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Comme au Bahreïn – Bientôt l’armée saoudienne sur les rives du Nil ?


arabieSisi peine à la tâche. Sisi patauge. Il n’arrive pas à suivre exactement les lignes qui lui ont été tracées tant elles sont mouvantes. Les alliés d’hier, l’Arabie Saoudite et l’Occident n’ont plus tout à fait le même discours. Les impératifs auxquels ils sont soumis ne sont pas les mêmes. L’Arabie Saoudite est pressée, alors que l’Occident doit composer avec ses parlements et ses opinions, pour la forme. Ryad s’en fout que l’on sache que c’est un coup d’état qui a renversé Morsi, alors que  les occidentaux doivent faire des contorsions et ruser avec ça.

Et puis il y a les deux autres acteurs qui, eux n’entendent pas du tout suivre les lignes prescrites. Les frères musulmans d’abord. Pas question pour eux d’accepter la situation telle qu’on veut la leur imposer. Ils sont décidés à résister et à faire revenir leur leader. Ensuite il y a le ou les acteurs inconnus qui cherchent à attiser le feu par tous les moyens y compris par des assassinats aveugles de part et d’autre par snipers interposés.

Une situation embrouillée dont se serait passé le général Sisi. L’Arabie Saoudite aurait bien aimé qu’il en finisse avec cette histoire qui était censée être réglée depuis longtemps. Elle n’avait pas prévu une telle résistance et une telle hargne de la part des Frères musulmans. Plus le temps passe, plus la résistance se durcit et risque de se structurer. Les prolongations ne peuvent que faire perdre tous les bénéfices du ‘’fait accompli’’ et installer une situation où tout est à faire ou refaire. Dès lors, on peut comprendre l’affolement de Riyad qui semble être, de manière de plus en plus évidente, un des promoteurs du coup d’état égyptien qui, dans sa première phase, s’est déroulé promptement, comme prévu, avec des réactions internationales encore globalement propices.

Le roi Abdallah joue gros. Pour lui, Sisi doit réussir coûte que coûte. Un échec signifierait le retour des Frères musulmans qui lui feront payer cher ses manigances actuelles et passées. Les prudences langagières à usage interne de ses alliés ne facilitent pas les choses. Il semble même que certains pourraient souhaiter ce retour.

Pour sortir de l’impasse, les solutions ne sont pas nombreuses. Il faut pousser Sisi, encore et encore à rétablir la situation, quitte à lui faire faire quelques petits massacres. L’Arabie Saoudite n’a jamais été avare pour financer ce genre d’opérations. La Syrie en sait quelque chose. Ce ne seront donc pas les moyens qui manqueront. Ni les motivations. Du côté égyptien, les premiers morts ont rendu les choses irréversibles. Les nouvelles autorités égyptiennes ne peuvent plus reculer sachant qu’ils auront désormais à répondre du sang déjà versé.

Et si les pressions et les pétrodollars de la répression n’y suffisaient pas, que pourrait bien envisager l’Arabie Saoudite ? Renforcer les forces de répression par des mercenaires ? Les mercenaires, les saoudiens connaissent, mais il y a risque de guerre civile au bout. Faire comme ils avaient fait au Bahreïn, envoyer des forces de répression ? Le Bahreïn n’est pas l’Egypte et le regard porté sur les deux pays par la communauté internationale n’est pas du tout le même. Mais vu l’évolution de la situation, il est certain que cette option, sous une forme ou une autre, a dû effleurer certains esprits.

Mercenaires ou soldats saoudiens, tous aidés par les snipers histoire d’entretenir la flamme de la discorde, les eaux du Nil risquent de changer de couleur dans les jours prochains.

Avic

Qui fomente la guerre civile en Egypte ?


714632-soldats-egyptiens-pris-position-caireLe massacre de plus de 50 personnes lors d’une manifestation, lundi, en faveur du président égyptien évincé, Morsi, au Caire a beaucoup choqué, à juste titre, tant en Egypte qu’ à l’étranger. Les éléments pro-Morsi en ont porté la responsabilité sur les forces militaires, tandis que les militaires affirmaient qu’ils avaient été attaqués avec des balles réelles. Alors que les accusations étaient lancées de part et d’autre, un nouvel aspect de cette histoire était en train d’émerger- la présence d’une troisième force, à savoir les tireurs d’élite postés sur les toits tirant sur les deux côtés du conflit. Cette révélation soulève de sérieuses questions quant à la véritable nature du conflit en Egypte et les similitudes troublantes entre ces incidents avec d’autres semblables en Syrie, en Thaïlande et ailleurs.

Le massacre du Caire

Alors que des milliers de personnes sont rassemblées près du siège de la Garde Républicaine où beaucoup croient que l’armée égyptienne détient l’ancien président Morsi, des violences ont éclaté, tuant au moins 51 personnes et en blessant des centaines. L’incident sanglant a marqué une transition claire d’un conflit purement politique à une éventuelle guerre civile.

