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Fin des préparatifs pour la construction du troisième Temple


Tribune de Byblos

Jerusalem_Dome_of_the_rock_BW_3Un reportage télévisé diffusé par la dixième chaine de télévision israélienne a révélé que des organisations juives jouissant du soutien de rabbins éminents et de politiciens israéliens ont terminé leurs préparatifs pour la construction du troisième temple en prélude à la destruction de la sainte mosquée d’al-Aqsa et le dôme du rocher, à l’expulsion des musulmans de l’ancienne ville d’al-Qods et à l’établissement de centres bibliques. Lire la suite Fin des préparatifs pour la construction du troisième Temple

Pour les Palestiniens, al-Nakba n’a pas pris fin en 1948


Tribune libre Béatrice Doinette

Pour les Palestiniens, al-Nakba n’a pas pris fin le jour de la création d’Israël. Il s’agit plutôt d’un processus de dépossession, de judaïsation et d’épuration qui se perpétue depuis. Les Palestiniens, pacifiques, ont représenté un défi existentiel pour Israël et ses impératifs démographiques, dans la mesure où la conquête de toute la Palestine constituait le principe fondamental du sionisme. Lire la suite Pour les Palestiniens, al-Nakba n’a pas pris fin en 1948

Temple de Salomon : une arnaque archéologique ?


temple-de-salomon-jerusalemLa quête de preuves attestant l’existence du Temple de Salomon, mythique lieu au cœur même de la religion juive, ressemble d’une certaine manière à celle du saint Graal. En effet, excepté sa mention dans l’Ancien Testament, il n’existe aucune donnée archéologique le concernant. Une telle situation peut s’avérer être un terreau fertile pour toute personne mal intentionnée dans la ville antique (et pleine d’antiquaires) de Jérusalem. Démonstration…

Ce périple commence au milieu des années 80 par une découverte historique et religieuse faite chez un antiquaire de la ville sainte. Il s’agit d’un petit objet vraisemblablement très vieux et fracturé, où un message en hébreu est inscrit. Trouvaille d’apparence anodine, mais André Lemaire, un épigraphiste français, va pourtant l’authentifier comme étant une grenade cérémonielle en ivoire datant du VIIIe siècle avant J.-C.

La « grenade d’Ivoire »
La « grenade d’Ivoire »

Celle-ci prouverait l’existence du Temple de Salomon par la traduction des gravures présentes : « appartient au temple de Yahvé [Dieu], sacré pour les prêtres ». Du côté israélien, l’officielle IAA (Autorité israélienne des antiquités) approuve l’analyse du Français et l’Israel Museum tente alors d’acquérir cette pièce unique, qui a entretemps mystérieusement disparu. C’est finalement en 1987 que la Grenade d’Ivoire est retrouvée (grâce à un coup de fil anonyme), acquise (en échange de 700 000 dollars en liquide offerts par un donateur anonyme et déposés sur un compte secret en Suisse), puis exposée en tant que seul vestige au monde du Temple de Salomon, malgré une ignorance totale concernant les circonstances de son exhumation et l’identité de son ancien propriétaire [1].

En 2002, le milieu de l’archéologie en Israël est de nouveau en émoi. En effet, une autre découverte prouvant la véracité du mythique temple est faite chez un antiquaire. Il s’agit cette fois d’une tablette en pierre couverte de textes en hébreu antique.

La « tablette de Joas »
La « tablette de Joas »

Ces textes mentionnent des travaux accomplis par le roi Joas sur le temple de Yahvé, en totale concordance avec ce qui est écrit dans le Livre des Rois, dans l’Ancien Testament. La tablette de Joas est étudiée par le Geological Survey of Israel (l’institut géologique d’Israël, géré par le gouvernement) qui conclut à son authenticité. Cependant, des doutes naissent quant à ces conclusions quand la presse dévoile que l’homme qui se cache derrière cette révélation n’est autre qu’Oded Golan.

Alors qui est Golan ? Cet homme, qui se définit lui-même comme collectionneur d’antiquités, s’est fait connaître quelques mois auparavant pour avoir révélé au grand jour une pièce religieuse unique : le polémique ossuaire de Jacques [2]. Polémique car l’authenticité de ce dernier est ouvertement critiquée par de très nombreux spécialistes, mais aussi parce qu’il contredit l’histoire de Jésus Christ comme elle est décrite dans la Bible.

