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Pour une relecture complète des évènements en Égypte


Points de vue alternatifs

A poster of deposed Egyptian President Mursi lies amid the debris of a cleared protest camp outside the burnt Rabaa Adawiya mosque in CairoDans un contexte où les dernières tensions en Égypte (combinée avec les soucis budgétaires aux USA) ont conduit les États-Unis à stopper temporairement l’aide militaire allouée à l’Égypte (ce qui posera à court et moyen-terme certains problèmes diplomatiques) et que les Frères Musulmans et les organismes liés ont tous été interdits, des journalistes de Reuters ont mené une longue enquête pour déterminer les ressorts de la destitution de Mohamed Morsi.

Source : article de Reuters

Informations contenues dans l’article

– Tandis que les médias avaient l’attention fixée sur les évènements du Caïre fin janvier 2011, des évènements d’importance se jouaient dans la prison de Wadi-el-Natrun où 34 membres des Frères Musulmans, arrêtés récemment, y ont été libérés (dans des conditions troubles qui vont bientôt être examinées et que certains mails de Wikileaks permettent de mieux cerner) conduisant à une série de nombreuses évasions en série dans d’autres prisons qui ont totalement débordé la police égyptienne, lui ont fait perdre sa maîtrise des évènements et ont laissé un profond traumatisme chez les officiers et la base (des centaines de policiers et agents de sécurité ont été tués dans ce jour appelé « Vendredi de la Rage »). Ce profond traumatisme dans le ministère de l’Intérieur appelait une vengeance chez de nombreux officiers selon les sources officielles de Reuters.

– « Quand le chef des armées Abdel Fattah al-Sisi est apparu à la télévision en juillet 2013 pour annoncer la fin de la présidence de Morsi et des plans pour les élections, il était largement admis que les dirigeants militaires égyptiens avaient été les chevilles ouvrières derrière la contre-révolution dans le pays. Mais des dizaines d’entretiens avec des responsables de l’armée, de la sûreté d’État et de la police, ainsi que des diplomates et des politiciens, montrent que c’est le ministère de l’Intérieur qui a été la principale force derrière la destitution du premier président démocratiquement élu de l’Egypte. »

– L’article identifie alors les méthodes des agents du renseignement du ministère de l’Intérieur. Ils identifiaient des militants qu’ils rencontraient et quand les militants leur soumettaient leurs craintes que l’armée et le ministère de l’Intérieur allaient donner le pays aux Frères Musulmans, ils leurs conseillaient (et leur donnaient un soutien logistique pour) de descendre dans les rues pour manifester contre Morsi (qui faisait face à ce moment aux soucis inhérents à une transition délicate du pouvoir). Bien que les militants « conseillés » par les renseignements ne fassent pas partie de ceux qui ont lancé les premiers grands mouvements et notamment le mouvement Tamarrod, les sources du ministères de l’Intérieur affirment qu’ils ont largement bénéficié du soutien du ministère de l’Intérieur (tandis que les médias se contentaient de parler « d’apprentis sorciers » qui voulaient changer le monde). Ce soutien mobilisait de très nombreux fonctionnaires du ministère qui lançaient, faisaient circuler et signaient eux-même les pétitions avant de rejoindre les manifestants dans les rues.

– L’article souligne ensuite que cette opération a été rondement menée, deux ans après avoir perdu son pouvoir suite à la « révolte contre Moubarak » (facilitée par les éléments rappelés ci-dessus), le ministère de l’Intérieur le récupère en mettant en scène une répression sanglante des Frères Musulmans. Les membres du ministère sont désormais dépeints comme les héros et les sauveurs du pays. Cela alors que deux ans auparavant c’est leur soi-disant brutalité qui aurait conduit à la révolution contre Moubarak. La confiance étant revenue dans les rangs du ministère de l’Intérieur celui-ci parle ouvertement de rétablir le type de sécurité (telle que pratiquée sous Moubarak) notamment via l’Unité de Sécurité Politique (qui était redoutée à l’époque) tout en promettant de ne pas reproduire les « violations passées« .

– L’article souligne que la clé de cette reprise en main a été «  la capacité du ministère de l’Intérieur à tisser des liens beaucoup plus étroits avec l’armée, l’institution la plus puissante et respectée en Egypte. C’était une tactique qui a commencé presque aussitôt que Moubarak a démissionné. »

– Dès les semaines suivants la chute de Moubarak des réunions furent organisés dans les académies de police abordant la question de comment « faire face » (ou gérer – to handle) aux Frères Musulmans (selon des policiers ayant assistés aux réunions). Les officiers de rang intermédiaires et inférieurs refusaient la possibilité de transiger avec une force politique influencée par les Frères Musulmans. Les officiers supérieurs ont tenté de les rassurer en leur disant d’attendre le bon moment pour agir contre eux, mais cela n’a pas réellement calmé les ardeurs. Un officier supérieur de la Sureté d’État affirme qu’ils n’y avaient pas d’ordres officiels pour désobéir à Morsi mais que les agents à la base refusaient d’être des « outils de la Fraternité » (en raison du ressentiment des évènements de 2011 mais également des années 90). Les tensions sont allées croissantes quand Morsi a amnistié 17 militants islamistes condamnés pour des assassinats de policiers dans les années 90.

– Quand Morsi a décidé de s’octroyer plus de pouvoir fin 2012 (sans doute pour remédier justement à cette absence d’autorité sur les forces de sécurité) et que les premières manifestations se sont déclenchées [sans doute avec les méthodes de juillet 2013], la police a refusé d’intervenir, et même de prendre en charge les militants et manifestants qui lui étaient livrés par les forces Pro-Morsi. Alors que des militants favorables à Morsi étaient tués dans des heurts consécutifs à ces évènements, les informations relayées étaient celles des militants anti-Morsi battu par certains partisans de celui-ci. Morsi a alors fait une erreur en annulant une réunion demandée par l’armée pour réfléchir sur la manière de « calmer l’orage ». Le message implicite adressé à l’armée et qui était de rester en dehors de la politique est très mal passé dans les rangs des militaires .

– En janvier 2013, Morsi a changé le ministre de l’Intérieur pour un homme jugé moins proche des anti-Morsi, Mohamed Ibrahim. Néanmoins celui-ci, ancien assistant du ministre de l’Intérieur pour les affaires pénitentiaires a entrepris de se rapprocher des éléments de l’armée et notamment du général Sisi avec qui il établissait des contacts directs et qu’il complimentait régulièrement pour sa gestion des diverses crises. Le général Sisi (ou Sissi selon…) avait, selon l’article, le charisme pour inspirer les jeunes officiers dans lesquels Morsi ne voyait pas le danger (il avait déjà renvoyé les vieux officiers de l’époque Moubarak).

–  Les chefs de la police du pays ont commencé à faire passer le message selon lequel, les Frères Musulmans étaient indésirables . Des combats avaient lieu régulièrement dans les rues « rendant les policiers aussi durs et impitoyables que l’armée » et alimentant leur détermination.

