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« Une France en passe d’exploser » – Valeurs Actuelles


Assemblée-fumierCette fois c’est le magazine Valeurs Actuelles qui va dénicher les choses que l’on aimerait bien cacher.

Avec :

  • 75% des Français ne font plus confiance ni à l’Etat, ni à la République.
  • 88% rejettent les partis politiques.
  • 50% ne croient plus à la démocratie et souhaitent être gouvernés par « un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du parlement ni des élections ».
  • 12% vont même jusqu’à espérer que l’armée prendra les rênes du pouvoir

 on peut effectivement se poser quelques questions sur cette république dont on nous brandit les valeurs dans lesquelles se reconnaissent de moins en moins de français.

Avic Lire la suite « Une France en passe d’exploser » – Valeurs Actuelles

Par dépit, les nouvelles Marianne pissent sur le président ukrainien


article_femen_-_CopieVoilà ce qu’est devenue la République sous François Hollande. Bienvenue en France, laboratoire du monde de demain, où toutes les expériences publiques, des plus viles aux plus malsaines, sont possibles et même encouragées au nom de la liberté chérie. Lire la suite Par dépit, les nouvelles Marianne pissent sur le président ukrainien

Lettre ouverte à MM. Valls et Haziza


manuel-valls-enerveMessieurs,

Nous vous avons entendus : chacun avec vos moyens, l’un par la voie médiatique, l’autre par celle de la force publique, vous souhaitez notre disparition. Mais vous, nous avez-vous entendus ? Savez-vous qui nous sommes ? Quel est notre but ?

Notre association s’appelle Égalité et Réconciliation.

Égalité contre tous les communautarismes revendicatifs et victimaires, qui opposent des Français aux Français.

Réconciliation pour faire baisser les tensions sociales et religieuses, de plus en plus palpables en France, afin que chaque Français, quelle que soit son origine, sa religion, puisse vivre en paix dans ce pays.

Nous critiquons donc tous les communautarismes, tous les esprits de clans, toutes les pseudo-défenses de minorités qui, sous prétexte de lutte contre les discriminations, sont autant de groupes de pression cherchant à arracher des passe-droits à la République.

Et parmi ces communautarismes, il en est un que nous pointons souvent du doigt et qui est celui dont la critique, à n’en pas douter, vous mobilise : la critique du communautarisme juif que vous appelez antisémitisme.

Nous vous rappelons donc ici que ce que vous appelez antisémitisme n’a en l’espèce aucun sens, puisque nous ne jugeons pas les personnes en fonction d’une race – réelle ou supposée – dont elles tireraient leur essence, mais en fonction de leurs actes et des valeurs exprimées par leurs actes.

Et parce que nous sommes patriotes, parce que nous refusons la guerre civile qui vient, nous relevons avec virulence l’attitude de certains juifs, qui par leurs paroles ou leurs actions – dont le moteur n’est ni le bien de la France au plan international, ni la paix entre Français au plan national – mettent ainsi en danger d’autres juifs, ceux sur qui risquent de retomber les haines que les premiers attisent. Ces juifs, par leur communautarisme d’une part, par la défense inconditionnelle d’Israël d’autre part, sont les véritables ennemis des juifs assimilés qui ne demandent qu’à vivre « heureux comme Dieu en France ».

Oui, ces associations communautaires ultra-minoritaires et qui ne représentent qu’elles-mêmes, ces manipulateurs au service d’une puissance étrangère belliqueuse et hostile, nous les dénonçons au nom des principes légaux d’égalité et de fraternité, et d’autres juifs de plus en plus nombreux les dénoncent avec nous !

Pour une réconciliation nationale.

Fallait pas avoir d’empire colonial!


Tribune libre Farid Laroussi

affiche-exposition-coloniale-marseille-1906A l’heure où la parole raciste s’est libérée dit-on, il n’est pas plus mal d’entamer les débats par un peu de provocation. Et si en effet la crise sociale que traverse la France depuis la fin des années 1980 était dûe à une espèce d’impasse postcoloniale? Le lien croissant entre un passif historique et, par exemple, la question de l’intégration qui va jusqu’à remettre en cause la citoyenneté oblige à repenser les politiques, à dénoncer également les errements des médias. Dernier épisode en date, les émeutes de Trappes.

