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Assassinat des deux journalistes français : Fabius ne dit pas la vérité


Deux-journalistes-francais-enleves-et-tues_article_landscape_pm_v8Que s’est-il passé à Kidal, au Mali ? Chaque jour une nouvelle version  vient nous raconter comment les deux journalistes de RFI ont été assassinés.  Tués par balles ? Egorgés ? Par qui ?

La version officielle soutient qu’ils ont été tués par balles par des terroristes. En annonçant cette version, Laurent Fabius se croit obligé de donner des détails. Il aurait mieux fait de s’en tenir à un discours laconique, car ses explications ne tiennent pas la route. Revoyons les différents points de ce drame.

D’après Laurent Fabius, « Ils ont été tués par balles par les groupes terroristes que nous combattons ». Il fait ainsi taire les rumeurs selon lesquels les deux journalistes ont été égorgés. Il rajoute « Les assassins, ce sont ceux que nous combattons, c’est-à-dire les groupes terroristes qui refusent la démocratie et qui refusent les élections (…) Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été kidnappés par un petit commando et emmenés hors de Kidal. Leurs corps ont été retrouvés à 12 km (…) à quelques mètres de la voiture fermée à clé, il n’y avait aucun impact de balle sur la voiture. ».

Ceci nécessite plusieurs commentaires. Il parle d’un groupe terroriste. Quel groupe terroriste ? A moins de croire que les terroristes sont des gens qui, chaque matin en se levant, cherchent quelle action ils pourraient bien faire pour enquiquiner le monde, on peut supposer qu’ils sont animés par quelque motif pour kidnapper deux journalistes  français. Les otages auraient pu servir de monnaie d’échange soit en argent sonnant et trébuchant, soit de moyen de pression sur Paris. Mais nos terroristes, au lieu de préserver leur trésor, préfèrent le détruire en exécutant leurs otages. Où est la logique ? A moins que le but initial ne fût juste le plaisir d’exécuter des français. Là non plus, ça ne tient pas, car des français au Mali, il y en a des tas, et ils n’ont pas tous des gardes du corps.

Laurent Fabius parle encore de « terroristes qui refusent la démocratie et les élections ». Quelles élections ? Elles ont déjà eu lieu et, personne, au Mali, ne songe un seul instant à les remettre en cause car tout le monde sait que ce n’est là qu’une pure formalité afin de désigner et mettre en place une administration pour gérer le pays selon une certaine norme. Mais cette sortie de Fabius est sensée nous montrer la monstruosité des acteurs du drame.

Fabius va encore plus loin dans son scénario. Il dit que « Leurs corps ont été retrouvés à 12 km (…) à quelques mètres de la voiture fermée à clé, il n’y avait aucun impact de balle sur la voiture. ». On se croirait en plein film hollywoodien, où des malfaiteurs changent de voiture pour égarer les poursuivants.  Voilà des ravisseurs qui demandent délicatement à leurs futures victimes de descendre de voiture (sans doute pour ne pas abimer les sièges), puis, tranquillement, les abattent de deux balles pour l’un et trois balles pour l’autre, ensuite referment la voiture à clé (il faut croire que le désert est infesté de voleurs de voitures), et ensuite partent  aussitôt dans une autre voiture en laissant la première sur place. M. Fabius ne sait manifestement pas ce que vaut une voiture, une 4X4 de surcroit, en Afrique, où les R5, R12 ou R21 font encore fureur.

Tout est faux dans les explications de Fabius. Dans ces cas-là, que fait-on ? On essaie de chercher ses réponses soi-même, avec le risque de tomber sur toutes les rumeurs qui circulent ici et là sur Internet et de se raccrocher à la plus plausible.

La dernière en date parle même de bavure de l’armée française, selon le journal algérien El Watan qui rapporte des récits de témoins oculaires de l’évènement. Selon ces témoins, les deux journalistes auraient été enlevés à la sortie de leur rendez-vous avec un des notables du MNLA de Kidal. A 27 km de la ville, le véhicule s’est arrêté et tous ses occupants en sont sortis. C’est alors qu’un hélicoptère a surgi pour arroser tout le monde, tuant aussi bien les terroristes que  les journalistes. Cette version, si elle était vraie, se rapprocherait de celle de Fabius. Mais un problème se pose. Il est difficile d’imaginer un hélicoptère de l’armée française tirer dans le tas, sachant que des otages pourraient être tués. On a beau faire partie de l’OTAN, l’armée française n’est pas l’armée des Etats-Unis, qui est capable de tout détruire en espérant que sa cible se trouvera parmi les victimes. Pour avoir tiré dans le tas, il faut que l’équipage de l’hélicoptère en ait reçu l’ordre.

Nous aurons certainement d’autres révélations dans les jours à venir, mais quelles qu’elles soient, nous sommes au moins sûr d’une chose : cela ne s’est  pas passé comme le dit M. Fabius. Et s’il ment, c’est qu’il ne veut pas que la vérité se sache.  Avant que cette affaire ne soit enterrée et oubliée, les terroristes du Sahel finiront bien par se réveiller et envoyer une revendication en bonne et due forme à un journal local pour rassurer tout le monde ?