L’« ossuaire de Jacques »
L’« ossuaire de Jacques »

En bref, nous avons une découverte à portée historique et mondiale, reconnue par l’État israélien qui plus est, révélée par un type que peu hésitent à qualifier d’escroc. C’est donc logiquement qu’une contre-expertise indépendante doit être faite. Celui qui s’en chargera est Yuval Goren, un professeur de Tel Aviv. Il étudiera la patine [3] de la Tablette et son compte rendu sera sans appel : la pierre ne provient pas de Jérusalem ni de ses environs, et les gravures sont très récentes et probablement faites avec des outils modernes [4]. C’est l’écœurement général.

Pour répondre aux pressions, le gouvernement israélien demande à la police et à l’IAA d’enquêter sur Golan, qui passe en toute logique pour le responsable de cette mascarade. Les conclusions sont effarantes : on a carrément découvert chez lui un atelier et des outils indispensables pour contrefaire des antiquités ainsi que des œuvres inachevées [5]. On trouvera même une photo montrant le soi-disant collectionneur tenant dans ses mains la fameuse tablette alors que celui-ci s’était toujours défendu de ne l’avoir jamais vue. Plus tard, les enquêteurs iront jusqu’à démontrer que Golan a déjà vendu beaucoup de ses contrefaçons à des collectionneurs et des musées partout dans le monde, malheureusement sans jamais dévoiler le nom des victimes. Dans un tel contexte, l’IAA ne peut que reconnaître que la tablette de Joas est un faux, tout comme l’autre grande création de Golan, l’ossuaire de Jacques.

En décembre 2004, Golan et trois de ses complices sont inculpés pour contrefaçon. Les enquêteurs les accusent même de pratiquer cette activité depuis une vingtaine d’années au moins. De plus, l’opinion générale est d’avis que Golan n’est que la partie émergée d’un système de fraude élaboré, qui n’a pu être mené à bien que par l’existence d’une organisation compétente et structurée mais criminelle [6]. Une mafia d’antiquités bibliques, en somme.

Oded Golan
Oded Golan

Il est alors indispensable, pour comprendre l’intérêt d’une telle escroquerie, de comprendre avant tout la situation du marché des antiquités en Israël. La valeur d’un objet archéologique biblique possédant des traces d’écriture est cent fois supérieure à celle d’un même objet qui est quant à lui vierge de toute inscription [7] En gros, il suffit de graver, bien comme il faut, quelques mots en hébreux sur un vase datant d’avant notre ère pour que son prix passe de 1 000 à 100 000 dollars.

Directement après ces révélations, des interrogations se portent inévitablement vers la Grenade d’Ivoire dévoilée au grand public en 1987. Des interrogations qui s’avèreront fondées, puisque c’est encore Yuval Goren [8] qui démontrera par l’étude de la patine et d’autres observations [9] la falsification du seul et unique vestige officiellement reconnu par l’Israël Museum comme étant lié au Temple de Salomon [10]. L’enquête policière démontrera même qu’il y a toutes les chances de croire que Golan et ses acolytes sont derrière cette arnaque [11].

À l’heure actuelle, la Grenade n’est plus visible par le public et la Tablette n’est jamais exposée. Les défenseurs de l’authenticité des différents objets ont perdu beaucoup d’estime aux yeux de la communauté archéologique mondiale. Oded Golan n’a jamais payé pour ses actes [12]. Et, plus grave encore, chaque antiquité dite biblique et qui possède des traces d’écriture en Israël est maintenant déclarée suspecte, qu’elle se trouve sur l’étal d’un antiquaire ou sur le présentoir d’un musée.

Notes

[1] Les Trésors perdus de Salomon (2007), documentaire de Robert Eagle :

http://www.dailymotion.com/video/xjzuoj_les-tresors-perdus-de-salomon-1_tech
http://www.dailymotion.com/video/xjzyvq_les-tresors-perdus-de-salomon-2_tech?search_algo=2
http://www.dailymotion.com/video/xk045q_les-tresors-perdus-de-salomon-3_tech?search_algo=2

[2] Ossuaire de Jacques : il s’agit d’une boite en pierre qui sert d’urne funéraire où il est gravé en araméen ancien « Jacques fils de Joseph, frère de Jésus ». Cet objet apporterait la preuve d’un lien biologique entre Jésus et Saint Jacques, l’un des douze apôtres.

[3] Patine : fine couche sur la surface d’une roche créée par les altérations chimiques et physique du temps. En archéologie, étudier la patine est une méthode reconnue pour définir l’origine géographique et l’ancienneté d’un objet en pierre.

