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Le coup de maître de l’axe de la résistance à la conférence de Genève 2


20140221Mouallem-LavrovLa conférence de Genève 2 s’est terminée sur un échec, selon les divers analyses et commentaires parus dans les médias. Le constat d’échec semble d’autant plus évident qu’aussitôt la conférence terminée, les principaux acteurs occidentaux se précipitaient pour l’annoncer dans des déclarations dépitées accusant la délégation syrienne d’en être la cause. A les entendre, il y a eu échec à la recherche de la paix en Syrie. Lire la suite Le coup de maître de l’axe de la résistance à la conférence de Genève 2

L’AIEA est prête à clore le dossier nucleaire iranien


Iran-IAEATéhéran, l’AIEA et six intermédiares internationaux qui participent aux négociations sur le problème nucléaire iranien, sont sur le point de clore le « dossier nucléaire » iranien. Le round décisif des consultations avec les experts de l’AIEA aura lieu le 11 novembre à Téhéran mais avant cela, les 7-8 novembre à Vienne, les « six » (cinq membres permanents du CS de l’ONU et l’Allemagne) devront harmoniser avec Téhéran la nouvelle approche de la solution du problème.

Toutes les dernières propositions faites par l’Iran à l’AIEA sont strictement confidentielles. Les déclarations des officiels américains et des représentants de l’UE montrent cependant que ce processus qui semblait s’enliser commence enfin à bouger du point mort. James Carney, secrétaire de presse de la Maison Blanche, a, par exemple, déclaré que l’Iran avait fait « une nouvelle proposition sérieuse et cohérente que nous n’avons jamais vue auparavant ».

A son tour, Catherine Ashton, la coordinatrice de la politique extérieure de l’UE, a qualifié le dernier round de Vienne (30-31 octobre) des consultations avec les négociateurs iraniens de « plus productif de tous ».

A en juger par quelques informations fort incomplètes qui se sont infiltrées dans les journaux, le problème nucléaire iranien perdra son statut militaire pour devenir technologique. On apprend des sources diplomatiques à Vienne que l’Iran et l’AIEA ont décidé de renoncer à l’ancien dossier sur l’évaluation de l’éventuel volet militaire du programme nucléaire de la République Islamique. « Ce travail doit aboutir sur la normalisation des relations entre l’Iran et l’Agence et le retrait de la question iranienne de l’agenda de chacune des réunions du Conseil des gestionnaires », rapportent les journaux de Vienne en citant un diplomate qui participe aux négociations. « L’Iran doit être surveillé par l’AIEA au même titre que les autres pays dans le cadre de ses activités de contrôle ». Cela signifie en fait la clôture du « dossier nucléaire iranien ».

Il est pour le moment difficile de dire quelles concessions précisément ont été faites par l’Iran aux six intermédiaires. On peut seulement supposer qu’elles ont été de taille sinon les « six » ne feraient pas preuve d’un tel optimisme.

Les experts russes estiment que cette évolution fait suite au changement de la position de Washington. En effet, après les scandales de la surveillance globale qui ont entaché sa réputation, le président Obama a vitalement besoin d’initiatives de rupture en politique extérieure. La clôture du « dossier nucléaire » iranien et la normalisation des relations avec Téhéran lui offrent une occasion rêvée, d’autant plus que tant les démocrates que les républicains y exhortent depuis longtemps la Maison Blanche.

Tout porte à croire que le « dossier nucléaire » iranien sera réellement clos mais cela ne signifie pas que cessera le programme nucléaire iranien, a confié à La Voix de la Russiele professeur de l’Université militaire russe Oleg Koulakov. Le fait est que les États-Unis sont en train de revoir entièrement la politique qu’ils appliquaient depuis des dizaines d’année à l’égard de l’Iran, ce qui amènera forcément une restructuration des relations avec tous les pays de la région dont l’Arabie Saoudite et Israël.

