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Nouvelle obsession, Nouvel ennemi : la Chine – John Pilger


chinaustension1Les pays sont des « pièces d’un échiquier sur lequel se joue un grand jeu pour la domination du monde», écrivait Lord Curzon, vice-roi des Indes, en 1898, rien n’a changé. Le massacre du centre commercial de Nairobi était une façade derrière laquelle une sanglante invasion en bonne et due forme de l’Afrique et une guerre en Asie sont le grand enjeu.

Les tueurs du centre commercial du groupe Al-Shabaab sont venus de Somalie. Si un pays est une métaphore impériale, c’est la Somalie. Partageant une langue et une religion commune, les Somaliens ont été divisés entre les Britanniques, les Français, les Italiens et les Ethiopiens. Des dizaines de milliers de personnes ont été ballotées d’un pouvoir à l’autre. «Quand on les fait se haïr les uns les autres», écrit un fonctionnaire colonial britannique, la «bonne gouvernance est assurée. »

Aujourd’hui, la Somalie est un parc à thème de divisions artificielles, brutales, appauvrie durablement par la Banque mondiale et le programme « d’ajustement structurel » du FMI, saturée d’armes modernes, notamment l’arme personnelle favorite du président Obama, le drone. Le seul gouvernement somalien stable, les tribunaux islamiques, a été « bien accueilli par les gens dans les zones sous son contrôle », a rapporté le service de recherche du Congrès américain, «[mais] a reçu une couverture médiatique négative, en particulier en Occident. » Obama l’a écrasé; et en Janvier, Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, a présenté son homme au monde. « La Somalie reste reconnaissant de l’appui indéfectible du gouvernement des Etats-Unis, » avait déclaré avec effusion le président Hassan Mohamud, «merci, l’Amérique. »

Depuis que l’OTAN a réduit la Libye moderne à un état ​​de Hobbes en 2011, les derniers obstacles vers l’Afrique sont tombés. « Les conflits pour l’énergie, les minéraux et les terres fertiles sont susceptibles de se produire avec une intensité croissante», rapportent les planificateurs du ministère de la Défense. Ils prédisent « un nombre élevé de victimes civiles », donc que « la perception de légitimité morale sera importante pour aboutir à un succès ». Sensible au problème de relations publiques relatif à l’invasion d’un continent, le mammouth de l’armement, BAE Systems, avec Barclay Capital et BP, conseillent au «gouvernement de définir sa mission internationale comme une gestion des risques au nom des citoyens britanniques». Le cynisme est mortel. Les gouvernements britanniques ont eu, à plusieurs reprises, des mises en garde, notamment de la part de la Commission parlementaire de renseignement  et de Sécurité, que les aventures à l’étranger attireraient des représailles chez nous.

Avec un intérêt des médias réduit au minimum, le Commandement africain américain (Africom) a déployé des troupes dans 35 pays africains, établissant un réseau familier de larbins autoritaires avides de pots de vin et d’armements. Dans les jeux de guerre, la doctrine « de soldat à soldat » s’applique à tous les officiers américains à tous les niveaux de commandement, du général au grade de sous-lieutenant. Les britanniques ont fait de même en Inde. C’est comme si la fière histoire de libération de  l’Afrique, de Patrice Lumumba à Nelson Mandela, était reléguée aux oubliettes par une nouvelle élite coloniale de nouveaux maîtres noirs dont la « mission historique », avait averti Frantz Fanon il y a un demi-siècle, est l’assujettissement de leur propre peuple dans la cause d’un « capitalisme sauvage bien camouflé ». La référence est aussi valable pour le Fils de l’Afrique de la Maison Blanche.

Pour Obama, il y a une cause plus urgente – la Chine. L’Afrique est la réussite de la Chine. Là où les américains apportent des drones, les chinois construisent des routes, des ponts et des barrages. Ce que les Chinois veulent ce sont les ressources, notamment les énergies fossiles. Le bombardement de la Libye par l’OTAN a chassé 30.000 travailleurs de l’industrie pétrolière chinoise. Plus que le djihadisme ou l’Iran, la Chine est désormais l’obsession de Washington en Afrique et au-delà. C’est la «politique» connue sous le nom de «pivot vers l’Asie », dont la menace pour une guerre mondiale est aussi grande que jamais dans l’ère moderne.

