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La puissances navale chinoise dans de nouvelles eaux


593401-gardes-honneur-marine-formation-pontLes navires de guerre chinois ont pour la première fois traversé le détroit de La Pérouse, se faufilant à travers l’étroit passage entre Hokkaido au Japon et Sakhaline en Russie, et sont entrés dans les eaux libres de l’océan Pacifique Nord. Après avoir terminé une semaine d’exercices navals conjoints avec la marine russe, les navires chinois auraient pu prendre une route directe vers le sud pour rentrer à leur port d’attache de Qingdao. Au lieu de cela, Pékin envoie un signal clair à Tokyo en envoyant ses atouts maritimes de plus en plus sophistiqués sur un circuit autour des îles japonaises.

Cette décision de prendre une route détournée pour rentrer vient tout de suite après une autre projection symbolique de la puissance navale chinoise. La semaine dernière, les vaisseaux chinois ont rejoint les navires russes pour les exercices «mer commune 2013» dans la mer du Japon, au large du port russe du Pacifique de Vladivostok. Les deux marines ont effectué trois jours d’exercices conjoints impliquant une collaboration logistique et des exercices de tir réel.

Ces manœuvres sont presque certainement destinées à Tokyo et Washington. La Chine et la Russie sont confrontées à des différends territoriaux avec le Japon, et les deux puissances sont les seuls rivaux géopolitiques crédibles de l’Amérique.

En envoyant son contingent à ces manœuvres maritimes inaugurales sino-russes, la Marine de l’Armée de libération populaire a fait une autre première historique en traversant le détroit de Tsushima, 65 kilomètres de large à son endroit le plus étroit, entre le sud Japon et la Corée du Sud. Dans les deux cas le détroit de Tsushima dans le sud et le détroit de La Pérouse (environ 40 km de large à son endroit le plus étroit) dans le nord, une bonne partie de ces passages étroits pourrait entrer dans les eaux territoriales exclusives du Japon. Toutefois, le Japon limite la portée de ses revendications de souveraineté maritime dans ces eaux à trois miles nautiques (5.6 km) plutôt que les 12 milles nautiques habituelles, afin de permettre le passage aux navires américains équipés d’armes nucléaires à travers ces goulots d’étranglement stratégiques vitaux. [1]

Dans le sillage de ces démonstrations des capacités maritimes chinoises, le gouvernement japonais a annoncé un plan global visant à identifier, nommer, et « nationaliser » environ 400 îles périphériques mineures. Ces petites îles – certaines étant à peine des affleurements rocheux dans la mer de Chine orientale – pourraient être utilisées pour délimiter clairement (et peut-être développer) les eaux territoriales du Japon et les zones économiques exclusives. Le gouvernement japonais affirme que la taille totale des eaux territoriales du Japon est d’environ 4.470.000 kilomètres carrés – environ 12 fois la taille de la masse terrestre du Japon. [2]

Il est presque certain que cette attitude déclenchera  la colère chinoise. Le point d’orgue de la récente escalade des tensions entre la Chine et le Japon a été la décision de Tokyo l’an dernier de « nationaliser » les îles contestées de Senkaku (appelé Diaoyu en chinois). Si l’une de ces petites îles périphériques identifiées par le gouvernement japonais venait à être revendiquée par la Chine, on peut s’attendre à une nouvelle série d’intensification de la guerre des mots dans la mer de Chine orientale.

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Voyant rouge dans un livre blanc

Dans l’atmosphère tendue de la rivalité sino-japonaise, les mots comptent. En début de semaine dernière, le Japon a, pour la première fois, spécifiquement cité dans son Livre blanc annuel de la défense les actions chinoises comme une menace. Ce document affirme que Pékin cherche à «changer le statu quo par la force, selon sa propre vision», est « en train de se livrer à des actes dangereux qui pourraient donner lieu à une situation d’urgence », et que ces mouvements sont « incompatibles avec le droit international. » » [3] Le Livre blanc de Tokyo a spécifiquement mentionné comme étant des dangers  crédibles les investissements de la Chine dans les sous-marins et le lancement de son premier porte-avions.

Pékin a été prompt à dénoncer le rapport japonais. La porte-parole du Ministère des Affaires étrangères Hua Chunying a affirmé que Tokyo « joue malicieusement, en l’exagérant, la« menace chinoise »et cherche à « créer une excuse pour son renforcement militaire « . [4]

Le fait est que, tant Pékin que Tokyo, développent leurs arsenaux et font des ajustements significatifs à leurs doctrines de défense. Le gouvernement japonais dirigé par le Premier ministre Shinzo Abe cherche à créer un équipement militaire similaire aux Marines des États-Unis – un contingent capable de lancer des assauts d’infanterie maritime et de prendre les îles contestées. En outre, Abe a appelé à modifier « la constitution de paix », qui avait été imposée au Japon par les Etats-Unis, pour permettre une posture militaire plus proactive.

