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Turquie: Notre ami en prison


par ANDRE Vltchek

Notre ami Serkan Koc a été arrêté …

Nous ne savions pas quand c’est arrivé. Pas sûr de l’époque, des circonstances … Notre interprète et traducteur, notre ami Levent, nous a écrit un e-mail; très bref, très simple …

Notre univers s’est effondré, pour plusieurs brèves mais substantielles secondes, et nos épaules se sont affaissées, et nous avons senti une douleur quelque part profondément à l’intérieur.

Serkan n’est pas seulement un ami, il est un documentariste turc courageux, l’un des plus prolifiques dans cette partie du monde.

Il a fait des dizaines de films sur l’injustice, sur l’impérialisme et sur l’alliance entre l’Occident et la Turquie dans l’entrainement de «l’opposition» syrienne sur le territoire turc, en particulier autour de la ville frontalière de Hatay.

Il a suivi les mouvements des combattants étrangers, il est allé partout en Syrie pour suivre «l’opposition», des «camps de réfugiés» jusque dans les villes syriennes et les champs de bataille.

Les manifestants à Istanbul.
Les manifestants à Istanbul.

Serkan travaille pour la chaîne de télévision Ulusal. Ulusal signifie «National», mais ce n’est pas un de ces médias d’état ​​ou «officiels» – c’est de la vraie opposition, tout comme sa sœur en version imprimée, Aydenlik. En fait, lors d’une visite de Hilary Clinton à Ankara, des rumeurs ont circulé qu’elle faisait ouvertement du lobbying avec le gouvernement en place pour arrêter à la fois Aydenlik et Ulusal.

Pourquoi?

La réponse est simple: les deux médias se positionnent fermement pour des idéaux patriotiques, les principes sociaux et socialistes, et pour une philosophie anti-impérialiste déterminée. Pendant des années, ils ont dénoncé le rôle de la Turquie dans la déstabilisation de la Syrie voisine, pendant des décennies, ils se sont opposés à l’hébergement des militaires de l’OTAN et des bases aériennes. Pendant des années, ils se sont opposés au capitalisme sauvage qui est arrivé en même temps que l’administration actuelle.

Pendant des jours et des nuits, sans relâche, des gens comme Serkan Koc ont monté des films, s’engageant au niveau le plus élevé du journalisme d’investigation, luttant pour une meilleure Turquie et un monde meilleur.

Dans le cas de Serkan, son travail était étroitement lié à son partenariat avec sa femme, Beste, son indéniable seconde moitié, mais aussi son partenaire de travail acharné. C’est en pensant à tous les deux que nous écrivons ces mots, le présent rapport, et cet appel!

Mais quelle principale irritation Serkan Koc a-t-il causée? Qu’est-ce qui a bien pu outrager le gouvernement de la Turquie à ce point?

« Maintenant, malheureusement Tayyip Erdogan est devenu notre premier ministre, et il a reçu une mission de la part des Etats-Unis d’Amérique », nous a expliqué récemment Serkan Koc, à Crista et moi, alors que nous travaillions sur le film documentaire, la Turquie entre l’Est et l’Ouest pour la chaîne de télévision latino-américaine Telesur. Nous étions assis dans le bureau de Serkan, au cœur d’Istanbul. « L’objectif était ‘’le projet du Grand Moyen-Orient des Etats-Unis « , visant à changer les frontières des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, et Erdogan a été porté au pouvoir exactement en tant que co-président de ce projet du Grand Moyen-Orient ».

Et Serkan a poursuivi:

«Afin d’accomplir cette mission il avait à faire quelques sérieuses manœuvres; donner l’impression qu’il est contre Israël et contre les Etats-Unis, pour la bonne raison qu’un dirigeant qui est du côté d’Israël et des Etats-Unis ne pouvait pas réussir cette mission au Moyen-Orient. Maintenant, le gouvernement du Tayyip Erdogan est fini. Le gouvernement Erdogan Tayyip va maintenant vers le bas de la colline, à partir de maintenant jusqu’à la fin.  »

Naturellement, ce n’est pas quelque chose, pas une rhétorique que Tayyip Erdogan aime entendre. Et sa colère, sa fureur, sa vindicte peuvent souvent être au vitriol.