Pénétrant l’enfer de la cité, vous allez y découvrir le venin de l’islamisme, une délinquance qui se soustrait aux lois de la république. C’est un nouvel exercice de communication, comme tant d’autres déjà pour tout ce qui a trait à cet Orient de la France qu’est devenue la banlieue. L’information est anxiogène, trompeuse aussi, mais pleine d’une exigence de communication avec la fameuse sentence du JT de vingt heures sur France2: « Voilà ce que l’on pouvait dire sur le sujet ». Eh bien non! A Trappes ce jour-là, la jeune femme de confession musulmane a obtempéré, elle allait donc retirer son voile intégral lorsque les officiers de police ont jeté à terre et menotté le jeune homme qui accompagnait la dame en question.

Puis cette dernière fut poussée contre la voiture de police, agressée verbalement alors qu’elle essayait d’expliquer que ses papiers d’identité étaient chez elle. Désolé pas d’étranglement sur un policier, pas de volée d’insultes. En revanche, une confiscation de la parole de la victime, ou plutôt sa parole contre celle du syndicat de la police qui, par un tour de passe-passe idéologique, devient celle des médias. Mais au fond tout cela ne serait qu’un détail si le motif islamophobe n’était déjà implanté dans l’inconscient français. Parler de la banlieue n’est pas sans avoir quelque rapport avec le péché originel de la république: l’empire.

L’espace, puisque c’est aussi de cela dont il s’agit, a fini par prendre toute la place, celle de l’identité et celle du droit. Il y a là-dedans comme une perte d’innocence, doublée d’une chute à répétition. Les philosophes de plateaux de télévision nous répètent à l’envi que l’esprit de l’humanisme, celui des Lumières surtout, sont morts et enterrés dans cette France postcoloniale qui ne dit toujours pas son nom. Et cela sous les coups de boutoir d’une barbarie qui serait aussi une souillure de « nos » valeurs.

Sans verser dans l’aphorisme nietzschéen, si la situation française s’est malgré tout ouverte sur un infini, c’est peut-être parce qu’aujourd’hui elle se prête à une infinités d’interprétations. Oui, on peut parfaitement être français et musulman au vingt-et-unième siècle, et ce sans avoir à se justifier de quoi que ce soit. Justement le nombrilisme défensif franco-français (alimenté par la même élite qui faisait la leçon à la classe ouvrière de jadis) peut amuser ou exaspérer, mais il demeure inexcusable. Inexcusable en ce qu’il lie son affirmation dans le contact périlleux avec le discours honteux et néantisant du racisme.

Bien sûr la fachosphère s’en donne à coeur-joie, entre illuminés des théories identitaires, nationalistes anti-Europe devenus croisés version endimanchés, chrétiens fondamentalistes limite hystériques face une foi qui s’amincit, ou nostalgiques de l’Algérie française qui croient toujours que le totalitarisme colonial c’était leur Renaissance à eux. De toute évidence il faudra plus que le Front National pour ravigoter les illusions perdues. Qu’à cela ne tienne, les autres partis politiques lui ont emboîté le pas.

Chacun à sa manière. A l’UMP on joue la France forte -sorte d’idéalisme sans postérité- , et au Parti Socialiste on reste empêtré dans le paternalisme républicain. Ce qui importe chez les politiques c’est qu’on aspire à combattre les « maux » du multiculturalisme, tout en donnant le sentiment, autant que faire se peut, que la France demeure, dans tous les sens du terme, un pays d’élection. Ce n’est là qu’un refuge contre un passé qui fonctionne encore. On s’y cramponne avec la force du regret.

Pire qu’une erreur qui tiendrait à cette fascination religieuse pour la république, voir l’intégrisme de la laïcité, il y a dans cette posture un désaveu, comme si l’idée même de nation était parvenue à son terme, et pas seulement à cause d’une intégration à marche forcée dans l’Europe, ou une mondialisation mal comprise et mal gérée. Et s’il n’y a plus rien à construire (absence de projet) c’est bel et bien que la barbarie s’est installée en « nos » murs, n’est-ce pas? On ne pourra pas dire que le musulman n’a pas réussi à intriguer. Aujourd’hui la diversité constitue l’insolite et nécessaire déviation de l’identité française.

