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Syrie-Iran-Arabie. Nouvel ordre mondial


Tribune libre Byblos

carte-moyen-orient-frLes informations en provenance de mes contacts en Syrie et au Liban confirment mes analyses de géopolitique : le monde bascule dans un nouvel ordre, les pôles de puissance changent entraînant de nouveaux rapports de forces qui s’exercent sur de nouveaux points d’appui.

Le « pivotement » américain vers l’Asie, s’il est exagéré par certains n’en est pas moins réel. Il implique l’apaisement des tensions au Proche et Moyen-Orient en réglant les crises syrienne et iranienne et en mettant un terme aux affrontements chiites-sunnites instrumentés à des fins stratégiques.

L’Iran retrouvera prochainement sa place géostratégique essentielle dans la région, avec la « modération » dans les relations internationales prônée par le Président Rohani dans son discours aux Nations Unies fin septembre. Plusieurs pays l’ont compris qui cherchent à se rapprocher de Téhéran, comme la Turquie et même le Qatar et l’Arabie.

L’islam politique vit son chant du cygne : ce sont des musulmans sincères qui ont renversé Morsi en Egypte le 30 juin dernier. Les Frères Musulmans, organisation longtemps souterraine dans les états arabes, qui a remporté toutes les élections car elle était la seule structurée depuis longtemps et a disposé de puissants moyens financiers des pays du Golfe, est l’expression politique de cette idéologie qui proposait de gouverner au nom de la charia. Ils ont prouvé leur incompétence et leur incapacité à répondre aux aspirations des peuples et à gérer des états modernes : la Tunisie les rejette, de même que l’Egypte et le chaos libyen finira par en faire de même. Les musulmans veulent vivre selon leur foi mais entendent être en harmonie avec le « village mondial ». (Expression de René Girard)

Dans les bouleversements politiques et sociaux du monde arabe, les chrétiens qui étaient présents sur ces terres six siècles avant l’islam, ont un rôle essentiel à jouer pour la cohésion sociale des populations et seront un facteur important des réconciliations nationales partout où des drames ont eu lieu. Les rapprochements entre Patriarches orientaux et Imams dans les pays en crise montrent que les appels du Pape François à l’union des fidèles chrétiens et musulmans répondent à un besoin vital et sont entendus par les populations comme par les dirigeants. Par leurs positions en dehors des rivalités internes aux musulmans, mais profondément patriotes et ancrés dans la vie des pays arabes, ils sont un catalyseur d’harmonie entre les différentes ethnies et confessions de ces pays souvent très composites, notamment la Syrie.

Les islamistes takfiristes restent nombreux, encore soutenus par l’Arabie Séoudite pour les détourner de menacer le royaume des Séoud désormais menacé dans son existence même. Ce sera la tâche la plus ardue d’en finir avec eux après la solution négociée de la crise syrienne. Avec le revirement du Qatar qui cherche à se rapprocher de la Syrie de Bachar el Assad, on assiste à l’isolement des positions séoudiennes et israéliennes. Les deux pays ont d’ailleurs compris qu’ils n’étaient plus les alliés indéfectibles des Etats-Unis qui attendent d’eux des changements de position.

La destruction du stock d’armes chimiques syriennes, constitué pour répondre aux armes de destructions massives israéliennes, notamment nucléaires, biologiques et chimiques, met Tel Aviv en position délicate face aux initiatives pour un PO débarrassé de ces menaces.

L’Arabie est menacée par des dissensions internes à la famille régnante et des irrédentismes qui déboucheraient en une partition possible en trois parties, le nord avec la Jordanie et les Palestiniens, le centre avec le sud du Yémen de l’Hadramaout à la mer, et l’est chiite et pétrolier.

Le terrorisme islamiste international pourra être éradiqué quand il aura perdu ses commanditaires et soutiens, d’autant plus qu’il représente aux yeux des musulmans sincères un véritable blasphème de l’interprétation du Coran. Simultanément au changement de stratégie américaine dans la région, l’Arabie Séoudite va devoir mettre un terme à sa croisade sunnite contre un axe chiite centré sur l’Iran et appuyé sur l’Iraq, la Syrie et le Liban. Il semble d’ailleurs que la brouille avec les Etats-Unis sur la question syrienne amène la monarchie à revoir ses fondamentaux, comme en attestent des visites récentes en Iran. Son refus d’occuper le siège où elle avait été élue à l’AG de l’ONU est à la fois un signe de son irritation et de sa prise de conscience des nouveaux rapports de force dans la région.

En réalité les Etats-Unis ne font qu’accompagner l’évolution du monde comme Chuck Hagel l’avait annoncé avant même sa prise de fonction de Secrétaire d’état à la Défense (voir PJ).

L’Occident dirigé par l’Amérique a fait croire, grâce à un énorme budget de communication, qu’il représentait le bien et la justice et qu’il avait le soutien de la majorité des peuples pour ses aventures guerrières. Mais lors des menaces de frappes occidentales contre la Syrie fin août-début septembre derniers, qu’en réalité Obama n’avait proférées que pour lâcher du lest aux groupes de pression américains, alors qu’il y était hostile au fond de lui en raison des conséquences catastrophiques qu’elles auraient entraînées, et que son Etat-Major connaissait, cette coalition guerrière « occidentale » ne représentait que 800 millions d’habitants, non consultés d’ailleurs sauf les Britanniques qui s’y étaient opposés, contre les quelques 6 milliards du reste du monde soutenant la Russie et la Chine. On sait les artifices qu’il a utilisés pour retarder la décision et ensuite s’engouffrer dans la proposition russe de destruction du stock d’armes chimiques de la Syrie. Simultanément, cette proposition acceptée avec soulagement entérinait la reconnaissance de Bachar el Assad comme Président d’une Syrie chargée de la faire appliquer jusqu’à son terme.

La réunion de la conférence de Genève II pour régler la crise est désormais inéluctable, quelles que soient les manœuvres de ceux qui y sont hostiles comme l’Arabie, et le plus intelligent est de s’en accommoder.

Les organisations rebelles civiles qui s’y opposent ne représentent que quelques poignées de Syriens déracinés et les militaires, comme les brigades Liwad al Tawhidi, Ahrar al Cham, Souqour al Cham sont des organisations terroristes composées majoritairement d’étrangers qui combattent pour un état islamique mondial et n’ont aucune identité syrienne. Les forces de l’Armée Syrienne Libre sont devenues insignifiantes ou ont fait allégeance aux djihadistes, quand elles n’ont pas déposé les armes ou rejoint les forces régulières syriennes.

Quant aux Kurdes, l’Armée syrienne leur a donné la responsabilité de tenir leurs régions et ils s’en acquittent au prix de pertes sévères contre les djihadistes mais ils prennent le dessus de plus en plus.

Simultanément le dossier iranien sera également bouclé, peut-être même avant le syrien qui demande du temps pour régler le sort des takfiristes fanatiques qui sévissent sur le terrain. La reconstruction de la Syrie demandera du temps et beaucoup d’argent, de nombreuses infrastructures ayant été détruites. Mais il n’y a pas de solution sans Bachar et les Américains le savent, même si John Kerry est obligé, lui aussi, de lâcher du lest par des déclarations hostiles ou ambiguës.

Le Liban multiconfessionnel, fragilisé par son voisinage de la Syrie d’où il reçoit plus d’un million de réfugiés de toutes confessions n’a toujours pas de gouvernement pérenne du fait des désaccords attisés par les appuis étrangers des parties prenantes. Cependant les structures étatiques comme l’Armée et la police restent cohérentes et accomplissent leur tâche malgré les difficultés. L’alliance, sans doute majoritaire dans le pays, entre les chrétiens du CPL du général Aoun, le Hezbollah composé principalement de chiites mais pas exclusivement, et le parti Amal de Nabih Berri reste la force politique dominante qui a soutenu le régime en place à Damas Habitués des discussions de diwan pour trouver des compromis, les dirigeants des grandes familles analysent les situations au regard de leurs alliances extérieures et, fins observateurs, ils semblent avoir admis que le régime syrien sortirait vainqueur de la crise et en tirent les conséquences ; le chef druze Walid Joumblatt a récemment apporté son soutien à Nabih Berri pour la formation d’un gouvernement, signe qu’une issue pourrait s’ouvrir, d’autant plus que l’Arabie pourrait la souhaiter aussi et le faire savoir à ses alliés locaux, le chrétien Samir Geagea et le sunnite Saad Hariri.

En l’absence d’état solide, la fragilité du Liban tient à la présence armée forte du Hezbollah, au nom de la résistance à Israël, simultanément avec celle des milices sunnites présentes officiellement pour certaines ou dans les camps palestiniens, qui en sortent pour combattre en Syrie voisine ou dans la région de Tripoli au Nord, faisant déjà plusieurs dizaines de morts, soldats et civils. Ce mélange est dangereux et pourrait exploser dramatiquement si les djihadistes venaient à quitter la Syrie pour attaquer le Hezbollah au Liban. Des menaces sérieuses sont d’ailleurs annoncées sur la FINUL au Sud contre les soldats occidentaux, dont les Français.

La France a tout intérêt à reprendre langue diplomatiquement avec un régime qui sortira vainqueur d’une crise tragique et à utiliser les liens d’amitié qui demeurent malgré tout entre Syriens et Français, ancrés dans des échanges culturels anciens, en dépit des affrontements qui les ont aussi émaillés.

Elle aurait aussi tout intérêt à se rapprocher de la Russie dont la diplomatie toute en finesse a montré son efficacité. La Russie va marquer des points dans le règlement de ce conflit parce qu’elle a su offrir une porte de sortie honorable à la grande Amérique dans une crise où elle s’était embourbée.

Elle défend ses intérêts stratégiques mais aussi tactiques car de nombreux djihadistes sont des combattants tchétchènes qui se retourneront contre elle s’ils le peuvent.

La Turquie, la Jordanie, l’Arabie Séoudite seront les perdants à divers égards du règlement de la crise, de même qu’Israël. Sans doute ces états sauront-ils trouver une nouvelle posture pour limiter les dégâts avec opportunisme et s’adapter aux nouveaux équilibres du monde. Il faut s’attendre que la Chine nouera ou développera des liens avec les pays de la région, elle qui propose des investissements en échange de la fourniture de l’énergie dont elle a besoin pour sa croissance toujours forte.

Alain Corvez

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4025

Pour une relecture complète des évènements en Égypte


Points de vue alternatifs

A poster of deposed Egyptian President Mursi lies amid the debris of a cleared protest camp outside the burnt Rabaa Adawiya mosque in CairoDans un contexte où les dernières tensions en Égypte (combinée avec les soucis budgétaires aux USA) ont conduit les États-Unis à stopper temporairement l’aide militaire allouée à l’Égypte (ce qui posera à court et moyen-terme certains problèmes diplomatiques) et que les Frères Musulmans et les organismes liés ont tous été interdits, des journalistes de Reuters ont mené une longue enquête pour déterminer les ressorts de la destitution de Mohamed Morsi.

Source : article de Reuters

Informations contenues dans l’article

– Tandis que les médias avaient l’attention fixée sur les évènements du Caïre fin janvier 2011, des évènements d’importance se jouaient dans la prison de Wadi-el-Natrun où 34 membres des Frères Musulmans, arrêtés récemment, y ont été libérés (dans des conditions troubles qui vont bientôt être examinées et que certains mails de Wikileaks permettent de mieux cerner) conduisant à une série de nombreuses évasions en série dans d’autres prisons qui ont totalement débordé la police égyptienne, lui ont fait perdre sa maîtrise des évènements et ont laissé un profond traumatisme chez les officiers et la base (des centaines de policiers et agents de sécurité ont été tués dans ce jour appelé « Vendredi de la Rage »). Ce profond traumatisme dans le ministère de l’Intérieur appelait une vengeance chez de nombreux officiers selon les sources officielles de Reuters.

– « Quand le chef des armées Abdel Fattah al-Sisi est apparu à la télévision en juillet 2013 pour annoncer la fin de la présidence de Morsi et des plans pour les élections, il était largement admis que les dirigeants militaires égyptiens avaient été les chevilles ouvrières derrière la contre-révolution dans le pays. Mais des dizaines d’entretiens avec des responsables de l’armée, de la sûreté d’État et de la police, ainsi que des diplomates et des politiciens, montrent que c’est le ministère de l’Intérieur qui a été la principale force derrière la destitution du premier président démocratiquement élu de l’Egypte. »

– L’article identifie alors les méthodes des agents du renseignement du ministère de l’Intérieur. Ils identifiaient des militants qu’ils rencontraient et quand les militants leur soumettaient leurs craintes que l’armée et le ministère de l’Intérieur allaient donner le pays aux Frères Musulmans, ils leurs conseillaient (et leur donnaient un soutien logistique pour) de descendre dans les rues pour manifester contre Morsi (qui faisait face à ce moment aux soucis inhérents à une transition délicate du pouvoir). Bien que les militants « conseillés » par les renseignements ne fassent pas partie de ceux qui ont lancé les premiers grands mouvements et notamment le mouvement Tamarrod, les sources du ministères de l’Intérieur affirment qu’ils ont largement bénéficié du soutien du ministère de l’Intérieur (tandis que les médias se contentaient de parler « d’apprentis sorciers » qui voulaient changer le monde). Ce soutien mobilisait de très nombreux fonctionnaires du ministère qui lançaient, faisaient circuler et signaient eux-même les pétitions avant de rejoindre les manifestants dans les rues.

– L’article souligne ensuite que cette opération a été rondement menée, deux ans après avoir perdu son pouvoir suite à la « révolte contre Moubarak » (facilitée par les éléments rappelés ci-dessus), le ministère de l’Intérieur le récupère en mettant en scène une répression sanglante des Frères Musulmans. Les membres du ministère sont désormais dépeints comme les héros et les sauveurs du pays. Cela alors que deux ans auparavant c’est leur soi-disant brutalité qui aurait conduit à la révolution contre Moubarak. La confiance étant revenue dans les rangs du ministère de l’Intérieur celui-ci parle ouvertement de rétablir le type de sécurité (telle que pratiquée sous Moubarak) notamment via l’Unité de Sécurité Politique (qui était redoutée à l’époque) tout en promettant de ne pas reproduire les « violations passées« .

– L’article souligne que la clé de cette reprise en main a été «  la capacité du ministère de l’Intérieur à tisser des liens beaucoup plus étroits avec l’armée, l’institution la plus puissante et respectée en Egypte. C’était une tactique qui a commencé presque aussitôt que Moubarak a démissionné. »

– Dès les semaines suivants la chute de Moubarak des réunions furent organisés dans les académies de police abordant la question de comment « faire face » (ou gérer – to handle) aux Frères Musulmans (selon des policiers ayant assistés aux réunions). Les officiers de rang intermédiaires et inférieurs refusaient la possibilité de transiger avec une force politique influencée par les Frères Musulmans. Les officiers supérieurs ont tenté de les rassurer en leur disant d’attendre le bon moment pour agir contre eux, mais cela n’a pas réellement calmé les ardeurs. Un officier supérieur de la Sureté d’État affirme qu’ils n’y avaient pas d’ordres officiels pour désobéir à Morsi mais que les agents à la base refusaient d’être des « outils de la Fraternité » (en raison du ressentiment des évènements de 2011 mais également des années 90). Les tensions sont allées croissantes quand Morsi a amnistié 17 militants islamistes condamnés pour des assassinats de policiers dans les années 90.

– Quand Morsi a décidé de s’octroyer plus de pouvoir fin 2012 (sans doute pour remédier justement à cette absence d’autorité sur les forces de sécurité) et que les premières manifestations se sont déclenchées [sans doute avec les méthodes de juillet 2013], la police a refusé d’intervenir, et même de prendre en charge les militants et manifestants qui lui étaient livrés par les forces Pro-Morsi. Alors que des militants favorables à Morsi étaient tués dans des heurts consécutifs à ces évènements, les informations relayées étaient celles des militants anti-Morsi battu par certains partisans de celui-ci. Morsi a alors fait une erreur en annulant une réunion demandée par l’armée pour réfléchir sur la manière de « calmer l’orage ». Le message implicite adressé à l’armée et qui était de rester en dehors de la politique est très mal passé dans les rangs des militaires .

– En janvier 2013, Morsi a changé le ministre de l’Intérieur pour un homme jugé moins proche des anti-Morsi, Mohamed Ibrahim. Néanmoins celui-ci, ancien assistant du ministre de l’Intérieur pour les affaires pénitentiaires a entrepris de se rapprocher des éléments de l’armée et notamment du général Sisi avec qui il établissait des contacts directs et qu’il complimentait régulièrement pour sa gestion des diverses crises. Le général Sisi (ou Sissi selon…) avait, selon l’article, le charisme pour inspirer les jeunes officiers dans lesquels Morsi ne voyait pas le danger (il avait déjà renvoyé les vieux officiers de l’époque Moubarak).

–  Les chefs de la police du pays ont commencé à faire passer le message selon lequel, les Frères Musulmans étaient indésirables . Des combats avaient lieu régulièrement dans les rues « rendant les policiers aussi durs et impitoyables que l’armée » et alimentant leur détermination.

– Dès le début 2013, des officiels du ministère de l’Intérieur et des officiers de l’armée ont commencé à se rencontrer pour évoquer l’avenir du pays et des Frères Musulmans selon des officiers ayant participé aux réunions. Le ministère de l’Intérieur soutenait que les Frères étaient une « menace pour la sécurité nationale » et qu’ils devaient quitter le pouvoir. Usant des méthodes rhétoriques utilisées dans les années 90, les officiels du ministère de l’intérieur a suggéré aux officiers de l’armée d’assimiler tous les islamistes à des terroristes. C’était une perte de temps de croire qu’ils pouvaient offrir quelque chose à l’Égypte selon des membres du ministère (influencé par les conflits de 90 et les évasions de 2011). « Les Frères ont un problème avec l’Etat égyptien », a déclaré le responsable de la Sécurité d’Etat. « Je suis certain que Morsi est venu de mettre en œuvre le plan de la Confrérie … Ils ne croient pas en la nation d’ Egypte pour commencer. »

– Le message commençant à se diffuser au sein de la police et de l’armée à un rang de plus en plus élevé, Sisi a averti Morsi que son gouvernement n’allait pas pouvoir durer. Morsi aurait alors envisager de profondes restructurations de la police et de l’armée qui ont soudé encore un peu plus les officiers contre lui (la version inverse est soutenue par les Frères Musulmans).

– Les pressions se sont intensifiées sur l’armée lorsque le Tamarrod a débuté (qui n’a fait qu’avaliser ce qui était perçu, souhaité et projeté dès le départ par des éléments puissants du ministère de l’Intérieur). Néanmoins le mouvement Tamarrod n’a fait que poursuivre le mouvement de fond qu’illustre une réunion de 3 000 officiers de police mi-juin et qui a débouché sur l’expression d’une volonté de destituer Morsi. Les mouvements de colère de la population débouchant sur la destitution de Morsi étaient appelés par les officiers du renseignement : « La révolution de l’état ».

– Malgré la violente répression qui a suivi sur le terrain (allant parfois à l’encontre des instructions des officiels qui voulaient que des dispersions aux canons à eau soient préférées aux « gaz lacrymogènes, balles et bulldozers »), le ressentiment et la rhétorique employée pour justifier le renversement de Morsi ont permis également de justifier une très forte brutalité et de nombreux morts. Ainsi les propos des responsables de l’armée : « Nous avons aussi des troupes sur le terrain qui savent que cette décision (de recourir à des moyens plus modérés) ne peut jamais être mise en œuvre lorsqu’il s’agit de tout ce qui touche à cette organisation terroriste. La force doit être utilisée et elle ne peut jamais être évitée avec ces gens. » répondent étrangement aux propos tenus par le « co-fondateur » du Tamarrod dans une interview à l’Humanité interrogé sur la dispersion par la force des sit-in : « C’était une mesure nécessaire parce que nous n’avions pas affaire à des sit-in pacifiques mais à des foyers du terrorisme. Il fallait évacuer ces sit-in.« . La confiance en la police et l’armée est également affirmée : « Nous faisons confiance aux forces de l’ordre et à l’armée pour éviter à l’Égypte un scénario à la syrienne ou l’installation d’al-Qaida. » qu’on peut mieux comprendre désormais.