Maintenant, il y a déjà des centaines de patriotes, des généraux militaires, et d’intellectuels turcs dans les prisons, dans tout le pays. Beaucoup d’entre eux sont détenus ou en attente de procès, à la prison de haute sécurité notoire de Silivri, sur la rive européenne de la Turquie, à environ 60 kilomètres d’Istanbul.

Leur «crime» est qu’ils se sont opposés à l’étroite alliance turque avec l’OTAN et avec les Etats-Unis. Bien sûr, il y avait d’autres questions «liées», mais la critique de l’OTAN et de l’alliance avec l’Occident étaient les principaux «péchés».

Ce n’est pas seulement le «péril rouge» (écrivains, journalistes et autres intellectuels) qui sont confrontés à de lourdes sentences, mais même quelques-uns des éminents chefs militaires, comme le général d’armée aérienne 4 étoiles Bilgin Balanli qui, comme nous l’avons appris par sa fille Burcu Balanli, était sur le point de devenir commandant en chef de l’armée de l’air turque, avant d’être arrêté et jeté dans un cachot. Ou comme Ahmet Yavuz, le major-général 2 étoiles, qui est actuellement détenu à Silivri.

Zeynep Isik, directeur de « Avcilar Ataturkist Thought », et membre éminent du Parti des travailleurs, nous a expliqué juste en face de la prison de Silivri:

«Ces arrestations, ces opérations … nous ne pensons pas que ce soit quelque chose que la Turquie a fait de son propre chef, il y a de solides évidences et des preuves pour soutenir cette affirmation. Il s’agit d’une opération effectuée par les Etats-Unis contre les intellectuels turcs, et en particulier contre les forces armées turques « .

Bien sûr, la Turquie est désormais un allié essentiel des Etats-Unis et de l’Europe, au Moyen-Orient, aux côtés d’Israël et de l’Arabie Saoudite. Et en tant que tel, il est constamment encouragé de «l’extérieur» pour freiner son opposition, pour intimider sa dissidence. Toutes les arrestations massives, les procès de masse et d’autres mesures oppressives rencontrent très peu de critiques de la presse grand public occidentale, un scénario d’engagement étonnamment similaire  à celui adopté à l’égard d’autres proches alliés dans le monde, tels que l’Indonésie et Israël.

«Parler de l’actuel gouvernement, le gouvernement répressif … on doit le voir comme un gouvernement plutôt de type chef unique d’une organisation politique, sans aucune transparence en son sein. Et le leader n’accepte aucun défi, aucune critique, il dirige le parti politique, l’AKP, comme si c’était sa propre entreprise « , selon E. Ahmet Tonak – Professeur d’économie à l’Université de Bilgi d’Istanbul – qui a partagé ses réflexions sous et hors caméra, pour notre film documentaire.

Protestations dans Gezi Park.
Protestations dans Gezi Park.

Les récents combats sur le parc Gezi que le gouvernement a tenté de «privatiser» et transformer en un lieu commercial, a tourné à la violence. Des milliers ont été blessés, des centaines ont été arrêtés. Il est vite devenu évident que la lutte n’est pas sur le petit coin de verdure au milieu de la ville tentaculaire, c’est sur le système politique et économique lui-même, et sur l’alliance de la Turquie avec l’Occident. Beaucoup de citoyens turcs ont déjà perdu confiance dans la démocratie représentative, comme nous l’ont expliqué le Professeur E. Ahmet Tonak et beaucoup d’autres.

« Avec les manifestations du parc Gezi nous avons vu qu’il y avait un très grand malaise social dans notre société», a déclaré Osman Erbil – directeur général adjoint du TGB (Parti des Travailleurs), qui a été arrêté le même jour que notre ami Serkan Koc. « Et l’une des raisons de ce malaise social, c’est que les politiques du gouvernement de l’AKP interdisent les libertés et coopèrent avec l’impérialisme. Le but de tout cela – s’assurer que la Turquie ne développera pas son propre parcours indépendant « .

Prison de Silivri.
Prison de Silivri.

Et pourtant, la société s’est révoltée. Elle s’est soulevée, et est allée aux barricades. Les gens, jeunes et vieux, se sont battus avec la police anti-émeute.

Certains sont morts et d’autres ont été blessés, et il y a ceux qui ont disparu.

