Archives du mot-clé Occident

Résurrection de la Russie millénaire


Tribune libre Palestine AlQuds_15

sotchi-6-dancersDe Catherine II à Dostoïevski, à Poutine et à Sochi

Par Pr Chems Eddine CHITOUR

«La critique est aisée mais l’art est difficile» Philippe Néricault, (Destouches) comédien et auteur dramatique français (1680-1754)

Ça y est, Sotchi a brillé de mille feux! Malgré des critiques infondées, voire méprisantes de l’Occident pour amoindrir la fête. Les médias français ne sont pas en reste. Menés par le Journal Le Monde dont on s’aperçoit qu’il en rajoute pour être dans la ligne, les médias font assaut d’adoubement à l’Empire. Ce journal se permet une sentence: Vladimir Poutine ne montera pas sur le podium. Ce fut exactement le contraire! Ce fut un spectacle grandiose à la mesure de la grande Russie que l’Empire avait trop rapidement enterrée. En 12 tableaux, nous eûmes tableaux à l’histoire de l’Empire russe dont la grande révolution de 1917 ne fut qu’une étape. Lire la suite Résurrection de la Russie millénaire

Complètement loufoque, le nouveau jouet de l’Occident s’appelle Genève 2


145A8C64-3B5C-4070-8DB3-8F3C2F5B387A_mw1024_n_sOn se doutait bien que les derniers jours avant la conférence de Genève 2 seraient riches en rebondissements, coups tordus, et surprises de dernière minute. Eh bien on a eu tout ça, et même un peu plus.

Le jeu consistait, pour les ennemis de la Syrie, à faire venir les équipes sur le terrain, mais que le match n’ait surtout pas lieu. Lire la suite Complètement loufoque, le nouveau jouet de l’Occident s’appelle Genève 2

Les fondements et les raisons complexes du Jihad


Tribune libre

1-4153-c1323-944d2par Ghaleb Kandil

Les Saoud et le fantôme de Jouheiman

Le comportement de l’Arabie saoudite dans la région fait l’objet d’une attention et d’un suivi particuliers, après que la dynastie des Saoud soit devenue la principale source de l’escalade et de la violence exercées ces derniers temps par les groupes terroristes-takfiristes en Irak, en Syrie, au Liban et jusque dans certaines régions de Russie. Lire la suite Les fondements et les raisons complexes du Jihad

QU’EST-CE QUE LE SIONISME ?


chant.d.amour.de.pepereUne mafia qui empêche la liberté de pensée démocratique par des moyens coercitifs ! Toutes les idéologies peuvent être critiquées ouvertement, être mises en question, et soumises à l’analyse. Mais il y a une exception : le sionisme.
Chaque critique consciencieux du sionisme est considéré comme  » antisémite « , comme ayant de la haine envers les juifs, un mépris pour les juifs en tant que peuple. Dans ces conditions, la liberté de pensée n’existe pas en ce qui concerne le sionisme. Lire la suite QU’EST-CE QUE LE SIONISME ?

Sfeira libérée – Mais si cela recommençait demain en Syrie ?


p7ah08jNous le pressentons. Le Moyen-Orient reviendra à la Une de l’actualité dans quelques semaines. La « guerre juste » de l’Occident contre Bachar el Assad n’aurait-elle été que reportée ou suspendue ? Les armes circulent de plus belle, les services spéciaux aussi et en particulier le Mossad. Il suffit de regarder une carte des positions navales (forces américaines et russes) en Méditerranée pour comprendre qu’on n’a jamais été aussi près d’un conflit. Et puis, ce matin, il y a Sfeira…

sfe_couv_statue_du_christ_au_mont_des_chérubins.La ville de Sfeira, au sud-est d’Alep, a été libérée par l’Armée arabe syrienne et les unités de la défense nationale légitimiste. On saluera demain le courage des volontaires syriens et de cette armée régulière héroïque alors que toute la communauté internationale les décrivait comme des monstres. Ces derniers mois, les groupes armés rebelles avaient massé à Sfeira d’importantes troupes, les unités les mieux équipées. On y trouvait le Front al-Nosra et l’Etat Islamique d’Irak et du Levant, affiliés à Al-Qaïda, Liwaa al-Islam, dirigé par Zahran Allouche, l’homme de Bandar Ben Sultan en Syrie, Ahrar al-Cham, et un conseil militaire local rattaché à l’Armée syrienne libre. Ces groupes jouissaient de lignes de ravitaillement ouvertes vers la frontière avec la Turquie, d’où étaient acheminées armes, munitions, argents et renforts de combattants venus parfois de l’étranger. Mais tout cela ne les a pas empêché de perdre Sfeira.

Or, Sfeira est un nœud stratégique important commandant l’accès à la région sud-est d’Alep ; elle est située non loin de l’aéroport international d’Alep et de l’aéroport militaire de Koueirès ; elle est proche de la région d’Al-Bab, qui commande l’accès à Alep et constitue donc un point d’équilibre décisif à l’intérieur d’Alep et de sa province, car elle est située non loin des industries de la défense et de la route d’approvisionnement, qui relie Alep à la province de Hama.

????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????Pour toutes ces raisons, la libération de Sfeira était vitale pour l’armée régulière de Syrie. Elle ne manquera pas d’avoir rapidement des répercussions sur les équilibres militaires dans le pays et sur les réactions occidentales en coulisses. L’avancée rapide de l’armée syrienne de ces derniers jours est en tout cas la preuve vivante de ses hautes capacités et de sa solidité morale. Elle confirme, aussi, le changement des Syriens, qui rejettent les exactions des groupes extrémistes, déchirés par des luttes intestines.

sfe syrie_diviseeL’apparition de profondes divergences entre l’Arabie Saoudite d’un côté, le Qatar et la Turquie de l’autre, est un signe supplémentaire de l’échec de la guerre contre la Syrie. Les groupes armés qui combattent l’Etat syrien, n’ont jamais été que des façades instrumentalisées par les puissances étrangères de l’Otan, elles-même poussées par Israël qui veut émietter ce pays. Israël a bombardé la semaine dernière un entrepôt de missiles russes sur le sol syrien. L’Etat hébreu  viole systématiquement l’espace aérien syrien sans que personne  ne s’en offusque de même que très régulièrement pour ne pas dire quotidiennement, le territoire de Gaza aujourd’hui privé d’électricité est quadrillé par des drones de surveillance.

Pourquoi autant d’acharnement contre la Syrie ?

sfe 581074_756862334340860_172181391_nIls en veulent au laïcisme du parti Baas, à la tolérance des Chrétiens à Damas ? Une statue grandiose du Christ qui vient de s’élever au mont des Chérubins ne risque pas d’arranger les choses. La sculpture se dresse à 27 km de Damas. C’est un monument de bronze qui représente le Sauveur bénissant et  culmine à 32 m en étant visible depuis le Liban, la Jordanie, la Palestine et Israël. Samir Al-Gadban, directeur de la fondation Saint-Paul et Saint-Georges qui a pris une part directe à l’érection de la statue, explique : « Le projet fut initié en 2005 et béni par le Bienheureux Ignace IV, alors patriarche d’Antioche et de tout l’Orient. La sculpture est l’image de la Parousie. Le Christ bénissant foule le serpent qui personnifie le mal. A sa droite se tient Adam et Eve et, à sa gauche, la tête baissée. Plusieurs emplacements étaient proposés pour le groupe sculptural mais le patriarche d’Antioche avait finalement choisi le mont des Chérubins. On sait que les Chérubins sont un symbole puisé dans l’Ancien Testament. Il est utilisé dans la religion chrétienne et n’est pas nié par l’islam. » Ce projet a pris 8 ans. « C’était une opération extrêmement compliquée parce que toutes les routes étaient bloquées et il était impossible d’acheminer le matériel dans la montagne. Une partie du terrain était contrôlée par les insurgés et une autre par l’armée syrienne. Il fallait obtenir l’accord de l’ensemble des parties afin qu’elles laissent passer les équipements techniques. Nous avons finalement obtenu gain de cause et convenu qu’aucun coup de feu ne serait tiré pendant l’opération de montage. En effet, aucune des parties n’a tiré pendant les trois jours qu’a duré l’opération.» La sculpture a reçu le nom de « Je suis venu pour sauver le monde».

C’est aussi ce que disent les Etats-Unis quand ils interviennent, sur fond de mélodies guerrières et en brandissant la nouvelle théologie mondialiste, celle de la Déclaration Universelle des Droits de 1948.

Michel Lhomme

http://www.metamag.fr/metamag-1662-SFEIRA-LIBEREE.html

Vie et mort du monde unipolaire


AA-2-9516bL’Empire américain est-il entré dans un inexorable déclin ? À ceux qui sans hésiter répondent oui, nous répondrons laconiquement « ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué » et surtout prenons garde « de ne pas prendre nos désirs pour des réalité » en un mot n’allons pas trop vite en besogne. Cela en dépit des revirements diplomatiques sur le front syrien ou eu égard à l’actuel blocage budgétaire qui pourrait conduire l’Amérique le 17 octobre à se trouver en cessation de paiement. Certains veulent, à n’en pas douter, la peau de Roger Rabbit alias Barak Obama, ce qui n’a rien à voir avec la richesse matérielle réelle et les multiples ressources du génie américain et de ses oligarchies dominantes aguerries par vingt siècles et plus de gouvernance, en Orient et en Occident, à l’ombre des princes.

Perdre des batailles n’est pas perdre la guerre, et certes, si le déclin du dieu dollar est selon toute apparence bien amorcé, ceux qui dansent déjà sur son cadavre peuvent-ils dire quelle monnaie serait susceptible de lui succéder aujourd’hui ? L’€uro en crise ? Le Yen Japonais, le Franc Suisse ? Le Yuan chinois 1 ? Un panier de monnaies adossées à l’étalon or revenu en force comme beaucoup l’espèrent et le désirent ?

En fait rien de tel pour le moment ne se dessine à l’horizon, cela même si la Chine populaire a signé des accords avec la Russie, le Japon, l’Indonésie et le Brésil pour facturer leurs échanges commerciaux dans leur propre monnaie et non plus en billets verts. Enfin et à ce propos, nous ne ferons pas le catalogue des tentatives avortées pour échapper à l’emprise du dollar dans les transactions pétrolières… mal en à pris à ceux qui ont voulu s’en émanciper, l’Irak, la Libye… quant au petit Bahreïn 2, il est très rapidement rentré dans le rang. Enfin l’Iran, qui un temps s’est essayé partiellement à l’€uro, donne à présent tous les signes extérieurs d’une certaine volonté de soumission 3. Il est vrai que les politiques de sanction portent leurs fruits amers et qu’elles ont mis le pays quasiment à genoux. À ce stade résister devient somme toute suicidaire, mieux vaut louvoyer, ce à quoi va s’employer la nouvelle équipe dirigeante iranienne en multipliant les gages de bonne volonté… Téhéran ne vient-il pas d’annuler sa conférence annuelle “antisioniste” [New Horizon Conference] prévue début décembre qui devait rassembler des intellectuels dissidents européens et américains… pour ne pas fâcher John Kerry et les intérêts extra américains qu’il représente plus ou moins bien ?

Pessimisme et/ou lucidité ?

Ce pourquoi, sans faire preuve d’un pessimisme excessif – mot d’usage courant pour désigner un réalisme lucide – ou d’une dérisoire obstination prospectiviste, il n’est pas absurde d’écrire qu’avec ou sans conflit ouvert, l’Iran est destiné à réintégrer – peu ou prou – la dévorante “mondialisation” dont il a voulu se tenir à l’écart. La globalisation est une sorte de “trou noir” qui a vocation à engloutir de proche en proche peuples et nations. Processus se traduisant par une laminante normalisation culturelle, autrement désignable sous le vocable de gangrène libérale-libertaire, soubassement politique et a-moral du monothéisme New Age, celui du Marché… Idolâtrie qu’accompagne inéluctablement les bouleversement sociétaux et culturels dont la Vieille Europe se trouve actuellement la tragique victime. Aussi n’est-ce pas « bégayer » que d’annoncer que le chemin des concessions conduit assez souvent à la “concession à perpétuité”, autrement dit à la tombe.

Beaucoup salue le démantèlement de l’arsenal chimique syrien comme une grand victoire, celle de la paix contre les forces de dislocations et de haine visiblement à l’œuvre dans ce pays martyre. Oui da ! Une authentique victoire diplomatique qui a permis d’éviter d’un cheveu, une conflagration majeure au Levant, voire une guerre mondiale. Nul n’en doute et il ne s’agit ici ni de catastrophisme et encore moins d’emphase. Car c’est bien ce que les observateurs les plus autorisés ont dit et répété sur un ton accentué de soulagement, avant et après le jour critique du 31 août ! Ceux qui comme votre serviteur, ont annoncé la guerre ne se sont pas trompés, seuls un ensemble de facteurs contre indicatifs ont fait, à la dernière seconde, pencher la balance du poids d’une plume blanche. Celle qui, dans l’Égypte ancienne, faisait tomber les âmes d’un côté ou de l’autre de la porte des enfers.

Des esprits éminents penchent du côté d’un optimisme prématuré

Je me garderais bien de dire que les optimistes sont des niais. Primo parce que cela dépasserait ma pensée, et de loin. Secundo parce que les pessimistes sont assez souvent des optimistes repentis. De ceusses auxquels l’expérience a enseigné que le pire est plus fréquent et plus probable que le meilleur. Qu’au fond l’état d’abondance n’est pas la norme mais l’exception. Que la dureté de la matière, la faim et la guerre sont des états normaux inhérents à la nature des choses et de l’homme, en un mot “naturels”. Parmi ces têtes pensantes qui inclinent à la béatitude nous avons choisi Israël Adam Shamir 4, personnage d’exception s’il en est, pour qui « l’hégémonie américaine, c’est fini. La bête est maîtrisée. Nous avons passé le Cap de Bonne Espérance, symboliquement parlant, en septembre 2013. Avec la crise syrienne, le monde à la croisée des chemins a pris le bon virage. C’était un moment aussi risqué que lors de la crise des missiles à Cuba en 1962. Il y avait de fortes chances de déclencher la guerre totale… Le risque était immense : la Syrie allait se retrouver détruite comme la Libye ; une attaque israélo-américaine sur l’Iran devenait inévitable ; la chrétienté orientale perdait son berceau ; l’Europe se voyait envahie de millions de réfugiés supplémentaires ».

Et puis « souvenons-nous de la chute du Mur de Berlin… Deux ans plus tard, il n’y avait plus d’Union soviétique. Notre mémoire voit tout cela en raccourci, comme une seule et courte séquence. Tout cela avait pris un certain temps ». Or, après un vote aussi négatif qu’inattendu du Parlement anglais « le président Obama a… rengainé son colt » et s’est défaussé de la « patate chaude en la refilant au Congrès américain… Or le Congrès ne voulait pas entrer en guerre, une guerre aux conséquences imprévisibles »… « La proposition russe d’en finir avec les armes chimiques de la Syrie permettait au président Obama de sauver la face ». Et depuis « Le président Obama a eu un entretien [téléphonique] avec le nouveau président iranien, ce qui ne pouvait que peiner Tel-Aviv. Les rebelles de l’Armée syrienne libre ont décidé de discuter avec Assad au bout de deux ans, et leur délégation est arrivée sans encombre à Damas, laissant les extrémistes islamistes le bec dans l’eau » !

La Troisième Guerre mondiale a bien failli avoir lieu

Pourtant « la Troisième Guerre mondiale a bien failli avoir lieu, comme le souhaitaient les banksters. Ils ont trop de dettes. Si les Tomahawks avaient touché leur but… ils auraient pu en profiter pour effacer leurs dettes. Des millions de gens auraient péri, mais des milliards de dollars seraient sains et saufs dans les caves de JP Morgan et de Goldman Sachs… ».

Or, nonobstant le fait que « les É-U aient à Moscou encouragé les Pussy Riots, les gay parades dans le but de faire passer Poutine pour un dictateur, un ennemi des libertés et un homophobe dans les medias occidentaux et dans les media russes tenus par l’oligarchie »… Nonobstant le fait que « le soutien de la Russie à la Syrie ait été critiqué, ridiculisé et présenté comme un acte brutal de déni d’humanité alors que les magnats de la presse occidentale affirmaient que la Russie finirait par laisser tomber la Syrie… [alors que] la Russie n’a jamais eu l’intention de lâcher la Syrie : les chrétiens orthodoxes syriens mettaient toute leur confiance dans Poutine [durablement ulcéré par le sort de la Serbie orthodoxes en 1999]… L’Église a soutenu les efforts de Poutine : pas seulement l’église russe, mais les catholiques et les orthodoxes ensemble se sont élevés contre la campagne yankee parce que les rebelles soutenus par les É-U massacraient les chrétiens… les églises de Jérusalem et d’Antioche ont fait de même. Et le pape a quasiment menacé d’excommunication Hollande, et la menace voilée a troublé le président français. De sorte que Poutine a bénéficié d’un double soutien : celui des patriarches orthodoxes et celui du pape : c’est un cas de bénédiction double extrêmement rare »… En vérité du quasi jamais vu, tant l’antipathie, la défiance voire l’hostilité restent fortes entre les Églises d’Orient et d’Occident. Byzance au moment de tomber n’a-t-elle pas obéi au mot d’ordre « le turban plutôt que la tiare » ?

« Géopolitiquement parlant, la guerre se rapprochait d’ailleurs beaucoup trop des frontières russes… mais la Chine a aussi envoyé ses navires de guerre en Méditerranée ». Finalement, en dépit de tous les mensonges et les chausse-trappes tendues aux divers partis de la vérité « cette mésaventure a réglé son compte à l’hégémonie, à la suprématie et à l’exceptionnalisme américains. Fini “la Destinée manifeste” des É-U »… Cependant «  le futur proche s’annonce turbulent mais il n’y a plus d’issue fatale ». Le ciel entende Shamir !

Au-delà de tout vision irénique

Bref tout cela est bel et bon et les éléments collectés par Israël Shamir sont impressionnants de bon sens. En effet la volte-face de la Maison-Blanche ressemble bien – vu de loin – à une déroute, militaire et diplomatique… mais il faut raison garder et recourir aux bilans de l’histoire pour juger du présent à leur aune ? Après tout le reflux du Vietnam n’a pas non plus été spécialement glorieux et pourtant la puissance américaine n’a depuis cessé de croître grâce certes à la suprématie du dollar, mais pas seulement. La capacité à manipuler l’argent, l’ingénierie financière, science subtile et crépusculaire, à la marge de la vérité et du mensonge, ont tenu une place éminente. Et le savoir faire en ce domaine des virulentes oligarchies anglo-américaines y sont aussi pour beaucoup ! Tout comme la capacité de l’Amérique à drainer les cerveaux du monde entier, ce qui lui a permis de maintenir jusqu’à présent une importante avance, notamment en matière d’armements, vis-à-vis de ses concurrents et rivaux… ce que l’on nomme habituellement le “fossé technologique”.

La débâcle vietnamienne pour négociée qu’elle ait été eut dû avoir un autre retentissement. Il n’en a rien été, l’Amérique hollywoodienne pour faire oublier ses déboires en Asie des moussons, au moment où le conflit vietnamien prenait un tour tragique, partait à la conquête de Séléné le 24 déc. 1968… où nul ne devrait, ou ne pourra remettre les pieds avant vingt ou tente ans… comprenne qui pourra ?! Du grand art puisque la planète toute entière eut les yeux fixé sur le ciel au lieu de les avoirs braqués justement sur l’Asie et ses “grands cimetières sous la Lune”. Indéniablement l’Amérique domine et maîtrise l’imaginaire collectif du genre humain. Maîtrise que n’entame guère – ou presque pas – la fuite au petit jour – au sens propre – de ses derniers contingents évacués d’Irak à la cloche de bois… idem pour le futur retrait final d’Afghanistan en 2014 qui ne s’annonce pas non plus des plus joyeux.

En conséquence de quoi nous persistons, quant à nous, dans la prudence et le scepticisme éclairé par l’histoire, une histoire qui parfois se répète, parfois bégaie… à l’instar de l’auteur qui se répète, signe et persiste dans le pessimisme … dans l’espoir sincère de se tromper il est vrai ! Une Histoire qui en effet parfois innove de façon totalement inattendue, mutante, parce que nous n’avons pas su percevoir l’accumulation des causes qui allaient engendrer une révolution, un retournement de situation, soit un “saut qualitatif” ! À ce titre quand Shamir nous annonce préemptoirement que « les É-U vont perdre leurs droits à tirer leurs revenus de la planche à billets. Le dollar cessera de servir de monnaie de réserve au monde entier », nous n’acquiescerons que du bout des lèvres, parce que la bête n’est pas morte, qu’elle n’a pas encore poussé son ultime râle, ni surtout dit son dernier mot.

La bête n’est pas morte, loin s’en faut

Car autant l’effondrement de l’empire soviétique pouvait s’expliquer a priori ou a posteriori, par l’enchaînement logique des événements (national catholicisme polonais, bourbier afghan, Initiative de défense stratégique américaine [Guerre des étoiles], front terrifiant de Tchernobyl ayant mobilisé plus de 400 000 hommes, et cætera), autant la chute de l’Amérique, qui a plutôt bien encaissée le Krach de 2008 justement grâce à son industrie florissante de la fausse monnaie et de la planche à billet, tient bon. Fluctuat nec mergitur.

À part ces tueries – spontanées ou mises en scène, comme à Boston vraisemblablement – qui émaillent le morne quotidien des classes laborieuses, qui aperçoit à l’horizon la montée d’un “Printemps américain” ? Les gaz de schiste extraits des déserts du Nevada et d’ailleurs, vont doper l’économie dit-on en diminuant la note et la dépendance énergétique vis-à-vis des pays producteurs aussi difficiles ou incertains que le Vénézuela ou le Nigéria. De même nous pouvons gager que les divers filons liés à l’économie verte, durable, compensée carbone et les innombrables manipulations financières auxquelles elle donne lieu, vont relancer la machine – déjà crachotante à l’époque – mieux que ne l’a jamais fait la reconstruction du Koweït après 1991.

Au bout du compte, contrairement à ce que pense Shamir, l’Amérique ne désarmera pas, d’abord parce que les guerres, même perdues lamentablement, sont des terrains de jeu et d’essai pour les industries de l’armement et un moyen de faire progresser les matériels. Sans guerre pas de progrès ! Sans la guerre contre le Reich allemand l’aviation civile et la planète entière n’en seraient pas là où nous en sommes arrivés actuellement : pas de radar, pas de propulsion à réaction, pas de conquête dans les prochaines décennies à venir !

Bien entendu Shamir a bien noté et compris que l’Amérique n’agit pas seulement en raison d’une banale hybris [ὕϐρις démesure égotiste inspirée par l’orgueil et la vanité], mais en raison du sentiment eschatologique de son “élection”… « l’Amérique, le pays de l’Ancien Testament, s’est construite sur la théologie judaïque de l’exceptionnalisme, sur la notion de peuple élu » nous rappelle-t-il. Un “exceptionnalisme” qu’a explicitement revendiqué Barak Obama au lendemain du jour où la France s’apprêtait à jeter nos maigres forces aériennes dans la bataille pour la grandeur d’Israël et la plus grande joie des Likoudniki de Washington et Tel-Aviv. Shamir encore : « l’Europe traverse une phase aigue d’apostasie et de rejet du Christ, tandis que la Russie est toujours profondément chrétienne. Ses églises sont pleines, on se souhaite Joyeux Noël et Joyeuses Pâques les uns aux autres, il n’y a pas de morne saison. La Russie est un pays du Nouveau Testament. Or le rejet de l’exceptionnalisme, c’est-à-dire de la notion de peuple élu, est le fondement même de la chrétienté ».

Nous ne sommes pas encore tirés d’affaire

Nous ne conclurons pas en disant que l’affaire syrienne est loin d’être close. La France contre toute légalité internationale et contre sa propre loi interne, entend poursuivre et accentuer ses livraisons d’armes à ces rebelles et terroristes qui ravagent la Syrie. Alors que La résolution 2118 du Conseil de Sécurité 5 – votée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies le vendredi 27 Septembre 2013 – rend comptable de la situation sur le terrain les organisations et des États agresseurs, de toutes tentatives d’exploitation et de livraison, notamment d’armes chimiques, aux insurgés, tandis que les lois pénales françaises interdisent formellement toute fourniture d’armes ou d’argent à des organisations terroristes. Double dispositif que M. Fabius, ministre des Affaires étrangères hexagonales, s’apprête, avec la bénédiction du fantoche élyséen, à piétiner allègrement : le 7 octobre le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, en visite officielle en Arabie saoudite, se concertait avec le régime wahhabite en vue de renforcer conjointement « l’opposition [doux euphémisme désignant les tueurs d’al-Nosra] et l’Armée syrienne libre » [AFP7oct13]. M. Le Drian après avoir été reçu par le roi Abdallah, s’est prévalu d’une « grande convergence de vue sur la situation régionale… Nous sommes dans la logique de renforcer la Coalition nationale syrienne et l’état-major du général Idriss…Nous soutenons la coalition à la fois militairement et sur les plans humanitaire et politique ». Tout en soutenant avec une belle hypocrisie « qu’il n’y a pas de solution militaire en Syrie ». Alors pourquoi est-il nécessaire de renforcer militairement une « coalition », au demeurant inexistante en raison de ses divisions et de ses luttes intestines, puisque de toutes façons ces gens sont destinés à faire de la figuration dans les prochaines négociations russo-américaines dites Genève II 6.

Une sale guerre et un dossier qui suppure de tous les côtés. Au Liban, le patriarche maronite Béchara Raï s’adressant à une délégation de chrétiens et de musulmans préoccupée du sort des réfugiés syriens, mission conduite par l’évêque de Troyes Marc Stinger, a durement stigmatisé l’Occident complice des crimes qui se commettent en Syrie dans l’indifférence générale quant à leurs causes réelles . « Aucun effort international ne doit être épargné, et cet Occident qui, jusqu’à peu, appelait à l’envoi d’armes en Syrie doit élever la voix et demander aujourd’hui que la paix y soit rétablie… On est en train de déraciner un peuple, de détruire une civilisation islamo-chrétienne bâtie en commun au long de quatorze siècles de coexistence. Voilà en fait l’objectif hypocrite de cette guerre : vider le Machrek [le Levant] de sa civilisation et le maintenir en état de guerre permanente à des fins politiques et économiques ». Ajoutons à des fins idéologiques et suprématistes, et le tableau sera complet.

Léon Camus

Notes

(1) La Chine est à l’heure actuelle le premier producteur d’or dans le monde et talonne les États-Unis premier détenteur mondial avec des réserves estimées à 4000 T. Pékin reste cependant muet quant au niveau précis de ses propres réserves, cela d’autant que les centaines de tonnes d’or extrait chaque année ne sont ni vendues ni exportées – production en 2012 : 323 tonnes avec une progression de 12% l’an – alors que la Chine continue à importer massivement du métal jaune voulant à terme y adosser le Yuan pour en faire une monnaie de change internationale… à l’image du dollar, du yen ou de l’euro.

(2) Comme le Qatar qui renoncé à toute souveraineté monétaire et adopté de facto une parité fixe avec le dollar américain, le Bahreïn après avoir abandonné le projet d’une monnaie adossée à l’or, s’est sagement résolu à indexer de la même façon sa monnaie sur le billet vert. Kadhafi, guide de la Jamahiriya libyenne avait conçu peu avant sa chute, un ambitieux projet de dinar-or. Une monnaie émise par une organisation supranationale au service des États du Grand Maghreb, devant, afin de resserrer leurs liens commerciaux avec la Chine et la Russie, leur permettre de s’émanciper du $ et de l’€. Une velléité assez semblable avait effleuré le Raïs Saddam Hussein avant que les Yanks et leurs supplétifs ne lui fassent la peau.

(3) La politique d’ouverture du Président Rohani trouve déjà ses limites au sein même de l’appareil dirigeant iranien : n’a-t-il pas été en partie désavoué par le Guide suprême à son retour de New-York au lendemain de son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies ? Le 5 oct. le Guide Ali Khamenei commentait cet épisode historique en ces termes : « Une partie de ce qui s’est passé lors du voyage à New-York était déplacée … bien que nous fassions confiance à nos responsables » ? Voyage au cours duquel eut lieu un échange téléphonique d’un quart d’heure, le 30 septembre, avec le président Obama… le premier depuis trois décennies, la Révolution islamique et la prise d’assaut de l’ambassade américaine le 4 nov. 1979. Contact oral que les Gardiens de la révolution devaient qualifier le 2oct. « d’erreur tactique ». De son côté le général Amir-Ali Hadjizadeh, commandant de la Force aérospatiale des Gardiens [sepahnews.com] précisait « qu’un contact et un sourire ne peuvent faire oublier l’hostilité foncière des États-Unis [à l’égard de l’Iran] depuis un demi siècle ».

(4) Israël Shamir « Notre Cap de Bonne Espérance » traduit par Maria Poumier [israelshamir.net]. Lire de l’auteur, converti apparemment sincère à l’Église orthodoxe comme accomplissement de sa judéité, « Pardès », essai cabaliste de haute volée sur les rapports du christianisme et du judaïsme. Éditions « Entre la plume et l’enclume » 2003.

(5) Amin Hoteit « La résolution 2118 passée au crible de la réalité » [comite-valmy.org1eroct13].

(6) Pourquoi ne pas entrer dans les vues d’un État qui a généreusement confirmé à notre ministre VRP « l’entrée en vigueur effective à compter de ce lundi 14 oct. d’un contrat d’un montant d’1,3 milliard de dollars » destiné à la modernisation de quatre frégates et deux pétroliers-ravitailleurs séoudiens ? Les bons comptes ne font-ils pas les bons amis ? D’autres contrats sont par ailleurs en cours de négociations intéressant la défense antiaérienne séoudienne. Un projet d’environ 2 milliards d’€ porte sur la fourniture de missiles sol-air Crotale de dernière génération produits par le groupe Thales. Ainsi depuis son entrée en fonctions en mai 2012, le ministre d’une armée dite nationale – désormais fantomatique en raison des coupes budgétaires – aura effectué trois visites de pure courtoisie au royaume de l’omnipotente charia !

http://www.geopolintel.fr/article751.html

Le dernier caprice de Netanyahou


755510-israel-affirme-iran-ne-met« Attention, je vais attaquer », semble être le message de Netanyahou, qui a lancé des exercices aériens de longue portée. Et si le message n’était pas assez clair, la presse israélienne se charge de nous le décrypter.

Les exercices ont été menés conjointement avec l’aviation grecque et comportaient le ravitaillement en vol. Une vidéo a été tournée et envoyée aux grands médias, afin que nul ne l’ignore.

Et les médias ont fait leur boulot. Washington Post nous dit, « les exercices qui ont impliqué les chasseurs bombardiers israéliens sont destinés à envoyer un message à l’Iran ». Haaretz, de son côté, joue dans le registre de la déduction : « de lourds indices montrent qu’il s’agissait d’un exercice pour une possible attaque contre l’Iran ».

A quelques jours des nouveaux pourparlers sur le nucléaire iranien, Netanyahou ne sait plus quoi faire pour obliger ses amis à renforcer leurs sanctions, et en finir avec leurs tergiversations et leurs ‘’oui, mais…’’. Même les menaces ne fonctionnent plus.  Jusqu’ici, il suffisait de gronder un peu pour que l’Occident prenne peur et tremble pour Israël. Avec ces manœuvres, peut-être vont-ils enfin croire que ce n’est pas du bluff ? C’est comme ces suicidaires qui menacent de se supprimer si l’on n’accède pas à leur désir. Ou ces enfants gâtés qui menacent de casser leurs jouets si on ne cède pas à leur caprice. Ce qu’il faudrait, c’est une bonne fessée !

Et pendant ce temps, l’Iran observe et se marre.

Avic

L’Occident détrôné – Paul Craig Roberts


Tribune libre Byblos

BRICS_leaders_G20_2013« Le cours évolutif du progrès européen pendant ces trois cents dernières années pourrait se résumer à seulement quatre mots: égoïsme, massacres, impudeur et corruption. »
Yan Fu

Il n’a fallu que 300 ans au reste du monde pour saisir tout le mal qui se cache derrière la «civilisation occidentale», ou peut-être l’émergence de nouvelles puissances dignes de confiance pour voir l’évidence. Quiconque doute de la responsabilité de l’Amérique dans le chaos actuel devrait lire The Untold History of the United States par Oliver Stone et Peter Kuznick.

Le «nouveau siècle américain» proclamé par les néo-conservateurs a pris fin brutalement le 6 Septembre à la réunion du G20 en Russie. Les dirigeants de la plupart des peuples du monde ont dit à Obama qu’ils ne le croyaient pas et que ce serait une violation du droit international si le gouvernement américain attaquait la Syrie sans l’autorisation de l’ONU.

Poutine a dit aux dirigeants du monde réunis que l’attaque aux armes chimiques était «une provocation de la part des insurgés armés dans l’espoir d’une aide de l’extérieur, par les pays qui les ont soutenus dès le premier jour. » En d’autres termes, Israël, l’Arabie Saoudite, et Washington, l’axe du mal.

La Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Indonésie et l’Argentine ont rejoint Poutine en affirmant qu’un dirigeant qui commet une agression militaire sans l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU se met « en dehors de la loi. »

En d’autres termes, si vous défiez le monde, Obama, vous êtes un criminel de guerre.

Le monde entier attend de voir si le lobby pro-israélien peut pousser Obama dans le rôle du criminel de guerre. Beaucoup parient qu’Israël l’emportera sur le faible président américain, un individu dénué de tout principe. Il y a quelques dizaines d’années avant que les américains ne deviennent un troupeau de moutons, l’un des derniers résistants américains, l’amiral Tom Moorer, chef des opérations navales et de l’Etat-Major des Armées, a déclaré publiquement « qu’aucun président américain ne peut résister à Israël ». Le plus haut gradé de l’Amérique ne pouvait pas obtenir une enquête honnête sur l’attaque israélienne contre l’USS Liberty.