Pendant ce temps, les dépenses militaires de Beijing subissaient une hausse à deux chiffres presque tous les ans depuis plus d’une décennie. Bien que ce gonflement du budget militaire de la Chine ait largement reflété l’expansion rapide de l’économie chinoise dans l’ensemble, les dépenses de Beijing sur les sous-marins avancés et des missiles antinavires causent des soucis à ses rivaux régionaux – en particulier le Japon.

La décision de Pékin d’envoyer ses navires, pour leur retour, dans ce long détour par le détroit de La Pérouse et autour du Japon fait partie d’un effort hautement symbolique pour étendre la portée maritime de la Chine. La posture navale actuelle de la Chine est essentiellement conçue pour protéger la côte chinoise dans l’éventualité d’une guerre avec l’Amérique dans et autour de Taiwan. Toutefois, au cours des dernières années, Pékin a cherché à élargir la portée opérationnelle de navires chinois et à créer une flotte crédible « eau bleue ». Les déploiements récents pour contribuer aux efforts de lutte contre la piraterie au large de la côte de l’Afrique orientale, la participation chinoise, la semaine dernière, aux manœuvres  «mer commune 2013» avec la Russie, et le choix d’un chemin indirect pour le retour après les manœuvres  sont tous destinés à renforcer le prestige maritime chinois .

Les politiques intérieures sont les principales forces motrices pour la montée des tensions dans le Pacifique Ouest. Les élections à la Chambre haute du Japon auront lieu dimanche. Le Premier ministre Abe cherche à renforcer ses pouvoirs de politique étrangère. Telle que la situation se présente, Reuters a rapporté lundi que les derniers sondages avant le vote ont montré que jusqu’à 43% des électeurs voudront voter pour le Parti libéral-démocrate ( le PLD) de M. Abe, ce qui signifierait que, avec son partenaire de coalition, le Nouveau Komeito, le PLD pourrait probablement remporter une majorité à la chambre haute et mettre fin à un «parlement tordu », où le contrôle par l’opposition de la Chambre haute peut contrecarrer les décisions politiques approuvées dans la chambre basse.

Bien que le système politique de la Chine isole quelque peu les décideurs de l’opinion populaire, une dynamique similaire pourrait se dérouler dans l’Empire du Milieu. Le taux de croissance économique projetée de la Chine est le plus lent depuis 23 ans, alors que le gouvernement s’attaque aux crédits faciles pour régler un système volatile de « shadow banking ». Les tensions avec Tokyo pourraient s’avérer être une tentative de diversion si la population devait s’agiter à cause des frustrations économiques.

Toutefois, les tensions géopolitiques réelles coexistent avec ces distractions intérieures. La dynamique stratégique actuelle en Asie de l’Est est encore largement façonnée par l’héritage de la Seconde Guerre mondiale. Au cours des presque sept décennies qui ont suivi la fin de ce conflit, la puissance s’est énormément déplacée pour créer le climat d’instabilité actuel. Le produit intérieur brut de la Chine a dépassé celui du Japon de il y a seulement trois ans et devrait dépasser celui de l’Amérique au cours de la décennie (sauf en cas de catastrophe économique vraiment sérieuse).

Pendant ce temps, la crise économique et financière de l’Amérique mène à des réductions militaires significatives, qui peuvent contraindre Tokyo à être plus autonome en matière de défense. Ce qui, à son tour, pourrait inspirer d’autres progrès chinois en matière de technologie militaire. Il y a un risque réel d’une course régionale aux armements, d’une  erreur de calcul lors d’une démonstration de force, et de catastrophe majeure.

Les deux guerres mondiales ont éclaté dans un contexte d’intransigeance politique et de déplacement de la puissance et des ambitions géopolitiques. Alors que les marins chinois rentrent chez eux sur leur route circulaire autour du Japon, toutes les puissances régionales et mondiales concernées seraient bien avisées de se rappeler les leçons de l’histoire.

Remarques:
1. Japan left key straits open for U.S nukes, The Japan Times, June 22 2009.
2. Govt. to preserve remote isles, The Japan News, July 16, 2013.
3. Japan’s Blunt Stance Riles China, S. Korea, Defense News, July 14, 2013.
4. Tension with Japan rises over Chinese warships, Business Day, July 15, 2013.
Brendan P O’Reilly est un écrivain basé en Chine et éducateur à Seattle. Il est l’auteur de The Transcendent Harmony.