En fait, ce qu’il faut bien appeler le droit à la différence citoyenne sert à reconnaître la règle par l’exception qui l’abolit: l’islam n’est ni une manifestation ni une affirmation mais un évènement. Convenons-en, il est anormal qu’avec une histoire coloniale de plus de cent trente ans au Maghreb, la France ne comprenne toujours rien à l’islam. Là les musulmans de service (Malek Chebel, Abdelwahab Meddeb, et l’inénarrable Hasan Chalghoumi, entre autres) méritent notre indulgence.

Leur boulot consiste à défaire des siècles de pensée islamique, et à faire rentrer cette dernière de force dans l’obsession de l’assimilation, du mythe du musulman modéré (quelqu’un qui ferait le ramadan un jour sur deux?). En vérité tout un jeu de conventions coloniales auxquelles ils ne comprennent pas grand chose ou n’osent pas renoncer par souci de visibilité médiatique agrémentée parfois de quelques sinécures pour services rendus à la république. Ne nous trompons pas, ces forts penseurs musulmans accrédités qui louent le patronage de la Raison et du Progrès travaillent à rendre à l’Histoire sa finalité, c’est-à-dire à revenir en arrière.

Quoi de plus normal, du moment que l’on conserve l’initiative? La fameuse affaire du foulard islamique n’a-t-elle pas renforcé l’hypothèse de Franz Fanon en 1959 où il propose que les politiques coloniales de dévoilement de la femme algérienne ambitionnaient de domestiquer l’indigène. Posséder la femme, au niveau du droit, visait à convertir l’homme à la mission civilisatrice. Aujourd’hui les thuriféraires de la loi de mars 2004 sur les signes religieux ostentatoires parlent volontiers de « dignité de la femme », si c’est le cas pourquoi sont-ils résolus à exclure ces jeunes françaises de l’école de la république? Ne serait-ce pas là la vraie barbarie que de nier le droit à l’éducation, violer la liberte de confession et de conscience de ses propres citoyens?

La cerise sur le ghetto c’est le discours sur l’insécurité et les raids de la police dans les cités dites sensibles où l’on rejoue la bataille d’Alger. Oui, l’ordre républicain se fait son cinéma, inspiré par la peur, mais de qui? Si l’on veut user des vertus idéologiques de l’insécurité, il faudra d’abord avoir le courage de lutter contre des taux de chômage ahurissants, des discriminations permanentes (la publicité française lave plus blanc que blanc), et une islamophobie qui donne l’illusion à certains de prendre leur civilisation au sérieux.

Par Farid Larouss

http://oumma.com/18229/fallait-d-empire-colonial

Derrière la Loi foulardière, la peur…


Foulard1. D’aimables républicaines et républicains arguèrent un jour qu’il fallait une loi pour interdire tout foulard sur les cheveux des filles. A l’école d’abord, ailleurs ensuite, partout si possible. Que dis-je, une loi ? Une Loi ! Le président de la République était un politicien aussi limité qu’insubmersible. Totalitairement élu par 82 % des électeurs, dont tous les socialistes, gens parmi lesquels se recrutaient nombre des aimables républicain(e)s en question, il opina du bonnet : une loi, oui, une Loi contre le petit millier de jeunes filles qui mettent le susdit foulard sur leurs cheveux. Les pelées, les galeuses ! Des musulmanes, en plus ! C’est ainsi qu’une fois de plus, dans la ligne de la capitulation de Sedan, de Pétain, de la guerre d’Algérie, des fourberies de Mitterrand, des lois scélérates contre les ouvriers sans papiers, la France étonna le monde. Après les tragédies, la farce.

2. Oui, la France a enfin trouvé un problème à sa mesure : le foulard sur la tête de quelques filles. On peut le dire, la décadence de ce pays est stoppée. L’invasion musulmane, de longtemps diagnostiquée par Le Pen, aujourd’hui confirmée par des intellectuels indubitables, a trouvé à qui parler. La bataille de Poitiers n’était que de la petite bière, Charles Martel, un second couteau. Chirac, les socialistes, les féministes et les intellectuels des Lumières atteints d’islamophobie gagneront la bataille du foulard. De Poitiers au foulard, la conséquence est bonne, et le progrès considérable.