Nous attendrons encore longtemps avant de voir un président américain résister à Israël. Ou le congrès. Ou un média.

Le régime Obama a tenté de contrer sa défaite fracassante au sommet du G20 en forçant ses Etats fantoches à signer une déclaration commune condamnant la Syrie. Toutefois, les États fantoches ont nuancé leur position en déclarant qu’ils s’opposaient à une action militaire et attendaient le rapport de l’ONU.

La plupart des supporters achetés-et-payés d’Obama sont impuissants, sans envergure. Par exemple Obama compte le Royaume-Uni comme un des pays le soutenant, en raison de l’appui personnel du discrédité Premier ministre britannique, David Cameron, malgré le fait que celui-ci ait été désavoué par le Parlement britannique lors d’un vote qui interdit la participation britannique à un autre des crimes de guerre de Washington. Ainsi, bien que Cameron ne puisse pas amener le peuple et le gouvernement britannique avec lui, Obama compte le Royaume-Uni parmi ses partisans. De toute évidence, il s’agit d’un comptage désespéré du nombre de « pays qui le soutiennent ».

Le gouvernement fantoche turc, qui a tiré sur ses citoyens qui manifestaient pacifiquement dans les rues, sans protestation d’Obama ou du lobby pro-israélien, soutient « la responsabilité de la Syrie », mais pas la sienne, bien sûr, ni celle de Washington.

Les États fantoches du Canada et de l’Australie, des pays impuissants, n’ayant pas une once d’influence dans le monde, se sont précipités pour offrir leurs services à leur maître Washington. Le souci majeur des gouvernements Canadien et Australien est d’avoir une récompense de Washington.

Le décompte d’Obama inclut également le soutien du Japon et de la République de Corée, deux autres pays dépourvus de toute influence diplomatique et sans aucun pouvoir. Le Japon, impuissant, est sur le point d’être détruit par la catastrophe nucléaire de Fukushima, pour laquelle il n’a pas de solution. Comme les fuites radioactives se propagent dans l’aquifère sur lequel Tokyo et ses environs comptent, le Japon est confronté à la possibilité d’avoir à déménager 40 millions de personnes.

L’Arabie saoudite, impliquée dans le transfert aux rebelles d’Al-Nusra des armes chimiques utilisées dans l’attaque, soutient Washington, sachant que par ailleurs sa tyrannie est grillée. Même les néo-conservateurs menés par l’hystérique conseillère à la sécurité nationale d’Obama, Susan Rice, veulent renverser les Saoudiens.

Obama prétend également avoir le soutien de la France et de l’Allemagne. Toutefois, tant Hollande que Merkel ont indiqué clairement qu’une solution diplomatique, et non la guerre, était leur premier choix et que le résultat repose sur l’ONU.

En ce qui concerne le soutien de l’Italie et de l’Espagne, ils espèrent être récompensés avec la Réserve Fédérale qui imprimerait  assez d’argent pour renflouer leurs économies endettées afin que les deux gouvernements ne soient pas renversés par la rue pour leur acceptation du pillage de leur pays par les banksters internationaux. Comme tant d’autres gouvernements occidentaux, ceux de l’Italie et de l’Espagne, et, bien sûr, de la Grèce, soutiennent les banksters internationaux, et non leurs propres citoyens.

Le président de la Commission européenne a déclaré que l’Union européenne, en tant que pouvoir central au-dessus de la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, et l’Espagne, ne soutient pas de solution militaire à la crise syrienne. « L’Union européenne est certaine que les efforts devraient viser à un règlement politique », a déclaré José Manuel Barroso aux journalistes lors de la réunion du G20. L’UE a le pouvoir de délivrer des mandats d’arrêt contre les chefs de gouvernements de l’UE qui participent à des crimes de guerre.

Ce que cela révèle, c’est que le soutien derrière le menteur Obama est faible et limité. La capacité des pays occidentaux à dominer la politique internationale a pris fin lors de la réunion du G20. L’autorité morale de l’Occident a complètement disparu, brisée et érodée par les innombrables mensonges et des actes éhontés d’agression basés uniquement sur des mensonges et des intérêts personnels. Il ne reste rien de «l’autorité morale» de l’Occident qui n’a jamais été autre chose qu’une couverture pour l’intérêt personnel, l’assassinat, et le génocide.

L’Occident a été détruit par ses propres gouvernements, qui ont raconté trop de mensonges égoïstes, et par ses sociétés capitalistes, qui ont délocalisé les emplois et la technologie de l’Occident vers la Chine, l’Inde, l’Indonésie et le Brésil, privant les gouvernements occidentaux de recettes fiscales et de soutien à leurs citoyens.

Il est difficile de savoir si les citoyens de l’Ouest détestent moins leurs gouvernements corrompus que les musulmans, dont la vie et les pays ont été dévastés par l’agression occidentale, ou les citoyens des pays du Tiers Monde qui ont été appauvris et pillés par les organismes financiers prédateurs appartenant au Premier Monde.

Les gouvernements occidentaux idiots ont surestimé leur influence. Il n’y a aucune chance pour que l’hégémonie américaine, rêve fantaisiste des néo-conservateurs, s’exerce sur la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Amérique du Sud, et l’Iran. Ces pays peuvent mettre en place leur propre système de paiements et de finances international et abandonner le standard du dollar quand ils le voudront. On se demande pourquoi ils attendent. Le dollar américain est imprimé en quantités incroyables et n’est plus qualifié pour être la monnaie de réserve mondiale. Le dollar américain est au bord de la dévalorisation totale.

Le sommet du G20 a clairement indiqué que le monde ne veut plus accompagner les mensonges de l’Occident et ses méthodes meurtrières. Le monde a saisi ce qu’est l’Occident. Chaque pays comprend maintenant que les plans de sauvetage proposés par l’Occident ne sont que des mécanismes de pillage des pays sauvés et pour appauvrir le peuple.

Au 21e siècle, Washington a traité ses propres citoyens avec la même façon dont elle traite les citoyens des pays du tiers monde. Des trillions de dollars ont été distribués à une poignée de banques, alors même qu’elles jetaient des millions d’Américains hors de leurs maisons et saisissaient tous les actifs restants des familles brisées.

Les entreprises américaines ont vu leurs impôts réduits à presque rien, quelques-unes ne payant pas d’impôts du tout, alors qu’elles offraient les emplois et les carrières de millions d’Américains à des chinois et à des Indiens. Avec ces emplois sont partis le PIB américain, l’assiette fiscale, et le pouvoir économique, laissant les Américains avec d’énormes déficits budgétaires, une monnaie avilie, et des villes en faillite, comme Detroit, qui était autrefois la puissance manufacturière du monde.

Dans combien de temps Washington abattra-t-il ses propres sans-abri, ses affamés, et ses citoyens manifestant dans les rues?

Washington représente Israël et une poignée de puissants intérêts privés organisés. Il ne représente personne d’autre. Washington est un fléau pour le peuple américain et une peste pour le monde.

http://rt.com/news/g20-against-syria-strike-527/

Traduction : Avic

http://www.paulcraigroberts.org/2013/09/07/the-west-dethroned-paul-craig-roberts/

Craig Roberts withkitties_150_120 Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

La résistance contre-attaque


parlement irakien
parlement irakien

Dans une guerre, on ne peut rester indéfiniment en position défensive. Il faut bien, à un moment ou à un autre, tenter de se dégager par des contre-offensives. C’est ce que semble vouloir faire le camp des amis de la Syrie. En effet, L’Irak veut demander à l’ONU des sanctions contre l’Arabie saoudite pour son soutien du terrorisme en Syrie et dans le monde. C’est ce qu’a déclaré mercredi à RIA Novosti un représentant de la coalition majoritaire du parlement irakien, Kazim Al-Shamri.

Il y a peu de chances de voir un jour des sanctions votées au Conseil de Sécurité de l’ONU contre l’Arabie Saoudite, mais la démarche est d’une importance capitale. Il s’agit là d’utiliser la méthodologie habituelle de l’Occident contre elle, c’est-à-dire la menace permanente de sanctions. Outre le fait que cela mettra un peu plus en exergue leur politique de deux poids deux mesures et l’illégalité des sanctions unilatérales, cette démarche montrera aussi qu’aucun pays, fût-il  un protégé de l’oncle Sam, n’est plus à l’abri de ces menaces de sanctions qui, jusqu’ici, n’étaient brandies que contre les ennemis de l’Occident.

Ça promet quelques nuits d’insomnie à Ban Ki Moon.

Avic

L’Iran doté d’une arme secrète redoutable : l’invisibilité


713573906Tremblez braves américains qui ne demandez qu’à vivre en paix dans ce monde hostile. «  L’Iran a bâti des bases militaires dans l’hémisphère-ouest où il forme une véritable armée invisible, façon de compenser son absence dans cette région du monde et poser de nouvelles menaces contre les pays occidentaux « !! C’est la revue américaine The Blaze qui le dit.

L’information a été reprise par Al-Jazeera English. Et de renchérir : «  L’Iran possède une armée secrète, prête à passer le moment venu à l’offensive contre les Etats-Unis « .

Si Al-Jazeera et The Blaze le disent, l’Occident est en danger mortel. Bientôt des hordes de soldats invisibles traverseront les frontières hermétiques du sud des Etats-Unis, et déferleront en masse invisible pour faire des massacres tout aussi invisibles parmi la population américaine.

Quoi de plus terrible qu’un ennemi invisible ? Comme dans un film d’horreur, on sent sa présence, on entend sa respiration dans l’ombre et, de temps en temps, on constate une disparition parmi ceux qui s’étaient isolés. Panique garantie.

On nous avait déjà fait du ‘’Western’’, du ‘’Top Gun’’ de ‘’l’empire contre-attaque’’, nous voilà de retour à ‘’Dracula’’ ou ‘’le retour des zombies’’. Ça promet…

Avic

Syrie : Maintenant ou plus tard, l’intervention américaine aura lieu


bombardement-libyePendant que nous sommes encore tous sonnés par tant de mensonges, et que certains cherchent encore à prouver le false flag, l’Occident est déjà à l’étape d’après. Pour Washington Londres et Paris, la cause est entendue. Ils n’en sont plus là depuis longtemps. Ils en sont à : quand faut-il y aller. Avec ou sans les autres, ils iront finaliser cette guerre dont la décision avait déjà été prise bien avant que les ‘’décideurs’’ actuels n’arrivent au pouvoir. Ce qui prouve, s’il en était encore besoin, que ce ne sont pas eux qui décident.

Et si ce n’est pas eux qui décident, cela veut dire que tout ce suspens, c’est du bidon. Pour Obama, l’équation est simple : ou il obéit ou c’est sa fin. Il cherchera juste à se couvrir et foncera. Le fait de demander l’aval du congrès n’est qu’une couverture. Comment imaginer un Congrès dominé par les lobbies dont l’intérêt est de faire cette guerre, refuser l’aval qu’on attend de lui ? Le terrain pour leur acceptation est déjà préparé. Ils travailleront sur des documents fournis par la CIA et qui couvriront leur décision. Par la suite, tout ce petit monde, y compris Obama, pourra prétendre, comme Collin Powell, qu’ils ont été trompés.

Ils veulent la Syrie, et on a vu qu’ils étaient capable de tout faire, tout renier, jusqu’à leur honneur et même simplement leur amour-propre, pour arriver à leurs fins. Avec la Syrie, beaucoup de masques (pas tous) sont tombés. Ils sont près à trahir leur pays et leurs peuples pour la Syrie. ‘’Ils’’, ce ne sont pas seulement les dirigeants. C’est pratiquement toutes les classes politiques des pays occidentaux. Alors pourquoi la Syrie. Comme dans un jeu de billard on nous envoie inexorablement vers l’Iran. La Syrie serait un rempart pour l’Iran, disent-ils. Pour bien le prouver, un petit coup de fil à Netanyahou pour qu’il sorte son papier de son tiroir et qu’il récite les menaces habituelles (frappe, nucléaire, dangereux, sanctions contraignantes, etc…).

La Syrie, est présentée comme le menu fretin que l’on taquine avant de s’attaquer au plus gros gibier iranien. Et si c’était l’inverse ? Peut-être bien que c’est la Syrie le gros gibier, et l’Iran ne serait qu’une diversion. Si c’était le cas, ça expliquerait toute la hargne jamais vue qui s’est déversée sur ce pays depuis deux ans. Cela expliquerait aussi pourquoi Israël est intimement lié à ce qui s’y passe, malgré toutes ses tentatives pour rester invisible. En effet, une Syrie démantelée c’est la résolution du problème israélo-palestinien (israélien, surtout), avec une carte régionale redessinée.

Quoi qu’il en soit, quelles que soient les raisons qui poussent à envahir la Syrie, ce ne sont pas ces sous-fifres que sont nos dirigeants qui ont les moyens d’arrêter le processus de guerre dont ils ne sont que des exécutants. Seuls les autres puissances (la Russie, la Chine) ont, peut-être, les moyens de stopper la marche vers la guerre.

Avic

l’Hubris occidentale n’a pas de limite


Photo0037_La_Bombe_Atomique_HiroshimaDans l’hystérie collective du « printemps arabe », allumé par le peuple le plus « éduqué », le plus « intelligent » et le plus « politisé » de la planète, les architectes de ce plan de démolition programmatique des Etats-Nations ont essayé d’entraîner les Syriens dans l’autodestruction de leur pays sous la revendication fallacieuse de la démocratie. N’ayant pas eu le bon général « loyal » pour dire Non à Assad, comme ce fut le cas en Tunisie et en Egypte, les démocraties occidentales ont armé et embrigadé tout ce que le monde musulman compte de criminels, de dégénérés et de fanatiques pour mener le Djihad au nom d’Allah et des droits de l’homme, deux « valeurs » qui s’accordent à merveille, comme chacun sait !

Mais le peuple syrien a résisté. Soutenu par les bédouins du Qatar,les esclavagistes d’Arabie Saoudite, les Frères musulmans de Turquie et les islamo-atlantistes de Libye et de Tunisie, ces hordes fanatisées ont commis les pires crimes en Syrie. Mais les dignes héritiers des Omeyyades n’ont pas été vaincus. Ils ont alors trouvé l’argutie mobilisatrice, comme au bon vieux temps de la croisade contre l’Irak : l’utilisation d’armes de destruction massive. Ces gladiateurs de la liberté savent pourtant que les criminels qui ont utilisé des armes chimiques sont leurs propres mercenaires islamistes et terroristes ; et c’est la raison pour laquelle ils ne veulent pas attendre les conclusions de la commission d’enquête onusienne. Ils ont décidé de frapper la Syrie pour « punir »le régime, selon l’expression du porte-parole de la Maison Noire.

Le Tunisien, l’Arabe et le musulman que je suis veux alors rappeler aux dépositaires de la conscience universelle que les pires crimes contre l’Humanité commis ces deux derniers siècles sont de leurs faits et méfaits. Que l’éradication des Indiens d’Amérique, c’est eux.Que l’esclavage, c’est eux. Que le colonialisme, c’est eux. Que la première et seconde guerre mondiale, c’est eux. Que le génocide du peuple Juif, c’est eux.Que l’arme de destruction massive par excellence, la bombe atomique lâchée sur les Japonais, c’est eux. Que le Vietnam, c’est eux. Que l’invention des armes chimiques, c’est eux. Que la première utilisation de ces armes chimiques en 1915, c’est leurs alliés Turcs contre les Arméniens (1 million 300 000 morts).Que la seconde utilisation de ces armes chimiques, c’est eux et entre eux en 1914-1918. Que la troisième utilisation de ces armes chimiques, c’est eux et entre eux en 1939-1945.

L’action militaire que les dépositaires de la conscience universelle s’apprêtent à mener contre la Syrie est du même type, de la même « morale » et de la même psychologie impérialiste et raciste que l’agression tripartite (France,Grande Bretagne, Israël) contre l’Egypte, en octobre 1956. Parce que Nasser a décidé de nationaliser la Compagnie du Canal de Suez, il a été traité « d’Hitler »et « d’apprenti-dictateur », par la même presse pharisienne qui mène contre la Syrie une campagne de désinformation digne de Goebbels, comme celle qui a été menée contre l’Irak de Saddam Hussein et qui a ramené ce grand pays « à l’âge de pierre », comme l’avait promis James Baker à mon ami Tarek Aziz. L’anglais Antony Eden, premier ministre, et le socialiste français Guy Mollet, président du Conseil, disaient que « la seule réponse à la mégalomanie de ce nouvel Hitler qui veut constituer un empire panarabe, c’est la force. Il faut renverser Nasser ». Comme les Américains ont renversé le premier ministre iranien Mossadegh en 1953 et le président du Guatemala Jacobo Arbenz une année après. Là aussi, c’était une occasion pour la France « socialiste »de punir Nasser pour son soutien à la résistance algérienne, comme, depuis deux ans, la « punition » de Bachar pour son soutien à la résistance libanaise et palestinienne.

La guerre froide a commencé il y a quelques mois et elle peut vite tourner à la guerre « chaude », ce qui serait une bouffée d’oxygène pour l’économie capitaliste et mondialiste moribonde, plus particulièrement pour l’économie virtuelle américaine. Ce qui se joue actuellement et dans les prochaines heures en Syrie, ce n’est pas l’avenir de ce peuple qui résiste de façon héroïque à l’invasion islamo-atlantiste, mais celui de l’Humanité. C’est maintenant que la Russie, la Chine et l’Inde doivent mettre fin à l’hégémonisme américaine. Le Nouvel ordre mondial né de l’implosion de l’URSS et de la chute du mur de Berlin doit disparaître au profit de la paix mondiale dans la Souveraineté des Nations. S’ils laissent faire la destruction du monde arabe par ce que la propagande occidentale appelle le « printemps arabe », il y aura par la suite un « printemps africain », ensuite un « printemps asiatique », puis un « printemps latino-américain »… Depuis Rome et depuis la Grèce antique, l’Hubris occidentale n’a pas de limite.

Mezri Haddad, philosophe et ancien Ambassadeur.

http://www.tunisie-secret.com/La-Syrie-et-l-Hubris-occidentale_a578.html

Inutile de rêver d’une Syrie jouet de l’Occident, ce rêve ne se réalisera pas ! Bachar al-Assad


Tribune libre Byblos

Entretien du 26 Août 2013 avec le journal russe Izvestia

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1. Monsieur le Président, aujourd’hui la question essentielle concerne la situation sur le terrain. Quelles sont les régions du pays toujours contrôlées par les rebelles ?

En ce qui nous concerne, la question ne se résume pas à dire quelles sont les régions contrôlées par les rebelles et quelles sont celles contrôlées par l’Armée nationale, car nous n’avons pas à faire à une occupation territoriale traditionnelle par un ennemi précis pour réfléchir de cette manière.

Nous faisons face à des terroristes qui se sont infiltrés dans des villages et des zones périphériques de villes où ils sèment ravages et destructions… Ils tuent des civils innocents qui les rejettent et condamnent leurs actions… Ils démolissent les infrastructures… La police, les forces de sécurité et l’Armée se mobilisent pour les repousser et les éliminer… Ceux qui en échappent gagnent d’autres régions et ainsi de suite… Par conséquent, l’essence même de notre action est d’éradiquer le terrorisme.

Le problème que nous rencontrons et qui fait que la situation perdure est l’afflux d’un grand nombre de terroristes venus de l’étranger… des dizaines de milliers et plus… Leur soutien financier et militaire se poursuit… nos frappes se poursuivent aussi, et je vous assure qu’il n’y a pas un endroit où l’Armée nationale syrienne est intervenue sans réussir à les éliminer.

La majorité d’entre eux sont des Takfiristes ayant adopté la doctrine d’Al-Qaïda, le reste consiste en un petit nombre de hors-la-loi. C’est pourquoi nous ne pouvons parler de qui contrôle quoi… Partout où le terrorisme frappera, nous frapperons !

2. Pourtant, les grands médias occidentaux affirment que les terroristes contrôlent 40% à 70% du territoire syrien. Que contrôle vraiment l’État syrien ?

Pas un seul état au monde n’est capable de déployer son armée, toute équipée, sur tout son territoire. Les terroristes exploitent cette situation et tentent de pénétrer dans toutes les zones où l’armée est absente. Ils se déplacent d’une région à l’autre et à chaque fois que nous avons décidé de pénétrer une région où ils s’étaient installés nous les avons éradiqués. Je le répète, le problème n’est pas la superficie des territoires contrôlés par les terroristes, laquelle varie d’heure en heure et de jour en jour. Le problème est le grand nombre de terroristes venant de l’étranger.

Le critère qui compte est la réponse à la question : « Est-ce que l’Armée arabe syrienne a pu éliminer les terroristes dans toutes les régions où elle est entrée en action ? ». Je réponds : très certainement oui, et elle continue ! Mais leur éradication totale demande du temps, car ce type de guerre ne peut se terminer d’un coup. C’est ce qui fait que nous payons et que nous payerons un lourd tribut avant de réussir à tous les éliminer.

MHM_86963. Monsieur le Président, vous avez parlé de combattants islamistes extrémistes et takfiristes qui envahissent la Syrie… Sont-ils des groupes indépendants les uns des autres qui se battent ici ou là, ou bien font-ils partie d’une grande puissance qui cherche à mettre fin à la sécurité et à la stabilité dans tout le Moyen-Orient, y compris en Syrie ?

Ils sont les deux à la fois, dans le sens où ce qui les rassemble est la doctrine et la source de financement, leur pensée étant extrémiste et takfiriste puisée chez des individus tels Al-Zawahiri et leur financement étant souvent puisé à des sources pratiquement similaires et parfois identiques. Ce qui les distingue est leur travail sur le terrain, car ce sont des groupements divisés et incohérents, chacun d’entre eux obéissant à une direction indépendante et à des ordres différents.

Ceci dit, il est évident que c’est celui qui finance qui tient le gouvernail. Autrement dit, les pays qui les soutiennent idéologiquement et financièrement comme l’Arabie saoudite, par exemple, peuvent très facilement les influencer et guider leurs actions directement ou indirectement. Ainsi lorsque ce pays déclare que le devoir de tout musulman est de mener le Jihad en Syrie, des milliers de combattants arrivent chez nous pour ce faire. Celui qui arme et finance fait en sorte qu’ils exécutent ses ordres : terroriser et détruire !

Oui, ils sont souvent les deux à la fois. Je vous ai donné l’exemple de l’Arabie saoudite qui les dirige par son idéologie wahhabite et les soutient avec son argent.

4. Le gouvernement syrien parle d’une relation étroite entre Israël et les terroristes. Nous aimerions comprendre en quoi consiste cette relation, alors que le simple nom d’Israël les pousse aux déclarations hystériques et fortement haineuses !

Si tel était le cas, comment se fait-il que lorsque nous les frappons à notre frontière commune, les forces israéliennes interviennent contre les nôtres pour desserrer l’étau ? Comment se fait-il que lorsque nous les assiégeons, Israël leur ouvre des brèches pour qu’ils puissent revenir attaquer d’ailleurs ? Pour quelles raisons Israël a-t-il attaqué l’Armée nationale syrienne à plusieurs reprises ces derniers mois ?

Ce n’est pas le gouvernement syrien qui parle de l’étroite relation entre Israël et les terroristes. C’est Israël qui en parle. Ne s’est-il pas vanté, plus d’une fois, de prodiguer ses soins à des dizaines de terroristes dans ses hôpitaux ? Cette affirmation de votre part manque donc de précision ; d’autant plus que si ces groupes terroristes étaient si hostiles à Israël au point de devenir hystériques devant la simple prononciation de son nom, pourquoi ont-ils combattu l’Union soviétique hier ? Pourquoi s’en prennent-ils à la Syrie et à l’Egypte aujourd’hui ? Et comment se fait-il que depuis trois décades, ils n’aient jamais lancé la moindre opération contre Israël ? Et pour en revenir à l’essentiel, qui donc a créé ces groupes terroristes ?

Ces groupes ont été créés au début des années 1980 par les États-Unis pour combattre l’Union soviétique en Afghanistan [*]. Ils sont soutenus par l’Occident en général et sont financés par les Saoudiens. Par conséquent, comment se pourrait-il que ces groupes fabriqués par les États-Unis et l’Occident s’en prennent à Israël ?

5. Monsieur le Président, notre entrevue sera probablement traduite en plusieurs langues. Les dirigeants du monde, dont ceux qui travaillent contre vous, vous liront. Que leur diriez-vous ?

Nous avons certes affaire avec de très nombreux hommes politiques occidentaux, mais très peu sont des hommes d’État. Certains ne lisent pas l’Histoire ou n’en tirent aucun enseignement. D’autres n’ont même pas été capables de garder en mémoire les événements plutôt récents de leur propre Histoire. Ont-ils seulement retenu les leçons de ces 50 dernières années ? Ont-ils enregistré que depuis le Vietnam, les politiciens qui les ont précédés ont perdu toutes les guerres qu’ils ont déclenchées ? Ont-ils retenu que toutes leurs guerres n’ont pas répondu à leurs espérances, mis à part les destructions des pays visés et l’effet déstabilisateur sur le Moyen-Orient et d’autres régions du monde ? Ont-ils compris que toutes ces guerres n’ont pas réussi à convaincre les peuples de la région de la justesse de leur politique ni à susciter leur sympathie ?

Un deuxième point sur lequel j’aimerais attirer leur attention. Il se résume à dire que le terrorisme n’est pas un atout qu’on garde dans sa poche pour le rejouer quand et où bon nous semble… Le terrorisme est comme un scorpion, il peut vous piquer à tout moment. Dès lors, vous ne pouvez pas soutenir le terrorisme en Syrie et le combattre au Mali, par exemple… Vous ne pouvez pas soutenir le terrorisme en Tchétchénie et le combattre en Afghanistan…

M’adressant aux dirigeants occidentaux en particulier, je dirais à certains d’entre eux que s’ils cherchent à garantir « leurs intérêts » ils feraient mieux de prêter l’oreille aux peuples de la région et à leurs peuples, au lieu de travailler à installer aux commandes des « marionnettes » censées leur permettre d’atteindre leurs objectifs. Ce n’est qu’ainsi que leur politique pourrait devenir plus réaliste.

Et puisque vous insistez pour que la Syrie délivre son message au monde, je dirais qu’il est inutile que qui que ce soit continue à rêver d’une Syrie qui serait le jouet de l’Occident, car ce rêve ne se réalisera pas ! Nous sommes un pays indépendant, nous combattrons le terrorisme et nous construirons, en toute liberté, nos relations avec les pays que nous choisirons pour servir au mieux les intérêts du peuple syrien.

20130826-0622506. Le mercredi [21 Août 2013], le gouvernement syrien a été accusé par les rebelles d’avoir utilisé des armes chimiques… Certains dirigeants occidentaux ont adopté ces accusations. Que leur répondriez-vous ? Et allez-vous permettre aux inspecteurs de l’ONU d’enquêter sur l’incident ?

À vrai dire, les déclarations de l’Administration étatsunienne et de certains pays occidentaux, à ce sujet, traduisent leur mépris de l’intelligence d’autrui et leur irrespect à l’égard de leur propre opinion publique.

Aucun État au monde et a fortiori aucune superpuissance ne lancerait une accusation pour ensuite se mettre à en collecter les preuves. Or, il se trouve que l’Administration américaine a lancé son accusation mercredi pour annoncer deux jours plus tard qu’elle allait commencer à recueillir les éléments de preuve !

La zone concernée par cette attaque, qui est donc sous le contrôle des rebelles, est contigüe aux positions de l’Armée nationale syrienne. Comment est-il possible qu’un État utilise des armes chimiques ou de destruction massive contre ses propres forces ? C’est absurde ! Ces accusations sont complètement politisées et sont motivées par les avancées de l’Armée arabe syrienne dans son combat contre les terroristes.

Quant à la Commission d’enquête de l’ONU, nous avons été les premiers à la réclamer lorsque des terroristes ont procédé à des tirs de roquettes chargées de gaz toxique dans la banlieue d’Alep. Il est important de rappeler que plusieurs mois avant cette attaque, les États-Unis et l’Occident préparaient déjà l’opinion publique à l’éventualité de l’utilisation d’armes chimiques par l’État syrien… C’est cela qui nous a poussé à les soupçonner d’être au courant des intentions des terroristes quant à l’utilisation de ces armes pour s’en servir dans leurs actes d’accusation contre le gouvernement syrien. Dès la première attaque chimique et après concertation avec la Russie, nous avons décidé de solliciter une commission d’enquête sur le terrain. Mais alors que nous attendions une enquête basée sur les faits, les États-Unis, la France et la Grande Bretagne ont tenté d’exploiter la situation en se fondant sur des rumeurs et des allégations… et ils continuent !

Ces dernières semaines, nous avons travaillé avec la Commission d’enquête pour définir les bases de notre coopération. La première est une ligne rouge indépassable et concerne notre souveraineté nationale exigeant l’organisation de tout le processus en collaboration avec nous. La deuxième est d’admettre que le problème ne se restreint pas à savoir comment sera menée l’enquête, mais aussi la façon dont les résultats seront interprétés devant les Nations-Unis. Nous attendons donc une interprétation objective des données de l’enquête et certes, nous attendons aussi que la Russie bloque toute mésinterprétation visant à servir les agendas et intérêts des politiques étatsuniennes et occidentales. Il est crucial pour nous que l’on puisse distinguer entre les accusations occidentales fondées sur des allégations et des rumeurs, et les résultats d’une enquête que nous avons demandée et qui doit se fonder sur des preuves et des faits concrets.

7. Étant donné les récentes déclarations de l’Administration étatsunienne et d’autres gouvernements occidentaux, pensez-vous que les États-Unis qui n’ont pas exclu la possibilité d’une intervention militaire en Syrie puissent se comporter de la même façon qu’en Irak ? En d’autres termes, pensez-vous qu’ils useront une fois de plus de prétextes fallacieux pour intervenir militairement en Syrie ?

Ce n’est pas la première fois qu’est soulevée l’option d’une intervention militaire. Dès le début, les États-Unis, avec la France et la Grande-Bretagne ont tenté de la mettre en pratique. Malheureusement pour eux, les événements ont pris un cours différent et l’équilibre au sein du Conseil de sécurité s’est établi contre leurs seuls intérêts. Ils ont tenté beaucoup de marchandages avec la Russie et la Chine, mais en vain !

Les conséquences négatives de leurs ingérences en Libye et en Egypte n’étaient pas en leur faveur. L’ensemble a fait qu’il leur est devenu impossible de convaincre leurs peuples et le monde de la justesse et de la sagesse de leurs politiques.

Il en est ressorti que la situation en Libye diffère de celle de l’Egypte, laquelle est différente de celle de la Tunisie, alors que la situation syrienne est différente de toutes les autres… Chaque pays a ses particularités, ce qui fait qu’ils ne peuvent plus jouer à appliquer le même scénario à chaque fois et à tous les États. Ils peuvent tout au plus initier des guerres, mais ils ne peuvent prédire jusqu’où elles les mèneront et comment elles finiront ; ce qui les conduit à réaliser que tous les scénarios qu’ils ont concoctés échappent à leur contrôle.

Désormais, il est clair pour tout le monde que ce qui se passe en Syrie n’est ni une révolution populaire, ni un appel aux réformes. Ce qui se passe en Syrie vise à détruire l’État syrien au moyen du terrorisme. Que diront-ils à leurs populations : « Nous intervenons en Syrie pour soutenir le terrorisme contre l’Etat syrien » !?

8. À quoi se heurteront les États-Unis s’ils décidaient d’intervenir militairement ou de déclarer la guerre à la Syrie ?

Ils se heurteront au même obstacle auquel ils se sont toujours heurtés depuis le Vietnam : l’échec ! Les États-Unis ont mené de nombreuses guerres, mais n’ont jamais été en mesure d’atteindre les objectifs politiques qu’ils s’étaient fixés par la guerre, comme ils n’ont jamais réussi à convaincre le peuple américain du bien fondé de ce type de politique. Oui, les grandes puissances peuvent déclencher les guerres, mais peuvent-elles les gagner ?

9. Monsieur le Président, êtes-vous en contact avec le Président Vladimir Poutine? Vous entretenez-vous par téléphone? Si oui, de quoi discutez-vous ?

Notre relation est solide et remonte à de nombreuses années avant la crise. Nous nous contactons de temps à autre, mais il est évident que la complexité des événements en Syrie ne peut se discuter au téléphone. Nous sommes en relation au travers des responsables russes qui nous rendent visite et des responsables syriens qui se rendent à Moscou ; autant de contacts menés loin des projecteurs et des médias.

10. Monsieur le Président, prévoyez-vous une visite en Russie ou une invitation du Président Poutine en Syrie?

C’est certainement possible, mais les priorités actuelles sont de travailler à alléger l’impact de la violence en Syrie. Chaque jour nous amène son lot de victimes. Mais, il est évident que lorsque les circonstances iront vers le mieux, ces visites dans un sens ou l’autre devront avoir lieu. Actuellement, nos responsables respectifs gèrent bien cette relation.

20130826-06233511. Monsieur le Président, la Russie s’oppose à la politique étatsunienne et européenne, en particulier en ce qui concerne le dossier syrien. Que se passerait-il si jamais la Russie acceptait des compromis en votre défaveur ? Pensez-vous qu’un tel scénario est possible?

Aujourd’hui, il est important de ne pas examiner les relations russo-américaines à travers la seule crise syrienne qui ne représente qu’un des aspects, mais de se placer dans un contexte plus large et plus global. Les États-Unis ont pensé qu’après l’effondrement de l’Union soviétique, la Russie était à jamais achevée. Mais à partir de la prise de fonction du Président Poutine, fin des années 1990, la Russie a commencé à se redresser progressivement pour retrouver sa position parmi les nations. Du même coup, la guerre froide entre ces deux puissances a repris, mais d’une manière différente et plus subtile.

