 8 ans durant une liste impressionnante de faux prétextes et aujourd’hui, si le congrès américain l’autorise, ses deux pays  s’apprêtent à livrer bataille contre vous quel que soit le temps que cela prendra pour trouver le bon prétexte.

Il est vrai que je continue, quand je n’ai pas le choix, de consommer français ou américain et donc je contribue au financement des armes qui s’apprêtent à vous « protéger » en vous tuant et vous poussant à l’exil pour occuper votre pays avec des  apatrides armés qui seront demain plus syriens que vous. Ayant vécu en direct la crise ivoirienne, je constate que les arguments utilisés par les initiateurs de la guerre (courte guerre, frappes ciblées, pas de troupe au sol) pour tromper les opinions publiques  pour arracher leur soutien, reviennent en force. Finalement, ils ont fait tout le contraire de ce qu’ils avaient promis et sont allés au-delà de ce que la résolution onusienne autorisait en Côte d’Ivoire.

En Côte d’Ivoire après les bombardements illégaux et injustifiés de Sarkozy qui ont ciblé les armes d’origine russe et laissé intact les armes d’origine française, le nombre de massacres et d’exécutions sommaires, d’emprisonnements arbitraires se sont multipliés sous le gouvernement de l’obligé de Sarkozy qui utilise des armes exclusivement françaises sans que la même émotion contre Laurent GBAGBO ne visite les champions de l’impunité et les protecteurs du peuple ivoirien. Hollande a-t-il tiré les bonnes leçons de la crise ivoirienne malgré le geste en faveur de la libération de quelques prisonniers politiques célèbres dont le Président du principal parti d’opposition ou applique-t-il la règle du pompier pyromane ? On se pose la question au regard de son attitude sur la question syrienne.

Ainsi, je m’en voudrais terriblement de ne pas vous faire partager l’expérience ivoirienne. J’ai donc décidé de vous écrire cette lettre…

Comme hier en Côte d’Ivoire,  il était question de frappes ciblées, de courte durée, contre les armes lourdes que le Président légitime, légal de la République de Côte d’Ivoire était supposé utiliser contre son peuple c’est-à-dire ses propres électeurs.

Comme hier en Côte d’Ivoire, le Président Laurent GBAGBO aurait tué sept (7) femmes avec « ses armes lourdes » ; il est apparu que c’était un film tourné avec de vrais acteurs de cinéma pour émouvoir l’opinion publique et arracher une résolution de l’ONU.

Je suis convaincu que la fameuse ligne rouge franchie par votre Président avec des armes chimiques qu’il aurait utilisées contre son peuple est encore un film sorti des studios d’Hollywood et que même s’il y a eu utilisation d’armes chimiques, l’auteur direct n’est pas obligatoirement un pro-Bachar.

Je vous informe qu’en Côte d’Ivoire pendant la guerre de huit (8) ans de la France contre la Côte d’Ivoire, la France de Chirac n’a eu aucun scrupule à bombarder ses propres soldats à Bouaké, au centre de la Côte d’Ivoire, pour faire porter la responsabilité au Président GBAGBO et détruire toute la flotte aérienne d’origine russe de l’Etat ivoirien.

Je vous informe aussi que le Président GBAGBO a été arrêté, déporté à la Cour Pénale Internationale depuis  2011. Mais, jusqu’aujourd’hui, les accusateurs que sont la France, les USA, l’Union Européenne avec la contribution de tous les services secrets qui ont brandi aux yeux du monde entier les preuves du massacre des sept (7) femmes par Laurent GBAGBO, n’ont pas pu apporter, après trois ans d’enquête, le moindre élément factuel solide pour convaincre les Juges de la CPI attestant la culpabilité de Laurent GBAGBO d’avoir tué ces femmes et encore moins à l’arme lourde.

Comme hier en Côte d’Ivoire, ils ont tous criés que le crime contre ces femmes ne peut rester impuni mais par contre leur agent installé au pouvoir a massacré 800 personnes de même ethnie avec des armes d’origine française, un véritable génocide qui reste aujourd’hui impuni.

Comme hier en Côte d’Ivoire, Laurent GBAGBO  a été désigné comme co-auteur indirect du massacre de son peuple, mais jusqu’aujourd’hui les auteurs directs n’ont toujours pas été identifiés pour qu’ils désignent leur donneur d’ordre. De même, Bachar Al Hassad est désigné comme responsable d’utilisation d’armes chimiques sans qu’aucun coupable ne soit formellement identifié pour qu’il indique Bachar Al Hassad comme le donneur d’ordre. L’occident, parti pris au conflit, s’est érigé en juge du droit international contre le principe sacro-saint de la présomption d’innocence  et décide de frapper la Syrie en ne faisant même pas l’hypothèse de la réaction des alliés de Bachar en cas de propagation des dégâts collatéraux comme au Mali ou pire, comme Pearl Harbour qui a précipité les USA dans la seconde guerre mondiale malgré leur neutralité initiale.