– Dès le début 2013, des officiels du ministère de l’Intérieur et des officiers de l’armée ont commencé à se rencontrer pour évoquer l’avenir du pays et des Frères Musulmans selon des officiers ayant participé aux réunions. Le ministère de l’Intérieur soutenait que les Frères étaient une « menace pour la sécurité nationale » et qu’ils devaient quitter le pouvoir. Usant des méthodes rhétoriques utilisées dans les années 90, les officiels du ministère de l’intérieur a suggéré aux officiers de l’armée d’assimiler tous les islamistes à des terroristes. C’était une perte de temps de croire qu’ils pouvaient offrir quelque chose à l’Égypte selon des membres du ministère (influencé par les conflits de 90 et les évasions de 2011). « Les Frères ont un problème avec l’Etat égyptien », a déclaré le responsable de la Sécurité d’Etat. « Je suis certain que Morsi est venu de mettre en œuvre le plan de la Confrérie … Ils ne croient pas en la nation d’ Egypte pour commencer. »

– Le message commençant à se diffuser au sein de la police et de l’armée à un rang de plus en plus élevé, Sisi a averti Morsi que son gouvernement n’allait pas pouvoir durer. Morsi aurait alors envisager de profondes restructurations de la police et de l’armée qui ont soudé encore un peu plus les officiers contre lui (la version inverse est soutenue par les Frères Musulmans).

– Les pressions se sont intensifiées sur l’armée lorsque le Tamarrod a débuté (qui n’a fait qu’avaliser ce qui était perçu, souhaité et projeté dès le départ par des éléments puissants du ministère de l’Intérieur). Néanmoins le mouvement Tamarrod n’a fait que poursuivre le mouvement de fond qu’illustre une réunion de 3 000 officiers de police mi-juin et qui a débouché sur l’expression d’une volonté de destituer Morsi. Les mouvements de colère de la population débouchant sur la destitution de Morsi étaient appelés par les officiers du renseignement : « La révolution de l’état ».

– Malgré la violente répression qui a suivi sur le terrain (allant parfois à l’encontre des instructions des officiels qui voulaient que des dispersions aux canons à eau soient préférées aux « gaz lacrymogènes, balles et bulldozers »), le ressentiment et la rhétorique employée pour justifier le renversement de Morsi ont permis également de justifier une très forte brutalité et de nombreux morts. Ainsi les propos des responsables de l’armée : « Nous avons aussi des troupes sur le terrain qui savent que cette décision (de recourir à des moyens plus modérés) ne peut jamais être mise en œuvre lorsqu’il s’agit de tout ce qui touche à cette organisation terroriste. La force doit être utilisée et elle ne peut jamais être évitée avec ces gens. » répondent étrangement aux propos tenus par le « co-fondateur » du Tamarrod dans une interview à l’Humanité interrogé sur la dispersion par la force des sit-in : « C’était une mesure nécessaire parce que nous n’avions pas affaire à des sit-in pacifiques mais à des foyers du terrorisme. Il fallait évacuer ces sit-in.« . La confiance en la police et l’armée est également affirmée : « Nous faisons confiance aux forces de l’ordre et à l’armée pour éviter à l’Égypte un scénario à la syrienne ou l’installation d’al-Qaida. » qu’on peut mieux comprendre désormais.

– « Deux ans après l’évasion de la prison de Wadi el-Natrun, le ministère de l’Intérieur détient à nouveau le pouvoir. Il a annoncé qu’il allait utiliser des balles réelles lorsqu’il ferait face à des manifestants qu’il accuse d’ « effrayer les citoyens. » Les camions utilisés par les forces de sécurité anti-émeute autrefois redouté sont maintenant recouverts d’inscriptions : « La Police du Peuple ». Le gouvernement a emprisonné les principaux dirigeants de la Fraternité dans le but d’ écraser le plus ancien mouvement islamiste en Egypte. Fonctionnaires Frères musulmans sont maintenant confrontés à des procès dans le cadre des manifestations d’Ittihadiya« . [Il est même allé jusqu’à dissoudre le mouvement, sur la base de documents soi-disant retrouvés dans les sièges des Frères Musulmans].

– Tout le monde n’adhère pas à cette ligne répressive, et les conditions de détention des membres des Frères semblent être pires que celles des pires heures du régime de Moubarak. Les avocats qui défendent ceux-ci confient ne pas dormir longtemps au même endroit…

Conclusion et discussion :

Alors que des mouvements dit « tamarrod » essaye de se structurer en Tunisie ou en Libye, il apparaît que, loin de la vision médiatiquement véhiculée d’une révolte populaire spontanée contre un régime illégitime, les racines de la révolution « de l’état » soient paradoxalement à rechercher dans les racines de la chute de Moubarak . Dès la chute de celui-ci, de vieux ressentiments et de récentes blessures se sont combinées au sein d’un appareil d’État qui perdait de son pouvoir… L’hostilité de la base des forces de sécurité aux Frères Musulmans et un habile rapprochement avec l’armée ont fourni le terreau (situation économique difficile, absence de sécurité, tensions…) sur lequel une révolte populaire a pu naître soutenue par la base des forces de sécurité. Morsi était alors condamné à l’échec. De retour au premier plan, la nouvelle alliance entre le ministère de l’Intérieur et l’Armée tente de purger le pays de la présence des Frères alimentant de nombreuses craintes (droits de l’homme, violences, extension aux opposants politiques etc…).

Le quotidien Al-Ahram titrait hier : « Tamarrod : marche arrière toute » En soutenant la comparution des civils devant les tribunaux militaires, Tamarrod semble avoir renié ses positions. Beaucoup accusent désormais ce mouvement, à l’origine de la destitution de Morsi, de soutenir aveuglément les méthodes de l’armée. »

« La colère et la frustration des partisans du président islamiste Mohamed Morsi, destitué début juillet, ont provoqué depuis lors des violences meurtrières. Celles-ci ont engendré une répression féroce de la part des forces de l’ordre à l’encontre des Frères musulmans, ce qui a renforcé l’animosité à leur égard ainsi que la polarisation du peuple égyptien. » (Lalibre.be). Le cercle vicieux est démontré, même si la volonté de l’appareil d’État de purger la société égyptienne des Frères Musulmans (tous assimilés comme terroristes) joue aussi beaucoup et n’est que superficiellement traitée. // « L’interdiction d’activité dont la justice a frappé les Frères musulmans il y a 15 jours va sans doute encore renforcer cette marginalisation. « Les Frères ne vont plus pouvoir être actifs sur le terrain, ou financer leurs activités sociales. S’ils auront peut-être encore la capacité de collecter de l’argent, ils auront plus de mal à le distribuer sous forme d’aides sociales », souligne M. Moniquet. « Il est probable que certains se tournent vers d’autres types d’actions et repassent à la violence« .

L’Égypte est partie pour connaître de longs mois, voire années de violence et de tensions qui déboucheront sur quelque chose de totalement inconnu à l’heure actuelle.

Le général Sisi se dévoile ?


385961-01-02.jpg.crop_displaySelon le journal Al Jomhouriya, Mahab Mamich, président de l’organisme chargé de la gestion du canal de Suez vient d’affirmer que l’Egypte ne bloquerait le canal de Suez que pour les Etats contre lesquels il est en guerre ouverte »!!

L’Egypte est-elle en guerre ouverte, actuellement, contre quelque pays que ce soit ? Evidemment non. Cela veut donc dire que le canal est ouvert, pour l’US Navy en particulier.