Les États-Unis ont joué sur plusieurs fronts en s’efforçant de contenir les intérêts russes dans le monde, et en tentant de modifier la mentalité même du citoyen russe censée se rapprocher de la mentalité occidentale en termes de culture et de besoins ; le but étant de mettre fin au rôle important et puissant de la Russie dans plusieurs domaines, dont celui de la Syrie.

Comme tout citoyen russe, vous pourriez vous poser la question de savoir : « Pourquoi la Russie continue-t-elle à soutenir la Syrie ? ». En effet, il est important d’expliquer à tout un chacun que la Russie ne défend pas le Président Bachar al-Assad ou le gouvernement syrien, car le peuple syrien peut choisir n’importe quel autre Président et n’importe quel autre système politique, le problème n’est pas là !

La Russie défend avant tout des principes fondamentaux auxquels elle a adhéré depuis bientôt plus de cent ans et auxquels elle croit, à commencer par la souveraineté des États et la non ingérence dans leurs Affaires intérieures, et ce d’autant plus qu’elle a eu elle-même à en souffrir et que cela continue ! Par ailleurs, la Russie défend ses intérêts dans notre région et c’est son droit. Ces intérêts sont beaucoup plus importants qu’un port sur la Méditerranée à Tartous, comme le prétendent certains analystes superficiels.

Ainsi, d’un point de vue politique, lorsque le terrorisme frappe la Syrie, un pays clé dans la région, il peut affecter la stabilité de tout le Moyen-Orient avant de porter atteinte à la stabilité de la Russie. Les dirigeants russes en sont évidemment parfaitement conscients, contrairement à ceux de nombreux pays occidentaux. Et d’un point de vue social, nous ne devons pas oublier les dizaines de milliers de familles syro-russes, qui créent un pont humain et culturel entre nos deux pays.

Ceci pour dire que si la Russie devait accepter des compromis, comme vous venez de le stipuler, ce serait déjà fait depuis un ou deux ans lorsque l’image était encore floue, même pour certains responsables russes. Aujourd’hui, la situation est très claire. Qui n’a pas fait dans le compromis à l’époque, ne le fera pas aujourd’hui.

12. Monsieur le Président, existent-ils des négociations portant sur la fourniture de carburant ou de matériel militaire par la Russie ? Et concernant votre contrat de défense, avez-vous pris livraison de missiles anti-aériens russes S-300 ?

Aucun pays n’annonce publiquement le type d’armement en sa possession ou le contenu des contrats passés à cet effet. Ce sont là des informations classées « Secret Défense » et « Secret d’État ». En revanche ce que je veux bien vous dire est que tous les contrats dûment signés avec la Russie sont maintenant en cours d’application. Ni la crise, ni les pressions des États-Unis, de l’Europe ou des pays du Golfe n’ont pu l’empêcher. La Russie fournit à la Syrie ce dont elle a besoin pour sa défense et la défense de son peuple.

13. Monsieur le Président, quelle est l’aide dont la Syrie pourrait actuellement attendre de la Russie ? S’agit-il d’une aide financière, d’équipements militaires, ou même d’un simple crédit ?

Sans le retour de la sécurité, il est impossible d’espérer redresser une véritable économie. Néanmoins, ce que la Russie offre actuellement à la Syrie et à son peuple pour sa défense, dans le cadre de contrats militaires passés, pourra faciliter la reprise économique.

De plus et du point de vue strictement politique, le soutien de la Russie à notre droit à l’indépendance dans nos choix et à la souveraineté de notre État a déjà joué un rôle important en faveur notre économie. De nombreux pays ont traduit leur position politique à notre égard par des sanctions dont la plus importante est le blocus économique que nous endurons péniblement, alors que la Russie a fait tout le contraire.

Par conséquent et pour répondre à votre question, les prises de position politiques de la Russie et le respect de ses engagements militaires malgré les pressions étatsuniennes ont considérablement aidé notre économie, abstraction faite de l’impact négatif du blocus sur la vie quotidienne du citoyen syrien.

Par ailleurs, il existe plusieurs accords entre la Syrie et la Russie pour diverses marchandises et matières premières. Dans ces conditions, n’importe quel crédit venant de Russie est à considérer comme bénéfique pour les deux parties. Pour la Russie, cela offre de nouvelles opportunités à ses entreprises et industries nationales et lui permet de conquérir de nouveaux marchés. Pour la Syrie, c’est là une occasion qui nous permet de reconstruire notre infrastructure et de rétablir et stimuler notre économie.

Je répète que le soutien de la Russie a joué un rôle essentiel dans beaucoup de domaines importants concernant la sécurité et les besoins élémentaires du citoyen syrien.

abb5261a2f84160fdd134181be8242e814. Monsieur le Président, pouvez-vous préciser l’objet de ces contrats ? Concernent-ils des carburants ou des produits alimentaires de première nécessité ?

Le citoyen syrien subit un siège qui le prive de nourritures, de médicaments et de carburants, autant de produits essentiels à sa vie. Ce que le gouvernement syrien recherche à travers ses contrats avec la Russie, et d’autres pays amis, c’est de les remettre à sa disposition.

15. Nous savons que vous avez décrété de nombreuses amnisties. Ont-elles concerné des rebelles ? Si oui, certains de ces rebelles ont-ils vraiment rejoint les Forces armées?

Oui, c’est vrai. Et ceci a amené de grands changements, surtout depuis que la situation est devenue plus claire pour beaucoup de gens qui ont compris que la vérité de ce qui se passe en Syrie est tout simplement le résultat du terrorisme. Nombreux sont ceux qui ont choisi de déposer les armes, de revenir vers l’État et de reprendre le cours de leur vie civile. Plus remarquables encore sont ces groupes qui sont passés du combat contre l’Armée nationale au combat à ses côtés. Ceux-là appartiennent à deux catégories. Ils ont été induits en erreur par les médias ou ont été enrôlés de force sous la menace des terroristes. C’est pour cette raison que dès le début de la crise, le gouvernement syrien a adopté une politique de « porte ouverte » à tous ceux qui voulaient faire demi-tour, malgré le fait que beaucoup de gens en Syrie se sont opposés à cette décision qui s’est finalement révélée efficace et a contribué à atténuer la tension de la crise.

16. Monsieur le Président, quels sont les États que vous pouvez qualifier de véritables amis, et quels sont les États ennemis ? Les relations de la Syrie avec plusieurs États ne cessent de se dégrader tels le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie. À qui la faute ?

Les pays qui nous soutiennent sont connus de tous avec la Russie et la Chine sur le plan international, et l’Iran sur le plan régional. Toutefois, je peux dire que nous commençons à voir un changement positif sur la scène internationale. Certains pays qui étaient fortement contre nous ont commencé à modifier leur position, d’autres ont commencé à rétablir leurs relations avec nous. Néanmoins, il est certain que nous ne pouvons ranger ces pays parmi ceux qui nous soutiennent directement.

En face, il y a les pays qui ont directement mobilisé et soutenu le terrorisme en Syrie, principalement le Qatar et la Turquie dans les deux premières années de la crise. Le Qatar finançait les terroristes, tandis la Turquie leur assurait la formation et les couloirs de passage vers la Syrie. Récemment, l’Arabie saoudite a remplacé le Qatar pour le rôle de financier. Pour être tout à fait clair et transparent, l’Arabie saoudite est un État qui n’a rien d’autre que la finance et par conséquent ne peut ni construire une civilisation ni la nourrir, bien au contraire ! La Turquie est un cas différent. Il est désolant qu’un grand pays comme la Turquie se laisse diriger par l’étranger pour quelques dollars. Il est désolant qu’un pays qui a une situation aussi stratégique et une société aussi ouverte se laisse manipuler par un pays du Golfe à la mentalité rétrograde. Toute la responsabilité en incombe évidemment au premier ministre turc, non au peuple turc avec lequel nous partageons patrimoine et traditions.

17. Monsieur le Président, qu’est-ce qui rend les relations russo-syriennes si fortes ? S’agit-il d’intérêts géopolitiques, ou bien est-ce parce que les deux peuples ont eu à souffrir du terrorisme et ont dû le combattre ?

Il ya plusieurs facteurs qui forgent si fortement les relations syro-russes. Le premier vient du fait que la Russie a souffert de l’occupation pendant la Seconde Guerre Mondiale et que la Syrie a été occupée plus d’une fois. Le deuxième vient du fait que depuis l’ère soviétique, la Russie a été l’objet de tentatives continues et répétées d’ingérences étrangères, ce qui est également le cas pour la Syrie. Le troisième, non moins important, vient en effet du terrorisme !

En Syrie, nous comprenons fort bien ce que signifie l’assassinat de civils par des extrémistes tchétchènes, la prise en otage d’enfants comme ce fut le cas à Beslan, ou la détention de gens innocents rendus au théâtre comme à Moscou… En retour, le citoyen russe nous comprend alors que nous goûtons à cette même amère désolation et, comme nous, il ne peut que rejeter les propos d’un Occidental qui vient lui raconter qu’existent « des bons terroristes et des mauvais terroristes » !

Un autre facteur renforce nos liens. Ce sont toutes les familles mixtes russo-syriennes que j’ai déjà évoquées. Elles n’auraient jamais pu autant se multiplier si nous n’avions pas partagé certaines valeurs culturelles, sociales et intellectuelles.

À tout cela s’ajoutent les intérêts géopolitiques que j’ai aussi évoqués. La déstabilisation de la Syrie et de la région concerne la Russie qui est parfaitement consciente du danger de la propagation du terrorisme qui ne connait pas de frontières, contrairement aux Européens et à l’Occident. Il est donc faux de dire que les prises de position d’une grande puissance telle que la Russie ne reposent que sur quelques éléments de circonstance, alors qu’elles se fondent sur un cumul historique de principes culturels et intellectuels.

18. Monsieur le Président, qu’attendez-vous de la Conférence de Genève 2 ?

L’objectif de la conférence de Genève 2 est de soutenir le processus en faveur d’une solution politique à la crise. Toutefois, il est impossible de démarrer le processus politique avant l’arrêt du soutien étranger aux terroristes. Nous attendons donc que cette Conférence commence par exercer des pressions sur les États qui soutiennent le terrorisme en Syrie, pour qu’ils cessent la contrebande d’armes et l’envoi massif de terroristes étrangers dans notre pays.

Lorsque ce premier pas sera franchi, il sera facile de franchir les pas suivants à commencer par le dialogue entre les différentes parties syriennes qui auront à discuter de leur système politique à venir, de leur constitution, de leurs lois et de tout le reste.

Dr Bachar al –Assad
Président de la République arabe syrienne
26/08/2013

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Texte original : Sana / Syrie
http://sana.sy/ara/2/2013/08/26/499188.htm

Note :

[*] Vidéo / Hillary Clinton : nous avons créé AL-Qaïda !
http://www.youtube.com/watch?v=rOzCMGK6eEc

La Russie au Proche-Orient : du bon côté de l’Histoire ?


La situation en Égypte penche vers la guerre civile. Impossible de prédire quelle en sera l’issue. Dans ce contexte, le constat devient évident : le conservatisme russe dans l’approche quant au Proche-Orient est plus avantageux que les tentatives de l’Occident de chevaucher les changements.

Place Tahrir, au Caire
Place Tahrir, au Caire

Quand le régime d’Hosni Moubarak, qui semblait éternel, s’est effondré début 2011, la réaction russe a étonné le monde par sa lenteur. Le président égyptien n’avait jamais été un ami de Moscou, demeurant loyal à Washington. Ni le Kremlin ni la place Smolensk n’avaient de raison de le pleurer, mais la haine que les responsables de la Fédération éprouvent envers  les révolutions de toute sorte ne leur permettait pas de saluer le triomphe de la volonté populaire en Égypte. Face à cette réaction, les collègues occidentaux autant qu’arabes ont haussé les épaules : les Russes ne peuvent tout de même pas se montrer si rigides, et si peu penser à l’avenir, décrétaient-ils, unanimes. Les Américains se montrèrent plus tranchants encore : la Russie avait selon eux, dans le conflit égyptien, choisi le « mauvais côté de l’Histoire » en traitant avec défiance la percée démocratique au Proche-Orient.

Mais l’Histoire est sanglante – et change elle-même, sans cesse et fougueusement, son « bon côté ». Le président-islamiste démocratiquement élu a été éloigné par les mêmes généraux qui, deux ans et demi plus tôt, s’étaient débarrassés du dictateur laïc. Comment la situation va évoluer en Égypte dans l’avenir – on n’en sait rien ; et allez deviner quelles forces refléteront, dans encore six mois, la « volonté du peuple ».

La politique actuelle de la Russie au Proche-Orient est le sujet de débats constants. Moscou a-t-elle des intérêts précis, et quel rôle y joue-t-elle aujourd’hui ?

En politique internationale, la Russie est avant tout soucieuse de questions liées à une notion de base des relations internationales – la souveraineté. Certes, au cours de la campagne libyenne, Moscou a surpris tout le monde en dérogeant à sa position traditionnelle de non-intervention, mais cela n’a pas marqué le début d’une nouvelle tendance. Au contraire, par la suite, Moscou n’a fait qu’affirmer sa position de non-ingérence dans les affaires d’États souverains.

Quelle qu’ait pu être sa motivation, le président Dmitri Medvedev, en prenant la décision de ne pas bloquer l’intervention militaire en Libye, n’est parvenu, en résultat, qu’à convaincre le monde entier du caractère erroné de son geste. La position de la Russie sur la question syrienne, qui n’a pas bougé d’un iota en deux années et quelques, a vocation à le démontrer une fois pour toutes : le modèle où des forces extérieures décident qui a « raison » dans une guerre civile puis aident « celui qui a raison » à vaincre n’est pas juste.

La Russie cherche à démontrer qu’il revient au contraire aux États souverains de régler leurs conflits internes, et que l’intervention extérieure ne peut être que nuisible. Et elle se soucie peu de l’influence que cette politique aura sur ses perspectives de présence au Proche- Orient. Car à la différence de l’URSS, la Fédération de Russie ne joue pas sur tout le globe à tenter de démasquer l’Amérique et de grignoter des morceaux de sa sphère d’influence. Penser que la Russie, en Syrie, contredit consciemment et spécialement les États-Unis, simplement par principe, est une erreur. Pour tout dire, la Russie a bien un principe – mais il n’est pas lié à une obsession antiaméricaine. La Russie est animée par la conviction profonde que l’approche de l’Occident dans la résolution de ce genre de problèmes est, par nature, incorrecte.

La société russe ne croit pas à la révolution

La Russie voit les événements proche-orientaux à travers le prisme de sa propre expérience du dernier quart de siècle. La société russe contemporaine ne croit pas à la révolution : il y a eu bien trop de secousses, d’espoirs qui se sont révélés des illusions, de déceptions. La valeur de la stabilité est partagée, pour l’instant, par toutes les couches de la population. L’observateur russe ordinaire regarde avec scepticisme l’euphorie des foules exaltées au Proche-Orient, sachant comment tout cela se termine habituellement ; et l’appareil dirigeant les contemple avec une haine manifeste, projetant, qu’il le veuille ou non, l’élément destructeur sur son territoire propre.

Cela ne signifie pas que la Russie n’est pas soucieuse de ce qui se passe. Le rapport de force au Proche-Orient change fougueusement et de façon irréversible – et vers une destination, à dire vrai, parfaitement imprévisible. La première révolution en Égypte fut une percée de l’islam politique, qui promettait une expansion future. La deuxième révolution semble faire tout revenir en arrière. La vague des changements roule tantôt par-là, tantôt de l’autre côté, déferlant sur tous les pays. Le changement de président en Iran est un exemple de la façon dont le régime en place a habilement fait baisser la pression dans la « cocotte », ôtant la tension globale accumulée. Les manifestations en Turquie sont une désagréable surprise pour un pouvoir présomptueux, montrant les limites de son influence. En Irak, on assiste à la montée de la violence et des menaces de désintégration. La Syrie est dans une impasse sanglante, dans une situation où aucune des parties ne peut ni vaincre, ni céder. La Tunisie est un exemple de manœuvre relativement réussie d’islamistes ayant compris, à la différence de leurs collègues égyptiens, que le dédain politique des minorités est une voie dangereuse. La Libye, c’est le sombre désespoir…

Il y a un an, c’est tout juste si l’opinion selon laquelle la Russie avait perdu au « printemps arabe » n’était pas devenue un lieu commun. Ses derniers alliés, hérités de l’URSS, avaient disparu, leurs successeurs étaient hostiles à Moscou, et à ceux qui restaient neutres, la Russie n’avait rien à offrir. Aujourd’hui, tout cela semble un peu différent. Les « histoires de succès » révolutionnaires déçoivent. Bachar el-Assad, dont on attendait la chute dès 2011, est toujours au pouvoir. L’Iran chiite, soutenu par Moscou, mène un jeu tout à fait heureux, résistant à la pression de l’Occident et du monde sunnite malgré les difficultés intérieures et les lourdes sanctions économiques. Les relations de Moscou et Ankara, malgré des désaccords acerbes sur la Syrie, demeurent bonnes. Avec Israël se maintient un plein contact de travail et, malgré des estimations qui diffèrent, la compréhension est mutuelle au plus haut niveau. Sans compter les régimes arabes modérés qui, n’éprouvant depuis longtemps déjà plus aucun enthousiasme à l’égard de l’épopée syrienne et craignant que la déstabilisation ne se déverse chez eux, considèrent la position de la Russie comme sinon juste, du moins logique.

La Russie d’aujourd’hui s’en tient à une approche extrêmement conservatrice des affaires internationales, partant de l’hypothèse que toute évolution par-rapport au statu quo ne peut être dirigée que vers le pire et que, si elle advient, il est essentiel de ne pas se hâter – ni en jugements, ni en actes. Mieux vaut attendre, et observer. Dans une ère de changements chaotiques, un tel regard peut s’avérer plus avantageux que l’agitation incessante dans des tentatives de deviner où est le « bon côté de l’Histoire ».

Traduit par

Syrie : allons-nous encore continuer notre schizophrénie ?


Syrie C Reuters--672x359Pour n’avoir pas pu répondre à une question, trois innocents se font exécuter. Ce n’est qu’un prétexte, mais en réalité, ces bourreaux travaillent pour nous, l’Occident, et donc aussi pour la France. Leurs véhicules, leurs armes, leurs munitions, jusqu’à ce qu’ils portent sur le dos ont été achetés et payés par nous ou nos alliés. Nous pouvons toujours dire que c’est la faute de nos dirigeants. Ils ont bon dos. Quand nos gouvernants font de bonnes choses, nous sommes fiers d’eux ; ils sont la France. Tous les français s’approprient leurs actes, comme ce fut le cas quand Dominique de Villepin a résisté à l’ONU à l’invasion de l’Irak. Mais quand ça ne va pas, quand leurs actions sont mauvaises, nous n’y sommes absolument pour rien. C’est même plus que de la schizophrénie, c’est de la lâcheté. Si nous ne le ressentons pas ainsi, alors nous n’avons aucun droit de critiquer ces gouvernants, qui ne sont, après tout, que le reflet de nous-mêmes.

Avic

Euramérique, Eurorussie ou Eurasie?


185571428Récemment, le site Atlantico a publié un échange de réflexions fort intéressant entre Alexandre Del Valle et Alexandre Melnik sur les perspectives viables pour l’Occident. Les deux Alexandre, qui n’ont de commun que leurs prénoms, prônent deux voies différentes et opposées pour la réaffirmation de l’Occident puissance: l’Alliance continentale Europe-Russie ou l’alliance transatlantique Europe-Amérique.

Cette thématique semble prendre une importance croissante au fur et à mesure que les relations Russie-USA se détériorent, que l’Europe s’enfonce dans la crise et que la Russie regagne stratégiquement des positions, réaffirmant ainsi peu à peu sa position de grande puissance. La même semaine, le site Europe-Israël publiait lui un article intitulé: La morale change de camp, article très élogieux envers Vladimir Poutine et envers la politique russe dans le monde musulman, présentant une Russie devenue la protectrice des minorités, notamment chrétiennes. Le site prenait en exemple les manifestants de la place Tahrir qui dénonçaient l’alliance entre Etats-Unis et Frères musulmans et appelaient la Russie à s’impliquer dans la révolution égyptienne.

L’occident a été historiquement lié à l’Europe, la Méditerranée puis l’Europe du nord et de l’ouest, avant de ne se juxtaposer sur le monde anglo-saxon dès le 17ième siècle via l’empire colonial de l’Angleterre et sa puissance maritime. Ce règne de la rose n’a réellement pris fin qu’après la première guerre mondiale, qui a historiquement marqué la fin des empires européens, y compris l’empire britannique, supplantés par la puissance la plus occidentale et la plus maritime d’Occident: les Etats-Unis d’Amérique.

Ceux-ci achèveront la déseuropéanisation de l’Occident en confirmant leur leadership planétaire en 1991, lors de la mort de l’Union Soviétique. La fin de l’Union Soviétique scellera aussi le destin eurasien de la Russie et donc le déplacement du centre d’attraction du continent vers l’Est et l’Eurasie. La disparition de cet empire permettra donc paradoxalement à l’Europe réelle d’entamer une tentative historique de raccord entre son Ouest et son Est et ainsi de tenter d’affirmer son unité territoriale, continentale et politique. Cela entrainera une rupture sans doute désormais totale et fondamentale entre le monde continental et le monde occidental.

Ce leadership américain qui a été baptisé par le président Bush «le nouvel ordre mondial» s’est développé et affirmé grâce à une formidable domination militaire et économique. Ce dispositif hyperpuissant a mis l’Europe sous contrôle, logiquement étendu sa zone d’influence vers l’Eurasie et l’Asie centrale tout en multipliant les interventions militaires dans le monde musulman. Pourtant, cette domination américaine sera aussi brève, d’un point de vue historique, que ne seront rapides le redressement russe et l’émergence de la Chine, dont on voit mal aujourd’hui ce qui pourrait l’empêcher de devenir la première puissance mondiale dans la décennie qui vient. Si le monde se désoccidentalise rapidement, le centre de gravité des puissances se déplace inexorablement vers l’Asie.

L’Europe de Bruxelles n’a pas transformé l’essai et il est peu probable qu’elle le fasse. L’Union s’est transformée en un «machin» que le Général de Gaulle n’aurait pas pu imaginer même dans ses pires cauchemars: Une entité sans aucune souveraineté politique, comme le souhaitent les donneurs d’ordres de Washington, et gouvernée par une bureaucratie de petits fonctionnaires sans horizons politiques qui espèrent tout en la craignant l’adhésion à l’UE d’une Turquie conquérante et par ailleurs seconde puissance de l’Otan. Pour les plus pessimistes, la crise économique, l’absence de souveraineté, l’échec du modèle multiculturel dans tous les pays d’Europe et l’absence d’élites ne devraient vraisemblablement laisser à Bruxelles que quelques années avant un démembrement volontaire et une sortie de l’histoire par la petite porte. Les nations européennes pourraient-elles y survivre? Sauront-elles le cas échéant renouer avec un nouveau destin continental?

Dans ces conditions, un rapprochement UE-Russie est-il imaginable? La puissance russe n’est pas d’origine maritime, la Russie n’a pas connu la renaissance après le moyen âge, et sa révolution industrielle a été tardive. En outre la démocratie à l’occidentale est encore au banc d’essai en Russie et il semble de plus en plus évident que ce modèle ne soit pas adapté pour gouverner le plus grand territoire de la planète ni de maintenir unis un si grand nombre de peuples si divers. Fait remarquable également, la Russie est le seul empire continental qui ait survécu en maintenant relativement en vie sa sphère d’influence linguistique, culturelle et politique au cœur de l’Eurasie: en Asie centrale et dans le Caucase.

Peut-être à cause de ce parcours historique bien spécifique, la Russie ne fait aujourd’hui encore que peu confiance à un «Ouest» (Zapad en russe désigne l’Occident, ce qui inclut encore aujourd’hui tant l’Amérique que l’Europe de Bruxelles) contre lequel elle a historiquement presque toujours été en guerre ouverte ou larvée. En outre, les modèles de sociétés proposés par l’Occident ne sont pas perçus comme viables ni compatibles avec les souhaits et aspirations de la population russe et encore moins avec le projet global des élites russes pour leur pays. On peut facilement comprendre, au vu des difficultés qu’à connu la Russie pour se redresser et créer un embryon de modèle propre de société (l’État-Civilisation), son souhait de ne pas s’associer ni essayer de s’assimiler à des ensembles politiques et civilisationnels visiblement en crise profonde.

En outre, le basculement lourd et historique du monde vers l’Asie, dans laquelle se trouve 75% du territoire russe ne devrait pas particulièrement inciter Moscou à se tourner à l’Ouest vers la zone euro-atlantique mais plutôt à l’Est, vers la zone Asie-Pacifique pour tenter de profiter du formidable potentiel de la Chine, avec lequel la Russie est d’ailleurs en train de nouer un partenariat historique.

Le 21ème siècle verra-t-il l’émergence d’un tandem gagnant composé des deux ex-géants communistes et de leurs sphères respectives d’influence?

Il semble par conséquent que l’existence d’un Occident-puissance qui, il faut le rappeler reste à ce jour son adversaire stratégique principal, ne soit sans doute pas l’intérêt primordial d’une Russie qui, si elle encore majoritairement slave et chrétienne, n’en reste pas moins aujourd’hui  une puissance eurasiatique et orthodoxe d’abord et européenne ensuite. Le renouveau de la Russie semble du reste à ce jour être inspiré par deux idées ou directions stratégique essentielles, l’une post-byzantine et l’autre postsoviétique (vers l’Eurasie) traduisant sans doute très clairement que la Russie ne se destine pas du tout à devenir un membre du club occidental.

La Russie n’est-elle pas, après tout, l’héritière historique, religieuse et spirituelle de Byzance et donc de l’empire romain d’Orient, et non de l’empire romain d’Occident?

Alexandre Latsa

http://alexandrelatsa.ru/2013/08/euramerique-eurorussie-ou-eurasie/#more-6752

Le déclin du courage


Extraits du discours prononcé par Alexandre Soljénitsyne, prix Nobel de littérature(1970) à Harvard le 8 juin 1978. Il condamne alors les deux systèmes économiques -le communisme et le capitalisme. Il dénonce surtout la chute spirituelle de la civilisation.

alexandre_soljenitsyne_reference«Je suis très sincèrement heureux de me trouver ici parmi vous, à l’occasion du 327ème anniversaire de la fondation de cette université si ancienne et si illustre. La devise de Harvard est « VERITAS ». La vérité est rarement douce à entendre ; elle est presque toujours amère. Mon discours d’aujourd’hui contient une part de vérité ; je vous l’apporte en ami, non en adversaire.

Il y a trois ans, aux Etats-Unis, j’ai été amené à dire des choses que l’on a rejeté, qui ont paru inacceptables. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui acquiescent à mes propos d’alors.(…)

Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance, à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ?

Quand les Etats occidentaux modernes se sont formés, fut posé comme principe que les gouvernements avaient pour vocation de servir l’homme, et que la vie de l’homme était orientée vers la liberté et la recherche du bonheur (en témoigne la déclaration américaine d’Indépendance.)Aujourd’hui, enfin, les décennies passées de progrès social et technique ont permis la réalisation de ces aspirations : un Etat assurant le bien-être général. Chaque citoyen s’est vu accorder la liberté tant désirée, et des biens matériels en quantité et en qualité propres à lui procurer, en théorie, un bonheur complet, mais un bonheur au sens appauvri du mot, tel qu’il a cours depuis ces mêmes décennies.

Au cours de cette évolution, cependant, un détail psychologique a été négligé : le désir permanent de posséder toujours plus et d’avoir une vie meilleure, et la lutte en ce sens, ont imprimé sur de nombreux visages à l’Ouest les marques de l’inquiétude et même de la dépression, bien qu’il soit courant de cacher soigneusement de tels sentiments. Cette compétition active et intense finit par dominer toute pensée humaine et n’ouvre pas le moins du monde la voie à la liberté du développement spirituel.

L’indépendance de l’individu à l’égard de nombreuses formes de pression étatique a été garantie ; la majorité des gens ont bénéficié du bien-être, à un niveau que leurs pères et leurs grands-pères n’auraient même pas imaginé ; il est devenu possible d’élever les jeunes gens selon ces idéaux, de les préparer et de les appeler à l’épanouissement physique, au bonheur, au loisir, à la possession de biens matériels, l’argent, les loisirs, vers une liberté quasi illimitée dans le choix des plaisirs. Pourquoi devrions-nous renoncer à tout cela ? Au nom de quoi devrait-on risquer sa précieuse existence pour défendre le bien commun, et tout spécialement dans le cas douteux où la sécurité de la nation aurait à être défendue dans un pays lointain ?

Même la biologie nous enseigne qu’un haut degré de confort n’est pas bon pour l’organisme. Aujourd’hui, le confort de la vie de la société occidentale commence à ôter son masque pernicieux.

La société occidentale s’est choisie l’organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j’appellerais légaliste. Les limites des droits de l’homme et de ce qui est bon sont fixées par un système de lois ; ces limites sont très lâches. Les hommes à l’Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que paradoxalement les lois tendent à devenir bien trop compliquées à comprendre pour une personne moyenne sans l’aide d’un expert. Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu’un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n’en être pas moins illégitime. Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n’entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu’aux extrêmes limites des cadres légaux.

J’ai vécu toute ma vie sous un régime communiste, et je peux vous dire qu’une société sans référent légal objectif est particulièrement terrible. Mais une société basée sur la lettre de la loi, et n’allant pas plus loin, échoue à déployer à son avantage le large champ des possibilités humaines. La lettre de la loi est trop froide et formelle pour avoir une influence bénéfique sur la société. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s’en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l’homme.

Et il sera tout simplement impossible de relever les défis de notre siècle menaçant armés des seules armes d’une structure sociale légaliste.

Aujourd’hui la société occidentale nous révèle qu’il règne une inégalité entre la liberté d’accomplir de bonnes actions et la liberté d’en accomplir de mauvaises. Un homme d’Etat qui veut accomplir quelque chose d’éminemment constructif pour son pays doit agir avec beaucoup de précautions, avec timidité pourrait-on dire. Des milliers de critiques hâtives et irresponsables le heurtent de plein fouet à chaque instant. Il se trouve constamment exposé aux traits du Parlement, de la presse. Il doit justifier pas à pas ses décisions, comme étant bien fondées et absolument sans défauts. Et un homme exceptionnel, de grande valeur, qui aurait en tête des projets inhabituels et inattendus, n’a aucune chance de s’imposer : d’emblée on lui tendra mille pièges. De ce fait, la médiocrité triomphe sous le masque des limitations démocratiques.

Il est aisé en tout lieu de saper le pouvoir administratif, et il a en fait été considérablement amoindri dans tous les pays occidentaux. La défense des droits individuels a pris de telles proportions que la société en tant que telle est désormais sans défense contre les initiatives de quelques-uns. Il est temps, à l’Ouest, de défendre non pas temps les droits de l’homme que ses devoirs.

D’un autre côté, une liberté destructrice et irresponsable s’est vue accorder un espace sans limite. Il s’avère que la société n’a plus que des défenses infimes à opposer à l’abîme de la décadence humaine, par exemple en ce qui concerne le mauvais usage de la liberté en matière de violence morale faites aux enfants, par des films tout pleins de pornographie, de crime, d’horreur. On considère que tout cela fait partie de la liberté, et peut être contrebalancé, en théorie, par le droit qu’ont ces mêmes enfants de ne pas regarder er de refuser ces spectacles. L’organisation légaliste de la vie a prouvé ainsi son incapacité à se défendre contre la corrosion du mal. (…)

L’évolution s’est faite progressivement, mais il semble qu’elle ait eu pour point de départ la bienveillante conception humaniste selon laquelle l’homme, maître du monde, ne porte en lui aucun germe de mal, et tout ce que notre existence offre de vicié est simplement le fruit de systèmes sociaux erronés qu’il importe d’amender. Et pourtant, il est bien étrange de voir que le crime n’a pas disparu à l’Ouest, alors même que les meilleurs conditions de vie sociale semblent avoir été atteintes. Le crime est même bien plus présent que dans la société soviétique, misérable et sans loi. (…)

La presse, aussi, bien sûr, jouit de la plus grande liberté. Mais pour quel usage ? (…) Quelle responsabilité s’exerce sur le journaliste, ou sur un journal, à l’encontre de son lectorat, ou de l’histoire ? S’ils ont trompé l’opinion publique en divulguant des informations erronées, ou de fausses conclusions, si même ils ont contribué à ce que des fautes soient commises au plus haut degré de l’Etat, avons-nous le souvenir d’un seul cas, où le dit journaliste ou le dit journal ait exprimé quelque regret ? Non, bien sûr, cela porterait préjudice aux ventes. De telles erreurs peut bien découler le pire pour une nation, le journaliste s’en tirera toujours. Etant donné que l’on a besoin d’une information crédible et immédiate, il devient obligatoire d’avoir recours aux conjectures, aux rumeurs, aux suppositions pour remplir les trous, et rien de tout cela ne sera jamais réfuté ; ces mensonges s’installent dans la mémoire du lecteur. Combien de jugements hâtifs, irréfléchis, superficiels et trompeurs sont ainsi émis quotidiennement, jetant le trouble chez le lecteur, et le laissant ensuite à lui-même ? La presse peut jouer le rôle d’opinion publique, ou la tromper. De la sorte, on verra des terroristes peints sous les traits de héros, des secrets d’Etat touchant à la sécurité du pays divulgués sur la place publique, ou encore des intrusions sans vergogne dans l’intimité de personnes connues, en vertu du slogan : « tout le monde a le droit de tout savoir ». Mais c’est un slogan faux, fruit d’une époque fausse ; d’une bien plus grande valeur est ce droit confisqué, le droit des hommes de ne pas savoir, de ne pas voir leur âme divine étouffée sous les ragots, les stupidités, les paroles vaines. Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n’a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d’information. (…) Autre chose ne manquera pas de surprendre un observateur venu de l’Est totalitaire, avec sa presse rigoureusement univoque : on découvre un courant général d’idées privilégiées au sein de la presse occidentale dans son ensemble, une sorte d’esprit du temps, fait de critères de jugement reconnus par tous, d’intérêts communs, la somme de tout cela donnant le sentiment non d’une compétition mais d’une uniformité. Il existe peut-être une liberté sans limite pour la presse, mais certainement pas pour le lecteur : les journaux ne font que transmettre avec énergie et emphase toutes ces opinions qui ne vont pas trop ouvertement contredire ce courant dominant.

