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Alliance atlantique : « rêves et désillusions »


Tribune libre SAID

OTANAhmed Halfaoui

Le « printemps » des Arabes et assimilés n’aura pas duré le temps du moindre bourgeon. Nous en venons à nous rappeler la politique à grand spectacle que nous ont offert les puissants de ce monde, euphoriques et confiants sur un avenir qu’ils promettaient radieux aux heureux élus de la saison verdoyante. Le feu d’artifice fut ce sommet du G8 à Deauville en France, fin mai 2011. Un sommet « mâtiné de printemps arabe » titrait un grand quotidien français. Et pour cause. Ce devait être le « moment fondateur » d’un partenariat rénové avec le monde dit arabe, aggloméré dans une sémantique bien à propos, puisqu’il s’agissait encore en ce temps-là de planter des pousses, à coup de bombes en Libye, en attendant d’aller réaliser la même opération en Syrie où les préparatifs étaient en cours. « Les changements historiques actuellement à l’œuvre en Afrique du Nord et au Moyen-Orient peuvent ouvrir la voie à des transformations comparables à celles survenues en Europe centrale et orientale après la chute du mur de Berlin », déclamait la déclaration du G8.

Les deux premiers représentants printaniers, dont les pays ne devaient rien à des « amis » bienveillants, à leur machine de guerre et à leur propagande, sont la Tunisie et l’Egypte. C’était, précisons-le, avant l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir. Le représentant tunisien demandait 25 milliards de dollars sur cinq ans et l’égyptien 10 à 12 milliards à court terme. Il y a eu des promesses faramineuses à leur intention et à celle des candidats qui suivront la voie tracée, par exemple « la modernisation de leurs économies, le soutien au secteur privé ». Ils n’en verront pas la couleur du moindre centime, ainsi que leurs successeurs élus. Par contre, une autre aide est mise en œuvre sans délais. Les dirigeants du G8 ont appelé « les organisations internationales à travailler avec les partis politiques et l’opposition politique naissante pour les aider à mettre au point des outils permettant de répondre aux aspirations des populations et de renforcer les capacités des décideurs et des relais d’opinion, ce qui constitue le plus sûr chemin vers la stabilité dans la région ». Là aussi l’aide n’a pas fonctionné, non pas faute d’avoir essayé, mais parce que les Egyptiens et les Tunisiens étaient assez avertis sur la chose pour décider par eux-mêmes de ce qu’il fallait faire.

Lorsque les Frères se furent installés à la tête des deux pays, le G8 croyait, encore, que tout allait pour le mieux et le ballet diplomatique s’est intensifié, sans que soit débloqué pour autant ce soutien financier qui devait « éviter que l’instabilité ne compromette le processus de réformes politiques », sans oublier, bien sûr, de « concilier cohésion sociale et stabilité macroéconomique ». Deux ans ont passé pour que la superbe affichée à Deauville se transforme en une profonde désillusion. En dehors de la Lybie, où les affaires pétrolières prospèrent sur fond de chaos, rien ne fonctionne comme planifié. En Syrie la « révolution » vit une débandade, après que furent bloqué les bombardiers prévus pour sa réalisation, en Egypte les Frères, ces précieux alliés, sont tombés et en Tunisie ils n’en mènent pas large devant un torrent populaire qui gonfle et qui ne manquera pas de les emporter.

Article publié sur Les Débats

Les Arabes et leur printemps


Par Gilad Atzmon

EPA Photographer Lucas Dolega dies after being injured during protests in TunisCe n’est un secret pour personne que l’été fuit l’Europe cette année et certains météorologues prédisent même une éclipse de soleil pour les sept à dix prochaines années. Lorsqu’on leur a demandé d’expliquer cette sombre prédiction, quelques experts ont fini par accuser les Arabes : « C’est entièrement de la faute des Arabes, ils ont pris tout le printemps. »

Blague à part, en regardant les arabes et leur « printemps », cela révèle un spectacle effrayant. Il s’agit essentiellement d’un bain de sang au quotidien.

Un vaste soulèvement populaire au nom de la « libération », des « droits de l’homme », de la « démocratie » et d’autres grands mots, a mûri en un temps très court dans un chaos régional, des guerres civiles, des carnages, des perte de vies sur une échelle de magnitude énorme et une tonne d’équipements interventionnistes qui garantissent plus de dégâts à venir.

Qu’est-il arrivé ? Pourquoi le « printemps arabe » se transforme en un hiver régional ? Pourquoi la démocratie égyptienne n’a pas durée plus d’un an ?

