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Grande énigme au pays du Sphinx


suezVous y comprenez quelque chose dans tous ces évènements proche et moyen-orientaux ? J’avoue que je suis un peu largué. Pourtant l’équation que nous avions jusqu’ici semblait claire. D’un côté il y avait ceux qui veulent la Syrie : l’Occident, Israël et l’Arabie Saoudite secondée par ses satellites émiratis. Ils disposent d’une armée de plusieurs milliers de mercenaires entrainés par les spécialistes israéliens et occidentaux dans des pays alliés (Jordanie et Turquie) et financés et équipés par l’Arabie Saoudite qui en fournit les effectifs par ailleurs. Ouvertement c’est presque une guerre syro-saoudienne.

En face il y a ceux qui s’opposent de toutes leurs forces au dépeçage de la Syrie. Outre la Syrie elle-même, il y a le Hezbollah, l’Iran et la Russie. Leur ennemi c’est cette armée saoudienne – il faut bien l’appeler par son nom.

C’est ici que les choses commencent à s’embrouiller. Les saoudiens font tout ce qu’ils peuvent pour entrainer l’Occident vers une intervention directe, y compris par de moyens de type false flag. Il semble qu’ils soient enfin parvenus à leurs fins avec la dernière attaque à l’arme chimique. Pour cette intervention, l’usage du Canal de Suez est nécessaire et dépend entièrement du gouvernement égyptien qui n’existe aujourd’hui, dans la tourmente que traverse le pays, que grâce au soutien sans faille de l’Arabie Saoudite. Or cet allié crucial vient de décider qu’il n’était pas question d’utiliser le canal pour aller faire la guerre à la Syrie, anéantissant, du coup, deux ans d’effort de ses sponsors, juste au moment où ceux-ci décrochaient enfin le gros lot, c’est-à-dire l’acceptation (presque) d’Obama pour une intervention directe.

Après ce coup de tonnerre, que font les saoudiens ? Rien, aux dernières nouvelles. L’argent continue de couler à flot. Que font les occidentaux ? Silence radio dans les chancelleries. Que fait Israël ? On n’a pas vu de chars de l’armée israélienne se diriger vers la frontière comme en 56 sous Nasser.

Etait-ce la clé pour désamorcer la crise ? Pas de Canal, pas de bombardement, donc retour au calme. Tout cela n’aurait été que de l’esbroufe ? Si c’est le cas, cela voudrait dire qu’un autre agenda est en cours.

Ceux qui ont des réponses à toutes ces questions ont bien de la chance. Moi je donne ma langue au sphinx.

Avic

Quelle voie pour l’Égypte ? À la recherche d’un «Nasser» ?


Tribune libre de Djerrad Amar

L’Égypte est, en effet, considérée le plus important pays du monde arabe, un des piliers de l’Histoire par sa civilisation vieille et majestueuse. Piégée par les vicissitudes de l’histoire récente, elle s’est retrouvée 40 ans durant affaiblie, avilie jusqu’au réveil brutal de son peuple qui veut changer son sort en sortant massivement dans la rue pour effacer et évincer les 11 années de Sadate, les 30 années de Moubarak et le laps de temps des Frères musulmans de Morsi. Des élites surgissent dans ce mécontentement généralisé pour lui faire changer de voie, de destin en s’employant à vouloir reconquérir la souveraineté égyptienne d’antan. Beaucoup font référence à la période de Nasser qu’ils trouvent progressiste, équilibrée en se posant la question s’il existe un Nasser contemporain ? Nous vous proposons une pertinente réaction de notre ami « Cheikh Si Mimoun » que voici.
Djerrad Amar; (Ref. Allain Jules)
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nasser-horizontal-gallery1Par Cheikh Si Mimoun
 
Avant de partir à la recherche d’un nouveau Nasser, il faut se munir des données et du contexte de l’époque. Il faudra en particulier :
– Ressusciter le puissant bloc solidaire des non-alignés né à Bandoeng dont Nasser, comme Nehru, Tito, Chou-En-Lai et d’autres, était un pilier et sur lequel il s’appuyait.
– Ressusciter l’URSS qui appuyait ce bloc et Khroutchev qui en 1956 menaçait publiquement d’effacer Londres et Paris de la carte s’ils ne déguerpissaient pas après leur agression de Suez en compagnie de « zionistan ».
– Ressusciter même De Gaulle (1) qui avait une politique arabe plus équilibrée que celle d’aujourd’hui totalement inféodée aux intérêts de « zionistan ».
– Ressusciter la neutralité du Canada aujourd’hui dirigé par un Harper entièrement dévoué aux intérêts de « zionistan » en se faisant carrément porte-parole de Netanyahou.
– Enlever à l’entité sioniste ses armes nucléaires développées entre-temps.
– Neutraliser les capacités de nuisance des monarchies wahhabites multipliées, entre temps, par 100 sur les plans financiers, médiatiques et de corruption des dirigeants occidentaux.
– Réduire les capacités de nuisance des Frères musulmans et des wahhabites à ce qu’elles étaient dans les années 50 et 60.
– Rétablir l’Irak et la Syrie à ce qu’ils étaient avant leur démolition.
– Réduire la population égyptienne par 2 pour revenir au niveau de difficultés économiques de l’époque.
Bref remettre les différents paramètres du système d’équations à leur valeur des années 50, 60 et même 70 avant la chute de l’URSS.
Cette opération de remonter le cours de l’histoire étant impossible, le nouveau Nasser, comme tout dirigeant devra résoudre les équations telles qu’elles se présentent aujourd’hui (2). Vu que l’Égypte n’a jamais été dans une situation aussi difficile aussi bien sur le plan interne que sur le plan de son environnement, elle doit être en mesure d’accomplir des miracles.
Alors, évitons donc de lui demander l’impossible et contentons-nous de seulement remettre l’Égypte sur la bonne voie. Le reste, c’est l’affaire des Égyptiens et personne d’autre, les conseilleurs n’étant pas les payeurs.
(1) A la mort de Nasser, c’est Chaban Delmas lui-même alors PM de Pompidou qui avait représenté la France à ses funérailles. Pour la petite histoire, c’est Chaban et Boumedienne qui se trouvaient côte à côte qui ont protégé Haïlé Sélassié qui a failli être écrasé par une bousculade.
(2) C’est Ali, le 4e Khalife, cousin et gendre du prophète (sws), qui avait dit cette phrase très en avance sur son temps et restée célèbre : « apprenez à vos enfants à comprendre leur époque et non la vôtre ». Ce qui revient à dire qu’il faut résoudre les équations avec leurs paramètres actualisés tenant compte en particulier des nouveaux rapports de force avec lesquels il faut manœuvrer.
Cheikh Si Mimoun