Sans qu’il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d’idées à la mode sont séparés avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n’ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d’être relayés dans le supérieur. Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l’engouement à la mode. Sans qu’il y ait, comme à l’Est, de violence ouverte, cette sélection opérée par la mode, ce besoin de tout conformer à des modèles standards, empêchent les penseurs les plus originaux d’apporter leur contribution à la vie publique et provoquent l’apparition d’un dangereux esprit grégaire qui fait obstacle à un développement digne de ce nom. Aux Etats-Unis, il m’est arrivé de recevoir des lettres de personnes éminemment intelligentes … peut-être un professeur d’un petit collège perdu, qui aurait pu beaucoup pour le renouveau et le salut de son pays, mais le pays ne pouvait l’entendre, car les média n’allaient pas lui donner la parole. Voilà qui donne naissance à de solides préjugés de masse, à un aveuglement qui à notre époque est particulièrement dangereux. (…)

Il est universellement admis que l’Ouest montre la voie au monde entier vers le développement économique réussi, même si dans les dernières années il a pu être sérieusement entamé par une inflation chaotique. Et pourtant, beaucoup d’hommes à l’Ouest ne sont pas satisfaits de la société dans laquelle ils vivent. Ils la méprisent, ou l’accusent de plus être au niveau de maturité requis par l’humanité. Et beaucoup sont amenés à glisser vers le socialisme, ce qui est une tentation fausse et dangereuse. J’espère que personne ici présent ne me suspectera de vouloir exprimer une critique du système occidental dans l’idée de suggérer le socialisme comme alternative. Non, pour avoir connu un pays où le socialisme a été mis en oeuvre, je ne prononcerai pas en faveur d’une telle alternative. (…) Mais si l’on me demandait si, en retour, je pourrais proposer l’Ouest, en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative. Non, je ne prendrais pas votre société comme modèle pour la transformation de la mienne. On ne peut nier que les personnalités s’affaiblissent à l’Ouest, tandis qu’à l’Est elles ne cessent de devenir plus fermes et plus fortes. Bien sûr, une société ne peut rester dans des abîmes d’anarchie, comme c’est le cas dans mon pays. Mais il est tout aussi avilissant pour elle de rester dans un état affadi et sans âme de légalisme, comme c’est le cas de la vôtre. Après avoir souffert pendant des décennies de violence et d’oppression, l’âme humaine aspire à des choses plus élevées, plus brûlantes, plus pures que celles offertes aujourd’hui par les habitudes d’une société massifiée, forgées par l’invasion révoltante de publicités commerciales, par l’abrutissement télévisuel, et par une musique intolérable.

Tout cela est sensible pour de nombreux observateurs partout sur la planète. Le mode de vie occidental apparaît de moins en moins comme le modèle directeur. Il est des symptômes révélateurs par lesquels l’histoire lance des avertissements à une société menacée ou en péril. De tels avertissements sont, en l’occurrence, le déclin des arts, ou le manque de grands hommes d’Etat. Et il arrive parfois que les signes soient particulièrement concrets et explicites. Le centre de votre démocratie et de votre culture est-il privé de courant pendant quelques heures, et voilà que soudainement des foules de citoyens Américains se livrent au pillage et au grabuge. C’est que le vernis doit être bien fin, et le système social bien instable et mal en point.

Mais le combat pour notre planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n’est pas pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu’elles exercent, et pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de verres levés. Pourquoi toute cette joie ?

Comment l’Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? A-t-il connu dans son évolution des points de non-retour qui lui furent fatals, a-t-il perdu son chemin ? Il ne semble pas que cela soit le cas. L’Ouest a continué à avancer d’un pas ferme en adéquation avec ses intentions proclamées pour la société, main dans la main avec un progrès technologique étourdissant. Et tout soudain il s’est trouvé dans son état présent de faiblesse. Cela signifie que l’erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident à l’époque moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base da la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l’humanisme rationaliste, ou l’autonomie humaniste : l’autonomie proclamée et pratiquée de l’homme à l’encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d’anthropocentrisme : l’homme est vu au centre de tout.

Historiquement, il est probable que l’inflexion qui s’est produite à la Renaissance était inévitable. Le Moyen Age en était venu naturellement à l’épuisement, en raison d’une répression intolérable de la nature charnelle de l’homme en faveur de sa nature spirituelle. Mais en s’écartant de l’esprit, l’homme s’empara de tout ce qui est matériel, avec excès et sans mesure. La pensée humaniste, qui s’est proclamée notre guide, n’admettait pas l’existence d’un mal intrinsèque en l’homme, et ne voyait pas de tâche plus noble que d’atteindre le bonheur sur terre. Voilà qui engagea la civilisation occidentale moderne naissante sur la pente dangereuse de l’adoration de l’homme et de ses besoins matériels.Tout ce qui se trouvait au-delà du bien-être physique et de l’accumulation de biens matériels, tous les autres besoins humains, caractéristiques d’une nature subtile et élevée, furent rejetés hors du champ d’intérêt de l’Etat et du système social, comme si la vie n’avait pas un sens plus élevé. De la sorte, des failles furent laissées ouvertes pour que s’y engouffre le mal, et son haleine putride souffle librement aujourd’hui. Plus de liberté en soi ne résout pas le moins du monde l’intégralité des problèmes humains, et même en ajoute un certain nombre de nouveaux.

Et pourtant, dans les jeunes démocraties, comme la démocratie américaine naissante, tous les droits de l’homme individuels reposaient sur la croyance que l’homme est une créature de Dieu. C’est-à-dire que la liberté était accordée à l’individu de manière conditionnelle, soumise constamment à sa responsabilité religieuse. Tel fut l’héritage du siècle passé.

Toutes les limitations de cette sorte s’émoussèrent en Occident, une émancipation complète survint, malgré l’héritage moral de siècles chrétiens, avec leurs prodiges de miséricorde et de sacrifice. Les Etats devinrent sans cesses plus matérialistes. L’Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l’homme, mais l’homme a vu complètement s’étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique. Et tous les succès techniques, y compris la conquête de l’espace, du Progrès tant célébré n’ont pas réussi à racheter la misère morale dans laquelle est tombé le XXème siècle, que personne n’aurait pu encore soupçonner au XIXème siècle.

L’humanisme dans ses développements devenant toujours plus matérialiste, il permit avec une incroyable efficacité à ses concepts d’être utilisés d’abord par le socialisme, puis par le communisme, de telle sorte que Karl Marx pût dire, en 1844, que « le communisme est un humanisme naturalisé. » Il s’est avéré que ce jugement était loin d’être faux. On voit les mêmes pierres aux fondations d’un humanisme altéré et de tout type de socialisme : un matérialisme sans frein, une libération à l’égard de la religion et de la responsabilité religieuse, une concentration des esprits sur les structures sociales avec une approche prétendument scientifique. Ce n’est pas un hasard si toutes les promesses rhétoriques du communisme sont centrées sur l’Homme, avec un grand H, et son bonheur terrestre. A première vue, il s’agit d’un rapprochement honteux : comment, il y aurait des points communs entre la pensée de l’Ouest et de l’Est aujourd’hui ? Là est la logique du développement matérialiste. (…)

Je ne pense pas au cas d’une catastrophe amenée par une guerre mondiale, et aux changements qui pourraient en résulter pour la société. Aussi longtemps que nous nous réveillerons chaque matin, sous un soleil paisible, notre vie sera inévitablement tissée de banalités quotidiennes. Mais il est une catastrophe qui pour beaucoup est déjà présente pour nous. Je veux parler du désastre d’une conscience humaniste parfaitement autonome et irréligieuse.

Elle a fait de l’homme la mesure de toutes choses sur terre, l’homme imparfait, qui n’est jamais dénué d’orgueil, d’égoïsme, d’envie, de vanité, et tant d’autres défauts. Nous payons aujourd’hui les erreurs qui n’étaient pas apparues comme telles au début de notre voyage. Sur la route qui nous a amenés de la Renaissance à nos jours, notre expérience s’est enrichie, mais nous avons perdu l’idée d’une entité supérieure qui autrefois réfrénait nos passions et notre irresponsabilité.

Nous avions placé trop d’espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu’on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure. A l’Est, c’est la foire du Parti qui la foule aux pieds, à l’Ouest la foire du Commerce : ce qui est effrayant, ce n’est même pas le fait du monde éclaté, c’est que les principaux morceaux en soient atteints d’une maladie analogue. Si l’homme, comme le déclare l’humanisme, n’était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n’en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d’acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l’accomplissement d’un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l’expérience d’une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n’y étions entrés.

Il est impératif que nous revoyions à la hausse l’échelle de nos valeurs humaines. Sa pauvreté actuelle est effarante. Il n’est pas possible que l’aune qui sert à mesurer de l’efficacité d’un président se limite à la question de combien d’argent l’on peut gagner, ou de la pertinence de la construction d’un gazoduc. Ce n’est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l’humanité peut s’élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde.

Quand bien même nous serait épargné d’être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ce qu’est fondamentalement la vie, la société. Est-ce vrai que l’homme est au-dessus de tout ? N’y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ? Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ? A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l’intégrité de notre vie spirituelle ?

Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l’être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l’ère moderne.

Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n’avons pas d’autre choix que de monter … toujours plus haut.»

Alexandre Soljénitsyne, Le Déclin du courage, Harvard, 8 juin 1978

Source : http://alexandrelatsa.ru/2013/08/le-declin-du-courage/#more-6626

L’autre visage de la Corée du Nord


la-coree-du-nordpar ANDRE Vltchek

Au moment où l’avion – de fabrication russe Tupolev-204 – s’apprêtait à décoller de l’aéroport de Pyongyang, je ne ressentais rien, absolument rien. Le brouillard du matin qui, au début, recouvrait la piste, commençait à se lever. Les moteurs rugissaient. Juste après le décollage, je pouvais clairement distinguer des champs verdoyants, des villages soignés et des rubans de rivières larges et paresseux au-dessous de l’aile. C’était indéniablement un spectacle magnifique: mélancolique, poétique et vraiment dramatique. Et pourtant, je me sentais engourdi. Je ne ressentais rien, absolument rien.

Les téléviseurs suspendus au-dessus de nos têtes diffusaient radieusement des images sans fin de défilés se suivant l’un après l’autre, de fêtes interminables et des concerts grandioses. Le volume a augmenté, les femmes et les hommes sur l’écran chantaient avec enthousiasme, les soldats défilaient ; des avions rugissants et des hélicoptères avaient pénétré le ciel bleu. Le chef pilote agitait ses mains. La foule applaudissait debout. Les émotions ont été portées à leur paroxysme ; mouillant les yeux de la population et exacerbant leur fierté omniprésente sur leurs visages.

Tout à coup je me suis senti vide, peur de quelque chose.

Après avoir vu plus de 150 pays, partout dans le monde, après avoir couvert des guerres et des conflits, certains d’une intensité et d’une brutalité inimaginables, je fus soudain saisi d’un ardent désir de repos, et même de silence total.

Il y a 60 ans la Corée du Nord a gagné la guerre. Mais quelques 4 millions de personnes sont mortes dont beaucoup de civils. C’était peut-être plus de 4 millions, personne ne sait exactement. La capitale Pyongyang a été totalement rasée. Je n’avais pas envie d’entendre la musique forte et les longs discours. Je voulais rendre hommage à ceux qui ont perdu leur vie, en m’asseyant tranquillement au bord de la rivière couverte de brume, écoutant pousser l’herbe. Mais pendant mes 8 jours en Corée du Nord, j’ai eu très peu de moments de silence, presque aucune occasion de réfléchir.

Qu’ai-je vu durant ces 8 jours en RPDC – Corée du Nord? J’ai vu une énorme ville futuriste, Pyongyang, la capitale, construite sur des cendres. J’ai vu des théâtres et des stades énormes, un système de métro profondément enfoui sous le sol (transport public doublé d’un abri antiatomique, dans le cas où la ville serait attaquée). J’ai vu des trolleybus et autobus à deux étages, de larges avenues, des trottoirs incroyablement larges, des patinoires pour des roller-skate et des terrains de jeux pour les enfants.

Il y avait des statues et des monuments partout. La taille de certains boulevards et bâtiments était simplement écrasante. Pendant plus d’une décennie, j’ai vécu à Manhattan, mais la grandeur était très différente. New York s’était développé de plus en plus vers le ciel, tandis que Pyongyang était constitué par d’immenses espaces ouverts et d’énormes bâtiments éclectiques.

A l’extérieur de la capitale, j’ai vu des champs verts et des agriculteurs rentrant chez eux en pleine campagne. De toute évidence, il n’y avait pas de malnutrition chez les enfants, et en dépit de l’embargo, tout le monde était habillé décemment.

J’ai vu des places bourrées de monde, avec des dizaines de milliers de personnes criant des slogans à plein poumons. J’ai vu des milliers de femmes dans des robes traditionnelles colorées agitant leurs drapeaux et rubans, applaudir lorsque le signal leur était donné, pour nous accueillir – les délégués internationaux. Marchant à côté de moi pour la paix, il y avait un ancien procureur général américain, Ramsey Clark, et à mon autre côté, le chef d’un des partis communistes indiens. Il y avait des avocats des droits de l’Homme venant des États-Unis et de partout dans le monde, des révolutionnaires turcs et, pour des raisons difficiles à comprendre, plusieurs chefs de l’armée ougandaise.

Délégation Ramsey Clark.
Délégation Ramsey Clark.

Mais je ne suis pas venu ici pour défiler. Je suis venu ici pour filmer et photographier, pour voir les visages des populations locales, pour lire ce qui était écrit sur ces visages, pour sentir, pour ressentir et pour essayer de comprendre.

Au lieu de bruyantes acclamations, je suis venu pour écouter les murmures, espérant attraper des discrètes expressions faciales, des signes minuscules de peur, de joie, d’amour et même de confusion existentielle.

L’Occident, ses responsables politiques et ses médias, ont réussi à créer une image d’une Corée du Nord déshumanisée. Ils l’ont fait en brouillant les visages. Pendant des décennies, les Nord-Coréens ont été dépeints comme des habitants de quelque monstrueux empire ermite où les hommes, les femmes et les enfants se ressemblent tous, habillés tous de la même façon, se comportant comme des robots, ne souriant jamais et ne se regardant jamais dans les yeux.

Avant de venir ici, avant d’accepter de venir, j’avais expliqué aux organisateurs que je n’étais pas intéressé par tous ces feux d’artifice élaborés et les stades pleins. Je voulais voir une maman emmenant son enfant à l’école. Je désirais ardemment capturer les visages des amoureux au crépuscule, assis côte à côte sur quelque banc à l’abri des regards, se chuchotant l’un à l’autre ces mots urgents, ces promesses qui font que la vie vaut d’être vécue, les mêmes mots, les mêmes promesses, prononcés partout dans le monde.

Enfants sud-coréens dans la rue.
Enfants sud-coréens dans la rue.

Paradoxalement, on m’a découragé de le faire. Au lieu de cela, on m’a demandé de défiler. De conteur et homme plutôt habitué à documenter le monde, je fus transformé en un délégué. Et chaque fois que la foule me repérait, elle applaudissait, et je me sentais gêné, aspirant désespérément à devenir invisible, ou au moins à trouver une cachette. Non pas parce que j’avais fait quelque chose de mal, mais simplement parce que je n’étais pas habitué à de telles explosions d’enthousiasme nu à mon égard.

Et donc je défilais, pour la paix et pour la réunification de la nation coréenne. Et tandis que je marchais, je n’arrêtais pas de filmer et photographier. Ça devait avoir l’air inconfortable, je dois admettre: un délégué filmant un groupe de femmes qui étaient habillés de leurs costumes traditionnels colorés, l’acclamant avec leurs rubans de papier, et criant à tue-tête.

J’ai vite découvert que je me battais pour chaque aperçu de la réalité, de la vie de tous les jours. Au lieu de cela, on me nourrissait de spectacle.

La frontière.
La frontière.

On m’a emmené à ces stades avec 100.000 personnes, où les enfants changent la position de leurs ardoises périodiquement, et tout le côté de la tribune devient soudainement comme un tableau coloré vivant. J’ai assisté à des événements énormes, avec des milliers de danseurs, avec feux d’artifice et des bandeaux multiples.

Pourtant, ce qui m’a impressionné le plus, c’est un pont en pierre ancien et minuscule dans la ville de Kaesong, près de la zone démilitarisée. Et la scène autour du pont: une toute petite fille, peut-être trois ans, sa chaussette déchirée, qui pleurait, alors que sa mère lui caressait les cheveux de la façon la plus chaude, la plus tendre que l’on puisse imaginer.

Mes hôtes, eux ne semblent pas comprendre. Je leur ai expliqué, encore et encore, mais mes mots sonnaient trop étrangers pour eux.

logements publics gratuits
logements publics gratuits

Pour eux, j’étais juste « un écrivain célèbre, cinéaste et journaliste ». Ils avaient besoin de moi pour montrer le grand soutien pour leur révolution, et le profond respect pour leur souffrance pendant l’assaut de l’Occident il y a plus de 60 ans.

Naturellement, je ressentais du respect et compatissais à leur douleur, c’était tout ce que j’étais sensé ressentir. Je ressentais beaucoup plus.

Mais je suis tombé amoureux, instantanément de la campagne nord-coréenne, des visages des agriculteurs nord-coréens et des habitants de la ville. Ce sont des visages purs, honnêtes et expressifs. Que pouvais-je faire? L’amour est subjectif, il est irrationnel. La verdure exagérée des champs, des enfants jouant au bord de la route, les soldats rentrant dans leurs villages pour une courte permission, les femmes face au soleil au crépuscule: C’était trop ; le coup de foudre, comme je l’ai dit.

Je photographiais à travers le pare-brise, j’ennuyais les organisateurs, leur demandant de s’arrêter au milieu de la route.

Puis, le 26 Juillet, j’ai rencontré, avec Ramsey Clark et quelques autres délégués, Mr.Yang Hyong Sob, le vice-président du Comité permanent du Comité populaire suprême. Il ressemblait à un homme très bon, et j’ai eu la chance d’échanger quelques idées avec lui. Je lui ai expliqué que la meilleure façon de lutter contre la propagande occidentale est de montrer au monde le visage des nord-coréens.

Le métro.
Le métro.

«C’est leur tactique habituelle», dis-je. «Ils dépeignent les populations de la Chine, de Cuba, du Venezuela, de la Russie, d’Irak, d’Afghanistan, de la Serbie, comme des gens sans cœur, comme s’ils étaient des androïdes en plastique. Ensuite, inconsciemment, la compassion pour les gens de ces pays disparaît du cœur du public occidental. Soudain, il est bon de les affamer, de les bombarder, d’assassiner des milliers, voire des millions de ces androïdes. Mais une fois que les visages sont montrés, le public occidental devient confus, beaucoup refusent de soutenir l’assassinat de masse « .

Le vice-président hocha la tête. Il me sourit. Comme nous partions, il m’a saisi dans une étreinte d’ours, et a dit simplement: « S’il vous plaît revenez! »

Mais même après ces échanges fructueux, je défilais toujours. Et les images simples sont toujours hors de ma portée. « Pour ce voyage seulement, puisque nous célébrons le 60 e anniversaire», m’a-t-on dit. Mais je vivais au jour le jour, je voulais travailler.

J’ai vu la zone démilitarisée, DMZ, et le poste frontière sud-coréenne à Panmunjom. Deux fois dans le passé, j’avais visité le même endroit, mais du côté opposé. La DMZ est censée être la frontière la plus fortifiée du monde, les deux Corées sont toujours techniquement en guerre. Les deux armées sont à couteaux tirés en face l’une de l’autre, armées jusqu’aux dents, tandis que les forces américaines sont terrées quelque part en arrière-plan, du côté sud.

Pourtant, la DMZ est en quelque sorte l’œil du cyclone, placée entre toutes ces bombes, ces chars et ces lance-missiles, tranquille et immuable. Les rivières coulent paresseusement, et les agriculteurs cultivent le ginseng, sans doute le meilleur du monde.

J’ai enduré d’interminables mesures de sécurité, et à la fin je faisais face à la terrasse des visiteurs vide, située côté Corée du Sud. Il y avait évidemment des craintes d’hostilités des deux côtés de la ligne, et aucun visiteur «ordinaire» n’était autorisé à se rendre ici.

L'occupation
L’occupation

Ce fut un grand chaos, et un drame sans fin. Une nation divisée, des millions de morts. J’ai vu tout cela dans la ville de Sinchon. Les tunnels où les troupes américaines ont massacré des milliers de civils pendant la guerre, les vétérans et les survivants des massacres ont parlé; se rappelant ces événements horribles.

En 1950, au début de la guerre, la ville de Sinch’ŏn a été le site d’un massacre de civils par les forces américaines d’occupation. Le nombre de civils tués au cours de la période de 52 jours aurait été de plus de 35.000 personnes, soit l’équivalent d’un quart de la population de la ville à l’époque.

Tout avait l’air effroyablement familier. J’avais l’habitude de photographier les cratères laissés après les tapis de bombes du Cambodge, du Laos et du Vietnam. Brutalité, brutalité, brutalité … Des millions de victimes sans visage brûlés vifs par le napalm, les « bombettes» qui explosent des décennies plus tard lorsque des enfants ou des buffles d’eau jouent dans les champs.

Ramsey Clark a parlé des horreurs du passé, et de la brutalité des actions américaines. Un vieil homme, l’un des survivants des massacres de civils dans les tunnels, a parlé des horreurs dont il a été témoin dans son enfance. L’œuvre d’art dans le musée local dépeint la torture brutale et le viol de femmes coréennes par les troupes américaines, leurs corps mutilés, avec des mamelons transpercés par des crochets métalliques.

L'un des nombreux théâtres de Pyongyang.
L’un des nombreux théâtres de Pyongyang.

En Occident, le sujet reste presque totalement tabou. Un des plus grands journalistes du 20 e siècle, Wilfred Burchett, a même perdu sa nationalité et est devenu «un ennemi du peuple australien», en partie parce qu’il a osé décrire les souffrances du peuple nord-coréen, quelques années après qu’il ait décrit, au lendemain des bombardements d’Hiroshima en 1945 son rapport emblématique «J’écris ceci comme un avertissement pour le monde ».

Piscine publique.
Piscine publique.

La fanfare commence à jouer encore un autre air militaire. Je zoome sur une vieille dame, sa poitrine décorée de médailles. Comme je m’apprêtais à appuyer sur le déclencheur, deux grosses larmes commencent à rouler sur ses joues. Et soudain, je me rends compte que je ne peux pas la prendre en photo. Je ne peux vraiment pas. Son visage est tout ridé, et pourtant il est à la fois jeune et d’une infinie tendresse. Voici mon visage, pense-je, le visage que je cherchais tous ces jours. Et pourtant, je ne peux même pas appuyer sur le déclencheur de ma Leica.

Puis, quelque chose me serre la gorge et je dois chercher dans mon sac de matériel pour y trouver un tissu, comme mes lunettes s’embuaient, et pendant un court moment, je ne vois plus rien. Je sanglote bruyamment, juste une fois. Personne ne peut entendre, en raison de la fanfare qui jouait très fort.

Plus tard, je me rapproche d’elle, et je m’incline, et elle fait de même. Nous faisons notre paix séparée au milieu de la place principale en effervescence. Je suis tout à coup heureux d’être ici. Nous avons tous les deux perdu quelque chose. Elle a perdu plus. J’étais certain qu’elle a perdu au moins la moitié de ses proches dans le carnage des années passées. Moi aussi j’ai perdu quelque chose : j’ai perdu tout le respect et mon appartenance à la culture qui dirige encore le monde, la culture qui était autrefois la mienne, mais une culture qui est encore en train de voler leurs visages aux  gens, puis brûler leur corps avec du napalm et des flammes.

L'un des survivants du massacre de Sinchon.
L’un des survivants du massacre de Sinchon.

C’est le 60 e anniversaire du Jour de la Victoire en RPDC. Un anniversaire marqué par les larmes, les cheveux gris, les feux d’artifices, les parades énormes, et par le souvenir du feu.

Ce soir-là, après mon retour à la capitale, je me suis finalement rendu à la rivière. Elle était couverte par un brouillard doux mais impénétrable. Il y avait deux amoureux assis sur le rivage, immobiles, dans une étreinte silencieuse. Les cheveux de la femme tombaient doucement sur l’épaule de son amant. Il tenait sa main, avec révérence. J’allais soulever mon gros appareil photo professionnel, mais ensuite je me suis arrêté, brusquement, tout d’un coup j’avais trop peur que ce que mes yeux voyaient ou que mon cerveau imaginait, ne soit pas reflété dans le viseur.

Andre Vltchek est un romancier, cinéaste et journaliste d’investigation. Il a couvert les guerres et les conflits dans des dizaines de pays. Son roman acclamé par la critique politique révolutionnaire Point of No Return est maintenant réédité et disponible. Océanie est son livre sur l’impérialisme occidental dans le Pacifique Sud. Son livre provocateur sur post-Suharto en Indonésie et le modèle de marché fondamentaliste est appelé « Indonésie – L’archipel de la peur « (Pluton). Il vient de terminer un long métrage documentaire «Gambit Rwanda » sur l’histoire du Rwanda et le pillage de la RD Congo. Après avoir vécu de nombreuses années en Amérique latine et en Océanie, Vltchek réside et travaille actuellement en Asie de l’Est et en Afrique. Il peut être atteint à travers son site web .

Traduction : Avic

http://www.counterpunch.org/2013/08/02/north-korea-celebrates-60th-anniversary-of-victory/

Le Sultan de Turquie déplore la chute du pharaon


Par MK Bhadrakumar
Turkey's PM and leader of ruling AKP Erdogan and Egypt's President Mursi greet the audience during the AKP congress in AnkaraLe coup d’Etat militaire en Egypte a exposé au grand jour le double langage sans scrupules des  Etats arabes sunnites du Golfe persique, de l’Union européenne et des États-Unis.

Le seul pays qui a pris une bonne position claire dès le départ est la Turquie, ce qui laisse présager de nouvelles lignes de fracture dans la politique du Moyen-Orient.

Les oligarchies autocratiques du Golfe Persique se sont précipitées pour célébrer le renversement du gouvernement élu sous Mohamed Morsi par l’armée égyptienne. De l’Arabie saoudite Le roi Abdallah a dépêché son câble de félicitations au Caire dans les heures qui ont suivi l’annonce de l’éviction de Morsi.

Le sentiment de jubilation est palpable que les Frères musulmans, fer de lance de l’agitation populaires contre les régimes du golfe Persique, ont perdu le pouvoir en Egypte. Pour une fois, la politique réelle l’emporte, dépassant la présentation selon laquelle le conflit sectaire sunnite-chiite constitue le problème numéro un du Moyen-Orient aujourd’hui.

En ce qui concerne le les dirigeants européens et américains, ils ont peur d’appeler le coup par son vrai nom, parce que, sinon,  leurs propres lois pourraient les empêcher de garder des relations normales avec chef de l’armée, le général égyptien Abdel-Fattah El-Sissi.

Traiter avec le régime de Sissi au Caire est une nécessité absolue pour la stratégie régionale des Etats-Unis parce que la sécurité d’Israël est impliquée. En menaçant de «suspendre» l’aide militaire, l’administration Obama espère garder Sissi en laisse serrée.

La boussole d’Erdogan

Ainsi, il a été laissé à la Turquie d’appeler un chat un chat. Juste au moment où le dirigeant turc Recep Tayyip Erdogan faisait l’objet de critiques occidentales pour ses tendances autocratiques, il prend la parole à la tribune pour défendre la cause de la démocratie libérale en Egypte.

Les déclarations d’Ankara ont été une condamnation sans appel du coup d’Etat en Egypte. Le Ministre des Affaires étrangères Ahmed Davutoglu a dit,

 »Un leader qui est venu [au pouvoir], avec le soutien du peuple ne peut être enlevé que par les élections. Il est inacceptable que des dirigeants démocratiquement élus, pour quelque raison que ce soit, soient renversés par des moyens illégaux, même un coup d’état … La Turquie se tiendra aux côtés du peuple égyptien. »

L’un des vice-présidents et le porte-parole du parti de la justice et du développement [AKP] Huseyin Celik a dit sans ambages:

 »Je maudis le sale coup d’état en Egypte. J’espère que les larges masses qui ont porté Morsi au pouvoir, vont défendre leurs votes … il faut saluer l’attitude inflexible de Morsi. Le sang sera versé s’il y a des affrontements entre les supporters de Morsi d’un côté et les militaires et les anti-Morsi de l’autre … Pourtant, nous ne disons pas que Morsi et ses partisans doivent simplement avaler ce coup d’état. »

Erdogan lui-même a pris un peu de hauteur pour ridiculiser le double standard de l’Union européenne. Il a demandé,

 »N’est-ce pas l’Occident qui se place toujours du côté de la démocratie et fait des efforts pour mettre en œuvre la démocratie dans les pays? Ceci est un test sur la sincérité de l’Occident et il a encore raté ce test. Il n’’existe pas de «coup d’État démocratique». L’Union européenne a une fois de plus bafoué ses propres valeurs en n’appelant pas le coup d’état de l’armée, un coup d’état … Morsi a fait des erreurs, il peut faire des erreurs. Y a-t-il quelqu’un qui n’a pas fait une erreur? »

Sans aucun doute, c’est le moment le plus subtile de  M. Erdogan sur la scène politique du Moyen-Orient musulman. Pourtant, en politicien doué, pourquoi fait-il cela? Quels sont ses calculs?

Sans doute, Erdogan espère redorer son image et sa réputation de démocrate, qui a été ternie ces derniers temps suite à la manière dont le gouvernement a géré les protestations populaires en Turquie. Il expose le fait que ses détracteurs occidentaux sont des hommes creux.

Deuxièmement, il réaffirme sur un plan idéologique que la démocratie et l’islam sont compatibles. Cela a une résonance dans la vie politique turque. Troisièmement, Morsi a été un proche ami et un allié de M. Erdogan.

Dans le même temps, M. Erdogan a lancé une vigoureuse campagne diplomatique pour « annuler » le coup d’état de l’Egypte. La suggestion d’Ankara est qu’il n’y a pas besoin d’un gouvernement intérimaire et que des élections immédiates devraient être tenues.

Malheureusement, comme l’a rapporté le journal Hurriyet, la Turquie s’est retrouvée seule et sa «profonde déception est venue de ses alliés arabes de premier plan, à savoir l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, qui ont été les premiers à féliciter le nouveau leadership de la transition et l’armée qui a mené le coup d’état.  »

Néanmoins, Erdogan va persister dans sa campagne. Il sait qu’il va ‘attacher la sympathie pan-islamiste au Moyen-Orient et, dans le processus, va également consolider sa base politique en Turquie au cours de l’année électorale cruciale qui se profile. Erdogan veut se placer bien au-dessus de ceux, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Turquie, lui prêchent les vertus de la démocratie.

L’évaluation turque, c’est que le coup d’état est à la croisée des chemins  et que ce n’est qu’une question de temps avant que l’opinion publique égyptienne ne commence à militer contre la junte, ce qui rend le retour des Frères Musulmans presque inévitable.

La détermination du sultan

Tissée dans tout cela, c’est la dimension critique à l’égard de la politique en Turquie, qui a été dans un état d’effervescence et s’apprête à emménager dans des eaux inexplorées dans les prochains mois, alors que le pays se dirige vers une transition politique très sensible l’année prochaine qui aura une incidence énorme pour l’avenir de l’AKP et, bien sûr, sur la propre carrière politique tumultueuse de M. Erdogan.

Les protestations en Turquie menacent de se transformer en une confrontation entre les «laïcs» et les islamistes et il y a aussi l’omniprésence de l’armée qui prétend être le garde prétorienne de l’Etat.

Erdogan reste le maître de sa maison, mais les mauvaises herbes croissent sous ses pieds. Le fossé entre lui et le président Abdullah Gul, qui nourrit des ambitions de rester pour un second mandat en tant que président, s’élargit et il y a des rumeurs que Gul travaille sur un réalignement politique qui divise l’AKP et crée une large coalition anti-Erdogan.

En effet, Gul a pris une position très différente de Erdogan à propos des protestations en Turquie, se distinguant comme un homme modéré et raisonnable prêts à tolérer la dissidence. Ses remarques sur le coup d’Etat en Egypte font écho à Obama et l’UE.

Qu’il suffise de dire, du point de vue de l’un des protagonistes externes qui pourraient être impliqués dans le «changement de régime» en Egypte directement ou indirectement – Etats-Unis, Israël, l’UE et l’Arabie saoudite, principalement – Gul fait une figure beaucoup plus agréable aujourd’hui comme le capitaine du navire turc.

Mais Erdogan, d’un autre côté, ne se pliera pas comme Beckam. Son surnom en tant que milieu de terrain était «Imam Beckenbauer» – une allusion à la star du football allemand Franz Beckenbauer. Et aujourd’hui, il est aussi le sultan. Par-dessus tout, il pourrait tout aussi bien presque appeler bluff le coup d’Etat égyptien.

Sans aucun doute, la déclaration retentissante en Iran lundi condamnant l’armée égyptienne et dénonçant l’implication occidentale et israélienne dans le coup d’État renforce la position d’Erdogan. Alors qu’il semblait être un militant solitaire jusqu’ici, la décision de Téhéran de se joindre à Erdogan change la donne.