Les États-Unis procéderont à une reconfiguration des relations avec tout le monde y compris avec Téhéran. Les changements qui s’opèrent actuellement dans les relations entre l’Iran, L’AIE et les États-Unis eux-mêmes, s’expliquent par le simple fait qu’il vaut mieux ne pas pas regarder le programme nucléaire iranien à la loupe. Tous comprennent que le programme nucléaire porte déjà un caractéte irréversible pour l’Iran et qu’il ne sert à rien d’en discuter parce que le pont de non-retour a été franchi.

Le « dossier nucléaire » iranien sera vraisemblablement clos. D’une part, avec l’avènement au pouvoir du président réformateur modéré Hassan Rohani, Téhéran est prêt à faire des concessions à la communauté internationale. D’autre part, même les conservateurs américains sont las des lenteurs des négociations sur le problème nucléaire, a dit à La Voix de la Russie Andreï Volodine, directeur du Centre d’études orientales de l’Académie diplomatique russe :

« Les États-Unis sont en rupture de toutes les relations avec l’Iran depuis les années 1980 du dernier siècle sans en tirer de dividendes politiques. Leurs alliés européens gémissent littéralement à cause des sanctions et de l’embargo sur le commerce avec l’Iran. A son tour, dans le tourbillon des révolutions et de « l’éveil arabe », l’Arabie Saoudite a perdu le contrôle du Proche et du Moyen-Orient et devra se soumettre forcément aux décisions que prendront les États-Unis. »

L’Iran a commencé à développer son nucléaire aussi loin que dans les années 1960 avec l’aide des États-Unis, d’Allemagne et de France. Après l’avènement au pouvoir en 1979 de l’ayattollah Khamenei, il a déclaré que le taux d’enrichissement d’uranium ne serait pas supérieur à 20%. C’est la classe des matériux fissiles pour la production d’énergie et la recherche. Pourtant, Israël estime qu’il est capable de l’enrichir à 90% sous 90 jours ce qui est en principe suffisant pour se fabriquer la bombe nucléaire. Les experts russes estiment quant à eux que cela lui prendra entre 5 et 10 ans.

On voit en fait que les ambitions nucléaires iraniennes évoluent progressivement comme au Japon. Tokyo maîtrise le cycle complet des technologies nucléaires mais se refuse à fabriquer les armes. Il n’en reste pas moins qu’il pourrait en produire en cas de besoin.

Syrie / ONU : Qu’est-ce qui a changé ?


2013-09-25T213132Z_1_APAE98O1NSM00_RTROPTP_3_OFRWR-ONU-SYRIE-RUSSIE-20130925Par Nasser Kandil

Cette nuit, nous avons assisté à une avancée soudaine et rapide des négociations sur le dossier nucléaire iranien doublée de la validation, par les USA, de la « version originale » du projet de résolution russe concernant les armes chimiques de la Syrie.

Alors… qu’est-ce qui a changé ?

  • Washington attendait de la Russie, de l’Iran, et de la Chine, une réponse tournant autour des facilités du retrait US d’Afghanistan. Washington a reçu une réponse positive, à condition qu’il mette fin au conflit tournant autour de la Syrie !
  • S’agissant de l’Afghanistan, Washington avait parié sur le temps ; un temps dont il ne disposait plus… Il lui restait quelques mois qu’il a mis à profit, jusqu’au dernier instant, pour obtenir le maximum possible en maintenant une ambiance d’escalade des hostilités.
  • Entretemps, les différentes formations des prétendues oppositions syriennes s’effondrent l’une après l’autre ; Al-Qaïda se maintient militairement sur le terrain ; la Coalition des prétendus révolutionnaires syriens censée servir d’atout à la Conférence de Genève II n’est travaillée que par les ambitions électorales ; l’exécution du projet de résolution russe concernant l’élimination de l’arsenal  chimique syrien demande du temps et exige le maintien des institutions militaire et sécuritaire syriennes sous la direction du Président Bachar al-Assad… Il n’est donc plus question de tergiverser et de continuer à négocier le départ du Président syrien par le dialogue ou les pressions.
  • Les pressions turques et saoudiennes et l’inutile arrogance française ne sont plus de mise, et il est indispensable de faire comprendre à Israël qu’il sera confronté aux mêmes exigences pressantes de signature des traités internationaux sur les armes chimiques et nucléaires.
  • Washington s’empresse de conclure les accords qui servent ses intérêts et laisse à chacun le soin d’extraire l’écharde plantée dans sa main !

