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Chine : Le développement de la République Populaire est une déclaration de guerre aux États-Unis


948267Chine1La Chine a confiance en elle; elle ose des réformes et sa nouvelle direction veut consolider ses succès

Le contraste ne pourrait pas être beaucoup plus grand: d’un côté du Pacifique, la puissance qui est toujours l’Hégémon, est confrontée à de fortes turbulences économiques et politiques; de l’autre côté, la superpuissance en devenir bat tous les records sur le plan économique, en dépit des prophètes de malheur, et a pleine confiance en son avenir. Lire la suite Chine : Le développement de la République Populaire est une déclaration de guerre aux États-Unis

L’énigme du marché de la Chine – Pepe Escobar


0_a_the_closing_session_18th_cpc« L’objectif de la restructuration du système économique … est de permettre au marché [forces] de jouer un « ‘’rôle décisif’’ dans l’allocation des ressources ».

C’est tout? Le monde entier attendait haletant – et c’est ce que le monde a obtenu : une énigme enveloppée dans une devinette à l’intérieur d’une boîte chinoise, sous la forme d’un communiqué sibyllin publié par la troisième session plénière tant attendue du 18ème Comité central du Parti communiste chinois (PCC).

Pour savoir qui est le vrai responsable de cela – le premier plan d’action politique sérieux dévoilé par les nouveaux dirigeants chinois, le Président Xi Jinping et le Premier ministre Li Keqiang – Il faut juste jeter un coup d’œil sur la photo : ce sont les sept membres du Comité permanent du Politburo, les hommes qui gouvernent vraiment la Chine.

20-politburo-standing-committeeEt ce qui est en jeu, ne peut être plus sérieux, rien de moins que les choix stratégiques portant sur ​​l’ascension inévitable de la Chine au rang de première économie du monde.

Il faut toujours se rappeler comment le PCC fonctionne. Le plénum était censé « parvenir à un consensus » parmi l’élite du PCC et donner le ton pour la prochaine étape du développement effréné de la Chine.

Et pourtant, l’anti-climax semble être devenu le concept clé ici. La frénésie des médias en Chine, véritable pré-assemblée plénière, avait été implacable – du style « le changement auquel nous pouvons croire » (non, rien à voir avec les campagnes politiques de style américain ave ses milliards de dollars). Après tout, le numéro 4 au sein du Comité permanent du Politburo, Yu Zhengsheng, avait publiquement promis des réformes «sans précédent», conduisant à une « profonde transformation de l’économie, de la société et d’autres sphères ».

La frénésie a été principalement générée par une feuille de route pour la réforme publiée par le Centre de recherches pour le développement du Conseil d’Etat – la soi-disant « 383 plan ». Dans la tradition numérologique chinoise, la feuille de route délimitait le « train de pensée trois-en-un, les huit domaines clés et les trois projets de réforme ». Le secret de la réussite de la réforme serait «la gestion correcte des liens entre le gouvernement et le marché ».

L’un des auteurs du rapport, Liu He, directeur du groupe central des affaires économiques et financières et directeur adjoint de la National Development and Reform Commission, est en fait devenu une superstar. Et juste avant l’assemblée plénière, le Président – et secrétaire général du PCC – Xi Jinping a souligné, «la réforme et l’ouverture sont un processus sans fin ».

Je veux mon glasnost avec de la glace, s’il vous plaît

Alors, jusqu’où ira vraiment cette glasnost avec des caractéristiques chinoises ? L’opinion publique chinoise n’a toujours pas eu accès aux détails de l’énigme de dragon à l’intérieur de la devinette – ou vice-versa – mais tout de ces réformes influent directement sur la vie des 1,3 milliard de personnes. En fait, la boîte contenant l’énigme est cachée à l’intérieur d’une pyramide – reflétant un processus décisionnel monopolisé par l’élite sage et avisée du parti. «Transparence», ici, n’a aucun sens, même pas virtuel.