Les deux principales puissances régionales du Moyen-Orient ont ouvertement défié la junte militaire en Egypte. Cela aura un impact profond sur la soi-disant rue arabe. Il sera difficile de résister à une plate-forme turco-iranien, en termes géopolitiques, pour les amateurs de coups d’état arabes – l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, principalement.

Pour Israël aussi, le sentiment de jubilation peut s’avérer de courte durée. Le meilleur espoir d’Israël est que le coup d’Etat en Egypte divise les musulmans du Moyen-Orient, mais selon toute vraisemblance, ironiquement, il pourrait finir par unifier les forces de l’islamisme dans la région.

Ainsi, le lundi, encore une fois, l’ampleur alarmante de la violence déchaînée par l’armée sur la Fraternité a incité le Parti Nusra, le parti salafiste soutenu par l’Arabie saoudite, à se distancier du gouvernement intérimaire.

C’est la première fissure majeure à apparaître dans la phalange d’éléments disparates qui composent le putsch anti-Morsi.

De manière significative, le chef libéral très respecté Mohamed ElBaradei, qui représente le Tamarod (le mouvement rebelle qui a mené les manifestations sur la place Tahrir) a également appelé à une « enquête indépendante » pour se pencher sur la violence. Il a peut-être sonné une voix dissidente.

La junte militaire n’a pas été en mesure de concocter un gouvernement provisoire crédible à ce jour. En plus de tout cela, les Frères Musulmans affichent un tel cran pour résister à la prise de pouvoir par les militaires que cela a pris tout le monde par surprise.

De toute évidence, la Fraternité n’a pas l’intention de rester sur le pavé pendant 85 autres années avant de reconquérir le pouvoir politique.

Tout cela pointe vers une forte possibilité que la position adoptée par la Turquie (et l’Iran) peut être justifiée en fin de compte. Ces derniers frémissements ne ferait que renforcer la détermination du sultan et le renforcer dans l’idée qu’il est bien du ‘’bon côté de  l’histoire « .

Traduction : Avic

MK Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans, avec des postes comprenant celui d’ambassadeur de l’Inde en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001).

 http://www.atimes.com/

Président Bachar al-Assad : « Ce qui se passe en Syrie n’est pas une révolution »


Tribune libre Byblos

Texte intégral de l’entretien exclusif du Président syrien à l’occasion du cinquantenaire du quotidien « Al-Thawra ».
Par Bachar al-Assad

Assad-entrevueL’expérience de la gouvernance des Frères Musulmans avait échoué avant même de commencer. Ce qui se passe en Égypte traduit la faillite du soi-disant Islam politique. L’extrémisme religieux tout autant que l’aliénation à l’Occident sont destructeurs de notre identité. Le terrorisme est un cancer qui doit-être extirpé.

1. Monsieur le Président, en période de crise, la patrie est censée rassembler tous ses enfants. Que s’est-il passé pour qu’en Syrie nous en soyons arrivés là où nous en sommes ?

Pour commencer, je vous souhaite la bienvenue. Croyez que je suis heureux de vous accueillir en ce jour du cinquantième anniversaire du quotidien « Al-Thawra », un  quotidien cher au cœur de tout syrien patriote quel que soit son engagement politique.

Il nous arrive de considérer la patrie comme un territoire géographiquement bien défini qui rassemble un groupe de personnes, alors que la patrie est appartenance… que l’appartenance signifie culture… et que l’appartenance et  la culture constituent l’identité. De ce point de vue, lorsque notre appartenance est une, notre patrie est pour tous !

Pour mieux me faire comprendre, je dirais que lorsque le colonialisme s’en est allé de Syrie, il n’est pas parti pour nous permettre de nous libérer. Il est parti pour nous coloniser par de nouveaux moyens, dont le plus remarquable fut de semer la discorde comme préalable à la division puis la partition.

Or la partition ne se traduit pas uniquement par une frontière terrestre dessinée par le colonisateur, ce n’est pas fondamental. La vraie partition, la partition la plus dangereuse est celle qui touche à l’identité, car lorsque nous vivons sur une même terre, mais avec des identités fragmentées, cela signifie qu’existent des patries fragmentées au sein de ce que nous pensons être une seule et même patrie, chacun des groupes culturels ayant tendance à s’isoler des autres groupes dans ce qui deviendrait sa patrie privée. C’est dans ce cas que vous pouvez parler d’une patrie qui ne rassemble plus tous ses enfants. C’est ce concept qui vous permet de dire que le colonialisme a réussi, jusqu’à un certain point, à créer des groupes isolés et exclusifs les uns des autres, considérant leur idéologie et leur appartenance comme seule vérité et, en quelque sorte, leur patrie ; toutes les autres n’étant pas autorisées.

Ce succès n’a pas été atteint du jour au lendemain, mais en plusieurs étapes. Je pense que la première de ces étapes remonte à la chute de l’État des Omeyyades. C’est dès cette époque qu’a commencé « le jeu sur les identités » pour créer des fissures au sein de nos sociétés et démolir ce qu’elles avaient en partage. C’est ainsi que l’Histoire ancienne a vu tomber l’État des Omeyyades puis celui des Abbassides. C’est ainsi que l’Histoire moderne a vu tomber la Palestine !

Quant aux fissures dont nous voyons les conséquences dans notre Histoire contemporaine, je crois qu’elles ont commencé avec l’émergence des Frères Musulmans et qu’elles sont allées en s’aggravant depuis l’indépendance en raison du rôle nocif qu’ils ont joué dans un certain nombre de pays arabes, dont la Syrie. Les Frères Musulmans sont à l’origine de la première fissure, la fissure fondamentale entre l’arabité et l’Islam. Ils ont essayé de créer deux patries : une patrie pour les Islamistes et une patrie pour les nationalistes.

Ainsi, « la pensée colonisatrice » n’a jamais cessé de se manifester au travers de guerres successives, dont la « Guerre du Liban » qui avait pour objectif la création d’une patrie pour les Musulmans et d’une autre patrie pour les Chrétiens. C’est là que les conséquences de l’activisme des Frères Musulmans sur le terrain sont devenues plus lisibles, la plus importante et la plus dangereuse d’entre toutes étant la présence d’ « Al-qaïda » à laquelle l’Occident n’a pas manqué de prodiguer son soutien sur fond de révolution islamique en Iran ; révolution venue soutenir la cause palestinienne et donc le cœur même de l’identité pour les Arabes. Cette nouvelle donne les a poussés à s’orienter vers la création d’une nouvelle discorde entre les Sunnites et les Chiites pour démolir la relation entre les Arabes et les Perses ; tandis que le 11 septembre, l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak consacraient les fissures entre les Takfiristes et toutes les branches de l’Islam.

En d’autres termes, plus la discorde s’intensifie au sein d’une patrie, même partiellement, plus cette patrie se rétrécit et ne peut plus rassembler tous ses enfants. Or, la Syrie est toujours une patrie ouverte à tous les siens car si tel n’était pas le cas nous n’aurions jamais pu résister aux « foyers de la discorde » qu’ils ont voulu allumer dans certaines de nos régions. Nous avons pu leur résister jusqu’ici, parce qu’en Syrie existe la conscience d’un peuple capable d’empêcher le plein succès de telles manœuvres.

Par conséquent, la Syrie est la patrie capable de rassembler tous ses enfants, ce qui ne veut pas dire que nous ne devrions pas nous inquiéter de l’existence de ces foyers qui, s’ils n’étaient circonscrits, risqueraient d’en faire une patrie qui ne serait plus pour tous les siens !

2. Monsieur le Président, dès le début vous avez déclaré que ce qui se passait en Syrie n’était pas une révolution… Permettez-moi de rappeler ce qu’a déclaré le ministre russe, M.Sergueï Lavrov, lors de sa première rencontre avec une délégation d’opposants syriens rendus à Moscou où ils se sont présentés comme des révolutionnaires. Je le cite : « Si vous êtes des révolutionnaires et les représentants d’une révolution, pourquoi auriez-vous besoin de l’Étranger ? Un dicton historique dit qu’aucun régime au monde ne peut résister face à la révolution d’un peuple ! ». Personnellement, je suis convaincu que c’est vrai mais vous, Monsieur le Président, sur quel concept vous êtes-vous fondé pour dire qu’il ne s’agissait pas d’une révolution ?

Premièrement et partant de l’Histoire universelle, toute véritable révolution est purement interne et n’a rien à voir avec l’étranger ni de près, ni de loin. Pour exemples : la révolution russe, la révolution française, et même la révolution iranienne ! Toutes les vraies révolutions sont des révolutions populaires dont les facteurs sont purement internes. Mis à part certains détails, toutes les révolutions comportent un versant spontané mais sont dirigées par les élites idéologiques et intellectuelles. Concernant la Syrie, le « facteur externe » était d’emblée évident. C’est justement ce qu’ils ont essayé de cacher et ce qui est désormais d’une clarté absolue, alors que l’étranger nous submerge de déclarations sur ce que nous devrions faire ou ne pas faire pour trouver des solutions à ceci ou cela.

Deuxièmement, le quotidien « Al-Thawra » [Révolution en arabe], dont vous commémorez aujourd’hui le cinquantième anniversaire, fait référence à la révolution de 1963. Une révolution syrienne venue fortifier la patrie, la société, et l’homme ; répandre la connaissance et la culture par la construction de milliers d’écoles ; éclairer le pays par des milliers de lignes et de réseaux électriques dans les campagnes avant les villes ; promouvoir la situation économique par la création d’emplois pour tous, chacun selon ses compétences ; soutenir le plus grand nombre de citoyens : paysans, ouvriers, artisans…

La Révolution de 1963 s’est levée pour bâtir une armée ayant pour seule doctrine les valeurs nationales, une armée qui s’est battue dans les pires des conditions et les plus féroces des combats, une armée qui a triomphé en 1973 et qui continue de triompher depuis 50 ans… Son combat actuel, probablement l’un des plus durs, témoigne de son ancrage sur des principes et des valeurs intellectuelle et révolutionnaire ; valeurs partagées par le peuple et qui l’ont blindée contre ce qui se passe aujourd’hui en Syrie… Cette Révolution s’est faite pour construire un citoyen et une patrie, non pour les détruire ! Comment pourrions-nous la comparer à une quelconque prétendue révolution et comment pourrions-nous parler de révolution dans les circonstances actuelles en Syrie !? Ce dernier concept dont ils ont espéré nous convaincre n’a pas tenu la route et ce, depuis le début !

3. Mais, Monsieur le Président, ne croyez-vous pas qu’à l’intérieur même de la Syrie, certains ont cru à cette idée de « révolution » et ont contribué à la soutenir et à la promouvoir ? Ne croyez-vous pas que des « foyers révolutionnaires » existaient dès le tout début des événements ?

Bien entendu ! Mais ceci nous ramène à la notion de l’identité. Ceux que vous évoquez sont de deux types : l’un qui s’est complètement coupé de son identité pour se laisser éblouir par le rêve occidental y compris tous ses inconvénients ; l’autre qui s’est aussi dépouillé de son identité mais s’est dirigé dans le sens contraire, celui de l’extrémisme religieux. Ce deuxième type est le plus dangereux mais dans les deux cas, il y a extrémisme !

Il est évident que nous devons profiter des apports et des progrès de la civilisation occidentale, mais que nous nous laissions éblouir au point de nous dépouiller de notre propre identité relève en effet d’un certain extrémisme ; d’autant plus que l’identité arabe originale est modérée socialement, culturellement, politiquement et religieusement, parce qu’elle est née de la rencontre de toutes les civilisations qui se sont succédées depuis des milliers d’années. Lorsque l’Étranger cherche à déchirer cette identité dans un sens ou dans un autre, il travaille à la création de ces foyers prétendument révolutionnaires dont vous parlez. C’est ce qui m’inquiète en permanence, car l’extrémisme religieux et le suivisme occidental sont tous deux destructeurs de notre identité. Destruction vérifiée par les perturbations que nous constatons en Syrie ainsi que dans d’autres pays. Le problème n’est pas exclusivement syrien, même si « le facteur externe » y est plus dévastateur. C’est toute la région qui est concernée avec une composante externe surajoutée pour la Syrie !

images_NEWS9_M07_D04_1-24. Néanmoins, Monsieur le Président, ne peut-on considérer que les concepts et les modalités des révolutions changent et qu’il n’est pas obligatoire de se référer aux données historiques déduites des révolutions russe ou française pour parler de révolution en Syrie ?

Tout change en ce monde, mais certains principes humains fondamentaux sont invariables. Ainsi, les religions ne changent pas mais s’adaptent aux changements. Ce sont donc les mécanismes ou des détails nécessaires à cette adaptation qui changent, non les principes essentiels ! Si j’abondais dans votre sens et que je tombais dans le piège qui consiste à dire que ce qui se passe en Syrie est une révolution et que même les principes fondamentaux varient, nous devrions accepter l’idée que les exactions d’Israël en Palestine correspondent à une révolution des israéliens contre l’injustice palestinienne, ou que les USA mènent leur révolution contre l’injustice en Afghanistan et en Irak !  Dans ces deux cas, nous devrions accepter l’idée qu’il ne s’agit ni d’invasion, ni d’occupation. N’est-ce pas là l’idée maitresse soutenue par leurs médias avant d’envahir l’Irak ?

Autrement dit, une certaine lecture contemporaine des événements, telle que vous l’évoquez et telle qu’ils la pratiquent, ne devrait pas nous amener à extirper nos concepts fondamentaux. L’Occident par la voix de ses médias cherche inlassablement à nous faire tomber dans le piège des réalités inversées. Oui, je dirais comme vous que le renversement opéré est radical, que le juste est devenu illégitime et que l’injuste est devenu légitime. Ceux qui ont contribué à légitimer cette réalité inversée ont usé de stratagèmes politiciens et d’une large couverture médiatique. Oui, tout cela est sans doute bel et bien arrivé, mais cela n’implique absolument pas que nous adoptions leur point de vue ou celui de leurs médias.

5. Il n’empêche, Monsieur le Président, que certains Syriens de l’extérieur et de l’intérieur continuent à parler de révolution. Il s’agit donc d’une véritable controverse qui mériterait clarification.

Une controverse qui mériterait plutôt une rectification, puisque même les « ennemis de la Syrie » et leurs médias hostiles n’arrivent plus à soutenir l’idée qu’il s’agit d’une révolution. Ils ne mentionnent même plus le mot « révolution » et ne parlent plus que de « terrorisme ». Désormais, ils se sont déplacés vers un nouveau registre, celui de la distinction entre le « bon terroriste » et le « mauvais terroriste » à la manière américaine ! Ceci n’a évidemment pas échappé à la majorité des Syriens de l’extérieur et de l’intérieur, et nous en constatons les effets en Syrie. Il n’en demeure pas moins que certains ne peuvent toujours pas admettre cette réalité, soit parce qu’ils partagent la pensée extrémiste takfiriste des terroristes, soit parce qu’ils souffrent d’une cécité cérébrale qui fait que ce que capte leur rétine  n’atteint pas leur cerveau. Ceux-là, il n’y a rien à en attendre ! Quoi qu’il en soit, ces deux groupes d’individus sont désormais relativement peu nombreux, et nous ne nous soucions pas trop de ce qui se passe à l’étranger. Ce qui se passe en Syrie concerne le peuple syrien et ceux qui vivent en Syrie, car ce sont eux qui se battent et qui résistent.

6. Monsieur le Président, concernant le « nouveau registre », il est désormais de notoriété publique que des éléments étrangers combattent en Syrie. À certaines périodes, leur nombre se chiffrait en dizaines de milliers selon les estimations occidentales, et non seulement les statistiques syriennes. Comment expliquez-vous que la Syrie se soit transformée en « Terre de jihad » ? Comment et pourquoi en si peu de temps ?

La Syrie ne s’est pas transformée en Terre de Jihad. Le Jihad est motivé par le bien. Le Jihad appelle à construire, à développer et à défendre la patrie et le message divin. Toutes les religions révélées appellent à la justice, au droit et à l’équité. Ce qui se passe en Syrie est l’exact contraire du Jihad. Si jamais vous aviez raison de dire que la Syrie s’est transformée, vous devriez plutôt parler des tentatives actuelles visant sa transformation en « Terre pour le terrorisme » et ceci pour diverses raisons.

Il est clair que le terrorisme se développe et se multiplie automatiquement en situation de chaos et que là où règne le chaos, sévit le terrorisme. Ainsi, lorsque l’État afghan s’est affaibli, le terrorisme s’y est développé ; et lorsque l’Irak a été envahi, le terrorisme s’y est propagé. Le chaos attire donc le terrorisme, mais n’en est pas l’unique facteur de propagation. Des États étrangers en arrivent à le soutenir pour atteindre certains de leurs objectifs. C’est ce qui s’est passé lorsqu’ils ont voulu affaiblir l’État syrien en espérant qu’ils réussiraient à faire fléchir l’immunité historique de ce pays, ses prises de positions, et sa résistance. C’est ainsi qu’ils ont cherché à briser son unité aussi bien culturelle qu’intellectuelle. C’est pourquoi ils ont travaillé à détruire son infrastructure, son économie, et ses institutions étatiques indispensables à ses citoyens. Ces États « ennemis de la Syrie » seraient très heureux de voir sa destruction se poursuivre même si cela devait les occuper longtemps encore !

Mais ce n’est pas la seule raison qui fait que certains pays occidentaux soutiennent le terrorisme en Syrie. Une deuxième raison consiste à croire que ces groupes terroristes takfiristes, qui leur posent un véritable problème de sécurité depuis des décennies, vont tous se diriger vers la Syrie et se faire tuer ! Ainsi, ils feraient d’une pierre deux coups ; d’une part, ils se débarrasseraient d’eux en transférant la bataille de leurs pays ou de pays sous leur influence vers la Syrie ; d’autre part, ils affaibliraient enfin l’État syrien.

7. Pourtant, Monsieur le Président, ceux qui combattent en Syrie sous la bannière de ces groupes armés ne sont pas tous des étrangers. Oui, les étrangers se compteraient par dizaines de milliers. Mais nous avons quand même vu un Syrien manger le cœur de son frère. Qu’est-ce qui a pu nous mener jusque là ?

Lors de nos nombreuses réunions, j’ai souvent commencé par dire que ce qui se passe en Syrie est une « crise des morales » avant d’évoquer extrémisme, takfirisme, facteurs externes, ou autres. Parce que tout cela n’aurait jamais pu pénétrer notre société si elle avait été moralement protégée. Lorsque vous collaborez à fomenter ce type de crises, vous permettez à l’étranger de se mêler des affaires de votre pays. Lorsque la haine et l’argent vous gouvernent, vous vous transformez en mercenaires et tous vos principes patriotiques disparaissent. Et lorsque vous perdez vos principes moraux, vous perdez votre humanité. Vous vous transformez en une autre créature. Je ne dirai pas un animal, parce que l’animal ne mange pas la chair de son frère à moins de crever de faim. L’animal ne mange pas la chair de son frère par rancune. Lorsque vous perdez et vos principes moraux et vos idéaux, vous perdez de vue le concept de la véritable foi. Toutes les religions sont venues renforcer l’humanité par la morale et il est absolument inconcevable que la religion puisse couvrir ces coupeurs de têtes et nécrophages. Lorsque vous prétendez appartenir à une religion en adoptant des pratiques contraires à tous ses principes et dénuées de toute morale, comme cela s’est produit avec certains courants prétendument religieux, la religion devient pelures. Une religion véritable ne peut en aucun cas couvrir de tels comportements !

8. Vous avez dit « L’animal ne mange pas la chair de son frère par rancune ». Sommes-nous face à l’instinct de haine ?

Contrairement aux véritables croyances religieuses ou sociales qui se fondent sur la raison, les croyances déviantes font que l’être humain peut en arriver à haïr son frère si ce dernier ne partage pas sa doctrine. Par conséquent, oui le haineux peut perdre la raison et se laisser guider par sa haine. Je n’ai pas dit que c’est l’instinct qui lui fait perdre la raison et le pousse à décapiter ou à manger le cœur de son semblable, car l’être humain a une disposition naturelle opposée à la haine. C’est plutôt la fragilité des principes moraux et les des doctrines déviantes qui l’éloignent de sa raison.

images_NEWS9_M07_D04_1-39. Monsieur le Président vous avez redéfini le vrai sens du Jihad, mais nous constatons malheureusement que son expression la plus courante consiste à se battre et à tuer. Que faire ?

Il faut faire en sorte de les renvoyer  au Saint Coran, là où la parole divine est on ne peut plus claire. L’islam est une religion de miséricorde et de pardon, le mot « miséricorde » y revient des dizaines de fois. L’Islam est venu pour promouvoir l’humanité en l’homme, l’inciter à croire en l’amour et la compassion et à mépriser le meurtre. Le Prophète Mohamad [PSL] ne dit-il pas, dans le Hadith al-Sharif, que  la disparition de l’univers est plus facile à Dieu que le crime injustifié d’un croyant ? Le Coran et le Hadith sont très clairs et invitent l’humanité à l’amour d’autrui, au pardon, à la justice, à l’équité… Ceux qui prétendent imiter le Prophète devraient se souvenir de son comportement en tant qu’être humain à toutes les étapes de sa vie. Ainsi, ils pourront apprendre que son message est principalement fondé sur des principes moraux et humanistes.

Est-ce que les actions de ces wahhabites takfiristes ressemblent un tant soit peu aux comportements du Prophète Mohamad [PSL] ? J’ai d’ailleurs beaucoup discuté de ce sujet avec des dignitaires religieux syriens ou issus des pays du Levant. Nous pensons que la vie du prophète devrait être étudiée plus en profondeur par le plus grand nombre et à tous les niveaux, car le Prophète n’a pas seulement transmis la parole de Dieu, il l’a aussi mise en pratique sa vie durant. Et le Coran, le Hadith, et la vie du Prophète prêchent le contraire de ce qu’ils font.

10. À qui incombe la responsabilité d’inviter à revenir vers le Coran et vers les comportements du Prophète?

Quand un voleur, un criminel ou un extrémiste surgissent du cœur de la société c’est la responsabilité sociale collective qui est concernée. Mais alors, le premier à devoir assumer ses responsabilités est le gouvernement chargé d’en superviser tous les secteurs, y compris le secteur religieux. Ceci dit, l’État partage cette dernière responsabilité avec l’ensemble des institutions religieuses, dont le ministère des cultes, les instituts, les facultés et écoles, avec une attention particulière pour les plus récemment autorisées à enseigner la charia. Il est désormais indispensable que nous veillions à ce que tous ces organismes se concentrent sur les  concepts fondamentaux de la religion plutôt que de laisser le champ libre aux idées extrémistes qui se sont malheureusement infiltrées dans l’esprit de certains de nos enfants.

11. Certains disent que l’Etat porte la plus grosse part de responsabilité dans la mesure où cet environnement religieux extrémiste s’est développé sous ses yeux. Par exemple, ils lui reprochent de ne pas avoir suffisamment  encadré et contrôlé les écoles religieuses, d’avoir autorisé la construction d’un trop grand nombre de mosquées et, plus grave encore, de ne pas avoir tenu compte du fait que certains en construisaient pour échapper aux impôts !

En effet, au cours de cette crise j’ai rencontré beaucoup de personnes qui m’ont dit quelque chose de semblable, notamment que l’État avait commis une erreur en autorisant les écoles religieuses et qu’aujourd’hui nous en subirions les conséquences. Ce raisonnement n’est pas vrai. Bien au contraire, tout au long de cette crise nous n’avons rencontré aucun problème qui ait été causé par l’une de ces institutions. C’est un sujet très important dont il faut que nous discutions, d’autant plus qu’elles sont les plus aptes à comprendre les racines du problème et les plus engagées dans le contrôle de la situation.

Lors d’un précédent entretien j’ai parlé du rôle des dignitaires religieux, mais ici je veux parler de toutes les institutions religieuses, lesquelles n’ont jamais soutenu aucune manifestation appelant au désordre et au sectarisme. Parallèlement, j’aimerais vous donner une idée exacte de ce que sont ces takfiristes. Sachez que la plupart ne connaissent rien à la religion ; et que si certains connaissent les mosquées, ils n’entendent rien aux vertus de la prière. Dès le début des événements ils se rendaient tous les Vendredi dans les mosquées, juste pour pouvoir hurler leur « Allahou Akbar » à la sortie. Tandis que les institutions religieuses existent depuis des décennies et ont été appelées à jouer un rôle important depuis les années quatre-vingt sur fond de crise déjà fomentée par les Frères Musulmans ; crise qui a alerté l’État sur la nécessité de porter une plus grande attention au secteur religieux pour l’encourager à renforcer la conscience religieuse chez ceux dont les connaissances étaient dangereusement lacunaires, car c’est dès les années soixante-dix que les Frères Musulmans avaient réussi à pénétrer divers milieux de notre société et de notre clergé faisant croire que leur organisation était là pour promouvoir la religion face à « l’État athée » ! Par conséquent, nous devons nous occuper encore plus de l’enseignement religieux comme facteur de rectitude des consciences, non l’inverse.

images_NEWS9_M07_D04_1-1012. Monsieur le Président, un conflit confessionnel a frappé le Liban il ya quelques décades. La même chose est arrivée en Irak après son invasion … Ne pouvions-nous pas imaginer que ce qui s’est passé dans les pays voisins viendrait inévitablement frapper chez nous ? Qu’avons-nous fait pour y faire face ?

Évidemment que nous l’avons imaginé. Sinon, nous n’aurions pas pu nous opposer à une série de politiques étrangères occidentales qui nous paraissaient devoir mener au chaos. Ainsi nous avons catégoriquement refusé la guerre contre l’Irak en dépit de toutes les menaces américaines, et malgré toutes les offres alléchantes en retour…

Nous sommes, par principe, opposés à toute agression contre un pays frère ou ami. Mais si nous avons dit « non », ce n’était pas uniquement par souci fraternel pour l’Irak mais aussi parce que nous mesurions les conséquences désastreuses de cette guerre. Nous avions exprimé cette même inquiétude en ce qui concerne l’Afghanistan. Après le 11 Septembre, je n’ai cessé de mettre en garde les fonctionnaires américains. En ce temps là ils nous rendaient encore visite en Syrie et répétaient à l’envi qu’ils allaient s’attaquer aux terroristes et les frapper partout où ils se trouvaient. Ils supposaient que nous étions ravis de leur discours puisque dès 1985 la Syrie avait été la première à définir clairement le terrorisme et avait appelé à la formation d’une coalition internationale contre ce fléau. À l’époque, cet appel n’avait pas intéressé grand monde parce qu’ils n’avaient pas encore goûté au terrorisme dans leurs pays.  J’ai moi-même dit et répété aux Américains que leur guerre en Afghanistan allait le renforcer et le répandre.

Car le terrorisme est comme le cancer. Si vous lui donnez un coup de bistouri sans pratiquer une exérèse totale, il métastase. Il faut donc l’éradiquer, non se contenter de le frapper. Mais la guerre n’est pas un moyen suffisant pour réussir son éradication. Il faut y ajouter l’éducation, la culture, la communication et même l’économie. Ils n’ont pas voulu écouter et nous souffrons toujours des conséquences de la guerre en Afghanistan. Ou alors ils ont écouté mais ont choisi de refaire leur coup en Irak bien que nous les ayons prévenus que la situation allait se transformer en guerre sectaire et mener vers la partition, et c’est ce à quoi nous assistons. Quant à nous, dès 1976 nous sommes entrés au Liban en raison des répercussions immédiates de la guerre sur la Syrie. Oui nous sommes entrés pour protéger le Liban, mais pour protéger la Syrie aussi !

Donc, pour répondre à votre question, je dirai que nous observions ce qui se passait autour de nous quittes à intervenir quand nous le devions et que nous le pouvions. Mais vous ne pouvez pas vous soustraire à votre environnement et ce qui devait arriver est arrivé ! Pourtant, ces dernières années et notamment après la Guerre d’Irak, nous nous sommes employés à prévenir, autant que possible, les retombées néfastes de l’extérieur vers l’intérieur. Là aussi, vous pouvez prévenir partiellement, retarder quelque temps, mais vous ne pouvez interdire toutes les retombées tout le temps. Aussi, les foyers extrémistes ont commencé à apparaître en Syrie dès 2004. Au départ il s’agissait de foyers étrangers mais malheureusement, avec le temps, une proportion non négligeable de Syriens les ont rejoints.

13. Des tentatives visant à créer des divisions sectaires existeraient donc depuis le début et même avant cette crise. Que pensez-vous de la dernière tentative consistant à accuser le Hezbollah de dérive confessionnelle ?

Ils ont utilisé tous les moyens pour déstabiliser notre région : colonialisme direct ou indirect, menaces, déstabilisations sécuritaire et culturelle… Mais la Syrie est restée l’obstacle empêchant la réussite de ce qu’ils avaient planifié. Dernièrement et suite aux événements survenus dans certains pays arabes, ils se sont imaginés que le moment était propice pour frapper la Syrie et à travers elle atteindre « l’Axe de la Résistance » en inversant les réalités de la région. Pour cela, ils s’évertuent à redéfinir et l’ennemi et l’allié. Israël doit se transformer en « ennemi invisible » et pourquoi pas en « ami » ; alors que la Résistance doit apparaître comme l’ennemi dont le projet est à visée confessionnelle, non un mouvement de lutte contre l’occupation israélienne !

C’est là leur dernière trouvaille pour frapper le concept même de la Résistance contre Israël, et c’est dans ce but qu’ils ont cherché à modifier la perception du peuple syrien. Ils ont cru qu’ils réussiraient à aveugler nos consciences, modifier nos idéaux, nous faire reculer ou hésiter, nous faire peur étant données les retombées prévisibles de toutes ces déviances. Ils ont échoué aujourd’hui, comme ils avaient échoué par le passé.

Pour nous comme pour la Résistance et pour tous ceux qui nous soutiennent, la voie est claire. L’Étranger pourra continuer à manigancer autant qu’il le voudra. Nous atteindrons nos objectifs autant par notre résistance que par notre immunité intérieure. Nous y arriverons sans jamais hésiter et par nos propres moyens. Ils peuvent toujours continuer à discuter, nous ferons ce que nous jugerons bon dans l’intérêt de la Syrie.

14. Avions-nous besoin que les soldats du Hezbollah se battent à nos côtés ?

Ce n’est pas la première fois que l’on me pose cette question. Ma réponse sera très claire : l’armée syrienne se bat dans de nombreuses régions du pays, si nous avions eu besoin d’une aide étrangère nous aurions pu l’obtenir. S’agissant de la bataille d’Al-Qusayr, la question relève plus de la Résistance que de la situation interne en Syrie. De plus, cette ville n’a pas l’importance stratégique qu’ils ont cherché à lui accorder.

15. Mais l’Occident l’a présentée comme la bataille des batailles !

Exact ! Ceci parce qu’elle devait avoir une incidence aussi bien sur la situation interne syrienne que sur la Résistance ; d’autant plus que la ville d’Al-Qusayr, située en zone frontalière, est considérée comme l’arrière cours de la Résistance. Une Résistance forte a nécessairement besoin d’une réelle profondeur. La Syrie est la profondeur de la Résistance. D’où l’importance stratégique de cette ville par rapport aux relations entre la Syrie et le Liban, et plus spécialement entre la Syrie et la Résistance. C’est la raison fondamentale qui explique que la Résistance devait se joindre à la bataille qui la concernait autant que la Syrie. Oui, il était nécessaire qu’elle le fasse. Nous n’avons pas hésité, nous ne nous en sommes pas cachés, et nous n’avons pas à en rougir.

Mais je répète que si nous avions besoin de la Résistance, pourquoi en aurions eu besoin à Al-Qusayr et non à Damas, Alep ou dans d’autres régions ? Pourquoi exagérer cette participation ? Nous avons notre Armée et désormais les nombreux éléments de notre Défense nationale qui se battent à ses côtés. Aucun pays étranger ne pourrait nous garantir un tel nombre de défenseurs prêts à soutenir nos Forces armées.

16. Monsieur le Président, contrairement à tout ce que vous venez de nous dire certains opposants, en particulier ceux de l’extérieur, continuent à prétendre que ce qui se passe en Syrie est un conflit confessionnel et que c’est l’État qui a créé une structure sectaire dans son propre intérêt.

Dire que c’est l’État qui a créé une structure sectaire, c’est dire que l’État contribue à diviser la société syrienne. C’est dire que l’État cherche à diviser la patrie. Ces allégations sont-elles compatibles avec tous les combats que nous menons pour l’unité de la Syrie ? Ne sont-elles pas catégoriquement contredites par, à la fois, notre répartition démographique et la nature des batailles que nous menons ? Pour qu’un État reste fort, n’a-t-il pas intérêt à ce que le pays reste uni et que la situation sociale soit apaisée ? N’est-ce pas là un principe universel qui contredit toutes ces allégations ? En réalité, la structure sectaire pousse l’État vers la faillite et non vers la réussite, et aucun État au monde ne s’orienterait dans cette direction à moins qu’il ne soit un état ignorant. Ce qui n’est pas le cas de la Syrie !

17. Monsieur le Président, permettez encore plus de précision. Certains, dont particulièrement les occidentaux, vous accusent d’avoir été suffisamment malin pour faire croire « aux minorités » qu’elles étaient menacées dès le tout début des événements. Ainsi vous auriez réussi à les fidéliser. De leur point de vue, vous seriez donc responsable de la division de la société syrienne.