– « Deux ans après l’évasion de la prison de Wadi el-Natrun, le ministère de l’Intérieur détient à nouveau le pouvoir. Il a annoncé qu’il allait utiliser des balles réelles lorsqu’il ferait face à des manifestants qu’il accuse d’ « effrayer les citoyens. » Les camions utilisés par les forces de sécurité anti-émeute autrefois redouté sont maintenant recouverts d’inscriptions : « La Police du Peuple ». Le gouvernement a emprisonné les principaux dirigeants de la Fraternité dans le but d’ écraser le plus ancien mouvement islamiste en Egypte. Fonctionnaires Frères musulmans sont maintenant confrontés à des procès dans le cadre des manifestations d’Ittihadiya« . [Il est même allé jusqu’à dissoudre le mouvement, sur la base de documents soi-disant retrouvés dans les sièges des Frères Musulmans].

– Tout le monde n’adhère pas à cette ligne répressive, et les conditions de détention des membres des Frères semblent être pires que celles des pires heures du régime de Moubarak. Les avocats qui défendent ceux-ci confient ne pas dormir longtemps au même endroit…

Conclusion et discussion :

Alors que des mouvements dit « tamarrod » essaye de se structurer en Tunisie ou en Libye, il apparaît que, loin de la vision médiatiquement véhiculée d’une révolte populaire spontanée contre un régime illégitime, les racines de la révolution « de l’état » soient paradoxalement à rechercher dans les racines de la chute de Moubarak . Dès la chute de celui-ci, de vieux ressentiments et de récentes blessures se sont combinées au sein d’un appareil d’État qui perdait de son pouvoir… L’hostilité de la base des forces de sécurité aux Frères Musulmans et un habile rapprochement avec l’armée ont fourni le terreau (situation économique difficile, absence de sécurité, tensions…) sur lequel une révolte populaire a pu naître soutenue par la base des forces de sécurité. Morsi était alors condamné à l’échec. De retour au premier plan, la nouvelle alliance entre le ministère de l’Intérieur et l’Armée tente de purger le pays de la présence des Frères alimentant de nombreuses craintes (droits de l’homme, violences, extension aux opposants politiques etc…).

Le quotidien Al-Ahram titrait hier : « Tamarrod : marche arrière toute » En soutenant la comparution des civils devant les tribunaux militaires, Tamarrod semble avoir renié ses positions. Beaucoup accusent désormais ce mouvement, à l’origine de la destitution de Morsi, de soutenir aveuglément les méthodes de l’armée. »

« La colère et la frustration des partisans du président islamiste Mohamed Morsi, destitué début juillet, ont provoqué depuis lors des violences meurtrières. Celles-ci ont engendré une répression féroce de la part des forces de l’ordre à l’encontre des Frères musulmans, ce qui a renforcé l’animosité à leur égard ainsi que la polarisation du peuple égyptien. » (Lalibre.be). Le cercle vicieux est démontré, même si la volonté de l’appareil d’État de purger la société égyptienne des Frères Musulmans (tous assimilés comme terroristes) joue aussi beaucoup et n’est que superficiellement traitée. // « L’interdiction d’activité dont la justice a frappé les Frères musulmans il y a 15 jours va sans doute encore renforcer cette marginalisation. « Les Frères ne vont plus pouvoir être actifs sur le terrain, ou financer leurs activités sociales. S’ils auront peut-être encore la capacité de collecter de l’argent, ils auront plus de mal à le distribuer sous forme d’aides sociales », souligne M. Moniquet. « Il est probable que certains se tournent vers d’autres types d’actions et repassent à la violence« .

L’Égypte est partie pour connaître de longs mois, voire années de violence et de tensions qui déboucheront sur quelque chose de totalement inconnu à l’heure actuelle.

Egypte: Dans l’oeil du cyclone – Andre Vltchek


Bâtiment du gouvernement incendié au Caire.
Bâtiment du gouvernement incendié au Caire.

Ils disent que des milliers de personnes sont mortes pendant et après le  coup d’Etat du 3 Juillet 2013 en Egypte. Les chiffres semi-officiels et ceux des conservateurs parlent de 1.600 victimes.

Une fois de plus les gens disparaissent, des gens meurent. Durant les manifestations, des tireurs d’élite ont été positionnés sur les toits des grands immeubles au Caire et à Alexandrie. La peur est partout.

Dans toute la région, une grande vague de répression est en cours. Les alliés des Occidentaux arrêtent et assassinent l’opposition : en Egypte, en Turquie, au  Bahreïn et en Arabie Saoudite …

Il est largement admis, au moins parmi ceux qui sont encore dans la résistance, que le président Morsi, leader des Frères musulmans, a trahi la révolution. Puis, alors que les protestations populaires secouaient le Caire, Suez, Alexandrie et d’autres parties du pays, l’armée égyptienne est ‘’intervenue’’, effectuant ce qui a été qualifié en Occident comme« coup d’Etat sans effusion de sang ».

A cette époque, certaines personnes se sont réjouies, même les plus pauvres, mais seulement pour un temps extrêmement court. Les meurtres ont commencé presque immédiatement, et les chars ont pris position dans tout le pays.

Non seulement l’armée n’avait pas l’intention de ramener la révolution sur une voie socialiste (ou au moins une certaine orientation sociale),  mais il est vite devenu évident qu’elle était en train de faire revenir le pays, essentiellement et rapidement, vers le régime de Moubarak.

Ce n’est pas très étonnant puisque l’armée égyptienne bénéficie d’un énorme soutien financier et idéologique de l’Occident, depuis des années et des décennies.

***

Cette fois, j’ai passé une semaine avec les membres de l’opposition égyptienne, principalement avec l’Organisation Socialiste Révolutionnaire. J’ai également visité certaines manifestations des Frères musulmans à Alexandrie, au cours desquelles, deux personnes ont perdu la vie.

Il s’agit clairement d’un moment inquiétant pour le pays. À peu près tout peut arriver à tout moment. Les répressions brutales des forces armées deviennent presque une routine quotidienne. Des centaines de personnes meurent chaque semaine.

Mais le peuple égyptien est fort et déterminé. Ils ne sont pas toujours idéologiquement prêts (résultat de plusieurs décennies de lavage de cerveau par le régime de Moubarak), mais au moins ils se rendent compte qu’ils sont pauvres, trompés et exploités. Beaucoup d’habitants de taudis, qui ont d’abord soutenu le coup d’Etat militaire, se retournent maintenant contre le pouvoir des forces armées. Les gens veulent, ils exigent, la justice sociale.

Dans notre récent entretien, Noam Chomsky a dit que l’Egypte et d’autres pays de la région en sont là où l’Amérique latine était il y a quelques années.

Dans le passé, l’Egypte se déplaçait sur une trajectoire patriotique et socialiste, mais les forces impérialistes étrangères l’ont déraillée.

Aujourd’hui, à nouveau, il y a une chance que le processus interrompu il y a plusieurs décennies, puisse reprendre. Mais il est clair que le régime et ses institutions ne vont pas disparaître du jour au lendemain, sans un combat brutal.

En fin de compte, la vraie révolution peut revenir, et elle peut triompher. Mais des milliers d’Egyptiens devront peut-être mourir durant le processus, en luttant pour un monde meilleur.

 

Harangue des manifestants.
Harangue des manifestants.

 

Sans-abri à la place Tahrir au Caire.
Sans-abri à la place Tahrir au Caire.

 

Les visages des Frères musulmans à Alexandrie.
Les visages des Frères musulmans à Alexandrie.

 

Une des innombrables institutions militaires.
Une des innombrables institutions militaires.

 

Mariage égyptienne pendant le soulèvement national.
Mariage égyptienne pendant le soulèvement national.

 

Bâtiment détruit à côté du mur du Caire.
Bâtiment détruit à côté du mur du Caire.

 

Scène de rue au Caire.
Scène de rue au Caire.

 

".. Et ensuite ils y vont et ils meurentr."
« .. Et ensuite ils y vont et ils meurent. »

 

Barre de fer et Frères musulmans à Alexandrie ; des durs.
Barre de fer et Frères musulmans à Alexandrie ; des durs.

 

Logements pour classes moyenne selon les normes locales.
Logements pour classes moyenne selon les normes locales.

 

Frères musulmans à Alexandrie - et ils y vont!
Frères musulmans à Alexandrie – et ils y vont!

 

Près de la place Tahrir.
Près de la place Tahrir.

 

Militaires omni-présents.
Militaires omni-présents.

 

Manger à l'extérieur.
Manger à l’extérieur.

 

Une ville en paix ?
Une ville en paix ?

 

Recrutement de nouveaux jeunes membres de l'Organisation Socialiste Révolutionnaire.
Recrutement de nouveaux jeunes membres de l’Organisation Socialiste Révolutionnaire.

 

Contrôle dans les rues au Caire ... ces jours-ci.
Contrôle dans les rues au Caire … ces jours-ci.

 

Un mur au Caire, protégeant  l'ambassade américaine.
Un mur au Caire, protégeant l’ambassade américaine.

 

Des jeunes qui protestaient contre la disparition d'un militant.
Des jeunes qui protestaient contre la disparition d’un militant.

 

De quoi ont-ils peur?
De quoi ont-ils peur?

 

Wassim Wagdy l'un des leaders de l'organisation socialiste révolutionnaire.
Wassim Wagdy l’un des leaders de l’organisation socialiste révolutionnaire.

 

Murs de protection des édifices gouvernementaux.
Murs de protection des édifices gouvernementaux.

 

Deux figures de l'opposition.
Deux figures de l’opposition.

 

Un dur à cuire de chez les Frères musulmans.
Un dur à cuire de chez les Frères musulmans.

 

C’était normalement une station de métro.
C’était normalement une station de métro.

 

Ils veulent le retour de Morsi.
Ils veulent le retour de Morsi.
L'émeute des Frères musulmans à Alexandrie.
L’émeute des Frères musulmans à Alexandrie.

 

Ce jour-là, deux personnes sont mortes ...
Ce jour-là, deux personnes sont mortes …

 

Andre Vltchek

Traduction par Avic

http://www.counterpunch.org/2013/09/17/egypt-in-the-eye-of-the-storm/

Egypte: la «Restauration» à l’ombre des Saoud et de Tel Aviv


Tribune libre Byblos

abdallah_al_saoud_et_netanyahou_01Une révolution, une vraie, est une succession de batailles avec des victoires et des défaites, des percées et des retours en arrière, des sursauts et des bons en avant. En trois ans, les Egyptiens ont ainsi successivement balayé trois «gouvernements» : la tyrannie Moubarak, puis celle du Scaf (le Conseil suprême de forces armées mise en place pour la transition) et, bien sûr tout récemment, les Frères musulmans. Il faut dire que la déception des Egyptiens face à l’équipe Morsi a été d’autant plus énorme que les attentes étaient grandes. Le régime instauré par les Frères s’est révélé aussi brutal, sanguinaire et incompétent que celui de Moubarak. Prière de «dégager» donc ! Sauf que la reprise en main de l’armée a aujourd’hui des parfums de «Restauration» avec en prime, les Saoud et Tel Aviv en embuscade.

De l’élection à l’éjection
Propulsés aux affaires, les Frères Musulmans auront été en dessous de tout. Et à ce titre, les mouvements populaires qui ont abouti à leur éviction étaient donc parfaitement légitimes, fondés, et s’inscrivaient dans la continuité logique d’une révolution authentique qui ne pouvait s’accommoder de la mise en place d’un clone de Moubarak affublé d’une barbe. Car en un an de règne, c’est bien ce à quoi ont assisté les Egyptiens.
Petit rappel des faits :
– Le 30 juin 2012, Morsi gagne la présidentielle avec 51,7% des voix.
– Durant les 5 premiers mois, sa gouvernance patine, mais il trouve le temps de libérer des douzaines de prisonniers pourtant convaincus de terrorisme, et dont certains ont même trempé dans l’assassinat de l’ancien président égyptien Anouar el-Sadate.
– En novembre 2012, Morsi se fend soudain d’un décret présidentiel lui accordant d’immenses pouvoirs, dont celui de voir ses futurs décrets incontestables par aucune Cour de justice. La manœuvre est si énorme qu’un million et demi d’Egyptiens descend dans la rue pour protester, soutenus en cela par de nombreux partis. Il y aura 5 morts.
– Quelques semaines plus tard Morsi dissous la Cour suprême, taxée de trahison… Dans la foulée, il vire le Procureur général pour le remplacer par un de ses sbires.
– Un mois plus tard, il annule la Constitution et nomme une commission formée essentiellement de membres de son parti ou de sa mouvance pour rédiger un nouveau texte. Le texte est adopté par 18% des Egyptiens seulement, lors d’un référendum pour le moins discutable.
– Durant toute cette période, l’économie égyptienne s’enfonce dans le marasme le plus complet. Le chômage double et la livre perd 20% de sa valeur.
– Durant toute cette période, les disparitions se poursuivent, les arrestations et les détentions arbitraires continuent, et l’on torture autant qu’avant dans les prisons égyptiennes.
– Le 30 juin 2013, des millions d’Egyptiens révoltés se massent alors à nouveau Place Tahrir et dans tout le pays en réclamant le départ de celui qui, en un an, a réussi à réinstaurer un régime tout aussi toxique que le précédent, trahissant tout espoir de changement.
Le passif des Frères est énorme, leur échec est absolument total.

Washington hors-jeu
La sanction tombe le 3 juillet, le général Abdel Fatah Al-Sissi, chef d’état-major de l’armée égyptienne, annonce la destitution de Mohamed Morsi. C’est le retour de l’Armée aux Affaires.
Sauf que les Frères ne l’entendent pas de cette oreille et mobilisent leurs troupes. Le sit-in s’organise et prend de l’ampleur.
Du côté de l’Etat-major égyptien, les grandes manœuvres se préparent.
Des campagnes de propagande anti-Frères sont lancées à grande échelle dans le pays. Les rédactions des journaux et télévisions égyptiennes collaborent sans réserve, déçues qu’elles sont elles aussi de la pitoyable gouvernance des Frères.
Dans le plus grand secret, des tractations sont pourtant entamées entre le Scaf et les Frères pour éviter le bain de sang.
Washington alors entre en jeu et plaide la cause de la modération. Le secrétaire à la défense US, Hagel, tente à maintes reprises de convaincre al-Sissi de composer. Dans la balance : le milliard de dollars et demi d’aides que les US donnent encore annuellement à l’Egypte pour garantir la survie de l’accord de pays avec Israël, et le libre-passage sur le Canal de Suez.
Mais Al-Sissi reste inflexible.
Il sait que les Américains ont davantage besoin d’allouer cette aide à l’Egypte, que lui de la recevoir.  Cette manne ne couvre en effet que le 20% des besoins actuels de l’armée égyptienne. En revanche, l’aide en question représente une forme de blanchiment de capitaux dont les Etats-Unis ont besoin, et en particulier le Pentagone puisque la plus grande partie de cette manne lui revient au travers des achats d’armements de l’armée égyptienne, armement parfois totalement inutile à ladite armée, mais nécessaire à l’opération de blanchiment en question.
Le général égyptien sait donc qu’il peut compter sur le lobbying du complexe militaro industriel pour maintenir cette «aide» qui lui est indirectement destinée…  et pour l’heure, le calcul d’al-Sissi reste payant. Au demeurant, les fournisseurs d’armes ne manquent pas dans le pipeline d’Al-Sissi le cas échéant.
La décision de briser les Frères est donc prise, les modérés prennent congé.
La répression commence le 14 août. L’extrême violence de l’intervention, les centaines de morts et l’arrestation des cadres des Frères musulmans ne laissent planer aucun doute sur la volonté du Scaf d’en finir avec la Confrérie.
L’ampleur du massacre est un message.
La parenthèse des Frères au pouvoir est terminée en Egypte.

Riyad et Tel-Aviv jubilent
C’est que d’autres acteurs ont également avancés leurs pions dans l’affaire.
A commencer par la maison des Saoud, qui voyait d’un très mauvais œil l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Egypte, craignant la contagion en cas de réussite de leur gouvernance.
Contrairement à l’idée reçue, le Royaume Saoudien est en effet bancal. C’est un agglomérat de forces antagonistes pilotées par des princes gavés de pétrodollars et miné par les dissensions. C’est aussi un Royaume en proie à une forte contestation interne où les Frères possèdent des relais importants. Dans les années 1950-60 nombre de ses cadres s’y sont en effet installés en fuyant les persécutions subies en Egypte, en Syrie, en Irak ou en Algérie. Les Frères musulmans ont également participé aux contestations qui ont ébranlé le Royaume. Comme le rappelle Alain Gresh, la vision politique des Frères «— un Etat islamique, certes, mais bâti sur des élections — diverge de celle de la monarchie, fondée sur l’allégeance sans faille à la famille royale saoudienne. Celle-ci a d’ailleurs préféré financer les divers courants salafistes, dont le refus d’intervenir dans le champ politique et l’appel à soutenir les pouvoirs en place, quels qu’ils soient — la famille royale comme M. Moubarak —, la rassuraient.»
Ce n’est donc pas un hasard si, aussitôt les menaces de suspension d’aides proférées par les Européens et les Américains, les Saoudiens ont immédiatement réagi en assurant qu’ils compenseraient ces éventuelles pertes auprès du nouveau pouvoir égyptien.
Washington est ici débordé par son «allié» dans la région, allié impossible à désavouer désormais puisqu’il vient de le nommer bourreau en chef de la Syrie en remplacement du Qatar, viré de ce rôle pour incompétence.
Même offensive de Tel-Aviv, qui préfère bien évidemment n’importe quelle dictature militaire à ses portes plutôt que de voir des islamistes diriger l’Egypte. Tel-Aviv a donc très tôt mouillé la chemise en activant ses relais à Washington – et dieu sait s’ils sont nombreux – pour empêcher la suspension de l’aide américaine. Même chose en Europe où les ambassadeurs israéliens ont été mandatés pour convaincre les Européens qu’il valait mieux un pouvoir militaire que le chaos islamiste.
C’est un intéressant développement qui confirme l’existence de cette alliance contre-nature entre le royaume corrompu des Saoud et l’Etat-voyou israélien avec, au milieu, des Etats-Unis de plus en plus hors-jeu et otages de leurs alliés.

Et maintenant ?
Et maintenant retour à la case départ serait-on tenté de dire, avec un Scaf à nouveau tout puissant au Caire, ce qui laisse sans doute penser aux anciens cadres du régime de Moubarak que le cauchemar révolutionnaire touche à sa fin.
Et l’annonce de la libération sous condition du vieux Raïs doit bien sûr renforcer ce sentiment.
La Restauration donc, avec en prime les Saoud et l’entité sioniste en embuscade.
Sauf que voilà. Nous venons probablement d’assister à un soubresaut de la révolution, un retour en arrière peut-être, mais qui sera nécessairement suivi d’un rebond.
La rue n’en est plus à un gouvernement près.
Et le Scaf serait bien inspiré de prendre rapidement de la distance avec ses nauséabonds soutiens s’il ne veut pas  se voir inscrit une deuxième fois sur le tableau de chasse de la révolution.

PS: et pour terminer sur une note plus légère, voici le sms sans commentaire d’un ami marocain: « Moubarak libre, Morsi en prison, El Baradei à Vienne. C’est retour en 2010. Qui a dit qu’on ne pouvait pas remonter le temps ? »

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Le grand perdant des évènements égyptiens


la-libre-circulation-des-personnes-sera-desormais-possible-entre-l-egypte-et-la-bande-de-gaza-au-niveau-de-rafah-afp-said-khatibPendant que les FM égyptiens envahissent les places et les mosquées, que les militaires de Morsi répriment dans le sang et que des mercenaires du Sinaï font tout pour attirer la vindicte par des actes terroristes et tentent désespérément de se faire assimiler aux FM (ce qui est allègrement fait par certains), le monde autour continue son bonhomme de chemin, comme si cette agitation meurtrière égyptienne n’était rien d’autre … que de l’agitation.