Lorsque nous travaillions sur notre documentaire, Crista s’écriait souvent: «Comment se fait-il que eux ils osent, tandis que les Indonésiens n’osent pas? »

Et pour répondre à sa question rhétorique, il faut rappeler les paroles de Noam Chomsky, qui, quand nous parlions de la Turquie dans un dialogue que nous avions eu, lui et moi, l’an dernier au MIT (un dialogue qui sera bientôt publié sous forme de livre et sortira comme film), avait déclaré avec un large sourire : «les intellectuels turcs sont uniques! Je ne connais personne d’autres comme eux, nulle part dans le monde.  »

Chomsky avait parlé de défi, de courage et de désobéissance civile.

Il y avait aussi quelque chose de plus dans l’air autour de Gezi Park, alors même que la fumée toxique des gaz lacrymogènes montait lentement vers le ciel : il y avait de l’espoir et de l’optimisme, un signe clair que le peuple de Turquie, beaucoup d’entre eux, croient encore que si l’on se bat pour un monde meilleur, si l’on est courageux et déterminé, le monde meilleur est possible.

Serkan Koc a lutté courageusement pendant de nombreuses années, des décennies. Lui et son épouse Beste ont combattu, tout comme des centaines d’autres, des milliers d’autres, et maintenant des millions.

Je ne sais pas ce qui lui est arrivé après l’arrestation. Certains disent qu’il a été libéré après deux jours. Je l’espère. Il est notre ami. Un homme que nous respectons. Nous ne parlons pas la même langue, et quand Crista et moi avions travaillé avec lui à Istanbul, nous avions dû utiliser un interprète.

Taksim Square - la police avant l’action.
Taksim Square – la police avant l’action.

Mais ayant vu la façon dont ils travaillaient et la détermination qui émanait d’eux, nous étions certains que tant Serkan que Beste auraient donné le meilleur d’eux-mêmes, leur vie, pour améliorer le monde grâce à leur travail acharné. Nous nous sommes sentis inspirés par eux, comme par tant de gens dans leur pays.

Serkan devrait être libre. Et il ne devrait jamais être de nouveau arrêté. Et la Turquie doit être libre, et ne plus jamais être asservie sous une dépendance impérialiste vicieuse.

Et puis, qui sait, un jour peut-être, nous pourrions revenir dans cette ville merveilleuse, Istanbul, et s’y sentir chez soi, au lieu de braver les jets d’eau provenant des citernes des canons à eau, au lieu d’étouffer empoisonné avec des gaz lacrymogènes.

Nous viendrons, mais seulement si notre ami Serkan est libre!

Andre Vltchek est un romancier, cinéaste et journaliste d’investigation. Il a couvert les guerres et les conflits dans des dizaines de pays. Son roman acclamé par la critique politique révolutionnaire Point of No Return est maintenant réédité et disponible. Océanie est son livre sur l’impérialisme occidental dans le Pacifique Sud. Son livre provocateur sur post-Suharto en Indonésie et le modèle de marché fondamentaliste est appelé « Indonésie – L’archipel de la peur « (Pluton). Il vient de terminer un long métrage documentaire «Gambit Rwanda » sur l’histoire du Rwanda et le pillage de la RD Congo. Après avoir vécu de nombreuses années en Amérique latine et en Océanie, Vltchek réside et travaille actuellement en Asie de l’Est et en Afrique. Il peut être atteint à travers son site web .

Photos par Crista Priscilla.

Crista Priscilla est une réalisatrice et écrivain indonésienne.

Traduction : Avic

Erdogan menacé de « Dégage », par Pepe Escobar


le-premier-ministre-turc-recep-tayyip-erdogan-s-exprime-le-3_1144660Est ce que c’est le Printemps Turc ?

Non, enfin pas encore? Est ce que le premier ministre turc Recep Erdogan est le nouveau Moubarak ? Non, enfin pas encore.

 L’Histoire nous met constamment en garde qu’il suffit juste d’une petite étincelle pour allumer un grand feu politique. L’étincelle récente à Istanbul a été fournie par un petit groupe de trés jeunes environnementalistes organisant un sit in pacifique, type Occupons, dans le parc Taksim pour protester contre la destruction prévue de l’un des espaces verts publics restants dans le centre de la ville, Gezi Parc.

