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La fuite de Ben Ali racontée par Ben Ali


La-nouvelle-vie-de-Ben-AliLe 14 janvier 2011, au terme d’une ultime journée d’émeutes particulièrement violentes à Tunis, le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali a fini par quitter la Tunisie pour l’Arabie saoudite. Une fuite vers un exil doré dont il espèrait revenir un jour, aux dires de l’équipage de l’avion présidentiel qui l’a, avec sa femme Leïla Trabelsi et plusieurs membres de la famille, accueilli à son bord. A-t-il fui ? A-t-il été poussé vers la sortie ? Ou bien un plan avait-il été ourdi pour l’éloigner d’une situation de chaos, avant de le faire revenir comme celui pouvant ramener l’ordre ? Lire la suite La fuite de Ben Ali racontée par Ben Ali

Révolution roumaine : victoire de la révolte à Timisoara ou séparation de la Transylvanie de la Roumanie?


J’insiste beaucoup en ce moment, grâce à notre ami Valentin Vasilescu, sur les évènements qui se sont déroulés en Roumanie en décembre 1989 et qui ont été cruciaux pour l’Europe de l’Est dans son ensemble.

Pourquoi cette insistance ? Parce que plusieurs autres pays ont par la suite été mangés à la sauce roumaine, exactement de la même façon et peut-être même avec les mêmes personnes, et que savoir en détail ce qui s’est passé permettra d’enrayer la machine. Lire la suite Révolution roumaine : victoire de la révolte à Timisoara ou séparation de la Transylvanie de la Roumanie?

Esclavage : entre abolition et évolution


image002Voici l’esclavagiste ; voici son champ. Voici quelques centaines d’hommes, achetés au prix élevé.

Voici une première journée de travail effectuée, à battre le blé ; les travailleurs, à l’unisson ; les gestes se répétant, pénibles. La chaleur tapante, certainement. Une dizaine d’heures harassantes. Les esclaves exigent quelques bienfaits: de quoi manger, de quoi boire, de quoi être propres. Comment pourraient-ils travailler autrement, s’ils ne sont point en forme ?

L’esclavagiste réfléchit une fois. Un esclave coûte cher. Faut-il alors se débarrasser de ceux qui se plaignent, pour en acheter d’autres ? Cela reviendrait encore plus cher que de les garder et les entretenir. Des nouveaux venus, il y aurait toujours des plaignants ; et alors, il faudrait certainement songer à en changer tous les jours. Où et à quel moment l’esclavagiste se verrait-il gagnant ? Nulle part, ni à aucun instant.

L’esclavagiste réfléchit une seconde fois. Il faut alors donner à l’esclave ce qu’il exige, pour qu’il puisse continuer de travailler.

Les voilà, le ventre plein ; et propres. Les voilà, de nouveau, en train d’exiger. Tous demandent à dormir, et dormir sur de bons lits. Tous ressentent les douleurs de la journée passée ; et le lendemain, il en sera de même ; et le surlendemain, de même, encore. L’esclavagiste se soumet à leur volonté ; il ne peut faire autrement, sans quoi, il serait toujours perdant.

Le second jour, un blessé. L’esclavagiste se rend compte qu’il est toujours moins coûteux de soigner un de ses travailleurs que d’en racheter un autre. Et si tout le monde se blessait, tous devraient être remplacés. Inimaginable est ce scénario pour celui qui les commande. On soignera cet esclave, aux frais de la maison.

Deux mois passent. Les esclaves sont plutôt contents de leur maître, qui prend soin d’eux. Mais l’esprit du groupe se sent fatigué, de battre la terre en continue ; tous les jours. Les esclaves demandent alors un ou deux jours de repos par semaine, pour profiter d’un temps libre ; temps libre qui les repose. Ils demanderont, encore plus tard, une ou deux semaines sans travaux forcés !