En Syrie, il n’y a aucun impact. Pourtant, on parle bien de l’Egypte, l’un des principaux pays arabes et du Proche-Orient. On aurait pu croire que le moindre éternuement dans le pays des pharaons aurait eu des répercussions dans toute la région et dans le monde arabe. On se souvient de l’arrivée de Morsi au pouvoir. On allait voir ce qu’on allait voir, selon ce qu’il allait faire ou dire. Il n’a eu aucun effet sur la Syrie. Les choses se passaient ailleurs, avec d’autres protagonistes. La situation à Gaza et en Palestine n’a pas bougé d’un iota.  Morsi a été une parenthèse.

Nous voilà revenu à la case départ, mais avec un maximum de bruits, trop de bruit, pourrait-on dire, savamment orchestré, semble-t-il. Qu’est-ce qui change avec cette nouvelle situation ? Pour la Syrie, rien. Bachar Al Assad continue son combat, appuyé par les mêmes alliés, contre les mêmes mercenaires avec leurs ‘’Allah Akbar’’ pour les vidéos, eux-mêmes avec leurs mêmes appuis à peine remaniés mais avec les mêmes commanditaires. Pour l’Iran, rien de changé, non plus, malgré un changement de président. Pour l’ensemble des monarchies du Golfe, seul le chéquier a changé de mains. Mais ça c’était déjà là un peu avant ce qui se passe aujourd’hui en Egypte.

Puisque rien n’a changé ou presque, à quoi rime tout ce boucan autour d’un général encore inconnu il y a un mois et des frères musulmans que l’on fait mine de découvrir (après Caroline Fourest et BHL) alors qu’ils sont là depuis près d’un siècle ? Diversion ou manipulation ? Il n’y a jamais de boucan médiatique gratuit, surtout dans cette partie du monde. Et l’on constate que si les évènements n’ont aucune conséquence sur la région, le tapage, lui, en a.

Tout tend à donner une confirmation à une campagne qui a commencé il y a longtemps, campagne axée sur le ‘’danger islamiste’’. Qu’ils soient armés de bombes, de ceintures d’explosifs, de fatwas meurtrières et souvent biscornues, de désirs soudains de charia, ils ont tout fait pour nous montrer de quoi ils étaient capables. Qui, en dehors de ceux qui l’organisent, ne dénoncerait pas cette barbarie ? En la condamnant les manipulateurs s’arrangent pour que cette condamnation déborde sur tous ceux qui, de près ou de loin ont un rapport quelconque avec ces gens. Même pays, même race, même religion, etc… tout en prenant soin de dire qu’il ne faut pas faire d’amalgame.

Et, effectivement, chez ces manipulateurs, il n’y a pas d’amalgame. Ce ne sont pas les musulmans qui sont vraiment visés. Il n’est même pas sûr que l’Islam, en tant que religion soit en cause. A-t-on jamais entendu parler des religions de l’Emir du Qatar ou du Roi Abdallah d’Arabie, pourtant gardien des lieux saints musulmans ? A-t-on vu mentionner une seule fois dans les médias la religion de Mahmoud Abbas ? On pourrait presque penser, d’après les portraits que l’on nous en fait, qu’ils sont laïcs ou même athées. A croire aussi qu’il y a des palestiniens non musulmans (les gentils, quoique un peu turbulents parfois), ceux de Cisjordanie, et les islamistes de Gaza, qui sont gouvernés par de méchants islamistes parce que frères musulmans. Il se trouve que la résistance palestinienne se trouve principalement à Gaza, même si elle a pu souvent servir de prétexte et même d’outil pour les desseins d’Israël. Voici donc le Hamas redevenu islamiste parce que frère musulman. Si les problèmes égyptiens se répandaient jusqu’à Gaza, les gazaouis auront du souci à se faire. Ils seront tous assimilés à des islamistes, donc terroristes. N’est-ce pas ce qu’a toujours martelé Israël depuis des années, en chœur avec nos salonards de Paris ?

Pendant ce temps, John Kerry organise les négociations israélo-palestiniennes, comme si rien ne se passait à côté. Négocier quoi au juste ? Personne au monde ne croit en ces négociations, ni même ne voit sur quoi elles peuvent porter. On voit juste que cette mise en scène coïncide avec les évènements égyptiens qui comportent eux-mêmes plusieurs volets synchronisés, le tout dans une sorte de symphonie moyen-orientale dans laquelle la Palestine et les palestiniens tiennent une place centrale. Si le Hamas paie les pots cassés de la révolte égyptienne, que deviendra Gaza ? Quel lièvre John Kerry nous sortira-t-il alors de son chapeau pour faire avancer les choses ?

Si nous n’attendons rien des négociations, nous savons aussi que Kerry ne fait pas tous ces va-et-vient juste pour faire du tourisme. Tous ces millions et toutes ces énergies ne sont pas dépensés pour le plaisir, sans compter tout le temps consacré aux diverses rencontres. Il y a bien des recherches de solutions, mais toujours avec Israël comme centre de toute solution. Le remodelage du grand Moyen-Orient, avec toutes ses aventures guerrières mortelles, en fait certainement partie. Ne cherche-t-on pas à reproduire le vieux slogan : ‘’Une terre sans peuple pour un peuple sans terre’’, mais cette fois à l’envers ? Le peuple sans terre serait, cette fois, les palestiniens. La terre sans peuple pourrait être le Sinaï, à défaut de ne pouvoir être une partie de la Syrie remodelée. Cela a marché une fois, pourquoi pas une deuxième fois ?

En attendant, quels que soient les projets et objectifs des acteurs de la région, il y en a un qui doit se sentir mal à l’aise dans ses souliers, le Hamas. D’un côté, il perd un soutien de poids par la disparition des FM en Egypte, et de l’autre, il se retrouve à nouveau assimilé de facto à des terroristes actifs purs et durs du style de ceux qui sévissent en Syrie. Et pour bien l’étayer, on va rappeler les aventures de Khaled Mechaal. Le brouillage cacophonique fera le reste. Et les gazaouis dans tout ça ? Nous ne devrions pas tarder à savoir ce qu’on leur réserve. N’est-ce pas Mister Kerry ?

Avic

L’Egypte peut-elle devenir une nouvelle Syrie ?


Tribune libre  Diablo

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Entre le « cancer islamiste » -lire les Frères musulmans-, et « l’apostasie militaire », -lire le général  Abdel Fattah al-Sissi-, l’Egypte se dirige-t-elle vers une guerre civile dont les conséquences seraient telluriques pour toute la sous région ?

Comme je l’ai déjà écrit lors de précédentes analyses, en Egypte, depuis le début du processus révolutionnaire, l’armée est constamment demeurée maîtresse du jeu politique[1]. Elle a laissé la rue évincer le président Moubarak, ce qui lui a permis de remplacer une génération militaire usée par une plus jeune. Puis elle a profité de l’échec politique et économique des Frères musulmans pour recueillir le pouvoir tout en affirmant haut et fort qu’elle souhaitait mettre en place  une transition civile.

Après avoir attendu 80 ans pour enfin accéder au pouvoir, les Frères musulmans l’ont perdu en raison de leur arrogance, oubliant que le 24 mai 2012, lors du premier tour des élections présidentielles, Mohamed Morsi n’avait recueilli que 24,8% des suffrages, quasiment à égalité avec le général Ahmed Chafik ex-Premier ministre de Moubarak (23,7%). Au second tour, Mohamed Morsi qui avait réussi à rallier nombre de modérés l’emporta de justesse, avec un petit score de 51,7%. Face à lui, le général Chafik avait rassemblé sur sa candidature 48% d’électeurs résolument hostiles aux Frères musulmans

De plus, ces derniers ne voulurent pas voir qu’entre les législatives du mois de novembre-décembre 2011 et les présidentielles de mai-juin 2012, ils  avaient perdu 50% de leurs suffrages, passant de 10 à 5,7 millions de voix, les « modérés » un moment abusés par leurs promesses s’étant en effet détournés d’eux.

Enfermés dans leurs certitudes et soutenus par les Etats-Unis et le Qatar, ils voulurent malgré tout faire passer en force une Constitution islamiste. Pour y parvenir, le 22 novembre 2012, le président Morsi fit un coup d’Etat en signant un décret l’autorisant à prendre les pleins pouvoirs. Des manifestations énormes se produisirent alors et les Frères musulmans qui ne s’attendaient pas à une telle réaction populaire virent leurs locaux pris d’assaut par la foule et incendiés.

Le 7 décembre 2012, dans un communiqué particulièrement clair, l’armée égyptienne mit en garde le président Morsi, soulignant que les pleins pouvoirs qu’il venait de s’octroyer afin de faire adopter en force une Constitution théocratique, allaient faire emprunter à l’Egypte « un sentier obscur qui déboucherait sur un désastre, ce que nous (l’armée) ne saurions permettre »[2]

La tension atteignit son paroxysme le 30 juin quand plusieurs millions d’Egyptiens descendirent dans la rue pour exiger la démission du président Morsi. C’est dans ce contexte qu’un coup d’Etat militaire eut lieu le 3 juillet.

En réaction, les partisans du président déchu occupèrent deux grandes places du Caire. La période étant celle du ramadan, l’armée laissa faire.

Le 26 juillet se déroula une immense manifestation destinée à donner à l’armée « mandat pour combattre le terrorisme » et pour déloger les partisans du président Morsi qui occupaient l’espace public en terrorisant le voisinage.

L’armée programma alors une intervention graduée mais le 13 août, de très violents affrontements opposèrent pro et anti Morsi. L’exaspération de la majorité des Egyptiens était en effet telle que des milices civiles anti-islamistes commençaient à attaquer les rassemblements pro Morsi. Il fallait donc agir rapidement afin d’éviter une guerre civile.

Le mercredi 14 août, près avoir plusieurs fois sommé les  occupants des places Rabaa al-Adawiya et Nahda de se disperser, la police, soutenue par l’armée intervint avec « vigueur ». Certains occupants n’hésitèrent pas à ouvrir le feu sur les forces de l’ordre qui eurent à déplorer plusieurs morts et blessés ; sans commune mesure toutefois avec les 600 morts  et  les 3000 blessés relevés parmi les  islamistes. Des incidents éclatèrent également dans les principales villes de province.L’Egypte étant aujourd’hui au bord de la guerre civile, existe t-il un risque d’évolution vers une situation de type algérien ou syrien ?Il faut bien avoir à l’esprit que quatre grandes différences existent entre ces trois pays :

1) La première  est d’ordre géographique. A l’exception du Delta, l’Egypte n’est peuplée que le long de son étroit cordon alluvial, tout le reste est désert ou oasis facilement contrôlables.

2) À la différence de l’Algérie, il n’y existe pas de vastes zones de montagne propices à la création de maquis.

3) À la différence de la Syrie, il n’y existe pas de zones confessionnelles en damier, car ici, en dehors des 10% de chrétiens coptes mélangés à la population musulmane, tous les Egyptiens sont sunnites.

4) D’éventuels jihadistes ne disposeraient pas de base arrière comme l’est la Turquie pour les révolutionnaires syriens. A l’Ouest, vers la Libye côtière, plusieurs centaines de kilomètres de désert forment tampon. En cas de problème, l’armée égyptienne pourrait facilement intervenir contre d’éventuelles bases libyennes avec le meilleur accueil des populations de Cyrénaïque qui subissent le joug des jihadistes. A l’Est, Israël ne pourra évidemment pas constituer une base jihadiste, quant au confetti de la bande de Gaza, il peut être étranglé en quelques instants. Au sud, le Soudan ne tient pas à être impliqué dans un mouvement incontrôlable.

En cas d’insurrection jihadiste  le sud-ouest pourrait en revanche poser problème avec la zone grise située dans le sud de la Libye et ses prolongements au Tchad et vers la RCA et le Nigeria. Nous en revenons ainsi à la question sahélienne dont j’ai longuement parlé dans de précédentes analyses.

Après la parenthèse révolutionnaire, l’Egypte est donc revenue à la situation antérieure qui est celle de la loi d’urgence, comme entre 1981 et 2012. L’armée a de plus « l’habitude » de réprimer les Frères musulmans ; elle le fit sans états d’âme sous Nasser quand plusieurs dizaines d’entre eux furent pendus en place publique, puis dans les années 1990, quand près de 100 000 furent internés. Aujourd’hui, confortée par les sondages indiquant que la population soutient son action à 82%, l’armée ne peut plus reculer : il lui faut écraser les Frères musulmans ou bien perdre la partie.

Dans ce contexte, l’agitation des chefs d’Etat européens parait tout à la fois décalée et dérisoire. Quant à leurs menaces de sanctions, elles sont tout simplement ridicules. L’armée égyptienne peut en effet compter sur l’aide financière illimitée de l’Arabie saoudite et des Emirats qui viennent d’ouvrir au général Abdel Fattah al-Sissi une première ligne de crédit sans intérêt équivalent à dix années d’aide américaine… A travers le soutien à l’armée égyptienne, les pétromonarchies règlent un double compte, à la fois contre les Frères musulmans qui ont juré leur perte, et contre le Qatar, leur principal allié. Comme la grenouille de la fable, ce dernier, qui a voulu se faire aussi gros que le bœuf a fini par indisposer le grand frère saoudien par son interventionnisme brouillon et ses appétits démesurés.

Pour une étude à la fois globale et détaillée du printemps arabe en Afrique du Nord, je conseille la lecture de mon nouveau livre « Printemps arabe. Histoire d’une tragique illusion (Egypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, 2010-2013). Ce livre édité par l’Afrique réelle n’est pas en vente dans le commerce. Le  bon de commande figure sur ce blog.

Bernard Lugan

http://bernardlugan.blogspot.be/

Egypte : les pro-Sisi, les pro-Morsi et les autres


Egypte Mersa MatruhUne photo qui circule sur la toile qui a de quoi surprendre, si elle s’avère ne pas être un fake. Elle a été postée sur Twitter et est en train de faire un buzz. Elle a été prise par un photographe inconnu dans la ville de Mersa Matruh, situé au Nord-ouest du Caire, sur la Méditerranée. Des vacanciers à la plage en Egypte avec des colonnes de fumée en arrière plan. La plage, très hautement fréquentée d’après cette image, alors que les violences font rage en Egypte, contraste avec les images que l’on voit depuis quelques jours provenant du Caire.

Qu’en est-il de tout ça ?

Apparemment, ceux que l’on voit ici semblent bien loin de la lutte acharnée pour le pouvoir entre les pro-Morsi et les Pro-Sisi. Eux sont peut-être des pro-Egypte ?

Avic

 

Le nouvel Axe du Mal – Pepe Escobar


Dotz29.10.12-1J’ai fait valoir que ce qui vient de se passer en Egypte est un bain de sang qui n’est pas un bain de sang, mené par une junte militaire responsable d’un coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat, sous couvert d’une «guerre contre le terrorisme » en Egypte. Pourtant, ce gambit novlangue – qui pourrait facilement avoir été écrit à la Maison Blanche – n’est qu’une partie du tableau.

Au milieu d’un épais brouillard de déclarations et de programmes concurrents, un fait surprenant se démarque. Un sondage il y a seulement 10 jours par le Centre égyptien pour les études sur les médias et l’opinion publique avait déjà montré que 69% des égyptiens étaient contre le coup d’Etat militaire du 3 Juillet orchestré par le Pinochet-esque Abdel Fattah al-Sisi.

Ainsi, le bain de sang qui n’est pas un bain de sang ne peut absolument pas être considéré comme légitime – à moins d’une coterie privilégiée des Moubarakistes (la soi-disant fulool), un bouquet d’oligarques corrompus et « l’État profond» contrôlé par l’armée égyptienne.

Le gouvernement des Frères musulmans (FM) dirigé par Mohamed Morsi a peut-être été tout à fait incompétent – en essayant de réécrire la constitution égyptienne, favorisant les fondamentalistes purs et durs, et s’avilissant en courbettes devant le Fonds monétaire international. Mais il ne faut pas oublier le fait que cela a été couplé avec un sabotage permanent, tous azimuts par « l’état profond ».

Il est vrai que l’Egypte était – et reste – au bord de l’effondrement économique, le bain de sang qui n’est pas un bain de sang n’a fait que suivre le changement des signataires des chèques, le Qatar remplacé par l’Arabie Saoudite (et les Emirats arabes unis). Comme Spengler a démontré sur ce site (voir déplace de la guerre civile de l’islam en Egypte , Asia Times Online, 8 Juillet 2013), l’Egypte restera une république bananière sans les bananes et dépendante des étrangers pour tout, même pour manger. Le désastre économique ne va pas disparaître- le ressentiment cosmique des FM, non plus.

Le gagnant, en l’état, est l’axe Maison des Saoud / Israël / Pentagone. Comment ont-ils réussi ?

En cas de doute, appelez Bandar

En théorie, Washington avait gardé le contrôle  (relatif)  à la fois des FM et de l’Armée de Sisi. Ainsi, en surface c’est une situation gagnant-gagnant. Dans l’essentiel, les faucons de Washington sont pro-armée de Sisi, tandis que les «impérialistes libéraux» sont pro-FM; la couverture parfaite, parce que les FM sont islamiques, indigènes, populistes, économiquement libéraux, ils veulent travailler avec le Fonds monétaire international, et n’ont pas menacé Israël.

Les FM n’étaient pas exactement un problème, ni pour Washington ni pour Tel-Aviv, après tout alliés de l’ambitieux Qatar qui était là comme un tampon. La politique étrangère du Qatar, comme chacun sait, se résume à faire le supporter des FM partout.

Aussi Morsi a dû avoir franchi une ligne rouge assez grave. Cela pourrait avoir été son appel aux sunnites Egyptiens à se joindre au jihad contre le gouvernement Bachar al-Assad en Syrie (même si c’est officiellement en phase avec la politique de « Assad doit partir » de Barack Obama). On pourrait dire que c’est sa poussée à installer une sorte de paradis djihadiste du Sinaï jusqu’à Gaza. Le Sinaï, à toutes fins pratiques, est géré par Israël. Alors, ça pointe vers un feu vert pour le coup d’état à la fois du Pentagone et de Tel-Aviv.

Tel-Aviv est totalement à l’aise avec l’Armée de Sisi et les supporters saoudiens de la junte militaire. La seule chose qui compte pour Israël est que l’armée Sisi fera respecter les accords de Camp David. Les FM, d’un autre côté, pourraient entretenir d’autres idées dans un proche avenir.

Pour la Maison des Saoud, en revanche, cela n’a jamais été une situation gagnant-gagnant. Les FM au pouvoir en Egypte étaient un anathème. Dans ce triangle fatidique – Washington, Tel Aviv et Riyad – ce qui reste à établir c’est de savoir qui a été le plus rusé dans ce jeu de dupes.

C’est là que s’intègre l’acte de l’Incroyable Disparition du Qatar. La montée et la (soudaine) disparition du Qatar des projecteurs de la politique étrangère est strictement liée à l’absence de leadership actuel dans le cœur de ce qui s’est auto-défini comme « l’arc d’instabilité» du Pentagone. Le Qatar était, au mieux, un extra dans un blockbuster – compte tenu des dérives de yo-yo de l’administration Obama et que la Russie et la Chine ne font que jouer un jeu d’attente.

Cheikh Hamad al-Thani, l’émir qui a fini par se destituer lui-même, est clairement allé trop loin, non seulement en Syrie mais aussi en Irak ; il ne finançait pas seulement les filiales FM mais aussi les djihadistes purs et durs à travers le désert. Il n’y a pas de preuve concluante parce que personne, ni à Doha ni à Washington ne parle, mais l’émir a certainement été «invité» à se déposer lui-même. Et ce n’est pas par accident si les «rebelles» syriens ont été entièrement pris en charge par la Maison des Saoud, via Bandar Bush, alias le prince Bandar bin Sultan qui a spectaculairement refait surface.