Nasser kandil

27/09/2013

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Texte original : Top News Syria

http://www.topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php?art_id=2216

Monsieur Nasser Kandil est libanais, ancien député et directeur de Top News-nasser-kandil

 

Israël traîne le monde dans la gadoue


Tribune libre SAID

PALESTINE_2Les Palestiniens sont sans doute partis à Washington sans se faire trop d’illusions. Cependant, après la nouvelle provocation d’Israël, la question est inévitable. D’aucuns se demandent en fait, pourquoi l’Autorité palestinienne a-t-elle accepté de revenir s’asseoir autour d’une table avec les Israéliens – après trois années de boycott – alors que les choses n’ont pas évolué d’un iota? La question est également pertinente si l’on excipe du fait qu’Israël (les dirigeants israéliens) n’a jamais caché qu’il n’était pas prêt à céder sur aucun des principaux points qui configurent le contentieux israélo-palestinien: les frontières, la colonisation et les constructions de logements, le retour des réfugiés.

Depuis l’accord d’Oslo de 1993 – qui s’est avéré être un accord de dupes – les négociations entre Israël et les Palestiniens ont eu pour seule finalité, non point d’assurer la paix et la concorde entre deux peuples, mais de faire gagner du temps à l’Etat hébreu. Cela se vérifie encore par une reprise à tout le moins aventureuse de négociations solidement coincées dans l’impasse où les ont égarées les oukases israéliens. Israël qui n’accepte de conseils de personne ne manque pas en revanche d’imposer son diktat à ses «amis» ou présumés ennemis.

Pour dire que la reprise des négociations israélo-palestiniennes sont déjà mortes avant même que d’être amorcées. Le coup de grâce a été donné, dimanche dernier, par le ministre israélien du Logement, l’ultranationaliste religieux Uri Ariel. En marge de l’annonce faite le même jour de la publication d’un appel d’offres pour la construction d’un millier de logements dans les colonies en territoires palestiniens occupés celui-ci a dit – allusion aux critiques internationales considérant illégales la colonisation -«aucun pays au monde n’accepte de diktats d’autres pays sur les endroits où il peut construire ou pas» ajoutant «nous allons continuer de mettre des appartements sur le marché et de construire partout dans le pays». Quel pays? Israël? Les territoires palestiniens occupés sont-ils le «pays» auquel il se réfère? Si c’est le cas, à quoi rimerait alors le cirque de la reprise de «négociations» annoncées en grande pompe, alors que celles-ci n’ont pas bougé depuis 20 ans?

Les déclarations du ministre israélien et l’annonce de l’appel d’offres interviennent à quarante-huit heures du retour à Washington des négociateurs palestiniens et israéliens. Si ces développements ont pour but de faire capoter les négociations, voire provoquer leur rupture de la part des Palestiniens, alors que font ces derniers dans la capitale US? Qu’en disent les parrains américains du processus de paix, qui n’ont pas réagi à la nouvelle provocation israélienne? Et ce n’est pas la première fois que cela a lieu. Il y a deux ans, Israël avait lancé un appel d’offres à la construction de logements à Jérusalem-Est occupée en pleine visite du vice-président états-uniens, Joe Biden.