Cela veut dire aussi que si une guerre à grande échelle se produisait, et que l’armée égyptienne s’engageait  auprès de son sponsor l’Arabie Saoudite (donc des Etats-Unis), cette déclaration voudrait dire que les américains auraient le contrôle total du Canal de Suez et en fermeraient l’accès à leurs ennemis.

Etait-ce cela la raison d’être de tous les évènements égyptiens, c’est-à-dire la certitude de pouvoir contrôler le Canal de Suez en vue de l’intervention en Syrie ? Si c’est le cas, ce serait du grand art.

Avic

Dangereuse montée aux extrêmes au Moyen-Orient


Tribune libre Byblos

fr-moyen-orientEn confiant depuis juin dernier la conduite de la guerre en Syrie à l’Arabie Saoudite – en remplacement du Qatar, viré pour incompétence –, le Bloc occidental a aussi opté pour la surenchère sanglante. Massacres dans les villages alaouites autour de Lattaquié ; vraie-fausse attaque chimique pour tenter de justifier l’intervention du Bloc au  moment où ses mercenaires s’essoufflent : l’accélération est phénoménale. Mais elle déborde désormais sur le Liban voisin. Après l’attentat perpétré dans la banlieue chiite de Beyrouth il y a une semaine, une nouvelle attaque a frappé hier les sunnites à Tripoli, dans le nord du pays. La stratégie est cousue de fil blanc. Il s’agit de précipiter le Pays du Cèdre dans une nouvelle guerre confessionnelle pour «fixer» le Hezbollah, soutien de Damas.

La sanglante empreinte des Saoud en Syrie…
Le Bloc atlantiste semble avoir joué sa dernière carte en confiant la gestion de la guerre en Syrie à la Maison des Saoud. Matrice du terrorisme international islamiste, le Royaume sait qu’il n’a pas droit à l’erreur et a immédiatement donné le ton.
Dans les environs de Lattaquié, des villages entiers d’Alaouites ont récemment été massacrés dans un déferlement d’horreurs soigneusement ignorée par la presse-Système. L’idée est simple : susciter les désertions en faisant comprendre aux officiers de l’armée syrienne que tant qu’ils combattront sur le front, leurs familles seront décimées à l’arrière.
Ces massacres sont d’ailleurs survenus au lendemain d’une visite du chef des Renseignements saoudiens, Bandar ben Sultan, à Moscou, où il était venu proposer des contrats mirifiques à Poutine en échange de son lâchage de Bachar el-Assad. Le Prince avait été éconduit par le chef du Kremlin, et la riposte ne s’est donc pas faite attendre.

…et au Liban désormais
Nos sources au Liban pensent que c’est encore l’Arabie Saoudite qui est l’inspiratrice du récent attentat qui a frappé la banlieue sud de Beyrouth, pour punir le Hezbollah d’avoir participé à la bataille de Qousseir aux côtés de l’armée syrienne.
Et à l’heure où nous écrivons ces lignes, un nouvel attentat a frappé cette fois Tripoli, dans le nord du Pays. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’une politique de déstabilisation est à l’œuvre au Liban pour faire éclater une guerre confessionnelle entre sunnites et chiites. La stratégie est cousue de fil blanc.
«Un coup chez les Chiites, un coup chez les Sunnites : maintenant qu’ils ont un mandat des Américains, les Saoudiens se lâchent», nous confie une source de haut niveau à Beyrouth.» Et d’ajouter : « Il ne faut pas non plus sous-estimer le fait qu’au-delà du mandat américain en Syrie, les Saoudiens ont leur propre agenda dans la région (1)

Deadline en 2014 ?
Pour l’heure, la Syrie – et par ricochet le Liban donc – résiste tant que faire se peut à l’assaut de coupe-jarrets islamistes, mais aussi des mercenaires encadrés par des commandos jordaniens, israéliens et américains désormais. C’est que le temps presse, car il semble qu’une deadline ait été fixée à Riyad qui doit impérativement réussir à renverser le régime syrien avant l’élection présidentielle de 2014.
Les attentats perpétrés au Liban et le récent montage d’une vraie-fausse attaque chimique abracadabrantesque dans les environs de Damas attestent de cette accélération.
– Au passage, notons notre effarement de constater à quel point la presse-Système militante a perdu tout sens critique en relayant cette information sans le moindre scepticisme. Car de deux choses l’une, soit on est d’une parfaite mauvaise foi, soit on est complètement con, pour croire une seule seconde que le régime syrien va lancer une attaque chimique dans les faubourgs de Damas alors qu’il est en train de gagner sur tous les fronts et que les enquêteurs de l’ONU sont sur place –.

L’Occident en train de perdre le Moyen-Orient
Il faut replacer cette inflation de violences dans la vertueuse tentative de remodelage du Moyen-Orient voulue par Washington et ces zélateurs.
Et c’est peu dire que tous les pays qui ont eu le malheur d’être secouru par l’Occident se sont retrouvés ruinés, dévastés, livrés à une violence sans fin.
Aux guerres mafieuses lancées en Afghanistan et en Irak sous prétexte de croisade post-11 Septembre, ont succédé l’offensive généralisée contre les Chiites et la lamentable tentative de prise de contrôle du Printemps arabe. Résultat : l’Irak, l’Afghanistan et la Lybie agonisent, la Syrie baigne dans son sang et le Liban se bat pour ne pas être emporté dans la guerre voisine.
Du côté de l’Egypte, la rupture est également consommée avec Washington et Paris. Partout, de Kaboul à Bagdad, en passant par Beyrouth, Tripoli, Téhéran, Damas ou Le Caire, la rue rejette désormais la narrative occidentale et il n’y a plus guère que les proconsuls payés par le Bloc pour lui trouver encore quelques vertus.

La perte de l’Egypte
«Obama a d’abord soutenu Moubarak et a voulu ensuite nous imposer les Frères musulmans. Mais qu’est-ce qu’il croyait, qu’on allait accepter de passer d’un régime de fous à un autre parce-que ça arrange les Etats-Unis? Et pourquoi l’Europe nous menace ? Vous trouvez qu’on ne mérite pas mieux que des fanatiques menteurs et incompétents pour nous diriger?»
Ce coup de gueule d’un ami cairote hier, musulman pieu mais adversaire acharné des Frères musulmans, nous semble bien résumer l’amertume qu’ont suscitées au Caire les condamnations – forcément outrées –, de capitales occidentales – forcément vertueuses –, suite au «massacre» perpétré par l’armée égyptienne pour briser l’insurrection des Frères musulmans le 14 août dernier.
Chez les révolutionnaires de la première heure au Caire, la (re)prise de de contrôle du pays par l’armée est donc perçue comme une étape nécessaire d’une révolution toujours en marche.
Bien sûr, le processus est par nature dangereux, et comme nous le relevions dans notre précédente brève, le Conseil suprême de forces armées égyptien, le Scaf, devra jouer les équilibristes pour établir une feuille de route convaincante vers un retour du pouvoir civil, tout en évitant de se faire «pénétrer» par des saoudiens ou des israéliens toujours en embuscade.
Reste que Washington et Paris, donc l’UE, sont désormais hors-jeu de l’équation égyptienne, ce qui représente sans aucun doute un événement majeur pour la région.