Durant ces temps libres, les esclaves souhaitent s’occuper l’esprit à d’autres activités ; l’art et d’autres jeux les font sourire ; l’agréable prend le dessus et apaise. Ainsi, ils n’avaient jamais autant remercié leur maître, pour sa gratitude. Celui-ci pouvait même convenir de leurs passer quelque coquette somme d’argent, pour un événement exceptionnel ! On pouvait fêter la date d’anniversaire de leur premier jour de travail, en exemple. L’esclavagiste voyait qu’après cela, ses travailleurs ne réclamaient rien d’autre. Les comptes faits, celui-ci était enfin gagnant, et il était toujours plus cher d’acheter de nouveaux esclaves que de ménager ceux qu’ils possédaient.

Alors, l’esclavagiste finit par écrire à ses amis. Tous étaient esclavagistes ; tous entretenaient des travailleurs, et de la même sorte. Ces esclavagistes avaient décidé de se réunir, pour discuter de leurs méthodes de travail et jouir de leurs gains.

Ils décidèrent à ce moment d’abolir l’esclavage, totalement.

Ils le criaient sur tous les toits de ces nations qu’ils avaient, eux-mêmes, créées. De ces nations grandissantes, ils l’exprimaient dans tous les médias, et ils décidèrent que cet événement serait la véritable force de ces Etats. Tous acclamèrent ! Certains esclavagistes -les meilleurs- devaient encore se porter garants du devenir de ces nations. Ils se proclamèrent banquiers et politiciens, pour s’assurer du bon devenir de cette abolition.

Ils avaient décidé que leurs méthodes de travail seraient amenées à s’étendre, à la taille d’une nation.

Voici l’abolition de l’esclavage de petite taille. Voici alors, la nouvelle Société.

Voici l’esclavagisme d’une nouvelle échelle, dont personne ne souhaite se défaire. Il n’en existe point d’autre ; il n’en a jamais existé de meilleur ou de moins bon, en tant que modèle. L’esclavagisme est ce qu’il est, ainsi ; par ces travailleurs souriants et aimables ; par les maîtres bons.

Il ne faut point que l’esclave se rebelle, parce qu’on le perdrait. Or, sa force vaut bien plus que son âme. Ainsi est l’objectif ; ainsi est la clé.

Voici l’Empire, enfin.

Fares Achour

http://diktacratie.com/esclavage-entre-abolition-et-evolution/

Erdogan menacé de « Dégage », par Pepe Escobar


le-premier-ministre-turc-recep-tayyip-erdogan-s-exprime-le-3_1144660Est ce que c’est le Printemps Turc ?

Non, enfin pas encore? Est ce que le premier ministre turc Recep Erdogan est le nouveau Moubarak ? Non, enfin pas encore.

 L’Histoire nous met constamment en garde qu’il suffit juste d’une petite étincelle pour allumer un grand feu politique. L’étincelle récente à Istanbul a été fournie par un petit groupe de trés jeunes environnementalistes organisant un sit in pacifique, type Occupons, dans le parc Taksim pour protester contre la destruction prévue de l’un des espaces verts publics restants dans le centre de la ville, Gezi Parc.

La destruction de Gezi parc est la suite d’un racket mondial du néolibéralisme qui a fait ses preuves; Il sera remplacé par un simulacre – dans ce cas une réplique des Barraques de l’Artillerie Ottomane – hébergeant, quoi d’autre, encore un autre centre commercial. C’est essentiel de noter que le maire d’Istanbul, appartenant également au parti au pouvoir, le Parti Justice et Développement ( AKP) est propriétaire d’une chaîne de magasins de vente au détail qui fera du centre un tueur. Et l’homme qui détient le contrat pour ce « redéveloppement » n’est autre que le gendre d’Erdogan.

Comme prévu la répression de la police contre les manifestants auquels se sont joints des hauts responsables du principal parti d’opposition en Turquie, le Parti Républicain du Peuple (CHP) a été violente. Et rapidement le motif environnemental s’est transformé en un  » A bas le dictateur » style Tahrir.