[4] Journal of the institute of archaeology of Tel Aviv university vol.31 n.1 (2004) : http://www.academia.edu/292630/Authenticity_Examination_of_the_Jehoash_Inscription

[5] The art of authentic forgery, (14/04/2008) haaretz.com, http://www.haaretz.com/print-edition/features/the-art-of-authentic-forgery-1.243934

[6] Israel Indicts 4 in ’Brother of Jesus’ Hoax and other Forgeries (30/12/2004), nytimes.com, http://www.nytimes.com/2004/12/30/international/middleeast/30mideast.html?_r=0

[7] Robert Eagle, op. cit.

[8] Analysis of Photographs (05/2007), Biblical Archeology Society, http://www.bib-arch.org/online-exclusives/ivory-pomegranate-02.asp

[9] Parmi ces observations, l’inscription en hébreu ne répond pas à la logique de la fracture de l’objet et, à certains endroits, les lettres s’arrêtent même avant les brisures. Cela signifie que la fracture est antérieure à la gravure. Enfin, l’objet n’est pas en ivoire mais en dent d’hippopotame. Enfin, l’objet n’est pas en ivoire mais en dent d’hippopotame, une donnée facile à démontrer que l’IAA n’avait bizarrement pas été capable de voir en 1987.

[10] Ivory pomegranate ’not Salomon’s’ (24/12/2004), bbcnews.co.uk, http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/4123595.stm

[11] Solomon relic a fake, Museum concludes (24/12/2004), nbcnews.com, http://www.nbcnews.com/id/6753063/ns/technology_and_science-science/t/solomon-relic-fake-museum-concludes/#.Ukk7p4ZSirg

[12] Golan a finalement été acquitté le 14 mars 2012. Le juge en charge a considéré qu’ « il n’y avait aucune preuve que la majorité des artefacts aient été contrefaits et que l’accusation à échouer à prouver quoi que ce soit, ne révélant en fait que des doutes compréhensibles ».

http://www.egaliteetreconciliation.fr/Temple-de-Salomon-une-arnaque-archeologique-20527.html

Kerry et chutzpah – Uri Avnery


kerryIsraelS’il vous arrive de tomber sur John Kerry à l’aéroport Ben Gourion, vous pouvez vous demander s’il est en train d’arriver ou de partir. Il peut bien se le demander lui-même.

Cela fait plusieurs semaines maintenant qu’il consacre la majeure partie de son précieux temps à des réunions avec Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas, en essayant d’avoir ces deux personnes ensemble.

Il y a environ une demie heure de trajet de voiture entre le bureau du Premier ministre à Jérusalem et la Mukata’ah du Président palestinien à Ramallah. Mais ils sont plus éloignés l’un de l’autre que la Terre et Mars.

Kerry a pris sur lui de les amener à se rencontrer – peut-être quelque part dans l’espace. Sur la lune, par exemple.

***

SE RENCONTRER POUR quoi faire?

Ah, c’est là le hic. L’idée semble être de se rencontrer juste parce qu’il faut se rencontrer.

Nous avons vu cette procédure pendant des années. Les présidents américains successifs ont tous entrepris de rapprocher les deux parties. Il s’agit d’une croyance américaine, enracinée dans la tradition anglo-saxonne, que si deux personnes convenables et raisonnables se réunissent pour débattre de leurs différences, tout va rentrer dans l’ordre. C’est presque automatique: rencontre – dialogue – accord.

Malheureusement, ça ne fonctionne pas vraiment de cette façon avec les conflits entre les nations, des conflits qui peuvent avoir de profondes racines historiques. Pendant les réunions entre les dirigeants de ces nations, ils ne sont là souvent que pour se lancer à la figure d’anciens accusations, dans le but de convaincre le monde que l’autre côté est complètement dépravé et méprisable.

Chaque camp, ou les deux à la fois, peut être intéressé à prolonger les réunions indéfiniment. Le monde regarde la réunion des leaders, le médiateur et les photographes travaillent dur, tout le monde parle sans cesse de paix, paix, paix.

Je me souviens d’un monsieur scandinave du nom de Gunnar Jarring. Vous vous souvenez? Non? Ne vous culpabilisez pas. Il est éminemment oubliable. Un diplomate suédois tout à fait comme il faut (et Turquologue), il a été mandaté par l’ONU au début des années 1970 pour amener les Egyptiens et Israéliens autour d’une table de négociation pour parvenir à des accords de paix entre eux.

Jarring a pris très au sérieux sa mission historique. Il a fait inlassablement la navette entre Le Caire et Jérusalem. Son nom est devenu une blague en Israël, et probablement en Egypte, aussi.

Les protagonistes d’alors étaient Anwar Sadat et Golda Meir. Comme nous l’avons révélé à l’époque, Sadate a délivré à Jarring un message capital: en échange de la restitution de l’ensemble de la péninsule du Sinaï, conquise par Israël en 1967, il était prêt à faire la paix. Golda a rejeté cette proposition d’un revers de main. Il n’y avait eu, bien sûr, aucune réunion.