La catastrophe générale est en marche
Le tableau qui se dessine est donc celui d’une catastrophe générale à venir pour l’Occident au Moyen-Orient :
– L’Irak passe lentement mais sûrement dans le giron iranien ;
– L’Afghanistan est en bonne voie pour retourner aux talibans ;
– La Libye s’évapore dans les guerres tribales ;
– Malgré la surenchère saoudienne en Syrie, le régime résistera tant que la Russie et la Chine le soutiendront et, à terme, il semble bien que Washington et Paris devront se résoudre à capituler sur ce front également ;
– En Egypte, le Bloc occidental vient aussi de perdre la bataille des cœurs.
– Quant au Liban, la déstabilisation très probablement orchestrée par les alliés de Washington, et la récente inscription du Hezbollah sur la liste des groupes terroristes de l’UE, achèvent de disqualifier là encore le Bloc occidental comme interlocuteur valable au Pays du Cèdre.
Ironie de l’Histoire, dans ce tourbillon de batailles perdues, de rendez-vous ratés et de stratégies occidentales foireuses au Moyen-Orient, le seul pays qui semble devoir rester stable envers et contre tout, n’est autre que l’Iran.
Décidément, il vaut mieux avoir l’Occident pour ennemi déclaré que comme sauveur.
Et ça, le Moyen-Orient l’a désormais intégré.

(1) Pour l’Arabie Saoudite, c’est la montée en puissance chiite qu’il s’agit de briser. Depuis la révolution islamique de 1979 en effet, une compétition féroce oppose Riyad et Téhéran pour le leadership musulman. Depuis la première guerre du Golfe, jamais les pétromonarchies n’ont été plus éloignées de leurs références islamiques et leur soumission aux intérêts américains, voire israéliens, est très mal perçue par la rue arabe. Avec des positions (anti-israéliennes, anti-américaines) aux antipodes de ses voisins du Golfe, Téhéran s’affirment donc de plus en plus comme une référence religieuse plus convaincante malgré le fossé qui sépare les branches sunnites et chiites de l’Islam. Au demeurant, on constatera aussi que les pays du Golfe sont en proie à des troubles souvent liées à leurs très fortes minorités chiites, sans parler de Bahrein dont la population est à 70% chiites. Pour les puissances du Golfe, la priorité absolue est donc à la chute de l’Iran chiite, et la déstabilisation du régime chiite alaouite de Bachar al-Assad n’est là aussi qu’une étape. –

http://www.entrefilets.com/dangereuse%20montee%20aux%20extremes%20au%20moyen-orient.html#sthash.KIAznDpj.dpuf

 

Egypte: la «Restauration» à l’ombre des Saoud et de Tel Aviv


Tribune libre Byblos

abdallah_al_saoud_et_netanyahou_01Une révolution, une vraie, est une succession de batailles avec des victoires et des défaites, des percées et des retours en arrière, des sursauts et des bons en avant. En trois ans, les Egyptiens ont ainsi successivement balayé trois «gouvernements» : la tyrannie Moubarak, puis celle du Scaf (le Conseil suprême de forces armées mise en place pour la transition) et, bien sûr tout récemment, les Frères musulmans. Il faut dire que la déception des Egyptiens face à l’équipe Morsi a été d’autant plus énorme que les attentes étaient grandes. Le régime instauré par les Frères s’est révélé aussi brutal, sanguinaire et incompétent que celui de Moubarak. Prière de «dégager» donc ! Sauf que la reprise en main de l’armée a aujourd’hui des parfums de «Restauration» avec en prime, les Saoud et Tel Aviv en embuscade.

De l’élection à l’éjection
Propulsés aux affaires, les Frères Musulmans auront été en dessous de tout. Et à ce titre, les mouvements populaires qui ont abouti à leur éviction étaient donc parfaitement légitimes, fondés, et s’inscrivaient dans la continuité logique d’une révolution authentique qui ne pouvait s’accommoder de la mise en place d’un clone de Moubarak affublé d’une barbe. Car en un an de règne, c’est bien ce à quoi ont assisté les Egyptiens.
Petit rappel des faits :
– Le 30 juin 2012, Morsi gagne la présidentielle avec 51,7% des voix.
– Durant les 5 premiers mois, sa gouvernance patine, mais il trouve le temps de libérer des douzaines de prisonniers pourtant convaincus de terrorisme, et dont certains ont même trempé dans l’assassinat de l’ancien président égyptien Anouar el-Sadate.
– En novembre 2012, Morsi se fend soudain d’un décret présidentiel lui accordant d’immenses pouvoirs, dont celui de voir ses futurs décrets incontestables par aucune Cour de justice. La manœuvre est si énorme qu’un million et demi d’Egyptiens descend dans la rue pour protester, soutenus en cela par de nombreux partis. Il y aura 5 morts.
– Quelques semaines plus tard Morsi dissous la Cour suprême, taxée de trahison… Dans la foulée, il vire le Procureur général pour le remplacer par un de ses sbires.
– Un mois plus tard, il annule la Constitution et nomme une commission formée essentiellement de membres de son parti ou de sa mouvance pour rédiger un nouveau texte. Le texte est adopté par 18% des Egyptiens seulement, lors d’un référendum pour le moins discutable.
– Durant toute cette période, l’économie égyptienne s’enfonce dans le marasme le plus complet. Le chômage double et la livre perd 20% de sa valeur.
– Durant toute cette période, les disparitions se poursuivent, les arrestations et les détentions arbitraires continuent, et l’on torture autant qu’avant dans les prisons égyptiennes.
– Le 30 juin 2013, des millions d’Egyptiens révoltés se massent alors à nouveau Place Tahrir et dans tout le pays en réclamant le départ de celui qui, en un an, a réussi à réinstaurer un régime tout aussi toxique que le précédent, trahissant tout espoir de changement.
Le passif des Frères est énorme, leur échec est absolument total.

Washington hors-jeu
La sanction tombe le 3 juillet, le général Abdel Fatah Al-Sissi, chef d’état-major de l’armée égyptienne, annonce la destitution de Mohamed Morsi. C’est le retour de l’Armée aux Affaires.
Sauf que les Frères ne l’entendent pas de cette oreille et mobilisent leurs troupes. Le sit-in s’organise et prend de l’ampleur.
Du côté de l’Etat-major égyptien, les grandes manœuvres se préparent.
Des campagnes de propagande anti-Frères sont lancées à grande échelle dans le pays. Les rédactions des journaux et télévisions égyptiennes collaborent sans réserve, déçues qu’elles sont elles aussi de la pitoyable gouvernance des Frères.
Dans le plus grand secret, des tractations sont pourtant entamées entre le Scaf et les Frères pour éviter le bain de sang.
Washington alors entre en jeu et plaide la cause de la modération. Le secrétaire à la défense US, Hagel, tente à maintes reprises de convaincre al-Sissi de composer. Dans la balance : le milliard de dollars et demi d’aides que les US donnent encore annuellement à l’Egypte pour garantir la survie de l’accord de pays avec Israël, et le libre-passage sur le Canal de Suez.
Mais Al-Sissi reste inflexible.
Il sait que les Américains ont davantage besoin d’allouer cette aide à l’Egypte, que lui de la recevoir.  Cette manne ne couvre en effet que le 20% des besoins actuels de l’armée égyptienne. En revanche, l’aide en question représente une forme de blanchiment de capitaux dont les Etats-Unis ont besoin, et en particulier le Pentagone puisque la plus grande partie de cette manne lui revient au travers des achats d’armements de l’armée égyptienne, armement parfois totalement inutile à ladite armée, mais nécessaire à l’opération de blanchiment en question.
Le général égyptien sait donc qu’il peut compter sur le lobbying du complexe militaro industriel pour maintenir cette «aide» qui lui est indirectement destinée…  et pour l’heure, le calcul d’al-Sissi reste payant. Au demeurant, les fournisseurs d’armes ne manquent pas dans le pipeline d’Al-Sissi le cas échéant.
La décision de briser les Frères est donc prise, les modérés prennent congé.
La répression commence le 14 août. L’extrême violence de l’intervention, les centaines de morts et l’arrestation des cadres des Frères musulmans ne laissent planer aucun doute sur la volonté du Scaf d’en finir avec la Confrérie.
L’ampleur du massacre est un message.
La parenthèse des Frères au pouvoir est terminée en Egypte.