Ainsi les Etats occidentaux jouent avec le feu et  hiérarchisent en grands frères et petits frères les Etats où les premiers jugent et frappent les seconds mettant de côté les institutions et règles qu’ils se sont librement données pour gérer les relations internationales entre Etats souverains. Nous constatons que ces pays, les USA, la France et la Grande Bretagne qui se sont érigés « Shérifs planétaires » font partie du Top 10 des plus gros exportateurs d’armes au monde.  Avouons-le tout net, l’ONU comme hier la société des nations, est aujourd’hui incapable de régler pacifiquement les relations entre nations souveraines face à la poussée des industries d’armement qui alimentent le nazisme économique : occupation militaire, domination monétaire et économique, consommation forcée, soumission, exécution ou contrainte à l’exil des populations.

Comme hier en Côte d’Ivoire, la première cible frappée par la France n’était plus uniquement les armes lourdes d’origine russe mais la télévision ivoirienne, l’Université d’Abidjan et le palais présidentiel qui a reçu à lui seul 50 bombes dont une qui a frappé le mur de la chambre du Président, heureusement il n’était pas dans sa chambre.
Je suis convaincu que ça sera les mêmes cibles chez vous avec le même objectif : Eliminer  les seules armes lourdes qu’ils recherchent : Bachar Al Assad et l’Etat Syrien ; détruire tout l’arsenal militaire d’origine non occidentale. L’arrestation du Président GBAGBO ayant permis de mettre à nu le complot et les mensonges d’Etat servis à la communauté internationale, je suis convaincu d’une chose : Bachar Al Assad et l’Etat Syrien subiront le même sort que KADHAFI ou SADDAM HUSSEIN et leurs états respectifs si le monde entier continue de rester sourd et aveugle au nazisme économique de l’occident en crise.

Comme hier en Côte d’Ivoire, le terme « courte période » n’étant pas normalisé par l’ONU seul le temps pour arrêter ou tuer Bachar et décimé l’Etat Syrien, sera le temps que prendront les bombardements. En une seule journée, plusieurs cibles peuvent être atteintes par les missiles Tomahawk. En Libye, pour la seule journée du 19 mars 2011, l’OTAN a tiré 124 missiles Tomahawk et touché une vingtaine de cibles. En Côte d’Ivoire, ces bombardements par la France ont commencé le 28 Mars 2011 pour se terminer le 11 Avril 2011, date de l’arrestation du Président Laurent GBAGBO mais la guerre des rebelles armés par la France de Chirac et de Sarkozy a démarré le 19 septembre 2002 pour prendre fin le 11 avril 2011.

Comme hier en Côte d’Ivoire, le 11 avril 2011, contrairement aux déclarations initiales qui ne prévoyaient pas de troupes au sol, ce sont les troupes françaises qui sont descendues sur le terrain à bord d’une cinquantaine de chars pour prendre possession du palais présidentiel ayant résisté à la pluie de bombes pour arrêter le Président Laurent GBAGBO.

Comme hier en Côte d’Ivoire, sachez, chers frères et sœurs que pendant cette « courte période », tout l’appareil d’Etat sera détruit, le peuple syrien sera enfermé chacun chez lui sans eau, sans électricité, sans gaz avec tous les hôpitaux, pharmacies et commerces fermés. Les malades mourront dans les hôpitaux, les femmes enceintes  accoucheront à domicile et celles qui auront besoin d’une césarienne mourront, les bébés seront privés de lait. La faim, la soif, la maladie seront vos amis. Les toilettes  de vos maisons seront remplies et vous dormirez avec vos urines et vos déchets. Les missiles Tomahawk, équipées souvent d’ogives nucléaires ne feront pas la différence entre pro et anti-Bachar. Les cadavres seront ramassés, incinérés et les cendres jetées à la mer pour effacer les traces et faire croire que les frappes étaient des frappes chirurgicales sans effet collatéral. Tout cela se passera hors caméra.

Paradoxe des paradoxes, punir un « présumé coupable » reviendra à punir des innocents. Autre paradoxe : punir un chef d’état supposé avoir violé le droit international passera par la violation de ce même droit édicté par la charte des Nations Unies qui recommande l’accord du conseil de sécurité pour l’usage de la force dans les relations entre états souverains sauf en cas de légitime défense. Sommes-nous dans un cas de légitime défense ? Certainement pas. Quel est l’avenir de l’ONU en cas de « frappes punitives » sans son aval ? Un machin qui risque de disparaitre comme son géniteur : la SDN. Quel est l’avenir de de la Syrie en cas de frappes ? Une poudrière djihadiste.

Chers frères et sœurs, sachez que quand l’industrie militaire a soif de profit, la vie, la morale et le droit ont  peu d’utilité et les commerçants de la mort n’ont pas  de limites.

Comme hier en Côte d’Ivoire, la destruction de l’appareil d’Etat exposera le pays à un pillage sans précédent des commerces et des domiciles.

Comme hier et aujourd’hui en Côte d’Ivoire la destruction de l’appareil d’Etat ouvrira tout le pays à une foule de rebelles sans foi ni loi, qui se proclameront Syriens à la place des Syriens, exécutant sur dénonciation tous ceux qui seront de loin ou de près désigné pro-Bachar. Une foule de Syrien sera contrainte à l’exil, sans protection contre la faim ou d’un simple abri de la part de ceux qui sont soi-disant, venus  vous protéger, abandonnant ainsi champs, commerces, usines, domiciles entre les mains de rebelles sans identité fixe qui s’en approprieront à souhait.

