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Opération Tomahawk au fromage – Pepe Escobar


030323-N-6946M-001Ce spectacle assourdissant et hystérique sur la Syrie, l’Irak 2.0, ne se produit que parce qu’un président des États-Unis (POTUS) a créé un problème de  » crédibilité » lorsque, par imprudence, il a décrété ‘’ une ligne rouge’’ concernant l’utilisation d’armes chimiques en Syrie.

Aussi, le gouvernement américain a un besoin urgent de punir le transgresseur – au diable les preuves – pour maintenir sa ‘’crédibilité ». Mais cette fois, ce sera  » limité ».  » Mesuré ». Juste pour  » quelques jours ». Un  » coup de semonce » – comme l’a qualifié POTUS. Pourtant, certaines – mais pas toutes – » cibles de grande valeur », incluant des centres de commandement et de contrôle ainsi que des installations logistiques en Syrie devront accueillir un barrage de missiles de croisière Tomahawk (dont 384 sont déjà positionnés en Méditerranée orientale).

Nous savons tous comment le Pentagone aime à baptiser son assortiment de libérations humanitaires à travers le monde avec des noms comme Renard du Désert, Vautour Invincible ou quelque autre idiotie fumeuse. Donc cette fois nous allons l’appeler Opération Tomahawk au fromage.

C’est comme commander une livraison de pizza.

– Bonjour, je voudrais un Tomahawk au fromage.

– Bien sûr, elle sera prête dans 20 minutes.

– Attendez, attendez! Je dois d’abord berner l’ONU. Puis-je la prendre la semaine prochaine? Avec un supplément de fromage ?

En 1988, l’opération Renard du Désert – lancé par Bill  » Je n’ai pas eu des relations sexuelles avec cette femme » Clinton – a été conçu pour ‘’affaiblir », mais pas détruire la capacité de Saddam Hussein à fabriquer des armes inexistantes de destruction massive. Maintenant, le déploiement de ces Tomahawks profondément moraux est également conçu pour ‘’affaiblir » la capacité du gouvernement de Bachar al-Assad à lâcher les non prouvées attaques aux armes chimiques.

Pourtant, il y a toujours cet agaçant problème d’arabes perpétuellement ingrats qui, selon le New York Times, » sont émotionnellement opposés à toute action militaire occidentale dans la région, malgré l’humanité de la cause ».

La profondément humanitaire opération Tomahawk au fromage se heurte à toutes sortes de problèmes avec le calendrier. POTUS part mardi prochain en Suède – et de là il se rendra à Saint-Pétersbourg pour le sommet du Groupe des 20, le jeudi et le vendredi de la semaine prochaine. La horde proverbiale des  » fonctionnaires anonymes de la Maison Blanche » a tourné comme des centrifugeuses folles, soulignant que POTUS doit boucler Tomahawk au fromage avant de rassembler son courage pour affronter le président russe Vladimir Poutine et d’autres dirigeants des puissances émergentes.

Evaluant ses impossibilités – avec un œil sur le calendrier et un autre à la résistance pour agrandir sa mini-coalition des bonnes volontés – maintenant POTUS semble être à la recherche d’une stratégie de sortie qui serait en fait tout sauf abandonner l’opération Tomahawk au fromage.

D’autres sont beaucoup plus résolus. Un groupe prévisible de 66 anciens ‘’fonctionnaires du gouvernement » et  »d’experts en politique étrangère » – tous des siocons sous l’égide du Foreign Policy Initiative – a publié une lettre exhortant POTUS à aller bien au-delà de l’opération Tomahawk au fromage, argumentant pour une pizza n’épargnant aucun ingrédients mortels. Ce serait une véritable mission humanitaire, capable d’appuyer les  » rebelles »  syriens  » modérés » et surtout de  » dissuader l’Iran de développer des armes nucléaires ».

Un rebelle, mais pas un salaud

Voyons ce qu’un  » rebelle modéré »  syrien’ pense de tout cela. Haytahm Manna, en exil depuis 35 ans, est un membre clé de l’opposition syrienne non-armée (oui, il y en a). Mais il ne suit pas le script, il est résolument contre l’opération Tomahawk au fromage et même avec un supplément de fromage. (Voir ici ).

Pire, il démystifie les  » preuves » du gouvernement américain d’une attaque aux armes chimiques qu’il qualifie de  » propagande » et de  » guerre psychologique ». Il insiste sur le fait que les produits chimiques ont été lancés avec des  » armes artisanales »; Ce qui rejoint les conclusions des renseignements russes qui sont sûrs que le  gaz a été tiré par un missile artisanal à partir d’une base sous contrôle de l’opposition (de nombreux détails compilés ici , faites défiler jusqu’à ‘ «Qaboun rocket launches »).

Manna souligne également le fait que  » les vidéos et les photos étaient sur Internet avant les attaques », l’utilisation antérieure d’armes chimiques par al-Qaïda, et les russes qui » travaillent sérieusement pour les négociations de Genève II », contrairement aux Américains.

Oups. Ce n’est pas exactement ce que les concepteurs de l’opération Tomahawk au fromage attendaient. Si un exilé syrien tire ces conclusions, il va en être de même pour les civils  syriens qui sont sur le point d’être accueillis par les Tomahawks profondément moraux.

Le Pentagone pourrait toujours opter pour le plan B. Un seul Tomahawk coûte au moins 1,5 million de dollars. Multipliez ce chiffre par 384. Ce n’est pas un bon rapport qualité/prix – parce que même s’ils vont tous à l’humanitaire, le gouvernement Bachar al-Assad resterait toujours en place.

Alors, pourquoi ne pas larguer des cargaisons de Ferraris California sexy dessinées par Pininfarina ? Elles se vendent aux alentours de 200.000 dollars. Imaginez la frénésie parmi les forces d’élite d’Assad se battant pour saisir le Gros Lot. Le regard concupiscent de ces derniers ayant été détourné, les « rebelles » pourraient facilement se faufiler partout et prendre Damas. Et peut-être même mettre en scène la parade de victoire sur une flotte de Ferraris photogéniques. Appelons ça une amélioration par rapport à la Libye.

