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L’Amérique Discréditée – Paul Craig Roberts


senat-us-intE2009-2eComme Washington perd son emprise sur le monde, défié par le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur et maintenant la Russie, le gouvernement américain a recours à des crises de colère publiques. La manifestation constante d’une attitude puérile de la part de la Maison Blanche et du Congrès embarrasse chaque Américain.

La dernière manifestation du comportement infantile de Washington a été sa réponse au Service de l’Immigration russe pour l’octroi de l’asile en Russie pour un an au lanceur d’alerte américain Edward Snowden, en attendant que sa demande d’asile permanent soit étudiée. Washington, après avoir transformé les Etats-Unis en un état de non droit, n’a plus aucune conception de ce qu’est une procédure légale. La loi, c’est tout ce qui sert Washington. Tel que Washington voit les choses, la Loi n’est rien d’autre que la volonté de Washington. Toute personne ou pays qui interfère avec la volonté de Washington se comporte illégalement.

Parce qu’Obama, comme Bush avant lui, bafoue systématiquement la législation et la Constitution américaines, la Maison Blanche pense réellement que le président russe Vladimir Poutine doit désobéir à la loi russe et internationale, révoquer la décision d’asile du Service de l’immigration de la Russie, et remettre Snowden à Washington.

Washington attendait que la Russie lui remette Snowden simplement parce qu’il l’exigeait. Comme un enfant de deux ans, Washington ne peut pas concevoir que ses demandes n’aient pas préséance sur le droit international et les procédures juridiques internes de chaque pays. Comment la Russie ose-t-elle défendre la loi contre «la nation indispensable»?

Le porte-parole de la Maison Blanche, qui est si médiocre que je n’arrive pas à me rappeler comment il / elle s’appelle, a déclaré que le crétin de la Maison Blanche pourrait punir Poutine en n’allant pas lui rendre visite à Moscou le mois prochain. Je doute que Poutine se soucie de savoir si le crétin de la MB (Maison Blanche) se montre ou pas.

La durée du mandat du crétin de la MB est proche de sa fin, mais Poutine, à moins que la CIA ne l’assassine, sera là pour une autre décennie. En outre, chaque dirigeant russe a appris que la parole d’un président américain ne signifie rien. Clinton, les deux Bush et l’actuel crétin de la MB ont violé tous les accords que Reagan a faits avec Gorbatchev. Pourquoi le président de la Russie, un pays gouverné par la loi, voudrait rencontrer un tyran?

Pour ne pas être en reste vis-à-vis de la Maison Blanche dans le comportement infantile, les membres de la Chambre et du Sénat ont ajouté chacun sa petite part à l’embarras de l’Amérique. Les abrutis du Congrès «ont réagi furieusement», selon les rapports de presse, et ont averti «des graves répercussions dans les relations américano-russes. » Ici, nous avons une autre démonstration extraordinaire de l’orgueil de Washington. Seule la Russie doit se préoccuper des répercussions dans les relations. Washington n’a pas à s’en préoccuper. Sa Majesté Impériale refusera tout simplement d’accorder audience à Poutine.

Le Congrès ne semble pas être au courant de sa schizophrénie. D’une part, le Congrès est indigné par l’espionnage illégal et inconstitutionnel de la National Stasi Agency – espionnage du Congrès surtout – et tente de couper le financement du programme de surveillance de cette même National Stasi Agency. L’amendement au projet de loi de dépenses militaires par Justin Amash, un républicain du Michigan, allait presque passer. L’amendement n’a été rejeté que par des votes achetés par l’industrie de l’espionnage.

D’autre part, malgré son indignation d’avoir été espionné, le Congrès veut le scalp du héros courageux, Edward Snowden, qui les a informés qu’ils étaient espionnés. Nous avons ici une démonstration de la stupidité historique du gouvernement qui tue le messager.

Seuls quelques fous de droite estiment que la surveillance universelle de tous les Américains est nécessaire pour la sécurité américaine. L’Agence nationale de la Stasi va batailler ferme et faire chanter tous les membres de la Chambre et du Sénat, mais le chantage lui-même finira par couper les ailes de l’Agence nationale Stasi, en tout cas on peut l’espérer. Si cela n’est pas fait rapidement, l’Agence Stasi aura le temps d’organiser un événement sous fausse bannière qui va terrifier le troupeau de moutons et mettre un terme aux tentatives de freiner l’agence voyou.