Ainsi, les gagnants une fois de plus étaient les Saoudiens – alors que l’administration Obama calculait que les FM et la nébuleuse al-Qaïda disparaîtraient dans l’oubli en Syrie. Cela reste à voir ; il est possible que l’Egypte à partir de maintenant puisse attirer un grand nombre de djihadistes de Syrie. Encore, ils resteraient dans la région MOAN (Moyen-Orient-Afrique du Nord).

Quant à Sisi, il a été assez intelligent pour saisir le thème «terrorisme» et à titre préventif assimiler les FM avec Al-Qaeda en Egypte, ouvrant ainsi la scène pour le bain de sang qui n’est pas un bain de sang. Dans le fond on peut dire que l’administration Obama a en fait sous-traité la majeure partie de sa politique au Moyen-Orient à la Maison des Saoud.

Choisissez votre axe

Deux jours seulement avant le bain de sang qui n’est pas un bain de sang, le chef d’état-major interarmées, le général Martin Dempsey était en Israël en compagnie du général Benny Gantz, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, discutant des proverbiales « menaces qui pourraient provenir de la région – pour le monde et pour nous – et comment nous pouvons continuer à travailler ensemble pour rendre nos deux pays plus sûrs ». Il est impensable qu’ils n’aient pas discuté de la façon dont ils bénéficieraient de bain de sang qui n’est pas un bain de sang qui se prépare.

Au même moment, le ministre israélien de la Défense Moshe Yaalon annonçait pompeusement un nouvel « axe du mal », l’Iran, la Syrie et le Liban. Cela implique Téhéran, Damas et, de manière significative, Beyrouth dans son ensemble (pas seulement les chiites prédominant dans les banlieues sud). Ya’alon a explicitement dit à Dempsey : il leur est « interdit » de gagner la guerre civile en Syrie.

Considérant que la CIA elle-même a jugé que la guerre civile en Syrie était la « plus grande menace » pour la sécurité nationale américaine dans le cas où des groupes style Al-Qaïda et leurs copies prendraient le relais dans une éventuelle situation post-Assad, et qu’en même temps Washington est extrêmement réticent à arrêter « de piloter les évènement en sous-main », on peut penser qu’Israël pourrait être tenté de préparer une autre invasion du Liban. Le toujours vigilent Sheikh Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a déjà parlé de cette possibilité.

Ensuite, Dempsey est allé en Jordanie – qui abrite déjà près de 1000 soldats américains, des F-16 avec leurs équipages, et un éventail de missiles Patriot. Le discours officiel est que le Pentagone veut aider Amman avec « les techniques de contrôle des frontières », usant de ces acronymes favoris du Pentagone, ISR («intelligence, surveillance et reconnaissance»).

Ce n’est qu’un discours. Dempsey est surtout allé surveiller la progression du récent lot de missiles anti-chars, acheté par – qui d’autre – les Saoudiens et fournis par la CIA, via la Jordanie, pour (en théorie) ceux qui ont été sélectionnés comme « bons rebelles » dans le sud de la Syrie. Ces «rebelles», en passant, ont été formés par les forces spéciales américaines à l’intérieur de la Jordanie. Évidemment, Damas va préparer une Contre-attaque à cette offensive de l’axe américain / saoudien / jordanien.

Choisissez votre mal

Il ne reste pratiquement plus aucune «crédibilité américaine» au Moyen-Orient – à l’exception des entités fantoches comme la Jordanie et les élites sélectionnées dans le golfe féodal, ce royaume «démocratique» de la corruption, des mercenaires et des prolétariats importés traités comme du bétail.

Ca n’aide guère que le secrétaire d’Etat américain John Kerry ait recommandé Robert Ford, l’ancien ambassadeur américain en Syrie, comme le prochain ambassadeur américain en Egypte.

La perception est tout. Tous ceux qui ont une opinion éclairée dans le Moyen-Orient identifient immédiatement Ford comme un sinistre animateur d’escadrons de la mort. Son CV avant la Syrie – où il a légitimé les «rebelles» – est imbattable; acolyte du sinistre John Negroponte dans la promotion de l ‘«option Salvador» en Irak en 2004. « L’Option Salvador » est un code pour les escadrons de la mort parrainés par les Etats-Unis, une tactique appliquée la première fois au Salvador (par Negroponte) dans les années 1980 (provoquant au moins 75.000 morts), mais avec des origines profondes en Amérique latine à la fin des années 1960  et durant les années 1970.

Sisi va continuer à jouer son jeu en fonction de son propre plan directeur – renforcer le mythe de la narration que l’armée égyptienne défend la nation et ses institutions alors qu’elle défend ses immenses privilèges socio-économiques. Oubliez la gouvernance civile. Et oubliez toute possibilité de parti – ou mouvement – politique indépendant en Egypte.

Quant à Washington, FM ou «État profond», et même une guerre civile en Égypte – des arabes tuant des arabes, diviser pour mieux régner ad infinitum – c’est très bien, tant qu’il n’y a pas de menace pour Israël.

Avec Israël peut-être en train de ruminer une autre invasion du Liban ; le « processus de paix » de Kerry comme excuse pour plus de colonies en Palestine; Bandar Bush de retour pour pratiquer ses sombres menées ; Compromettre toute solution possible au dossier nucléaire iranien ; l’Égypte dans la guerre civile; la Syrie et l’Irak aussi en train de saigner à mort, ce qui reste est la prolifération certifiée de toutes sortes d’axes, et toutes sortes de mal.

Pepe Escobar

Traduction Avic

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-04-160813.html

L’impossible pas en arrière


Tribune libre MARSEILLE ALBATROS

3653857517La situation est sur le point d’atteindre le point de non-retour en Egypte où personne ne semble capable de faire un pas en arrière pour éviter le clash. La détermination – ou la foi pour ceux qui veulent mettre en avant l’aspect religieux – des partisans de Mohamed Morsi a été un élément totalement inattendu. C’est indéniablement le cas pour les militaires qui, tablant sur le soutien, réel, d’une partie des Egyptiens s’attendaient à ce que les Frères musulmans soient mis KO et contraints d’accepter la «place» qu’ils leur offrent. Mais l’ampleur de la contestation contre le coup de force de l’armée et sa durée a probablement surpris aussi les dirigeants des Frères musulmans.

Ces places occupées durant les dures journées du ramadhan avec constance et entêtement les ont aidés à se reprendre politiquement après la destitution de Mohamed Morsi. Ils leur ont même assuré une protection physique contre les arrestations qui ont touché de nombreux autres dirigeants. L’état-major des «Frères» reste ainsi actif dans l’espace réduit de Rabaa Al-Adawiya. Les dirigeants ont pu élargir la contestation du coup de force au-delà de leurs partisans. Mais ce succès a un revers dangereux. Les manifestants qui se rassemblent avec constance sont définitivement dans l’exigence d’un retour de Mohamed Morsi à la présidence et au rétablissement de la Constitution. C’est pour reprendre une formule algérienne «scellé et non négociable».

Les dirigeants des Frères musulmans ne semblent plus pouvoir en mesure de baisser le niveau d’une exigence devenue le leitmotiv des sit-in. Tout recul sur la question entraînerait une réaction de désabusement de la part de ceux qui se mobilisent – et meurent parfois – depuis le 3 juillet dernier. La démobilisation des manifestants serait dangereuse pour les Frères musulmans. Car, qu’ils le veuillent ou non, c’est la digue qui les protège contre la répression et qui les maintient politiquement présents. Même si cela paraît «maximaliste», les membres de l’Alliance pour la légitimité constitutionnelle ne peuvent se permettre de faire un pas en arrière sur ces exigences de rétablissement de la légalité constitutionnelle. L’effort mené par les Américains et l’Union européenne pour amener les Frères musulmans à «avaler la couleuvre» et à s’engager dans la feuille de route du général Al-Sissi s’est clairement heurté à cette conviction que tout pas en arrière serait politiquement fatal.

Le général Al-Sissi et l’armée égyptienne se trouvent exactement dans la même posture. Tout pas en arrière remettrait totalement en cause le poids politique prépondérant de l’armée dans le système égyptien. Y compris sa présence envahissante dans le secteur des affaires. L’impasse égyptienne est clairement dans cette inaptitude des deux forces dominantes du pays à faire un pas en arrière. L’espace de la négociation politique est devenu nul. Seul le rapport de forces prévaut. L’armée a les moyens d’écraser les sit-in du Caire mais en cas de carnage, le cout politique sera exorbitant. Il n’y aura pas de gagnant dans une telle partie. Il n’y aura qu’un grand perdant.

par M. Saadoune

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5186504

Egypte : une partie à trois


A funeral convoy carrying the bodies of four Islamist militants drives through Sheikh Zuweid, in the north of the Sinai peninsulaD’un côté il y a le Général Sisi avec son armée et son gouvernement de transition. De l’autre, les Frères musulmans avec leur leader, Morsi, détenu par l’armée. Les deux camps avec leurs supporters se font face, prêts à en découdre, dans une ambiance malsaine pouvant mener à des affrontements sanglants.

La situation semble tellement simple que l’on a envie de dire : que le meilleur gagne. Mais tout le monde sait que ce n’est pas si simple. On voit bien qu’il y a quelque chose de plus dans l’équation égyptienne et personne ne peut mettre des mots sur cette chose. Outre les mots tabous de ‘’coup d’état’’ que l’on évite soigneusement dans certaines chancelleries et qui tendent à brouiller les évènements, on constate des faits, qui surviennent ici et là, qui viennent complétement démentir la présentation que l’on essaie de donner de ce qui se passe en Egypte.

Les snipers tout d’abord. Leur présence est récurrente tout au long des évènements depuis le début des manifestations populaires. Le problème saillant, c’est que ces snipers ne semblent appartenir à aucun des deux camps. Qui sont-ils ?

Le deuxième hic, aussi troublant, sinon plus, est en rapport avec les ‘’islamistes’’ du Sinaï, dont l’armée égyptienne (ou était-ce l’armée israélienne ?) a tué 4 membres ce week-end. Qui sont-ils ? D’islamistes à frères musulmans, tous les médias ont fait la transition sans précaution, car un long travail a été, et est encore, fait pour les assimiler. Malgré les dénégations des frères musulmans quant à leur présence dans le Sinaï, les médias préfèrent en rester à leur idée première.

Petit rappel. Tout de suite après la première révolution qui a vu tomber Moubarak, il y avait eu une attaque de ces combattants contre des gardes-frontière égyptiens. A l’époque, malgré les morts uniquement égyptiens, Israël s’était ‘’approprié’’ la destination de cette attaque. Malgré des raids de l’armée égyptienne sur le Sinaï, y compris au temps de Morsi, ces groupes ont toujours continué à sillonner la zone. Personne ne parlait alors de frères musulmans.

Ces groupes sous la désignation fourre-tout d’islamistes agissent tant sous la gouvernance des frères musulmans que sous la gouvernance transitoire des militaires. Encore une fois Qui sont-ils ? Se réveillant opportunément au moment où l’Egypte en a le moins besoin, cette troisième force semble n’être là que pour pousser l’armée à enclencher la répression.

Il faudra bien un jour chercher à identifier ces bandits et ceux qui les arment. Pour cela il faudra d’abord sortir du politiquement correct en cessant de les appeler ‘’islamistes’’ qui ne sert qu’à brouiller les cartes.

Avic

La démocratie militaire


Tribune libre MARSEILLEALBATROS

Général SisiLes Etats-Unis étaient dans une fausse ambiguïté sur la situation en Egypte et le secrétaire d’Etat américain l’a levée au Pakistan en déclarant que l’armée est intervenue pour rétablir la démocratie. Le propos suscite la controverse aux Etats-Unis mêmes où certains remarquent que John Kerry a choisi de faire sa déclaration dans un pays où, au nom de leurs intérêts, les Américains se sont accommodés, voire ont soutenu les intrusions de l’armée en politique.

Bien entendu, John Kerry a pris soin de dire que les violences subies par les manifestants sont «inacceptables» et que cela «n’est pas rétablir la démocratie». Mais c’est une exception de forme à un soutien de fond qui n’a rien de surprenant. Même si les Américains avaient des lignes de contact avec les Frères musulmans, l’armée égyptienne est l’allié stratégique par excellence, celui qui veille à ce que l’ordre géopolitique ne soit pas perturbé. Et à ce que Camp David soit respecté. Les Israéliens, eux, ont demandé publiquement et sans doute par des voies plus informelles à ce que les Américains ne la jouent pas trop «principe». Et au fond, ils ne la jouaient pas. En s’abstenant de parler de «coup d’Etat», ils ont choisi les militaires contre la démocratie.

Les médias qui parlent d’embarras américain se trompent clairement. Israël le sait, toute démocratisation dans un pays comme l’Egypte aboutira inéluctablement à une remise en question de Camp David et à un rapport très différent aux Palestiniens. Quand l’armée égyptienne intervient et reprend le peu de pouvoir qu’elle avait concédé, c’est Camp David qui est encore plus protégé. Quant aux Palestiniens, il suffit, pour ceux qui ont le cœur à ça, de se brancher les «télés mille collines» d’Egypte pour prendre la mesure de la campagne haineuse et raciste qui est menée contre eux. Quand un processus démocratique échoue – et en Egypte il ne peut être question de démocratie quand une moitié d’Egyptiens est traitée déjà en «terroriste -, Israël, la «prétendue seule démocratie au Proche-Orient», est tranquille. Et ce n’est pas exagéré de reproduire la fameuse formule «ce qui est bon pour General Motors est bon pour les Etats-Unis» en disant que pour l’establishment de Washington, «ce qui est bon pour Israël est bon pour les Etats-Unis».

Washington en soutenant la démocratie du général Sissi a cependant pris la précaution de faire savoir que le droit de manifester doit être respecté. Ce n’est pas tout à fait inutile au moment où le pouvoir égyptien a des velléités d’en découdre en désignant les espaces où les pro-Morsi organisent leur sit-in de «menaces à la sécurité nationale». Mais il faut en convenir, John Kerry n’a fait que confirmer un choix d’intérêt qui a été déjà fait par l’administration américaine. Il n’y avait aucun embarras, il y avait juste une gestion de la communication à faire. Désormais avec les déclarations de John Kerry on n’est plus dans le faux-semblant. L’intérêt prime. Washington devra cependant s’en souvenir : elle n’a pas, une fois de plus, de leçon de démocratie à donner. Même si du haut de sa surpuissance Washington pense qu’elle peut faire passer au monde entier l’idée biscornue qu’il suffit d’être l’ami des Américains pour bénéficier du label de démocratie. Sissi l’est, Sissi est donc démocrate. C’est court et c’est américain.

par M. Saadoune

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5186217

Et ça repart !


Tribune libre Chérif Abdedaïm

printemps-arabe_1Fin 2011, les forces maléfiques s’enorgueillirent en miroitant le mirage « révolutionnaires » aux pauvres populaces et en les félicitant d’avoir mené de véritables « révolutions » en Tunisie, en Egypte et en Libye. Mais voilà, la réalité qui revient au galop avec un vrai revers des pseudo-révolutions arabes.

Les marionnettes mises en place par les Occidentaux n’ont pas su mener les missions qui leur ont été imparties, les revendications auxquelles aspiraient les populations n’ont pas été satisfaites et bien entendu, on retourne à la case de départ avec cette fois-ci , le coup de starter égyptien et le « coup d’Etat » qui a mis à l’écart le leader des frères musulmans Mohamed Morsi.

Et c’est donc le coup d’envoi d’une guerre civile aux lendemains incertains.

Ces derniers jours, l’Egypte traverse une profonde crise politique. Le président Mohamed Morsi a été écarté du pouvoir le 3 juillet par l’armée après des manifestations de grande ampleur réclamant son départ. Il a été placé en résidence surveillée dans un site militaire sans aucune décision judiciaire. Le parquet général du pays examine plusieurs plaintes de particuliers contre Mohammed Morsi pour « espionnage », « incitation au meurtre de manifestants » et « mauvaise gestion économique ».

Chaque jour qui passe nous amène donc son lot macabre. Ainsi, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, au cours des affrontements opposant les manifestants aux policiers égyptiens sur la place Rabia al-Adawiya du Caire on a dénombré environ 120 morts et près de 4.500 blessés, a annoncé le site internet des Frères musulmans se référant au médecin en chef de l’hôpital déployé sur place.
Le mouvement islamiste a qualifié de massacre les événements de la place Rabia al-Adawiya, lieu de rassemblement permanent des partisans du président déchu Mohamed Morsi. Selon les Frères musulmans, les réseaux Internet et de téléphonie étaient coupés dans les quartiers attenants à la place de Rabia al-Adawiya, il était impossible d’appeler les secours.
Aussi, des manifestations importantes d’adversaires et partisans du président déchu Mohamed Morsi se sont tenues vendredi dans plusieurs villes égyptiennes. Selon les militaires, près de 35 millions de personnes sont descendues dans la rue. Des affrontements ont éclaté tard dans la nuit. Des combats de rue les plus acharnés ont opposé manifestants et policiers à Alexandrie et au Caire.
Le ministère égyptien de l’Intérieur affirme n’avoir utilisé que des gaz lacrymogènes et rejette la responsabilité de l’emploi des armes à feu sur des civils.

En Tunisie, après l’assassinat de l’opposant Mohamed brahmi, le pays renoue avec une violence allant crescendo. Dans la capitale de la Tunisie, une voiture piégée a explosé près d’un poste de police samedi dernier. Selon la police, l’explosion n’a pas fait des victimes, en endommageant plusieurs voitures et brisant les vitres des maisons avoisinantes. L’explosion s’est produite plusieurs heures avant les funérailles du chef de l’opposition Mohamed Brahmi, qui a été tué jeudi dernier.
Les autorités ont déclaré qu’Al -Qaïda est responsable de sa mort. Ah, l’éternelle Al Qaïda !
Aussi, dans la ville de Gafsa, l’un des participants à des actions anti-gouvernementales a été tué, en devenant ainsi la première victime des émeutes, qui ont commencé après le meurtre du député de l’opposition, Mohamed Brahmi.
Mohamed Mufli (45 ans) a péri lorsque la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. La cause de la mort de l’homme n’est pas déclarée.

En Libye, des milliers de personnes sont descendues dans les rues des plus grandes villes de Libye samedi dernier pour dénoncer la responsabilité des forces politiques du pays dans le chaos et persistant dans le pays et la situation de la criminalité en nette progression.
Ces manifestations ont éclaté après le meurtre de l’avocat Abdulsalam al-Mismarin vendredi dernier. Ce dernier était pourtant parmi les premiers opposant à Kadhafi. Ce dernier à été assassiné à la sortie de la prière du vendredi. Ses assassins lui ont placé deux balles dont l’une en plein cœur.
Et la raison ? Selon toute vraisemblance, il a payé le prix de son opposition aux frères musulmans qui, selon lui, ne devraient pas faire partie du CNT. Cet acte a incité des centaines de manifestants à Benghazi, à réclamer la démission du nouveau pouvoir, l’accusant de fricoter avec les islamistes. A Benghazi, les manifestants ont brûlé le siège des Frères musulmans, à savoir le Parti de la justice et de la construction (JCP), deuxième parti avec le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée législative de la Libye. La foule a également saccagé le siège de l’Alliance nationale des forces libérales (NFA), le plus grand parti à l’Assemblée législative.
A Tripoli, un grand rassemblement a eu lieu à la Place Verte, que les renégats nomment désormais « place des martyrs ». L’Occident a détruit la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste en connaissance de cause, hélas, avec l’aval de ses propres enfants, qui en payent le prix aujourd’hui…Ils disaient vouloir la liberté, la justice et la démocratie. Ils ont hérité de la haine, la mort et la pauvreté. Leurs « sauveurs » d’hier, pompent toujours le pétrole et le gaz…

Dans cette atmosphère signalons également qu’à Benghazi, les habitants se sont barricadés chez eux. Les gardiens de prison sont tétanisés. Une foule nombreuse, après avoir détruit le siège des Frères musulmans, a pris d’assaut la prison de Koyfiya où, elle a libéré plus de 1000 prisonniers. Ce qui va jeter davantage de l’huile sur le feu.