L’Opération Tomahawk au fromage peut encore arriver, même avec le calendrier pressant, même sans passer par l’ONU, même avec une mini-coalition de volontaires, même en se moquant totalement du droit international. La Maison Blanche a clairement fait savoir que la  » paralysie diplomatique  » ne peut pas porter atteinte à sa ‘’crédibilité ».

Quant à ce qui est en train de se passer 10 ans après l’invasion et l’occupation de l’Irak, c’est au gouvernement américain, une partie de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Grande-Bretagne et France) et une partie du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite et les Émirats arabes unis), d’enterrer le précédent, le tant vanté  » dialogue » euro-arabe et le transformer en une sombre cabale  atlanto – islamiste s’évertuant, encore une fois, à réduire en miette une autre république arabe laïque. Du fromage qui pue.

Pepe Escobar

Traduction : Avic

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-04-290813.html

Le nouvel Axe du Mal – Pepe Escobar


Dotz29.10.12-1J’ai fait valoir que ce qui vient de se passer en Egypte est un bain de sang qui n’est pas un bain de sang, mené par une junte militaire responsable d’un coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat, sous couvert d’une «guerre contre le terrorisme » en Egypte. Pourtant, ce gambit novlangue – qui pourrait facilement avoir été écrit à la Maison Blanche – n’est qu’une partie du tableau.

Au milieu d’un épais brouillard de déclarations et de programmes concurrents, un fait surprenant se démarque. Un sondage il y a seulement 10 jours par le Centre égyptien pour les études sur les médias et l’opinion publique avait déjà montré que 69% des égyptiens étaient contre le coup d’Etat militaire du 3 Juillet orchestré par le Pinochet-esque Abdel Fattah al-Sisi.

Ainsi, le bain de sang qui n’est pas un bain de sang ne peut absolument pas être considéré comme légitime – à moins d’une coterie privilégiée des Moubarakistes (la soi-disant fulool), un bouquet d’oligarques corrompus et « l’État profond» contrôlé par l’armée égyptienne.

Le gouvernement des Frères musulmans (FM) dirigé par Mohamed Morsi a peut-être été tout à fait incompétent – en essayant de réécrire la constitution égyptienne, favorisant les fondamentalistes purs et durs, et s’avilissant en courbettes devant le Fonds monétaire international. Mais il ne faut pas oublier le fait que cela a été couplé avec un sabotage permanent, tous azimuts par « l’état profond ».

Il est vrai que l’Egypte était – et reste – au bord de l’effondrement économique, le bain de sang qui n’est pas un bain de sang n’a fait que suivre le changement des signataires des chèques, le Qatar remplacé par l’Arabie Saoudite (et les Emirats arabes unis). Comme Spengler a démontré sur ce site (voir déplace de la guerre civile de l’islam en Egypte , Asia Times Online, 8 Juillet 2013), l’Egypte restera une république bananière sans les bananes et dépendante des étrangers pour tout, même pour manger. Le désastre économique ne va pas disparaître- le ressentiment cosmique des FM, non plus.

Le gagnant, en l’état, est l’axe Maison des Saoud / Israël / Pentagone. Comment ont-ils réussi ?

En cas de doute, appelez Bandar

En théorie, Washington avait gardé le contrôle  (relatif)  à la fois des FM et de l’Armée de Sisi. Ainsi, en surface c’est une situation gagnant-gagnant. Dans l’essentiel, les faucons de Washington sont pro-armée de Sisi, tandis que les «impérialistes libéraux» sont pro-FM; la couverture parfaite, parce que les FM sont islamiques, indigènes, populistes, économiquement libéraux, ils veulent travailler avec le Fonds monétaire international, et n’ont pas menacé Israël.

Les FM n’étaient pas exactement un problème, ni pour Washington ni pour Tel-Aviv, après tout alliés de l’ambitieux Qatar qui était là comme un tampon. La politique étrangère du Qatar, comme chacun sait, se résume à faire le supporter des FM partout.

Aussi Morsi a dû avoir franchi une ligne rouge assez grave. Cela pourrait avoir été son appel aux sunnites Egyptiens à se joindre au jihad contre le gouvernement Bachar al-Assad en Syrie (même si c’est officiellement en phase avec la politique de « Assad doit partir » de Barack Obama). On pourrait dire que c’est sa poussée à installer une sorte de paradis djihadiste du Sinaï jusqu’à Gaza. Le Sinaï, à toutes fins pratiques, est géré par Israël. Alors, ça pointe vers un feu vert pour le coup d’état à la fois du Pentagone et de Tel-Aviv.

Tel-Aviv est totalement à l’aise avec l’Armée de Sisi et les supporters saoudiens de la junte militaire. La seule chose qui compte pour Israël est que l’armée Sisi fera respecter les accords de Camp David. Les FM, d’un autre côté, pourraient entretenir d’autres idées dans un proche avenir.

Pour la Maison des Saoud, en revanche, cela n’a jamais été une situation gagnant-gagnant. Les FM au pouvoir en Egypte étaient un anathème. Dans ce triangle fatidique – Washington, Tel Aviv et Riyad – ce qui reste à établir c’est de savoir qui a été le plus rusé dans ce jeu de dupes.

C’est là que s’intègre l’acte de l’Incroyable Disparition du Qatar. La montée et la (soudaine) disparition du Qatar des projecteurs de la politique étrangère est strictement liée à l’absence de leadership actuel dans le cœur de ce qui s’est auto-défini comme « l’arc d’instabilité» du Pentagone. Le Qatar était, au mieux, un extra dans un blockbuster – compte tenu des dérives de yo-yo de l’administration Obama et que la Russie et la Chine ne font que jouer un jeu d’attente.

Cheikh Hamad al-Thani, l’émir qui a fini par se destituer lui-même, est clairement allé trop loin, non seulement en Syrie mais aussi en Irak ; il ne finançait pas seulement les filiales FM mais aussi les djihadistes purs et durs à travers le désert. Il n’y a pas de preuve concluante parce que personne, ni à Doha ni à Washington ne parle, mais l’émir a certainement été «invité» à se déposer lui-même. Et ce n’est pas par accident si les «rebelles» syriens ont été entièrement pris en charge par la Maison des Saoud, via Bandar Bush, alias le prince Bandar bin Sultan qui a spectaculairement refait surface.