(Une blague populaire circulait à l’époque ; Golda et Sadate en face l’un de l’autre à partir de rives opposées du canal de Suez; Golda a crié: « faites l’amour pas la guerre! » Sadate regarda à travers ses jumelles et répondit: «Je préfère la guerre»)

Tout le monde sait comment ce chapitre s’est terminé. Après que  Golda ait tout rejeté, Sadate a attaqué, a remporté une victoire surprise initiale, tout le monde politique a commencé à bouger, Golda a été mise à la porte, et après quatre années de Yitzhak Rabin, Menahem Begin est arrivé au pouvoir et a accepté avec Sadate la même paix qui avait été proposée avant la guerre. Les 3000 soldats israéliens et environ 10.000 Egyptiens qui sont morts dans la guerre n’auront pas vu cet accord.

Jarring, soit dit en passant, est décédé en 2002, méconnu et oublié.

***

Kerry n’est pas Jarring. Tout d’abord, parce qu’il ne représente pas une organisation internationale impuissante, mais la seule superpuissance au monde. La toute-puissance des Etats-Unis d’Amérique est à sa disposition.

Que peut-il faire ?

C’est vraiment la question la plus pertinente – en fait la seule qui soit pertinente – en ce moment.

Il aura besoin de beaucoup de choses pour réaliser son plus cher désir : la rencontre – pas seulement la rencontre, mais La Rencontre – entre Netanyahu et Abbas.

La tâche semble facile. Netanyahu déclare, avec sa sincérité habituelle, qu’il veut cette rencontre. Non, qu’il est impatient de faire cette rencontre. Avec le charme poli d’un présentateur de télévision chevronné familier avec le pouvoir des images visuelles, il a même proposé de monter une tente à mi-chemin entre Jérusalem et Ramallah (à l’infâme check point de Qalandia ?) et de s’asseoir avec Abbas et Kerry jusqu’à ce qu’un accord complet sur tous les aspects du conflit ait été atteint.

Qui pourrait résister à une telle offre généreuse? Pourquoi diable Abbas ne saute-t-il pas sur cette opportunité pour la saisir des deux mains?

Pour une raison très simple.

Le début de nouvelles négociations serait un triomphe politique pour Netanyahu. En fait, c’est tout ce qu’il veut vraiment – la cérémonie, la grandiloquence, les dirigeants se serrant la main, les sourires, les discours pleins de bonne volonté et parler de la paix.

Et après ? Après plus rien. Des négociations qui se poursuivent indéfiniment, des mois, des années, des décennies. Nous avons déjà vu tout ça auparavant. Yitzhak Shamir, un des prédécesseurs de Netanyahu, s’est rendu célèbre pour s’être vanté qu’il aurait traîné les négociations indéfiniment.

Le bénéfice pour Netanyahu serait clair et immédiat. Il serait considéré comme l’homme de la paix. Le gouvernement actuel, le plus à droite et le plus nationaliste qu’Israël ait jamais connu, serait réhabilité. Toutes les personnes à travers le monde qui prêchent un boycott d’Israël dans tous les domaines seraient humiliées et désarmées. L’inquiétude croissante à Jérusalem sur la « délégitimation » et « l’isolement » d’Israël serait apaisée.

Que gagnerait la partie palestinienne dans tout ça? Rien. Pas d’arrêt pour les colonies. Pas même la libération des anciens prisonniers qui ont été incarcérés pendant plus de 20 ans (comme ceux qui ont été libérés au Hamas en échange de Gilad Shalit). Désolé, pas de « conditions préalables »!

Abbas exige que l’objectif des négociations soit précisé à l’avance: la création de l’Etat palestinien avec des frontières « basées sur » les lignes d’avant 1967. L’omission de cette déclaration dans les accords d’Oslo de 1993 a conduit à leur évaporation. Pourquoi faire la même erreur deux fois?

En outre, Abbas veut fixer une date limite pour les négociations. Un an ou deux.

Netanyahu, bien sûr, refuse tout cela. Pour l’instant, le pauvre Kerry essaie de monter quelque chose qui puisse à la fois satisfaire le loup tout en gardant l’agneau vivant. Donner à Abbas des assurances américaines sans les assurances israéliennes, par exemple.

***

Dans toute cette chamaillerie, un fait fondamental est ignoré.

C’est encore cet éléphant. L’éléphant dans la pièce, dont Netanyahu refuse l’existence et que Kerry essaie d’ignorer.