Comme hier en Côte d’Ivoire, même les bénéficiaires du complot qui seront à la tête du pays n’auront pas la main mise sur cette foule de rebelles et le pays sera exposé à une insécurité permanente. La punition frappera donc tous les innocents qui vivront au rythme des exécutions sommaires, des arrestations arbitraires, des tortures et des emprisonnements. Tout ceci se passera hors camera.

Comme hier en Côte d’Ivoire, tous ceux qui étaient venus avec le prétexte de vous protéger, ne parleront plus de vous dans leurs medias. Ils fermeront les yeux sur les massacres quotidiens des nouveaux seigneurs de guerre et leurs parrains installeront les principes du nazisme économique pour vous vendre de nouvelles armes sous prétexte de reconstruction de l’armée et  pomper en silence sans taxe ni autorisation toutes les richesses du sol et du sous-sol au nom de la démocratie et des droit de l’homme.

Comme hier en Côte d’Ivoire, cette guerre intervient au moment où les USA sont proches de la cessation de payement. La France, quant à elle, recherche désespérément une croissance économique et vient de recevoir, comme par enchantement, une commande de un (1) milliard d’Euros de l’Arabie Saoudite, principal financier et allié de la rébellion Syrienne et des USA dans la crise syrienne. Est-ce pour acheter la participation de la France et son  soutien indéfectible à la guerre ? Car l’histoire n’avait-elle pas donné raison à la France quant à sa position de « non participant » à la 2ème guerre américaine contre l’Irak ? Secret d’État. Cette hésitation dans le camp européen montre à quel point cette guerre pour punir Bashar, est difficilement  justifiable.

La défection européenne est venue de là où personne ne l’attendait : Londres.

Comme hier en Côte d’Ivoire, sachez, chers frères et sœurs, que cette guerre n’est pas pour vous protéger mais pour protéger l’industrie d’armement de ces pays « shérifs de la terre » qui maquille leur commerce de la mort par une action humanitaire. Sinon, ils allaient commencer par protéger les millions d’exilés sans toit et ils n’auraient pas craint la présence des experts de l’ONU qu’on pressait de quitter les lieux pour cause de bombardement imminent. C’est pour protéger l’industrie d’armement en prenant possession de votre économie par la force après  avoir accompagné certains d’entre vous au cimetière ou en exil.

Comme hier pour le cacao ivoirien, le financement de cette guerre sera fait par l’étranglement du marché du pétrole pour faire flamber les prix au profit des pétrodollars qui soutiennent et financent la rébellion. Tout le monde entier sera puni en payant cette guerre pour le malheur des syriens et pour le bonheur éphémère de l’industrie militaire américaine qui sera momentanément sauvée de la faillite, le temps d’une autre cible et d’une autre crise de surproduction d’armes.

Chers frères et sœurs syriens, sachez que la Côte d’Ivoire a souffert et souffre encore, comme plusieurs autres pays, de ce nazisme économique et que vous pouvez l’éviter si vous opter franchement et sincèrement pour un compromis politique quel que soit le temps que prendront les négociations afin de préserver le  bien le plus précieux d’un pays : l’Etat.

Je sais que certains de vous n’aiment pas Bachar,  mais je vous en prie, aimez votre pays et évitez de mettre sous la guillotine la tête de Bachar, en même temps que votre pays !

Vous le regretterez comme c’est le cas aujourd’hui pour beaucoup d’Ivoiriens, entre autres, qui ont soutenus la rébellion et ses alliés. Car demain, ce seront leurs experts (militaires, économistes, santé, etc.) qui viendront vous dicter la gestion de votre pays, alors vous découvrirez que la Syrie est sous tutelle.

Si le besoin de punir peut faire avancer la résolution du conflit, il ne revient pas à l’exécutif d’un autre pays de faire justice, le mode d’identification des coupables et leur punition peut faire partie de la solution politique.
Chers frères et sœurs, Obama s’était battu contre la guerre de Bush en Irak parce qu’il avait jugé les preuves insuffisantes et l’intervention sans l’ONU illégale. Il se présente comme l’héritier du plus pacifique des américains :

Martin Luther KING qui avait lancé la fameuse formule « I have a dream ». Obama peut être fier de l’héritage en lançant  « I have a drone ». De même Hollande s’est opposée à la guerre de Bush contre l’Irak pour les mêmes raisons et s’est retiré de l’Afghanistan pour faire des économies. Ils étaient tous deux convaincus que la crise économique et la réduction du chômage pouvaient être résolues sans faire la guerre comme Bush. Face à la concurrence des pays émergents, l’économie de marché ne marche plus pour l’occident. Le secteur de l’industrie des armes est le seul sauveur.

La guerre suivie de l’occupation militaire et économique en accompagnant des citoyens du pays occupé au cimetière et en exil, restent l’unique alternative pour réduire le chômage, le déficit de la balance commerciale, le déficit budgétaire et  financer la croissance. Même cette solution est devenue éphémère et ne profite qu’aux paradis fiscaux et quelques intérêts privés. Ironie du sort, Obama, prix Nobel de la paix, héritier de Martin Luther King, fait la guerre avec Hollande dans les mêmes conditions que Bush pour tenter de redresser leur économie. Ils font leur devoir de Président élu pour donner de l’emploi à leurs concitoyens et protéger leurs industries stratégiques.