Ainsi, les gagnants une fois de plus étaient les Saoudiens – alors que l’administration Obama calculait que les FM et la nébuleuse al-Qaïda disparaîtraient dans l’oubli en Syrie. Cela reste à voir ; il est possible que l’Egypte à partir de maintenant puisse attirer un grand nombre de djihadistes de Syrie. Encore, ils resteraient dans la région MOAN (Moyen-Orient-Afrique du Nord).

Quant à Sisi, il a été assez intelligent pour saisir le thème «terrorisme» et à titre préventif assimiler les FM avec Al-Qaeda en Egypte, ouvrant ainsi la scène pour le bain de sang qui n’est pas un bain de sang. Dans le fond on peut dire que l’administration Obama a en fait sous-traité la majeure partie de sa politique au Moyen-Orient à la Maison des Saoud.

Choisissez votre axe

Deux jours seulement avant le bain de sang qui n’est pas un bain de sang, le chef d’état-major interarmées, le général Martin Dempsey était en Israël en compagnie du général Benny Gantz, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, discutant des proverbiales « menaces qui pourraient provenir de la région – pour le monde et pour nous – et comment nous pouvons continuer à travailler ensemble pour rendre nos deux pays plus sûrs ». Il est impensable qu’ils n’aient pas discuté de la façon dont ils bénéficieraient de bain de sang qui n’est pas un bain de sang qui se prépare.

Au même moment, le ministre israélien de la Défense Moshe Yaalon annonçait pompeusement un nouvel « axe du mal », l’Iran, la Syrie et le Liban. Cela implique Téhéran, Damas et, de manière significative, Beyrouth dans son ensemble (pas seulement les chiites prédominant dans les banlieues sud). Ya’alon a explicitement dit à Dempsey : il leur est « interdit » de gagner la guerre civile en Syrie.

Considérant que la CIA elle-même a jugé que la guerre civile en Syrie était la « plus grande menace » pour la sécurité nationale américaine dans le cas où des groupes style Al-Qaïda et leurs copies prendraient le relais dans une éventuelle situation post-Assad, et qu’en même temps Washington est extrêmement réticent à arrêter « de piloter les évènement en sous-main », on peut penser qu’Israël pourrait être tenté de préparer une autre invasion du Liban. Le toujours vigilent Sheikh Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a déjà parlé de cette possibilité.

Ensuite, Dempsey est allé en Jordanie – qui abrite déjà près de 1000 soldats américains, des F-16 avec leurs équipages, et un éventail de missiles Patriot. Le discours officiel est que le Pentagone veut aider Amman avec « les techniques de contrôle des frontières », usant de ces acronymes favoris du Pentagone, ISR («intelligence, surveillance et reconnaissance»).

Ce n’est qu’un discours. Dempsey est surtout allé surveiller la progression du récent lot de missiles anti-chars, acheté par – qui d’autre – les Saoudiens et fournis par la CIA, via la Jordanie, pour (en théorie) ceux qui ont été sélectionnés comme « bons rebelles » dans le sud de la Syrie. Ces «rebelles», en passant, ont été formés par les forces spéciales américaines à l’intérieur de la Jordanie. Évidemment, Damas va préparer une Contre-attaque à cette offensive de l’axe américain / saoudien / jordanien.

Choisissez votre mal

Il ne reste pratiquement plus aucune «crédibilité américaine» au Moyen-Orient – à l’exception des entités fantoches comme la Jordanie et les élites sélectionnées dans le golfe féodal, ce royaume «démocratique» de la corruption, des mercenaires et des prolétariats importés traités comme du bétail.

Ca n’aide guère que le secrétaire d’Etat américain John Kerry ait recommandé Robert Ford, l’ancien ambassadeur américain en Syrie, comme le prochain ambassadeur américain en Egypte.

La perception est tout. Tous ceux qui ont une opinion éclairée dans le Moyen-Orient identifient immédiatement Ford comme un sinistre animateur d’escadrons de la mort. Son CV avant la Syrie – où il a légitimé les «rebelles» – est imbattable; acolyte du sinistre John Negroponte dans la promotion de l ‘«option Salvador» en Irak en 2004. « L’Option Salvador » est un code pour les escadrons de la mort parrainés par les Etats-Unis, une tactique appliquée la première fois au Salvador (par Negroponte) dans les années 1980 (provoquant au moins 75.000 morts), mais avec des origines profondes en Amérique latine à la fin des années 1960  et durant les années 1970.

Sisi va continuer à jouer son jeu en fonction de son propre plan directeur – renforcer le mythe de la narration que l’armée égyptienne défend la nation et ses institutions alors qu’elle défend ses immenses privilèges socio-économiques. Oubliez la gouvernance civile. Et oubliez toute possibilité de parti – ou mouvement – politique indépendant en Egypte.

Quant à Washington, FM ou «État profond», et même une guerre civile en Égypte – des arabes tuant des arabes, diviser pour mieux régner ad infinitum – c’est très bien, tant qu’il n’y a pas de menace pour Israël.

Avec Israël peut-être en train de ruminer une autre invasion du Liban ; le « processus de paix » de Kerry comme excuse pour plus de colonies en Palestine; Bandar Bush de retour pour pratiquer ses sombres menées ; Compromettre toute solution possible au dossier nucléaire iranien ; l’Égypte dans la guerre civile; la Syrie et l’Irak aussi en train de saigner à mort, ce qui reste est la prolifération certifiée de toutes sortes d’axes, et toutes sortes de mal.

Pepe Escobar

Traduction Avic

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-04-160813.html

Bradley Manning lynché par le gouvernement américain


manning-lynched-by-us-government.siLe verdict de Manning était prédéterminé, et le procès-spectacle dans un tribunal bidon – un remix américain post-moderne de la Chine dans les années 1960 pendant la Révolution culturelle – vient de nous être offert, signé et scellé.

Le président des États-Unis (POTUS) avait déjà dit qu’il était coupable. Les médias traditionnels américains avaient crié pendant trois ans qu’il était coupable. Maintenant, le gouvernement américain – qui criminalise Manning sur la base de « mauvaises intentions » – vient de montrer que l’enfer est promis à quiconque ose révéler les crimes de guerre américains, qui, par définition, sont non punissables.