La réunion de cette semaine à Tokyo du secrétaire d’Etat américain John Kerry et du secrétaire à la Défense Chuck Hagel avec leurs homologues japonais a accéléré la perspective d’une guerre avec le nouveau rival impérial. Soixante pour cent des forces américaines et navales doivent être basées en Asie en 2020, visant la Chine. Le Japon se réarme rapidement avec le gouvernement de droite du Premier ministre Shinzo Abe, qui est arrivé au pouvoir en Décembre avec un engagement à construire une « nouvelle et forte armée» et à contourner la « constitution de paix ». Un système de missiles antibalistiques nippo-américain près de Kyoto vise la Chine. En utilisant des drones à long rayon d’action, les  Global Hawk, les Etats-Unis ont fortement augmenté leurs provocations dans l’Est de la Chine et la mer de Chine méridionale, où le Japon et la Chine se disputent la propriété des îles Senkaku / Diaoyu. Des appareils avancés à décollage vertical sont maintenant déployés au Japon; leur but est la blitzkrieg.

Sur l’île du Pacifique de Guam, à partir de laquelle les B-52s attaquaient le Vietnam, le plus grand déploiement militaire depuis les guerres d’Indochine regroupe 9.000 Marines américains. En Australie, cette semaine, une prise d’armes militaire qui a diverti les habitants de Sydney, correspond à une campagne de propagande du gouvernement pour justifier un accroissement sans précédent du potentiel militaire américain de Perth à Darwin, visant à la Chine. La grande base américaine de Pine Gap près d’Alice Springs est, comme Edward Snowden l’a divulgué, une plaque tournante de l’espionnage américain dans la région et au-delà ; c’est aussi un élément essentiel pour les assassinats par drone d’Obama à travers le monde.

Un ancien secrétaire d’Etat adjoint américain, McGeorge Bundy, avait dit un jour : «Nous devons informer les Britanniques pour les garder de notre côté. Vous en Australie,  êtes avec nous, quoi qu’il arrive ». Les forces australiennes ont longtemps joué un rôle de mercenaire pour Washington. Cependant, il y a un problème. La Chine est le plus grand partenaire commercial de l’Australie et en grande partie responsable de sa sortie de la récession de 2008. Sans la Chine, il n’y aurait pas de boom pour les mines du pays ; pas de retour minier hebdomadaire de près d’un milliard de dollars.

Les dangers que cela représente sont rarement débattus publiquement en Australie, où le patron du premier ministre Tony Abbott, Rupert Murdoch, contrôle 70 pour cent de la presse. Occasionnellement, l’anxiété s’exprime sur le «choix» des USA sur ce que  l’Australie aura à faire. Un rapport de l’Institut australien de politique stratégique avertit que tout plan américain pour attaquer la Chine impliquerait « l’aveuglement » du système de surveillance chinois, de renseignement et de commandement. Cela « augmentera, par conséquent, les chances de préemption du nucléaire Chinois… et une série d’erreurs de calcul des deux côtés si Pékin perçoit les attaques conventionnelles sur son sol comme une tentative de désarmer sa capacité nucléaire ».

Dans son discours à la nation le mois dernier, Obama a dit: «Ce qui rend l’Amérique différente, ce qui nous rend exceptionnel, c’est que nous sommes déterminés à agir. »

The Guardian

John Pilger

Traduction : Avic

http://www.informationclearinghouse.info/article36488.htm

Chine : Nous ne faisons pas de « shutdowns » – par Pepe Escobar


Susilo Bambang Yudhoyono,  Xi JinpingLe dernier superpuissant et spectaculaire dysfonctionnement, c’est-à-dire le « shutdown » (paralysie de l’administration américaine), a forcé le président Barack Obama à annuler complètement son voyage en Asie. D’abord la Maison Blanche a annoncé qu’Obama laissait tomber la Malaisie et les Philippines – supposées stars du « pivot vers l’Asie ». Puis il a été finalement confirmé qu’il va laisser tomber aussi le sommet de l’Asia-Pacific Economic Co-operation (APEC) de Bali mardi et l’ASEAN (L’association de Nations asiatiques du Sud-est) et le sommet de l’Asie de l’Est jeudi prochain à Brunei.