Chers frères et sœurs, faites le vôtre en disant non à la guerre et oui à une solution politique pour protéger vos domiciles, vos activités économiques et vos emplois. Je vous préviens, vous regretterai tout autre choix.

Chers frères et sœurs Syriens,
Je sais que vous n’aurez pas cette lettre car aucune presse internationale n’osera la publier. Je la considère comme une  bouteille à la mer.

Dr Cheick DIABATE
Enseignant chercheur, Université du Colorado

http://cameroonvoice.com/news/article-news-12446.html

Côte d’Ivoire : la Syrie africaine (Vidéo)


Côte d’IvoireOn pourrait écrire de longs articles sur ce qui se passe quotidiennement en Côte d’Ivoire. Mais à quoi bon ? Ils seraient peu lus car la Côte d’Ivoire, pour beaucoup, c’est du passé. Les internautes oublient vite, surtout quand l’actualité est si riche. Priorité à la Syrie, à l’Egypte, aux émeutes de banlieue…

Pourtant il serait bon de rappeler que tous les jours il y a des morts en Côte d’Ivoire, par le fait d’agents employés par les mêmes qui cultivent le chaos en Syrie. Pour ceux qui s’insurgent contre l’impérialisme et qui ne font pas de différence entre un syrien, un égyptien et un ivoirien, je mets une vidéo (pas trop longue), juste pour rappeler que la résistance à l’impérialisme doit être globale pour avoir un sens.

Avic

L’Occident ou la fixation narcissique


Les-Temps-Modernes1Notre espèce semble atteindre son apogée, position privilégiée pour celui qui se donne la peine d’observer son parcours. Il ne peut alors que constater l’amorce de son déclin et l’approche probable de son éclipse.

Obnubilé par son narcissisme, l’homme moderne, ayant détrôné les dieux, s’est cru être en mesure de jouir de leurs privilèges. Ce nouvel homme-dieu aveuglé par l’illusion de l’éternité et de la sur-puissance, ne se rend même pas compte qu’il ne fait que rendre plus imminente sa propre extinction.

Si quelqu’un à travers l’histoire doit être qualifié de déicide c’est bien tous ces bâtisseurs de la modernité. Cependant, la mort de dieu n’a pas eu pour résultat la naissance de l’homme nouveau tant escompté, du surhomme dont rêvait tant et tant Nietzsche. En mimant grossièrement les divinités qu’il a cru évincer, l’homme moderne n’a fait qu’aliéner ses prétendues valeurs. En reprenant aux dieux leurs attributs, il se présente comme un médiocre plagiaire singeant pitoyablement celui contre qui il s’est révolté.

La modernité, au sens strict, commence avec l’abandon du divin et de la conception cyclique du temps. Mircea Eliade considère que les anciennes civilisations ont toutes en commun cette conception universelle du temps comme éternel retour du même. Cette représentation, prégnante dans la sagesse hindoue, se retrouve encore chez les stoïciens grecs. Elle procure un sentiment d’éternité, de stabilité et d’adéquation avec le monde. C’est seulement avec la naissance de la pensée judéo-chrétienne qu’apparaîtra la linéarité temporelle. Le temps devenu irréversible conduit l’humanité vers une finalité que dieu seul est en mesure d’en fixer l’échéance.

Mais avec la mort du divin se perd la notion de Fin des Temps, d’ascension et de rédemption finales. Le temps se déroule alors implacablement vide, devenant synonyme de mort puisque dénué de toute finalité. L’absurde du temps vide remplit l’homme d’une frayeur insoutenable. Ce dernier emprunte alors dans une attitude parfaitement mimétique la démarche du sacré qu’il vient d’abolir et s’invente une cosmogonie au beau milieu de laquelle il trône en maître absolu. Une folie narcissique s’empare à partir de la renaissance de l’homme blanc qui se présente à travers son récit mythique comme le seul dépositaire du savoir universel, excluant le reste des peuples de l’histoire et même de l’humanité. L’homme blanc n’est plus à l’image de dieu, il est dieu. En soumettant le reste des créatures à sa volonté, il dote l’histoire d’une finalité qu’il nomme « le progrès ». Il se précipite alors tête baissée dans une frénésie productiviste rimant avec une boulimie consumériste inassouvissable.

En réalité, cette idéologie du progrès n’est en fait qu’une pseudo-sécularisation de la pensée chrétienne. La philosophie de l’Histoire conçue comme progrès ne fait que reproduire la démarche de la théologie chrétienne de l’histoire, à la seule différence que Dieu s’est fait homme (blanc) et que la spiritualité s’est faite matière. Ce nouveau Messie traînant les humains vers un futur radieux toujours fuyant, ne cesse de faire rêver nos esprits crédules malgré toutes les tragédies qui depuis presque deux siècles endeuillent notre course folle vers le bonheur. La « loi du progrès » devenant à la fois une nécessité historique et morale , relègue le passé dans la barbarie la plus noire et sacrifie le présent au nom de lendemains qui chantent.