Je ne vais pas répondre à toutes ces questions. Au lieu de cela, je vais proposer une méthode simple pour résoudre ces problèmes.

Il y a environ 18 mois, j’ai publié Quel Juif errant ?, une analyse de la politique identitaire juive. J’ai affirmé que si l’on veut comprendre Israël ou l’étendue du pouvoir juif, alors nous devons chercher dans les idéologies et la culture qui ont formé l’« État juif » et qui maintiennent le tribalisme ainsi que la politique juive.

Le livre a provoqué une tempête, il a été salué par certains des universitaires et des humanistes les plus importants, mais il a également été durement combattu par de nombreux militants juifs tribaux et quelques-uns de leurs dévoués Shabbes Goyim.

Cependant, c’est l’opposition à mon travail qui m’a réellement convaincu que j’étais sur la bonne voie – une étude théorique et critique de la culture et de la politique identitaire est clairement la voie à suivre. L’étude de la culture juive explique la barbarie israélienne, comme elle explique la négligence israélienne en ce qui concerne les droits de l’homme, elle jette la lumière sur le programme des néoconservateurs interventionnistes et elle éclaire aussi le baratin au cœur de la gauche juive et des juifs sionistes antisionistes (AZZ). Cette étude explique clairement pourquoi les Palestiniens vivent encore dans des camps de réfugiés pendant que les soldats américains et britanniques combattent dans des guerres sionistes.

Je soutiens ici que les spécialistes et les intellectuels arabes en particulier devraient également examiner de près la culture arabe et sa politique identitaire afin de comprendre et de modifier la situation grave actuelle.

Une telle étude pourrait révéler, par exemple, que la « démocratie occidentale » ne peut pas être le système politique optimal pour certains États du Moyen-Orient. Une telle étude devrait tenir compte du point de vue de l’islam sur la notion de « civil », elle devrait aussi prendre en considération les caractéristiques démographiques des différentes régions et États arabes. Il se pourrait même qu’elle ait à s’interroger sur la notion d’« État », en référence à la culture et à l’histoire arabes. Les divisions de classes dans la société arabe sont également un sujet crucial qui doit être examiné. Une telle étude pourrait bénéficier d’un examen théorique de la façon unique dont la République islamique d’Iran équilibre l’islam et la démocratie. Une telle étude devrait transcender au-delà de la politique, des affaires mondiales et de la décomposition des modes de pensées dialectiques matériels. Elle localiserait le sujet en question, à savoir l’arabe et le monde arabe, au centre du discours.

Une telle étude devrait soulever les questions suivantes : Qui sont les Arabes, les Égyptiens, les Syriens, les Palestiniens et ainsi de suite ? En quoi croient-ils ? Qu’est-ce qui les unit ? Qu’est-ce qui les sépare ? Sur quoi peuvent-ils se mettre d’accord ? Qu’est-ce qui les terrifie ? Qu’est-ce qui les rend heureux ?

Une fois que les Arabes commenceront à s’occuper de ces questions, ils se rendront compte que, plutôt que de s’entretuer pour Israël, l’Amérique ou la Russie, ils devraient identifier qui ils sont vraiment et qui sont leurs vrais ennemis.

Gilad Atzmon

http://www.egaliteetreconciliation.fr/Les-Arabes-et-leur-printemps-18967.html

Erdogan menacé de « Dégage », par Pepe Escobar


le-premier-ministre-turc-recep-tayyip-erdogan-s-exprime-le-3_1144660Est ce que c’est le Printemps Turc ?

Non, enfin pas encore? Est ce que le premier ministre turc Recep Erdogan est le nouveau Moubarak ? Non, enfin pas encore.

 L’Histoire nous met constamment en garde qu’il suffit juste d’une petite étincelle pour allumer un grand feu politique. L’étincelle récente à Istanbul a été fournie par un petit groupe de trés jeunes environnementalistes organisant un sit in pacifique, type Occupons, dans le parc Taksim pour protester contre la destruction prévue de l’un des espaces verts publics restants dans le centre de la ville, Gezi Parc.

La destruction de Gezi parc est la suite d’un racket mondial du néolibéralisme qui a fait ses preuves; Il sera remplacé par un simulacre – dans ce cas une réplique des Barraques de l’Artillerie Ottomane – hébergeant, quoi d’autre, encore un autre centre commercial. C’est essentiel de noter que le maire d’Istanbul, appartenant également au parti au pouvoir, le Parti Justice et Développement ( AKP) est propriétaire d’une chaîne de magasins de vente au détail qui fera du centre un tueur. Et l’homme qui détient le contrat pour ce « redéveloppement » n’est autre que le gendre d’Erdogan.