Comme s’il y avait besoin de preuves supplémentaires sur le « brillant » avenir qui attend Edward Snowden – juste au tout début de la pathétique lettre du procureur général américain Eric Holder promettant que Snowden ne serait pas torturé s’il était extradé aux États-Unis.

Et, trait d’ironie jeté encore une fois par l’Ange de l’Histoire, Bradley Manning a été déclaré coupable de pas moins de 19 chefs d’accusation par un juge du Pentagone juste à côté de Spy Central, le quartier général du NSA à Fort Meade, dans le Maryland.

Vous êtes au lit avec al-Qaïda

Manning est de l’Oklahoma – tout comme la légende de la musique JJ Cale, décédé il y a quelques jours. C’était sa décision d’avoir sa cause entendue non pas par un panel de jurés militaires – plus proche de l’Inquisition espagnole – mais par un seul juge militaire qui préside, le colonel Denise Lind.

Ce n’était pas tout à fait une bonne idée – puisque Lind s’est vue offrir une carotte pour manier le bâton, sous la forme d’une promotion à la Cour d’appel de l’armée américaine après le procès-spectacle.

Sans surprise, les procureurs du Pentagone ont définis Manning comme un «traître», un hacker et un anarchiste (oui, les hackers et les anarchistes sont des criminels pires que les djihadistes d’Al-Qaïda, après tout, ils sont « nos » alliés en Syrie).

Le procès-spectacle avait une empreinte kafkaïenne tout au long de son déroulement. Le Pentagone a tout d’abord refusé de communiquer des documents judiciaires. Lind avait mis au point une nouvelle pratique de torture par la lecture pendant des heures des déclarations absconses. Ce n’est que sous la menace d’un procès par les médias dans un tribunal civil, que le Pentagone a commencé à sortir avec réticence le curieux document – évidemment expurgé au maximum.

La seule accusation qui s’appliquerait à Manning est la divulgation non autorisée d’informations classifiées. Tout le reste est une farce.

La défense de Manning a fait valoir qu’il était un lanceur d’alerte légitime, il n’avait jamais eu l’intention de provoquer une fuite de renseignements dans le but d’aider l’ennemi. Pourtant, Lind a rejeté une demande des avocats de Manning d’abandonner la charge. Elle argue que Manning, en tant qu’analyste du renseignement de bas niveau, avait appris que la publication d’informations secrètes risquerait de nuire à la sécurité nationale américaine. Le gouvernement américain a été catégorique : Manning savait qu’il aidait Al-Qaïda quand il a publié plus de 700.000 documents à WikiLeaks.

Lind a même modifié les charges, alors que le procès était terminé, pour satisfaire le gouvernement américain. Les médias traditionnels américains étaient trop occupés pour s’en apercevoir, se délectant du scandale de la course à la Mairie de New York.

Le fait que Manning ait été déclaré non coupable d’avoir aidé l’ennemi le laisse encore coupable sur pas moins de 19 chefs d’accusation, y compris « d’avoir été la cause, par malveillance, de la publication sur internet de renseignements appartenant au gouvernement américain » – assez pour éventuellement lui garantir des décennies d’emprisonnement (militaire), jusqu’au 22ème siècle.

Après la sentence, tout dépendra du major-général Jeffrey Buchanan – le nouveau commandant du district militaire de Washington. Il examinera le cas – et, en théorie, a le pouvoir de réduire la peine globale de Manning. Il n’est pas recommandé de retenir son souffle.

L’ennemi, c’est vous

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, est dans le vrai quand il déclare vendredi que si Manning a été reconnu coupable d’avoir aidé l’ennemi ce serait «la fin de la sécurité nationale du journalisme aux États-Unis. »
Pourtant, le gouvernement américain et le Pentagone, dans leur campagne visant à criminaliser le journalisme d’investigation, vont continuer à n’emprisonner aucun journaliste tant à l’intérieur (ce seront plutôt Manning et Snowden) qu’à l’extérieur (comme avec WikiLeaks et le travail de Glenn Greenwald).

La logique circulaire infernale du gouvernement américain veut que la publication des informations sur Internet signifie espionnage. Donc, si l’ennemi va sur Internet, vous êtes en train d’aider l’ennemi. Manning est reconnu non coupable d’avoir aidé l’ennemi mais surtout coupable de tout le reste, tel est le message – traduit en décennies dans une prison militaire.

Le verdict ne change pas non plus le fait que tout est un  «secret» militaire ou de sécurité nationale «profond»  si le complexe militaro-industriel-de surveillance le décide ainsi. Cela s’intègre totalement à la logique de la guerre sans fin du Pentagone – qui est en fait la même que la guerre  mondiale contre le terrorisme (GWOT : Global War on Terror) de 2001-2002, codifiée en 2002 dans la doctrine du Full Spectrum Dominance du Pentagone (dont la NSA couvre surtout la sphère du cyberespace), le tout brillamment rebaptisé par Tom Engelhardt : guerre mondiale contre vous (GWOY : Global War on You).

C’est le Paradis de la Paranoïa : une guerre sans fin avec des ennemis rôdant partout. Le continuum Bush-Obama est la vraie star de ce show ; avec la nouvelle guerre contre le terrorisme qui n’est pas une guerre contre le terrorisme – tout comme le coup d’Etat militaire en Egypte n’est pas un coup d’Etat militaire – le gouvernement Obama a déjà poursuivi plus de lanceurs d’alerte que toutes les autres administrations américaines réunies.

Pendant ce temps, même les ours polaires de l’Arctique savent que Donald Rumsfeld a institutionnalisé la torture en Irak ; que le Pentagone a tué un nombre incalculable de civils dans ce qu’il a  auto-défini comme «arc d’instabilité » ; que le Pentagone n’a jamais reconnu les dommages collatéraux (pour ne pas dire assassinats collatéraux) ; et que l’absolu majorité des prisonniers de Guantanamo sont totalement innocents.

Même si le gouvernement américain et le Pentagone ont jeté Manning dans une variante du ‘’ puits et le pendule’’ d’Edgar Allan Poe, ils ne seraient jamais capables de cacher l’ampleur de leurs crimes de guerre. Assange est confiné dans une ambassade, Snowden dans un aéroport et Manning dans une cellule de prison. Mais ne vous méprenez pas, ce sont les maîtres de l’Univers qui ont peur, très peur. Peur de quiconque a une conscience; peur de vous; peur du monde entier.