Dés Samedi le parc Taksim était bondé de dizaines de milliers de personnes; une multitude avait traversé le pont du Bosphore venant du côté asiatique d’Istanbul, frappant sur des casseroles et des poêles style Argentine 2002 cacerolazo, violant ouvertement la loi interdisant aux piétons de traverser le pont. La police s’est empressée d’intensifier les moyens de répression passant aux canons à eau, à l’aspersion de poivre et aux gaz lacrymogènes.

Le comportement des médias turcs pour la plupart lâches a été comme prévu stupéfiant – peut être pas surprenant quand on sait qu’il y a 76 journalistes en prison accusés de soutenir  » le terrorisme » et d’autres « crimes » non spécifiés. Cela peut aussi être interprété comme le reflet de l’influence sur un allié précieux des US et de l’OTAN – du type :  » OK écrasez quelques cranes mais ne tuer personne ».

La presse écrite au moins a quelque peu fait amende honorable. Hurriyet- qui avait l’habitude d’exercer ses facultés critiques – a retrouvé une certaine dignité avec des titres tels :  » Erdogan n’est plus le tout puissant ». Zaman – qui fait partie du réseau du mouvement islamiste modéré Gulen – s’est montré inquiet face au pouvoir illimité D’Erdogan et de l’AKP, publiant des éditoriaux condamnant sa conduite « excessive » et soutenant les manifestants.

Pendant ce temps aux US et dans l’UE Ankara n’a pas vraiment été condamnée – juste l’habituel insipide « préoccupé ». La Turquie après tout est l’image CNN du pays fétiche ; il est complètement  » au diapason » avec son image de marque d’une autocratie néoliberale à succés ( tout comme les petro monarchies du Conseil de Coopération du Golfe). Etre violemment condamnés et menacés de frappes sont les privilèges de l’Iran et de la Syrie.

Qu’on l’amène au pont

Comment se peut-il que tout ait commencer avec le « redéveloppement » du parc Gezi. En fait cela est juste un petit détail d’un plan gigantesque- une petite tranche de mega projets de l’AKP dans tout Istanbul qui exclut totalement l’avis de la société civile.

La Turquie est peut être devenue la 17ème plus importante économie mondiale mais sa croissance n’est que de 3% par an en 2013 ( même si cela est bien mieux que l’Europe). L’AKP a certainement noté que le miracle économique turc repose sur des pieds d’argile basé sur des produits à basse valeur ajoutée trés dépendants des marchés – dans l’agriculture, la petite industrie et le tourisme.

Arrive le projet de troisième pont sur le Bosphore – faisant partie d’une nouvelle autoroute de 260 Km reliant Thrace à l’Anatolie de 2.6 milliards de $ us, contournant la métropole d’Istanbul et l’un des carrefours clés de l’UE pour le corridor de transport Europe Caucase Asie (TRACECA).

Lors des élections de 2011 Erdogan a démarré sa campagne en se vantant d’un « projet fou » un canal de 50 Km de la Mer de Marmara à la Mer Noire devant être achevé en 2023 – centenaire de la République turque – pour un coût de 20 milliards de $ us. L’objectif est non seulement de décongestionner le Bosphore mais aussi de construire un troisième pont et un troisième port pour déplacer l’axe d’Istanbul vers le Nord de la ville pas encore développé. Cela inclurait deux nouvelles villes de même qu’un troisième aéroport.

L’AKP a décrit cette politique ambitieuse comme une « transformation urbaine ». Le prétexte c’est le risque d’un important tremblement de terre – tel celui de 1999. Pour ce qui apparaît comme une importante affaire juteuse de spéculation foncière, Erdogan et l’AKP s’appuient sur deux agences gouvernementales. TOKI et KIPTAS qui ont fixé des prix bien trop élevés pour le turc moyen. La cible principale ce sont les classes moyennes supérieures qui votent AKP.