Les Etats-Unis sont au bord de l’effondrement économique. La prétendue «superpuissance», une entité en faillite, a été incapable, après 8 ans d’efforts, d’occuper l’Irak, et a dû abandonner. Après 11 ans, la «superpuissance» a été vaincue en Afghanistan par quelques milliers de talibans légèrement armés, et est maintenant en train de battre en retraite la queue entre les jambes.

Washington compense son impuissance militaire en commettant des crimes de guerre contre des civils. L’armée américaine est un grand tueur de femmes, d’enfants, d’anciens du village, et des travailleurs humanitaires. Tout ce dont est capable la «superpuissance» c’est de lancer des missiles tirés à partir de drones sans pilote sur des fermes, des huttes de boue, des écoles et des centres médicaux.

Les locataires schizophrènes de Washington ont fait des américains un peuple haï. Ceux qui ont la clairvoyance pour vouloir échapper à la tyrannie croissante savent aussi que partout où ils pourraient chercher refuge, ils seront considérés comme la vermine de la nation la plus détestée et susceptibles d’être des boucs émissaires et être pris pour des espions et des gens d’influence néfaste, et risquent d’être décimés en représailles contre la dernière atrocité de Washington.

Washington a détruit les perspectives des américains, tant dans le pays qu’à l’étranger.

Traduction : Avic

http://www.paulcraigroberts.org/2013/08/01/double-feature-bradley-manning-verdict-convicts-washington-and-hiding-economic-depression-with-spin-paul-craig-roberts/

Craig Roberts withkitties_150_120Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

Bradley Manning lynché par le gouvernement américain


manning-lynched-by-us-government.siLe verdict de Manning était prédéterminé, et le procès-spectacle dans un tribunal bidon – un remix américain post-moderne de la Chine dans les années 1960 pendant la Révolution culturelle – vient de nous être offert, signé et scellé.

Le président des États-Unis (POTUS) avait déjà dit qu’il était coupable. Les médias traditionnels américains avaient crié pendant trois ans qu’il était coupable. Maintenant, le gouvernement américain – qui criminalise Manning sur la base de « mauvaises intentions » – vient de montrer que l’enfer est promis à quiconque ose révéler les crimes de guerre américains, qui, par définition, sont non punissables.

Comme s’il y avait besoin de preuves supplémentaires sur le « brillant » avenir qui attend Edward Snowden – juste au tout début de la pathétique lettre du procureur général américain Eric Holder promettant que Snowden ne serait pas torturé s’il était extradé aux États-Unis.

Et, trait d’ironie jeté encore une fois par l’Ange de l’Histoire, Bradley Manning a été déclaré coupable de pas moins de 19 chefs d’accusation par un juge du Pentagone juste à côté de Spy Central, le quartier général du NSA à Fort Meade, dans le Maryland.

Vous êtes au lit avec al-Qaïda

Manning est de l’Oklahoma – tout comme la légende de la musique JJ Cale, décédé il y a quelques jours. C’était sa décision d’avoir sa cause entendue non pas par un panel de jurés militaires – plus proche de l’Inquisition espagnole – mais par un seul juge militaire qui préside, le colonel Denise Lind.

Ce n’était pas tout à fait une bonne idée – puisque Lind s’est vue offrir une carotte pour manier le bâton, sous la forme d’une promotion à la Cour d’appel de l’armée américaine après le procès-spectacle.

Sans surprise, les procureurs du Pentagone ont définis Manning comme un «traître», un hacker et un anarchiste (oui, les hackers et les anarchistes sont des criminels pires que les djihadistes d’Al-Qaïda, après tout, ils sont « nos » alliés en Syrie).

Le procès-spectacle avait une empreinte kafkaïenne tout au long de son déroulement. Le Pentagone a tout d’abord refusé de communiquer des documents judiciaires. Lind avait mis au point une nouvelle pratique de torture par la lecture pendant des heures des déclarations absconses. Ce n’est que sous la menace d’un procès par les médias dans un tribunal civil, que le Pentagone a commencé à sortir avec réticence le curieux document – évidemment expurgé au maximum.

La seule accusation qui s’appliquerait à Manning est la divulgation non autorisée d’informations classifiées. Tout le reste est une farce.