Tout le monde s’attendait aux promesses du parti de renforcer l’indépendance du système judiciaire chinois et de continuer à lutter contre la corruption et l’injustice sociale.

Tout le monde s’attendait à un assouplissement de la politique de l’enfant unique vieille de 33 ans – permettant à davantage de couples d’avoir un deuxième enfant, ce qui est naturel, compte tenu du fait que le PCC vise une économie axée sur le consommateur et que la population chinoise vieillit.

Tout le monde s’attendait au ‘’taclage’’ de la réforme agraire, directement liée à la nouvelle directive sur l’urbanisation .

Et pour la petite histoire, c’est la première fois que le PCC a reconnu que «les secteurs public et privé sont les mêmes éléments importants d’une économie de marché socialiste et les bases importantes de développement économique et social de notre nation ».

Dans la pratique, cela signifie que le PCC va démanteler les monopoles du secteur étatique en quelques secteurs stratégiques. L’investissement privé serait autorisé, par exemple, dans le secteur bancaire, l’énergie, les infrastructures et les télécommunications. Cela signifie aussi que de nombreuses entreprises d’Etat cesseront de fonctionner comme les bras de la bureaucratie gouvernementale. Dans ce cas, il faudra s’attendre à une opposition féroce de la part des intérêts bien établis de manière proverbiale – comme les élites politiques régionales qui luttent contre Pékin.

Le plan directeur du PCC est d’élargir la classe moyenne chinoise à plus de 50% de la population en 2050 (il est actuellement de 12%) – égalisation vers plus de consommation avec la stabilité sociale. Pour l’instant, le secteur public représente 25% du PIB de la Chine. La plupart des entreprises en Chine sont déjà publiques/privées – mais avec 25% de toutes les entreprises privées ayant des sociétés mères appartenant à l’Etat. Seulement 1,3% des travailleurs chinois sont des entrepreneurs privés. Deux tiers d’entre eux ont déjà travaillé dans le système parti-Etat. Et 20% avaient une position de leadership dans leur gouvernement ou système de parti local.

Le rôle central de l’Etat ne devrait pas être modifié par les réformes à venir. Après tout, 40% des entrepreneurs sont membres du PCC. Ils ont fait de beaux bénéfices avec la privatisation du logement. Ils n’offrent aucune opposition politique au CCP – et vont certainement profiter de ces réformes. Ce qu’ils veulent avant tout, c’est un système plus efficace et une plus grande justice sociale. Ils ne recèlent aucune idée de changement de régime.

Regardez ces camarades se déchirer

En fin de compte, le problème clé absolu pour la conduite future de la Chine peut facilement être formulé à la manière chinoise : Comment modifier l’économie sans réforme politique. Même le petit timonier Deng Xiaoping – sans doute le plus grand homme de la deuxième partie du 20e siècle – a souligné à plusieurs reprises que la réforme économique en Chine ne saurait aller bien loin sans une réforme du système politique.

À court et à moyen terme, il est difficile de voir le PCC permettant les caprices de la Déesse marché secouer et brinqueballer l’économie chinoise à volonté. Plus de «marché» de style occidental va inévitablement accentuer les inégalités régionales à des niveaux excessifs – exactement au moment où le PCC fait de gros efforts pour accélérer le développement des provinces intérieures les plus pauvres.

Le communiqué sibyllin est bien sûr seulement une feuille de route abrégée. Il faudra des jours, des semaines et même des mois pour que ses implications détaillées apparaissent. Ce qui est certain, c’est que le « rôle déterminant » de la réforme du marché implique le PCC à la barre, surveillant chaque étape du processus.

C’est comme un ninja essayant de dompter un très puissant dragon non-stop. Ce sera une bataille épique pour le millénaire, de regarder le PCC – une immense bureaucratie structurelle intégrée dans le gouvernement chinois – accomplir cet acte d’équilibrage ; faisant correspondant ses instincts pour un contrôle centralisé encore plus fort (pas beaucoup de glasnost pour l’Internet, par exemple), avec une explosion du darwinisme social causée par ces forces «irrationnelles» qui se foutent pas mal de l’emploi et de la stabilité sociale.