Si ce discours était vrai, nous serions tout de suite entrés en guerre civile et l’État serait tombé ! Si nous avions fonctionné selon cette logique, la Syrie toute entière l’aurait refusée ; car en Syrie on ne parle jamais de minorités et de majorités. Mais admettons que nous puissions adopter une telle terminologie, il est évident que les minorités ne peuvent pas protéger l’État. L’État tient sur des majorités, pas nécessairement sur des majorités confessionnelles ou religieuses, mais obligatoirement sur des majorités populaires. Par conséquent, l’État et le peuple syriens ayant tenu bon, cela implique qu’il ne s’agit pas de minorités mais de majorités qui ont soutenu leur État. Et, dans notre cas, les majorités ne peuvent qu’inclure toutes les communautés ; ce qui démolit toutes ces accusations.

Il est remarquable de constater que le projet hégémonique occidental a toujours essayé de se servir de cette notion de minorité, témoin en est le colonialisme français et la façon dont il a divisé la Syrie : un état alaouite, un état druze, Damas, Alep… En toutes choses, ils se sont fondés sur cette notion de minorité. Mais, quatre-vingt-dix ans plus tôt, nos grands parents avaient pris conscience de la gravité d’une telle partition. Est-il raisonnable que malgré nos expériences passées nous soyons moins conscients que nos ainés ? N’y voyez-vous pas une deuxième contradiction ? Ils ont déjà tenté cette même expérience et bien qu’ils aient battu monnaie et accumulé les documents de propriété, elle a échoué. L’expérience a échoué hier et il est impossible qu’elle réussisse aujourd’hui, sauf si la pensée  takfiriste ou l’idéologie des Frères Musulmans arrivaient à s’enraciner en Syrie. La discorde aidant, la partition deviendra possible comme cela s’est passé pour d’autres pays arabes. Mais cela ne se produira pas !

18. Mais les accusations, prétendant que c’est l’État qui a créé une structure sectaire, ne sont pas formulées que par des extrémistes. Elles sont aussi soutenues par certains intellectuels qui se présentent comme des laïcs.

C’est malheureusement vrai. Les discours sectaires que nous entendons ne sont pas uniquement tenus par des  extrémistes mais sont aussi tenus par de prétendus laïcs. Aujourd’hui, nous sommes face à deux groupes versant dans le sectarisme. Un groupe qui se prétend laïc, bien que nous ayons dit et répété que la laïcité n’est pas contre les religions, mais  signifie la liberté des cultes. Un autre groupe qui se prétend religieux mais qui ignore tout de la religion. Ce qui est essentiel est que la majorité de ceux qui sont instruits des religions et qui ont la foi ne sont absolument pas tentés par le sectarisme et pensent, comme nous tous, que le sectarisme est l’antithèse de la religion.

Le trait d’union, entre le premier groupe qui se prétend instruit et laïc et le deuxième qui prétend connaître l’essence de la religion, est l’ignorance. L’ignorance religieuse plus précisément, car c’est ce qui mène vers le sectarisme dans le sens péjoratif  de ce terme. Autrement dit, je ne parle pas ici de ceux qui partagent une même doctrine religieuse réfléchie. Entre les deux existe une nette différence, la doctrine étant fondée sur la pensée intellectuelle. Ainsi, nos anciens dignitaires religieux nous ont construit des écoles de pensées qui ont enrichi notre compréhension des religions. Ils ne nous ont jamais encouragés à adhérer à ce type de sectes et de sectarisme. C’est ceux qui ignorent la religion qui font que leur secte se substitue à la religion, ce qui est grave et destructeur. Par conséquent, nous ne sommes pas surpris par ces groupes qui se vantent d’être laïcs, alors qu’ils ne savent pas ce qu’est la religion, ni ce qu’est la laïcité. Tout ce qu’ils connaissent c’est le confessionnalisme !

19. Compte tenu de toutes ces idées fausses et de toutes ces pratiques perverses qui ont envahi notre société apportant leurs lots de meurtres, de décapitations, de fanatismes et de divisions, assistons-nous aux prémices de la faillite du projet d’unité panarabe au profit des intolérants et des takfiristes ?

L’identité arabe est menacée par trois facteurs : le premier est son aliénation à l’Occident, le deuxième est l’extrémisme, et le troisième est la triste performance de certains États arabes qui a conduit à s’éloigner du concept de l’arabité. Ces trois facteurs ont d’ores et déjà porté des coups sévères au projet d’unité panarabe. Ce projet bien que moribond est encore en vie. C’est ce qui ressort des attitudes du peuple qui n’a pas abandonné son identité. Certes, il a été affecté, ici ou là, par les foyers de la discorde ; mais la société arabe n’a pas changé. Au contraire, elle reste toujours enracinée dans son identité première : l’arabité !

20. Au début de la crise, la Turquie nous a appelés à négocier avec les Frères Musulmans en tant que mouvement politique. La Syrie a opposé un  refus catégorique et la voici qui accepte de se rendre à Genève « sans conditions préalables ». Monsieur le Président, allons-nous dialoguer avec les Frères Musulmans ?

Nous dialoguons avec toutes les parties. Nous dialoguons en partant du principe que nous pourrions amener l’autre partie sur la bonne voie, la voie de la patrie. Nous avons dialogué avec les Frères Musulmans même après qu’ils nous aient frappés en Syrie, en 1982. Nos dialogues ont été ininterrompus, mais franchement, à chaque fois nous avons eu à constater que les Frères Musulmans n’abandonneraient jamais leur logique hypocrite, et surtout pas leur unique objectif : le pouvoir. Ils n’ont jamais raisonné en termes de patrie.

D’autre part, nous dialoguons avec eux en tant qu’individus, non en tant que parti politique ; le principe même d’un parti religieux étant inacceptable pour nous. Notre nouvelle constitution ainsi que nos lois sur les partis sont très claires là-dessus. Une fois de plus, cela ne veut absolument pas dire que nous sommes contre la religion. C’est tout le contraire. Nous sommes pour la religion, mais nous pensons que la religion est un appel à toute l’humanité. Par conséquent, elle ne peut être reliée à une catégorie limitée de personnes, et elle est bien trop noble pour être mêlée aux détails partisans…Nous pensons aussi que la vraie religion ne peut que renforcer l’éthique et la morale, qui à leur tour contribuent à renforcer les partis politiques, l’économie, le commerce et, en fin de compte, la patrie elle-même.

C’est ce que nous pensons et c’est pourquoi nous ne les reconnaissons pas comme parti politique. Pour nous, ce sont des terroristes qui ont assassiné des milliers de Syriens. Nous ne l’avons pas oublié ! Leurs directions et leurs dirigeants qui ont ordonné les meurtres de Syriens sont maintenant à l’étranger, mais n’ont pas changé. Nous dialoguerons avec tout le monde tout en ayant à l’esprit quelles sont leurs véritables tendances. Nous dialoguerons en sachant qu’il est très peu probable qu’ils aient pu évoluer et qu’ils soient soudain devenus modérés ou patriotes après près d’un siècle d’immobilisme. Ici, il faut rappeler que certains de leurs dirigeants, avec lesquels nous avions justement dialogué en 1982, sont rentrés au pays à titre personnel. Ils n’ont pas abandonné leur croyance doctrinaire, ce qui ne nous empêche pas de les respecter dans la mesure où lis sont revenus pour contribuer à construire le pays et non à le détruire.

En tout cas, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, le plus important est que les données du dialogue avec telle ou telle partie seront soumises à un référendum populaire. Le peuple ne peut choisir que ce qui est bon pour la patrie !

21. S’agissant des Frères Musulmans que pense le Président Al-Assad de ce qui se passe en ce moment même en Égypte ?

Il s’agit, tout simplement, de la faillite du dit « Islam politique », faillite d’un type de gouvernance que les Frères Musulmans ont voulu vendre non seulement en Égypte… Quoi qu’il en soit, je dis et je répète que nous n’acceptons pas que l’Islam descende au niveau de la politique, car la religion est au-dessus de la politique. Pour nous, le message religieux doit suivre son propre chemin indépendamment et séparément de la gouvernance, de ses tours et ses détours.

C’est donc une expérience qui a très vite échoué, car  fondée sur des principes erronés. Le regard que nous portons sur les Frères Musulmans est maintenant compatible avec la situation en Égypte. Quiconque utilisera la religion au profit de la politique, ou d’un groupe exclusif, subira l’échec tôt ou tard et n’importe où en  ce monde.

22. Les Frères musulmans ont échoué parce qu’ils ont trompé le peuple égyptien, ou bien est ce le peuple qui s’est soudainement aperçu de ce qu’ils étaient en réalité ?

Lorsque vous parlez de l’Egypte, de l’Irak et de la Syrie, vous parlez de pays situés dans des zones stratégiques et enracinés dans l’Histoire et la Terre depuis des milliers d’années. Par conséquent, leurs peuples ont accumulé une sensibilité et des connaissances particulières qui font que vous ne pouvez plus les tromper. Certes vous pouvez tromper une partie du peuple, une partie du temps ; mais vous ne pouvez pas tromper tout le peuple, tout le temps. Ceci, sans oublier que le peuple égyptien porte en lui des milliers d’années de civilisation et une pensée arabe et nationaliste évidente. Ce qui s’est passé cette dernière année est peut-être une réaction en rapport avec le gouvernement précédent. Mais cette année aura permis à ce peuple de découvrir les mensonges du nouveau. Il semble qu’il ait été aidé en cela par les pratiques des Frères Musulmans eux-mêmes.

23. Un an ! C’est une vitesse record.

En effet. Le mérite en revient aux Frères Musulmans.

24. Est-il juste de dire que l’expérience des Frères Musulmans au pouvoir est un échec 

Pour nous, elle avait échoué avant même de commencer. Ce type de gouvernance ne peut qu’échouer car il est incompatible avec la nature humaine. Le projet des Frères Musulmans est un projet hypocrite destiné en réalité à créer des troubles dans le monde arabe. Ils ont été les premiers à fomenter les conflits sectaires en Syrie dès les années 1970, alors que nous ne savions même pas ce que signifiaient le sectarisme et le communautarisme. Nous n’en avions jamais entendu parler comme nous ne pouvions pas en comprendre les concepts. Leur projet est donc un projet de discorde qui n’est pas durable pour les sociétés conscientes. D’où notre verdict avant même qu’il ne soit mis en application.

25. Certains disent que la décision de rompre les relations avec la Syrie est  l’une des causes de ce que nous observons aujourd’hui dans la rue égyptienne. Reuters, citant une source militaire, avait rapporté que l’armée elle-même avait commencé à changer d’avis suite aux déclarations de Morsi lors de sa rencontre avec l’opposition syrienne.

Je ne veux pas parler au nom des Egyptiens, mais je peux vous dire que lorsqu’il y a quelques semaines Mohamad Morsi a annoncé la rupture des relations avec la Syrie, des contacts ont eu lieu entre les deux parties pour parvenir à un compromis. Cela a d’ailleurs été révélé par le ministre syrien des Affaires étrangères, M. Walid al-Mouallem, lors de sa dernière conférence de presse. Ce qui implique qu’au sein même du gouvernement égyptien certains désapprouvent cette décision, parce que c’est une mauvaise décision. Jugement partagé par de nombreux intellectuels et éminents journalistes égyptiens qui n’ont pas tardé à clairement exprimer leur indignation.

C’est une mauvaise décision parce que la relation stratégique entre les deux pays remonte très loin dans le temps. Il y a des milliers d’années, les pharaons en avaient pleinement conscience tant du point de vue politique que du point de vue militaire. D’où la bataille entre Égyptiens et Hittites à Kadesh [située non loin d’Al-Qusayr et de Homs] en 1280 av. J.-C. ; les Hittites d’Anatolie ayant déjà réalisé l’importance des relations avec la Syrie pour leurs propres intérêts, les pharaons considérant la Syrie comme la profondeur stratégique de l’Egypte. Il n’y a eu ni vainqueur ni vaincu, et la bataille s’est soldée par l’un des plus anciens accords connus. Voilà ce que les pharaons avaient compris dès 1280 av. J.-C. Comment se fait-il qu’une personne vivant au XXIe siècle ne l’ait pas compris ? C’est d’une ignorance éhontée !

26. Monsieur le Président, le processus que vous avez enclenché est en marche : les travaux préparatoires sont bien avancés, le dialogue se poursuit, Genève 2 est à l’horizon… Mais toutes ces questions sont d’ordre politique, alors que je voudrais vous interroger sur des questions d’ordre humain concernant la tolérance, la réconciliation, le pardon… Certains se demandent comment pourrions-nous pardonner aussi bien dans le domaine interne que dans le domaine externe ?

Pour moi, le domaine interne est le plus important. Nous avons parfois tendance à mettre tout le monde dans le même panier, alors qu’il y a celui qui a saboté mais n’a pas assassiné, celui qui a porté des armes mais n’a pas tué, celui qui a aidé mais n’a pas commis de crime… Autrement dit, nous avons à faire à toutes sortes de gens. Nous pensons que l’État peut pardonner à ceux qui n’en sont pas arrivés à assassiner à condition qu’ils reviennent dans le giron de la patrie. C’est alors une question de Droit public qui relève de la responsabilité de l’État.

En revanche, en cas d’assassinat nous sommes dans le domaine du Droit des personnes et l’État ne peut pousser à renoncer à un droit personnel. Ceci dit, un certain nombre de familles que j’ai rencontrées m’ont dit mot pour mot : «Si le sang de notre fils ou de notre frère peut résoudre le problème, nous pardonnerons ! ». Lorsque vous entendez de tels propos tenus par des familles qui ont perdu leurs enfants, vous ne pouvez qu’en retenir la leçon et en conclure que le pardon est indispensable pour résoudre les crises nationales à condition qu’il soit personnel et non réglementé.  Le pardon est en effet une force et une marque de patriotisme. Nous devrions tous adopter cette attitude. Comme tant d’autres familles, ma famille a été frappée et a perdu des proches ; mais nous devons faire passer notre patrie avant nos sentiments personnels et ceci aussi bien en interne qu’en externe.

Concernant le domaine externe il relève de la politique étrangère qui repose sur des principes et tient compte des intérêts du pays beaucoup plus que des émotions. Il y a donc à la fois des principes à respecter et des intérêts à défendre, l’idéal consistant  à trouver la liaison indispensable entre les deux. Liaison indispensable, car lorsque vos principes sont incompatibles avec vos intérêts, les premiers sont faux ou les seconds sont mauvais. S’agissant de pardon et de réconciliation en matière de relations étrangères, ils sont bénéfiques lorsqu’ils servent notre objectif premier qui est l’intérêt du citoyen syrien. Pourquoi exclurions-nous cette possibilité ? Nous ne l’avons pas fait. Nous avons déjà accueilli un certain nombre de personnalités politiques représentant des gouvernements qui ont démontré leur hostilité à notre égard, toujours dans le but de servir les intérêts du citoyen syrien.

27. Monsieur le Président, les citoyens syriens sont aujourd’hui face à deux préoccupations majeures. D’une part, le terrorisme avec son lot de sang et de destructions. D’autre part, la dégradation de la situation financière. Que pensez-vous de la rumeur qui court sur les conséquences désastreuses dues à de la hausse démentielle du taux de change du Dollar ? Que diriez-vous au citoyen syrien ?

Une évaluation objective de la situation doit se fonder sur des évidences. La première évidence implique que le bien-être du citoyen nécessite une bonne situation économique, laquelle exige une bonne situation sécuritaire. Par conséquent, le problème de l’insécurité influe directement ou indirectement sur la situation économique de chacun que nous le voulions ou pas, et malgré les meilleurs compétences que nous chargerions de ce secteur.

Une autre évidence est que nous payons notre refus d’obtempérer aux exigences de gouvernements étrangers. Les États qui ont cherché à nous frapper, en soutenant une prétendue révolution puis le terrorisme et qui ont été mis en échec par notre peuple et notre armée, n’avaient plus d’autre solution que de s’attaquer à notre économie. Telle est leur vengeance contre le citoyen syrien pour avoir soutenu sa patrie avant toute autre considération. Il faut qu’il paye le prix en endurant parallèlement les sanctions financières et les violences terroristes. Si vous tenez compte de ces deux éléments, vous mesurerez ce que nous coûte notre indépendance ; un prix exorbitant, mais que nous sommes obligés de payer !

Maintenant, nous pouvons toujours limiter les dégâts en luttant contre les inévitables profiteurs de guerre et les éventuelles erreurs des fonctionnaires. Nous devons identifier les politiques qui conviennent aux circonstances du moment, et ne pas tomber dans les erreurs de ceux qui évaluent les performances du gouvernement actuel selon les critères d’avant la crise. C’est là un comportement irréaliste car la situation est toute autre. De même, il est impossible que nous consommions de la même manière qu’avant la crise. Cela aboutirait à exercer une pression supplémentaire sur l’économie et sur la Livre syrienne. Nous sommes obligés de nous adapter et de modifier nos modes de vie et de consommation jusqu’à ce que nous parvenions à la solution politique qui va de paire avec le rétablissement de la pleine sécurité. Nous devons comprendre que nous ne pourrons mettre un terme à nos difficultés économiques tant que nous n’aurons pas restauré la sécurité.

Et c’est parce que ces difficultés économiques touchent toute la société abstraction faite de l’appartenance politique, nous devons tous nous unir pour battre le terrorisme, condition préalable pour le rétablissement de notre économie. Il faut savoir que même les citoyens qui ont rejoint les foyers de la discorde et qui ont adhéré à la prétendue révolution sont maintenant frappés par la pauvreté. Il est regrettable qu’ils en soient arrivés là pour se mettre à réfléchir. Comme il est regrettable de toujours compter sur les autres, problème courant dans nos sociétés.

Oui, nous devons absolument tous travailler ensemble que l’on soit responsable politique, fonctionnaire ou citoyen. Nous devons inventer de nouvelles idées et travailler ensemble à les concrétiser. Nous devons solliciter toute notre créativité pour trouver des solutions à la crise, sinon c’est la crise qui nous imposera ses solutions. Oui nous avons encore cette option, et je dis et je répète que si nous coopérons tous ensemble pour en finir avec le terrorisme dans le plus court délai possible, nous n’aurons plus à craindre pour notre économie qui sera encore plus prospère qu’avant, parce que notre peuple déborde d’énergie.

Nous sommes un pays de civilisations. Nous avons construit notre pays avec nos moyens et nos compétences. Pour cela, nous n’avons pas sollicité l’aide de l’étranger. Nous avons rencontré des difficultés… mais nous l’avons construit. Nous sommes donc capables de le reconstruire une fois cette crise vaincue, comme nous sommes capables de rétablir notre économie. Mais d’abord, il nous faut rétablir la sécurité.

28. Quelle est la vérité sur les ressources de nos eaux territoriales en pétrole et en gaz, ressources qui ont fait l’objet de rapports issus de divers centres de recherche 

C’est la vérité, que ce soit dans nos eaux territoriales ou dans notre sol. Les premières études ont fait état d’importants gisements de gaz dans nos eaux territoriales. Puis, nous avons su que d’autres gisements s’étendaient de l’Egypte, à la Palestine et sur tout le long de la côte ; ces ressources étant plus abondantes dans le nord.

Certains disent que l’une des raisons de la crise syrienne est qu’il serait inacceptable qu’une telle fortune soit entre les mains d’un État opposant mais, évidemment, personne ne nous en a parlé de façon directe. C’est une analyse logique de la situation et nous ne pouvons ni la réfuter, ni la considérer comme une raison secondaire. C’est peut-être la raison principale de ce qui se passe en Syrie mais, pour le moment, elle reste du domaine de l’analyse.

29. Monsieur le Président, j’aimerais revenir sur les conditions de vie mais sous un autre angle. Le gouvernement a procédé à deux augmentations de salaire depuis le début de cette crise. La première était attendue et certains pensaient qu’elle était nécessaire. En revanche, la deuxième était inattendue dans le sens où certains ont été surpris de voir l’État accorder cette augmentation dans ces circonstances difficiles. C’est certes un élément d’espoir pour les projets d’après la crise. Nous dirigeons-nous dans ce sens ? Avons-nous fait ce qu’il fallait pour notre avenir ?

Vu les destructions que nous avons subies, il est évident que l’économie syrienne devra essentiellement travailler à la reconstruction ; ce que nous avons d’ores et déjà commencé à faire. Nous avons planifié et validé nos projets, puis nous avons commencé leur mise à exécution. Le retard n’est dû qu’à la situation sécuritaire, la sécurité étant essentielle pour que les divers corps de métiers puissent se rendre à leur lieu de travail. Quant à l’augmentation des salaires, il est certain qu’il est surprenant qu’un État qui subit une telle agression guerrière puisse continuer à payer les salaires et à assurer les services, même de moindre qualité, là ou d’autres États beaucoup plus puissants auraient failli. C’est un succès non négligeable, mais je répète que nos ambitions sont plus grandes et que nous pouvons mieux faire si nous nous épaulons les uns les autres.

30. Reste une autre question en relation avec les conditions de vie des citoyens. Certains considèrent que c’est l’État qui est responsable de l’insécurité des frontières, du désordre du marché, et de la flambée des prix. L’État serait absent. Est-ce que nous en sommes là parce nous avons été surpris par la crise, ou bien est-ce nos institutions qui sont déficientes?

Il est certain que les lacunes et dysfonctionnements de certaines institutions étatiques existaient avant la crise. J’ai régulièrement abordé ces problèmes, y compris ceux relatifs à la corruption, à la négligence, à l’incompétence de certains responsables… La crise a évidemment mis à découvert tous ces déséquilibres et les a même multipliés, ce qui est normal. Mai dire que l’État est absent ou présent sur la seule base de la situation interne avant et après la crise, c’est considérer que cette crise est strictement d’origine interne, ce qui n’est pas le cas. Certes, la situation interne souffre de la corruption, de l’insécurité, du chaos, des exactions des bandes armées… comme c’est les cas pour d’autres pays. Mais notre situation est complètement différente. Nous sommes en situation de guerre, une guerre venue de l’extérieur mais qui utilise des outils de l’intérieur. L’État travaille à la défense de la patrie et, dans ces conditions, il est illogique d’évaluer son action globale sans tenir compte de l’ensemble de la situation.

La présence de l’État se juge avant tout sur le maintien ou l’abandon de ses principes. Est-ce que l’État syrien a renoncé à ses principes ? Non, il n’a renoncé ni aux principes fondamentaux de sa politique interne, ni aux principes fondamentaux de sa politique externe. Il est toujours pour la Résistance. Il est toujours aussi concerné par la question palestinienne. Il continue à payer les salaires et à assumer ses responsabilités vis-à-vis des ouvriers et des cultivateurs. Il continue à embaucher là où il le peut. Il continue à assurer les services dus aux citoyens, malgré la destruction des infrastructures. En plus des réformes, ils lancent autant de projets que la situation le permet. Par conséquent l’Etat syrien n’est pas absent, il est en situation de guerre !

31. Nos institutions et nos infrastructures sont vandalisées ou détruites, ce qui est perçu par certains comme le début de la faillite de l’Etat syrien. Est-ce le cas ?

S’ils frappent nos infrastructures, détruisent notre économie, cherchent à installer l’insécurité et le chaos dans notre société, c’est justement pour nous mener à une situation d’État en faillite. Mais nous n’en sommes  pas encore là, la preuve en est que l’économie fonctionne toujours malgré les graves difficultés que personne ne s’attendait à nous voir dépasser. Les ouvriers, les employés, les commerçants… continuent à se rendre à leur travail malgré les énormes problèmes de sécurité. La vérité est que le peuple syrien a prouvé qu’il était résistant et plein de vie. Après les explosions, une fois que les victimes ont été évacuées et les gravats retirés, chacun reprend son travail même si tous s’attendent à ce qu’un obus tombe, qu’une bombe explose, qu’une attaque terroriste survienne… Nous n’avions jamais connu cela en Syrie. Nous ne savions même pas que nous en étions capables. Nous savons aujourd’hui que nous sommes un peuple vivant qui croit en son destin, ce qui fait que nous ne prendrons pas le chemin de la faillite.

Maintenant, je pense qu’ils ont épuisé toutes les armes possibles et imaginables, pour nous atteindre moralement, physiquement, psychologiquement… Il ne leur reste plus que l’intervention militaire directe, mais je ne crois pas qu’ils en arriveront jusque là pour de multiples raisons. J’ai souvent dit que commencer une guerre est une chose, en finir c’est autre chose ! Nul ne peut prévoir la fin d’une guerre. D’où les hésitations ou les refus de la majorité des gouvernements. Quant à nous si nous continuons à en franchir les étapes avec autant de conscience, nous n’avons rien d’autre à craindre. Je ne suis pas inquiet.

32. Vous êtes donc optimiste, Monsieur le Président ?

Si je n’étais pas optimiste, je n’aurais pas pu résister aux côtés du peuple syrien ; et si le peuple syrien n’était pas optimiste, il n’aurait pas pu résister. Le désespoir est à la base et le début de la défaite. La défaite est avant tout psychologique. Si les gens que je rencontre n’étaient pas optimistes ils ne me répéteraient pas : « La crise touche à sa fin », « la Syrie est protégée par Dieu », « Nous n’avons pas peur ». Ils ne reviendraient pas sans cesse sur les paroles de feu le cheikh Mohamad Saïd Al-Boutî qui croyait que la Syrie s’en sortira … C’est animé d’une vraie foi, religieuse et patriotique, que le peuple syrien attend la fin de cette crise. Il faut donc croire que sans optimisme il n’y aurait pas foi, et que sans foi il n’y aurait pas optimisme.

24. À l’occasion de ce cinquantenaire, Monsieur le Président, puis-je me permettre de vous demander d’adresser un message personnel à tous mes collègues de la presse écrite ? En un mot, ils ont été exemplaires par leur dévouement, leur abnégation et leur travail acharné. Je pense en cet instant à l’un de nos collaborateurs, simple ouvrier à l’imprimerie, qui se met en danger toutes les nuits en risquant sa vie à chaque poste de contrôle routier. Il n’a aucune ambition politique et n’est motivé que par son patriotisme et son sentiment d’appartenance à notre institution. Je dois dire que cette remarque s’applique à tous les employés des médias nationaux qui ont témoigné de leur fidélité à notre patrie.

Ce que vous dites des employés de votre quotidien, et qui en effet s’applique à tous les employés des médias nationaux, confirme que le peuple syrien est bien vivant et résiste ! J’espère que vous transmettrez mes chaleureuses salutations à tous vos collègues, d’autant plus que vous commémorez le cinquantenaire de l’un des plus anciens quotidiens patriotes syriens et qui coïncide avec le cinquantième anniversaire de la Révolution du 8 Mars 1963 dont nous venons de rappeler tout ce qu’elle a apporté à la Syrie. Et puisque la vraie révolution que nous vivons est la « Révolution du peuple et de l’armée contre les terroristes » et certainement pas celle dont ils font la publicité mensongère, j’espère que désormais le nom du quotidien  « Al-Thawra » rappellera non pas une seule révolution mais deux à la fois : la Révolution de 1963 et la révolution de 2013 !

bachar_asma_al-assad_sn635Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

04/07/2013

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Texte original : Al-Thawra [Rédacteur en chef : Ali Kassem]
http://thawra.alwehda.gov.sy/_archive.asp?FileName=63241515720130704021727

Leçon de journalisme, d’éthique et d’humanisme pour Reporters Sans Frontières en Chine


Hua Chunying1Tout le monde connaît aujourd’hui Reporters Sans Frontières, et surtout, qui est derrière cette organisation, comme du reste tous ces trucs sans frontières. Il semble que leur tâche devient de plus en plus difficile, La Syrie est passée par là. Deux ans de Syrie ont profondément modifié la perception mondiale de toutes les hypocrisies patiemment édifiées au cours de ces dernières décennies. Les indignations sélectives fonctionnent de plus en plus mal, et finissent même par irriter et provoquer des réactions directement agressives et peu diplomatiques.

Ça a été récemment le cas en Chine, cible favorite de RSF.

Dès qu’il se passe quelque chose en Chine, RSF frétille et commence à tailler ses plumes et à sortir des tiroirs tous les mots spécialement réservés aux  »méchantes dictatures » en général et à la Chine en particulier. Quand il s’agit de terrorisme, c’est le grand festin. Il y a forcément des terroristes abattus et surtout, des arrestations qu’il sera impératif de dénoncer. En moins de deux, des équipes sont déjà sur place, armées de leur lexique «  spécialement réservé aux  »méchantes dictatures » en général et à la Chine en particulier » pour libérer les  »dissidents ». Ici, quoi qu’ils fassent, ce sont des dissidents.

Et d’ailleurs, pour RSF et tous les grands médias occidentaux, il n’y a pas de terroristes en Chine ; Il y a, éventuellement des  »terroristes », avec plein de guillemets quand il n’est plus possible de ne pas voir les dizaines de victimes de ces  »terroristes ». Comment peut-il y avoir des terroristes en Chine, puisqu’il ne peut y avoir que l’occident qui doit être terrorisé ? Qu’il y ait un attentat à Paris, Londres ou New York, et nous devenons tous des parisiens, des londoniens ou des new-yorkais. Un attentat en Russie, en Irak ou en Chine ? On attendra longtemps avant que l’on nous demande d’être tous des russes, irakiens ou chinois.

Leur droit de l’homme et leur liberté d’expression plein la bouche, les équipes de RSF sont donc arrivées en Chine pour exiger la libération de dissidents et condamner le contrôle de l’information par le gouvernement chinois dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest), à la suite d’un massacre perpétré par des extrémistes. 16 extrémistes religieux armés de couteaux avaient tué 24 personnes la semaine dernière dans le district de Shanshan de la préfecture de Tourfan. La police locale avait abattu onze assaillants et interpellé cinq autres. Les autorités chinoises, qui savent à quoi s’en tenir vis à vis de ces extrémistes, sont décidées à éradiquer le mal avant qu’il n’y ait encore plus de dégâts, ce qui semble contrarier certains dont RSF qui auraient bien aimé que la graine pousse et prolifère.

Devant les niaiseries droit-de-lhommistes habituelles tenues par RSF, la réponse de la Chine, par la bouche de la porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères, Mme Hua Chunying, a été cinglante : « Si quelqu’un refuse non seulement de dénoncer ou de combattre ces atrocités et qu’en outre il adopte une attitude sceptique envers les dispositions légales du gouvernement chinois ou qu’il prononce des commentaires critiques sur la politique nationale et religieuse de la Chine, cela ne fait que prouver son double standard et sa vision sérieusement biaisée de la Chine ».

La porte-parole a souligné que la politique ethnique et religieuse du gouvernement chinois au Xinjiang correspondait aux conditions nationales et à la situation actuelle au Xinjiang. Cette politique a gagné le soutien de tous les groupes ethniques dans la région.

Le projet d’une poignée de personnes de diviser le Xinjiang et de saper la stabilité et le développement régional va à l’encontre de la volonté du peuple et est voué à l’échec, a rappelé la porte-parole.

« Nous espérons que les parties concernées et les médias pourront abandonner leur préjugés politiques, reconnaître la politique ethnique et religieuse de la Chine de façon globale, objective et appropriée, se rendre clairement compte de la nature et du danger du terrorisme, comprendre et soutenir la position et les préoccupations du gouvernement chinois ainsi que les mesures que la Chine doit prendre pour sauvegarder l’unité nationale et la stabilité sociale au Xinjiang et pour protéger la sécurité et les biens de la population », a-t-elle ajouté.

Les reporters de RSF savaient tout ça déjà. La porte-parole ne leur apprend donc rien.Mais aujourd’hui il y a quelque chose de nouveau : l’effet Snowden. Jusqu’ici, bien des offensives de l’Occident se sont placées sur le terrain de la communication, avec comme munitions les missiles droit-de-l’hommistes. Tous les pays non satellites étaient des cibles potentielles, plus particulièrement la Chine où chaque chef d’état en visite se devait de réciter son bout de  »condamnation ferme » avant même de dire bonjour à ses hôtes.

Avec les révélations de Snowden, tout va changer. D’une part, les indignations habituelles seront de moins en moins crédibles et perdront donc de leur force et leur effet et, d’autre part, les pays comme la Chine peuvent s’y référer pour renvoyer le boomerang. Du fait que les révélations soient publiques et que Snowden soit américain, qui plus est un ancien du système, facilite encore plus les choses. Toutes les réponses chinoises sembleront désormais dire : « arrêtez de nous casser les pieds, vous faites pire et c’est vous les voyous. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est vous-même qui le dites, à travers l’un des vôtres ». Et les chinois seront entendus et compris du monde entier, à cause de la publicité faite autour des révélations et de la suite des événements qui en ont découlés. Snowden vient d’inventer, sans le savoir, le système de défense anti-droit-de-l’hommiste. Les conséquences de l’action de ce jeune hommes n’ont pas fini de nous surprendre.

En attendant, les reporters de RSF sont partis pour parler dans le vide pour longtemps, car la Chine est bien décidée à en finir avec le terrorisme chez elle. Elle n’a pas attendu Snowden pour mettre en place un dispositif pour désamorcer la bombe, mais maintenant elle peut balayer d’un revers de main, publiquement, les  »préoccupations » d’un Obama devenu, par ailleurs, complètement inaudible sur ce plan.

Avic

Les conséquences de l’espionnage mondial pratiqué par les Etats-Unis (Partie 3/4)


Les chefs d’Etat et de gouvernements de l’Ouest ont établi, d’un commun accord, un plan d’action de  guerre secrète dans laquelle les Etats-Unis, en tant que coordinateur de l’opération devait se concentrer principalement sur la situation en URSS, pendant que l’Allemagne et la Grande-Bretagne s’occuperaient (avec les États-Unis)  de l’Allemagne de l’Est, la Pologne et la Tchécoslovaquie, et que la France, les Pays-Bas et l’Italie (sous le leadership américain) se chargeaient de la Hongrie, la Bulgarie et la Roumanie. Lire la suite Les conséquences de l’espionnage mondial pratiqué par les Etats-Unis (Partie 3/4)

La Russie et l’Europe face au « printemps arabe »


syrian-supporters-of-president-bashar-assad-rally-in-damascus-dataDébut janvier 2011, alors que l’étincelle allumée par les événements de Tunisie commençait à provoquer les premiers incendies en Égypte, au Yémen et au Bahreïn, un ambassadeur d’un pays européen me prit à part lors d’une réception diplomatique et me demanda, en triturant un bouton de ma veste : « Pourquoi la Tunisie ? ».