L’AKP est complètement obsédé par le contrôle d’Istanbul – qui représente 85 sièges sur les 550 au Parlement ( Ankara la capitale n’en bénéficie que de 31). Erdogan et sa clique ont été depuis 1994 à l’avant garde du Grand Istanbul comme membres à l’époque du parti Refah. Erdogan a commencé sa conquête de la Turquie à partir de l’ancienne capitale ottomane.

Les mega projets sponsorisés par l’AKP ont été conçus comme l’ultime plateforme pour faire émerger la Turquie dans l’aire post mondialisation tirant un maximum du cliché de « pont entre des civilisations ». Après tout 50% des exportations turques proviennent d’Istanbul. De ce marketing politico urbain de ces mega projets dépend la crédibilité mondiale de la Turquie au sein des suspects habituels les « investisseurs internationaux ». Cela n’a rien à voir avec la cohésion sociale ou le respect de l’environnement. C’est juste d’affirmer que le mouvement du parc Taksim a complètement saisi les implications de cette logique de développement autoritaire et cupide.

Il y a t-il des Amis de la Turquie ?

Erdogan a peut être admis en grommelant que les forces de police avaient suréagi. En fait il ne peut rien faire d’autre que d’accuser les manifestants qualifiés de « pilleurs » d’être « liés au terrorisme » et d’avoir des « liens glauques » ; leur seul but serait de faire perdre les élections parlementaires de 2015 à l’AKP. Erdogan s’est vanté de pouvoir faire descendre dans les rues 1 million de supporters de l’AKP pour chaque 100 000 manifestants actuels. Et bien 5000 d’entre eux sont déjà parvenus à caillasser son bureau à Besiktas.

Les manifestations se sont déjà étendues à Izmir, Eskisehir, Mugla, Yalova, Bolu, Adana et même dans les fiefs de l’AKP tel Ankara, Kayqseri et Konya. Ils sont des dizaines de milliers. Chaque nuit à Ankara et Istanbul ( même dans les zones résidentielles endormies) on peut entendre les klaxons de voitures et les habitants tapant sur leurs casseroles et leurs poêles de leurs balcons , cela pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers de personnes.

A l’évidence le mouvement du parc Taksim/Occupé Gezi/ A Bas le dictateur s’étend rapidement au secteur laîc de la Turquie complètement opposé à l’AKP et au mélange trés personnalisé de néolibéralisme dur et conservatisme religieux d’Erdogan.

Les turcs laïcs voient clairement comment Erdogan essaie de profiter un maximum d’un « processus de paix » fumeux avec les Kurdes du PKK afin de pouvoir récolter un maximum de votes pour un référendum constitutionnel. Le référendum détruirait le système parlementaire et installerait un système présidentiel – à portée de main d’Erdogan dont le mandat de premier ministre se termine en 2015 et qui meurt d’envie de rester en politique comme président.

Erdogan bénéficie peut être d’une solide majorité en Anatolie conservatrice. Mais il se peut qu’il joue aussi avec le feu. C’est un homme qui il y a plus de 2 ans criait : »Moubarak doit écouter son peuple » – et de même Assad en Syrie. Actuellement la majorité des Turcs rejette totalement le « soutien logistique » d’Ankara aux gangs syriens de « rebelles ».

Cerise ironique sur le gâteau c’est Damas qui maintenant met joyeusement en garde Erdogan de réduire la répression violente, écouter « son peuple » ou démissionner.

Et la suite ?

Erdogan installe une zone d’exclusion aérienne au dessus d’Istanbul ( ou l’OTAN installe une zone d’exclusion aérienne au dessus d’Erdogan) ?

Les « rebelles » kurdes reçoivent une aide directe de Damas, de Teheran et du Hezbollah ?

Damas appelle à une réunion internationale des « Amis de la Turquie » ?

Pepe Escobar 03/06/2013 Asia Times Online

Article en anglais

Traduction Mireille Delamarre