Riyad et Tel-Aviv jubilent
C’est que d’autres acteurs ont également avancés leurs pions dans l’affaire.
A commencer par la maison des Saoud, qui voyait d’un très mauvais œil l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Egypte, craignant la contagion en cas de réussite de leur gouvernance.
Contrairement à l’idée reçue, le Royaume Saoudien est en effet bancal. C’est un agglomérat de forces antagonistes pilotées par des princes gavés de pétrodollars et miné par les dissensions. C’est aussi un Royaume en proie à une forte contestation interne où les Frères possèdent des relais importants. Dans les années 1950-60 nombre de ses cadres s’y sont en effet installés en fuyant les persécutions subies en Egypte, en Syrie, en Irak ou en Algérie. Les Frères musulmans ont également participé aux contestations qui ont ébranlé le Royaume. Comme le rappelle Alain Gresh, la vision politique des Frères «— un Etat islamique, certes, mais bâti sur des élections — diverge de celle de la monarchie, fondée sur l’allégeance sans faille à la famille royale saoudienne. Celle-ci a d’ailleurs préféré financer les divers courants salafistes, dont le refus d’intervenir dans le champ politique et l’appel à soutenir les pouvoirs en place, quels qu’ils soient — la famille royale comme M. Moubarak —, la rassuraient.»
Ce n’est donc pas un hasard si, aussitôt les menaces de suspension d’aides proférées par les Européens et les Américains, les Saoudiens ont immédiatement réagi en assurant qu’ils compenseraient ces éventuelles pertes auprès du nouveau pouvoir égyptien.
Washington est ici débordé par son «allié» dans la région, allié impossible à désavouer désormais puisqu’il vient de le nommer bourreau en chef de la Syrie en remplacement du Qatar, viré de ce rôle pour incompétence.
Même offensive de Tel-Aviv, qui préfère bien évidemment n’importe quelle dictature militaire à ses portes plutôt que de voir des islamistes diriger l’Egypte. Tel-Aviv a donc très tôt mouillé la chemise en activant ses relais à Washington – et dieu sait s’ils sont nombreux – pour empêcher la suspension de l’aide américaine. Même chose en Europe où les ambassadeurs israéliens ont été mandatés pour convaincre les Européens qu’il valait mieux un pouvoir militaire que le chaos islamiste.
C’est un intéressant développement qui confirme l’existence de cette alliance contre-nature entre le royaume corrompu des Saoud et l’Etat-voyou israélien avec, au milieu, des Etats-Unis de plus en plus hors-jeu et otages de leurs alliés.

Et maintenant ?
Et maintenant retour à la case départ serait-on tenté de dire, avec un Scaf à nouveau tout puissant au Caire, ce qui laisse sans doute penser aux anciens cadres du régime de Moubarak que le cauchemar révolutionnaire touche à sa fin.
Et l’annonce de la libération sous condition du vieux Raïs doit bien sûr renforcer ce sentiment.
La Restauration donc, avec en prime les Saoud et l’entité sioniste en embuscade.
Sauf que voilà. Nous venons probablement d’assister à un soubresaut de la révolution, un retour en arrière peut-être, mais qui sera nécessairement suivi d’un rebond.
La rue n’en est plus à un gouvernement près.
Et le Scaf serait bien inspiré de prendre rapidement de la distance avec ses nauséabonds soutiens s’il ne veut pas  se voir inscrit une deuxième fois sur le tableau de chasse de la révolution.

PS: et pour terminer sur une note plus légère, voici le sms sans commentaire d’un ami marocain: « Moubarak libre, Morsi en prison, El Baradei à Vienne. C’est retour en 2010. Qui a dit qu’on ne pouvait pas remonter le temps ? »

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Egypte : les pro-Sisi, les pro-Morsi et les autres


Egypte Mersa MatruhUne photo qui circule sur la toile qui a de quoi surprendre, si elle s’avère ne pas être un fake. Elle a été postée sur Twitter et est en train de faire un buzz. Elle a été prise par un photographe inconnu dans la ville de Mersa Matruh, situé au Nord-ouest du Caire, sur la Méditerranée. Des vacanciers à la plage en Egypte avec des colonnes de fumée en arrière plan. La plage, très hautement fréquentée d’après cette image, alors que les violences font rage en Egypte, contraste avec les images que l’on voit depuis quelques jours provenant du Caire.

Qu’en est-il de tout ça ?

Apparemment, ceux que l’on voit ici semblent bien loin de la lutte acharnée pour le pouvoir entre les pro-Morsi et les Pro-Sisi. Eux sont peut-être des pro-Egypte ?

Avic

 

«Un bain de sang qui n’est pas un bain de sang»: Pourquoi l’Egypte est condamnée – Pepe Escobar


Des égyptiens en deuil près de corps enveloppés dans des linceuls dans une mosquée du Caire – le 15 Août 2013 (AFP Photo / Mahmoud Khaled)
Des égyptiens en deuil près de corps enveloppés dans des linceuls dans une mosquée du Caire – le 15 Août 2013 (AFP Photo / Mahmoud Khaled)

Le ‘’bain de sang qui n’est pas un bain de sang‘’ égyptien a montré que les forces de répression féroce et la corruption règnent en maître, tandis que des intérêts étrangers – la Maison des Saoud, Israël et le Pentagone – soutiennent la stratégie impitoyable de l’armée.

Stop. Regardez les photos. Regardez bien ces dizaines de corps alignés dans une morgue de fortune. Comment peut-on justifier cet effroyable bain de sang en Egypte ? Faites votre choix. Soit c’est remix égyptien de la place Tiananmen, soit c’est un bain de sang qui n’est pas un bain de sang, menée par les dirigeants du coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat, dans le but de lutter contre la «terreur».

Ce n’était certainement pas une opération de dispersion de foule – comme pour les «dispersions» de Occupy Wall Street par le New York Police Department. Comme l’a twitté un journaliste de Sky, c’était plutôt comme « un assaut militaire de grande ampleur en grande partie sur des civils non armés», en utilisant tout, des bulldozers jusqu’au gaz lacrymogène et les snipers.

Ainsi, les chiffres de tués sans discernement – avec des estimations croisées allant de quelques centaines (le «gouvernement intérimaire») à au moins 4500 (les frères musulmans), dont au moins quatre journalistes et Asmaa, âgée de 17 ans, fille d’une haute personnalité politique des Frères musulmans, Mohamed El Beltagy.