Avic

L’affaire Aminata Traoré : une honte pour la France !


aminata_traoreLa France aurait interdit l’entrée sur son territoire à Madame Aminata Dramane Traoré du Mali ! Le prétexte en serait sa critique de l’intervention française dans la crise que vit son pays depuis plus d’un an. Mais une analyse des causes profondes de cette crise permettra de comprendre le bien-fondé des positions de Madame Aminata Traoré.

Les origines de la crise malienne

En effet, la France et les pays occidentaux portent une lourde part de responsabilité dans la crise que vit le Mali. Ses causes immédiates sont l’agression impérialiste de l’OTAN, sous la houlette de la France, des Etats-Unis et de la Grande Bretagne, contre la Libye qui a abouti à l’assassinat du Président Kadhafi. Car les hordes du Mouvement de « Libération de l’Azawad » (MNLA) sont venues de Libye avec leurs armes lourdes et des équipements sophistiqués, avec la complicité et l’appui des puissances occidentales. Et ce sont ces forces qui ont déclenché les hostilités contre l’Armée malienne pour assurer « l’indépendance » d’une partie du Nord du Mali. Le MNLA, qui avait le plein soutien de la France de Sarkozy, continue d’en bénéficier sous Hollande, comme le montre la collaboration entre les éléments de ce mouvement avec les militaires français sur le terrain. En effet, le MNLA interdit l’entrée de Kidal à l’Armée malienne et refuse de désarmer. Les déclarations très vagues des ministres français des Affaires étrangères et de la Défense visent à conforter le MNLA dans son attitude de refus. Et certains de ses dirigeants étaient logés –peut-être le sont-ils encore ?- à Ouagadougou sous la protection de Blaise Compaoré, devenu une des pièces maîtresses des basses œuvres de la France en Afrique de l’Ouest, comme on l’a vu dans les crises ivoirienne et guinéenne.

C’est le MNLA qui a ouvert la voie aux autres groupes, comme Ansar Dine et le MUJAO. La facilité avec laquelle les hordes du MNLA et ces groupes ont pu venir à bout de l’Armée malienne s’explique par la déliquescence de l’Etat malien, malmené et détruit comme la plupart des Etats de la sous-région par les cures d’austérité imposées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre des plans d’ajustement structurel de triste mémoire. Soumaïla Cissé, ancien ministre des Finances du Mali sous la présidence de Alpha Oumar Konaré, disait dans une interview à un quotidien sénégalais que pendant des années le budget consacré aux domaines de souveraineté – Forces Armées, Affaires étrangères et Justice- ne dépassait guère 3% du budget national ! Dans ces conditions, on comprend pourquoi l’Armée malienne –tout comme celles des autres pays de la sous-région – est dans un état de dénuement, voire de délabrement, total.

Cet état de délabrement de l’Armée malienne est le reflet de l’état de décomposition avancée de l’Etat malien lui-même quand on sait que l’Armée est une des composantes essentielles de l’Etat. Et cette déliquescence de l’Etat malien est l’une des illustrations éclatantes de la faillite du modèle néocolonial et du paradigme néolibéral inauguré par les politiques désastreuses imposées par la Banque mondiale et le FMI il y a de cela plus de trois décennies.

Intervention contre le « terrorisme » ou la tentation de la recolonisation ?

Comme on le voit donc, la responsabilité de la France et des pays occidentaux est entière dans ce qui arrive au Mali. Tout comme celle de qu’on appelle « la classe politique » malienne dont la plupart ont épousé les thèses néolibérales et se sont interdit de réfléchir par eux-mêmes sur le devenir de leur pays. Par ailleurs, la complicité de la France avec le MNLA ne peut que conforter les soupçons les critiques de celles et de ceux qui pensent que les vraies raisons de son intervention n’ont rien à voir avec la présentation qu’en fait la propagande officielle, à savoir une action visant à « sauver le Mali » des groupes « terroristes » M. Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, aurait même dit que « sans l’intervention de la France, il n’y aurait plus de Mali ». Une affirmation grotesque et mensongère qui en dit long sur l’attitude de la France à l’égard de ses anciennes « colonies ». En réalité, la propagande officielle sur cette intervention, qui aurait été faite à la « demande des autorités maliennes », a été mise à mal par l’hebdomadaire français, « Le Nouvel Observateur  » en date du 7 février 2013. Selon cet hebdomadaire, cette intervention était programmée pratiquement dès l’installation de François Hollande à l’Elysée en mai 2012. L’avenir des intérêts français au Mali et dans la sous-région, avec notamment l’uranium du Niger exploité par AREVA, est l‘aiguillon principal de cette intervention. Donc, celle-ci est essentiellement motivée par la nécessité de protéger les intérêts stratégiques et économiques de la France !