Cela laisse au président chinois Xi Jinping d’être, sans rival, sous les feux de la rampe. Comme si une quelconque « aide » supplémentaire était nécessaire et comme si Xi n’avait pas déjà le vent en poupe.

Ce Jeudi, Xi est devenu le premier chef d’état étranger à s’adresser au parlement indonésien à Jakarta. Il a souligné que Pékin voulait promouvoir par tous les moyens le commerce avec l’ASEAN pour atteindre environ 1 trillion de dollars d’ici 2020 – et mettre en place une banque d’infrastructure régionale.

Son message, tient en peu de mots : La Chine et « certains pays du Sud-est asiatique » doivent résoudre « pacifiquement « leurs différents sur leur souveraineté territoriale et les droits maritimes – comme nous discuterons de la situation chaotique en Mer de Chine du sud (il n’y a fait aucune référence directe dans son discours) mais cela ne doit pas interférer avec nos affaires sérieuses en matière de commerce et d’investissement. Qui est l’ASEAN qui dira non ?

Et ensuite, après avoir éclipsé Obama en Indonésie (des encyclopédies pourraient être écrites là-dessus) et la signature de plus de 30 milliards de dollars de contrats (surtout dans l’exploitation minière), Xi est parti pour la Malaisie.

Comparez le triomphe indonésien de Xi –avec sa séduisante femme, Peng Liyuan portant le batik – à une récente visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe, dont l’objectif n’était, ni plus ni moins, de persuader les Indonésiens d’encercler la Chine. Avec une politesse méticuleuse comme d’habitude, les Indonésiens ont éconduit Abe. La Chine est le plus grand partenaire commercial de l’Indonésie après le Japon et va à coup sûr bientôt dépasser Tokyo.

Pékin a déjà accepté de négocier un Code de conduite juridique rattachant la Mer de Chine Sud à l’ASEAN. Un groupe de travail s’est rencontré le mois dernier à Suzhou. Quatre des 10 membres de l’ASEAN (mais pas l’Indonésie) sont impliqués dans le conflit de la Mer de Chine du sud – qui, comme on pouvait s’y attendre, tourne autour des réserves de pétrole et de gaz inexplorées. Les Philippines continueront à accuser Pékin, comme le mois dernier, de violer le – pour le moment informel – Code de conduite. L’Indonésie s’est proposée comme médiateur. Ce ne sera pas facile, mais force est de constater que la Chine et l’ASEAN se parlent déjà.

Pivoter avec moi-même

C’est un peu le nœud du problème quand vous annoncez, en grande pompe au Pentagone, et partout, un « virage vers l’Asie » pour renforcer le rôle de « l’Asie-Pacifique pour la prospérité et la sécurité des Etats-Unis » et que vous n’êtes même pas capable de vous y ‘’pivoter’’ en personne  pour quelques jours pour gérer tout ça. En fait il n’y a pas de virage – au moins pour le moment. L’administration Obama a été concentrée non seulement sur deux dossiers extrêmement complexes – la Syrie et l’Iran – mais a aussi essayé de contenir la démence du Premier ministre Benjamin Netanyahu en Israël, et la Maison de Saoud, de plus en plus épouvantable et paranoïde.

Pourquoi aurait-il été en Asie ? Bien, aux Philippines il aurait essayé de décrocher un contrat pour une « plus grande flexibilité » pour que le Pentagone puisse utiliser les bases militaires. Dire que c’est « un sujet de controverse », est un énorme euphémisme.