La destruction de Gezi parc est la suite d’un racket mondial du néolibéralisme qui a fait ses preuves; Il sera remplacé par un simulacre – dans ce cas une réplique des Barraques de l’Artillerie Ottomane – hébergeant, quoi d’autre, encore un autre centre commercial. C’est essentiel de noter que le maire d’Istanbul, appartenant également au parti au pouvoir, le Parti Justice et Développement ( AKP) est propriétaire d’une chaîne de magasins de vente au détail qui fera du centre un tueur. Et l’homme qui détient le contrat pour ce « redéveloppement » n’est autre que le gendre d’Erdogan.

Comme prévu la répression de la police contre les manifestants auquels se sont joints des hauts responsables du principal parti d’opposition en Turquie, le Parti Républicain du Peuple (CHP) a été violente. Et rapidement le motif environnemental s’est transformé en un  » A bas le dictateur » style Tahrir.

Dés Samedi le parc Taksim était bondé de dizaines de milliers de personnes; une multitude avait traversé le pont du Bosphore venant du côté asiatique d’Istanbul, frappant sur des casseroles et des poêles style Argentine 2002 cacerolazo, violant ouvertement la loi interdisant aux piétons de traverser le pont. La police s’est empressée d’intensifier les moyens de répression passant aux canons à eau, à l’aspersion de poivre et aux gaz lacrymogènes.

Le comportement des médias turcs pour la plupart lâches a été comme prévu stupéfiant – peut être pas surprenant quand on sait qu’il y a 76 journalistes en prison accusés de soutenir  » le terrorisme » et d’autres « crimes » non spécifiés. Cela peut aussi être interprété comme le reflet de l’influence sur un allié précieux des US et de l’OTAN – du type :  » OK écrasez quelques cranes mais ne tuer personne ».

La presse écrite au moins a quelque peu fait amende honorable. Hurriyet- qui avait l’habitude d’exercer ses facultés critiques – a retrouvé une certaine dignité avec des titres tels :  » Erdogan n’est plus le tout puissant ». Zaman – qui fait partie du réseau du mouvement islamiste modéré Gulen – s’est montré inquiet face au pouvoir illimité D’Erdogan et de l’AKP, publiant des éditoriaux condamnant sa conduite « excessive » et soutenant les manifestants.

Pendant ce temps aux US et dans l’UE Ankara n’a pas vraiment été condamnée – juste l’habituel insipide « préoccupé ». La Turquie après tout est l’image CNN du pays fétiche ; il est complètement  » au diapason » avec son image de marque d’une autocratie néoliberale à succés ( tout comme les petro monarchies du Conseil de Coopération du Golfe). Etre violemment condamnés et menacés de frappes sont les privilèges de l’Iran et de la Syrie.

Qu’on l’amène au pont

Comment se peut-il que tout ait commencer avec le « redéveloppement » du parc Gezi. En fait cela est juste un petit détail d’un plan gigantesque- une petite tranche de mega projets de l’AKP dans tout Istanbul qui exclut totalement l’avis de la société civile.

La Turquie est peut être devenue la 17ème plus importante économie mondiale mais sa croissance n’est que de 3% par an en 2013 ( même si cela est bien mieux que l’Europe). L’AKP a certainement noté que le miracle économique turc repose sur des pieds d’argile basé sur des produits à basse valeur ajoutée trés dépendants des marchés – dans l’agriculture, la petite industrie et le tourisme.

Arrive le projet de troisième pont sur le Bosphore – faisant partie d’une nouvelle autoroute de 260 Km reliant Thrace à l’Anatolie de 2.6 milliards de $ us, contournant la métropole d’Istanbul et l’un des carrefours clés de l’UE pour le corridor de transport Europe Caucase Asie (TRACECA).

Lors des élections de 2011 Erdogan a démarré sa campagne en se vantant d’un « projet fou » un canal de 50 Km de la Mer de Marmara à la Mer Noire devant être achevé en 2023 – centenaire de la République turque – pour un coût de 20 milliards de $ us. L’objectif est non seulement de décongestionner le Bosphore mais aussi de construire un troisième pont et un troisième port pour déplacer l’axe d’Istanbul vers le Nord de la ville pas encore développé. Cela inclurait deux nouvelles villes de même qu’un troisième aéroport.