La défense de Manning a fait valoir qu’il était un lanceur d’alerte légitime, il n’avait jamais eu l’intention de provoquer une fuite de renseignements dans le but d’aider l’ennemi. Pourtant, Lind a rejeté une demande des avocats de Manning d’abandonner la charge. Elle argue que Manning, en tant qu’analyste du renseignement de bas niveau, avait appris que la publication d’informations secrètes risquerait de nuire à la sécurité nationale américaine. Le gouvernement américain a été catégorique : Manning savait qu’il aidait Al-Qaïda quand il a publié plus de 700.000 documents à WikiLeaks.

Lind a même modifié les charges, alors que le procès était terminé, pour satisfaire le gouvernement américain. Les médias traditionnels américains étaient trop occupés pour s’en apercevoir, se délectant du scandale de la course à la Mairie de New York.

Le fait que Manning ait été déclaré non coupable d’avoir aidé l’ennemi le laisse encore coupable sur pas moins de 19 chefs d’accusation, y compris « d’avoir été la cause, par malveillance, de la publication sur internet de renseignements appartenant au gouvernement américain » – assez pour éventuellement lui garantir des décennies d’emprisonnement (militaire), jusqu’au 22ème siècle.

Après la sentence, tout dépendra du major-général Jeffrey Buchanan – le nouveau commandant du district militaire de Washington. Il examinera le cas – et, en théorie, a le pouvoir de réduire la peine globale de Manning. Il n’est pas recommandé de retenir son souffle.

L’ennemi, c’est vous

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, est dans le vrai quand il déclare vendredi que si Manning a été reconnu coupable d’avoir aidé l’ennemi ce serait «la fin de la sécurité nationale du journalisme aux États-Unis. »
Pourtant, le gouvernement américain et le Pentagone, dans leur campagne visant à criminaliser le journalisme d’investigation, vont continuer à n’emprisonner aucun journaliste tant à l’intérieur (ce seront plutôt Manning et Snowden) qu’à l’extérieur (comme avec WikiLeaks et le travail de Glenn Greenwald).

La logique circulaire infernale du gouvernement américain veut que la publication des informations sur Internet signifie espionnage. Donc, si l’ennemi va sur Internet, vous êtes en train d’aider l’ennemi. Manning est reconnu non coupable d’avoir aidé l’ennemi mais surtout coupable de tout le reste, tel est le message – traduit en décennies dans une prison militaire.

Le verdict ne change pas non plus le fait que tout est un  «secret» militaire ou de sécurité nationale «profond»  si le complexe militaro-industriel-de surveillance le décide ainsi. Cela s’intègre totalement à la logique de la guerre sans fin du Pentagone – qui est en fait la même que la guerre  mondiale contre le terrorisme (GWOT : Global War on Terror) de 2001-2002, codifiée en 2002 dans la doctrine du Full Spectrum Dominance du Pentagone (dont la NSA couvre surtout la sphère du cyberespace), le tout brillamment rebaptisé par Tom Engelhardt : guerre mondiale contre vous (GWOY : Global War on You).

C’est le Paradis de la Paranoïa : une guerre sans fin avec des ennemis rôdant partout. Le continuum Bush-Obama est la vraie star de ce show ; avec la nouvelle guerre contre le terrorisme qui n’est pas une guerre contre le terrorisme – tout comme le coup d’Etat militaire en Egypte n’est pas un coup d’Etat militaire – le gouvernement Obama a déjà poursuivi plus de lanceurs d’alerte que toutes les autres administrations américaines réunies.

Pendant ce temps, même les ours polaires de l’Arctique savent que Donald Rumsfeld a institutionnalisé la torture en Irak ; que le Pentagone a tué un nombre incalculable de civils dans ce qu’il a  auto-défini comme «arc d’instabilité » ; que le Pentagone n’a jamais reconnu les dommages collatéraux (pour ne pas dire assassinats collatéraux) ; et que l’absolu majorité des prisonniers de Guantanamo sont totalement innocents.

Même si le gouvernement américain et le Pentagone ont jeté Manning dans une variante du ‘’ puits et le pendule’’ d’Edgar Allan Poe, ils ne seraient jamais capables de cacher l’ampleur de leurs crimes de guerre. Assange est confiné dans une ambassade, Snowden dans un aéroport et Manning dans une cellule de prison. Mais ne vous méprenez pas, ce sont les maîtres de l’Univers qui ont peur, très peur. Peur de quiconque a une conscience; peur de vous; peur du monde entier.

Pepe Escobar

Traduction : Avic

Source : http://rt.com/