Pepe Escobar

Traduction : Avic

Source : http://rt.com/

La guerre contre l’Iran, l’Irak et la Syrie? Pepe Escobar


iran-en-rouge1Au milieu du grondement incessant de la jungle (de Washington) au sujet d’une possible aventure militaire de l’administration d’Obama en Syrie, de nouvelles informations ont émergé. Et quelles informations en provenance du Pipelineistan.

Le tableau : le ministre irakien du Pétrole Abdelkarim al-Luaybi, le ministre du Pétrole syrien Sufian Allaw, et l’actuel ministre iranien du Pétrole par intérim Mohammad Aliabadi se sont réunis dans le port d’Assalouyeh, au sud de l’Iran, pour signer un protocole d’accord pour la construction du gazoduc Iran – Irak – Syrie, pas moins.

À Asia Times Online et aussi ailleurs j’avais affirmé que cet éventuel noyau du Pipelinestan était l’une des raisons fondamentales de la guerre par procuration en Syrie. Contre les intérêts de Washington, pour qui l’intégration de l’Iran est une abomination, le gazoduc court-circuite deux acteurs extérieurs d’une importance cruciale dans l’affaire syrienne – le premier, ‘’l’armeur’’ des rebelles, le  Qatar (en tant que producteur de gaz), et le ‘’soutien logistique’’ des rebelles, la Turquie (qui s’auto-décrit comme le carrefour privilégié de l’énergie entre l’Orient et l’Occident).

Le gazoduc de 10 milliards de dollars US, 6.000 kilomètres, est prévu pour démarrer du champ gazier de South Pars en Iran (le plus grand du monde, partagé avec le Qatar), et traverser l’Irak, la Syrie puis, finalement, le Liban. Ensuite, il pourrait passer sous la Méditerranée vers la Grèce et au-delà; être reliée au gazoduc arabe, ou en parallèle.

Avant la fin du mois d’Août, trois groupes de travail se pencheront sur les aspects complexes techniques, financiers et juridiques. Une fois que la finance sera sécurisée – et c’est loin d’être certain, compte tenu de la guerre par procuration en Syrie – le gazoduc pourrait être en ligne en 2018. Téhéran espère que l’accord final sera signé avant la fin de l’année.

L’hypothèse de travail de Téhéran, c’est qu’il sera en mesure d’exporter 250 millions de mètres cubes de gaz par jour en 2016. Lorsqu’il sera  terminé, le gazoduc sera en mesure de pomper 100 millions de mètres cubes par jour. Pour le moment, l’Irak a besoin jusqu’à 15 millions de mètres cubes par jour. En 2020, la Syrie aura besoin jusqu’à 20 millions de mètres cubes, et le Liban jusqu’à 7 millions de mètres cubes. Cela laisse encore beaucoup de gaz à l’exportation vers les clients européens.

Les européens – qui n’arrêtent pas de râler se disant les otages de Gazprom – devraient se réjouir. Au lieu de cela, une fois de plus ils se tirent une balle dans le pied.

Vous voulez la guerre? Voici la facture

Avant de passer au dernier fiasco européen, nous allons faire un mixage de ce développement du Pipelineistan avec la nouvelle «découverte» du Pentagone – par le directeur adjoint de l’Agence du renseignement de défense (DIA), David Shedd, selon lequel la guerre par procuration en Syrie peut durer  » plusieurs années «  . Si cela se produit, bye-bye le pipeline.

On se demande ce que ces ‘’assistants penseur’’ du Pentagone ont bien pu faire depuis début 2011, considérant qu’ils prédisaient la chute de Bachar al-Assad toutes les deux semaines. Maintenant, ils ont aussi «découvert» que les djihadistes du théâtre syrien appartenant au Jabhat al-Nusra et au moule d’al-Qaïda en Irak (AQI) sont, en fait, en train d’exécutent un (horrible) show. Shedd a admis qu’il y avait « au moins 1.200 » factions / gangs de « rebelles » disparates en Syrie, la plupart d’entre eux n’ayant rien à faire là.

Attestant de l’épouvantable moyenne de QI impliquée dans le débat de politique étrangère à Washington, cette information devrait être triturée pour encore justifier une autre aventure militaire à l’horizon – en particulier après que le président Barack -« Assad doit partir » – Obama ait déclaré qu’il autoriserait l’armement ‘’light’’ des «bons» rebelles uniquement. Comme si les dures lois de la guerre obéissaient à quelque bonne fée des armes quelque part là-haut dans le ciel.

Entre en scène du général Martin Dempsey, Chef d’Etat-Major des Armées. Le même jour où Téhéran, Bagdad et Damas étaient en train de parler sérieusement d’affaires d’énergie, Dempsey écrivait aux sénateurs américains de la clique belliciste des John McCain que l’entrée des États-Unis dans une nouvelle guerre conduirait à des « conséquences imprévisibles ».

Dempsey a écrit que, armer et entrainer les «bons» rebelles (à supposer que la CIA ait une idée de qui ils sont) coûterait « 500 millions de dollars par an au départ», exigerait «plusieurs centaines à plusieurs milliers de soldats» et risque d’armer, par la même occasion, les djihadistes du style Al-Qaïda , plongeant ainsi Washington, selon l’évaluation ‘’Pentagonnienne’’ de Dempsey, dans une « association involontaire avec des crimes de guerre en raison des grosses difficultés».

Dans le cas où l’administration Obama cèderait à l’option favorite des va-t-en-guerre – une zone d’exclusion aérienne – Dempsey a également déclaré que pour des frappes aériennes « limitées », il faudrait « des centaines d’avions, navires, sous-marins et d’autres moyens », pour un coût » de l’ordre du milliards « , et tout cela pour atteindre des résultats bien moindres que la « dégradation significative des capacités du régime et une augmentation des désertions du régime » espérées.

Dempsey au moins a été franc ; contrairement à Kadhafi en Libye, les forces de Bachar al-Assad ne plieront pas à cause d’une zone d’exclusion aérienne. Et ça ne changerait pas grand-chose parce que le gouvernement syrien « repose massivement sur une puissance de feu terrestre – mortiers, artillerie et missiles ». Et même une zone d’exclusion aérienne limitée- ce que l’ancienne star du Département d’État Anne-Marie Slaughter définissait par euphémisme comme un « no-kill zone » – coûterait « plus de 1 milliard de dollars par mois ». Et qui va payer pour tout cela? La Chine?