C’est cela la « révolution » !

Article publié sur la Nouvelle République

Comme au Bahreïn – Bientôt l’armée saoudienne sur les rives du Nil ?


arabieSisi peine à la tâche. Sisi patauge. Il n’arrive pas à suivre exactement les lignes qui lui ont été tracées tant elles sont mouvantes. Les alliés d’hier, l’Arabie Saoudite et l’Occident n’ont plus tout à fait le même discours. Les impératifs auxquels ils sont soumis ne sont pas les mêmes. L’Arabie Saoudite est pressée, alors que l’Occident doit composer avec ses parlements et ses opinions, pour la forme. Ryad s’en fout que l’on sache que c’est un coup d’état qui a renversé Morsi, alors que  les occidentaux doivent faire des contorsions et ruser avec ça.

Et puis il y a les deux autres acteurs qui, eux n’entendent pas du tout suivre les lignes prescrites. Les frères musulmans d’abord. Pas question pour eux d’accepter la situation telle qu’on veut la leur imposer. Ils sont décidés à résister et à faire revenir leur leader. Ensuite il y a le ou les acteurs inconnus qui cherchent à attiser le feu par tous les moyens y compris par des assassinats aveugles de part et d’autre par snipers interposés.

Une situation embrouillée dont se serait passé le général Sisi. L’Arabie Saoudite aurait bien aimé qu’il en finisse avec cette histoire qui était censée être réglée depuis longtemps. Elle n’avait pas prévu une telle résistance et une telle hargne de la part des Frères musulmans. Plus le temps passe, plus la résistance se durcit et risque de se structurer. Les prolongations ne peuvent que faire perdre tous les bénéfices du ‘’fait accompli’’ et installer une situation où tout est à faire ou refaire. Dès lors, on peut comprendre l’affolement de Riyad qui semble être, de manière de plus en plus évidente, un des promoteurs du coup d’état égyptien qui, dans sa première phase, s’est déroulé promptement, comme prévu, avec des réactions internationales encore globalement propices.

Le roi Abdallah joue gros. Pour lui, Sisi doit réussir coûte que coûte. Un échec signifierait le retour des Frères musulmans qui lui feront payer cher ses manigances actuelles et passées. Les prudences langagières à usage interne de ses alliés ne facilitent pas les choses. Il semble même que certains pourraient souhaiter ce retour.

Pour sortir de l’impasse, les solutions ne sont pas nombreuses. Il faut pousser Sisi, encore et encore à rétablir la situation, quitte à lui faire faire quelques petits massacres. L’Arabie Saoudite n’a jamais été avare pour financer ce genre d’opérations. La Syrie en sait quelque chose. Ce ne seront donc pas les moyens qui manqueront. Ni les motivations. Du côté égyptien, les premiers morts ont rendu les choses irréversibles. Les nouvelles autorités égyptiennes ne peuvent plus reculer sachant qu’ils auront désormais à répondre du sang déjà versé.

Et si les pressions et les pétrodollars de la répression n’y suffisaient pas, que pourrait bien envisager l’Arabie Saoudite ? Renforcer les forces de répression par des mercenaires ? Les mercenaires, les saoudiens connaissent, mais il y a risque de guerre civile au bout. Faire comme ils avaient fait au Bahreïn, envoyer des forces de répression ? Le Bahreïn n’est pas l’Egypte et le regard porté sur les deux pays par la communauté internationale n’est pas du tout le même. Mais vu l’évolution de la situation, il est certain que cette option, sous une forme ou une autre, a dû effleurer certains esprits.

Mercenaires ou soldats saoudiens, tous aidés par les snipers histoire d’entretenir la flamme de la discorde, les eaux du Nil risquent de changer de couleur dans les jours prochains.

Avic

Qui fomente la guerre civile en Egypte ?


714632-soldats-egyptiens-pris-position-caireLe massacre de plus de 50 personnes lors d’une manifestation, lundi, en faveur du président égyptien évincé, Morsi, au Caire a beaucoup choqué, à juste titre, tant en Egypte qu’ à l’étranger. Les éléments pro-Morsi en ont porté la responsabilité sur les forces militaires, tandis que les militaires affirmaient qu’ils avaient été attaqués avec des balles réelles. Alors que les accusations étaient lancées de part et d’autre, un nouvel aspect de cette histoire était en train d’émerger- la présence d’une troisième force, à savoir les tireurs d’élite postés sur les toits tirant sur les deux côtés du conflit. Cette révélation soulève de sérieuses questions quant à la véritable nature du conflit en Egypte et les similitudes troublantes entre ces incidents avec d’autres semblables en Syrie, en Thaïlande et ailleurs.

Le massacre du Caire

Alors que des milliers de personnes sont rassemblées près du siège de la Garde Républicaine où beaucoup croient que l’armée égyptienne détient l’ancien président Morsi, des violences ont éclaté, tuant au moins 51 personnes et en blessant des centaines. L’incident sanglant a marqué une transition claire d’un conflit purement politique à une éventuelle guerre civile.

Selon des responsables militaires, des « terroristes » pro-Morsi ont tenté de prendre d’assaut le bâtiment, provoquant ainsi une réaction violente de la part des forces militaires pour se défendre. Le colonel Ahmad Mohammad Ali, un porte-parole de l’armée égyptienne a affirmé que le personnel de police a été attaqué alors qu’il tentait de sécuriser la zone. Il a noté que, «Ils étaient sur ​​le toit des bâtiments … ils ont tantôt tiré, tantôt lancé des objets … ils tiraient à balles réelles et les militaires ont dû se défendre. » les commentaires du colonel Ali ont été repris par la plupart des grands médias en Egypte qui sont largement contrôlées par les forces favorables à l’armée et l’ancien régime de Moubarak. Cependant, les Frères musulmans et d’autres forces pro-Morsi brossent un tableau très différent.

Une déclaration sur le site web du parti Liberté et Justice des Frères musulmans accuse naturellement les forces militaires égyptiennes de tuer délibérément ceux qu’il décrit comme «manifestants pacifiques qui rejettent le coup d’Etat militaire et demandent la réintégration de leur président élu Mohamed Morsi. » Du point de vue des islamistes, le massacre, ainsi que le coup d’état lui-même, étaient une attaque directe non seulement contre les Frères musulmans, mais contre la démocratie elle-même. En outre, les meurtres semblent avoir créé un précédent, instituant que les éléments islamistes n’ont aucun recours en Égypte autre que la violence.

Malgré les différences entre ces factions opposées, il y a un dénominateur commun entre eux – les deux s’accusent mutuellement d’incitation à la violence qui pourrait conduire à une déstabilisation totale du pays. Toutefois, ici, il est essentiel de noter que la plupart des meurtres de lundi a été le fait de snipers inconnus postés sur les toits, comme le montre cette vidéo.

Bien que les tireurs d’élite semblent être vêtus d’uniformes militaires, leur véritable identité demeure incertaine. Parce qu’il est impossible de vérifier exactement qui étaient les tireurs d’élite, et pour qui ils travaillent, il est essentiel de plutôt examiner leurs possibles motivations ou l’absence de celles-ci.

L’armée a affirmé à plusieurs reprises qu’ils avaient été attaqués et que la réponse était purement défensive. Toutefois, cela ne peut vraiment expliquer la présence de snipers sur les toits, qui n’est pas une simple attitude défensive. A l’inverse, l’accusation portée par les Frères musulmans et leurs partisans selon laquelle les tireurs d’élite ne pouvaient être que de l’armée égyptienne, ne semble pas compatible avec les circonstances politiques, ni les faits sur le terrain.

Tout d’abord, il convient de noter que l’armée n’a rien à gagner et tout à perdre à utiliser une telle tactique. Ayant pris le pouvoir dans ce qui ne peut qu’être considéré comme l’un des plus ‘’populaires coups d’état » (l’expression n’est pas de moi) dans l’histoire moderne, ils avaient déjà la majorité du pays et l’opinion mondiale de leur côté. Il n’y a eu aucune condamnation dans le monde de leurs actions, au contraire, les gouvernements semblaient unanimes pour «regarder vers l’avant» et «appeler à la stabilité », simple langage codé pour le soutien tacite. Ainsi, avec le monde qui regarde l’Egypte, scrutant attentivement chaque mouvement des militaires et de l’opposition laïque, quels intérêts pourraient-ils bien avoir de semer un tel chaos? Naturellement, ils n’ont rien à y gagner. En plus de cela, la notion que les snipers militaires égyptiens tireraient sur leurs camarades est un peu trop tirée par les cheveux, pour dire le moins.

Deuxièmement, les Frères musulmans et leurs partisans ont certainement compris l’impossibilité de combattre l’armée dans les rues. Quelle que soit la nature des armes qu’ils prétendent avoir (bouteilles, pierres, armes légères) ce n’est certainement pas assez pour avoir un impact significatif sur l’armée. L’idée que ces manifestants ont tenté de «prendre d’assaut» le siège de la Garde républicaine semble risible. Bien que la foule soit principalement composée de fervents partisans du président déchu Morsi, c’était toujours des égyptiens ordinaires, et non des militants salafistes ou une formation de ce genre.

Il semblerait donc qu’aucun des côtés n’en tire vraiment de bénéfices ou n’ait la capacité de faire ce dont l’accuse la partie adverse. Cela devrait alors soulever la question la plus cruciale de toutes … si les snipers n’appartiennent à aucun des deux camps, alors qui sont-ils exactement ? Il semblerait que la seule conclusion logique serait que les tireurs d’élite étaient de quelque tierce partie encore inconnue dont l’intérêt n’était pas de prendre parti, mais de veiller à ce que les affrontements et les meurtres violents s’installent afin d’attiser les tensions et fomenter la guerre civile. Les observateurs avisés noteront que nous avons déjà vu ce scénario, plus récemment en Syrie.

Les précédents syrien et thaïlandais

Lors du déclenchement de la violence en Syrie en 2011, beaucoup se demandaient comment la situation sur le terrain a dégénéré si rapidement. Il semblerait, selon les rapports des médias occidentaux traditionnels, que les agents des forces de sécurité syriennes étaient tout simplement devenus fous et avaient commencé à tuer des manifestants pacifiques au hasard. Cependant, ce qui est devenu clair en quelques jours, c’est le fait que des snipers inconnus postés sur les toits dans des villes comme Deraa et Hama étaient en effet les principaux coupables. Comme on le voit dans ces vidéos ainsi que dans d’innombrables articles, la présence de tireurs embusqués sur les toits dans toute la Syrie est indéniable. Naturellement, des allégations ont été immédiatement faites pour dire  que les tireurs d’élite étaient tout simplement des forces militaires d’Assad. Or il se fait qu’aucune preuve n’a jamais été produite qui montre que les snipers initiaux étaient bien des soldats gouvernementaux.

Fait intéressant, la mission des observateurs de la Ligue arabe, elle-même ouvertement hostile au régime Assad, a noté dans son rapport de début 2012 que bon nombre des atrocités, y compris les tirs de snipers, pourrait être, de fait, attribué à des tiers, une force inconnue à l’intérieur du pays. Comme le rapport le note:

La mission a déterminé qu’il y a une entité armée qui n’est pas mentionnée dans le protocole. Ce développement sur le terrain peut sans doute être attribué à l’utilisation excessive de la force par les forces gouvernementales syriennes en réponse aux protestations qui ont eu lieu, avant le déploiement de la mission, demandant la chute du régime. Dans certaines zones, cette entité armée a réagi en attaquant les forces de sécurité syriennes et les citoyens, poussant le gouvernement à répondre à de nouvelles violences.

Le rapport confirme ce que de nombreux témoins ont dit, à savoir qu’une partie de la violence qui a éclaté au début du conflit en Syrie est imputable à cette «troisième force» qui regorge de tireurs d’élite bien entrainés et bien équipés. On pouvait s’y attendre, le rapport tente de tourner la violence de la «troisième force» comme étant purement en réponse à l’armée syrienne, mais ne fournit aucune preuve autre qu’une affirmation générique que «sans doute [la violence] doit être attribuée à l’utilisation excessive de la force par les forces gouvernementales « . Essentiellement donc, il doit être clair qu’il y avait un élément à l’intérieur de la Syrie au cours des premiers stades du conflit qui a utilisé des snipers et d’autres formes de violence et de terreur pour pousser l’opposition et le gouvernement dans une guerre à grande échelle. Il semble que cela ait bien réussi.

La Syrie n’est certainement pas le seul pays qui a connu ce genre de phénomène. En 2010, la violence a éclaté entre le gouvernement de la Thaïlande et les Chemises Rouges, partisans de l’ancien Premier ministre pro-américain Thaksin Shinawatra. Tout comme en Syrie, de mystérieux hommes armés équipés de fusils de précision, de mitrailleuses et des grenade sont apparus dans les rangs des chemises rouges et ont commencé à attaquer les troupes thaïlandaises, tuant un colonel de premier plan et six autres soldats. La tentative « d’investir » une installation militaire par les manifestants était clairement une couverture cyniquement orchestrée pour fomenter le chaos et une possible déstabilisation du pays avec l’intention d’installer le chéri de Washington, Shinawatra. Ici encore, nous voyons que les snipers et les autres, des combattants inconnus armés ont été au centre de l’incident.

Ce qui s’est passé en Thaïlande n’était pas un simple accident. Il a fallu une coordination et une planification, un financement et un soutien matériel. Cela indique que, contrairement au récit fantastique des médias dominants, ce n’était en aucun cas une simple protestation politique et ne doit pas être traitée comme telle. Au contraire, comme en Syrie, nous voyons clairement jusqu’où certains éléments sont prêts à aller pour atteindre leurs objectifs politiques.

Les détails du massacre en Egypte sont encore à venir, donc il est impossible de dire avec certitude ce qui s’est passé. Cependant, à en juger par les expériences antérieures en Syrie et en Thaïlande, on devrait avoir des réserves vis-à-vis de la narration vendue au public. Qui sont exactement ces tireurs d’élite au Caire? Qui a donné l’ordre de tirer sur les manifestants pro-Morsi et les forces militaires? Les réponses à ces questions et d’autres doivent émerger avec le temps. Heureusement, il y a encore une Egypte unie et pacifique.

Eric Draitser est le fondateur de StopImperialism.com . Il est analyste géopolitique indépendante basée à New York. Vous pouvez le joindre à ericdraitser@gmail.com.

Traduction : Avic

Source : http://stopimperialism.org/articles/fomenting-civil-war-in-egypt/

Voir aussi : Egypte : Et si le but était de créer une guerre civile ?

Le loup a réussi à entrer dans la bergerie


Msc_2009-Friday,_16.00_-_19.00_Uhr-Dett_006_ElBaradeiLa première marche vers la présidence de l’Egypte vient d’être franchie. Mohamed ElBaradei, à l’affût depuis la première révolution égyptienne, vient enfin de franchir la première étape, non sans mal. Il vient d’être nommé vice-président par le nouveau président égyptien par intérim Adli Mansour.

Ce n’est certes pas le poste que briguait ElBaradei, mais c’est mieux que rien, surtout si, en plus de ce poste qui a dû être spécialement créé juste pour lui faire une petite place, il occupe aussi le poste clé de ministre des affaires étrangères. C’est énorme. Malgré les vents contraires, son équipe, grâce au puissant lobbying dont elle dispose, a fait du bon travail.

En effet, aussitôt après le coup-d’état-non-coup-d’état égyptien, tout son staff s’est mis à l’œuvre, remuant ciel et terre – en terre étrangère bien sûr, puisque tout ce qui se passera en Egypte pour les jours prochains se décidera désormais en terre étrangère – pour placer enfin leur héros, l’homme fort du Front de salut national (FSN) à la tête du pays. Mais voilà, les autres partis n’en veulent pas de ElBaradei. Ni le parti salafiste Al-Nour, ni  le Parti Liberté et Justice (PLJ) et apparemment, pas même les égyptiens ne veulent de l’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), tout prix Nobel de la Paix qu’il soit.

Mais ElBaradei est un pion essentiel dans l’échiquier pour les Etats-Unis et Israël. C’est le pion idéal. Malgré ses allégeances actuelles, il passe pour un ‘’résistant’’ qui a su, par le passé, tenir tête à l’empire. Et puis, rien de tel qu’un Prix Nobel pour tenir lieu de blanc-seing.

M. ElBaradei aurait voulu être président par intérim, tremplin idéal pour se succéder à lui-même quand des ‘’élections’’ surviendront. L’impatience, due peut-être à l’âge (car les années passent vite), le poussait à forcer le destin. Mais voilà qu’il est obligé de procéder par étape. Le fait même qu’il ait réussi cette première étape montre que la machine est en route et qu’elle ne s’arrêtera pas en si bon chemin.  Il est dans la place, et pour longtemps, car les puissances sur lesquels il s’appuie sont, justement de vraies puissances, à l’intérieur-même du système.

Et c’est bien ça qui est inquiétant. Si ces puissances (Maison Blanche, AIPAC, quelques groupes du Congrès et du Sénat américain) arrivent à placer leur homme, c’est que l’Egypte n’a de ‘’pays arabe’’ que sa position géographique.  Cela voudrait dire que l’Egypte de Gamal Abdel Nasser n’est plus et qu’elle n’est plus que l’escorteur du porte-avions Israël. Les égyptiens pourront faire toutes les révolutions qu’ils voudront, ce ne seront, même si elles étaient réelles,  que des ‘’occupy’’ vite canalisées et récupérées.

Pauvre Egypte. Qu’ils soient laïcs, salafistes ou frères musulmans, ils sont tous récupérables et déjà récupérés.  Comme partout, finalement, où le monde politique n’est qu’un jeu de rôle.  A chaque changement il y a une sorte de casting où chaque candidat doit montrer ses capacités à remplir les conditions du rôle pour être éligible. Habituellement on se vent à celui qui met le meilleur prix ; ici c’est l’acheteur qui achète au plus offrant. Quand on n’a pas grand-chose à offrir, comme c’est le cas pour l’Egypte, il ne reste plus qu’à se vendre soi-même et son pays avec.

Avic

Le Sultan de Turquie déplore la chute du pharaon


Par MK Bhadrakumar
Turkey's PM and leader of ruling AKP Erdogan and Egypt's President Mursi greet the audience during the AKP congress in AnkaraLe coup d’Etat militaire en Egypte a exposé au grand jour le double langage sans scrupules des  Etats arabes sunnites du Golfe persique, de l’Union européenne et des États-Unis.

Le seul pays qui a pris une bonne position claire dès le départ est la Turquie, ce qui laisse présager de nouvelles lignes de fracture dans la politique du Moyen-Orient.

Les oligarchies autocratiques du Golfe Persique se sont précipitées pour célébrer le renversement du gouvernement élu sous Mohamed Morsi par l’armée égyptienne. De l’Arabie saoudite Le roi Abdallah a dépêché son câble de félicitations au Caire dans les heures qui ont suivi l’annonce de l’éviction de Morsi.

Le sentiment de jubilation est palpable que les Frères musulmans, fer de lance de l’agitation populaires contre les régimes du golfe Persique, ont perdu le pouvoir en Egypte. Pour une fois, la politique réelle l’emporte, dépassant la présentation selon laquelle le conflit sectaire sunnite-chiite constitue le problème numéro un du Moyen-Orient aujourd’hui.

En ce qui concerne le les dirigeants européens et américains, ils ont peur d’appeler le coup par son vrai nom, parce que, sinon,  leurs propres lois pourraient les empêcher de garder des relations normales avec chef de l’armée, le général égyptien Abdel-Fattah El-Sissi.

Traiter avec le régime de Sissi au Caire est une nécessité absolue pour la stratégie régionale des Etats-Unis parce que la sécurité d’Israël est impliquée. En menaçant de «suspendre» l’aide militaire, l’administration Obama espère garder Sissi en laisse serrée.

La boussole d’Erdogan

Ainsi, il a été laissé à la Turquie d’appeler un chat un chat. Juste au moment où le dirigeant turc Recep Tayyip Erdogan faisait l’objet de critiques occidentales pour ses tendances autocratiques, il prend la parole à la tribune pour défendre la cause de la démocratie libérale en Egypte.