Selon des responsables militaires, des « terroristes » pro-Morsi ont tenté de prendre d’assaut le bâtiment, provoquant ainsi une réaction violente de la part des forces militaires pour se défendre. Le colonel Ahmad Mohammad Ali, un porte-parole de l’armée égyptienne a affirmé que le personnel de police a été attaqué alors qu’il tentait de sécuriser la zone. Il a noté que, «Ils étaient sur ​​le toit des bâtiments … ils ont tantôt tiré, tantôt lancé des objets … ils tiraient à balles réelles et les militaires ont dû se défendre. » les commentaires du colonel Ali ont été repris par la plupart des grands médias en Egypte qui sont largement contrôlées par les forces favorables à l’armée et l’ancien régime de Moubarak. Cependant, les Frères musulmans et d’autres forces pro-Morsi brossent un tableau très différent.

Une déclaration sur le site web du parti Liberté et Justice des Frères musulmans accuse naturellement les forces militaires égyptiennes de tuer délibérément ceux qu’il décrit comme «manifestants pacifiques qui rejettent le coup d’Etat militaire et demandent la réintégration de leur président élu Mohamed Morsi. » Du point de vue des islamistes, le massacre, ainsi que le coup d’état lui-même, étaient une attaque directe non seulement contre les Frères musulmans, mais contre la démocratie elle-même. En outre, les meurtres semblent avoir créé un précédent, instituant que les éléments islamistes n’ont aucun recours en Égypte autre que la violence.

Malgré les différences entre ces factions opposées, il y a un dénominateur commun entre eux – les deux s’accusent mutuellement d’incitation à la violence qui pourrait conduire à une déstabilisation totale du pays. Toutefois, ici, il est essentiel de noter que la plupart des meurtres de lundi a été le fait de snipers inconnus postés sur les toits, comme le montre cette vidéo.

Bien que les tireurs d’élite semblent être vêtus d’uniformes militaires, leur véritable identité demeure incertaine. Parce qu’il est impossible de vérifier exactement qui étaient les tireurs d’élite, et pour qui ils travaillent, il est essentiel de plutôt examiner leurs possibles motivations ou l’absence de celles-ci.

L’armée a affirmé à plusieurs reprises qu’ils avaient été attaqués et que la réponse était purement défensive. Toutefois, cela ne peut vraiment expliquer la présence de snipers sur les toits, qui n’est pas une simple attitude défensive. A l’inverse, l’accusation portée par les Frères musulmans et leurs partisans selon laquelle les tireurs d’élite ne pouvaient être que de l’armée égyptienne, ne semble pas compatible avec les circonstances politiques, ni les faits sur le terrain.

Tout d’abord, il convient de noter que l’armée n’a rien à gagner et tout à perdre à utiliser une telle tactique. Ayant pris le pouvoir dans ce qui ne peut qu’être considéré comme l’un des plus ‘’populaires coups d’état » (l’expression n’est pas de moi) dans l’histoire moderne, ils avaient déjà la majorité du pays et l’opinion mondiale de leur côté. Il n’y a eu aucune condamnation dans le monde de leurs actions, au contraire, les gouvernements semblaient unanimes pour «regarder vers l’avant» et «appeler à la stabilité », simple langage codé pour le soutien tacite. Ainsi, avec le monde qui regarde l’Egypte, scrutant attentivement chaque mouvement des militaires et de l’opposition laïque, quels intérêts pourraient-ils bien avoir de semer un tel chaos? Naturellement, ils n’ont rien à y gagner. En plus de cela, la notion que les snipers militaires égyptiens tireraient sur leurs camarades est un peu trop tirée par les cheveux, pour dire le moins.

Deuxièmement, les Frères musulmans et leurs partisans ont certainement compris l’impossibilité de combattre l’armée dans les rues. Quelle que soit la nature des armes qu’ils prétendent avoir (bouteilles, pierres, armes légères) ce n’est certainement pas assez pour avoir un impact significatif sur l’armée. L’idée que ces manifestants ont tenté de «prendre d’assaut» le siège de la Garde républicaine semble risible. Bien que la foule soit principalement composée de fervents partisans du président déchu Morsi, c’était toujours des égyptiens ordinaires, et non des militants salafistes ou une formation de ce genre.

Il semblerait donc qu’aucun des côtés n’en tire vraiment de bénéfices ou n’ait la capacité de faire ce dont l’accuse la partie adverse. Cela devrait alors soulever la question la plus cruciale de toutes … si les snipers n’appartiennent à aucun des deux camps, alors qui sont-ils exactement ? Il semblerait que la seule conclusion logique serait que les tireurs d’élite étaient de quelque tierce partie encore inconnue dont l’intérêt n’était pas de prendre parti, mais de veiller à ce que les affrontements et les meurtres violents s’installent afin d’attiser les tensions et fomenter la guerre civile. Les observateurs avisés noteront que nous avons déjà vu ce scénario, plus récemment en Syrie.