Traduction : Avic

Source : Asia Times

Le Livre blanc de la défense français planifie une escalade des guerres et des conflits entre les grandes puissances


les-navires-de-l-operation-myrrhe-source-fdcolberLe gouvernement français du Parti socialiste (PS) a publié le 29 avril son Livre blanc sur la stratégie militaire. Après son élection, il y a un an, le président François Hollande avait mis en place une commission pour l’élaboration d’un nouveau Livre blanc tenant compte des changements intervenus dans la situation mondiale depuis la publication en 2008 du précédent Livre blanc sur la défense français.

En examinant le Livre blanc de 2008 (Voir : « Livre blanc sur la Défense : La bourgeoisie française se prépare à la guerre »), le WSWS avait noté que la classe dirigeante française était en train de préparer un tournant vers la guerre afin de résoudre les contradictions qui accablent l’impérialisme mondial. Cette analyse a été confirmée dans les cinq années qui ont suivi et qui ont connu une explosion de l’agression impérialiste française après le déclenchement de la crise économique de 2008 et les luttes de classe révolutionnaires de la classe ouvrière en Egypte en 2011. En l’espace de deux ans, la France a mené des guerres en Libye, en Côte d’Ivoire et actuellement au Mali et en Syrie.

L’actuel Livre blanc présente des projets non seulement pour continuer mais pour intensifier massivement l’agression de l’armée française outre-mer. Il précise : « L’évolution du contexte stratégique pourrait amener notre pays à devoir prendre l’initiative d’opérations, ou à assumer, plus souvent que par le passé, une part substantielle des responsabilité impliquées par la conduite de l’action militaire. »

Le Livre blanc contient une liste incroyablement longue de cibles ou de cibles potentielles pour une agression militaire française. Il traite de la possibilité de nouvelles guerres en Afrique, de déploiements au Moyen-Orient et en Asie en vue de possibles conflits avec l’Iran et la Chine et de déploiements plus vastes des forces nucléaires françaises.

L’adoption du Livre blanc par le gouvernement PS et la réaction suscitée dans les médias sont les symptômes d’une classe dirigeante qui a totalement perdu la tête. Des articles parus dans les médias français ont critiqué le Livre blanc non pas parce qu’il présente un programme militariste mégalomane mais parce qu’il n’arme pas suffisamment la France pour une poursuite efficace de ces conflits.

Le Livre blanc planifie un gel des dépenses militaires à 31,4 milliards d’euros par an. Ceci entraînerait la suppression de 24.000 emplois dans l’armée entre 2014 et 2019 et une réduction du nombre de soldats pouvant être déployés outre-mer, des 30.000 actuels à 15.000.

Mais plusieurs analystes militaires ont minimisé les réductions proposées, en insistant pour dire qu’elles seraient invalidées et que d’autres réductions des dépenses seraient nécessaires pour payer la guerre. Jean-Dominique Merchet, a dit, « tous les fondamentaux seront maintenus… Il ne faut pas oublier que si le contexte géopolitique change radicalement au cours des trois ou quatre prochaines années, on ferait autrement. On sacrifierait autre chose pour avoir la capacité d’intervenir plus massivement. »

En fait, les conflits envisagés dans le Livre blanc ne pourraient être financés que par des attaques dévastatrices contre le niveau de vie de la classe ouvrière, dans une situation où l’économie européenne est déjà en train de se désagréger sous l’impact de mesures d’austérité brutales. On est en train de créer les conditions d’une opposition profonde et politiquement explosive, au sein de la classe ouvrière, contre la politique belliqueuse et d’austérité unanimement soutenue par l’establishment politique.

Le Livre blanc énumère la Méditerranée, l’Afrique du Nord, le Sahel, le Golfe persique et l’Océan indien comme les arènes d’une intervention française. La France projette de maintenir quatre bases en Afrique. Le Livre blanc souligne aussi le caractère crucial de la Mer de Chine du Sud, où les Etats-Unis ont attisé des confrontations entre la Chine et d’autres pays de la région, et des intérêts français plus larges en Asie de l’Est.