Le fait est établi, Israël ne respecte personne, pas même le pays qui le porte à bout de bras, lui assure l’impunité au Conseil de sécurité de l’ONU par ses veto et par une aide financière qui se chiffre en milliards de dollars. Que dit l’ONU qui s’est défaussé de sa mission qui reste celle d’aider les peuples sous le joug colonial à recouvrer leurs droits? Que dit le Quartette pour le Proche-Orient, qui s’est surtout signalé par un mutisme coupable, se dérobant à ses responsabilités envers la paix au Proche-Orient? Que dit ladite «communauté internationale» encore une fois tétanisée par la peur de dire ses vérités à Israël fomentateur de guerre au Moyen-Orient?

Au début de ce mois, à la reprise des discussions entre Israël et les Palestiniens, nous écrivions sur ces mêmes colonnes: «Qui peut ignorer ou feindre ignorer les tenants et aboutissants d’un dossier qui interpelle les instances internationales depuis plus de six décennies? Comment croire, qui croira que les retrouvailles, entre Palestiniens et Israéliens travaillés au forceps par le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, aboutiront à plus ou moins long terme – forçons-nous à l’optimisme – à quelque chose de concret?» Nous ne croyons pas si bien dire. L’appel d’offres d’Israël pour de nouvelles constructions à Jérusalem-Est et en Cisjordanie occupées, montre en fait le mépris que ce pays affiche envers, outre son parrain américain, l’ONU et ladite «communauté internationale» lesquels ont démissionné face à l’arrogance de l’Etat hébreu, car assuré de l’impunité. En effet, qui osera mettre Israël face à ses devoirs et responsabilités? Impuissante face à Israël, ladite «communauté internationale» se rattrape en gonflant le torse face à l’Iran! Hélas!!

Karim MOHSEN

http://lexpressiondz.com

Négociations israélo-palestiniennes ? Pourquoi faire ?


608124-president-autorite-palestinienne-mahmoud-abbasIl y a des cycles comme ça, incontournables. Les jeux olympiques, les jeux d’hiver, la coupe du monde de Football… Et aussi les négociations de paix israélo-palestiniennes. Régulièrement, on les remet sur le tapis, au rythme des présidents américains. C’est leur chasse gardée, leur prérogative absolue. Il ne peut y avoir négociations qu’avec et par l’intermédiaire d’un président américain. Et chaque président se doit d’avoir ses négociations à lui. Ce n’est pas seulement une question de prestige, c’est presque un devoir sacré devenu routine. S’il y a deux choses qu’un président américain doit avoir fait avant de se retirer c’est d’avoir bombardé au moins un pays et avoir fait dialoguer israéliens et palestiniens. Le dialogue terminé, il peut partir l’âme en paix, à défaut de l’avoir obtenue entre les deux protagonistes. Son successeur reprendra tout à zéro quand son tour sera venu, et le cycle recommence.

Ils sont donc toujours trois à participer à ces négociations dites de paix. Ils sont aussi trois à savoir qu’elles ne mèneront à rien. Ils savent que c’est du cinéma, mais ils joueront leurs rôles le plus sérieusement du monde. Ils le feront parce qu’il y a tout de même des enjeux, même s’ils sont très éloignés des objectifs avoués. Après la mascarade des pourparlers, tous en sortiront gagnants, mais la Palestine restera toujours occupée, Gaza sera toujours bombardée avant chaque investiture présidentielle américaine, et les colonies continueront à se développer, pendant que l’Europe enverra Mme Ashton à Tel-Aviv pour demander quelle est la conduite à tenir à chaque évènement concernant la région.

Que gagneront nos trois larrons ?