El Beltagy, juste avant d’être arrêté, a déclaré,  «Si vous ne prenez pas les rues, il [le général Abdul-Fattah al-Sisi, le leader du coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat et qui a nommé le gouvernement provisoire] fera ressembler le pays à la Syrie « .

Faux. Sisi n’est pas Bachar al-Assad. Ne vous attendez pas à des appels passionnés des occidentaux pour des «frappes ciblées» ou une zone d’exclusion aérienne au-dessus l’Egypte. Il pourrait être un dictateur militaire tuant son propre peuple. Mais il est un de « nos » salauds.

C’est ce que nous disons qui compte

Etudions les réactions. Les caniches léthargiques de l’Union Européenne ont appelé à la « retenue » et ont décrit tout cela comme « extrêmement préoccupant. » Une déclaration de la Maison Blanche a demandé au gouvernement intérimaire de « respecter les droits humains » – qu’on peut sans doute interpréter comme les droits de l’Homme appliqués à Manning / Snowden / le ‘’dronage’’ des écoles du Pakistan et du Yémen.

Cette excuse pathétique pour un diplomate, le Secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen, est plutôt fade, pour le moins : «L’Égypte est un partenaire important pour l’OTAN à travers le Dialogue méditerranéen. ». Traduction : la seule chose qui nous importe vraiment, c’est que les arabes fassent ce que nous leur disons.

 

Un homme pleure penché sur un des nombreux corps allongés dans une morgue de fortune après que les forces de sécurité égyptiennes aient attaqué deux gros camps de protestation dans les places Rabaa Al-Adawiya et Al-Nahda, où les partisans du président déchu Mohamed Morsi campaient au Caire , le 14 Août, 2013 (AFP Photo / Mosaab El-Shamy)
Un homme pleure penché sur un des nombreux corps allongés dans une morgue de fortune après que les forces de sécurité égyptiennes aient attaqué deux gros camps de protestation dans les places Rabaa Al-Adawiya et Al-Nahda, où les partisans du président déchu Mohamed Morsi campaient au Caire , le 14 Août, 2013 (AFP Photo / Mosaab El-Shamy)

Dépouillé de toute rhétorique – indignée ou autre – le point clé est que Washington ne coupera pas son aide annuelle de 1,3 milliards de dollars à l’armée de Sisi, quoi qu’il arrive. Wily Sisi a déclaré une «guerre contre le terrorisme». Le Pentagone est derrière elle. Et l’administration Obama suit – bon gré mal gré.

Maintenant, voyons qui est en révolte. Comme on pouvait s’y attendre, le Qatar a condamné, après tout, le Qatar finançait la présidence Morsi. Le Front d’action islamique, la branche politique des Frères musulmans en Jordanie, a encouragé les Egyptiens à maintenir la protestation pour « déjouer le complot » de l’ancien régime – c’est- dire les Moubarakistes sans Moubarak.

La Turquie – qui soutient également les Frères musulmans – a exhorté le Conseil de sécurité des Nations unies et la Ligue arabe à agir rapidement pour empêcher un «massacre», comme si l’ONU et la Ligue arabe contrôlée par l’Arabie allaient interrompre leurs coûteux déjeuners de trois heures de long pour faire quelque chose.

L’Iran – à juste titre – a mis en garde contre le risque de guerre civile. Cela ne signifie pas que Téhéran soutient aveuglément les Frères musulmans – surtout après que Morsi ait incité les Egyptiens à se joindre au jihad contre Assad en Syrie. Ce que Téhéran a noté c’est que la guerre civile a déjà commencé.

Ecraser l’adversaire

Le jeu des accusations réciproques battait son plein. Le bain de sang qui n’est pas un bain de sang s’est produit alors que le « gouvernement » nommé par Sisi avait promis qu’il s’engagerait dans une « transition » soutenue par l’armée et politiquement ouverte à tous.

Pourtant, après six semaines de manifestations dénonçant le « coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat », le gouvernement intérimaire en a eu marre et a changé de discours et a décidé de ne faire aucun prisonnier.

Selon les meilleures analyses des médias égyptiens informés, le vice-Premier ministre Ziad Baha Eldin et le vice-président aux Affaires étrangères, Mohamed ElBaradei, ont voulu y aller doucement avec les manifestants, alors que le ministre de l’Intérieur le général Mohammad Ibrahim Mustafa et le ministre de la Défense – Sisi lui-même – ont voulu y aller à la médiévale.

La première étape a consisté à titre préventif à accuser les Frères musulmans de l’effusion de sang – tout comme les Frères musulmans avaient accusé Jemaah Islamiyah pour le déploiement de kalachnikovs et pour avoir brûlé  des églises et des commissariats de police.

Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)
Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)

Une des principales raisons pour lancer le «bain de sang qui n’est pas un bain de sang », ce mercredi était une tentative par les Frères musulmans de marcher sur le tant redouté ministère de l’Intérieur. L’inflexible Ibrahim Mustafa ne l’entendait pas de cette oreille.

Les larbins de Sisi avaient nommé 25 gouverneurs de province, dont 19 généraux, dans un timing parfait pour «récompenser» les militaires  du niveau supérieur et ainsi raffermir «l’État profond» égyptien, ou l’état ​​policier, en réalité. Et pour couronner le «bain de sang qui n’est pas un bain de sang », les larbins de Sisi ont décrété la loi martiale pendant un mois. Dans ces circonstances, la démission du chouchou de l’Occident ElBaradei ne fera pas perdre le sommeil à Sisi.

L’esprit original de la place Tahrir est maintenant mort et enterré, comme l’a souligné la Yéménite miraculeusement non ciblée par les drones d’Obama, la Nobel de la paix, Tawakkul Karman.

La question clé est de savoir qui bénéficie d’une Egypte hyper-polarisée, avec une guerre civile opposant des Frères musulmans fondamentalistes bien organisés à l ‘«Etat profond» contrôlé par l’armée.

Les deux options sont tout aussi répugnantes (sans parler de compétence). Pourtant, les gagnants locaux sont facilement identifiables: la contre-révolution, parmi les Moubarakistes purs et durs, un groupe d’oligarques corrompus, et la plus grande partie de l’état profond lui-même.

Situation de répressions féroces, de corruption. Et de domination étrangère (comme en Arabie Saoudite, qui paye maintenant la plupart des factures, aux côtés des Émirats arabes unis).

Au niveau international, les grands gagnants sont l’Arabie saoudite (remplaçant le Qatar), Israël (parce que l’armée égyptienne est encore plus docile que les frères musulmans), et – bien sûr – le Pentagone, le proxénète de l’armée égyptienne. Personne, nulle part dans la Voie Lactée ne peut prétendre que cet axe, Maison des Saoud / Israël / Pentagone, est «bon pour le peuple égyptien ».

Sheikh Al-Torture est notre homme

Un bref récapitulatif est nécessaire. En 2011, l’administration Obama n’a jamais dit: « Moubarak doit partir » jusqu’à la dernière minute. Hilary Clinton voulait une « transition » dirigée par l’agent de la CIA et espion en chef Omar Suleiman – largement connu à la place Tahrir sous le nom « Cheikh al-Torture ».

Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)
Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)

Puis une blague intérieure à Washington disait que l’administration Obama allait joyeusement devenir une pom-pom girl des Frères musulmans (alliés avec le Qatar). Maintenant, comme un yo-yo, l’administration Obama met tout son poids pour renverser le narratif, qui devient – la «loyale» armée égyptienne a courageusement éliminé les « terroristes » Frères musulmans pour «protéger la révolution».