Comme prévu la répression de la police contre les manifestants auquels se sont joints des hauts responsables du principal parti d’opposition en Turquie, le Parti Républicain du Peuple (CHP) a été violente. Et rapidement le motif environnemental s’est transformé en un  » A bas le dictateur » style Tahrir.

Dés Samedi le parc Taksim était bondé de dizaines de milliers de personnes; une multitude avait traversé le pont du Bosphore venant du côté asiatique d’Istanbul, frappant sur des casseroles et des poêles style Argentine 2002 cacerolazo, violant ouvertement la loi interdisant aux piétons de traverser le pont. La police s’est empressée d’intensifier les moyens de répression passant aux canons à eau, à l’aspersion de poivre et aux gaz lacrymogènes.

Le comportement des médias turcs pour la plupart lâches a été comme prévu stupéfiant – peut être pas surprenant quand on sait qu’il y a 76 journalistes en prison accusés de soutenir  » le terrorisme » et d’autres « crimes » non spécifiés. Cela peut aussi être interprété comme le reflet de l’influence sur un allié précieux des US et de l’OTAN – du type :  » OK écrasez quelques cranes mais ne tuer personne ».

La presse écrite au moins a quelque peu fait amende honorable. Hurriyet- qui avait l’habitude d’exercer ses facultés critiques – a retrouvé une certaine dignité avec des titres tels :  » Erdogan n’est plus le tout puissant ». Zaman – qui fait partie du réseau du mouvement islamiste modéré Gulen – s’est montré inquiet face au pouvoir illimité D’Erdogan et de l’AKP, publiant des éditoriaux condamnant sa conduite « excessive » et soutenant les manifestants.

Pendant ce temps aux US et dans l’UE Ankara n’a pas vraiment été condamnée – juste l’habituel insipide « préoccupé ». La Turquie après tout est l’image CNN du pays fétiche ; il est complètement  » au diapason » avec son image de marque d’une autocratie néoliberale à succés ( tout comme les petro monarchies du Conseil de Coopération du Golfe). Etre violemment condamnés et menacés de frappes sont les privilèges de l’Iran et de la Syrie.

Qu’on l’amène au pont

Comment se peut-il que tout ait commencer avec le « redéveloppement » du parc Gezi. En fait cela est juste un petit détail d’un plan gigantesque- une petite tranche de mega projets de l’AKP dans tout Istanbul qui exclut totalement l’avis de la société civile.

La Turquie est peut être devenue la 17ème plus importante économie mondiale mais sa croissance n’est que de 3% par an en 2013 ( même si cela est bien mieux que l’Europe). L’AKP a certainement noté que le miracle économique turc repose sur des pieds d’argile basé sur des produits à basse valeur ajoutée trés dépendants des marchés – dans l’agriculture, la petite industrie et le tourisme.

Arrive le projet de troisième pont sur le Bosphore – faisant partie d’une nouvelle autoroute de 260 Km reliant Thrace à l’Anatolie de 2.6 milliards de $ us, contournant la métropole d’Istanbul et l’un des carrefours clés de l’UE pour le corridor de transport Europe Caucase Asie (TRACECA).

Lors des élections de 2011 Erdogan a démarré sa campagne en se vantant d’un « projet fou » un canal de 50 Km de la Mer de Marmara à la Mer Noire devant être achevé en 2023 – centenaire de la République turque – pour un coût de 20 milliards de $ us. L’objectif est non seulement de décongestionner le Bosphore mais aussi de construire un troisième pont et un troisième port pour déplacer l’axe d’Istanbul vers le Nord de la ville pas encore développé. Cela inclurait deux nouvelles villes de même qu’un troisième aéroport.

L’AKP a décrit cette politique ambitieuse comme une « transformation urbaine ». Le prétexte c’est le risque d’un important tremblement de terre – tel celui de 1999. Pour ce qui apparaît comme une importante affaire juteuse de spéculation foncière, Erdogan et l’AKP s’appuient sur deux agences gouvernementales. TOKI et KIPTAS qui ont fixé des prix bien trop élevés pour le turc moyen. La cible principale ce sont les classes moyennes supérieures qui votent AKP.