3. A cause grandiose, arguments de type nouveau. Par exemple : le foulard doit être proscrit, qui fait signe du pouvoir des mâles (le père, le grand frère) sur ces jeunes filles ou femmes. On exclura donc celles qui s’obstinent à le porter. En somme : ces filles ou femmes sont opprimées. Donc, elles seront punies. Un peu comme si on disait : « Cette femme a été violée, qu’on l’emprisonne ». Le foulard est si important qu’il mérite une logique aux axiomes renouvelés.

4. Ou, au contraire : ce sont elles qui veulent librement le porter, ce maudit foulard, les rebelles, les coquines ! Donc, elles seront punies. Attendez : ce n’est pas le signe d’une oppression par les mâles ? Le père et le grand frère n’y sont pour rien ? D’où vient qu’il faut l’interdire, alors, ce foulard ? C’est qu’il est ostentatoirement religieux. Ces coquines « ostentent » leur croyance. Au piquet, na !

5. Ou c’est le père et le grand frère, et féministement le foulard doit être arraché. Ou c’est la fille elle-même selon sa croyance, et « laïcisement » il doit être arraché. Il n’y a pas de bon foulard. Tête nue ! Partout ! Que tout le monde, comme on disait autrefois – même les pas-musulmanes le disaient – sorte « en cheveux ».

6. Notez bien que le père et le grand frère de la fille au foulard ne sont pas de simples comparses parentaux. On l’insinue souvent, parfois on le déclare : le père est un ouvrier abruti, un pauvre type directement « venu du bled » et commis aux chaînes de Renault. Un archaïque. Mais stupide. Le grand frère deale le shit. Un moderne. Mais corrompu. Banlieues patibulaires. Classes dangereuses.

7. La religion musulmane ajoute aux tares des autres religions celle-ci, gravissime : elle est, dans ce pays, la religion des pauvres.

8. Imaginons le proviseur d’un lycée, suivi d’une escouade d’inspecteurs armés de centimètres, de ciseaux, de livres de jurisprudence : on va vérifier aux portes de l’établissement si les foulards, kippas et autres couvre-chefs sont « ostentatoires ». Ce foulard grand comme un timbre poste perché sur un chignon ? Cette kippa comme une pièce de deux euros ? Louche, très louche. Le minuscule pourrait bien être l’ostentation du majuscule. Mais, que vois-je ? Gare ! Un chapeau haut de forme ! Hélas ! Mallarmé, interrogé sur le chapeau haut de forme, l’a dit : « Qui a mis rien de pareil ne peut l’ôter. Le monde finirait, pas le chapeau. » Ostentation d’éternité.

9. La laïcité. Un principe inoxydable ! Le lycée d’il y a trois ou quatre décennies : interdiction de mélanger les sexes dans la même classe, pantalon décommandé aux filles, catéchisme, aumôniers. La communion solennelle, avec les gars en brassard blanc et les mignonnes sous le voile de tulle. Un vrai voile, pas un foulard. Et vous voudriez que je tienne pour criminel ce foulard ? Ce signe d’un décalage, d’un remuement, d’un enchevêtrement temporel ? Qu’il faille exclure ces demoiselles qui mêlent agréablement hier et aujourd’hui ? Allez, laissez faire la broyeuse capitaliste. Quels que soient les allers et retours, les repentirs, les venues ouvrières du lointain, elle saura substituer aux dieux morts des religions le gras Moloch de la marchandise.

6537762910. Au demeurant, n’est-ce pas la vraie religion massive, celle du commerce ? Auprès de laquelle les musulmans convaincus font figure de minorité ascétique ? N’est-ce pas le signe ostentatoire de cette religion dégradante que ce que nous pouvons lire sur les pantalons, les baskets, les tee-shirts : Nike, Chevignon, Lacoste,… N’est-il pas plus mesquin encore d’être à l’école la femme sandwich d’un trust que la fidèle d’un Dieu ? Pour frapper au cœur de la cible, voir grand, nous savons ce qu’il faut : une loi contre les marques. Au travail, Chirac. Interdisons sans faiblir les signes ostentatoires du Capital.