Même avec Dempsey jouant au flic de  dieu et agitant la voix de la raison – quelque chose d’assez étonnant en soi, mais il a quand même été en Irak, et a vu de ses propres yeux comment on peut se prendre des coups de pied au cul par une bande d’enturbannés armés kalachnikovs d’occasion – les experts des médias américains se délectaient encore du débat interne au sein de l’administration Obama sur la « sagesse » d’une nouvelle guerre.

Regrouper les chers djihadistes

Et alors que le débat sur la «sagesse» était parti pour durer, l’Union européenne a décidé d’agir ; s’inclinant humblement devant la pression des Etats-Unis et d’Israël, l’UE – elle-même sous la pression du Royaume-Uni et des Pays-Bas – inscrivent la branche armée du Hezbollah sur liste noire comme organisation terroriste.

Le prétexte était l’attentat contre un bus transportant des Israéliens en Bulgarie en 2012. Le Hezbollah a dit qu’il n’avait rien à voir avec cela. Les enquêteurs bulgares disent catégoriquement oui d’abord, puis peut-être, et maintenant ils admettent même que la preuve des circonstances est fragile.

Donc, le prétexte est bidon. C’est l’Union européenne – après le méprisable refus de droits de survol de l’avion présidentiel bolivien – jouant une fois de plus le caniche docile, avec les Angliches et les Hollandais, essayent d’affaiblir le Hezbollah juste au moment où ce dernier confortait ses bases à la frontière syrienne / libanaise et avait en fait battu tous ces djihadistes du Jabhat al-Nusra et autres AQI.

Comme une illustration graphique de la totale ignorance de l’UE – certains diraient stupidité – la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la France, en particulier, suivi par les autres, viennent de marquer comme « terroristes » l’organisation qui se bat sur le terrain en Syrie / Liban contre les djihadistes, tandis que le djihadistes eux-mêmes s’en tirent. Plus ignorant / arrogant, tu meurs.

Alors, quelle est la prochaine étape? Il ne serait pas si farfelu que ça d’imaginer l’UE, oubliant totalement le pipeline qui en fin de compte profitera à ses citoyens, émettant – sous la pression américaine – une directive pour marquer l’ensemble Iran-Irak-Syrie comme axe terroriste. Ils feraient ensuite du lobbying pour une zone d’exclusion aérienne qui s’applique à tous, et recruteraient des djihadistes de partout pour la guerre sainte contre l’axe, soutenue par une fatwa émise par le cheikh Yusuf al-Qaradawi. Mais d’abord, ils auraient besoin de l’approbation de Washington. En fait, ils pourraient même obtenir.

Pepe Escobar

Traduction Avic

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-04-230713.html

Rencontrez un insurgé syrien modéré


489785_un-rebelle-syrien-dans-la-ville-septentrionale-d-alep-le-9-decembre-2012Par Pepe Escobar

Salut, mon nom est Mostafa et je serai votre insurgé modéré aujourd’hui. Je m’adresse à vous tous, car nous avons grand besoin de votre aide. Nous aurions pu créer une page Facebook, du style ‘’Nous Avons Besoin d’Armes’’ ou quelque chose comme ça, ou demander à l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme de faire une vidéo YouTube, mais je préfère parler directement à votre cœur.

Notre commandant suprême, le béni général Salim Idriss, a reconnu que nous recevions maintenant beaucoup de nouvelles armes provenant de nombreux pays arabes amis, qui nous ont aidés à « détruire plus de 90 véhicules blindés » du régime syrien. Et Amrika nous a aidés à obtenir les armes, bien sûr. Mais nous avons besoin de plus.

Votre président, M. Obama a dit au Saint roi d’Arabie Saoudite vendredi dernier qu’il s’était engagé à nous fournir un plus grand soutien. Votre secrétaire d’Etat, M. Kerry a déclaré samedi qu’il devrait y avoir un plus grand soutien pour nous « afin d’avoir un impact sur le terrain». Votre CIA a dit qu’ils feront en sorte que nous, les insurgés modérés, obtenions des armes, et non les méchants.

Mais votre Congrès bloque nos armes. Ô gens du Congrès!

Ne soyez pas si mesquins ! Nous avons une telle fraternité des nations ici. Des gens venant de 29 pays différents ! OK, il y a beaucoup de salafistes, certes un peu impétueux. Mais pour nous, ce sont tous des frères. En fait, la plupart d’entre nous sont des insurgés modérés.

Vous n’aimez pas les modérés? Rappelez-vous quand vous cherchiez à parler aux talibans modérés? Maintenant, vous parlez aux talibans modérés! Et les talibans pakistanais, maintenant, sont même en train de nous envoyer leurs hommes pour nous aider! L’autre jour, ils ont déployé le grand drapeau blanc des talibans, quelque part vers la frontière turco-syrienne. Ce fut un moment béni.

Nos frères talibans viennent ici via l’Arabie saoudite. Pourquoi ne faites-vous pas comme l’Arabie ? Ils ne nous ont jamais laissé tomber ; ils se battent toujours contre ces apostats d’iraniens et de chiites. Les talibans aussi, ils savent se battre contre les apostats et les chiites. Donc, nous allons apprendre beaucoup d’eux.

Vous voyez comme c’est dur la vie d’un rebelle modéré? Non seulement nous devons combattre l’odieux dictateur de Damas, nous nous battons aussi contre les apostats chiites et nous avons même à lutter contre les terroristes! O Amrika! Les terroristes sont parmi nous aussi, tout comme ils sont parmi vous.

Je parle de ces terroristes du gang Nusra. Ils ne sont pas bons, pas « clean », comme vous dites en Amrika. Ils ont tué notre frère bien-aimé Kamam Hamami à Lattaquié! Ils ont décapité deux de nos valeureux frères et ont laissé leurs têtes dans une poubelle sur une place de Dana, dans la province d’Idlib, près de la frontière turque. Ils ont violé un garçon local. Ils ne sont pas bons.