Les Gweilos – ou barbares étrangers en général – vont sous-estimer la détermination chinoise à leurs risques et périls. Quand le Petit Timonier a lancé sa propre réforme économique – et la marque de la glasnost – en 1978, il a mis le PCC sens dessus-dessous, le triturant cherchant la quadrature du cercle ; un développement économique effréné lui fournit une marge de manœuvre pour gérer les problèmes politiques, et certains changements politiques permettant à leur tour un  développement économique encore plus vertigineux.

Alors que se passera-t-il si Xi et Li arrivent avec un remix Deng – comme par exemple inventer un nouveau concept de marché avec des caractéristiques chinoises? Seul le ciel en est la limite, ou la Chine elle-même telle qu’elle fut pendant 18 des 20 derniers siècles.

Pepe Escobar

Traduction Avic

http://www.counterpunch.org/2013/11/13/chinas-market-enigma/

Chine : Nous ne faisons pas de « shutdowns » – par Pepe Escobar


Susilo Bambang Yudhoyono,  Xi JinpingLe dernier superpuissant et spectaculaire dysfonctionnement, c’est-à-dire le « shutdown » (paralysie de l’administration américaine), a forcé le président Barack Obama à annuler complètement son voyage en Asie. D’abord la Maison Blanche a annoncé qu’Obama laissait tomber la Malaisie et les Philippines – supposées stars du « pivot vers l’Asie ». Puis il a été finalement confirmé qu’il va laisser tomber aussi le sommet de l’Asia-Pacific Economic Co-operation (APEC) de Bali mardi et l’ASEAN (L’association de Nations asiatiques du Sud-est) et le sommet de l’Asie de l’Est jeudi prochain à Brunei.

Cela laisse au président chinois Xi Jinping d’être, sans rival, sous les feux de la rampe. Comme si une quelconque « aide » supplémentaire était nécessaire et comme si Xi n’avait pas déjà le vent en poupe.

Ce Jeudi, Xi est devenu le premier chef d’état étranger à s’adresser au parlement indonésien à Jakarta. Il a souligné que Pékin voulait promouvoir par tous les moyens le commerce avec l’ASEAN pour atteindre environ 1 trillion de dollars d’ici 2020 – et mettre en place une banque d’infrastructure régionale.

Son message, tient en peu de mots : La Chine et « certains pays du Sud-est asiatique » doivent résoudre « pacifiquement « leurs différents sur leur souveraineté territoriale et les droits maritimes – comme nous discuterons de la situation chaotique en Mer de Chine du sud (il n’y a fait aucune référence directe dans son discours) mais cela ne doit pas interférer avec nos affaires sérieuses en matière de commerce et d’investissement. Qui est l’ASEAN qui dira non ?

Et ensuite, après avoir éclipsé Obama en Indonésie (des encyclopédies pourraient être écrites là-dessus) et la signature de plus de 30 milliards de dollars de contrats (surtout dans l’exploitation minière), Xi est parti pour la Malaisie.

Comparez le triomphe indonésien de Xi –avec sa séduisante femme, Peng Liyuan portant le batik – à une récente visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe, dont l’objectif n’était, ni plus ni moins, de persuader les Indonésiens d’encercler la Chine. Avec une politesse méticuleuse comme d’habitude, les Indonésiens ont éconduit Abe. La Chine est le plus grand partenaire commercial de l’Indonésie après le Japon et va à coup sûr bientôt dépasser Tokyo.

Pékin a déjà accepté de négocier un Code de conduite juridique rattachant la Mer de Chine Sud à l’ASEAN. Un groupe de travail s’est rencontré le mois dernier à Suzhou. Quatre des 10 membres de l’ASEAN (mais pas l’Indonésie) sont impliqués dans le conflit de la Mer de Chine du sud – qui, comme on pouvait s’y attendre, tourne autour des réserves de pétrole et de gaz inexplorées. Les Philippines continueront à accuser Pékin, comme le mois dernier, de violer le – pour le moment informel – Code de conduite. L’Indonésie s’est proposée comme médiateur. Ce ne sera pas facile, mais force est de constater que la Chine et l’ASEAN se parlent déjà.