L’occupation.

Il est généralement admis que les négociations se font entre égaux. Dans les dessins animés, Netanyahu et Abbas seraient présentés comme des personnes de taille égale. L’image américaine de deux personnes raisonnables discutant entre eux suppose deux partenaires plus ou moins égaux.

Mais ce tableau d’ensemble est fondamentalement faux. Les «négociations» proposées sont entre une force d’occupation toute-puissante et un peuple occupé presque totalement impuissant. Entre le loup et l’agneau.

(C’est la vieille blague israélienne à nouveau: Pouvez-vous garder un loup et un agneau ensemble ? Bien sûr que vous pouvez, si vous mettez une nouvel agneau chaque jour.)

L’armée israélienne opère librement dans toute la Cisjordanie, y compris à Ramallah. Si Netanyahou le décide, Abbas peut se retrouver demain matin dans une prison israélienne, en compagnie de personnes âgées que Netanyahu refuse de libérer.

Moins radicalement, le gouvernement israélien peut, à tout moment, à volonté, arrêter le transfert des sommes importantes d’argent provenant des impôts et des taxes de douanes qu’il perçoit pour le compte de l’Autorité palestinienne, comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises. Cela mettrait immédiatement l’Autorité palestinienne au bord de la faillite.

Il y a des centaines de façons, plus raffinées les unes que les autres, pour les autorités d’occupation et l’armée d’occupation de rendre la vie insupportable aux palestiniens en tant qu’individus et à la communauté palestinienne dans son ensemble.

Que peuvent faire les Palestiniens pour mettre la pression sur le gouvernement israélien? Très peu de choses. Il y a la menace d’une troisième Intifada. Cela préoccupe l’armée, mais ne l’effraie pas. La réponse de l’armée c’est plus de répression et plus de massacres. Ou bien une autre résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies élevant la Palestine au rang de membre à part entière de l’organisation mondiale. Netanyahu serait furieux, mais le préjudice réel serait limité.

***

Toute pression visant à démarrer des négociations sérieuses qui mèneraient à un accord de paix à terme – disons en un an – doit provenir du Président des Etats-Unis d’Amérique.

C’est tellement évident qu’il n’est guère besoin de le dire.

C’est le nœud du problème.

Kerry peut apporter de l’argent, beaucoup d’argent, pour soudoyer les Palestiniens, ou leur murmurer dans l’oreille de terribles menaces pour leur faire peur et les pousser à rencontrer Netanyahu dans sa tente imaginaire – c’est-à-dire presque rien.

La seule chance de commencer de véritables négociations est pour Barack Obama de mettre tout son poids dans la balance, pour affronter le Congrès et le très puissant lobby pro-israélien et de dicter aux deux côtés le plan de paix américain. Nous savons tous à quoi cela doit ressembler – une combinaison de la ligne (Bill) Clinton et de l’initiative de paix panarabe.

Si John Kerry est incapable d’exercer cette pression, il ne devrait même pas essayer. C’est vraiment une improvisation que de venir ici pour faire bouger les choses lorsque vous n’avez aucun moyen d’imposer une solution. Quelle Impertinence.

Ou, comme on dit en hébreu, chutzpah.

Uri Avnery est un écrivain israélien et militant pour la paix avec Gush Shalom. Il est un contributeur au livre de Counterpunch The Politics of Anti-Semitism.

Traduit par Avic

Source : http://www.counterpunch.org/

L’énigme du lobby pro-israélien


par Uri Avnery

Netanyahu-Obama-et-Abbas-Washington-septembre-2010

Un des débats privés les plus intéressants et prolongés que j’ai eus dans ma vie était avec le brillant docteur Nahum Goldmann. Le sujet : initiatives de paix américaines.

C’était un débat inégal, bien sûr. Goldmann était mon aîné de 28 ans. Tandis que j’étais un simple rédacteur d’un magazine d’actualités israélien, il était une figure internationale, le Président de l’Organisation Sioniste Mondiale et le Congrès juif Mondial.

Au milieu des années 50, quand je cherchais une personnalité qui pourrait probablement s’élever contre la mainmise de David Ben-Gourion sur le cabinet du Premier Ministre, j’ai pensé à Goldmann. Il avait la stature nécessaire et était apprécié par des Sionistes modérés. Non moins important, il avait un ensemble d’opinions claires. Dès le premier jour de l’État d’Israël, il avait proposé qu’Israël devienne « une Suisse du Moyen-Orient « , neutre entre les Etats-Unis et l’Union soviétique. Pour lui, la paix avec les Arabes était absolument essentielle pour l’avenir d’Israël.

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