Et en Malaisie, Obama aurait mis encore plus de pression sur le déjà décrié Partenariat Trans-Pacifique (TPP : Trans-Pacific Partnership ) – avant tout, une sorte de racket qui est en fait une bonne affaire pour les multinationales américaines, mais pas exactement pour les intérêts asiatiques. Le TPP est la réponse américaine à l’offensive de la Chine déjà massive partout dans l’Asie.

L’ancien Premier ministre malaisien, Mahathir Mohammad a vu le TPP – qui exclut la Chine – pour ce qu’il est et il n’a absolument pas été convaincu que le TPP permettra un accès plus facile pour la Malaisie au marché américain.

Donc en fin de compte, Xi a eu tout le loisir de se préparer encore un autre triomphe en Asie du Sud-est. Pékin peut offrir à Kuala Lumpur une source d’investissement sans les interférences agaçantes du style TPP sur comment le pays dirige ses entreprises étatiques ou comment il gère les contrats gouvernementaux. Et en plus de cela, Xi a marqué un point personnel en essayant de mettre la Malaisie de son côté dans les négociations du Code de conduite pour la Mer de Chine Sud.

Xi sera évidemment la star du sommet de l’APEC à Bali. Ensuite le Premier ministre Li Keqiang mène la délégation chinoise au Sommet de l’Asie de l’Est à Brunei et pousse son voyage d’affaires plus loin en Thaïlande et au Viêt Nam.

Maintenant comparez cette offensive chinoise, implacable comme une Lamborghini Aventador en train d’accélérer, avec la perception non dite mais palpable, à travers toute l’Asie du Sud-est, d’une Chevrolet grinçante que représente le « virage » américain. On peut, peut être parier que le milieu des Think-tank américains râlera une fois encore sur la perte de fiabilité américaine ou, mieux encore, « de crédibilité » – puisqu’ils défendent l’avenir du virage, en le justifiant non seulement comme une décision stratégique des Etats-Unis, mais au nom des intérêts du Sud-est asiatiques.

C’est absurde. La pom-pom girl en chef du virage US est le Japon – et le Japon est largement considéré, dans différentes nuances de gris à travers toute l’Asie du Sud-est, comme une marionnette américaine. Ce qui est certain c’est que le non-show d’Obama ne fait que renforcer la perception prédominante que la politique étrangère américaine actuelle est un désordre total. Et que pendant que les Etats-Unis sont en situation de « paralysie administrative », la Chine fait des affaires.

Pepe Escobar

Traduction Avic

http://www.atimes.com/atimes/China/CHIN-02-041013.html

Comment comprendre les changements géopolitiques profonds au niveau mondial


On parle sans cesse du déclenchement imminent de la 3e guerre mondiale, qui pourrait surgir des foyers latents au Moyen-Orient et en Extrême-Orient. Personne n’a expliqué qui les a créés, au profit de qui, et surtout comment ils sont apparus? Une courte introduction à la géopolitique est nécessaire pour comprendre les causes des changements dans l’évolution humaine que nous avons mentionnés dans un dernier article: Lire la suite Comment comprendre les changements géopolitiques profonds au niveau mondial