Obama a déjà été payé. Il a à rembourser une grosse dette qui, par ses faits de guerre, s’est alourdie au point de ressembler à la dette américaine. Cette dette c’est ce prix Nobel de la paix qu’on lui a octroyé à peine élu. Un beau piège, finalement. Un président américain a toujours une guerre en cours ou en prévision ici ou là. Lui coller un prix Nobel de la paix, c’est lui lier les mains, l’empêcher de faire son job de président des Etats-Unis. Obama a quand même fait son boulot comme si de rien était. Mais pour que ce prix Nobel encombrant ne devienne pas une imposture historique, l’étape obligée du ‘’processus de paix’’ israélo-palestinien tombe à pic. Pour les vieillards d’Oslo, une rencontre entre un dirigeant palestinien et un dirigeant israélien vaut, à elle seule, au minimum dix prix Nobel. Obama sera donc cet homme de paix qui réussira à arracher, au forceps, la promesse (seulement la promesse) à Netanyahou de ne pas construire plus de 100 logements supplémentaires en territoire palestinien d’ici Décembre.

Netanyahou, par la seule tenue des négociations, a déjà gagné. Un faucon cherche-t-il à dialoguer ? Un belliqueux va-t’en guerre discute-t-il avec l’ennemi ? Voilà déjà de quoi édulcorer, sinon changer, son image. De plus, il connait par cœur ce que veulent ceux d’en face. Il lui suffit, pour bloquer les négociations dès les premières minutes, d’arriver avec des propositions qu’ils ne peuvent ni personnellement, ni politiquement accepter. A supposer que Netanyahou ait vraiment envie de mener de vrais négociations en vue de la paix (ce qui serait quand même  étonnant), il n’a aucun moyen, ni lui, ni aucun homme politique aujourd’hui en Israël, d’accéder aux demandes du peuple palestinien pourtant simples. Citons-en deux. Disparition de ces enclaves que sont les colonies qui font ressembler la Palestine à du gruyère.  Techniquement Netanyahou n’a pas les moyens de s’y attaquer, et économiquement Israël n’a pas la capacité de le supporter. L’autre exemple concerne le retour des réfugiés ou leurs descendants. L’accepter signifie, dans un premier temps, dire adieu à la notion d’état juif et, dans un deuxième temps, la mort du sionisme dans cette partie du monde. Ce que les promoteurs du sionisme, dans leurs bureaux à New-York ou Londres, n’accepteront jamais.

Et justement, ces promoteurs qui sont les principaux intéressés par ces négociations, y sont absents. Physiquement seulement. Mais leur ombre est omniprésente. Si Netanyahou joue bien son rôle, son avenir politique sera assuré, et les dollars pleuvront sur Israël.

Et Mahmoud Abbas ? Puisqu’il est dit qu’il y aura dialogue, il faudra un interlocuteur. Ce sera donc lui. Il n’est là d’ailleurs que pour être interlocuteur en cas de besoin. Après les pourparlers, on le rangera au placard en attendant la future séance. Aucune de ses revendications n’aboutira et il le sait, il connait trop son monde. Il sait aussi que son protagoniste va essayer de le tourner en bourrique. Mais qu’à cela ne tienne. Ces pourparlers, malgré tout, assoiront un peu plus l’image de la Palestine du point de vue diplomatique et politique. C’est peu et beaucoup à la fois. Pour lui et son parti, ces négociations renforceront encore un peu plus une légitimation de représentants du peuple palestinien qui ne repose sur rien.  Les pourparlers pourront même repousser d’éventuelles élections aux calendes grecques. Là aussi, il est primordial de bien jouer son rôle, sans couacs. Si tout se passe bien, c’est, comme pour Israël, une pluie de dollars et aussi d’euros qui pleuvra sur la Palestine. Par ces euros, les européens auront l’impression d’avoir participé et d’avoir encouragé la paix, tout en satisfaisant leurs grands sentiments humains mis à mal par les raids israéliens sur Gaza.