Hormis Nietzsche, la plupart des philosophes du 19eme siècle ont succombé aux charmes de cette idéologie. Des penseurs comme Marx et Engels considéraient respectivement que la colonisation de l’Inde et de l’Algérie était un mal nécessaire puisqu’elle permettait à des populations archaïques d’accéder au capitalisme et d’accélérer ainsi l’avènement de la révolution prolétarienne. Ainsi le colonialisme abject est gratifié d’une fonction progressiste historiquement nécessaire ! C’est dans ce même ordre d’idées qu’en 1956, le PCF votait en faveur des pouvoirs spéciaux légalisant ainsi la pratique de la torture contre les résistants algériens. Une bonne partie des communistes qui soutenaient le FLN ont été systématiquement exclus du parti.

La contradiction de la gauche est d’avoir cru au ’mythe du progrès’ qui est le fondement même de l’idéologie capitaliste. C’est ce mythe qui situe les sociétés humaines sur une linéarité prétendument historique et qui procède à une hiérarchisation épistémique et ethnique favorisant toutes les formes d’exploitation et de spoliation. Le problème d’une bonne partie de l’intelligentsia occidental de gauche est qu’il a du mal à se débarrasser de cette plaie appelée « eurocentrisme » et qui découle directement de ce mythe tenace. Le mythe du progrès, élevant l’homme blanc au rang de démiurge ainsi que la pensée marxiste relèvent paradoxalement du même méta-récit messianique. Cette assise religieuse a facilité en Europe l’incrustation de ces deux formes de pensées qui ont fini par se transformer en dogmes réfractaires à toute autre forme d’épistémè. Il est d’ailleurs facile de reconnaître dans le discours politique et médiatique occidental qu’il soit de droite ou de gauche un perpetuel jeu de miroir renvoyant l’un à l’autre le registre laïc et religieux.

Malgré l’échec du capitalisme d’état avec l’implosion de l’URSS, la majeure partie de la gauche occidentale n’en démord pas ; n’ayant rien d’autre à proposer, elle continue à prôner un optimisme productiviste totalement anachronique . Depuis Staline, en ayant choisi les outils propres au capitalisme pour lui tenir tête, le socialisme s’est écarté de son idéal de partage qui a fait tant rêver les masses. Cette gauche traditionnelle, n’osant plus promettre aux pauvres une abondance généralisée, se perd dans ses balbutiements et dans les méandres de l’économie de marché. Élevé dans le consumérisme, l’électorat de gauche vote dans sa majorité pour le PS et pour les Verts pour se donner bonne conscience, sachant pertinemment qu’il vote en réalité à droite. Le phénomène n’est malheureusement pas une particularité française, toute l’Europe est en train de virer à droite parce que les partis de gauche ont perdu la foi et qu’ils ne sont plus porteurs de rêve. Au lieu de contrer la droite qui pour la première fois depuis trente ans se trouve déstabilisée, on ne fait que quémander les miettes laissées par le capital.

La seule manière de lutter contre la mondialisation ne peut émaner que d’une solidarité internationale associant les différentes sensibilités anti-impérialiste unies autour d’un même objectif : la destruction du mythe du progrès avec ses deux composantes fondamentales, le productivisme et l’eurocentrisme épistémique et ethnique.

Ceux qui considèrent que la décroissance est une utopie conduisant à une augmentation du chômage et à plus de misère doivent comprendre qu’une décroissance réfléchie vaut mille fois mieux que les récessions qui ne manqueront pas de nous tomber sur la tête. La réorganisation urbaine, la diminution des transports, la relocalisation de l’industrie avec plus de justice concernant la rémunération de la force de travail à travers le monde sont autant de solutions pour freiner le gaspillage et affaiblir du même coup l’économie de marché. Toute la propagande occidentale autour du réchauffement de la planète avait pour but inavoué de freiner la croissance des pays émergeant. A-t-on le droit d’empêcher plus de deux milliards d’indiens et de chinois de faire parti du club des nantis ?

Malheureusement, la planète ne renferme pas dans ses entrailles de quoi satisfaire la gourmandise d’un milliard d’occidentaux en plus des chinois et des indiens. Deux alternatives s’offrent alors à l’occident : soit opter pour une décroissance généralisée soit arrêter par tous les moyens la croissance des asiatiques. Mais la réponse est déjà là depuis une dizaine d’années. Les armées occidentales occupent les pays du Golf, l’Afghanistan, le Pakistan, des îles dans l’océan indien sans parler du Japon, de la Corée du sud et de Taïwan…L’étau se resserre lentement mais surement. Une boucherie monumentale se dessine à l’horizon avec en perspective de beaux feux d’artifice au plutonium.

Une gauche éprise de justice et de paix mondiales ne peut que souscrire à cet impératif de décroissance, la seule issue qui reste pour contrer la frénésie productiviste et destructive du capital. Toutefois, elle doit d’abord admettre que L’eurocentrisme en tant que perspective hégémonique de production de connaissances a perdu toute légitimité après tous ces désastres qui ont ponctué le 20ème siècle : deux guerres mondiales, crise de 29, stalinisme, implosion de l’empire soviétique et crise financière actuelle. Face à cet échec cuisant du mythe de progrès, les peuples du tiers-monde ont préféré puiser dans leurs propres traditions des formes de vie et de pensée leur permettant de mieux résister à l’hégémonie impériale et de repenser le futur. Ainsi sans être nécessairement anti-marxistes, des mouvements de résistance apparaissent au Moyen-Orient s’articulant autour de la cosmologie islamique, alors qu’en Amérique Latine, des mouvements amérindiens pensent depuis des cosmologies indigènes.