Pivoter avec moi-même

C’est un peu le nœud du problème quand vous annoncez, en grande pompe au Pentagone, et partout, un « virage vers l’Asie » pour renforcer le rôle de « l’Asie-Pacifique pour la prospérité et la sécurité des Etats-Unis » et que vous n’êtes même pas capable de vous y ‘’pivoter’’ en personne  pour quelques jours pour gérer tout ça. En fait il n’y a pas de virage – au moins pour le moment. L’administration Obama a été concentrée non seulement sur deux dossiers extrêmement complexes – la Syrie et l’Iran – mais a aussi essayé de contenir la démence du Premier ministre Benjamin Netanyahu en Israël, et la Maison de Saoud, de plus en plus épouvantable et paranoïde.

Pourquoi aurait-il été en Asie ? Bien, aux Philippines il aurait essayé de décrocher un contrat pour une « plus grande flexibilité » pour que le Pentagone puisse utiliser les bases militaires. Dire que c’est « un sujet de controverse », est un énorme euphémisme.

Et en Malaisie, Obama aurait mis encore plus de pression sur le déjà décrié Partenariat Trans-Pacifique (TPP : Trans-Pacific Partnership ) – avant tout, une sorte de racket qui est en fait une bonne affaire pour les multinationales américaines, mais pas exactement pour les intérêts asiatiques. Le TPP est la réponse américaine à l’offensive de la Chine déjà massive partout dans l’Asie.

L’ancien Premier ministre malaisien, Mahathir Mohammad a vu le TPP – qui exclut la Chine – pour ce qu’il est et il n’a absolument pas été convaincu que le TPP permettra un accès plus facile pour la Malaisie au marché américain.

Donc en fin de compte, Xi a eu tout le loisir de se préparer encore un autre triomphe en Asie du Sud-est. Pékin peut offrir à Kuala Lumpur une source d’investissement sans les interférences agaçantes du style TPP sur comment le pays dirige ses entreprises étatiques ou comment il gère les contrats gouvernementaux. Et en plus de cela, Xi a marqué un point personnel en essayant de mettre la Malaisie de son côté dans les négociations du Code de conduite pour la Mer de Chine Sud.

Xi sera évidemment la star du sommet de l’APEC à Bali. Ensuite le Premier ministre Li Keqiang mène la délégation chinoise au Sommet de l’Asie de l’Est à Brunei et pousse son voyage d’affaires plus loin en Thaïlande et au Viêt Nam.

Maintenant comparez cette offensive chinoise, implacable comme une Lamborghini Aventador en train d’accélérer, avec la perception non dite mais palpable, à travers toute l’Asie du Sud-est, d’une Chevrolet grinçante que représente le « virage » américain. On peut, peut être parier que le milieu des Think-tank américains râlera une fois encore sur la perte de fiabilité américaine ou, mieux encore, « de crédibilité » – puisqu’ils défendent l’avenir du virage, en le justifiant non seulement comme une décision stratégique des Etats-Unis, mais au nom des intérêts du Sud-est asiatiques.

C’est absurde. La pom-pom girl en chef du virage US est le Japon – et le Japon est largement considéré, dans différentes nuances de gris à travers toute l’Asie du Sud-est, comme une marionnette américaine. Ce qui est certain c’est que le non-show d’Obama ne fait que renforcer la perception prédominante que la politique étrangère américaine actuelle est un désordre total. Et que pendant que les Etats-Unis sont en situation de « paralysie administrative », la Chine fait des affaires.

Pepe Escobar

Traduction Avic

http://www.atimes.com/atimes/China/CHIN-02-041013.html