Puisque seule la cause palestinienne (comme d’habitude) n’y gagne rien, pourquoi avoir entamé les négociations si tard ? Pour Obama, ça n’a pas dû être simple. Les printemps arabes qui n’en finissent pas, les positions russes et chinoises qui compliquent l’équation, l’attentat de Benghazi et, surtout, ce maudit Bachar Al Assad qui a tout fait capoter. S’il était parti tout de suite, comme cela avait été prévu, les choses auraient été plus faciles. On y aurait vu beaucoup plus clair dans le nouveau paysage qui se serait dessiné. Il aurait même été possible de trouver des solutions qui satisfassent tout le monde : Israël, les palestiniens, les colons et même les réfugiés. Mais avec l’entêtement des russes et des chinois, deux ans après Assad est toujours là, malgré les rappels incessants de ‘’Bachar Al Assad doit partir’’. Deux ans de perdus. On ne peut plus attendre. Il faut s’entendre avec les russes, peut-être même les iraniens  (horreur !), car le temps passe vite. Une négociation à minima vaut mieux que pas de négociation du tout.

Il ne sera pas dit que Barak Hussein Obama, prix Nobel de la Paix, n’aura pas rajouté son nom dans la longue liste des négociateurs de paix au Proche Orient.

Avic

Kerry et chutzpah – Uri Avnery


kerryIsraelS’il vous arrive de tomber sur John Kerry à l’aéroport Ben Gourion, vous pouvez vous demander s’il est en train d’arriver ou de partir. Il peut bien se le demander lui-même.

Cela fait plusieurs semaines maintenant qu’il consacre la majeure partie de son précieux temps à des réunions avec Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas, en essayant d’avoir ces deux personnes ensemble.

Il y a environ une demie heure de trajet de voiture entre le bureau du Premier ministre à Jérusalem et la Mukata’ah du Président palestinien à Ramallah. Mais ils sont plus éloignés l’un de l’autre que la Terre et Mars.

Kerry a pris sur lui de les amener à se rencontrer – peut-être quelque part dans l’espace. Sur la lune, par exemple.

***

SE RENCONTRER POUR quoi faire?

Ah, c’est là le hic. L’idée semble être de se rencontrer juste parce qu’il faut se rencontrer.

Nous avons vu cette procédure pendant des années. Les présidents américains successifs ont tous entrepris de rapprocher les deux parties. Il s’agit d’une croyance américaine, enracinée dans la tradition anglo-saxonne, que si deux personnes convenables et raisonnables se réunissent pour débattre de leurs différences, tout va rentrer dans l’ordre. C’est presque automatique: rencontre – dialogue – accord.

Malheureusement, ça ne fonctionne pas vraiment de cette façon avec les conflits entre les nations, des conflits qui peuvent avoir de profondes racines historiques. Pendant les réunions entre les dirigeants de ces nations, ils ne sont là souvent que pour se lancer à la figure d’anciens accusations, dans le but de convaincre le monde que l’autre côté est complètement dépravé et méprisable.

Chaque camp, ou les deux à la fois, peut être intéressé à prolonger les réunions indéfiniment. Le monde regarde la réunion des leaders, le médiateur et les photographes travaillent dur, tout le monde parle sans cesse de paix, paix, paix.

Je me souviens d’un monsieur scandinave du nom de Gunnar Jarring. Vous vous souvenez? Non? Ne vous culpabilisez pas. Il est éminemment oubliable. Un diplomate suédois tout à fait comme il faut (et Turquologue), il a été mandaté par l’ONU au début des années 1970 pour amener les Egyptiens et Israéliens autour d’une table de négociation pour parvenir à des accords de paix entre eux.

Jarring a pris très au sérieux sa mission historique. Il a fait inlassablement la navette entre Le Caire et Jérusalem. Son nom est devenu une blague en Israël, et probablement en Egypte, aussi.

Les protagonistes d’alors étaient Anwar Sadat et Golda Meir. Comme nous l’avons révélé à l’époque, Sadate a délivré à Jarring un message capital: en échange de la restitution de l’ensemble de la péninsule du Sinaï, conquise par Israël en 1967, il était prêt à faire la paix. Golda a rejeté cette proposition d’un revers de main. Il n’y avait eu, bien sûr, aucune réunion.