Il n’y a jamais eu de révolution pour commencer ; la tête du serpent (Moubarak) avait disparu, mais le serpent est resté bien vivant. Maintenant, nous avons un nouveau serpent, le même que l’ancien serpent. Et en plus, il est plus facile de vendre à la galerie des  mal informés l’équation : Frères musulmans = al-Qaïda.

Le Pentagone supremo Chuck Hagel a été scotché au téléphone avec Sisi pendant que le « coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat » du 3 Juillet avait lieu. Le Pentagone voudrait nous faire croire que Sisi a promis à Hagel  qu’il pourrait prendre les choses en main en un clin d’œil. Pratiquement 100% de Washington était d’accord. D’où le mot d’ordre officiel de Washington du « coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat. » Tim Kaine de Virginie, de la Commission des relations étrangères du Sénat, a même vanté les démocraties modèles, les EAU et la Jordanie, dans leur enthousiasme pour le «coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat ».

Il est essentiel de voir quels sont les cinq pays qui ont explicitement approuvé le « coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat. » Quatre d’entre eux sont des pétromonarchies CCG (membres du Conseil de coopération du Golfe, également connu sous le nom de Club Contre-révolutionnaire du Golfe) : L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Bahreïn. Et le cinquième, c’est cette petite monarchie, la Jordanie, que le CCG veut annexer au Golfe.

Encore plus pathétique que les soi-disant libéraux égyptiens, certains gauchistes, certains nassériens et les progressistes qui vont avec, défendant la soif de sang de Sisi, a été la volte-face de Mahmoud Badr, le fondateur de Tamarrod – le mouvement qui a dirigé les manifestations massives qui ont conduit à l’éviction de Morsi. En 2012, il fustigeait l’Arabie Saoudite. Après le coup d’état, il se prosterna en leur honneur. Au moins, il sait qui paie les factures.

Et puis il y a Ahmed al-Tayeb, le grand imam d’Al-Azhar, le Vatican de l’islam sunnite. Il a dit, « Al-Azhar … ne savait rien des méthodes utilisées pour la dispersion des manifestations, sauf par la voie des médias. » N’importe quoi, il a à plusieurs reprises fait l’éloge Sisi.

Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)
Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)

N’hésitez pas à admirer mes cils

Il n’y a pas d’autre façon de le dire, du point de vue de Washington, les Arabes peuvent se tuer les uns les autres jusqu’au dernier, que ce soit les sunnites contre les chiites, les jihadistes contre les laïcs, les paysans contre les citadins et les Égyptiens contre les Egyptiens. La seule chose qui importe c’est les accords de Camp David, et personne n’est autorisé à contrarier Israël.

Donc, il est normal que les sbires de Sisi en bottes demandent à Israël de garder ses drones près de la frontière, car ils en ont besoin pour poursuivre leur «guerre contre le terrorisme » dans le Sinaï. À toutes fins pratiques, Israël s’exécute au Sinaï.

Mais ensuite il y a l’annulation d’une livraison de F-16 à l’armée de Sisi. Dans la vraie vie, chaque vente d’armes US dans l’ensemble du Moyen-Orient doit avoir l’«autorisation» d’Israël. Donc, il se pourrait peut-être qu’Israël – pour le moment – n’est pas tout à fait sûr de jusqu’où Sisi peut vraiment aller.

Il est très instructif de lire ce que pense Sisi de la «démocratie» – comme cela a été démontré quand il était à l’ école de guerre américaine . C’est fondamentalement un islamiste – mais surtout il aspire au pouvoir. Et les Frères musulmans se dressent sur son chemin. Donc, ils doivent être éliminés.

« La «guerre contre le terrorisme » de Sisi est sans aucun doute un succès retentissant en tant que coup médiatique pour légitimer sa course pour un mandat populaire. Il essaie de se présenter comme le nouveau Nasser. Il est Sisi le Sauveur, entouré d’un tas de groupies. Un chroniqueur a écrit dans Al-Masry Al-Youm que Sisi n’a même pas besoin d’émettre un ordre, il suffit de « juste de battre des cils ». La campagne ‘’Sisi-président’’ est déjà commencée.

Quiconque est familier avec les dictateurs d’opérette latino-américains soutenus par les États-Unis dans les années 1970 est capable d’en repérer un. Ce n’est pas le Sauveur. Ce n’est rien de plus qu’un Al-Sisi-nator – le glorieux souverain de pacotille de ce que mon collègue Spengler a carrément défini comme une république bananière sans les bananes.

Pepe Escobar

Traduction : Avic

http://rt.com/op-edge/egypt-protests-terror-muslim-brotherhood-526/

Egypte : une partie à trois


A funeral convoy carrying the bodies of four Islamist militants drives through Sheikh Zuweid, in the north of the Sinai peninsulaD’un côté il y a le Général Sisi avec son armée et son gouvernement de transition. De l’autre, les Frères musulmans avec leur leader, Morsi, détenu par l’armée. Les deux camps avec leurs supporters se font face, prêts à en découdre, dans une ambiance malsaine pouvant mener à des affrontements sanglants.

La situation semble tellement simple que l’on a envie de dire : que le meilleur gagne. Mais tout le monde sait que ce n’est pas si simple. On voit bien qu’il y a quelque chose de plus dans l’équation égyptienne et personne ne peut mettre des mots sur cette chose. Outre les mots tabous de ‘’coup d’état’’ que l’on évite soigneusement dans certaines chancelleries et qui tendent à brouiller les évènements, on constate des faits, qui surviennent ici et là, qui viennent complétement démentir la présentation que l’on essaie de donner de ce qui se passe en Egypte.

Les snipers tout d’abord. Leur présence est récurrente tout au long des évènements depuis le début des manifestations populaires. Le problème saillant, c’est que ces snipers ne semblent appartenir à aucun des deux camps. Qui sont-ils ?

Le deuxième hic, aussi troublant, sinon plus, est en rapport avec les ‘’islamistes’’ du Sinaï, dont l’armée égyptienne (ou était-ce l’armée israélienne ?) a tué 4 membres ce week-end. Qui sont-ils ? D’islamistes à frères musulmans, tous les médias ont fait la transition sans précaution, car un long travail a été, et est encore, fait pour les assimiler. Malgré les dénégations des frères musulmans quant à leur présence dans le Sinaï, les médias préfèrent en rester à leur idée première.

Petit rappel. Tout de suite après la première révolution qui a vu tomber Moubarak, il y avait eu une attaque de ces combattants contre des gardes-frontière égyptiens. A l’époque, malgré les morts uniquement égyptiens, Israël s’était ‘’approprié’’ la destination de cette attaque. Malgré des raids de l’armée égyptienne sur le Sinaï, y compris au temps de Morsi, ces groupes ont toujours continué à sillonner la zone. Personne ne parlait alors de frères musulmans.

Ces groupes sous la désignation fourre-tout d’islamistes agissent tant sous la gouvernance des frères musulmans que sous la gouvernance transitoire des militaires. Encore une fois Qui sont-ils ? Se réveillant opportunément au moment où l’Egypte en a le moins besoin, cette troisième force semble n’être là que pour pousser l’armée à enclencher la répression.