Les déclarations d’Ankara ont été une condamnation sans appel du coup d’Etat en Egypte. Le Ministre des Affaires étrangères Ahmed Davutoglu a dit,

 »Un leader qui est venu [au pouvoir], avec le soutien du peuple ne peut être enlevé que par les élections. Il est inacceptable que des dirigeants démocratiquement élus, pour quelque raison que ce soit, soient renversés par des moyens illégaux, même un coup d’état … La Turquie se tiendra aux côtés du peuple égyptien. »

L’un des vice-présidents et le porte-parole du parti de la justice et du développement [AKP] Huseyin Celik a dit sans ambages:

 »Je maudis le sale coup d’état en Egypte. J’espère que les larges masses qui ont porté Morsi au pouvoir, vont défendre leurs votes … il faut saluer l’attitude inflexible de Morsi. Le sang sera versé s’il y a des affrontements entre les supporters de Morsi d’un côté et les militaires et les anti-Morsi de l’autre … Pourtant, nous ne disons pas que Morsi et ses partisans doivent simplement avaler ce coup d’état. »

Erdogan lui-même a pris un peu de hauteur pour ridiculiser le double standard de l’Union européenne. Il a demandé,

 »N’est-ce pas l’Occident qui se place toujours du côté de la démocratie et fait des efforts pour mettre en œuvre la démocratie dans les pays? Ceci est un test sur la sincérité de l’Occident et il a encore raté ce test. Il n’’existe pas de «coup d’État démocratique». L’Union européenne a une fois de plus bafoué ses propres valeurs en n’appelant pas le coup d’état de l’armée, un coup d’état … Morsi a fait des erreurs, il peut faire des erreurs. Y a-t-il quelqu’un qui n’a pas fait une erreur? »

Sans aucun doute, c’est le moment le plus subtile de  M. Erdogan sur la scène politique du Moyen-Orient musulman. Pourtant, en politicien doué, pourquoi fait-il cela? Quels sont ses calculs?

Sans doute, Erdogan espère redorer son image et sa réputation de démocrate, qui a été ternie ces derniers temps suite à la manière dont le gouvernement a géré les protestations populaires en Turquie. Il expose le fait que ses détracteurs occidentaux sont des hommes creux.

Deuxièmement, il réaffirme sur un plan idéologique que la démocratie et l’islam sont compatibles. Cela a une résonance dans la vie politique turque. Troisièmement, Morsi a été un proche ami et un allié de M. Erdogan.

Dans le même temps, M. Erdogan a lancé une vigoureuse campagne diplomatique pour « annuler » le coup d’état de l’Egypte. La suggestion d’Ankara est qu’il n’y a pas besoin d’un gouvernement intérimaire et que des élections immédiates devraient être tenues.

Malheureusement, comme l’a rapporté le journal Hurriyet, la Turquie s’est retrouvée seule et sa «profonde déception est venue de ses alliés arabes de premier plan, à savoir l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, qui ont été les premiers à féliciter le nouveau leadership de la transition et l’armée qui a mené le coup d’état.  »

Néanmoins, Erdogan va persister dans sa campagne. Il sait qu’il va ‘attacher la sympathie pan-islamiste au Moyen-Orient et, dans le processus, va également consolider sa base politique en Turquie au cours de l’année électorale cruciale qui se profile. Erdogan veut se placer bien au-dessus de ceux, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Turquie, lui prêchent les vertus de la démocratie.

L’évaluation turque, c’est que le coup d’état est à la croisée des chemins  et que ce n’est qu’une question de temps avant que l’opinion publique égyptienne ne commence à militer contre la junte, ce qui rend le retour des Frères Musulmans presque inévitable.

La détermination du sultan

Tissée dans tout cela, c’est la dimension critique à l’égard de la politique en Turquie, qui a été dans un état d’effervescence et s’apprête à emménager dans des eaux inexplorées dans les prochains mois, alors que le pays se dirige vers une transition politique très sensible l’année prochaine qui aura une incidence énorme pour l’avenir de l’AKP et, bien sûr, sur la propre carrière politique tumultueuse de M. Erdogan.

Les protestations en Turquie menacent de se transformer en une confrontation entre les «laïcs» et les islamistes et il y a aussi l’omniprésence de l’armée qui prétend être le garde prétorienne de l’Etat.

Erdogan reste le maître de sa maison, mais les mauvaises herbes croissent sous ses pieds. Le fossé entre lui et le président Abdullah Gul, qui nourrit des ambitions de rester pour un second mandat en tant que président, s’élargit et il y a des rumeurs que Gul travaille sur un réalignement politique qui divise l’AKP et crée une large coalition anti-Erdogan.

En effet, Gul a pris une position très différente de Erdogan à propos des protestations en Turquie, se distinguant comme un homme modéré et raisonnable prêts à tolérer la dissidence. Ses remarques sur le coup d’Etat en Egypte font écho à Obama et l’UE.

Qu’il suffise de dire, du point de vue de l’un des protagonistes externes qui pourraient être impliqués dans le «changement de régime» en Egypte directement ou indirectement – Etats-Unis, Israël, l’UE et l’Arabie saoudite, principalement – Gul fait une figure beaucoup plus agréable aujourd’hui comme le capitaine du navire turc.

Mais Erdogan, d’un autre côté, ne se pliera pas comme Beckam. Son surnom en tant que milieu de terrain était «Imam Beckenbauer» – une allusion à la star du football allemand Franz Beckenbauer. Et aujourd’hui, il est aussi le sultan. Par-dessus tout, il pourrait tout aussi bien presque appeler bluff le coup d’Etat égyptien.

Sans aucun doute, la déclaration retentissante en Iran lundi condamnant l’armée égyptienne et dénonçant l’implication occidentale et israélienne dans le coup d’État renforce la position d’Erdogan. Alors qu’il semblait être un militant solitaire jusqu’ici, la décision de Téhéran de se joindre à Erdogan change la donne.

Les deux principales puissances régionales du Moyen-Orient ont ouvertement défié la junte militaire en Egypte. Cela aura un impact profond sur la soi-disant rue arabe. Il sera difficile de résister à une plate-forme turco-iranien, en termes géopolitiques, pour les amateurs de coups d’état arabes – l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, principalement.

Pour Israël aussi, le sentiment de jubilation peut s’avérer de courte durée. Le meilleur espoir d’Israël est que le coup d’Etat en Egypte divise les musulmans du Moyen-Orient, mais selon toute vraisemblance, ironiquement, il pourrait finir par unifier les forces de l’islamisme dans la région.

Ainsi, le lundi, encore une fois, l’ampleur alarmante de la violence déchaînée par l’armée sur la Fraternité a incité le Parti Nusra, le parti salafiste soutenu par l’Arabie saoudite, à se distancier du gouvernement intérimaire.

C’est la première fissure majeure à apparaître dans la phalange d’éléments disparates qui composent le putsch anti-Morsi.

De manière significative, le chef libéral très respecté Mohamed ElBaradei, qui représente le Tamarod (le mouvement rebelle qui a mené les manifestations sur la place Tahrir) a également appelé à une « enquête indépendante » pour se pencher sur la violence. Il a peut-être sonné une voix dissidente.

La junte militaire n’a pas été en mesure de concocter un gouvernement provisoire crédible à ce jour. En plus de tout cela, les Frères Musulmans affichent un tel cran pour résister à la prise de pouvoir par les militaires que cela a pris tout le monde par surprise.

De toute évidence, la Fraternité n’a pas l’intention de rester sur le pavé pendant 85 autres années avant de reconquérir le pouvoir politique.

Tout cela pointe vers une forte possibilité que la position adoptée par la Turquie (et l’Iran) peut être justifiée en fin de compte. Ces derniers frémissements ne ferait que renforcer la détermination du sultan et le renforcer dans l’idée qu’il est bien du ‘’bon côté de  l’histoire « .

Traduction : Avic

MK Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans, avec des postes comprenant celui d’ambassadeur de l’Inde en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001).

 http://www.atimes.com/

Les nouveaux  »printemps arabes » : Où sont les russes et les chinois ?


APTOPIX Pakistan US Prophet FilmDepuis quelques semaines, personne ne comprend plus rien aux bouleversements en cours au Moyen-Orient. Sur 10 analystes, il y en a 5 qui avancent une hypothèse et 5 autres qui avancent une hypothèse exactement contraire, toutes étant étayées par des arguments solides. La vérité c’est qu’ils sont perdus. Rien ne colle vraiment à 100%, et aucune de leur logique ne tient la route jusqu’au bout.

Si on récapitule tous ces événements, certains points clé échappent à la compréhension si l’on se réfère à la grille de lecture dont nous disposons et à ce que nous savons aujourd’hui. Que savons-nous ? Depuis deux ans, la Syrie fait l’objet d’une agression délibérée de la part de l’Empire. Pour la mener à bien, une coalition a été créée de toute pièce, puis équipée et entraînée par le même Empire. L’Empire, c’est bien sûr l’OTAN + Israël + les satellites du golfe. La coalition, quant à elle, est composée de mercenaires issus pour la plupart des mouvements extrémistes du monde musulman. Leur recrutement et leur financement n’est plus un mystère pour personne.

Nous savons également que cette coalition est très mal en point en ce moment, tant du point de vue politique (ça l’a toujours été) que du point de vue militaire. Récemment, Morsi et les Frères Musulmans d’Egypte, qui affichaient jusqu’ici une attitude plutôt floue vis à vis de la Syrie, se sont déclarés ouvertement, de manière beaucoup agressive, pour la rébellion syrienne armée.

Ça c’est ce que nous savons.

Quels sont les faits ?

Depuis quelques temps, il se passe, au Moyen-Orient, beaucoup de choses qui touchent les protagonistes de ce conflit syrien. On a d’abord vu une sorte de printemps turc dont on a encore du mal à comprendre la vraie teneur. Après deux ans d’acharnement anti-Assad, en première ligne, Erdogan se retrouve soudain avec des problèmes internes, certes prévisibles, mais ressemblant de manière suspecte à toutes ces  »révolutions colorées » dirigées de l’extérieur. Et, de fait, le rapprochement a été très vite fait, et les pourquoi n’ont pas eu trop de mal à trouver leurs réponses, tellement le dossier Erdogan était chargé.

Peu après, on assistait à l’incroyable et soudaine destitution de l’émir du Qatar Cheikh Hamad au profit de son fils, suivie presque immédiatement par la disgrâce du boosteur idéologique des djihadistes : le cheikh Quardawi. Tout le monde a vu la main de Washington derrière cette révolution de palais. Parallèlement à ce changement de régime, d’autres événements, passés presque inaperçus se déroulaient chez les voisins. En Arabie Saoudite on annonçait l’incroyable mandat d’arrêt lancé contre le prince saoudien, ancien vice-ministre de la Défense : Khaled Ben Sultan Ben Abdel Aziz. Au Bahrein c’était le Premier ministre qui était en difficulté.

Et maintenant, c’est l’Egypte. Après tout juste un an de présidence, Morsi et les frères Musulmans sont éjectés du pouvoir, avec une sorte de chasse aux sorcières à la clé, et ce, juste après leur engagement plus ferme dans le camp anti-Assad. Quelles que soient les motivations des égyptiens pour vouloir se libérer des Frères Musulmans, on n’a pas pu s’empêcher de constater que leur nouvelle révolution était calquée sur le modèle déjà connu des autres  »révolutions colorées », donc organisée et dirigée par une tête pensante.Et bien sûr, comme on ne prête qu’aux riches, tous les regards se sont tournés vers l’Ouest.

C’est bien beau tout cela, mais si on met tous les éléments ensemble, ça ne colle pas, et tout le monde en est conscient.En résumé, ce sont tous les alliés objectifs de fraîche (Morsi) et longue (Erdogan) date qui subissent des secousses révolutionnaires. Il semblerait même que d’autres alliés, en Tunisie et en Libye, soient sur le qui-vive. Question : pourquoi Washington fomenterait-il des révolutions ici et là qui, en fin de compte, sont en tout néfastes à sa politique moyen-orientale, et dont la Syrie, pour ne prendre qu’elle, est le premier bénéficiaire ?

Rien qu’à poser cette question, on a tout de suite envie de loucher vers une autre direction, vers l’Est par exemple. Il est vrai qu’aucun élément ou indice ne nous permet de voir une main russe, iranienne ou chinoise dans tout ça. Mais tout semble s’agencer dans le sens des intérêts de ce camp. Hasard ? Peut-être. Mais trop de hasard qui s’emboîte si parfaitement est troublant.

Avic

« Cheval au bord du précipice n’obéît plus aux rênes ». (Proverbe chinois.)


Tribune libre de Djerrad Amar

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L’Égypte au bord du chaos économique, social, culturel, identitaire avec des apprentis sorciers comme Morsi et son maître spirituel et ‘serial-criminal-fatwiseur’ Qaradawi ne lui offrant comme perspective que d’aller faire le djihad contre la Syrie, l’un des 2 ou 3 derniers bastions du nationalisme arabe auquel reste attachée envers et malgré tout la majorité de l’opinion arabe.
Il n’est pas surprenant que le peuple dans son immense majorité, les forces vives de la nation et l’armée, ayant pris la mesure de la gravité de la situation, réagissent brutalement à cette dérive mortelle …. Quel que soit le prix à payer, car il sera moins élevé que le chaos programmé.
De plus, les Égyptiens ont l’exemple vivant de la Syrie restée debout malgré l’agression criminelle de toutes les puissances occidentales et leurs valets de la région.
À mon avis, Obama le serpent à sonnettes (*), Baroso le caniche, Ban Ki Moon le ‘nobody’ et cie, peuvent toujours froncer les sourcils et aboyer, l’Égypte n’écoute plus personne.
La perte de 1,5 milliard de $ d’aide agitée par le sénile sénateur Mc Cain, ami des rats et des cannibales, c’est du pipi de chat par rapport à toutes les pertes que Morsi a fait subir à l’Égypte en 1 an de règne.
Et il suffit à l’Égypte d’aligner le prix du gaz qu’elle vend à ‘zionistan’ sur les prix du marché pour compenser cette fausse aide.
Le mouvement « Tamaroud » ne va tarder aussi à s’étendre à la Tunisie – où déjà plus de 176 000 signatures ont été récoltées pour renvoyer Ghannouchi à son expéditeur britannique – et à la Libye où Tripoli a connu ses premières et timides manifestations anti milices armées ….pour le moment.
Et comme un signe, pour ceux qui croient à la science des signes, ils se sont réuni place ou rue …. d’Alger à Tripoli.
(*) Il devrait commencer par virer ses conseillers FM pour le Moyen-Orient dont aucun n’a peut-être jamais mis les pieds dans la médina du Caire et dont les horizons sont floutés par des barbes, des gandouras, des sandales et des grillages de ‘niqab’.
Par Cheikh Si Mimoun

Obama soutient-il ElBaradei?


BaradaiSelon des sources bien informées à Washington, l’une étant un membre du Congrès dont le travail comprend comme attribut le suivi des événements politiques en Egypte, il n’a pas fallu très longtemps à Mohamed Mustafa ElBaradei, juriste de la charia, lauréat du prix Nobel, et pendant 12 ans le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) (1997-2009), pour contacter, à Washington DC, le cabinet d’avocats Patton Boggs, le 02.07.13. Cela s’est fait quand il était devenu évident que le président égyptien Mohamad Morsi pourrait bien être évincé par le Conseil suprême des Forces armées (SCAF) de l’Egypte. Le lendemain, les représentants de M. ElBaradei auraient également pris contact avec la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines qui prétend représenter les 52 plus grands des plus grands groupes juifs basés aux Etats-Unis.

ElBaradei, peut-être l’actuel favori pour remplacer son ennemi juré, Mohammad Morsi, s’est rué pour organiser certains alliés clés au Caire et à Washington pour reprendre là où sa précédente campagne présidentielle ratée avait été arrêtée, peu avant l’élection présidentielle égyptienne du 25/01/2011. Patton Boggs, le cabinet d’avocats de K Street, NW Washington DC, qui l’an dernier avait 550 avocats et 120 lobbyistes est sans doute l’entreprise la plus proche de la Maison Blanche en matière de sécurisation pour ses clients pour tout ce qu’ils veulent à partir des quelque 5000 décideurs clés du Capitole. Les presque 11.800 autres lobbyistes de Washington enregistrés au niveau fédéral (il n’y a que 300 récents depuis la présidence de Lyndon Johnson) sont loin derrière Patton Boggs en termes d’influence politique.

Le nouveau client de Patton Boggs veut que le Pentagone et la Maison Blanche fassent pression sur le Conseil Suprême des Forces armées (SCAF) de l’Egypte qui vient de déposer le président Morsi et s’arrangent pour le faire nommer président par intérim de l’Egypte en attendant des élections anticipées.

ElBaradei veut la même chose d’Israël et de son lobby américain, le premier ayant développé des relations étroites sous Morsi, similaires à celles d’avec Moubarak.

Ce que les représentants de M. ElBaradei auraient à offrir à la Maison Blanche en échange d’une aide discrète d’Obama, c’est que les accords de Camp David de 1979 dans tous ses éléments seront respectés et que, en plus, des garanties supplémentaires seront données à Israël, avec son régime sioniste d’occupation de la Palestine, qu’il lui sera accordé la primeur dans le domaine immobilier pour son ambassade. En outre, ils peuvent compter sur l’Égypte de ElBaradei pour durcir sa position sur le programme nucléaire de l’Iran avec la modification et le réajustement publics de certains de ses commentaires d’avant 2012 sur l’Iran, que la Maison Blanche et Israël avaient critiqués comme étant «trop tendres pour la République islamique ».

Israël aussi s’est vu promettre, par les agents de M. ElBaradei, une plus grande coopération avec l’Egypte en matière de sécurité qui, ils le promettent également à la Maison Blanche, ira en se renforçant. L’objectif de M. ElBaradei est de s’assurer le soutien personnel de Barack Obama lors de ses manœuvres pour l’imprimatur de la Maison Blanche pour l’élection présidentielle égyptienne qui devrait bientôt avoir lieu et avant.

Une fois de plus, l’administration Obama a été prise par surprise car l’interminable «printemps arabe» , encore à ses balbutiements, se présente plutôt mal pour les potentats installés par l’Occident sur des  »pays » créés artificiellement à la manière style Sykes-Picot.

Barack Obama aurait quelques doutes, selon le contact au Congrès, et les lecteurs se rappelleront probablement son éloge de Morsi après que les deux anciens professeurs d’université ont eu la chance de s’asseoir ensemble pour apprendre à se connaître. «J’aime cet homme», aurait dit Obama à certains membres de son staff. «Il pense comme moi », aurait-il ajouté ,comme son épouse Michele roulait des yeux avec un gros soupir.

Lorsque Morsi a été déposé, Obama a déploré: «Nous sommes profondément préoccupés par la décision des forces armées égyptiennes de destituer le président Morsi et de suspendre la Constitution égyptienne. J’appelle maintenant les militaires égyptiens à agir rapidement et de manière responsable pour rendre la totalité du pouvoir à un gouvernement civil démocratiquement élu dès que possible par le biais d’un processus inclusif et transparent, et d’éviter toute arrestation arbitraire du président Morsi et de ses partisans.  »

Pendant ce temps, le CSFA, sous l’impulsion de l’équipe de M. ElBaradei, était tout sucre tout miel avec Washington et ses alliés pour ce qui concerne les préoccupations exprimées par Obama. Peu de temps avant que celui qui a été désigné par le SCAF pour l’intérim ne prononce son discours, le Département d’Etat recevait une copie du texte, avec le premier paragraphe surligné, pour apaiser Obama. Les premiers mots de la déclaration du 01/07/13 de Sisi sont : «Les forces armées n’interféreront pas dans le domaine de la politique ou de la gouvernance et n’outrepasseront pas le rôle qui leur est assigné dans une démocratie, qui découle de la volonté du peuple. « Ces mots sonnent bien aussi à  »Foggy Bottom » (NDT : Ministère des Affaires Etrangères).