L’AKP est complètement obsédé par le contrôle d’Istanbul – qui représente 85 sièges sur les 550 au Parlement ( Ankara la capitale n’en bénéficie que de 31). Erdogan et sa clique ont été depuis 1994 à l’avant garde du Grand Istanbul comme membres à l’époque du parti Refah. Erdogan a commencé sa conquête de la Turquie à partir de l’ancienne capitale ottomane.

Les mega projets sponsorisés par l’AKP ont été conçus comme l’ultime plateforme pour faire émerger la Turquie dans l’aire post mondialisation tirant un maximum du cliché de « pont entre des civilisations ». Après tout 50% des exportations turques proviennent d’Istanbul. De ce marketing politico urbain de ces mega projets dépend la crédibilité mondiale de la Turquie au sein des suspects habituels les « investisseurs internationaux ». Cela n’a rien à voir avec la cohésion sociale ou le respect de l’environnement. C’est juste d’affirmer que le mouvement du parc Taksim a complètement saisi les implications de cette logique de développement autoritaire et cupide.

Il y a t-il des Amis de la Turquie ?

Erdogan a peut être admis en grommelant que les forces de police avaient suréagi. En fait il ne peut rien faire d’autre que d’accuser les manifestants qualifiés de « pilleurs » d’être « liés au terrorisme » et d’avoir des « liens glauques » ; leur seul but serait de faire perdre les élections parlementaires de 2015 à l’AKP. Erdogan s’est vanté de pouvoir faire descendre dans les rues 1 million de supporters de l’AKP pour chaque 100 000 manifestants actuels. Et bien 5000 d’entre eux sont déjà parvenus à caillasser son bureau à Besiktas.

Les manifestations se sont déjà étendues à Izmir, Eskisehir, Mugla, Yalova, Bolu, Adana et même dans les fiefs de l’AKP tel Ankara, Kayqseri et Konya. Ils sont des dizaines de milliers. Chaque nuit à Ankara et Istanbul ( même dans les zones résidentielles endormies) on peut entendre les klaxons de voitures et les habitants tapant sur leurs casseroles et leurs poêles de leurs balcons , cela pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers de personnes.

A l’évidence le mouvement du parc Taksim/Occupé Gezi/ A Bas le dictateur s’étend rapidement au secteur laîc de la Turquie complètement opposé à l’AKP et au mélange trés personnalisé de néolibéralisme dur et conservatisme religieux d’Erdogan.

Les turcs laïcs voient clairement comment Erdogan essaie de profiter un maximum d’un « processus de paix » fumeux avec les Kurdes du PKK afin de pouvoir récolter un maximum de votes pour un référendum constitutionnel. Le référendum détruirait le système parlementaire et installerait un système présidentiel – à portée de main d’Erdogan dont le mandat de premier ministre se termine en 2015 et qui meurt d’envie de rester en politique comme président.

Erdogan bénéficie peut être d’une solide majorité en Anatolie conservatrice. Mais il se peut qu’il joue aussi avec le feu. C’est un homme qui il y a plus de 2 ans criait : »Moubarak doit écouter son peuple » – et de même Assad en Syrie. Actuellement la majorité des Turcs rejette totalement le « soutien logistique » d’Ankara aux gangs syriens de « rebelles ».

Cerise ironique sur le gâteau c’est Damas qui maintenant met joyeusement en garde Erdogan de réduire la répression violente, écouter « son peuple » ou démissionner.

Et la suite ?

Erdogan installe une zone d’exclusion aérienne au dessus d’Istanbul ( ou l’OTAN installe une zone d’exclusion aérienne au dessus d’Erdogan) ?

Les « rebelles » kurdes reçoivent une aide directe de Damas, de Teheran et du Hezbollah ?

Damas appelle à une réunion internationale des « Amis de la Turquie » ?

Pepe Escobar 03/06/2013 Asia Times Online

Article en anglais

Traduction Mireille Delamarre

Le printemps français


par Israël Adam Shamir et Maria Poumier

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Cette année, le printemps est bizarrement froid et pluvieux, après un hiver long et glacial, en France. C’est seulement dimanche dernier que le soleil est parvenu à repousser les nuages. Brusquement, la température est remontée, les arbres ont changé de couleur. Les Français se sont sentis soutenus par la nature après une longue morosité, et les voilà qui manifestent contre la politique de leur gouvernement outrageusement socialiste, style Tony Blair, bien sûr. Lire la suite Le printemps français