11. Qu’on m’éclaire. La rationalité républicaine et féministe de ce qu’on montre du corps et de ce qu’on ne montre pas, en différents lieux et à différentes époques, c’est quoi ? Que je sache, encore de nos jours, et pas seulement dans les écoles, on ne montre pas le bout des seins ni les poils du pubis, ni la verge. Devrais-je me fâcher de ce que ces morceaux soient « dérobés aux regards » ? Soupçonner les maris, les amants, les grands frères ? Il y a peu dans nos campagnes, encore de nos jours en Sicile et ailleurs, les veuves portent fichus noirs, bas sombres, mantilles. Il n’y a pas besoin pour cela d’être la veuve d’un terroriste islamique.

12. Curieuse, la rage réservée par tant de dames féministes aux quelques filles à foulard, au point de supplier le pauvre président Chirac, le soviétique aux 82 %, de sévir au nom de la Loi, alors que le corps féminin prostitué est partout, la pornographie la plus humiliante universellement vendue, les conseils d’exposition sexuelle des corps prodigués à longueur de page dans les magazines pour adolescentes.

13. Une seule explication : une fille doit montrer ce qu’elle a à vendre. Elle doit exposer sa marchandise. Elle doit indiquer que désormais la circulation des femmes obéit au modèle généralisé, et non pas à l’échange restreint. Foin des pères et grands frères barbus ! Vive le marché planétaire ! Le modèle, c’est le top modèle.

14. On croyait avoir compris qu’un droit féminin intangible est de ne se déshabiller que devant celui (ou celle) qu’on a choisi (e) pour ce faire. Mais non. Il est impératif d’esquisser le déshabillage à tout instant. Qui garde à couvert ce qu’il met sur le marché n’est pas un marchand loyal.

15. On soutiendra ceci, qui est assez curieux : la loi sur le foulard est une loi capitaliste pure. Elle ordonne que la féminité soit exposée. Autrement dit, que la circulation sous paradigme marchand du corps féminin soit obligatoire. Elle interdit en la matière – et chez les adolescentes, plaque sensible de l’univers subjectif entier – toute réserve.

16. On dit un peu partout que le « voile » est l’intolérable symbole du contrôle de la sexualité féminine. Parce que vous imaginez qu’elle n’est pas contrôlée, de nos jours, dans nos sociétés, la sexualité féminine ? Cette naïveté aurait bien faire rire Foucault. Jamais on n’a pris soin de la sexualité féminine avec autant de minutie, autant de conseils savants, autant de discriminations assénées entre son bon et son mauvais usage, La jouissance est devenue une obligation sinistre. L’exposition universelle des morceaux supposés excitants, un devoir plus rigide que l’impératif moral de Kant. Au demeurant, entre le « Jouissez, femmes ! » de nos gazettes et l’impératif « Ne jouissez pas ! » de nos arrière-grands-mères, Lacan a de longue date établi l’isomorphie. Le contrôle commercial est plus constant, plus sûr, plus massif que n’a jamais pu l’être le contrôle patriarcal. La circulation prostitutionnelle généralisée est plus rapide et plus fiable que les difficultueux enfermements familiaux, dont la mise à mal, entre la comédie grecque et Molière, a fait rire pendant des siècles.

17. La maman et la putain. On fait dans certains pays des lois réactionnaire pour la maman et contre la putain, dans d’autres, des lois progressistes pour la putain et contre la maman. C’est cependant l’alternative qu’il faudrait récuser.

18. Non pas toutefois par le « ni… ni… », qui ne fait jamais que perpétuer en terrain neutre (au centre, comme Bayrou ?) ce qu’il prétend contester. « Ni maman ni putain », cela est tristounet. Comme « ni pute ni soumise », lequel est au demeurant absurde : une « pute » n’est-elle pas généralement soumise, oh combien ? On les appelait, autrefois, des respectueuses. Des soumises publiques, en somme. Quant aux « soumises », elles ne sont peut-être que des putains privées.