Il faudra bien un jour chercher à identifier ces bandits et ceux qui les arment. Pour cela il faudra d’abord sortir du politiquement correct en cessant de les appeler ‘’islamistes’’ qui ne sert qu’à brouiller les cartes.

Avic

La démocratie militaire


Tribune libre MARSEILLEALBATROS

Général SisiLes Etats-Unis étaient dans une fausse ambiguïté sur la situation en Egypte et le secrétaire d’Etat américain l’a levée au Pakistan en déclarant que l’armée est intervenue pour rétablir la démocratie. Le propos suscite la controverse aux Etats-Unis mêmes où certains remarquent que John Kerry a choisi de faire sa déclaration dans un pays où, au nom de leurs intérêts, les Américains se sont accommodés, voire ont soutenu les intrusions de l’armée en politique.

Bien entendu, John Kerry a pris soin de dire que les violences subies par les manifestants sont «inacceptables» et que cela «n’est pas rétablir la démocratie». Mais c’est une exception de forme à un soutien de fond qui n’a rien de surprenant. Même si les Américains avaient des lignes de contact avec les Frères musulmans, l’armée égyptienne est l’allié stratégique par excellence, celui qui veille à ce que l’ordre géopolitique ne soit pas perturbé. Et à ce que Camp David soit respecté. Les Israéliens, eux, ont demandé publiquement et sans doute par des voies plus informelles à ce que les Américains ne la jouent pas trop «principe». Et au fond, ils ne la jouaient pas. En s’abstenant de parler de «coup d’Etat», ils ont choisi les militaires contre la démocratie.

Les médias qui parlent d’embarras américain se trompent clairement. Israël le sait, toute démocratisation dans un pays comme l’Egypte aboutira inéluctablement à une remise en question de Camp David et à un rapport très différent aux Palestiniens. Quand l’armée égyptienne intervient et reprend le peu de pouvoir qu’elle avait concédé, c’est Camp David qui est encore plus protégé. Quant aux Palestiniens, il suffit, pour ceux qui ont le cœur à ça, de se brancher les «télés mille collines» d’Egypte pour prendre la mesure de la campagne haineuse et raciste qui est menée contre eux. Quand un processus démocratique échoue – et en Egypte il ne peut être question de démocratie quand une moitié d’Egyptiens est traitée déjà en «terroriste -, Israël, la «prétendue seule démocratie au Proche-Orient», est tranquille. Et ce n’est pas exagéré de reproduire la fameuse formule «ce qui est bon pour General Motors est bon pour les Etats-Unis» en disant que pour l’establishment de Washington, «ce qui est bon pour Israël est bon pour les Etats-Unis».

Washington en soutenant la démocratie du général Sissi a cependant pris la précaution de faire savoir que le droit de manifester doit être respecté. Ce n’est pas tout à fait inutile au moment où le pouvoir égyptien a des velléités d’en découdre en désignant les espaces où les pro-Morsi organisent leur sit-in de «menaces à la sécurité nationale». Mais il faut en convenir, John Kerry n’a fait que confirmer un choix d’intérêt qui a été déjà fait par l’administration américaine. Il n’y avait aucun embarras, il y avait juste une gestion de la communication à faire. Désormais avec les déclarations de John Kerry on n’est plus dans le faux-semblant. L’intérêt prime. Washington devra cependant s’en souvenir : elle n’a pas, une fois de plus, de leçon de démocratie à donner. Même si du haut de sa surpuissance Washington pense qu’elle peut faire passer au monde entier l’idée biscornue qu’il suffit d’être l’ami des Américains pour bénéficier du label de démocratie. Sissi l’est, Sissi est donc démocrate. C’est court et c’est américain.

par M. Saadoune

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5186217

Comme au Bahreïn – Bientôt l’armée saoudienne sur les rives du Nil ?


arabieSisi peine à la tâche. Sisi patauge. Il n’arrive pas à suivre exactement les lignes qui lui ont été tracées tant elles sont mouvantes. Les alliés d’hier, l’Arabie Saoudite et l’Occident n’ont plus tout à fait le même discours. Les impératifs auxquels ils sont soumis ne sont pas les mêmes. L’Arabie Saoudite est pressée, alors que l’Occident doit composer avec ses parlements et ses opinions, pour la forme. Ryad s’en fout que l’on sache que c’est un coup d’état qui a renversé Morsi, alors que  les occidentaux doivent faire des contorsions et ruser avec ça.

Et puis il y a les deux autres acteurs qui, eux n’entendent pas du tout suivre les lignes prescrites. Les frères musulmans d’abord. Pas question pour eux d’accepter la situation telle qu’on veut la leur imposer. Ils sont décidés à résister et à faire revenir leur leader. Ensuite il y a le ou les acteurs inconnus qui cherchent à attiser le feu par tous les moyens y compris par des assassinats aveugles de part et d’autre par snipers interposés.

Une situation embrouillée dont se serait passé le général Sisi. L’Arabie Saoudite aurait bien aimé qu’il en finisse avec cette histoire qui était censée être réglée depuis longtemps. Elle n’avait pas prévu une telle résistance et une telle hargne de la part des Frères musulmans. Plus le temps passe, plus la résistance se durcit et risque de se structurer. Les prolongations ne peuvent que faire perdre tous les bénéfices du ‘’fait accompli’’ et installer une situation où tout est à faire ou refaire. Dès lors, on peut comprendre l’affolement de Riyad qui semble être, de manière de plus en plus évidente, un des promoteurs du coup d’état égyptien qui, dans sa première phase, s’est déroulé promptement, comme prévu, avec des réactions internationales encore globalement propices.

Le roi Abdallah joue gros. Pour lui, Sisi doit réussir coûte que coûte. Un échec signifierait le retour des Frères musulmans qui lui feront payer cher ses manigances actuelles et passées. Les prudences langagières à usage interne de ses alliés ne facilitent pas les choses. Il semble même que certains pourraient souhaiter ce retour.

Pour sortir de l’impasse, les solutions ne sont pas nombreuses. Il faut pousser Sisi, encore et encore à rétablir la situation, quitte à lui faire faire quelques petits massacres. L’Arabie Saoudite n’a jamais été avare pour financer ce genre d’opérations. La Syrie en sait quelque chose. Ce ne seront donc pas les moyens qui manqueront. Ni les motivations. Du côté égyptien, les premiers morts ont rendu les choses irréversibles. Les nouvelles autorités égyptiennes ne peuvent plus reculer sachant qu’ils auront désormais à répondre du sang déjà versé.

Et si les pressions et les pétrodollars de la répression n’y suffisaient pas, que pourrait bien envisager l’Arabie Saoudite ? Renforcer les forces de répression par des mercenaires ? Les mercenaires, les saoudiens connaissent, mais il y a risque de guerre civile au bout. Faire comme ils avaient fait au Bahreïn, envoyer des forces de répression ? Le Bahreïn n’est pas l’Egypte et le regard porté sur les deux pays par la communauté internationale n’est pas du tout le même. Mais vu l’évolution de la situation, il est certain que cette option, sous une forme ou une autre, a dû effleurer certains esprits.

Mercenaires ou soldats saoudiens, tous aidés par les snipers histoire d’entretenir la flamme de la discorde, les eaux du Nil risquent de changer de couleur dans les jours prochains.

Avic