Son visage exprimait une perplexité sincère face à la logique perfide d’une Histoire qui refusait de distinguer les « bons » dictateurs des « mauvais ». À vrai dire, j’ai moi-même du mal à comprendre, aujourd’hui encore, pour quelle raison le tsunami qui allait rapidement recouvrir une bonne moitié du monde arabe est né précisément en Tunisie, un pays tout à fait pro-occidental et relativement prospère à en juger par ses principaux indicateurs.

Ce qui nous conduit à une réflexion à première vue banale mais, en réalité, fondamentale. Le « printemps arabe », rapidement rebaptisé « automne » puis « hiver » arabe, est un phénomène imprévisible par nature. Il obéit à ses propres règles, qui échappent parfois à l’analyse. L’irruption de la démocratie au Proche-Orient a pris tout le monde par surprise, de la même façon que les fortes chutes de neige enregistrées à Jérusalem cette année-là. À priori, chacun savait que cela pouvait se produire ; mais les personnes et organisations compétentes, y compris les services météorologiques et diplomatiques, se sont montrées incapables de prédire que des congères allaient temporairement paralyser toute activité.

En Occident, le « printemps arabe » a été perçu comme une victoire de la démocratie ; en Russie, comme une victoire de l’Occident

En deux ans, le « printemps arabe » a apporté de nombreuses surprises. La plus importante d’entre elles, mais pas la seule, est l’arrivée en force des islamistes sur la scène politique. En Égypte, déjouant tous les pronostics, ils ont réussi avec une facilité déconcertante à écarter du pouvoir les militaires et à faire adopter par référendum une constitution fondée sur la charia. S’ils remportent les prochaines élections législatives – ce qui est très probable – , il faudra admettre que les islamistes se sont fermement installés au pouvoir au Caire, et donc dans le monde arabe dans son ensemble.

Tâchons d’y voir plus clair…

Le « printemps arabe » n’a pas suscité la même interprétation à Moscou et dans les chancelleries occidentales. En Occident, il a été perçu comme une victoire de la démocratie ; en Russie, comme une victoire de l’Occident. C’est compréhensible : depuis la fin de la Guerre froide, l’Occident et la Russie jouent des rôles distincts dans le processus de reformatage du monde : schématiquement, l’Occident « démocratise » et la Russie « se fait démocratiser ». D’où des réactions fort différentes aux événements complexes du « printemps arabe » par l’éclatement, dans les pays frontaliers, de « révolutions de couleur » soutenues plus ou moins ouvertement par des forces extérieures. C’est pourquoi dès mars 2011, après le début de l’intervention armée de l’OTAN en Libye, la Russie s’est fermement prononcée contre toute tentative d’imposer la démocratie par la force, y voyant non seulement la manifestation d’une concurrence déloyale sur les marchés du Proche-Orient mais aussi une nouvelle illustration des « doubles standards » qui compromettent le choix démocratique en tant que tel.

Le « printemps arabe »
Le « printemps arabe »

Dès les premiers frémissements du « printemps arabe », la Russie a affirmé que le dialogue était le seul moyen acceptable de régler les conflits. Plus que cela : avant les excès de la guerre civile en Libye, la direction (et à fortiori l’opinion publique) russe souhaitait éviter tout conflit avec l’Occident sur une question aussi délicate que la transformation démocratique du Proche-Orient. De même que la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Allemagne, la Russie s’est abstenue lors du vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’établissement d’une « zone d’exclusion aérienne » en Libye. Mais l’Amérique étant sur le point d’entrer en campagne électorale, Barack Obama avait besoin d’un succès rapide et indiscutable au Proche-Orient. Quant aux Européens, aspirés dans cette situation moralement contestable, ils ont vu resurgir leurs vieux réflexes colonialistes datant de la lutte pour le pétrole de la Cyrénaïque. Résultat : la Libye a eu droit à une guerre civile de grande ampleur doublée d’une intervention extérieure, et la Russie a dû fermement mettre les points sur les « i » et faire part de son refus catégorique de voir un changement de régime se produire suite à une ingérence étrangère.

Les Européens, comme le cas libyen l’a récemment illustré de manière éclatante, font souvent passer les considérations relatives à leur responsabilité internationale

Le fait qu’à l’automne 2011 la Russie soit à son tour entrée dans un cycle électoral a également influé son attitude. Les enjeux de sa polémique avec l’Occident et avec son opposition intérieure ont augmenté. Dans un article programmatique intitulé « La Russie est un monde qui change », Vladimir Poutine commença par rappeller que les sympathies des citoyens russes allaient à ceux qui luttaient pour des réformes démocratiques, avant de critiquer avec virulence le soutien offert par la coalition occidentale à l’une des parties au conflit libyen. Condamnant le meurtre « même pas moyenâgeux, quasiment préhistorique, de Kadhafi », il a durement mis en garde l’Occident contre une « continuation de la déstabilisation du système de sécurité internationale dans son ensemble » qui, selon lui, ne manquerait pas de se produire en cas d’ingérence militaire en Syrie sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU.

Comme on pouvait s’y attendre, cet exposé abrupt de la posture russe, tout à fait dans l’esprit du « discours de Munich » en 2007, a provoqué des réactions nerveuses à l’extérieur comme à l’intérieur du pays (de la part des membres d’obédience libérale de la « classe créative » russe). La Russie de Poutine, déplorait-on, refusait une fois de plus de prendre place aux côtés de la communauté démocratique. Il était pourtant évident que la « Russie de Poutine » n’allait pas se ranger à des décisions prises sans qu’elle ait eu son mot à dire. Bien sûr, il serait partiel, voire hypocrite, de présenter le rapport de Moscou au « printemps arabe » exclusivement comme une réaction aux « doubles standards » pratiqués par l’Occident. De même que l’Occident, la Russie s’est très pragmatiquement adaptée à l’évolution de la situation, cherchant surtout à ne pas perdre prise alors que les événements s’enchaînaient à grande vitesse. Mais il faut souligner que ce pragmatisme ne l’a pas empêchée de toujours respecter une hiérarchie relativement nette de ses objectifs.

En Libye
En Libye

Concernant le « printemps arabe », ces priorités se répartissent en trois niveaux distincts :

  • Le niveau global : la Russie détient une part de responsabilité pour la préservation de la sécurité globale et régionale du fait de son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et de sa participation au « Quartet » pour le Proche-Orient et aux négociations « 5+1 » avec l’Iran ;
  • Le niveau régional : la Russie souhaite protéger ses intérêts historiques dans la région et conserver des relations développées avec les pays arabes et Israël dans les domaines politique, commercial et économique, militaro-technique, culturel et humanitaire ;
  • Le « troisième panier » : la Russie soutient les réformes démocratiques dans le monde arabe, vues comme un élément du processus global de la démocratisation des États souverains.

On peut facilement constater que les autres grands acteurs internationaux – États-Unis, Union européenne, Chine – élaborent eux aussi leur politique étrangère en fonction de ces mêmes groupes de priorités, même s’ils les interprètent et les hiérarchisent différemment. Par exemple, pour les Américains, la démocratie et les droits de l’homme (le « troisième panier ») sont généralement prioritaires non seulement par rapport à la souveraineté des États mais aussi, parfois, par rapport à la responsabilité globale de Washington. Les Européens, comme le cas libyen l’a récemment illustré de manière éclatante, font souvent passer les considérations relatives à leur responsabilité internationale. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cet impératif de la réflexion géopolitique datant de l’époque soviétique a poussé les pays occidentaux à considérer notre position comme relevant de l’obstructionnisme par rapport à leur politique. Sans doute estimaient-ils qu’eu égard à ses incontestables problèmes internes, à ses réformes inachevées et à la réduction drastique de sa présence militaro-stratégique dans le monde, la Russie allait se montrer plus coopérative. Mais nous avons suivi notre propre voie, refusant de nous impliquer dans ses actions susceptibles de provoquer des changements de régime. Moscou a appelé à un respect inconditionnel de la souveraineté des États, à la non-ingérence et au règlement des conflits par le dialogue. Cette attitude a été interprétée par les autres acteurs d’abord comme la résurgence d’une logique néo-impériale, puis – en Syrie – comme une tentative de conserver à tout prix la mainmise russe sur le marché de l’armement.

Lutte armée en Syrie
Lutte armée en Syrie

Cependant, c’est grâce à la détermination russe que la situation, spécialement en Syrie, a pu rester dans les limites de la rationalité. On peut même prendre le risque d’affirmer que l’ « opposition constructive » incarnée par la Russie et la Chine a apporté une qualité nouvelle aux interactions collectives dans les affaires de la région. Les débats du Conseil de sécurité et les polémiques avec les représentants de diverses fractions de l’opposition syrienne ont constitué autant de pas concrets faits dans la direction d’une démocratisation des relations internationales.

Viribus Unitis

Puisqu’ils font des interprétations différentes des problèmes qui surgissent au fur et à mesure du déroulement du « printemps arabe », les acteurs extérieurs agissent toujours séparément – et, le plus souvent, en se faisant concurrence. Non seulement ce manque de coordination complique et repousse le règlement des conflits mais, en plus, crée un contexte favorable à la montée en puissance des extrémistes de tout poil – des djihadistes rejetant les valeurs de la « civilisation occidentale corrompue » aux activistes d’Al-Qaïda, désireux d’instaurer un califat islamique mondial.

Prenons le cas de la Syrie. Dans ce pays, c’est la « classe créative » qui s’oppose politiquement au régime de Bachar el-Assad, mais les opérations militaires sont conduites par un conglomérat hétéroclite dominé par les islamistes. Dans le contexte extrêmement tendu de la guerre civile, Assad avait paru satisfaire les exigences de l’opposition concernant la démocratisation du pays, et avait clairement indiqué qu’il était prêt à entamer un dialogue de grande ampleur fondé sur la plate-forme définie dans le communiqué de Genève. Mais étant donné la force d’inertie de la lutte armée en Syrie et l’entrelacement des intérêts des islamistes des pays voisins, on ne voit guère poindre à l’horizon un règlement de crise centré sur la préservation de la sécurité régionale et mondiale.

Lutte armée en Syrie
Lutte armée en Syrie

Par quels facteurs l’expliquer ? Peut-être par le fait que ceux qui instrumentalisent la démocratie et les droits de l’homme à des fins politiques refusent d’attribuer le rôle du « pécheur repenti » à Assad, de même qu’à d’autres symboles du passé soviétique. Peut-être, plus simplement, par le fait que l’opposition syrienne – qui considère dans sa majorité les slogans démocratiques comme rien de plus qu’une obligation conjonctuelle – joue efficacement des divergences existant entre les acteurs extérieurs…

Si ces questions paraissent tout à fait rhétoriques, leurs enjeux sont cependant cruciaux. Après avoir patiné en Libye, le « printemps arabe » s’est retrouvé, en Syrie, à la croisée des chemins. Il est évident que la suite des événements dépend largement de la façon dont le conflit sera réglé dans ce pays clé. Se dirige-t-on vers un scénario
« yéménite », ouvrant la voie à un changement de régime dans la douceur, ou va-t-on assister à la répétition du modèle libyen, qui s’est accompagné, entre autres, de l’assassinat de l’ambassadeur américain à Tripoli et d’une « piste libyenne » dans la prise d’otages perpétrée par des islamistes maliens en Algérie ?

Une chose est sûre : le renversement d’Assad (avec la participation directe ou indirecte de forces étrangères) faciliterait sensiblement la tâche des extrémistes qui aspirent à une « talibanisation » du Proche-Orient. Inversement, l’absence d’ingérence étrangère dans les affaires syriennes contribuerait au maintien de la situation dans le champ du droit international et pourrait permettre de rationaliser la transition de la région de l’autoritarisme à la démocratie.

Mais pour faire la bon choix, les acteurs extérieurs doivent repenser fondamentalement leur approche des événements se produisant dans le cadre du « printemps arabe ». Il est impératif d’élaborer un programme collectif constructif visant à résoudre les problèmes stratégiques, au premier rang desquels les deux principales menaces susceptibles à court terme non seulement de déstabiliser la situation au Grand Moyen-Orient mais aussi d’en faire l’épicentre d’un conflit de civilisations.
Voici les buts qui doivent absolument être atteints.

Premièrement. Empêcher Israël de frapper l’Iran.

La probabilité de l’emploi de la force contre le « régime des ayatollahs » augmente chaque jour. À l’automne dernier, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré, à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, que le programme nucléaire iranien atteindrait le « point de non-retour » au printemps 2013, et prévenu que si les ambitions nucléaires de Téhéran n’étaient pas rapidement contenues, Israël se réservait le droit d’agir seul. Il ne s’agit pas d’une rodomontade rhétorique, mais d’un avertissement très clair, lancé au plus haut niveau possible.

L’affaiblissement de la droite israélienne à la suite des élections législatives de janvier a réduit le risque du recours à la force contre l’Iran, mais n’a pas suffi à le faire disparaître.

Une chose est sûre : le renversement d’Assad (avec la participation directe ou indirecte de forces étrangères) faciliterait sensiblement la tâche des extrémistes qui aspirent à une « talibanisation » du Proche-Orient

On peut s’étonner de voir un État nucléaire n’ayant pas signé le TNP menacer un État qui, lui, est partie au TNP et dont les sites se trouvent sous le contrôle de l’AIEA. Mais pour être irrationnelle, la situation n’en est pas moins dangereuse. Il apparaît clairement que les Iraniens ont l’intention de conduire leur programme nucléaire jusqu’à « minuit moins cinq ». À leurs yeux, c’est le seul moyen de garantir leur souveraineté. Or Israël n’est pas prêt à coexister avec un Iran nucléaire – un pays dont les dirigeants ont à de multiples reprises appelé à la destruction de l’État hébreu. Résultat : la confrontation israélo-iranienne constitue un sujet de préoccupation de premier ordre pour le monde entier. Une déflagration risquerait de provoquer une réaction en chaîne et une explosion majeure.

ONU-Reunion-CSLes États-Unis et l’Union européenne ont adopté contre l’Iran des sanctions sans précédent, qui ont déjà commencé à produire leur effet (à la fin de l’année 2012, les exportations de pétrole de Téhéran avaient chuté de 40%). Mais jusqu’à présent, cette ligne n’a apporté aucun résultat politique. La combinaison des sanctions et de la menace d’une frappe sur les sites nucléaires n’a fait que rassembler les Iraniens autour du régime. De plus, dans cette guerre des nerfs, il arrive que les Iraniens prennent le dessus sur leurs adversaires, grâce au large soutien dont leur droit à l’atome bénéficie au sein du monde musulman et du Mouvement des non-alignés (une instance dont l’Iran a pris la présidence en 2012).

La situation paraît bloquée. Trop d’ambiguïtés, certaines constructives, d’autres beaucoup moins, se sont accumulées dans le domaine de la dissuasion, si bien qu’il paraît impossible d’espérer résoudre dans ce cadre le probème posé par le programme nucléaire iranien.

Il faut également tenir compte des changements qui semblent s’annoncer dans l’équilibre des forces au Proche-Orient, liés, entre autres, à l’activisme régional de l’Arabie saoudite et des pays du Golfe persique, où les positions anti-iraniennes et anti-chiites sont traditionellement fortes. Ce facteur engendre des manœuvres dangereuses et à courte vue, reposant sur le calcul que les sunnites pourraient soutenir le recours à la force contre l’Iran. Il s’agit d’une illusion inquiétante mais tout à fait caractéristique d’une perception superficielle qui s’est formée autour de l’Iran.

Pour conserver la situation sous contrôle, une approche double s’impose : il convient, parallèlement aux négociations « 5 + 1 » (auxquelles on pourrait convier la Turquie ou un représentant de la Ligue arabe), d’élaborer une position commune résolument opposée à un règlement du problème par la force ; il faut aussi, dans le même temps, fournir à Israël comme à l’Iran des garanties internationales visant à apaiser leurs craintes. On pourrait, de cette façon, obtenir davantage de temps pour élaborer un règlement définitif des questions posées par la prolifération nucléaire au Proche-Orient, conformément aux exigences du TNP.

Deuxièmement. Aider les Palestiniens et Israël à relancer le processus de paix sur la base d’une solution à deux États.

C’est le deuxième problème le plus important de la région. Là aussi, des actions immédiates des pays de la zone et de la communauté internationale s’imposent. Les islamistes parvenus au pouvoir grâce au « printemps arabe » vont-ils respecter les accords de paix que leurs prédécesseurs ont passés avec Israël, y compris les arrangements informels ? C’est une question essentielle. Le problème palestinien se trouve au coeur de la conscience nationale des Arabes en général et spécialement des groupes et partis islamistes. Sa résolution est vue comme un objectif commun à toute la nation arabe, susceptible sous certaines conditions d’unir le monde arabe – sunnite et chiite – autour de l’hostilité envers Israël. Il y a là une menace réelle, même si elle n’est peut-être pas immédiate. Mais l’évolution du positionnement des Arabes vis-à-vis du dossier israélo-palestinien constituera également un révélateur de la capacité de la région à évoluer vers une communauté de nations démocratiques. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les processus enclenchés par le « printemps arabe » sont susceptibles d’aboutir à une résolution heureuse de ce conflit. Citons la fin relativement rapide, et obtenue sans qu’aucune partie ne perde face, de l’opération « Pilier de défense », grâce à une médiation efficace de l’Égypte islamiste ; la tendance à l’adoucissement du blocus de la bande de Gaza, où le leader du Hamas Khaled Mechaal a pu effectuer une visite pour la première fois ; ou encore la réaction plutôt pondérée d’Israël à l’attribution à la Palestine du statut d’État observateur auprès de l’ONU.

Le problème palestinien se trouve au cœur de la conscience nationale des Arabes en général et spécialement des groupes et partis islamistes

Globalement, il semble que des mécanismes jusqu’alors dissimulés aux regards indiscrets ont été actionnés. La nouvelle administration Obama envoie des signaux encourageants ; les Français s’apprêtent, à présent que les élections législatives israéliennes sont passées, à rendre publique leur propre initiative pour le Proche-Orient ; en Israël même, Ehoud Barak, Shaul Mofaz et, tout récemment, Tzipi Livni ont appelé à un déblocage rapide du processus de paix.

Bien entendu, cela ne signifie pas que le nouveau cabinet Nétanyahou infléchira l’approche radicale du précédent gouvernement de droite à l’égard de la question des constructions de logements dans les implantations – une question qui bloque toute relance des négociations israélo-palestiniennes. Mais, historiquement, les grandes percées du processus de paix au Proche-Orient (le voyage de Sadate à Jérusalem, les accords d’Oslo) ont toujours paru surgir de nulle part, de façon absolument inattendue – en tout cas, pour le grand public. En réalité, ces progrès sont, chaque fois, venus couronner un travail discret de longue haleine mené par des experts et des dirigeants politiques ayant bien saisi l’air du temps.

La situation actuelle est comparable. Le nouveau statut de la Palestine pose la question des frontières de l’État palestinien. D’un point de vue politique, continuer d’aller de l’avant est la seule option possible, car en l’absence de progrès dans le processus de discussion israélo-palestinien, la région risque fort de connaître une nouvelle phase de radicalisation. Certaines conditions subjectives sont également réunies : le match nul politique par lequel s’est achevée l’opération « Pilier de défense » rappelle fort la situation qui prévalait après la guerre de 1973, dont Kissinger a brillamment tiré profit pour lancer un processus qui finit par aboutir aux accords de Camp David et à un traité de paix entre Israël et l’Égypte.

Pour résumer, la diplomatie a une chance réelle de l’emporter au Proche-Orient, à condition que les puissances régionales se consacrent ensemble à la recherche d’une solution. L’objectif principal aujourd’hui consiste à mettre en évidence les paramètres d’une entente potentielle. La Ligue arabe s’est dite prête à passer un accord avec l’État hébreu sur la base de l’initiative saoudienne, dont il faut souligner qu’Israël ne l’a pas rejetée en bloc. Pour les Palestiniens (y compris le Hamas), il est fondamental de faire en sorte que leur État dispose de frontières légitimes. Dans ce contexte, on ne peut pas exclure que le nouveau cabinet israélien juge qu’il est dans son intérêt de chercher à élaborer un accord sur les frontières en échange de garanties de sécurité de la part des Palestiniens et du monde arabe dans son ensemble.

Le document de base pour des négociations selon la formule « la paix en échange des terroristes » existe déjà. Il s’agit de la « feuille de route » de 2003, amendée de façon à intégrer l’ « évolution de la situation sur le terrain » et, possiblement, l’initiative de paix saoudienne. Il existe également une instance de négociation créée suite à l’élaboration de la « feuille de route » : le Quartet international, auquel il serait logique d’intégrer plusieurs puissances régionales comme l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie. Ce Quartet élargi pourrait également fournir un cadre à la discussion sur le statut définitif de Jérusalem, le droit au retour ou les questions de sécurité.

Une seule réserve : pour qu’un scénario aussi optimiste voie le jour, il est nécessaire que les acteurs régionaux et internationaux procèdent à une transformation radicale de leur approche et se réorientent vers des objectifs généraux, au premier rang desquels l’incorporation harmonieuse et organique du Proche-Orient dans la communauté mondiale des nations démocratiques.

Car l’ère du bon sens doit bien finir par survenir un jour dans cette région. Quand allons-nous comprendre que cette contrée qui a tant souffert peut et doit passer d’une zone d’hostilité et de conflit à une plate-forme de construction d’un monde plus juste et plus sûr ? Car l’autre terme de l’alternative est connu : c’est le conflit des civilisations. Le virus du djihadisme a déjà sa tâche destructrice. Seuls les efforts communs permettront de l’arrêter. Viribus unitis.

Piotr Stegni, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, membre du Conseil russe pour les affaires internationales (RSMD)

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Elections en Iran : premières réactions occidentales


Le nouveau président iranien : Cheikh Hassan Rohani
Le nouveau président iranien : Cheikh Hassan Rohani

Avec 50,7% des voix dès le premier tour, le cheikh Hassan Rohani vient d’être élu Président de la République Islamique d’Iran, démentant tous les pronostics. Est-ce la naissance d’une nouvelle ère  pour l’Iran ? Sachant que la réalité du pouvoir reste entre les mains du guide suprême, l’Ayatollah Seyed Ali Khamenei, on pourrait se dire que seule la forme changera.

C’est justement dans cette forme que se forgent les relations internationales. En témoignent les premières réactions  occidentales. Le discours a déjà pris d’autres colorations que la rhétorique habituelle, et ce, avant même de savoir ce que fera ou ne fera pas le nouveau président. C’est dire dans quelle impasse s’était enfermé le discours diplomatique dès qu’il s’agit de l’Iran.

L’Italie a déjà fait savoir son désir d’établir des relations bilatérales avec l’Iran. Le ministre italien des Affaires étrangères, Emma Bonino, a déclaré dans un communiqué publié Samedi, que « L’Italie espère que, avec le nouveau gouvernement du président iranien (Hassan) Rohani, il sera possible de travailler à développer les relations bilatérales et de commencer sans délai, une nouvelle ère de compréhension et de dialogue constructif entre l’Iran et la communauté internationale« .

Bonino a également manifesté sa satisfaction pour la ‘’la mise en œuvre de l’élection présidentielle en Iran.« 

Un autre poids lourd de l’occident n’est pas en reste. Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a également salué l’élection de Rohani comme un vote pour « une politique étrangère constructive. »  

« Nous espérons que la nouvelle administration du pays collabore dans ce sens afin de trouver des solutions sur les questions internationales et régionales« , a ajouté M. Westerwelle.

Plus tôt, des responsables d’autres pays ont également félicité Rohani pour sa victoire dans l’élection du 14 Juin.

Qui l’eut cru ? Israël ne serait donc  plus la seule démocratie du Moyen-Orient ? Il a suffi de présenter le nouveau président comme un réformateur, un modéré, pour que le discours change. En quoi pourra-t-il réformer quoi que ce soit sur le plan international sans la bénédiction du chef suprême ? Ils sont forts ces iraniens !

Avic

L’Occident ou la fixation narcissique


Les-Temps-Modernes1Notre espèce semble atteindre son apogée, position privilégiée pour celui qui se donne la peine d’observer son parcours. Il ne peut alors que constater l’amorce de son déclin et l’approche probable de son éclipse.

Obnubilé par son narcissisme, l’homme moderne, ayant détrôné les dieux, s’est cru être en mesure de jouir de leurs privilèges. Ce nouvel homme-dieu aveuglé par l’illusion de l’éternité et de la sur-puissance, ne se rend même pas compte qu’il ne fait que rendre plus imminente sa propre extinction.

Si quelqu’un à travers l’histoire doit être qualifié de déicide c’est bien tous ces bâtisseurs de la modernité. Cependant, la mort de dieu n’a pas eu pour résultat la naissance de l’homme nouveau tant escompté, du surhomme dont rêvait tant et tant Nietzsche. En mimant grossièrement les divinités qu’il a cru évincer, l’homme moderne n’a fait qu’aliéner ses prétendues valeurs. En reprenant aux dieux leurs attributs, il se présente comme un médiocre plagiaire singeant pitoyablement celui contre qui il s’est révolté.

La modernité, au sens strict, commence avec l’abandon du divin et de la conception cyclique du temps. Mircea Eliade considère que les anciennes civilisations ont toutes en commun cette conception universelle du temps comme éternel retour du même. Cette représentation, prégnante dans la sagesse hindoue, se retrouve encore chez les stoïciens grecs. Elle procure un sentiment d’éternité, de stabilité et d’adéquation avec le monde. C’est seulement avec la naissance de la pensée judéo-chrétienne qu’apparaîtra la linéarité temporelle. Le temps devenu irréversible conduit l’humanité vers une finalité que dieu seul est en mesure d’en fixer l’échéance.

Mais avec la mort du divin se perd la notion de Fin des Temps, d’ascension et de rédemption finales. Le temps se déroule alors implacablement vide, devenant synonyme de mort puisque dénué de toute finalité. L’absurde du temps vide remplit l’homme d’une frayeur insoutenable. Ce dernier emprunte alors dans une attitude parfaitement mimétique la démarche du sacré qu’il vient d’abolir et s’invente une cosmogonie au beau milieu de laquelle il trône en maître absolu. Une folie narcissique s’empare à partir de la renaissance de l’homme blanc qui se présente à travers son récit mythique comme le seul dépositaire du savoir universel, excluant le reste des peuples de l’histoire et même de l’humanité. L’homme blanc n’est plus à l’image de dieu, il est dieu. En soumettant le reste des créatures à sa volonté, il dote l’histoire d’une finalité qu’il nomme « le progrès ». Il se précipite alors tête baissée dans une frénésie productiviste rimant avec une boulimie consumériste inassouvissable.

En réalité, cette idéologie du progrès n’est en fait qu’une pseudo-sécularisation de la pensée chrétienne. La philosophie de l’Histoire conçue comme progrès ne fait que reproduire la démarche de la théologie chrétienne de l’histoire, à la seule différence que Dieu s’est fait homme (blanc) et que la spiritualité s’est faite matière. Ce nouveau Messie traînant les humains vers un futur radieux toujours fuyant, ne cesse de faire rêver nos esprits crédules malgré toutes les tragédies qui depuis presque deux siècles endeuillent notre course folle vers le bonheur. La « loi du progrès » devenant à la fois une nécessité historique et morale , relègue le passé dans la barbarie la plus noire et sacrifie le présent au nom de lendemains qui chantent.

Hormis Nietzsche, la plupart des philosophes du 19eme siècle ont succombé aux charmes de cette idéologie. Des penseurs comme Marx et Engels considéraient respectivement que la colonisation de l’Inde et de l’Algérie était un mal nécessaire puisqu’elle permettait à des populations archaïques d’accéder au capitalisme et d’accélérer ainsi l’avènement de la révolution prolétarienne. Ainsi le colonialisme abject est gratifié d’une fonction progressiste historiquement nécessaire ! C’est dans ce même ordre d’idées qu’en 1956, le PCF votait en faveur des pouvoirs spéciaux légalisant ainsi la pratique de la torture contre les résistants algériens. Une bonne partie des communistes qui soutenaient le FLN ont été systématiquement exclus du parti.

La contradiction de la gauche est d’avoir cru au ’mythe du progrès’ qui est le fondement même de l’idéologie capitaliste. C’est ce mythe qui situe les sociétés humaines sur une linéarité prétendument historique et qui procède à une hiérarchisation épistémique et ethnique favorisant toutes les formes d’exploitation et de spoliation. Le problème d’une bonne partie de l’intelligentsia occidental de gauche est qu’il a du mal à se débarrasser de cette plaie appelée « eurocentrisme » et qui découle directement de ce mythe tenace. Le mythe du progrès, élevant l’homme blanc au rang de démiurge ainsi que la pensée marxiste relèvent paradoxalement du même méta-récit messianique. Cette assise religieuse a facilité en Europe l’incrustation de ces deux formes de pensées qui ont fini par se transformer en dogmes réfractaires à toute autre forme d’épistémè. Il est d’ailleurs facile de reconnaître dans le discours politique et médiatique occidental qu’il soit de droite ou de gauche un perpetuel jeu de miroir renvoyant l’un à l’autre le registre laïc et religieux.

Malgré l’échec du capitalisme d’état avec l’implosion de l’URSS, la majeure partie de la gauche occidentale n’en démord pas ; n’ayant rien d’autre à proposer, elle continue à prôner un optimisme productiviste totalement anachronique . Depuis Staline, en ayant choisi les outils propres au capitalisme pour lui tenir tête, le socialisme s’est écarté de son idéal de partage qui a fait tant rêver les masses. Cette gauche traditionnelle, n’osant plus promettre aux pauvres une abondance généralisée, se perd dans ses balbutiements et dans les méandres de l’économie de marché. Élevé dans le consumérisme, l’électorat de gauche vote dans sa majorité pour le PS et pour les Verts pour se donner bonne conscience, sachant pertinemment qu’il vote en réalité à droite. Le phénomène n’est malheureusement pas une particularité française, toute l’Europe est en train de virer à droite parce que les partis de gauche ont perdu la foi et qu’ils ne sont plus porteurs de rêve. Au lieu de contrer la droite qui pour la première fois depuis trente ans se trouve déstabilisée, on ne fait que quémander les miettes laissées par le capital.

La seule manière de lutter contre la mondialisation ne peut émaner que d’une solidarité internationale associant les différentes sensibilités anti-impérialiste unies autour d’un même objectif : la destruction du mythe du progrès avec ses deux composantes fondamentales, le productivisme et l’eurocentrisme épistémique et ethnique.

Ceux qui considèrent que la décroissance est une utopie conduisant à une augmentation du chômage et à plus de misère doivent comprendre qu’une décroissance réfléchie vaut mille fois mieux que les récessions qui ne manqueront pas de nous tomber sur la tête. La réorganisation urbaine, la diminution des transports, la relocalisation de l’industrie avec plus de justice concernant la rémunération de la force de travail à travers le monde sont autant de solutions pour freiner le gaspillage et affaiblir du même coup l’économie de marché. Toute la propagande occidentale autour du réchauffement de la planète avait pour but inavoué de freiner la croissance des pays émergeant. A-t-on le droit d’empêcher plus de deux milliards d’indiens et de chinois de faire parti du club des nantis ?

Malheureusement, la planète ne renferme pas dans ses entrailles de quoi satisfaire la gourmandise d’un milliard d’occidentaux en plus des chinois et des indiens. Deux alternatives s’offrent alors à l’occident : soit opter pour une décroissance généralisée soit arrêter par tous les moyens la croissance des asiatiques. Mais la réponse est déjà là depuis une dizaine d’années. Les armées occidentales occupent les pays du Golf, l’Afghanistan, le Pakistan, des îles dans l’océan indien sans parler du Japon, de la Corée du sud et de Taïwan…L’étau se resserre lentement mais surement. Une boucherie monumentale se dessine à l’horizon avec en perspective de beaux feux d’artifice au plutonium.

Une gauche éprise de justice et de paix mondiales ne peut que souscrire à cet impératif de décroissance, la seule issue qui reste pour contrer la frénésie productiviste et destructive du capital. Toutefois, elle doit d’abord admettre que L’eurocentrisme en tant que perspective hégémonique de production de connaissances a perdu toute légitimité après tous ces désastres qui ont ponctué le 20ème siècle : deux guerres mondiales, crise de 29, stalinisme, implosion de l’empire soviétique et crise financière actuelle. Face à cet échec cuisant du mythe de progrès, les peuples du tiers-monde ont préféré puiser dans leurs propres traditions des formes de vie et de pensée leur permettant de mieux résister à l’hégémonie impériale et de repenser le futur. Ainsi sans être nécessairement anti-marxistes, des mouvements de résistance apparaissent au Moyen-Orient s’articulant autour de la cosmologie islamique, alors qu’en Amérique Latine, des mouvements amérindiens pensent depuis des cosmologies indigènes.

Ayant été majoritairement anticoloniale à l’époque des indépendances, la gauche ne semble pas encore prête à reconnaître de telles démarches décoloniales. Si les mouvements indigènes amérindiens semblent bénéficier d’une attitude plutôt paternaliste, les mouvements de résistance islamiques provoquent une réaction allergique d’une rare violence ! Est-ce les vieux démons des croisades qui ressurgissent ? Voilà que l’Islam actuel est renvoyé à la « barbarie » du passé et comparé au catholicisme moyenâgeux, comme si la Chrétienté et l’Islam pouvaient avoir le même cheminement et la même philosophie de l’histoire !