19. On y revient toujours : l’ennemi de la pensée, aujourd’hui, c’est la propriété, le commerce, des choses comme des âmes, et non la foi. On dira bien plutôt que c’est la foi (politique) qui manque le plus. La « montée des intégrismes » n’est que le miroir dans lequel les Occidentaux repus considèrent avec effroi les effets de la dévastation des consciences à laquelle ils président. Et singulièrement la ruine de la pensée politique, qu’ils tentent partout d’organiser, tantôt sous couvert de démocratie insignifiante, tantôt à grand renfort de parachutistes humanitaires. Dans ces conditions, la laïcité, qui se prétend au service des savoirs, n’est qu’une règle scolaire de respect de la concurrence, de dressage aux normes « occidentales » et d’hostilité à toute conviction. C’est l’école du consommateur cool, du commerce soft, du libre propriétaire et du votant désabusé.

20. On ne s’extasiera jamais assez sur la trajectoire de ce féminisme singulier qui, parti pour que les femmes soient libres, soutient aujourd’hui que cette « liberté » est si obligatoire qu’elle exige qu’on exclue des filles (et pas un seul garçon !) du seul fait de leur apparat vestimentaire.

21. Tout le jargon sociétal sur les « communautés » et le combat aussi métaphysique que furieux entre « la République » et « les communautarismes », tout cela est une foutaise. Qu’on laisse les gens vivre comme ils veulent, ou ils peuvent, manger ce qu’ils ont l’habitude de manger, porter des turbans, des robes, des voiles, des minijupes ou des claquettes, se prosterner à toute heure devant des dieux fatigués, se photographier les uns les autres avec force courbettes ou parler des jargons pittoresques. Ce genre de « différences » n’ayant pas la moindre portée universelle, ni elles n’entravent la pensée, ni elles ne la soutiennent. Il n’y a donc aucune raison, ni de les respecter, ni de les vilipender. Que « l’Autre », – comme disent après Levinas les amateurs de théologie discrète et de morale portative – vive quelque peu autrement, voilà une constatation qui ne mange pas de pain.

22. Quant au fait que les animaux humains se regroupent par provenance, c’est une conséquence naturelle et inévitable des conditions le plus souvent misérables de leur arrivée. Il n’y a que le cousin, ou le compatriote de village, qui peut, volens nolens, vous accueillir au foyer de St Ouen l’Aumône. Que le chinois aille là où il y a déjà des Chinois, il faut être obtus pour s’en formaliser.

23. Le seul problème concernant ces « différences culturelles » et ces « communautés » n’est certes pas leur existence sociale, d’habitat, de travail, de famille ou d’école. C’est que leurs noms sont vains là où ce dont il est question est une vérité, qu’elle soit d’art, de science, d’amour ou, surtout, de politique. Que ma vie d’animal humain soit pétrie de particularités, c’est la loi des choses. Que les catégories de cette particularité se prétendent universelles, se prenant ainsi au sérieux du Sujet, voilà qui est régulièrement désastreux. Ce qui importe est la séparation des prédicats. Je peux faire des mathématiques en culotte de cheval jaune et je peux militer pour une politique soustraite à la « démocratie » électorale avec une chevelure de Rasta. Ni le théorème n’est jaune (ou non-jaune), ni le mot d’ordre qui nous rassemble n’a de tresses. Non plus d’ailleurs qu’il n’a d’absence de tresses.

24. Que l’école soit, dit-on, fort menacée par une particularité aussi insignifiante que le foulard de quelques filles amène à soupçonner que ce n’est jamais de vérité qu’il y est question. Mais d’opinions, basses et conservatrices. N’a-t-on pas vu des politiciens et des intellectuels affirmer que l’école est d’abord là pour « former des citoyens »? Sombre programme. De nos jours, le « citoyen » est un petit jouisseur amer, cramponné à un système politique dont tout semblant de vérité est forclos.

25. Ne serait-on pas préoccupé, en haut et bas lieu, de ce que nombre de filles d’origine algérienne, marocaine, tunisienne, le chignon bien serré, la mine austère, acharnées au travail, composent, avec quelques Chinois non moins vissés à l’univers familial, de redoutables têtes de classe ? De nos jours, il y faut pas mal d’abnégation. Et il se pourrait que la Loi du soviétique Chirac aboutisse à l’exclusion tapageuse de quelques excellentes élèves.