Les navires de guerre chinois au large de Long Island


le-porte-ac3a9ronefs-chinois-liaoningPar Norman POLLACK

Flash! Président Xi, de Chine, dans une déclaration faite dans Foreign Affairs, a annoncé sa stratégie Atlantique attendue depuis longtemps, dans laquelle un groupe de combat de gros porte-avions sillonneront les eaux de Portsmouth à Charleston, prévue pour débuter dès la signature d’un traité de sécurité mutuelle avec les Bermudes, où les porte-avions sont actuellement à quai, avec des bombardiers à long rayon d’action dotés de capacités nucléaires. Ce «pivot», qui a nécessité des moyens militaires importants et des initiatives diplomatiques (y compris l’offre de manœuvres conjointes), présente un nouveau cadre de pénétration régional et de concept géopolitique, et est le résultat de réunions ultrasecrètes des conseillers de sécurité nationale de Xi avec la crème des experts du renseignement issus des services de renseignement,  le NSA et la CIA chinois, organismes qui ont reçu carte blanche par le président pour agir dans le cadre de sa doctrine de guerre permanente. Certains experts de la défense chinois sont sceptiques en ce sens qu’ils préfèreraient une confrontation plus directe plutôt que le résultat d’une politique de confinement largement interprétable, point de vue avec  lequel le président lui-même se trouve en accord. Mais toutes les parties de l’establishment civilo-militaire sont d’accord pour dire qu’une posture de guerre est bonne, et peut-être nécessaire, tant pour assurer la conformité interne que de fournir un stimulus économique pour éviter la stagnation et conjurer la récession. Xi a beaucoup de chances  d’avoir un organe parlementaire complaisant avec lequel travailler, patriotique et réactionnaire dans l’âme, entièrement soumis aux politiques d’intervention, d’assassinats ciblés, d’espionnage domestique, laxiste quant à la non-existence de protocole réglementaire pour favoriser les monopoles, surtout, peut-être, une capacité –encore un  peu rudimentaire – d’avoir une vision de la contre-révolution universelle à géométrie variable, en commençant déjà par mettre les Etats-Unis au pas, c’est-à dire leur faire  accepter le leadership et l’orientation de la Chine dans les affaires mondiales.

Cela vous semble familier? J’ai simplement pris la stratégie d’Obama  pour le Pacifique et inversé l’imagerie pour suggérer, plutôt, ce que les Etats-Unis ont fait à l’égard de la Chine, vis-à-vis de laquelle une attitude conflictuelle aux niveaux  militaire, diplomatique, économique et idéologique, tout en un, a été adoptée par les Etats-Unis pour la contenir, l’isoler, et, dans la mesure où elle est considérée comme une formation étatiste, la libérer, de sorte qu’elle sera libre de profiter des fruits du capitalisme à l’américaine, ce qui se traduira, en terme grandiose, par l’expression « l’interventionnisme humanitaire libéral ». La spécialité d’Obama, qui combine les politiques de  « guerre juste » de Brennan, la rhétorique de Rhodes, la nouvelle vitrine interventionniste avec les nominations de Rice et de Power, l’élargissement de la mission et de la juridiction de la CIA, c’est, sans vergogne, la domination mondiale, comme par droit divin, ou à tout le moins, la preuve auto-confirmée de l’Exceptionnalisme Américain, couplé avec une cuillerée d’armement nucléaire modernisé et l’utilisation des forces paramilitaires (JSOC : Joint Special Operations Command) à l’appui du système.

La domination mondiale n’est pas nécessairement de type hitlérien, difficilement concevable pour le lauréat du Prix du Nobel de la paix, même si des choses étranges se sont produites. Malgré tous les efforts pour comprendre la psychologie d’Obama, il a à ce jour, et de façon experte, réussi à se dérober à l’analyse. Mais nous avons un dossier, non pas, comme ses partisans espèrent, un faisceau de contradictions que l’on peut facilement passer à la trappe (par exemple, l’obstructionnisme républicain), mais une direction unitaire: pro-intervention, pro-riches, anti-environnement, anti-régulation, et, si son dossier sur l’allégement de l’hypothèque, la création d’emplois, et, en général, le réseau de sécurité sociale est une indication, on peut rajouter anti-pauvres, anti-ouvriers, tous confondus, un élitisme assez méprisable imprégné de valeurs militaro-autoritaires de la hiérarchie sociale et économique et un fondamentalisme de marché puriste qui reflète l’accumulation sans entrave des richesse. Ce noble ensemble de vertus doit être défendu à tout prix, non seulement contre la Chine, mais aussi contre les citoyens américains à l’intérieur, et pour Obama, la meilleure défense, après la puissance militaire, est le secret du gouvernement. Pas de domination à la Hitler, donc, mais une auto-pacification intérieure. Comment? Une technique consiste à créer les conditions pour que le corps politique suspecte tout ce qui est radical (pas nécessairement le collectivisme marxiste, mais tout simplement, la remise en cause de l’autorité, que ce soit sur la politique de guerre ou les passe-droit des compagnies pétrolières, et la liste est longue…).