Christophe Guilloteau, député conservateur qui a contribué à la rédaction du Livre blanc a dit que la guerre de la France au Mali garantissait que l’Afrique resterait une priorité en matière de défense pour la France. Au micro de Radio-France International, il a dit que depuis la guerre au Mali « certains qui considéraient qu’on devait désengager encore plus au-delà l’Afrique, se sont aperçus que ce n’était pas une bonne idée. Si nous n’avions pas eu des forces pré-positionnées et au Tchad, et surtout en Côte d’Ivoire avec l’opération Licorne, on n’aurait pas pu répondre à l’appel des Maliens avec autant de rapidité. »

Paul Melly, membre associé du programme Afrique du groupe de pression Chatham House a expliqué : « Si ce modèle [d’une intervention au Mali] marche, c’est un modèle qui pourrait être étendu plus largement. Et donc le Mali est en quelque sorte un banc d’essai. »

Le Livre blanc confirme l’alignement de la France sur Washington conformément au prédécesseur conservateur de Hollande, Nicolas Sarkozy. Sous Sarkozy, la France avait réintégré en 2009 les structures militaires de l’OTAN avant de discuter en 2010 d’une éventuelle alliance militaire avec la Grande-Bretagne, proche allié des Etats-Unis, et de mener à partir de 2011 une série de guerres menées par les Etats-Unis.

Le Livre blanc soutient la poussée de la guerre contre l’Iran, en accusant sans preuve l’Iran de développer des armes nucléaires : « le Golfe Arabo-Persique revêt une importance stratégique particulière. Cette zone, où la course de l’Iran à des capacités nucléaires militaires engendre un risque de prolifération. »

Le Livre blanc plaide pour que la France augmente son influence dans la région en travaillant étroitement avec les Etats-Unis et leurs intermédiaires dans la région. Il fait remarquer que « la France y a renforcé sa présence et sa coopération de défense » avec les Emirats arabes unis (EAU), le Koweït et le Qatar, dont la construction d’une base militaire à Abou Dhabi, capitale des EAU.

En Asie, le Livre blanc fait l’éloge du « pivot vers l’Asie » des Etats-Unis qui vise à contenir la Chine et qui a accru les tensions entre Washington et Beijing. Tout comme Washington, Paris considère l’influence grandissante de la Chine comme une menace à ses intérêts géostratégiques, notamment en Afrique.

Il dit que « l’équilibre de l’Asie orientale a été modifié en profondeur par la montée en puissance de la Chine… Le renforcement de la présence militaire américaine dans la région peut contribuer à la maîtrise des tensions en Asie. »

En fait, le « pivot vers l’Asie » a énormément accru les tensions en Asie, faisant planer le mois dernier une importante menace de guerre sur la Corée du Nord. Le Livre blanc montre clairement que la France chercherait à se joindre à un conflit régional majeur en promettant que la France « en cas de crise ouverte, apporterait, aux côtés de ses alliés, une contribution politique et militaire. »

Le document recommande de maintenir l’armement nucléaire français, tel les programmes SN3G de sous-marin et de missile M51 qui coûtent près de 3,5 milliards d’euros (4,6 milliards de dollars) par an. Alors que le Livre blanc affirme que le programme d’armement nucléaire de la France est « strictement défensif, » il ajoute, « Certains des moyens des forces nucléaires peuvent être utilisés pour les opérations conventionnelles sur décision du Président de la République. »

L’élimination des barrières entre forces nucléaires et forces conventionnelles est une nouvelle étape vers l’utilisation de l’arme nucléaire, une menace qui a déjà été soulevée par des responsables français. En 2006, le président de l’époque Jacques Chirac avait annoncé que la France pourrait lancer des frappes nucléaires contre des terroristes, en cas de menaces à l’égard de « nos approvisionnements stratégiques et la défense de pays alliés. » (Voir : « France: Le président Chirac brandit la menace de représailles nucléaires en cas d’attaques terroristes »)

Jean-Luc Mélenchon, dirigeant du Front de Gauche petit-bourgeois a dénoncé les coupes dans les dépenses de la défense énoncées dans le Livre blanc. Il a dénoncé l’« austérité » et l’alliance américaine (l’atlantisme) comme étant « deux dangers mortels pour la souveraineté et l’indépendance de la France » – en lançant un appel réactionnaire et anti-américain, alors même qu’il a soutenu avec enthousiasme toutes les guerres menées par Paris en collaboration avec Washington, que ce soit la guerre de la Libye ou les guerres actuelles au Mali et en Syrie.

Les commentaires pro-guerre de Mélenchon reflètent le gouffre qui sépare la bourgeoisie et les couches aisées de pseudo-gauche représentées par le Front de Gauche, de la classe ouvrière. Terrifiées par les luttes qui couvent entre la classe ouvrière et le programme social et militaire réactionnaire de Hollande, elles exigent que de plus en plus de ressources soient injectées dans la machine de guerre.

Kumaran Ira et Alex Lantier

https://www.wsws.org/fr/articles/2013/mai2013/fran-m06.shtml