26. « Jouir sans entraves », cette ânerie soixante-huitarde, n’a jamais fait tourner à haut régime le moteur des savoirs. Une certaine dose d’ascétisme volontaire, on en connaît la raison profonde depuis Freud, n’est pas étrangère au voisinage de l’enseignement et d’au moins quelques rudes fragments de vérités effectives. De sorte qu’un foulard, après tout, peut servir. Là où désormais le patriotisme, cet alcool fort des apprentissages, fait entièrement défaut, tout idéalisme, même de pacotille, est le bienvenu. Pour qui du moins suppose que l’école est autre chose que la « formation » du citoyen-consommateur.

le cri27. En vérité, la Loi foulardière n’exprime qu’une chose : la peur. Les Occidentaux en général, les Français en particulier, ne sont plus qu’un tas frissonnant de peureux. De quoi ont-ils peur ? Des barbares, comme toujours. Ceux de l’intérieur, les « jeunes des banlieues »; ceux de l’extérieur, les « terroristes islamistes ». Pourquoi ont-ils peur ? Parce qu’ils sont coupables, mais se disent innocents. Coupables d’avoir, à partir des années 1980, renié et tenté d’anéantir toute politique d’émancipation, toute raison révolutionnaire, toute affirmation vraie d’autre chose que ce qu’il y a. Coupables de se cramponner à leurs misérables privilèges. Coupables de n’être plus que de vieux enfants qui jouent avec ce qu’ils achètent. Eh oui, « dans une longue enfance on les a fait vieillir ». Aussi ont-ils peur de tout ce qui est un peu moins vieux qu’eux. Par exemple, une demoiselle entêtée.

28. Mais surtout, Occidentaux en général et Français en particulier ont peur de la mort. Ils n’imaginent même plus qu’une Idée puisse valoir qu’on prenne pour elle quelques risques. « Zéro mort », c’est leur plus important désir. Or, ils voient partout dans le monde des millions de gens qui n’ont aucune raison, eux, d’avoir peur de la mort. Et, parmi eux, beaucoup, presque chaque jour, meurent au nom d’une Idée. Cela est pour le « civilisé » la source d’une intime terreur.

29. Et je sais bien que les Idées pour lesquelles on accepte aujourd’hui de mourir ne valent en général pas cher. Convaincu que tous les dieux ont de longue date déclaré forfait, je me désole de ce que de jeunes hommes, de jeunes femmes, déchiquettent leurs corps dans d’affreux massacres sous la funèbre invocation de ce qui depuis longtemps n’est plus. Je sais en outre qu’ils sont instrumentés, ces « martyrs » redoutables, par des comploteurs peu discernables de ceux qu’ils prétendent abattre. On ne redira jamais assez que Ben Laden est une créature des services américains. Je n’ai pas la naïveté de croire à la pureté, ni à la grandeur, ni même à une quelconque efficacité, de ces tueries suicidaires.

30. Mais je dis que ce prix atroce est d’abord payé à la destruction minutieuse de toute rationalité politique par les dominants d’Occident, entreprise que n’ont rendue aussi largement praticable que l’abondance, notamment en France, des complicités intellectuelles et populaires. Vous vouliez avec acharnement liquider jusqu’au souvenir de l’Idée de révolution ? Déraciner tout usage, même allégorique, du mot « ouvrier »? Ne vous plaignez pas du résultat. Serrez les dents, et tuez les pauvres. Ou faites-les tuer par vos amis américains.

31. On a les guerres qu’on mérite. Dans ce monde transi par la peur, les gros bandits bombardent sans pitié des pays exsangues. Les bandits intermédiaires pratiquent l’assassinat ciblé de ceux qui les gênent. Les tout petits bandits font des lois contre les foulards.

32. On dira que c’est moins grave. Certes. C’est moins grave. Devant feu le Tribunal de l’Histoire, nous obtiendrons les circonstances atténuantes : « Spécialiste des coiffures, il n’a joué dans l’affaire qu’un petit rôle ».

Alain Badiou

http://bougnoulosophe.blogspot.fr/