(Une blague populaire circulait à l’époque ; Golda et Sadate en face l’un de l’autre à partir de rives opposées du canal de Suez; Golda a crié: « faites l’amour pas la guerre! » Sadate regarda à travers ses jumelles et répondit: «Je préfère la guerre»)

Tout le monde sait comment ce chapitre s’est terminé. Après que  Golda ait tout rejeté, Sadate a attaqué, a remporté une victoire surprise initiale, tout le monde politique a commencé à bouger, Golda a été mise à la porte, et après quatre années de Yitzhak Rabin, Menahem Begin est arrivé au pouvoir et a accepté avec Sadate la même paix qui avait été proposée avant la guerre. Les 3000 soldats israéliens et environ 10.000 Egyptiens qui sont morts dans la guerre n’auront pas vu cet accord.

Jarring, soit dit en passant, est décédé en 2002, méconnu et oublié.

***

Kerry n’est pas Jarring. Tout d’abord, parce qu’il ne représente pas une organisation internationale impuissante, mais la seule superpuissance au monde. La toute-puissance des Etats-Unis d’Amérique est à sa disposition.

Que peut-il faire ?

C’est vraiment la question la plus pertinente – en fait la seule qui soit pertinente – en ce moment.

Il aura besoin de beaucoup de choses pour réaliser son plus cher désir : la rencontre – pas seulement la rencontre, mais La Rencontre – entre Netanyahu et Abbas.

La tâche semble facile. Netanyahu déclare, avec sa sincérité habituelle, qu’il veut cette rencontre. Non, qu’il est impatient de faire cette rencontre. Avec le charme poli d’un présentateur de télévision chevronné familier avec le pouvoir des images visuelles, il a même proposé de monter une tente à mi-chemin entre Jérusalem et Ramallah (à l’infâme check point de Qalandia ?) et de s’asseoir avec Abbas et Kerry jusqu’à ce qu’un accord complet sur tous les aspects du conflit ait été atteint.

Qui pourrait résister à une telle offre généreuse? Pourquoi diable Abbas ne saute-t-il pas sur cette opportunité pour la saisir des deux mains?

Pour une raison très simple.

Le début de nouvelles négociations serait un triomphe politique pour Netanyahu. En fait, c’est tout ce qu’il veut vraiment – la cérémonie, la grandiloquence, les dirigeants se serrant la main, les sourires, les discours pleins de bonne volonté et parler de la paix.

Et après ? Après plus rien. Des négociations qui se poursuivent indéfiniment, des mois, des années, des décennies. Nous avons déjà vu tout ça auparavant. Yitzhak Shamir, un des prédécesseurs de Netanyahu, s’est rendu célèbre pour s’être vanté qu’il aurait traîné les négociations indéfiniment.

Le bénéfice pour Netanyahu serait clair et immédiat. Il serait considéré comme l’homme de la paix. Le gouvernement actuel, le plus à droite et le plus nationaliste qu’Israël ait jamais connu, serait réhabilité. Toutes les personnes à travers le monde qui prêchent un boycott d’Israël dans tous les domaines seraient humiliées et désarmées. L’inquiétude croissante à Jérusalem sur la « délégitimation » et « l’isolement » d’Israël serait apaisée.

Que gagnerait la partie palestinienne dans tout ça? Rien. Pas d’arrêt pour les colonies. Pas même la libération des anciens prisonniers qui ont été incarcérés pendant plus de 20 ans (comme ceux qui ont été libérés au Hamas en échange de Gilad Shalit). Désolé, pas de « conditions préalables »!

Abbas exige que l’objectif des négociations soit précisé à l’avance: la création de l’Etat palestinien avec des frontières « basées sur » les lignes d’avant 1967. L’omission de cette déclaration dans les accords d’Oslo de 1993 a conduit à leur évaporation. Pourquoi faire la même erreur deux fois?

En outre, Abbas veut fixer une date limite pour les négociations. Un an ou deux.