Rappelez-vous ce gars qui a mangé le poumon – ou était-ce un rein? – d’un soldat syrien mort? Il était partout sur YouTube? Eh bien, les gens disent qu’il était l’un d’entre nous, et non un djihadiste. C’était un «modéré». OK, je l’avoue, il a peut-être dépassé les bornes, mais qui n’a jamais dépassé les bornes ? Messieurs-dames, sachez qu’il y a une guerre qui se passe ici!

S’il vous plaît, croyez-nous: nous ne sommes pas al-Qaïda, nous sommes les bons gars. Ceux d’Al-Qaïda, ils ne peuvent même pas contrôler qui est un djihadiste d’Irak et qui est un djihadiste de Syrie, ils pensent que c’est deux choses distinctes. Ici, en Syrie il y a tellement des djihadistes de tant d’endroits différents, que nous ne savons même plus pour qui ils travaillent, quel gâchis! Mais cela n’a rien à voir avec nous. Nous sommes les bons gars.

Bon, OK – il est vrai que sur le champ de bataille, nous devons parler à des gens pas si modérés que ça, et nous avons même organisé des opérations ensemble. Après tout, ils sont de meilleurs combattants que nous ne sommes. Certains ont même combattu contre vous, Amrika, dans la province d’Anbar en Irak! Et maintenant, ils sont vos amis! Mais de toute façon, si seulement nous pouvions avoir plus d’armes … Nous les virerions tout de suite d’ici ! Les renverrions au-delà de là où ils sont venus.

Nous vous le promettons, nous ferons absolument tout ce que vous nous demanderez. Nous vous promettons que chaque bataille sera documentée pour vos spécialistes – photos, YouTube, tout, nous vous ferons parvenir un dossier complet à cette salle des opérations qui se trouve en Jordanie. Ainsi, vous verrez que nous sommes vraiment, vraiment modérés. Vous pouvez même faire en sorte que votre NSA nous espionne pour vous assurer que nous sommes vraiment « clean ».

OK, tous nos glorieux bataillons célèbrent les féroces et historiques guerriers arabes sunnites. Mais après tout, ils sont nos héros. Ne célébrez-vous pas vos héros de guerre en Amrika – comme votre président Eisenhower? Donc, oui, nous sommes modérés, comme votre Eisenhower. Nous voulons juste gagner. Qui ne veut pas gagner? Vous n’aimez pas les armes à feu? N’avez-vous pas tous des armes à la maison? Nous aussi nous avons besoin d’armes – pour nous défendre. Alors, s’il vous plaît donnez, généreusement. Nous promettons que nous n’utiliserons jamais ces armes contre vous.

Je vous remercie de votre attention. Je reste votre humble serviteur, Mostafa.

Pepe Escobar

Traduction : Avic

Source : http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-01-160713.html

Erdogan menacé de « Dégage », par Pepe Escobar


le-premier-ministre-turc-recep-tayyip-erdogan-s-exprime-le-3_1144660Est ce que c’est le Printemps Turc ?

Non, enfin pas encore? Est ce que le premier ministre turc Recep Erdogan est le nouveau Moubarak ? Non, enfin pas encore.

 L’Histoire nous met constamment en garde qu’il suffit juste d’une petite étincelle pour allumer un grand feu politique. L’étincelle récente à Istanbul a été fournie par un petit groupe de trés jeunes environnementalistes organisant un sit in pacifique, type Occupons, dans le parc Taksim pour protester contre la destruction prévue de l’un des espaces verts publics restants dans le centre de la ville, Gezi Parc.

La destruction de Gezi parc est la suite d’un racket mondial du néolibéralisme qui a fait ses preuves; Il sera remplacé par un simulacre – dans ce cas une réplique des Barraques de l’Artillerie Ottomane – hébergeant, quoi d’autre, encore un autre centre commercial. C’est essentiel de noter que le maire d’Istanbul, appartenant également au parti au pouvoir, le Parti Justice et Développement ( AKP) est propriétaire d’une chaîne de magasins de vente au détail qui fera du centre un tueur. Et l’homme qui détient le contrat pour ce « redéveloppement » n’est autre que le gendre d’Erdogan.

Comme prévu la répression de la police contre les manifestants auquels se sont joints des hauts responsables du principal parti d’opposition en Turquie, le Parti Républicain du Peuple (CHP) a été violente. Et rapidement le motif environnemental s’est transformé en un  » A bas le dictateur » style Tahrir.

Dés Samedi le parc Taksim était bondé de dizaines de milliers de personnes; une multitude avait traversé le pont du Bosphore venant du côté asiatique d’Istanbul, frappant sur des casseroles et des poêles style Argentine 2002 cacerolazo, violant ouvertement la loi interdisant aux piétons de traverser le pont. La police s’est empressée d’intensifier les moyens de répression passant aux canons à eau, à l’aspersion de poivre et aux gaz lacrymogènes.

Le comportement des médias turcs pour la plupart lâches a été comme prévu stupéfiant – peut être pas surprenant quand on sait qu’il y a 76 journalistes en prison accusés de soutenir  » le terrorisme » et d’autres « crimes » non spécifiés. Cela peut aussi être interprété comme le reflet de l’influence sur un allié précieux des US et de l’OTAN – du type :  » OK écrasez quelques cranes mais ne tuer personne ».

La presse écrite au moins a quelque peu fait amende honorable. Hurriyet- qui avait l’habitude d’exercer ses facultés critiques – a retrouvé une certaine dignité avec des titres tels :  » Erdogan n’est plus le tout puissant ». Zaman – qui fait partie du réseau du mouvement islamiste modéré Gulen – s’est montré inquiet face au pouvoir illimité D’Erdogan et de l’AKP, publiant des éditoriaux condamnant sa conduite « excessive » et soutenant les manifestants.

Pendant ce temps aux US et dans l’UE Ankara n’a pas vraiment été condamnée – juste l’habituel insipide « préoccupé ». La Turquie après tout est l’image CNN du pays fétiche ; il est complètement  » au diapason » avec son image de marque d’une autocratie néoliberale à succés ( tout comme les petro monarchies du Conseil de Coopération du Golfe). Etre violemment condamnés et menacés de frappes sont les privilèges de l’Iran et de la Syrie.

Qu’on l’amène au pont

Comment se peut-il que tout ait commencer avec le « redéveloppement » du parc Gezi. En fait cela est juste un petit détail d’un plan gigantesque- une petite tranche de mega projets de l’AKP dans tout Istanbul qui exclut totalement l’avis de la société civile.