L’AKP a décrit cette politique ambitieuse comme une « transformation urbaine ». Le prétexte c’est le risque d’un important tremblement de terre – tel celui de 1999. Pour ce qui apparaît comme une importante affaire juteuse de spéculation foncière, Erdogan et l’AKP s’appuient sur deux agences gouvernementales. TOKI et KIPTAS qui ont fixé des prix bien trop élevés pour le turc moyen. La cible principale ce sont les classes moyennes supérieures qui votent AKP.

L’AKP est complètement obsédé par le contrôle d’Istanbul – qui représente 85 sièges sur les 550 au Parlement ( Ankara la capitale n’en bénéficie que de 31). Erdogan et sa clique ont été depuis 1994 à l’avant garde du Grand Istanbul comme membres à l’époque du parti Refah. Erdogan a commencé sa conquête de la Turquie à partir de l’ancienne capitale ottomane.

Les mega projets sponsorisés par l’AKP ont été conçus comme l’ultime plateforme pour faire émerger la Turquie dans l’aire post mondialisation tirant un maximum du cliché de « pont entre des civilisations ». Après tout 50% des exportations turques proviennent d’Istanbul. De ce marketing politico urbain de ces mega projets dépend la crédibilité mondiale de la Turquie au sein des suspects habituels les « investisseurs internationaux ». Cela n’a rien à voir avec la cohésion sociale ou le respect de l’environnement. C’est juste d’affirmer que le mouvement du parc Taksim a complètement saisi les implications de cette logique de développement autoritaire et cupide.

Il y a t-il des Amis de la Turquie ?

Erdogan a peut être admis en grommelant que les forces de police avaient suréagi. En fait il ne peut rien faire d’autre que d’accuser les manifestants qualifiés de « pilleurs » d’être « liés au terrorisme » et d’avoir des « liens glauques » ; leur seul but serait de faire perdre les élections parlementaires de 2015 à l’AKP. Erdogan s’est vanté de pouvoir faire descendre dans les rues 1 million de supporters de l’AKP pour chaque 100 000 manifestants actuels. Et bien 5000 d’entre eux sont déjà parvenus à caillasser son bureau à Besiktas.

Les manifestations se sont déjà étendues à Izmir, Eskisehir, Mugla, Yalova, Bolu, Adana et même dans les fiefs de l’AKP tel Ankara, Kayqseri et Konya. Ils sont des dizaines de milliers. Chaque nuit à Ankara et Istanbul ( même dans les zones résidentielles endormies) on peut entendre les klaxons de voitures et les habitants tapant sur leurs casseroles et leurs poêles de leurs balcons , cela pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers de personnes.

A l’évidence le mouvement du parc Taksim/Occupé Gezi/ A Bas le dictateur s’étend rapidement au secteur laîc de la Turquie complètement opposé à l’AKP et au mélange trés personnalisé de néolibéralisme dur et conservatisme religieux d’Erdogan.

Les turcs laïcs voient clairement comment Erdogan essaie de profiter un maximum d’un « processus de paix » fumeux avec les Kurdes du PKK afin de pouvoir récolter un maximum de votes pour un référendum constitutionnel. Le référendum détruirait le système parlementaire et installerait un système présidentiel – à portée de main d’Erdogan dont le mandat de premier ministre se termine en 2015 et qui meurt d’envie de rester en politique comme président.

Erdogan bénéficie peut être d’une solide majorité en Anatolie conservatrice. Mais il se peut qu’il joue aussi avec le feu. C’est un homme qui il y a plus de 2 ans criait : »Moubarak doit écouter son peuple » – et de même Assad en Syrie. Actuellement la majorité des Turcs rejette totalement le « soutien logistique » d’Ankara aux gangs syriens de « rebelles ».

Cerise ironique sur le gâteau c’est Damas qui maintenant met joyeusement en garde Erdogan de réduire la répression violente, écouter « son peuple » ou démissionner.

Et la suite ?

Erdogan installe une zone d’exclusion aérienne au dessus d’Istanbul ( ou l’OTAN installe une zone d’exclusion aérienne au dessus d’Erdogan) ?

Les « rebelles » kurdes reçoivent une aide directe de Damas, de Teheran et du Hezbollah ?

Damas appelle à une réunion internationale des « Amis de la Turquie » ?

Pepe Escobar 03/06/2013 Asia Times Online

Article en anglais

Traduction Mireille Delamarre

Rassemblement d’activistes OWS aux Etats-Unis en solidarité avec les manifestants turcs


pirhayati20130602045554543Des centaines de personnes, dont des militants du mouvement Occupy Wall Street, ont organisé une manifestation à New York pour exprimer leur soutien à des manifestations anti-gouvernementales dans la ville turque d’Istanbul.