D’ailleurs, l’intervention est en train de prendre l’allure d’une véritable entreprise de recolonisation du Mali. En effet, François Hollande a dit qu’il serait « intraitable » avec les « autorités » maliennes pour l’organisation d’élections –une farce grotesque dans les conditions actuelles- début juillet pour doter le Mali d’institutions « légitimes » ! Mais « légitimes » aux yeux de qui : de la France ou du peuple malien ? Ce risque de recolonisation est renforcé par l’annonce de l’ouverture d’une « base militaire permanente » au Mali au nom de la « lutte contre le terrorisme » ! Ce que le Président Modibo Keïta avait refusé à de Gaulle Hollande va l’obtenir les « autorités » maliennes !

La France s’est déshonorée

Les révélations du « Nouvel Observateur », la complicité des militaires français avec le MNLA et les déclarations de François Hollande et de ses principaux ministres ne font que confirmer les analyses de Madame Aminata Traoré et des autres patriotes maliens qui n’ont pas succombé à la propagande officielle française relayée par certains médias africains et les « dirigeants » de la CEDEAO. La « faute » de Madame Aminata Traoré est d’avoir exposé les véritables raisons de l’intervention française et les risques de recolonisation de son pays. Sans doute, beaucoup de gens ne manqueront pas de se demander ce que la France espère gagner en prenant une décision aussi stupide contre Madame Aminata Traoré. La France ne peut que ternir davantage son image auprès des intellectuels et citoyens africains. N’est-ce pas François Hollande qui voulait « corriger » le désastreux « discours de Dakar » de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui avait soulevé l’indignation générale en Afrique ? Avec cette décision honteuse et insensée de barrer l’entrée sur son territoire à Madame Aminata Traoré c’est raté. Car Aminata Traoré est une des figures de proue de l’intelligentsia africaine engagée et un des symboles puissants d’une Afrique debout, fière et digne.

Avec cette décision, la France s’est déshonorée, en interdisant son territoire à une intellectuelle de cette envergure. La patrie de Jean-Paul Sartre, le philosophe qui a dominé son siècle et a été de tous les combats pour l’émancipation des peuples opprimés, a définitivement perdu son lustre et son rayonnement intellectuel. Oui, la France est vraiment tombée très bas, avec la montée inexorable de la xénophobie et du racisme. Une France où l’on ose célébrer « les bienfaits de la colonisation » ! Aimé Césaire, ils n’ont manifestement pas lu ton magistral et mémorable « Discours sur le Colonialisme  » !

La réalité est que la France, empêtrée dans des problèmes économiques et sociaux insolubles, est tentée par le démon de la recolonisation. C’est pourquoi elle redoute la critique, l’opposition, en particulier de la part d’intellectuels africains, surtout quand son entreprise de recolonisation se présente sous le manteau de la « lutte contre le terrorisme » ! Le « tort » d’Aminata Traoré et de ceux qui partagent ses analyses, c’est d’avoir déconstruit ce discours « anti-terroriste » en dénonçant l’intervention française – et celles des autres pays occidentaux- au Mali et ailleurs en Afrique, comme faisant partie d’une stratégie globale visant à contrôler les ressources des pays africains pour tenter de sortir de la crise du capitalisme que d’aucuns assimilent à une « crise de civilisation ».

Mais Hollande, Fabius, Valls et les autres doivent savoir qu’il y a des milliers d’Aminata Traoré en Afrique et dans la Diaspora. Des Africaines et Africains qui ont pu s’arracher à l’idéologie néocoloniale et qui se battent pour construire une « Afrique libre et digne », comme l’appelait de ses vœux Thomas Sankara !

Demba Moussa Dembélé

Vice-président du Réseau international Frantz Fanon

Ligue internationale de la lutte des peuples

Dakar, Sénégal

Les tensions montent entre la France et le Qatar au sujet de la guerre au Mali et de la Tunisie


Al ThaniLes tensions s’aggravent entre la France et le Qatar avec des accusations que la pétro monarchie est en train de financer et d’armer des séparatistes et des militants islamistes liés à al-Qaïda au Mali et, plus généralement, de propager l’intégrisme islamique en Afrique.

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Les retombées de l’offensive occidentale au Mali


Déstabilisation de l’Algérie

par DAVID URRA

algeriausa_flagsBeaucoup de choses ont été écrites et réécrites sur les événements qui se déroulent au Moyen-Orient, mais il n’a pas toujours été facile de comprendre que ces événements sont le résultat d’un plan unique qui s’est développé dans l’ombre et n’est devenu visible que dans ses phases finales. Alors que les  «analystes» se limitent presque toujours à l’observation des événements tels qu’ils sont rapportés, les actions non déclarées sont plus difficiles à percevoir. La guerre psychologique/médiatique (Psy/Media Ops) se déroule dans l’ombre et ce n’est que par la compréhension de ses caractéristiques qu’il est possible de comprendre ce qui se passe réellement. Dans l’opération militaire en cours au Mali, tout indique que l’objectif réel est l’Algérie, qu’elle fait partie des priorités de l ‘«Axe de la guerre. »

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