La Turquie est peut être devenue la 17ème plus importante économie mondiale mais sa croissance n’est que de 3% par an en 2013 ( même si cela est bien mieux que l’Europe). L’AKP a certainement noté que le miracle économique turc repose sur des pieds d’argile basé sur des produits à basse valeur ajoutée trés dépendants des marchés – dans l’agriculture, la petite industrie et le tourisme.

Arrive le projet de troisième pont sur le Bosphore – faisant partie d’une nouvelle autoroute de 260 Km reliant Thrace à l’Anatolie de 2.6 milliards de $ us, contournant la métropole d’Istanbul et l’un des carrefours clés de l’UE pour le corridor de transport Europe Caucase Asie (TRACECA).

Lors des élections de 2011 Erdogan a démarré sa campagne en se vantant d’un « projet fou » un canal de 50 Km de la Mer de Marmara à la Mer Noire devant être achevé en 2023 – centenaire de la République turque – pour un coût de 20 milliards de $ us. L’objectif est non seulement de décongestionner le Bosphore mais aussi de construire un troisième pont et un troisième port pour déplacer l’axe d’Istanbul vers le Nord de la ville pas encore développé. Cela inclurait deux nouvelles villes de même qu’un troisième aéroport.

L’AKP a décrit cette politique ambitieuse comme une « transformation urbaine ». Le prétexte c’est le risque d’un important tremblement de terre – tel celui de 1999. Pour ce qui apparaît comme une importante affaire juteuse de spéculation foncière, Erdogan et l’AKP s’appuient sur deux agences gouvernementales. TOKI et KIPTAS qui ont fixé des prix bien trop élevés pour le turc moyen. La cible principale ce sont les classes moyennes supérieures qui votent AKP.

L’AKP est complètement obsédé par le contrôle d’Istanbul – qui représente 85 sièges sur les 550 au Parlement ( Ankara la capitale n’en bénéficie que de 31). Erdogan et sa clique ont été depuis 1994 à l’avant garde du Grand Istanbul comme membres à l’époque du parti Refah. Erdogan a commencé sa conquête de la Turquie à partir de l’ancienne capitale ottomane.

Les mega projets sponsorisés par l’AKP ont été conçus comme l’ultime plateforme pour faire émerger la Turquie dans l’aire post mondialisation tirant un maximum du cliché de « pont entre des civilisations ». Après tout 50% des exportations turques proviennent d’Istanbul. De ce marketing politico urbain de ces mega projets dépend la crédibilité mondiale de la Turquie au sein des suspects habituels les « investisseurs internationaux ». Cela n’a rien à voir avec la cohésion sociale ou le respect de l’environnement. C’est juste d’affirmer que le mouvement du parc Taksim a complètement saisi les implications de cette logique de développement autoritaire et cupide.

Il y a t-il des Amis de la Turquie ?

Erdogan a peut être admis en grommelant que les forces de police avaient suréagi. En fait il ne peut rien faire d’autre que d’accuser les manifestants qualifiés de « pilleurs » d’être « liés au terrorisme » et d’avoir des « liens glauques » ; leur seul but serait de faire perdre les élections parlementaires de 2015 à l’AKP. Erdogan s’est vanté de pouvoir faire descendre dans les rues 1 million de supporters de l’AKP pour chaque 100 000 manifestants actuels. Et bien 5000 d’entre eux sont déjà parvenus à caillasser son bureau à Besiktas.

Les manifestations se sont déjà étendues à Izmir, Eskisehir, Mugla, Yalova, Bolu, Adana et même dans les fiefs de l’AKP tel Ankara, Kayqseri et Konya. Ils sont des dizaines de milliers. Chaque nuit à Ankara et Istanbul ( même dans les zones résidentielles endormies) on peut entendre les klaxons de voitures et les habitants tapant sur leurs casseroles et leurs poêles de leurs balcons , cela pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers de personnes.

A l’évidence le mouvement du parc Taksim/Occupé Gezi/ A Bas le dictateur s’étend rapidement au secteur laîc de la Turquie complètement opposé à l’AKP et au mélange trés personnalisé de néolibéralisme dur et conservatisme religieux d’Erdogan.

Les turcs laïcs voient clairement comment Erdogan essaie de profiter un maximum d’un « processus de paix » fumeux avec les Kurdes du PKK afin de pouvoir récolter un maximum de votes pour un référendum constitutionnel. Le référendum détruirait le système parlementaire et installerait un système présidentiel – à portée de main d’Erdogan dont le mandat de premier ministre se termine en 2015 et qui meurt d’envie de rester en politique comme président.

Erdogan bénéficie peut être d’une solide majorité en Anatolie conservatrice. Mais il se peut qu’il joue aussi avec le feu. C’est un homme qui il y a plus de 2 ans criait : »Moubarak doit écouter son peuple » – et de même Assad en Syrie. Actuellement la majorité des Turcs rejette totalement le « soutien logistique » d’Ankara aux gangs syriens de « rebelles ».

Cerise ironique sur le gâteau c’est Damas qui maintenant met joyeusement en garde Erdogan de réduire la répression violente, écouter « son peuple » ou démissionner.

Et la suite ?

Erdogan installe une zone d’exclusion aérienne au dessus d’Istanbul ( ou l’OTAN installe une zone d’exclusion aérienne au dessus d’Erdogan) ?

Les « rebelles » kurdes reçoivent une aide directe de Damas, de Teheran et du Hezbollah ?

Damas appelle à une réunion internationale des « Amis de la Turquie » ?

Pepe Escobar 03/06/2013 Asia Times Online

Article en anglais

Traduction Mireille Delamarre

Les menteurs professionnels s’en prennent à Téhéran


Pepe Escobar (Asia Times)

obama-israel-400x266Oncle Marx n’avait jamais pensé à cela : l’Histoire se répète comme seconde tragédie après d’abord avoir été une farce. Examinons un cas d’espèce.

Obama et Netanyahu : criminels et menteurs…

Tout d’abord, jetez un coup d’œil rapide sur cet article du Wall Street Journal daté de septembre 2002, au moment de la course hystérique pour envahir l’Irak.

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