Ayant été majoritairement anticoloniale à l’époque des indépendances, la gauche ne semble pas encore prête à reconnaître de telles démarches décoloniales. Si les mouvements indigènes amérindiens semblent bénéficier d’une attitude plutôt paternaliste, les mouvements de résistance islamiques provoquent une réaction allergique d’une rare violence ! Est-ce les vieux démons des croisades qui ressurgissent ? Voilà que l’Islam actuel est renvoyé à la « barbarie » du passé et comparé au catholicisme moyenâgeux, comme si la Chrétienté et l’Islam pouvaient avoir le même cheminement et la même philosophie de l’histoire !

En fustigeant tout ce qui a trait à l’Islam, une certaine gauche adhère consciemment ou inconsciemment à l’idéologie des conflits de civilisations initiée par les néo-conservateurs et se transforme ainsi en allié objectif de l’Empire dans sa conquête du Moyen-Orient et de l’Asie. Engluée dans son narcissisme eurocentrique, une grande partie de la gauche ne fait que fracturer et affaiblir un front anti-impérial face à l’avance assurée et arrogante du capital. Le développement du mouvement des indigènes de la république illustre bien cette incapacité de la gauche à rassembler…

L’universel a vécu, qu’on le veuille ou non ! Que la gauche occidentale descende donc de son piédestal et qu’elle s’inscrive avec le reste des forces vives de l’humanité dans une démarche « pluri-verselle ». Peut-être qu’il restera encore quelque chose à sauver…

Fethi GHARBI

Les 7 du Québec

Il se passe quelque chose au Sahara Occidental


SahraouisQuelque chose qui gonfle doucement dans le silence habituel des médias de chez nous.

Le conseil de sécurité a refusé à la mission de l’ONU de surveiller la sécurité des Sahraouis dans leur pays occupé. La Minurso qui doit organiser le référendum au Sahara Occidental, malgré tous les appels d’ONG et même de gouvernements, ne sert donc à rien.

La démonstration est faite que le Maroc l’a phagocytée et totalement affaiblie dans la partie que le royaume occupe. Les Sahraouis semblent l’avoir compris.

Le jour suivant la décision de l’ONU, ils ont manifesté en comité de la taille habituelle – moins d’une centaine de militants – pour protester contre la décision, et le Maroc a agit avec son arrogance habituelle en cognant sur les Sahraouies et Sahraouis. Résultat une quarantaine de blessés.Le régime marocain a parié comme d’habitude sur l’efficacité de la frayeur populaire des sahraouis d’être torturés ou assassinés, crainte distillée patiemment et avec persévérance depuis l’invasion militaire du territoire en 1975 par des actes de ce niveau de barbarie sur tous, y compris femme et enfants.

Suite à cette manifestation, la presse du royaume a publié des communiqués disant que des policiers avaient été blessés, seulement des policiers. La méthode habituelle, elle aussi, de la propagande marocaine, crier qu’on est victime quand on vient de frapper. Avec quelques clés de lecture, les choses se simplifient, et jusque-là rien de nouveau.

Mais dans le désert il y a des grains de sable et parfois ils viennent gripper la machine.

Quel est le plus important des paramètres, et quels sont ceux qu’on ne sait pas encore ? Est-ce important finalement…

Les USA ont soutenu l’importance de la surveillance des droits de l’homme, et, le jeu vicieux de la France, de l’Espagne et d’autres ont empêché le passage à l’acte…

Le Maroc a cogné, et, la France a eu une petite phrase pour soutenir le droit de manifester pacifiquement.

Les Sahraouis ont manifesté, beaucoup ont été blessés, et, ils ont recommencé le lendemain plus nombreux, et le surlendemain plus encore.

A regarder les vidéos de la manifestation du 4 mai, il semble que la peur n’opère plus… parce qu’ils étaient … 100 selon la police et 10 000 selon la lune si l’on calcule comme en France ? 5000 peut être en fait.

Et pourtant les Sahraouis ont tous vu arriver la nuit comme le jour les convois de policiers marocains, avec pour chacun 15 ou 16  bus d’une vingtaine de place et 2 camions, les convois de jeep et camions militaires aussi.

Alors ? Il se passe quelque chose au Sahara Occidental occupé.

Peut-être la répression vengeresse sera-t-elle dans quelques mois sans commune perversité de la part du Maroc.

Ou peut-être que les choses sont consommées, consumées et assumées. La machine est lancée, l’autocensure n’est plus de mise chez les Sahraouis.

Le Maroc crie au loup, les méchants civils sahraouis blesseraient ses vaillants militaires et policiers chargés de défendre l’œuvre colonisatrice…

Mais ce que l’on voit sur les vidéos qui se multiplient sur internet ce sont des Sahraouis qui crient qui chantent, qui sautent et dansent, qui défilent avec les drapeaux de la république qu’ils considèrent comme la leur, et réclament leur indépendance. Ces hommes et femmes sont sur la route, sur les trottoirs et sur les places de Elaaiun et des autres villes sahraouies occupées.