De plus en plus, le gouvernement Obama fait l’amalgame entre radicalisme et terrorisme. Son atout est d’insuffler aux américains une psychologie de guerre qui permet non seulement la «guerre contre le terrorisme», mais aussi sa stratégie pour le Pacifique et une plus grande présence militaire dans la région. La Chine est terriblement importante pour les objectifs de l’Amérique. Comme au temps de Dulles dans toute sa splendeur, Obama fait un retour en arrière, la Chine étant le défi suprême pour une Amérique éprise de liberté, une référence indirecte au terrorisme conçu comme étant générique et toujours latent. Il ne peut en être autrement, car sinon comment préparer les américains à une politique de ligne dure qui pourrait aboutir à un conflit? En gardant à l’esprit que l’on a une raison pour lier la politique chinoise des Etats-Unis avec la généralisation de la surveillance, et en corollaire, une large pratique de classement à outrance des documents gouvernementaux ; dans les deux cas, un fléchissement impérial de sa politique musclée servira à notifier partout à cors et à cris que les États-Unis ont une place permanente au sommet de la pyramide des puissances mondiales. Dans un sens, à l’intérieur des Etats-Unis, ces manœuvres  psychologiques et idéologiques ne sont pas nécessaires, parce que peu d’Américains critiquent l’hégémonie et les entreprises de leur gouvernement dans le monde. Mais pourquoi prendre des risques? Ainsi, la surveillance est très en vogue, moins pour empêcher une résurgence des mouvements radicaux, que pour favoriser l’internalisation de la conformité (c’est à dire, la discipline sociale).

Les récentes réunions Xi-Obama à Sunnylands était une pièce de théâtre social, une rencontre pro forma qui, en particulier sur la question de la cyberguerre, ne pouvait pas aboutir à des accords alors que, ce jour-là, devait être révélée la cyberguerre d’Obama contre son propre peuple. Nous savons maintenant, si nous ne le savions déjà, qu’il n’a pas facilement honte. Les assassinats ciblés? Rien. Les Budgets de mammouth  pour la défense. Idem. Guantanamo? Que dalle. Disparités extrêmes de richesse et de pouvoir en Amérique? Pas un mot. Mais quand il faut aborder la question de l’affirmation de la Chine dans les affaires internationales, alors que les États-Unis reposent sur un système mondial de bases militaires, restent engagés dans des interventions militaires, ont leur flotte au large des côtes  chinoises ou dans les environs, cela exige beaucoup de cynisme, totalement transparent pour les chinois, qui ne peuvent qu’admirer sa chutzpah. Les États-Unis vont persister dans leur exigence pour la prééminence mondiale, mais la structure du monde est en train de se métamorphoser en un système multipolaire, une décentralisation de la puissance, dans lequel la Chine est une menace à l’hégémonie américaine, mais on peut vivre avec, et qui apparaît être du goût de la Chine, parce que, en l’absence de la suprématie unilatérale américaine régissant le commerce international et l’investissement, la Chine est capable, comme actuellement en Afrique et en Amérique latine, de chercher son propre bien-être – tout comme la Russie, le Japon, l’Union européenne, le Brésil et les pays du Tiers-Monde qui entreprennent leur propre modernisation et industrialisation. L’Amérique dit « NON! » à la marche irrésistible de l’Histoire, et, malgré le militarisme, ou peut-être à cause de cela, est en danger d’être laissée pour compte. Plus d’interventions, plus de surveillance, en fin de compte, plus de « retour du bâton », dans lequel les voix des dépossédés et des victimes seront entendues.

Norman Pollack est l’auteur de The Populist Response to Industrial America” (Harvard) and “The Just Polity” (Illinois), Guggenheim Fellow, et professeur émérite d’histoire, Michigan State University.