En fustigeant tout ce qui a trait à l’Islam, une certaine gauche adhère consciemment ou inconsciemment à l’idéologie des conflits de civilisations initiée par les néo-conservateurs et se transforme ainsi en allié objectif de l’Empire dans sa conquête du Moyen-Orient et de l’Asie. Engluée dans son narcissisme eurocentrique, une grande partie de la gauche ne fait que fracturer et affaiblir un front anti-impérial face à l’avance assurée et arrogante du capital. Le développement du mouvement des indigènes de la république illustre bien cette incapacité de la gauche à rassembler…

L’universel a vécu, qu’on le veuille ou non ! Que la gauche occidentale descende donc de son piédestal et qu’elle s’inscrive avec le reste des forces vives de l’humanité dans une démarche « pluri-verselle ». Peut-être qu’il restera encore quelque chose à sauver…

Fethi GHARBI

Les 7 du Québec

Un véritable appel au Djihad des chrétiens orthodoxes contre les islamistes


l-armee-russe-sera-modernisee-de-fond-enC’est le monde à l’envers ! Habituellement, le Djihad est compris comme une notion purement et exclusivement musulmane.  Et, en simplifiant, il n’est même compris, dans le monde occidental, que comme une mobilisation hostile, voire guerrière, contre les impies,  les incroyants, les infidèles ( les in… quelque chose) et plus particulièrement contre les chrétiens. Les évènements syriens viennent de brouiller les cartes, sur ce point. A cause de ce qui s’y passe, cette ligne devenait de plus en plus difficile à tenir. Cela relevait d’un numéro d’équilibriste. Voilà plus de 10 ans que l’on nous parle de djihadistes, le mot étant entendu dans le sens cité ci-dessus, et il se trouve que ces djihadistes ne combattent et ne font sauter que des musulmans. On se hâte alors de préciser qu’il y a musulmans et musulmans. Ainsi donc, il peut y avoir des chiites contre des sunnites, des sunnites wahabites contres des sunnites salafistes, ceux du nord contre ceux du sud (comme au Mali), ou encore ceux d’une organisation contre ceux d’une autre organisation, comme au Nord Mali ou en Afghanistan au temps du commandant Messaoud.

Et tout ça, en voulant maintenir l’idée première, c’est-à-dire que le djihad est toujours dirigé contre les in… quelque chose et surtout contre les chrétiens, le tout ramené de manière encore plus simpliste à une agression contre l’occident.  Cap difficile à tenir à long terme. Les évènements de Syrie ont eu le mérite de dévoiler plusieurs choses, dont le fait que ces djihadistes (menant leur djihad contre l’occident) sont l’occident lui-même. Le fait qu’ils aient des noms à consonance arabe ne leurre personne, d’autant moins que bon nombre d’entre eux sont des citoyens des pays occidentaux.

Il fallait bien que quelqu’un réagisse. Nous bloggeurs,  assis derrière nos claviers, nous nous indignons, nous révoltons, dénonçons. C’est utile, certes, ça ne va pas très loin vues la force et l’organisation des médias aux mains de ces mêmes personnes qui sont responsables de ce que nous dénonçons. Mais d’autres, des hommes de terrain ceux-là, ont décidé d’agir. C’est la brigade russo-ukrainienne réunie autour du lieutenant-colonel Sergei Razoumovski, un vétéran du service du renseignement ukrainien. Déjà plusieurs volontaires des pays de l’ex-Union Soviétique ont entendu son appel. Mais il y a plus. La mobilisation ne se veut pas seulement autour de critères géopolitiques. Elle veut aussi jeter à bas la notion de djihad telle que l’on veut nous la faire accepter, et se servir de ce que tout le monde sait déjà pour mobiliser toutes les énergies musulmanes, presque dans un esprit de djihad contre les mercenaires se trouvant en Syrie, donc contre l’occident. C’est un renversement de situation avec les mêmes ingrédients. Cela veut dire en clair : ce que les occidentaux ont su faire, nous pouvons le faire, en mieux car plus organisés et au grand jour.  Dans la vidéo ci-dessous, on assiste à un vrai appel au djihad, avec le ton, les mots et l’argumentaire.  Nul doute que cet appel sera entendu, car le peuple syrien martyr est là pour démontrer, tous les jours, sa nécessité.

Si c’est le cas, on verra alors quelque chose d’inédit. Des chrétiens associés ouvertement à des musulmans dans un esprit de djihad. Dans l’Histoire, il y a déjà eu  des alliances d’états chrétiens et musulmans. Mais jamais, à ma connaissance (je ne suis pas historien), il n’y a eu de coalitions de ce type.

Le résultat, c’est que nous allons, si une solution politique n’est pas trouvée, nous retrouver en Syrie avec deux armées de djihadistes face à face. Mercenaires contre mercenaires. La guerre en Syrie aura alors un autre visage qui façonnera, de manière durable ce qui se passera dans le monde pour plusieurs années.  On peut difficilement  imaginer la formation de cette brigade sans voir la main qui se trouve derrière : la Russie. Moscou ne se fait désormais plus d’illusions sur les relations qu’elles pourraient avoir avec l’Occident. Ce sont et seront encore pour longtemps des relations sous-tendues par des combats et des luttes acharnées, des intimidations, du chantage, voire de conflits périphériques aux deux sphères. Si du point de vue militaire, la Russie a de quoi répondre à toute éventualité, elle est à la traine en matière de guerre psychologique et de subversion. La guerre menée en Afghanistan par les russes en est une belle preuve. Ils l’ont perdue contre de soi-disant talibans, mais en réalité contre les Etats-Unis qui pourtant n’avait pas un seul soldat US sur place.

Apparemment, la Russie a décidé de se doter de cette arme qui lui manquait. Elle va désormais disposer de ses propres ‘’combattants de la liberté’’. D’aucuns diront que c’est le retour de la guerre froide. Quand on parle de retour, cela suppose qu’il y avait eu départ. Or la guerre froide n’est jamais allée nulle part, elle a toujours été là. On ne construit pas un système pendant 50 ans sur des bases qui ont focalisé toutes les ressources et qui ont façonné la culture de plusieurs générations, pour voir ce système et son mode de fonctionnement disparaître du jour au lendemain. La disparition de l’URSS n’a pas entraîné la disparition de la guerre froide  comme on a essayé de nous le faire croire en dépit des faits. Pour qu’elle disparaisse, il aurait fallu la disparition de toutes les mentalités construites autour d’elle et que toute la propagande qui l’accompagnait ait été revue et corrigée, pour ne parler que de ces deux aspects. La remise en cause du fondement idéologique de l’occident durant ces 50 ans aurait, fatalement, entraîné son effondrement en même temps que celui de son ennemi. Ce qui n’a pas été le cas.

Au contraire, l’Occident est resté sur sa lancée, toujours engluée dans une philosophie de guerre froide, incapable de revoir sa copie sous peine de saper ses bases. La nouveauté, c’est que ‘’l’ennemi » », qui bat en retraite depuis une vingtaine d’année, s’est repris et fait face, prêt à se défendre. Une situation conforme à celle que l’on voyait dans les romans d’espionnage des années  60-70 et qui fait dire à certains que nous sommes revenu au temps de la guerre froide.  Pendant sa retraite, ‘’l’ennemi’’ a observé et appris. Il a aussi compris qu’une vraie guerre peut être menée tout en restant abrité derrière des  proxies, y compris des guerres mondiales comme celle de la Syrie où plusieurs nations sont engagées.

Toute arme trouve, un jour ou l’autre, sa parade. La brigade russo-ukrainienne semble être la parade contre ces hordes que l’on a appelé ‘’islamistes’’.  Lancée en fanfare comme une mise à l’eau d’un bateau, cette  brigade risque de faire parler d’elle pour longtemps.
Avic

Syrie : L’Occident prépare son plan B pour le jour d’après !


Al-Dardari
Abdallah al-Dardari

Une éternelle vigilance est l’impossible prix de la liberté [Guerre aux invisibles / Erik Frank Russell]. Impossible ? Restons vigilants ! [NdT].

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L’ex vice-président du Conseil des ministres syrien pour les affaires économiques, M. Abdallah al-Dardari, se prépare à rejouer un rôle politique de premier plan dans « la Syrie de l’après guerre » !

M. Al-Dardari a tourné la page du soutien tacite aux groupes armés, et s’est porté volontaire pour coordonner un projet de financement [de plus de vingt milliards de dollars] pour la reconstruction de la Syrie après la guerre ; projet présenté comme le « Plan Marshall pour la Syrie » en référence au plan, du même nom, ayant aidé à la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale [1].

C’est en tant que fonctionnaire international [2] que M. Al-Dardari a rencontré le président Bachar al-Assad ; lequel, d’après des témoignages de personnalités jordaniennes, n’aurait prêté aucune attention particulière à l’idée même du projet et l’aurait carrément rejetée lorsqu’il a été directement interrogé sur ce sujet. Des sources de presse ont rapporté que la réplique de certains milieux diplomatiques occidentaux a consisté à déclarer que « M. Al-Assad n’avait pas de droit de veto sur un gouvernement dirigé par M. Al-Dardari, dans le cadre d’un règlement interne ! ».

L’important ici, n’est pas la personne de M. Al-Dardari. L’important est le projet qu’il annonce et qui commence à prendre forme dans les milieux occidentaux des affaires et des finances, milieux probablement en étroite collusion avec leurs homologues arabes et syriens.

Un projet ou « plan B » concocté suite à l’inéluctable défaite politique et militaire du plan précédent [3] destiné à renverser le gouvernement syrien. Sa mise en application ne fait que commencer et son schéma directeur se résume à profiter de l’épuisement infligé au gouvernement syrien en exploitant son nécessaire besoin de réconciliation interne et de reconstruction accélérée ; ce qui permettrait aussi bien à l’Occident qu’aux États du Golfe et à la Turquie de « renverser économiquement la Syrie » ! Un renversement censé aboutir au contrôle de ses ressources et richesses par l’imposition d’un « système néolibéral » sur tout son territoire et dans tous les domaines : privatisations à grande échelle, libéralisation du marché et de la circulation des capitaux, concentration des investissements étrangers dans les secteurs les plus rentables tels ceux de l’infrastructure, de l’immobilier, du tourisme et de la finance.

Les conséquences notoirement connues d’une telle approche sont l’endettement, les déficits budgétaires, la destruction des institutions industrielles et artisanales, le démantèlement de la production rurale et, par conséquent, la transformation de la Syrie d’un État national en plein développement en un « État comprador » ayant perdu son indépendance économique relative, avec tout ce que cela implique comme totale soumission aux forces du néolibéralisme et tout ce que cela engendre comme réseaux de corruption qui vont avec ! Dès lors, sa dépendance économique saperait nécessairement son indépendance politique. Et c’est tout naturellement qu’une telle dynamique, nourrie par le capitalisme mondial et ses acolytes des Pays du Golfe, mènerait vers « la désintégration » des constantes politiques syriennes ; celles du financement et de l’équipement de son Armée nationale, de sa résistance politique et militaire à l’occupation du Golan, de son soutien à la Résistance libanaise et palestinienne… Bref, la politique syrienne se désintègrerait d’elle-même !

Finalement, c’est par le biais économique que le plan Marshall devrait imposer à Damas ce qu’il n’a pu lui imposer par la force des armes et des sanctions. Il a cependant le mérite de souligner le seul point positif de cette approche de « la Syrie d’après la guerre », celui de reconnaître tacitement que l’option guerrière est caduque et qu’il est désormais inévitable de traiter avec le gouvernement du Président Bachar al-Assad… en usant de tentations séductrices !

Ici, j’appelle les dirigeants syriens à se rappeler ce qui suit :

Tout d’abord, l’application partielle des politiques de privatisation et d’ouverture économique vers l’Occident, les États du Golfe et la Turquie – dont M. Al-Dardari fut le principal artisan lorsque, de par ses fonctions, il exerçait son contrôle sur les orientations et décisions économiques de la Syrie d’après 2005 – a été la principale raison ayant privé le gouvernement syrien de sa base sociale traditionnelle. Les paysans, artisans et ouvriers ont durement souffert du « choc néolibéral » au cours de la deuxième moitié de la dernière décennie. C’est en effet à partir de 2005 que sont apparues les pires manifestations de la pauvreté, du chômage et de la marginalisation. C’est sur cette frange de la société syrienne que se sont appuyés les forces réactionnaires hostiles à la Syrie. C’est à partir de ceux-là qu’ils ont recruté les combattants ayant rejoint les groupes terroristes, après l’endoctrinement sectaire de milliers d’entre eux. Par conséquent, que pouvons-nous attendre si une politique néolibérale était appliquée pleinement et sans conditions ?

Deuxièmement, les forces qui ont versé leur sang et ont défendu la République arabe syrienne et son gouvernement légitime sont principalement :

1. Les officiers et soldats de l’armée arabe syrienne issus des classes laborieuses.
2. Les groupes de jeunes patriotes progressistes.
3. Les militants des courants gauchistes et nationalistes qui espéraient que la guerre, bien que douloureuse, puisse justement ramener la trajectoire socio-économique syrienne vers le développement national et la démocratie sociale.
4. Les forces de la bourgeoisie patriote et les industriels syriens qui ont suffisamment pâtis de l’ouverture vers la Turquie.

Ce sont là les quatre forces qui seront les plus touchées si la Syrie était acculée à devenir un « état comprador » menant inéluctablement à la réduction des dépenses militaires, à l’aggravation du chômage pour les classes populaires et moyennes, à la dégradation de la qualité de vie des jeunes de la classe moyenne, à la destruction des projets industriels… Le gouvernement syrien ne peut donc céder à une telle tentation, au risque de se retrouver devant un consensus national déjà prêt à s’y opposer.

La Syrie d’après la guerre, ne sera que pour ceux qui se sont battus pour sa défense ; pour ses jeunes, ses travailleurs et ses paysans ; pour ses industriels patriotes qui n’ont pas dévié de la ligne de l’indépendance, du développement et de la résistance. C’est ce que nous aimerions entendre, mais cette fois-ci « en public », de son Président !

Nahed Hattar
31/05/2013

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Article original : Al-Akhbar [publié aussi sur Sham Times]
http://www.al-akhbar.com/node/184158
http://shamtimes.net/news_de.php?PartsID=1&NewsID=8714#.UafXUppwlFs.facebook

Notes :

[1] Le Plan Marshall / L’index historique
http://cartoflash.free.fr/motcle/pages/PlanMarshall.htm
« A partir de 1947, le plan Marshall est une arme économique utilisée par les Américains pour combattre le communisme. Il correspond au côté économique de la doctrine Truman le Containment (endiguement). L’idée est que la misère fait le lit du communisme, le plan Marshall permet donc à la fois de combattre le communisme et de convertir l’économie de guerre américaine en économie de paix, nécessaires. Par le plan Marshall les Américains entendent rallier l’Europe. L’aide financière est assortie de conditions d’achat de produits américains. L’U.R.S.S. s’oppose à ce projet et empêche les pays de l’Europe de l’Est de bénéficier de ce plan. Par exemple, le plan Marshall d’abord accepté en Tchécoslovaquie par le gouvernement doit être refusé sous la pression de Moscou. En revanche 17 pays qui acceptent cette aide créent en 1948 l’Organisation Européenne de Coopération Économique (O.E.C.E.) qui deviendra O.C.D.E. [Organisation de Coordination et de Développement Économique). En mai 1949 est créé la R.F.A. Un ancien résistant à Hitler, le démocrate chrétien Konrad Adenauer en devient le premier chancelier. Il ancre solidement la R.F.A. dans le camp de l’ouest et accepte le plan Marshall. Le plan Marshall permet aussi d’effectuer des pressions sur les alliés des États-Unis. Ainsi, les Américains menacent les Pays-Bas de suspendre le plan si ceux-ci n’accordent pas l’indépendance à l’Indonésie (chose faite en 1949) ». [Ce site n’est peut-être pas une référence mais, puisque l’Histoire n’est écrite que par les vainqueurs, il n’est pas interdit de lire aussi le revers de certaines médailles, NdT].

[2] M.Abdallah AL DARDARI, Economiste en Chef et directeur de la division du
développement économique et de la mondialisation et ESCWA [Economic and Social Commission for Western Asia].
http://www.leconomistemaghrebin.com/2013/05/30/forum-de-tunis-le-13-juin-2013/

[3] COMMENT LE BLOC ATLANTISTE A CONSTRUIT LA GUERRE EN SYRIE
http://www.entrefilets.com/16_mois_pour_une_guerre.htm

Terrorisme : les règles d’or de la doxa


Ainsi la médiatisation du terrorisme se caractérise par son extrême variabilité, mais selon un axe qui épouse la division de la planète entre le monde d’en haut et le monde d’en bas : dans un cas, elle le condamne à l’insignifiance, dans l’autre elle le voue à l’hyperbole.

marathonblastSi l’on s’en tient à sa définition usuelle, les choses paraissent simples : le terrorisme est l’exercice indiscriminé de la violence à l’égard de populations civiles en vue d’obtenir un résultat politique. Comme une bombe à retardement, ce terme, pourtant, est piégé d’avance. Car la doxa occidentale en fixe l’usage de façon impérative, elle en prescrit la seule signification acceptable.

Ce code de langage s’organise autour de trois règles essentielles.

La première, c’est qu’on ne peut parler de terrorisme que si ses victimes sont occidentales, c’est-à-dire nord-américaines, européennes ou israéliennes. Ceux qui, appartenant au reste de l’humanité, ne bénéficient pas de cette dignité originaire ne sauraient figurer au rang de victimes innocentes. Certes, depuis vingt ans, le terrorisme a fait beaucoup moins de victimes en Occident que dans le reste du monde. L’attentat de Boston est le premier sur le sol américain depuis 2001, tandis que le terrorisme jihadiste a tué 2 000 Pakistanais en une seule année. Mais peu importe que les autres en fassent massivement les frais : ils sont la menue monnaie de ce péril planétaire. Le déchaînement de la violence aveugle indigne d’autant plus l’opinion occidentale, en outre, qu’il semble totalement incompréhensible, dépourvu de sens. Ce qui provoque la colère, c’est moins l’évidente nocivité que l’irrationalité foncière du terrorisme.

« Après la tragédie de Boston, lit-on dans Newsweek, il est impossible de ne pas se poser les mêmes questions que celles qu’on s’est posées au lendemain du 11 septembre 2001 : jusqu’à quel point sommes-nous en sécurité dans nos foyers ? Pourquoi les Etats-Unis sont-ils si souvent pris pour cible par un si grand nombre de personnes ayant un si grand nombre de choses à nous reprocher ? Pourquoi ces gens-là nous haïssent-ils ? ». Si le terrorisme est abject, c’est parce qu’il n’a aucune raison d’être, parce qu’il est d’une scandaleuse absurdité. Et si la violence perpétrée contre l’Occident bat tous les records d’audimat, c’est en proportion d’un incalculable préjudice moral, et non du préjudice physique qu’elle entraîne : la mort administrée par une barbarie venue d’ailleurs est inqualifiable parce qu’elle est absurde, elle est innommable parce qu’elle défie les catégories de la raison.

De cette interprétation de la terreur, le traitement des attentats par les grands médias occidentaux témoigne parfaitement. Le propos journalistique se coule dans un moule dualiste, scindant docilement la planète en deux hémisphères : celui où les attentats méritent qu’on en parle et celui où ils ne sont que du menu fretin. Sur le marché mondial de la mort en direct, la valeur de la vie humaine connaît des fluctuations impressionnantes. Le temps d’antenne dévolu aux victimes accuse des variations spectaculaires selon leur nationalité. Mais surtout, la causalité supposée de ces violences ne se voit appliquer le coefficient terroriste que si les victimes relèvent du monde civilisé. La mort administrée par attentat ne s’extrait de la banalité planétaire que si les suppliciés en valent la peine : elle n’accède à la signification qu’en transgressant la loi non écrite du « zéro mort » occidental.

Les Occidentaux ne succombant que sous l’effet d’une violence injustifiable, l’imputation de responsabilité se convertit aussitôt en incrimination de la terreur. Cette ombre terrifiante, cependant, ne plane sur nos têtes que parce que la médiasphère lui prête une existence virtuelle. La réalité de la terreur est toujours une réalité d’emprunt, octroyée par la représentation qu’en forgent les médias, prisonnière de sa reproduction audiovisuelle. Parce qu’elle est captive de cet effet-miroir, seule sa visibilité planétaire, au fond, lui communique une véritable portée : un attentat dont on ne parle pas n’est pas un attentat, mais un accident qui ne touche que ses victimes, et auquel le reste du monde est absolument indifférent.

Le traitement médiatique de l’actualité du terrorisme, par conséquent, ne s’embarrasse guère de nuances. Hors d’Occident, la sélectivité des médias frappe le terrorisme d’irréalité, elle le réduit à un furtif alignement de chiffres. Privé de résonance affective, la relation des faits se colore d’une froideur statistique ayant pour effet de les condamner à l’oubli. Le Pérou et la Colombie ont été durement frappés par le terrorisme depuis deux décennies, mais qui s’en soucie ? A l’intérieur des frontières occidentales, au contraire, la partialité médiatique ambiante confère à l’événement une mystérieuse surréalité, elle l’élève au rang de drame emblématique, lui attribue une signification qui excède toujours ses circonstances immédiates. « Le XXIème siècle converge vers Boston », titre le New York Magazine au lendemain de l’attentat. Trois morts dans une cité américaine, et le sens à venir d’une histoire mondiale séculaire vient soudainement s’éclairer, il s’offre aussitôt à une interprétation qui le transcende.

Ainsi la médiatisation du terrorisme se caractérise par son extrême variabilité, mais selon un axe qui épouse la division de la planète entre le monde d’en haut et le monde d’en bas : dans un cas, elle le condamne à l’insignifiance, dans l’autre elle le voue à l’hyperbole. Et l’Occident a beau se réclamer de valeurs universelles, l’intérêt des médias dominants est toujours proportionnel au PIB par habitant. En ce sens, les médias ne sont jamais extérieurs à ce qu’ils relatent, étrangers aux images qu’ils diffusent : ils sont l’événement lui-même, ils le forgent avec leurs propres armes.

Corollaire de la première, la deuxième règle stipule que les terroristes, en revanche, sont nécessairement non occidentaux : si ses victimes sont nôtres, le terrorisme, lui, est toujours celui des autres.Que les puissances occidentales y recourent, et ce terrorisme inavouable en perd aussitôt les attributs : il est lavé, comme par enchantement, de cette marque d’infamie. Que le premier détournement d’avion de l’histoire ait été réalisé par l’armée française au détriment des chefs du FLN algérien, en 1956, n’a jamais valu à la patrie des droits de l’homme cette appellation infamante.

Dans cette perspective, le terrorisme n’est pas un mode opératoire, c’est une qualité intrinsèque : on n’est pas terroriste parce qu’on martyrise des populations civiles, mais par essence ; on ne le devient pas par ses actes, on l’est en raison de ses origines, de façon congénitale. Ainsi les bombardements meurtriers de Grozny ou de Gaza échappent à cette qualification, alors même qu’ils répondent parfaitement à la définition du terrorisme, puisque leurs commanditaires civilisés sont exonérés par essence de toute compromission avec la barbarie qui les entoure.

Supercherie supplémentaire, cette violence d’Etat à grande échelle est justifiée, en effet, comme une réaction de l’occupant à la sauvagerie de l’occupé : la légitime défense des forts répondrait, nous dit-on, au fanatisme meurtrier des faibles. Toute action armée, du moment qu’elle atteint des Occidentaux, se réduit donc au terrorisme d’une façon ou d’une autre, y compris lorsqu’elle frappe des cibles militaires. Les actes de résistance à l’occupation étrangère se voient attribuer, invariablement, cette appellation infamante : toute puissance occupante traite immanquablement les résistants de terroristes.

Ce qui valait pour l’Europe occupée durant la seconde guerre mondiale vaut aujourd’hui pour les territoires palestiniens ou tchétchènes. Expert en la matière, le général de Gaulle ne s’y était pas trompé, déclarant lors de sa conférence de presse de novembre 1967 qu’ « Israël organise, dans les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui la résistance qu’il qualifie de terrorisme ». En invoquant une prétendue consécution logique (comme si le terrorisme des faibles précédait l’antiterrorisme des forts), l’autojustification de la répression prend donc la cause pour l’effet.

De l’imposition de cette deuxième règle, on peut d’ores et déjà tirer deux leçons. La première, c’est que l’usage du terme de terrorisme se voit frappé d’un interdit lorsque la violence exercée contre les civils atteint un seuil critique. Plus le nombre des victimes est élevé, moins la qualification de terroriste semble s’imposer : cette règle quantitative vaut donc absolution du meurtre de masse, l’accusation de terrorisme ne valant que pour le meurtre de détail. La seconde leçon, c’est que l’Etat n’est jamais coupable de terrorisme. Aucune instance internationale, par exemple, n’ose qualifier de « terrorisme d’Etat » un bombardement délibéré de zones habitées. Tout se passe, au contraire, comme si la réprobation morale était inversement proportionnelle à l’ampleur du préjudice, du moment qu’une grande puissance défend ses intérêts en faisant usage des armes.

Impliquée par les deux précédentes, la troisième règle, enfin, exige de laisser dans l’ombre la genèse historique du terrorisme jihadiste.Rempart contre l’influence soviétique, antidote au nationalisme arabe, opportun concurrent de la subversion chiite : les stratèges de la CIA, en effet, ont prêté au jihadisme toutes les vertus. En diluant la nation arabe au sein d’un ensemble plus vaste, le panislamisme promu par les Saoudiens avait pour vertu de neutraliser le nationalisme arabe, laïc et socialisant. Et l’alliance avec une Arabie Saoudite conservatrice sur le plan intérieur et docile sur le plan extérieur constitua, outre l’osmose avec Israël, le véritable pivot de la politique américaine.

Durant une décennie, Washington versa 600 millions de dollars par an aux adeptes du jihad antisoviétique. Mais le paradoxe est que l’Amérique, au lendemain de l’effondrement russe, persista dans son appui politique et financier à la guérilla afghane. Son éclatante victoire sur l’Armée rouge auréola le jihadisme combattant d’une réputation d’efficacité qui incita Washington à le manipuler à son profit. Au nom de la lutte contre l’Union Soviétique, les Etats-Unis ont systématiquement favorisé les organisations les plus radicales. Prompte à toutes les manipulations, la CIA a ainsi fini par enfanter des monstres dont elle se révéla incapable d’apprécier le véritable danger.

Alors qu’elle échafaudait d’audacieuses combinaisons entre les factions afghanes, elle ne vit rien venir de la menace qui s’abattit sur le cœur de l’Amérique le 11 septembre 2001. En somme, les Etats-Unis ont péché par excès de confiance dans la toute-puissance du dollar. Fort de ses ramifications internationales, ce jihadisme combattant, qui s’est nourri de violence extrême avec leur bénédiction, n’avait plus besoin d’eux.Inavouable, la genèse d’Al-Qaida n’est donc un mystère pour personne : elle fut l’effet combiné de l’obsession antisoviétique des Etats-Unis et de la frayeur saoudienne devant la percée khomeyniste.

Ainsi le discours occidental sur la terreur se paie d’une triple supercherie : il implique, à la fois, une restriction géographique de son objet, une imputation exclusive de sa causalité et une rigoureuse omerta sur ses origines. Cette sémantique du terrorisme disculpe l’Occident de toute responsabilité, tout en conviant des masses apeurées à serrer les rangs avec angoisse autour de leurs dirigeants. Pour conférer au discours sur la terreur son effet maximum, elle en circonscrit la signification au prix d’un véritable subterfuge. Elle est obtenue, en effet, par un pur effet de langage : il suffit d’imputer les forfaits du terrorisme aux dépositaires honnis d’une altérité radicale, d’en repousser l’origine au dehors des frontières de la civilisation.

Mais, en lui conférant une signification faussement univoque, ce discours lui attribue aussi un second caractère, tout aussi invraisemblable. Le terrorisme, en effet, n’est pas seulement une menace que définit son extériorité absolue au monde civilisé. Cette barbarie venue d’ailleurs a aussi la capacité de s’exercer à tout instant : comme si elle était douée d’ubiquité, elle pèse constamment sur nos têtes. Or c’est exactement ce que prétend la propagande d’Al-Qaida : non seulement elle voue à la destruction le monde des infidèles et des apostats, mais l’appel au jihad global entend transformer la planète en champ de bataille. En se projetant dans l’universalité du cyberespace, il se donne l’apparence troublante d’une menace qui occupe magiquement toutes les dimensions de l’espace et du temps.

Frère jumeau de la rhétorique du jihad mondialisé, le mythe de la terreur planétaire acquiert, de ce fait, une portée sans précédent. Son influence est si profonde que son évocation suffit à souder le monde occidental dans un rejet horrifié. Parmi les oripeaux dont il couvre ses ambitions, le discours sur la terreur fournit par conséquent l’habillage le plus commode. De la guerre d’Afghanistan à celle du Mali, il permet de persuader l’opinion occidentale qu’elle est dans son droit lorsqu’elle approuve la guerre chez les autres. Il l’immunise contre le doute sur les moyens employés et lui offre à peu de frais une garantie de bonne conscience.

Toute menace, réelle ou imaginaire, provoquant une réaction instinctive, le discours sur la terreur se pare toujours des vertus du réalisme, y compris lorsqu’il agite des fantômes. Puisque le péril est à la fois impalpable et pérenne, il menace tout un chacun de son invisible omniprésence. Il est partout et nulle part, prêt à fondre sur un monde abhorré qu’il rêve d’anéantir. L’ubiquité imaginaire du péril terroriste est ainsi le postulat commun à l’incantation jihadiste et à la propagande occidentale : il exerce de part et d’autre la même fonction obsessionnelle, justificatrice d’un combat sans fin et sans merci.

Bruno Guigue : Normalien, énarque, aujourd’hui professeur de philosophie, auteur de plusieurs ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident (L’Harmattan, 2002).
Voir aussi :

Syrie: des militaires israéliens découverts parmi les rebelles


armee-israelienne-n1-lior-mizrahi-getty-imagesEncore une preuve qu’Israël est fortement impliquée dans les coups d’états orchestrés au moyen Orient. Après leurs interventions aériennes, voilà qu’on retrouve leur armée infiltrée en territoire syrien pour aider les rebelles. Jusqu’où iront-t-ils pour renverser le régime d’Al-Assad? Combien de temps encore l’Iran laissera la situation s’envenimer avant d’intervenir à son tour? 

« Les troupes gouvernementales syriennes ont arrêté un véhicule israélien au cours d’une opération dans la ville d’Al-Quseir, un bastion important des forces rebelles, selon les médias officiels syriens.

Selon ces sources, le véhicule de l’armée israélienne arrêté sert à surveiller les signaux de communication et interférer les liaisons sans fils. Ils insistent sur le fait que c’est une preuve claire de l’implication des militaires et des membres des services secrets israéliens dans le pays arabe. « Dans la voiture, nous avons trouvé des munitions, des uniformes et divers moyens utilisés pour communiquer», explique l’une des troupes syriennes.

Des sources de RT dans l’armée syrienne, à leur tour, ont révélé la découverte dans la région d’une unité militaire avec 4 Israéliens, dont une femme, et la découverte d’un mortier israélien dans la région d’Al-Dabaa, situé à 10 kilomètres de Al Quseir. Ils ont signalé également l’arrestation de 11 soldats armés juifs dans la ville d’Al-Quseir, dont le contrôle a été pris par le gouvernement. Deux soldats israéliens ont été blessés dans l’opération.

L’action militaire qui a repris le contrôle de la place (un point stratégique près de la frontière libanaise utilisé comme un pont par lequel l’opposition a reçu des armes et des mercenaires) par les troupes de Bachar al Assad a eu lieu en quelques heures. « Ce qui s’est passé aujourd’hui à Al Quseir démontre clairement la victoire d’une philosophie de vie et la fermeté envers les assassins sous contrats que représente les gangs armés en Syrie. On ne peut pas arrêter de parler de la réussite de l’offensive de l’armée syrienne et tout ce qui a été accompli », a déclaré Ibrahim Sair écrivain et publiciste.

Selon les détails militaires, l’opération a été basé sur une stratégie bien étudiée. Les soldats ont encerclé la ville, libérant sa périphérie et évacuant les résidents de ces zones pour éviter les effusions de sang. Malgré cela, il n’était pas possible d’éviter les affrontements, dans lesquels un certain nombre de rebelles ont été tués. Les combattants de la formation armée Front An-Nusra, faisant partie d’Al-Qaïda (NDLR: sous entendu les larbins de la CIA), ont également subi des pertes importantes et beaucoup ont été forcés de se rendre ou de fuir. «Les groupes armés qui se trouvaient dans la ville d’Al Quseir faisaient partie du Front An Nusra et autres groupes assimilés. Ils ont pris de nombreux civils en otages et les ont utilisés comme boucliers humains. Maintenant Al Quseir est sous le contrôle de l’Armée syrienne d’un point de vue militaire et c’est un grand succès, » insiste l’analyste militaire Salim Jarbah.

L’analyste international Carlos Martinez, pour sa part, estime que l’implication d’Israël dans le conflit interne syrien a un objectif très précis: «Il y a une coalition de facto entre Israël, l’Occident et les monarchies du Golfe pour mettre fin à l’influence de l’Iran « . Il indique qu’une Syrie complètement détruite sans une gouvernance claire serait un grand pas vers cet objectif, et que Damas et Téhéran ont toujours été des alliés fidèles« .

Source:
RT

Traduction Fawkes News

L’Oligarchie a fait un rêve – Partie III


Guillaume DE ROUVILLE

la-liberte-guidant-le-peuple3

Un instrument de protection

L’oligarchie occidentale se sent plus en sécurité dans un système politique de démocratie représentative qui donne une légitimité à sa position prééminente plutôt que dans une monarchie absolue. Cela est plus cohérent avec les valeurs qu’elle a mises en avant pour prendre le pouvoir aux États-Unis à partir de 1776 et en France à partir de 1789 et lui offre une protection contre le prince sans pouvoir qu’est le peuple souverain.

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