Les manifestants se sont rassemblés à Zuccotti Park – le berceau du mouvement Occupy Wall Street dans le Lower Manhattan – le samedi et défilé sur près de 5 kilomètres (3 miles) en direction du consulat turc.

Certains des manifestants portaient des pancartes « Istanbul n’est pas seul», tandis que d’autres brandissaient le drapeau national turc.

Le mouvement Occupy Wall Street a annoncé dans un communiqué que l’événement a eu lieu dans le but d’attirer l’attention du public sur les protestataires du  parc Gezi d’Istanbul et la violente répression des manifestant qui s’en est suivie par décision de l’AKP, dirigé par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

Des manifestations similaires sont prévues et auront lieu dans plusieurs grandes villes américaines, dont Austin, Boston et Chicago.

Les rassemblements de solidarité avec les manifestants turcs ont pris une dimension mondiale, et des dizaines de personnes en Belgique, en Grande-Bretagne, à Chypre et en Norvège ont protesté contre la brutalité de la police turque et des mesures brutales contre les manifestants à Istanbul.

Des manifestants égyptiens ont également l’intention d’organiser un rassemblement devant l’ambassade de Turquie au Caire dimanche soir en soutien aux manifestants à Istanbul.

Le samedi soir, environ 5.000 manifestants ont encerclé le bureau de M. Erdogan dans la municipalité de Besiktas à Istanbul, situé sur la rive européenne du détroit du Bosphore, et jeté des pierres sur le bureau, blessant au moins sept policiers.

Les forces spéciales de la police ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser les manifestants.

Plus tôt dans la journée, 100.000 manifestants se sont rassemblés sur la place Taksim, exigeant que M. Erdogan démissionner et traitant le gouvernement «fasciste».

Les troubles anti-gouvernementaux ont commencé après que la police ait dispersé un sit-in organisé sur la place Taksim, le 31 mai pour protester contre la démolition de Gezi Park.

Les manifestants disent que le parc, qui est un point de rassemblement traditionnel pour les rassemblements et manifestations, ainsi qu’une destination touristique populaire, est le dernier espace public vert de la ville.

Amnesty International a dénoncé la police turque pour les tactiques qu’ils ont utilisées pour contrôler les manifestations.

MP / HJL

Traduction : Avic

http://www.presstv.ir/

Le printemps turc : Erdogan, dégage ?


TURKEY-TAKSIM-CONSTRUCTION-DEMONSTRATIONLes signes d’un orage printanier s’accumulent sur la tête d’Erdoğan. Sera-t-il la première victime collatérale de la guerre en Syrie ? Car il y en aura. Trop de choses se sont passées depuis deux ans pour laisser indemne la population de la région, dans la mesure où tous les pays du Moyen-Orient ont été concernés, et leurs populations avec. Parmi tous ces pays la Turquie détient la palme  en matière d’interventions, d’imitions, de gesticulations et de vociférations. Comment peut-on croire, qu’après tout ça, la Turquie reviendrait tranquillement à la case départ, comme si rien ne s’était passé ? Les évènements qui se déroulent en ce moment à Istanbul semblent prouver que les esprits sont chauds. La répression est féroce, mais ne semble pas décourager les manifestants, qui, Samedi soir encore, affrontaient les forces de l’ordre.

Dans d’autres circonstances, on aurait dit que des manifestants pacifiques se font massacrer par les hommes de  d’Erdogan, premier Ministre turc d’un gouvernement islamiste. Ça aurait un air de déjà-vu. C’est peut-être pour cette raison que les médias nous le présentent différemment, pour ne pas nous lasser. Il reste que parmi les manifestants des slogans demandant la démission d’Erdogan fusent. A quand ‘’Erdogan dégage !’’, ou ‘’Erdogan doit partir’’ ? Attendons de voir comment il va gérer ce mouvement qui, loin de s’éteindre, semble gagner d’autres endroits du pays. Et aussi comment ses amis vont gérer leurs médias pour que ne sorte que ce qu’on ne peut empêcher de sortir.

 

Avic

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An anti-government protester sits in front of rubbish set on fire by protesters as they clash with riot police in central Ankara