Traduction : Avic

Source : http://www.counterpunch.org/

Crêpage de chignons US / UE


BARROSO CEPARIS – Amateurs de turbo-néolibéralisme, réjouissez-vous –  prenez vos bouteilles de Moët et Chandon , et prenez place aux premières loges ; cet été, il n’y aura pas pire crêpage de chignons que les premiers rounds qui opposeront les deux géants occidentaux. Oubliez le « pivot » du Pentagone vers l’Asie, sans jamais abandonner le Moyen-Orient ; des broutilles, comparé à ce voyage dans les arcanes du turbo-capitalisme, dignes d’un néo-Balzac.

Nous parlons du nouveau Saint Graal – l’accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Union Européenne, la création d’un marché interne transatlantique géant (25% des exportations mondiales, 31% des importations mondiales, 57% des investissements étrangers), dans lequel les biens et services (mais pas les gens) pourront « librement » circuler, ce qui, en théorie, sortirait l’Europe de son marasme actuel.

Le problème est que pour atteindre ce monde meilleur (Brave New World) présidé par la déesse du marché, l’Europe devra renoncer à certaines de ses normes juridiques, environnementales, culturelles et de santé, plutôt complexes.

Dans ce paradis bureaucratique kafkaïen/orwellien également connu sous le nom de Bruxelles, des hordes d’inconnus sans visages, tels des hommes au chapeau melon sortant d’un tableau de Magritte, se plaignent ouvertement de cette « aventure ». Il y a, de plus en plus, chez eux un consensus sur le fait que l’Europe a tout à perdre et peu à gagner dans cette affaire, en contraste avec les ennemis de l’intégration européenne, moqués comme des fanatiques d’une Europe « pro-US » et « ultra-libérale ».

Encore le péril jaune

Il est de plus en plus curieux de constater que la grande majorité des nations européennes voulait vraiment un accord de libre-échange depuis longtemps, contrairement aux Etats-Unis plus protectionnistes. A l’heure actuelle, officiellement du moins, aucune des nations de l’UE ne s’oppose à la transaction. Voici la raison non officielle : personne ne peut se permettre d’être accusé d’être un ennemi des Etats-Unis.

La Commission européenne (CE) estime que la croissance du produit national brut de l’UE dans son ensemble devrait progresser de 0,5% – pas exactement un objectif à la chinoise. Les Etats-Unis, en revanche, sont beaucoup plus enthousiastes ; le Sénat US estime que, sans droits de douane, les exportations US vers l’Europe augmenteront de près de 20%.

Le cœur du problème, en remportant l’affaire, sera d’harmoniser les règles responsables du blocage de la si vantée libre circulation totale des marchandises. «Harmoniser » signifie diluer les règles européennes. Mais le hic c’est que Washington ne veut pas seulement un accord transatlantique. Le but ultime est de graver dans le marbre les règles globales pour tout ce qui va être plus tard imposé partout ; c’est le code pour ouvrir totalement le marché chinois, avec absolument aucune restriction, pour les sociétés occidentales.
Le German Marshall Fund des États-Unis va droit au but ; le capitalisme occidental doit rester la norme universelle, contre la « menace » d’un capitalisme chinois géré par l’Etat. Ce qui réduit en cendres l’idée que le capitalisme chinois a été – et continue d’être – le sauveur de l’énorme crise actuelle du capitalisme occidental.

L’accord US-UE est également censé être la cerise sur le gâteau des accords déjà signés par les Etats-Unis individuellement avec plusieurs pays en Asie. La question ne se pose absolument pas de savoir de quel côté est le plus fort. Le président US Barack Obama joue déjà très gros en termes de relations publiques, soulignant à chaque occasion qui se présente que l’Europe s’est trouvée en difficulté parce qu’elle essayait de trouver une recette pour la croissance. Et les Etats-Unis peuvent compter sur des éléments de la cinquième colonne, comme le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, pour qui les français – qui défendent beaucoup d’exceptions – sont déjà isolés.