Ils entravent la circulation – autorisée à 30km à l’heure pour qui n’a pas les moyens des bakchichs -, avec bien moins d’efficacité que les barrages de police qui coupent les boulevards tous les 500 mètres… C’est l’excuse qui justifient les charges de police, l‘entrave à la circulation, et le désordre public.

On voit aussi les charges des policiers marocains, et leurs replis en formation de défense derrière leurs boucliers. Il est bien possible qu’ils se demandent ce qu’ils font là ces tout jeunes marocains, quand les jeunes Sahraouis s’interposent ou forment des cordons de sécurité autour ou devant eux pour les protéger.

A y réfléchir, lorsque l’on regarde à Smara une petite unité de policiers marocains collés les uns aux autres et accrochés à leurs boucliers, comme effrayés par l’enthousiasme et la coriacité populaire sahraouie en attendant l’arrivée des renforts ;  et que l’on trouve aussi des vidéos des manifestations des jeunes marocains au Maroc les mêmes jours… peut être ces jeunes policiers et militaires devraient-ils remonter sur leurs terres s’occuper de leur révolution, et laisser aux anciens et aux gradés le soin de se débrouiller de la situation explosive qu’ils ont créée au Sahara, et pour laquelle il n’y a plus de soupape de sécurité.

Balme

La pensée raciale avant le racisme


Tintin-au-CongoSi la pensée raciale était, comme on l’a parfois affirmé, une invention allemande, alors la « pensée allemande » (quelle qu’elle soit) avait triomphé dans de nombreuses régions du monde de l’esprit bien avant que les nazis n’aient entrepris leur désastreuse tentative de conquérir le monde lui-même. L’hitlérisme a exercé sa puissante séduction internationale et inter-européenne au cours des années 30, parce que le racisme, pourtant doctrine d’État dans la seule Allemagne, était déjà fortement implanté dans les opinions publiques. La machine de guerre de la politique nazie était depuis longtemps en marche quand, en 1939, les chars allemands commencèrent leur course destructrice, puisque – en matière de guerre politique – le racisme avait été conçu comme un allié plus puissant que n’importe quel agent stipendié ou que n’importe quelle organisation secrète de la cinquième colonne. Forts des expériences menées depuis presque deux décennies dans les diverses capitales, les nazis étaient convaincus que leur meilleure « propagande » serait précisément cette politique raciale dont, en dépit de nombreux autres compromis et de manquements à leurs promesses, ils n’avaient jamais dévié, fût-ce au nom de l’opportunisme. Le racisme n’était ni une arme nouvelle ni une arme secrète, bien que jamais auparavant il n’eût été exploité avec une aussi profonde cohérence.

La vérité historique est que la pensée raciale, dont les racines sont profondément ancrées dans le XVIIIe siècle, est apparue simultanément dans tous les pays occidentaux au cours du XIXe siècle. Le racisme a fait la force idéologique des politiques impérialistes depuis le tournant de notre siècle. Il a indéniablement absorbé et régénéré tous les vieux types d’opinions raciales qui, toutefois, n’auraient jamais été en eux-mêmes assez forts pour créer – ou plutôt pour dégénérer en – ce racisme considéré comme une Weltanschauung [une vision du monde] ou comme une idéologie. Au milieu du siècle dernier, les opinions raciales étaient encore mesurées à l’aune de la raison politique: jugeant les doctrines de Gobineau, Tocqueville écrivait à ce dernier: « Je les crois très vraisemblablement fausses et très certainement pernicieuses. » La pensée raciale dut attendre la fin du siècle pour se voir célébrée, en dignité et en importance, comme l’une des plus importantes contributions à l’esprit du monde occidental.

Jusqu’aux jours fatidiques de la « mêlée pour l’Afrique », la pensée raciale avait fait partie de cette multitude de libres opinions qui, au sein de la structure d’ensemble du libéralisme, se disputaient les faveurs de l’opinion publique. Seules quelques-unes devinrent des idéologies à part entière, c’est-à-dire des systèmes fondés sur une opinion unique se révélant assez forte pour attirer et convaincre une majorité de gens et suffisamment étendue pour les guider à travers les diverses expériences et situations d’une vie moderne moyenne. Car une idéologie diffère d’une simple opinion en ce qu’elle affirme détenir soit la clé de l’histoire, soit la solution à toutes les «énigmes de l’univers », soit encore la connaissance profonde des lois universelles cachées, censées gouverner la nature et l’homme. Peu d’idéologies ont su acquérir assez de prépondérance pour survivre à la lutte sans merci menée par la persuasion, et seules deux d’entre elles y sont effectivement parvenues en écrasant vraiment toutes les autres: l’idéologie qui interprète l’histoire comme une lutte économique entre classes et celle qui l’interprète comme une lutte naturelle entre races. Toutes deux ont exercé sur les masses une séduction assez forte pour se gagner l’appui de l’État et pour s’imposer comme doctrines nationales officielles. Mais, bien au-delà des frontières à l’intérieur desquelles la pensée raciale et la pensée de classe se sont érigées en modèles de pensée obligatoires. la libre opinion publique les a faites siennes à un point tel que non seulement les intellectuels mais aussi les masses n’accepteraient désormais plus une analyse des événements passés ou présents en désaccord avec l’une ou l’autre de ces perspectives.