Netanyahu, bien sûr, refuse tout cela. Pour l’instant, le pauvre Kerry essaie de monter quelque chose qui puisse à la fois satisfaire le loup tout en gardant l’agneau vivant. Donner à Abbas des assurances américaines sans les assurances israéliennes, par exemple.

***

Dans toute cette chamaillerie, un fait fondamental est ignoré.

C’est encore cet éléphant. L’éléphant dans la pièce, dont Netanyahu refuse l’existence et que Kerry essaie d’ignorer.

L’occupation.

Il est généralement admis que les négociations se font entre égaux. Dans les dessins animés, Netanyahu et Abbas seraient présentés comme des personnes de taille égale. L’image américaine de deux personnes raisonnables discutant entre eux suppose deux partenaires plus ou moins égaux.

Mais ce tableau d’ensemble est fondamentalement faux. Les «négociations» proposées sont entre une force d’occupation toute-puissante et un peuple occupé presque totalement impuissant. Entre le loup et l’agneau.

(C’est la vieille blague israélienne à nouveau: Pouvez-vous garder un loup et un agneau ensemble ? Bien sûr que vous pouvez, si vous mettez une nouvel agneau chaque jour.)

L’armée israélienne opère librement dans toute la Cisjordanie, y compris à Ramallah. Si Netanyahou le décide, Abbas peut se retrouver demain matin dans une prison israélienne, en compagnie de personnes âgées que Netanyahu refuse de libérer.

Moins radicalement, le gouvernement israélien peut, à tout moment, à volonté, arrêter le transfert des sommes importantes d’argent provenant des impôts et des taxes de douanes qu’il perçoit pour le compte de l’Autorité palestinienne, comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises. Cela mettrait immédiatement l’Autorité palestinienne au bord de la faillite.

Il y a des centaines de façons, plus raffinées les unes que les autres, pour les autorités d’occupation et l’armée d’occupation de rendre la vie insupportable aux palestiniens en tant qu’individus et à la communauté palestinienne dans son ensemble.

Que peuvent faire les Palestiniens pour mettre la pression sur le gouvernement israélien? Très peu de choses. Il y a la menace d’une troisième Intifada. Cela préoccupe l’armée, mais ne l’effraie pas. La réponse de l’armée c’est plus de répression et plus de massacres. Ou bien une autre résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies élevant la Palestine au rang de membre à part entière de l’organisation mondiale. Netanyahu serait furieux, mais le préjudice réel serait limité.

***

Toute pression visant à démarrer des négociations sérieuses qui mèneraient à un accord de paix à terme – disons en un an – doit provenir du Président des Etats-Unis d’Amérique.

C’est tellement évident qu’il n’est guère besoin de le dire.

C’est le nœud du problème.

Kerry peut apporter de l’argent, beaucoup d’argent, pour soudoyer les Palestiniens, ou leur murmurer dans l’oreille de terribles menaces pour leur faire peur et les pousser à rencontrer Netanyahu dans sa tente imaginaire – c’est-à-dire presque rien.

La seule chance de commencer de véritables négociations est pour Barack Obama de mettre tout son poids dans la balance, pour affronter le Congrès et le très puissant lobby pro-israélien et de dicter aux deux côtés le plan de paix américain. Nous savons tous à quoi cela doit ressembler – une combinaison de la ligne (Bill) Clinton et de l’initiative de paix panarabe.

Si John Kerry est incapable d’exercer cette pression, il ne devrait même pas essayer. C’est vraiment une improvisation que de venir ici pour faire bouger les choses lorsque vous n’avez aucun moyen d’imposer une solution. Quelle Impertinence.

Ou, comme on dit en hébreu, chutzpah.

Uri Avnery est un écrivain israélien et militant pour la paix avec Gush Shalom. Il est un contributeur au livre de Counterpunch The Politics of Anti-Semitism.

Traduit par Avic

Source : http://www.counterpunch.org/