Qu’on ne s’y trompe pas ; Washington jouera le tout pour le tout, – dans le style Iron Man 3 – en brisant les normes européennes d’hygiène et phyto-sanitaires et « libéralisant » l’alimentation, le tout génétiquement modifié, depuis la viande améliorée avec des hormones au poulet au chlore. Les règles ennuyeuses établies par les hommes sans visage à Bruxelles ont été systématiquement tournées en dérision par Washington comme « non scientifiques », contrairement aux non-règles US.

L’ultime homme au chapeau melon

C’est seulement maintenant que les citoyens européens surpris commencent à saisir le fait que c’est l’UE qui a proposé l’affaire aux Etats-Unis, et non l’inverse. L’UE signifie ici la Commission Européenne. Et ce qui reste en travers de la gorge, c’est qu’il s’agit de l’ambition d’un seul homme (un Portugais) contre la fierté de tout un pays (la France).

Aggravée par le fait que la négociation a reçu le feu vert personnel d’Obama, et avec le Congrès US interférant à tous les niveaux, la ligne de fond est que, pour les US, « tout est sur la table » – code pour : nous voulons tout, et nous sommes prêts à ne céder sur rien.

La France – déjà soutenue par les ministres de la culture de 12 pays – veut que l’industrie audiovisuelle soit exclue de toutes les négociations, au nom de sa très prisée « exception culturelle ». C’est l’un des rares pays au monde – la Chine est une question tout à fait différente – à ne pas être totalement inondé par les produits hollywoodiens.

En cas de refus, Paris mettra son veto à tout – même si, en privé, les autorités françaises admettent qu’elles n’ont pas le pouvoir d’opposer leur veto à quoi que ce soit, car les entreprises françaises aussi, hélas, veulent l’accord.

Pourtant, Paris va se battre pour tout, allant de l’« exception culturelle » aux normes sanitaires / environnementales les plus importantes. Il sera accompagné par l’Italie sur de nombreux fronts ; il y a déjà une révolte ouverte dans le monde de l’Artisanat Italien au sujet de l’avenir sombre où les gens, partout dans le monde, consommeront du parmesan, du jambon de Parme et des vins Brunello Made in USA.

Sur un autre front, il est certain que Washington ne va pas ouvrir le marché US aux services financiers ou aux transports maritimes européens. C’est juste un exemple de la façon dont l’Europe a beaucoup à perdre et pratiquement rien à gagner.

En définitive, tout cela est lié à l’ambition aveugle d’un étonnant fonctionnaire de carrière européen médiocre – le patron portugais de la CE, José Manuel Barroso. Barroso souhaite obtenir un mandat pour négocier au nom de tous les Etats membres le 14 Juin. Et il s’attend à ce que les négociations se terminent avant la fin de son mandat actuel, en Novembre 2014.

Certains diplomates UE très furieux, ont confirmé en privé à Asia Times que Barroso a monté cette formidable opération pratiquement seul par lui-même, en attendant une future belle récompense de la part de ses maîtres – à Bruxelles ? Que nenni, à Washington. Barroso veut devenir soit le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, soit de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. On ne peut accéder à aucun de ces deux postes sans le feu vert de Washington.

Cela expliquerait la nomination du chef de cabinet de Barroso comme ambassadeur de l’UE à Washington, faisant un lobbying intense auprès des américains, aux côtés de l’ambassadeur du Portugal aux États-Unis et de l’ambassadeur du Portugal à l’UE.

Tous les paris sont ouverts sur le vainqueur de ce monstrueux crêpage de chignon. Les membres de l’UE peuvent voter contre leurs propres intérêts, mais il se pourrait bien alors qu’il y ait une déferlante de colère des citoyens européens déjà aux abois. Cette nouvelle saga du turbo-capitalisme occidental a tous les éléments pour être, en fait, tout à fait révolutionnaire.

par Pepe Escobar   Asia Times.

Traduction Avic