L’immense pouvoir de persuasion inhérent aux idéologies maîtresses de notre temps n’est pas fortuit. persuader n’est possible qu’à condition de faire appel soit aux. expériences, soit aux désirs, autrement dit aux nécessités politiques immédiates. En l’occurrence, la vraisemblance ne provient ni de faits scientifiques, comme voudraient nous le faire croire les divers courants darwinistes, ni de lois historiques, comme le prétendent les historiens en quête de la loi selon laquelle naissent et meurent les civilisations. Les idéologies à part entière ont toutes été créées, perpétuées et perfectionnées en tant qu’arme politique et non doctrine théorique. Il est vrai qu’il est parfois arrivé – tel est le cas du racisme – qu’une idéologie modifie son sens originel, mais, sans contact immédiat avec la vie politique, aucune d’elles ne serait même imaginable. Leur aspect scientifique est secondaire ; il découle d’abord du désir d’apporter des arguments sans faille, ensuite de ce que le pouvoir de persuasion des idéologies s’est aussi emparé des scientifiques qui, cessant de s’intéresser au résultat de leurs recherches, ont quitté leurs laboratoires et se sont empressés de prêcher à la multitude leurs nouvelles interprétations de la vie et du monde. C’est à ces prédicateurs « scientifiques », bien plus qu’aux découvertes scientifiques que nous devons le fait qu’il ne soit aujourd’hui pas une science dont le système de catégories n’ait été profondément pénétré  par la pensée raciale. C’est encore une fois ce qui a conduit les historiens, dont certains ont été tentés de tenir la science pour responsable de la pensée raciale, à prendre à tort ces résultats de la recherche philologique ou biologique pour es causes de la pensée raciale, alors qu’ils en sont les conséquences. Le contraire eût été plus proche de la vérité.

De fait, il fallut plusieurs siècles (du XVII au XIXe) à la doctrine de la « force fait droit» pour conquérir la science naturelle et produire la « loi» de la survie des meilleurs. Et si, pour prendre un autre exemple, la théorie de Maistre et de Schelling, selon laquelle les tribus sauvages sont les résidus dégénérés de peuples plus anciens, avait aussi bien répondu aux procédés politiques du XIXe siècle que la théorie du progrès, il est probable que nous n’aurions guère entendu parler de « primitifs» et qu’aucun scientifique n’aurait perdu son temps à chercher le « chaînon manquant» entre le singe et l’homme. Le blâme n’en revient pas tant à la science elle-même qu’à certains scientifiques qui n’étaient pas moins hypnotisés par ces idéologies que leurs compatriotes.

Que le racisme soit la principale arme idéologique des politiques impérialistes est si évident que bon nombre des chercheurs donnent l’impression de préférer éviter les sentiers battus du truisme. En revanche, la vieille confusion entre le racisme et une sorte de nationalisme exacerbé est encore monnaie courante. Les remarquables études qui ont été faites, en France surtout, et qui ont prouvé non seulement que le racisme est un phénomène très différent, mais qu’il tend à détruire le corps politique de la nation, sont généralement passées sous silence. Face à la gigantesque compétition que se livrent la pensée raciale et la pensée de classe pour régner sur l’esprit des hommes modernes, certains ont fini par voir dans l’une l’expression des tendances nationales et dans l’autre celle des tendances internationales, par penser que l’une est la préparation mentale aux guerres nationales et l’autre l’idéologie des guerres civiles. Si l’on a pu en arriver là, c’est à cause de la Première Guerre mondiale et de son curieux mélange de vieux conflits nationaux et de conflits impérialistes nouveaux, mélange dans lequel les vieux slogans nationaux ont fait la preuve que, partout dans le monde, ils exerçaient encore sur les masses une influence bien plus grande que toutes les ambitions impérialistes. Toutefois, la dernière guerre, avec ses Quisling et ses collaborateurs omniprésents, devrait avoir prouvé que le racisme peut engendrer des luttes civiles en n’importe quel pays, et que c’est l’un des plus ingénieux stratagèmes jamais inventés pour fomenter une guerre civile.

Car la vérité est que la pensée raciale est entrée sur la scène de la politique active au moment où les populations européennes avaient préparé – et dans une certaine mesure réalisé – le nouveau corps politique de la nation. D’entrée de jeu, le racisme a délibérément coupé à travers toutes les frontières nationales, qu’elles fussent déterminées par la géographie, la langue, les traditions ou par tout autre critère, et nié toute existence politico-nationale en tant que telle. Bien plus que la pensée de classe, c’est la pensée raciale qui  n’a cessé de planer comme une ombre au-dessus du développement du concert des nations européennes, pour devenir finalement l’arme redoutable de la destruction de ces nations. Du point de vue historique, les racistes détiennent un record de patriotisme pire que les tenants de toutes les autres idéologies pris ensemble, et ils ont été les seuls à nier sans cesse le grand principe sur lequel sont bâties les organisations nationales des peuples: le principe d’égalité et de solidarité de tous les peuples, garanti par l’idée d’humanité.

[Hannah Arendt, L’Impérialisme]

Voir aussi

http://bougnoulosophe.blogspot.fr/2013/05/la-pensee-raciale-avant-le-racisme.html