Pendant ce temps, les voisins arabes de l’Egypte ont exprimé leur soutien au coup d’état militaire, mais pas l’Afrique, où il a été rapporté que l’Union africaine allait suspendre l’Egypte de toutes ses activités, à la suite du changement de pouvoir inconstitutionnel.

Les discussions de Patton Boggs avec le Congrès et avec l’administration Obama ont porté, entre autres, sur les points suivants :

Le président Morsi et son gouvernement avaient plus d’un an pour montrer des progrès au peuple égyptien, avec à la fois la légitimité politique institutionnelle provenant de leurs victoires électorales et aussi un fort soutien populaire quand ils ont récupéré la totalité des pouvoirs des mains des forces armées en Juin 2012.

L’équipe de M. ElBaradei souligne que le gouvernement Morsi a lamentablement échoué et que le nouveau gouvernement, dirigé espèrent-ils par M. ElBaradei, va maintenant agir plus efficacement pour faire avancer le pays vers des institutions de gouvernance crédibles et légitimes.

La campagne de M. ElBaradei, comme l’a rapporté le New York Times dans l’édition du 04.04.13, avait également travaillé dur pour convaincre la Maison Blanche de ce qu’il appelait la nécessité d’évincer le président Morsi par la force, présentant plusieurs arguments, qui incluaient une documentation, que Morsi avait raté la transition du pays vers une démocratie inclusive et avait gaspillé une année sans avoir suivi aucun de ses engagements ni traité les problèmes:

Certains analystes du Congrès estiment que l’une des plus grandes erreurs de Morsi provient d’une politique délibérée de consensus et non pas, comme on le croit communément, de la confrontation. Il a permis à l’armée de conserver l’autonomie de sa corporation et de rester au-delà du contrôle civil. En outre, il a inclus dans son cabinet un grand nombre de figures non-Frères musulmans qui l’ont abandonné après quelques mois quand les choses se sont corsées, présentant ainsi au public l’image d’un gouvernement sur le point de s’effondrer. Certains ont suggéré que Morsi aurait dû mettre l’armée au pas aussitôt après avoir pris le pouvoir et qu’il était au sommet de sa popularité ; tout comme l’armée était à son point le plus bas dans la perception du public. Les explications sur les échecs de Morsi n’en finissaient pas.

Ce que feront les Frères musulmans et les partisans de Mohammad Morsi dans les prochains jours à la place Tahrir et à travers l’Egypte déterminera vraisemblablement l’itinéraire et le succès final de la montée en puissance de ElBaradei.

En attendant, à compter du 05/07/13, il semble que le président Barack Obama pourrait bien aider Mohammad ElBaredei à s’introduire au palais présidentiel de l’Egypte. Si l’administration Obama y réussit, il y aura de la joie dans le parti de la victoire à Tel Aviv et à Patton Boggs où un bon nombre des invités seront presque certainement soigneusement examinés par l’AIPAC.

Franklin Lamb fait des recherches au Liban et en Syrie et est accessible c / o fplamb@gmail.com

Traduction : Avic

Source originale : http://www.counterpunch.org/2013/07/05/is-obama-back-elbaradei/

La farce démocratique égyptienne


Tribune libre –  Pierre MILLE

Mohamed-MorsiLe 30 juin 2012, Mohammed Morsi prit le pouvoir en tant que successeur de Moubarak. A l’occasion du 1er anniversaire des élections quand cet entretien a eu lieu, des affrontements sanglants sont survenus dans le pays. Samir Amin, philosophe et économiste égyptien, directeur du Forum du Tiers Monde à Dakar, parle de l’année passée en Egypte avec les Frères au pouvoir, interrogé par Giuseppe Acconica.

Acconcia : Que pensez-vous de la campagne de manifestations Tamarod?

Samir Amin : La campagne  pour la demission de Morsi est magnifique. Des millions de gens ont signé leurs noms après avoir mûrement réfléchi à la question : quelque chose que les médias grand public internationaux ont complètement ignorée. Ils représentent la majorité des électeurs mais ils n’ont aucune voix. Les Frères Musulmans ont le pouvoir et aiment à penser qu’ils contrôlent 100% des voix.  C’est ainsi qu’ils ont placé leurs membres dans tous les secteurs publics. Leur façon de gérer le pays provient d’une sorte de capitalisme de connivences qui ne laisse aucune place à des figures de l’opposition ou à des technocrates qui même sous le regime de Moubarak avait un peu de pouvoir.

Acconcia : Cela se passe lors de la pire crise économique depuis des décennies.

Samir Amin : C’est plus qu’une crise économique. Les islamistes n’ont que des réponses ultra-libérales à donner à la crise : ils ont remplacé la clique de bourgeois capitalistes qui étaient les amis de Moubarak par des hommes d’affaires réactionnaires. De plus, leur but est  tout simplement de vendre tout le secteur public. Les frères sont détestés par les égyptiens parce qu’ils continuent les mêmes politques que leur prédécesseur.

Acconcia: Peut-être pire encore dans le cas du projet de loi de finance islamique?

Samir Amin : C’est du vol que de metre un prix de vente dérisoire sur des biens qui valent des miiliards de dollars. Il ne s’agit pas des privatisations habituelles que les régimes réactionnaires affectionnent, vendre des biens au prix du marché. C’est une fraude pure et simple, bien plus qu’une privatisation.

Acconcia: Si on se rappelle les étapes de l’année passée avec les Fréres au pouvoir : Morsi a gagné au bout de 8 jours d’incertitude qui ont abouti à l’élimination du nassériste Hamdin Sabbah, au premier tour. Les élections de 2012 ont-elles fait l’objet de manipulations?

Samir Amin : Il y a eu une fraude électorale massive. Hamdin Sabbahi aurait pu passer pour un deuxième tour, mais l’ambassade américaine ne voulait pas. Les observateurs européens ont écouté leurs collègues américains et regardé de l’autre côté pour ne pas voir la fraude en question. De plus, les cinq millions de votes pour Sabbahi étaient parfaitement honnêtes et le fruit d’une grande motivation. D’un autre côté, les cinq millions de votes pour Morsi proviennent du segment le plus misérable de la population, dénuée de conscience politique : le vote de gens que l’on peut acheter pour un peu de pain et un verre de lait.

Acconcia : Diriez-vous que les heurts les plus violents entre la présidence et les manifestants ont eu lieu en novembre dernier comme conséquence du décret présidentiel qui a étendu les pouvoir de Morsi?

Samir Amin : Morsi a démarré par quelques semaines de rhétorique démagogique promettant d’écouter les autres mouvances électorales. Après cela, il est devenu rapidement évident que le Président était une marionnette  entre les mains des pays du Golfe qui tiraient les ficelles en cachette. Il était devenu un simple instrument de la volonté du murshid, Mohammad Badie, guide suprême des Frères Musulmans.

Acconcia : Le soutien aux palestiniens a été terminé aussi?

Samir Amin : les Frères Musulmans égyptiens soutiennent Israël, tout comme les pays du Golfe et le Qatar. Ils ont toujours adopté un discours anti sioniste mais c’était juste une tromperie à long terme. L’émir du Qatar, par exemple, est habitué à dire des choses puis à faire l’opposé étant donné l’absence totale d’opinion publique. Maintenant l’Egypte  soutient la pire faction des opposants en Syrie à l’instar de la plupart des puissances occidentales réactionnaires. Le résultat final est que la majorité des armes occidentales fournies aux rebelles est utilisée pour financer le pire résultat en Syrie.

Acconcia : Est-ce pour cela que Morsi a soutenu la création d’une zone franche au Sinaï, pour favoriser les relations économiques avec Israël?

Samir Amin : C’est une grande perte pour l’Egypte. Les effets de la nouvelle zone franche ne seront pas l’industrialisation telle qu’on nous le laisse l’imaginer mais la mise en œuvre d’une gigantesque fraude fiscale. Cela va renforcer les petites mafias et le démantèlement du secteur public. En fin de compte, les frères vont accepter toutes les conditions de l’IMF et les prêts attendus seront en conséquence débloquer malgré le fait que la corruption et les scandales financiers se soient propagés dans tout le pays.

Acconcia : Donc comment voyez-vous l’acceptation de la Constitution telle qu’elle a été rédigée par les Frères Musulmans en décembre dernier?

Samir Amin : C’est la dictature de la majorité. Toutefois, les juges ont affiché une très forte résistance et une lutte sans précédent contre la ratification des résultats du référendum constitutionnel.  Mais il est clair que le but ultime de Liberté et Justice est de construire une théocratie sur le modèle iranien.

Acconcia : Pour conclure,  n’y a-t-il rien à garder de cette année sous le gouvernement Morsi?

Samir Amin : le prolétariat analphabète est facilement manipulé et a fortiori n’obtiendrait pas grand-chose d’un bouleversement suite au renversement de Morsi. De plus, la division qu’entretiennent les Frères Musulmans avec l’armée qui reste dans les coulisses prête à intervenir, est pleine d’ambiguïtés. Le personnel militaire, en tant que classe, est corrompu; une corruption garantie par l’aide américaine, et cette classe est soigneusement composée des différentes classes, divisée en courants politiques dont beaucoup d’entre eux sont proches des Frères et des Salafistes. Cependant, avec des élections normales, et avec une période de préparation démocratique, les Frères seront battus. Mais si ce n’est pas le cas, alors en octobre il y aura un climat plus répressif et le vote sera manipulé par une falsification massive comme la dernière fois.

Traduction : Pierre MILLE

La tête de la fitna coupée


Tribune libre de Djerrad Amar

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Tout le monde en convient : le règne des Frères musulmans en Egypte a été une succession d’erreurs. Mais leur erreur fatale est celle d’avoir convié tous les pontifes salafistes, il y a deux semaines, à déclarer le «djihad» contre les chiites et spécialement contre la Syrie.

C’est devant une foule hystérique au stade du Caire que Mohamed Morsi, qui se voyait encore au panthéon de sa puissance, décida, dans l’aveuglement absolu, de rompre les relations diplomatiques avec Damas. Ce fut, comme l’a écrit le journaliste Hassanine Haykel, «l’erreur fatale» qui décidera l’armée à mettre fin à cette mascarade, en choisissant – ou en provoquant – le moment opportun pour écarter Morsi et suspendre toutes les institutions issues des Frères musulmans.

Une source militaire égyptienne a expliqué qu’il s’agissait, pour l’armée, de défendre avant tout la sécurité nationale que la folie des Frères musulmans au pouvoir mettait sérieusement en danger, en voulant s’attaquer à la Syrie, un pays avec lequel l’Egypte des Officiers libres scella un jour une union sacrée. Et ce n’est sans doute pas un hasard si le président syrien Bachar Al-Assad a été le premier chef d’Etat à se réjouir de l’intervention de l’armée en Egypte, en prédisant dans une déclaration officielle «la fin de l’islam politique».

Ce qui vient de se passer en Egypte est un événement historique qui, et c’est le plus important, ne va pas manquer d’entraîner des changements en série dans tout l’espace arabe. Il sonne le glas de ce macabre «printemps arabe» qui a été vendu aux Arabes par le petit émirat du Qatar, à travers son canal de propagande Al Jazeera et son lugubre prédicateur Youssef Al-Qaradawi et son Union mondiale des oulémas, appuyés par Ankara, Paris, Washington et Tel-Aviv, qui projetaient d’implanter des filières de la conférée islamiste dans tout les pays arabes.

Le plan avait commencé à bien marcher mais, au grand dam de ses promoteurs, il a échoué en Syrie. Moins de quinze jours après la chute du potentat Hamad Ben Khalifa au Qatar et son compradore de cousin, Hamad Ben Jassem, suivi aussitôt de l’expulsion, jamais démentie, d’Al-Qaradawi, le régime islamiste en Egypte s’effondre comme un château de cartes, sous la malédiction syrienne, qui va bientôt poursuivre la Tunisie, où un autre mouvement «rebelle», inspiré du modèle égyptien, vient de voir le jour pour faire payer à ces «maudits Frères» d’Ennahda leur pêché capital, celui d’avoir été les premiers à inviter les faux amis de la Syrie.

Par R. Mahmoudi

 

Egypte : Et maintenant ? Les 3 indicateurs à suivre


Armée égyptienneLa deuxième révolution égyptienne a été beaucoup plus courte que la première. 4 jours. Il est vrai que Moubarak était beaucoup plus assis, et depuis plus longtemps. Il est vrai aussi que les égyptiens commencent à avoir un certain savoir faire.

En peu de temps donc, ils ont réussi – à ce qu’il semble, en tout cas – à virer leur président fraîchement élu. Et après ? On ne fait pas des révolutions que pour chasser ses dirigeants. C’est le meilleur moyen de s’en faire déposséder. On a vu comment les Frères Musulmans ont manœuvré pour récupérer la première révolution à leur compte. On se rappelle encore, au plus chaud des manifestations, les barbus très discrets qui disaient à qui voulait les entendre (c’est à dire au monde entier) : « nous ne voulons pas du pouvoir, nous voulons juste soutenir le mouvement ». On a vu ce que ça a donné.

Après Moubarak, tout le monde disait : Quel que soit celui qui le remplacera, ça ne pourra pas être pire. Ça a été pire. Aujourd’hui, la question se pose à nouveau pour l’après Morsi. Peut-il y avoir encore pire ? Pour ma part, j’aurai envie de poser la question différemment : où veut-on mener l’Egypte ? Et en arrière-fond, pourquoi ce coup d’état ?

Il s’agit bien d’un coup d’état militaire noyé dans un coup d’état militaro-populaire. Beaucoup d’indices tendent à montrer que le populaire n’était là que pour justifier le militaire. On se rappelle qu’après la première révolution, l’armée s’est retrouvée dépositaire du pouvoir, du jour au lendemain, comme si l’Egypte était destinée à avoir un super pouvoir militaire aux côtés d’un pouvoir civil secondaire. On a connu ça en Turquie. On se souvient aussi que Morsi, aussitôt après sa prise de fonction, avait contrecarré ce scénario par une sorte de coup de force.

Les militaires sont donc de retour en Egypte. Pour quoi faire ? Là est toute la question. Les mouvements populaires ont un double avantage : D’abord justifier tout ce qui en découlera, et, surtout, par leur ampleur et toute la charge médiatico-émotionnelle qu’ils véhiculent, masquer tous les détails d’un processus visant à un résultat que l’on ne constate que bien après. Les détails sont pourtant bien là, et bien visibles. Du jour au lendemain, une population anonyme sort spontanément dans la rue pour manifester son mécontentement. Chacun sort avec sa pancarte imprimée avec le slogan du moment, en anglais s’il vous plaît, qu’il avait du conserver dans son grenier au cas où. Pancarte accompagnée d’un drapeau américain, et parfois du pays, qui étaient rangés dans le même tiroir, toujours au cas où. Une fois dans la rue, chaque manifestant se retrouve au milieu d’autres manifestants qui, comme lui, avaient aussi prévu le coup et avaient prévu les mêmes pancartes, les mêmes drapeaux, les mêmes mots d’ordre, toujours en anglais qu’il ne pratiquent pas sauf en cas d’insurrection. Ça rappelle ces insurgés libyens que l’on voyait à la télé faisant le  »V » de la victoire, alors même qu’ils ne parlent pas un mot d’anglais, ne connaissant le mot victoire que dans leur langue, l’arabe dans lequel, que je sache,ce V n’a aucune signification.

Tout montre que ces révolutions ne sont pas destinées à l’intérieur, mais à un public extérieur, nous. Ne pas voir une solide organisation derrière ces mouvements c’est jouer l’autruche. Ne pas voir que cette organisation est orchestrée par des gens d’une culture différente de la masse qui manifeste, c’est être aveugle.

Aujourd’hui comme hier, on retrouve dans les mouvements de masse égyptiens les mêmes signes, parmi bien d’autres. Maintenant que la première étape semble réussie, quelle sera la suite ? N’étant pas dans le secret des dieux, nous ne pouvons qu’interpréter indirectement les signes. Dans le cas de l’Egypte, trois éléments fondamentaux sont à prendre en considération:les rapports avec Israël, les relations avec l’Iran et l’attitude vis à vis de la Syrie. En fonction de ces trois éléments, nous pouvons déjà avoir une certaine compréhension de cette révolution elle-même, et aussi en deviner les dessous. L’éclairage sur ces facteurs se fera assez rapidement car la situation en Syrie est telle qu’elle oblige tout le monde à abattre ses cartes et se positionner très clairement.

Surveillons-les donc.

Avic

Egypte : exit Morsi (vidéo)


BOQ1OSDCUAACbkjLe chef de l’armée, le général Abdul Fattah al-Sisi a fait une déclaration télévisée, annonçant une nouvelle feuille de route politique pour résoudre la crise. Elle comprend la suspension de la constitution, la tenue d’élections présidentielles anticipées, la formation d’un gouvernement de coalition nationale, et la mise en place d’un comité pour amender la constitution. Le chef de la Haute Cour Constitutionnelle est nommé comme nouveau chef de l’état par intérim de l’Egypte, et doit prêter serment Jeudi.

Le Grand Cheikh d’Al-Azhar et le Pope Tawadros, le chef de l’Eglise copte ont fait de brèves déclarations après l’annonce par al-Sisi pour soutenir la feuille de route. Le deuxième groupe islamiste de l’Egypte, le Parti Nour, a également approuvé la feuille de route proposée, disant qu’elle permettrait d’éviter les conflits, selon Reuters.

Plusieurs chaînes de télévision islamiste ont été fermées sur ​​l’ordre du ministre de l’Intérieur. Pendant que le Premier ministre Hisham Qandil,se voyait confirmer la peine de prison par la Cour d’appel égyptienne, Mohamed Morsi était déplacé vers un endroit tenu secret.

 

Les étapes antérieures dans la journée : https://avicennesy.wordpress.com/breves/egypte-tahrir-ii/

Avic

Egypte : Et si le but était de créer une guerre civile ?


L'armée égyptienne dans les rues du Caire
L’armée égyptienne dans les rues du Caire

Deux camps sont en train de se former insidieusement sous nos yeux. D’un côté l’armée et la police sensées supporter les manifestants, et de l’autre la garde nationale qui est restée fidèle au président Morsi. Durant toute l’après-midi, les forces prennent position. Les Frères Musulmans ont rameuté tous leurs sympathisants et semblent prêts à en découdre.

Un autre élément incompréhensible, c’est l’attitude bloquée de Morsi, comme s’il voulait chauffer encore plus la foule. Certaines des déclarations de son camp parlent clairement de bains de sang et ses partisans commencent à se positionner comme étant, eux, le peuple, en lutte contre des bandits.

Qui aurait intérêt au clash et à l’affrontement armé  qui semble se profiler à l’horizon ? Refuser tout compromis avec l’Armée conduira fatalement à l’usage de la force à terme. Ça, Morsi le sait. Alors que cherche-t-il ? Les frères musulmans peuvent s’armer du jour au lendemain, personne n’en doute.Les véhicules blindés sont déjà en place alors que les affrontements commencent à prendre de l’ampleur.

Wait and see, Mais si on voulait créer un autre front du style syrien en Egypte, ce serait le scénario que nous vivons aujourd’hui qui aurait le plus de chances de réussite.

Et ce silence ! Ce silence ou à peine quelques murmures diplomatiques de préoccupation de la part de ceux-là mêmes qui sont les premiers intéressés par ce qui se passe en Egypte…

Avic

Egypte : ça bouge vraiment


Egypt revolteIls sont des millions, selon l’Armée (autant dire qu’ils sont vraiment des millions) à manifester dans toutes les villes d’Egypte. Tous les mots d’ordre convergent désormais vers un seul objectif : le départ de Morsi. Selon les témoins ce sont les plus grandes manifestations que l’Egypte ait jamais connues dans son Histoire. Ce ne sont plus des manifestations, c’est une révolution, une vraie, une TAMARROD en arabe. Bien sûr, la couverture n’est pas tout à fait la même que pour les révolutions télécommandées. A cause de cela, justement, on peut considérer que ce qui se passe actuellement en Egypte a des airs de vérité.

Egypt-TahrirD’heure en heure, on assiste à un développement rapide. Il y a d’’abord eu cet ultimatum ferme de la part de l’opposition, qui exige la démission de Morsi sous 24 heures. Pour eux il n’est plus question de dialogue, comme le demande le président égyptien dans une tentative d’apaisement qui arrive un peu tard.

Devant la détérioration de la situation pour le gouvernement, 4 ministres viennent de donner leur démission. Ces premières défections ont été suivies, peu après, par une déclaration du chef des forces armées Abdul Fattah al-Sisi qui donne 48 heures aux politiciens pour accéder aux revendications populaires, faute de quoi l’armée appliquerait sa propre feuille de route.

rahimi20130701152032370Entre temps,  15 gardes du corps du leader des frères musulmans Khairat El-Shater sont arrêtés par l’Armée, geste salué par Amr Moussa, une des figures de l’opposition. D’autres arrestations ont également eu lieu dont certaines peuvent susciter des interrogations. En effet les  forces de sécurité nationale ont arrêté quatre personnes de nationalité palestinienne, dans un bâtiment à côté du QG des Frères Musulmans. Ces quatre personnes étaient en train de tirer sur les manifestants tuant et blessant plusieurs d’entre eux.

Oui ça bouge en Egypte. Mais vers quoi ?

Avic

Egypte : « la carte rouge » pour le président Morsi


DSC02246.JPG.1000x297x1Dimanche le 30 juin, c’est le premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir en Egypte du président islamiste Mohamed Morsi.

Au lieu de la célébration, l’Egypte a présenté au protégé du mouvement Les Frères-musulmans « la carte rouge » politique. Dans les rues du Caire et des dizaines d’autres villes du pays, on voit partout des affiches avec le portrait de Morsi accompagné de mots « À bas ! ». L’opposition a proclamé le 30 juin le jour national de la protestation et a appelé tous les Egyptiens à prendre part aux manifestations.

Ce jour difficile pour Morsi a commencé à la veille, samedi. Déjà dès le soir du 29 juin, sur la place Tahrir, le QG principal de la révolution de 2011, se sont réunies quelques dizaines de milliers de personnes. En Egypte, il y a la canicule maintenant, une chaleur infernale, et le pic des manifestations antigouvernementales a lieu le soir, quand la chaleur tombe un peu. Mais à en juger par plusieurs milliers d’Egyptiens qui sortent déjà dans les rues, l’opposition réussira à réunir pour ces manifestations des millions de gens.

La raison principale du mécontentement des gens, c’est que l’Egypte ne peut toujours pas sortir de la crise économique, où le pays s’est trouvé après la révolution et à cause d’elle, dit le chef du centre de l’étude du Proche-Orient moderne à Saint-Pétersbourg Goumer Issaev. Mais le malheur de l’Egypte, c’est aussi l’absence d’un leader fort, capable d’unir le peuple.

« Je pense qu’il serait prématuré de parler d’une guerre civile. Mais la scission a lieu. L’absence de leaders évidents est le facteur central des événements actuels en Egypte. Dans la révolution égyptienne, il n’y avait pas de Khomeiny (l’ayatollah Khomeiny, le leader spirituel de la révolution iranienne de 1979). Morsi, lui, n’a pas l’étoffe de ce rôle. L’opposition n’a pas de leaders évidents non plus ».

L’armée égyptienne a fermé entièrement les frontières terrestres du pays un jour avant le 30 juin, les unités supplémentaires sont transférées sur le Sinaï, où il y a des milliers d’extrémistes armés prêts à prendre la défense du pouvoir des islamistes au premier appel. D’après les données des médias égyptiens, dans le pays se trouvent déjà jusqu’à 100 mille mouRévolution

Carton rouge

jahids. On a fermé le tunnel pour le passage des automobiles joignant le continent africain à l’Asie. En réalité, le Sinaï est entièrement coupé des territoires voisins.

Le mouvement Tamarod ( « l’Insurrection ») est l’initiateur des actions de protestation du 30 juin. Ses représentants affirment avoir déjà réuni 22 millions de signatures au soutien de la démission de Morsi.

Les tentatives du chef de l’État actuel de commencer le dialogue avec les leaders de l’opposition n’ont rien donné. Les accrochages entre les partisans et les adversaires de Morsi se prolongent toute la semaine. Samedi, 8 personnes ont péri. Des centaines de personnes sont blessées.

Les partisans du président – en Egypte, il y en a beaucoup aussi, affirment que les accusations présentées aux pouvoirs ne sont pas argumentées. Ils trouvent que l’Egypte connait en effet beaucoup de problèmes sociaux et économiques, mais ils existaient déjà sous l’ancien régime, et au cours des événements révolutionnaires, de nouveaux problèmes s’y sont ajoutés.

Le ministre de la Défense de l’Egypte Abdul Fattah Khalil al-Sisi s’est produit à la télévision et a prévenu le pays que les militaires interviendraient dans le cas où le carnage se produisait le 30 juin. L’armée, le principal arbitre politique dans le pays, a donné une semaine au gouvernement et à l’opposition pour l’acquisition du compromis sur la sortie de la crise politique intérieure. En cas de la déstabilisation ultérieure de la situation, a dit Abdul Fattah Khalil al-Sisi, « l’armée protègera l’État et le peuple égyptien ».

Andreï Fedyachine

Genève II: Est-ce pour préparer la paix?


Tribune libre de DJERRAD Amar

Geneve-2Chaque jour qui passe sur le terrain des combats, en Syrie, révèle que la guerre contre ce pays n’est pas ce que l’on rabâche depuis plus de 2 années, à savoir «un soulèvement populaire spontané » contre ses dirigeants pour recouvrer sa dignité et sa liberté, mais bien d’un complot pour déstabiliser cet État, considéré gênant les objectifs et les visées impérialistes dans la région.

Pour ce faire, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, le Qatar, la Turquie, l’Arabie Saoudites et Israël ont engagé tous les moyens pour permettre aux groupes armés affublés «thouar» (révolutionnaires) – la plupart mercenaires islamistes – pour mener une guerre, sans merci, contre l’État syrien et renverser son gouvernement, dans le but d’affaiblir l’axe de résistance, en admettant pour cela les pires atrocités.

Par l’origine diverse des groupes armés islamistes, hier «terroristes», métamorphosés , aujourd’hui, momentanément «révolutionnaires» rétribués sous la fausse bannière «djihadistes» ; par la provenance de l’armement en leur possession ; par les objectifs visés ; par les agissements et les réactions des pays manipulateurs engagés, il est indéniable que cela obéit à un plan réfléchi, destiné à instaurer le chaos sur une géographie déterminée, pour ensuite recomposer selon les désidératas et objectifs prévus. Ce projet américain est consacré dans ce qui est appelé le «Grand Moyen-Orient» auquel est intégré le projet israélien dit «Yinon» destiné à assurer la supériorité d’Israël.

Deux années de guerre, de destructions de toutes natures, de sanctions et de pressions – contre un État souverain où tous les moyens illégaux, même les plus immoraux et abjects, ont été utilisés – n’ont pas permis de venir à bout d’un peuple résistant, d’une armée forte et unie. Deux années sans voir l’effondrement prévu malgré les sommes colossales engagées par les bailleurs arabes vassaux ainsi que la formidable guerre médiatique soutenues par d’éminents hommes de cultes, corrompus, chargés de l’endoctrinement des masses musulmanes par la religion. L’échec de l’aventure semble bien consommé et les cartes jouées.

Depuis les derniers développements avec la récupération d’Al Quseir et de sa banlieue – localité hautement stratégique pour les planificateurs américano-sionistes qui devait aboutir à la prise de Damas – par l’armée syrienne des mains des «insurgés», tous les calculs ont été bouleversés et les objectifs compromis. Avec cette récupération surprise, suite à une offensive ‘éclair’ et décisive, de cette petite ville où se sont solidement concentrées les forces  »wahabo-takfiristes », on annonce déjà des échecs sur d’autres fronts. Cette bataille d’Al Quseir a été particulièrement déterminante par l’appui, à la frontière libanaise, des éléments du Hezbollah qui n’ont laissé, aux groupes armés, aucune possibilité d’infiltration, d’exfiltration ou d’approvisionnement. Une assistance inattendue qui a été condamnée par la…Ligue arabe. L’autre élément est que l’armée syrienne a su se convertir, en la circonstance, en une redoutable force contre-guérilla.

Les résultats d’Al Quseir sur le plan militaire et tactique, avec ses effets ravageurs sur les autres groupes, ont créé un climat de défaite, une situation d’impasse mettant les groupes armés dans un état de déroute et les commanditaires dans une profonde confusion. C’est donc bien les résultats sur le terrain des combats qui dictent ou imposent la nature des changements.

Il ne restait que l’annonce par les deux «Grands», les USA et la Russie, d’une conférence «internationale» sur la Syrie, prévue à Genève, qui se veut l’ultime round pour sceller cet encombrant et dangereux dossier par la voie politique, malgré l’agitation et les élucubrations des autres protagonistes qui soutiennent une solution militaire.

Tant que l’on pouvait encore financer et remplacer les groupes anéantis, tant que l’on disposait encore de ‘cartes’ de pressions politiques et économiques, tant que les étapes du Plan tracé avançaient, il n’était pas envisageable de négocier quoi que ce soit. Avec la bataille d’Al Quseir, qui avait bouleversé, les données les commanditaires étaient contraints, dans la précipitation, d’adopter une série de manœuvres aussi insensées que dangereuses. Dès que les principaux groupes armés, que domine Al Nosra, ont été laminés ou réduits, il ne restait aux stratèges américano-sionistes et leurs suppôts arabo-monarchiques que de présenter du «réchauffé» en rabâchant les mensonges éculés, sans preuve voire sans conviction, ou tenter d’autres diversions et agissements dans l’espoir de disposer d’arguments et de moyens de pression consistants lors cette Conférence dite de «Genève II». Mais le reste du monde connait ces manœuvres, s’en méfie, les réprouve.

Voyant leurs plans foirer, on réitère la fallacieuse histoire de l’utilisation, par l’armée syrienne, des armes chimiques que réfute Carla del Ponté en affirmant que ce sont les groupes armés qui les ont utilisés contre l’armée syrienne et les civils. Même la demande syrienne d’une enquête, in- situ, de l’ONU a été capotée par les EU qui voulaient l’étendre à tous les endroits de stockage éventuels de ce genre d’armes. En dépit de toutes les preuves filmées montrant des scènes de préparation de ces armes par les groupes armés, rien n’y fait, les EU accusent l’armée syrienne en concoctant un autre plan de communication sur les armes chimiques depuis la Jordanie en le faisant coïncider avec les exercices militaires en préparation dans ce pays. La France a été chargée par le biais du journal «Le Monde» de lancer la propagande, d’en fournir les éléments de preuves, même inconsistantes, pour en faire un motif d’intervention militaire extérieure. La Russie rejette ces accusations d’utilisation d’armes chimiques par les troupes gouvernementales syriennes, mais annonce par Poutine, en conférence de presse, lors du sommet du G8 à Lough Erne (Irlande du Nord), que son pays était prêt à participer à la vérification des cas d’utilisation de ces armes en Syrie et à soumettre les résultats au Conseil de Sécurité.

On tente aussi de relancer le projet illégal et dangereux d’une zone d’exclusion aérienne depuis la frontière jordanienne cette fois, qui serait de 40 km, pour permettre, en fait, de recomposer les groupes anéantis, faciliter l’acheminement des armes et des ravitaillements. Ce ‘no-fly zone’, qui coûterait 50 millions de dollars/jour, sera non seulement une violation d’un pays souverain, s’il ne passe pas par le Conseil de sécurité, mais est de nature à enflammer la région, car la Syrie sera en droit de riposter à toute violation de son territoire et son espace aérien sera très risqué aux pilotes qui s’y aventureront surtout si elle dispose des redoutables missiles S300, en plus de son arsenal offensif.

On relance, tambour battant, le désir d’armer les groupes avec des armes modernes comme si les armes utilisées, jusque-là, venaient du néant ! La question qui les effraye est le risque de voir ces armes se retournent contre eux une fois le problème de la Syrie réglé dans les deux cas de figure. De ce fait, classer ‘Al Nosra’ organisation terroriste était le seul moyen de faire éliminer cet encombrant groupe. L’autre crainte est de voir aussi ces armes récupérées par l’armée syrienne comme toutes celles laissées par les groupes éliminés.

 

Au même moment, au vu des difficultés à recruter, on fait organiser, en Égypte, une conférence des oulémas musulmans à leur tête Al Qaradhaoui pour, essentiellement, lancer un appel demandant aux musulmans du monde de venir faire le Djihad en Syrie contre le «régime de Bachar» ; chose qui n’a jamais été faite contre le régime sioniste d’Israël qui ne cesse depuis plus de 60 ans de spolier et d’assassiner les palestiniens. Ce projet d’armer et condamné par la Russie qui y voit une volonté de poursuivre les tueries et donc contraire au but de la Conférence qui veut instaurer la paix. La Russie réfute le pendant fait avec sa livraison d’armes défensives qui obéissent, selon elle, à des contrats légaux avec un gouvernement légitime, telles les batteries antimissiles russes S-300 qui ne peuvent pas servir à réprimer l’opposition armée.

Toutes ces agitations et gesticulations ne seraient pas apparues s’il n’y avait pas domination par l’armée syrienne du terrain des combats. Lorsque les groupes armés occupaient des pans entiers de territoire, imposant leurs lois en martyrisant les populations, détruisant les infrastructures économiques, sociales et culturelles, foulaient des pieds les lois internationales et la morale, l’Occident encourageait en espérant la généralisation du chaos sur toute la Syrie pour le projeter à tous les États de l’axe de la résistance avec en ligne de mire l’Iran, mais lorsque la situation s’est renversée par la reprise en main des choses par l’armée syrienne avec risque d’anéantissement de toute la stratégie tracée pour ce Moyen-Orient, le voilà exhiber les «lois internationales» pour faire condamner la Syrie de crimes de guerre non avérés ou commis par leurs hommes pour en accuser l’adversaire.

La Conférence dite de « Genève II » a pour but de trouver une solution politique à la crise syrienne que soutiennent de nombreux pays. S’y présenter sans éléments de pression serait absurde. D’où l’activisme de l’Occident à vouloir s’y présenter forts d’arguments leurs permettant de soutirer un maximum de dividendes. Ce qui explique qu’en même temps les Américains s’activent, parallèlement, à vouloir armer plus et mieux les «rebelles» et à instaurer une zone d’exclusion aérienne. Ce contraste ne peut que viser à éloigner l’échéance de la Conférence dans l’espoir, sans aucun doute, de gagner du temps afin de glaner des cartes de pression politique plus avantageuses, via leurs troupes. Un certain Driss Salim, du commandement de l’ASL, aurait promis de défaire les forces armées syriennes en… six mois si l’Occident lui fournit les armes nécessaires. Les Américains n’étant pas dupes, il est fort probable que leur Plan prévoit une option plus handicapante visant à éterniser la présence des terroristes à l’intérieur et autour de la Syrie en créant un foyer permanent prêt à en faire usage à tout moment et ce, à défaut de la victoire immédiate souhaitée.

Nous avons donc, après plus de deux ans :

– Une Syrie engagée dans une guerre sanglante contre une «rébellion» hétéroclite composée de milliers d’éléments étrangers soutenus militairement et financièrement par une coalition de pays impérialistes pro-sionistes, la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite appuyés par des ONG affidées et des milieux religieux musulmans sectaires.

– Une domination de l’armée syrienne sur le terrain des combats et des groupes armés, composés de plusieurs nationalités, en débandade.

– Un camp agresseur dans une grande confusion et indécis qui veut armer, pour «équilibrer les forces» dit-il, des groupes dont il craint qu’ils se retournent contre lui tout en spéculant sur une intervention militaire directe hasardeuse.

– Une Turquie d’Erdogan qui se retrouve dans la situation de «l’arroseur-arrosé» qui n’arrive plus à finir sa mission de déstabilisation de la Syrie.

– Une Égypte de Morsi – empêtrée dans des problèmes économiques, sociaux et institutionnels – qui se permet de suggérer sa disposition à assumer le rôle de la Turquie par des signaux en coupant toute relation avec la Syrie et en affichant son intention d’impliquer son armée. Chose que les hautes instances militaires jugent irréalisables contre tout pays «frère».

– Deux puissants ‘blocs’ qui s’affrontent pour un partage d’influence et d’intérêts. L’un croyant à la force militaire pour pouvoir étendre son hégémonie et l’autre qui veut montrer que le monde n’est plus unilatéraliste et qu’il est vain d’en nier l’évidence au risque d’un conflit généralisé.

Il faut être aveugle pour ne pas voir, à travers la guerre imposée à la Syrie de l’extérieur, une volonté de tailler à la hache toutes les nations de la région pour les affaiblir, les piller, les assujettir pour des siècles de « transition démocratique ».

Djerrad Amar

 

Morsi coupe les liens avec Damas, et appelle à une zone d’exclusion aérienne en Syrie


Morsi SyrieL’Egypte a décidé de couper tout lien avec la Syrie, de fermer l’ambassade syrienne au Caire et de rappeler l’envoyé égyptien à Damas, a déclaré le président égyptien Mohammed Morsi. Il a également exhorté les puissances internationales à imposer une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie.

« Nous avons décidé de fermer l’ambassade syrienne au Caire », a déclaré Morsi lors d’une conférence de religieux musulmans sunnites en faveur de l’insurrection syrienne, réunis  au Cairo Indoor Stadium, selon le journal local en ligne Ahram Online. « L’ambassadeur égyptien à Damas sera également retiré « .

La décision entre en vigueur samedi.

Le président a ajouté, au sujet du Hezbollah, le groupe militant islamique chiite basé au Liban :

«Nous sommes contre le Hezbollah dans son agression contre le peuple syrien. Il n’y a pas de place ou d’espace pour le Hezbollah en Syrie. »

Les combattants du Hezbollah se seraient battus aux côtés des troupes pro-gouvernementales syriennes contre les forces de l’opposition dans le conflit en cours.

S’adressant à l’immense foule du stade, le président égyptien a déclaré: «le peuple égyptien soutient la lutte du peuple syrien, matériellement et moralement, et l’Egypte, sa nation, ses dirigeants … et son armée, n’abandonneront pas le peuple syrien jusqu’à ce qu’il obtienne ses droits et sa dignité ».

Morsi a exhorté les puissances internationales à ne pas hésiter à faire respecter une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie. […]

Les États-Unis sont en train d’étudier la possibilité d’instaurer une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie et peut-être le long de la frontière de la Jordanie après l’affirmation que des gaz neurotoxiques ont été utilisés par le gouvernement syrien, selon Reuters. Un diplomate de haut rang a déclaré à l’agence : « Washington envisage une zone d’exclusion aérienne pour aider les opposants d’Assad « .

Mais le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a souligné que toute tentative pour établir la zone d’exclusion aérienne serait une violation du droit international.

« Il y a eu des fuites dans les médias occidentaux concernant le fait qu’il est sérieusement envisagé de créer une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie à travers le déploiement de missiles Patriot anti-aériens et de jets F-16 en Jordanie », a déclaré M. Lavrov. «Vous n’avez pas besoin d’être un grand expert pour comprendre que ce sera une violation du droit international. »

Cependant, tout en appelant à l’ingérence étrangère dans le conflit syrien, Morsi a mis en garde contre toute agitation intérieure alors que des manifestations anti-gouvernementales massives sont prévues pour avoir lieu le 30 Juin.

« Il n’y a pas de place pour les fauteurs de troubles [qui menacent] la sécurité et la stabilité de la nation. Nous allons résolument les arrêter », a-t-il dit, cité par Ahram Online.

Soulignant que cela ne signifie pas opposition, il a déclaré que « les restes de l’ancien régime veulent entraîner le pays vers le chaos. »

Traduction : Avic

Source RT