Les précédents syrien et thaïlandais

Lors du déclenchement de la violence en Syrie en 2011, beaucoup se demandaient comment la situation sur le terrain a dégénéré si rapidement. Il semblerait, selon les rapports des médias occidentaux traditionnels, que les agents des forces de sécurité syriennes étaient tout simplement devenus fous et avaient commencé à tuer des manifestants pacifiques au hasard. Cependant, ce qui est devenu clair en quelques jours, c’est le fait que des snipers inconnus postés sur les toits dans des villes comme Deraa et Hama étaient en effet les principaux coupables. Comme on le voit dans ces vidéos ainsi que dans d’innombrables articles, la présence de tireurs embusqués sur les toits dans toute la Syrie est indéniable. Naturellement, des allégations ont été immédiatement faites pour dire  que les tireurs d’élite étaient tout simplement des forces militaires d’Assad. Or il se fait qu’aucune preuve n’a jamais été produite qui montre que les snipers initiaux étaient bien des soldats gouvernementaux.

Fait intéressant, la mission des observateurs de la Ligue arabe, elle-même ouvertement hostile au régime Assad, a noté dans son rapport de début 2012 que bon nombre des atrocités, y compris les tirs de snipers, pourrait être, de fait, attribué à des tiers, une force inconnue à l’intérieur du pays. Comme le rapport le note:

La mission a déterminé qu’il y a une entité armée qui n’est pas mentionnée dans le protocole. Ce développement sur le terrain peut sans doute être attribué à l’utilisation excessive de la force par les forces gouvernementales syriennes en réponse aux protestations qui ont eu lieu, avant le déploiement de la mission, demandant la chute du régime. Dans certaines zones, cette entité armée a réagi en attaquant les forces de sécurité syriennes et les citoyens, poussant le gouvernement à répondre à de nouvelles violences.

Le rapport confirme ce que de nombreux témoins ont dit, à savoir qu’une partie de la violence qui a éclaté au début du conflit en Syrie est imputable à cette «troisième force» qui regorge de tireurs d’élite bien entrainés et bien équipés. On pouvait s’y attendre, le rapport tente de tourner la violence de la «troisième force» comme étant purement en réponse à l’armée syrienne, mais ne fournit aucune preuve autre qu’une affirmation générique que «sans doute [la violence] doit être attribuée à l’utilisation excessive de la force par les forces gouvernementales « . Essentiellement donc, il doit être clair qu’il y avait un élément à l’intérieur de la Syrie au cours des premiers stades du conflit qui a utilisé des snipers et d’autres formes de violence et de terreur pour pousser l’opposition et le gouvernement dans une guerre à grande échelle. Il semble que cela ait bien réussi.

La Syrie n’est certainement pas le seul pays qui a connu ce genre de phénomène. En 2010, la violence a éclaté entre le gouvernement de la Thaïlande et les Chemises Rouges, partisans de l’ancien Premier ministre pro-américain Thaksin Shinawatra. Tout comme en Syrie, de mystérieux hommes armés équipés de fusils de précision, de mitrailleuses et des grenade sont apparus dans les rangs des chemises rouges et ont commencé à attaquer les troupes thaïlandaises, tuant un colonel de premier plan et six autres soldats. La tentative « d’investir » une installation militaire par les manifestants était clairement une couverture cyniquement orchestrée pour fomenter le chaos et une possible déstabilisation du pays avec l’intention d’installer le chéri de Washington, Shinawatra. Ici encore, nous voyons que les snipers et les autres, des combattants inconnus armés ont été au centre de l’incident.

Ce qui s’est passé en Thaïlande n’était pas un simple accident. Il a fallu une coordination et une planification, un financement et un soutien matériel. Cela indique que, contrairement au récit fantastique des médias dominants, ce n’était en aucun cas une simple protestation politique et ne doit pas être traitée comme telle. Au contraire, comme en Syrie, nous voyons clairement jusqu’où certains éléments sont prêts à aller pour atteindre leurs objectifs politiques.

Les détails du massacre en Egypte sont encore à venir, donc il est impossible de dire avec certitude ce qui s’est passé. Cependant, à en juger par les expériences antérieures en Syrie et en Thaïlande, on devrait avoir des réserves vis-à-vis de la narration vendue au public. Qui sont exactement ces tireurs d’élite au Caire? Qui a donné l’ordre de tirer sur les manifestants pro-Morsi et les forces militaires? Les réponses à ces questions et d’autres doivent émerger avec le temps. Heureusement, il y a encore une Egypte unie et pacifique.

Eric Draitser est le fondateur de StopImperialism.com . Il est analyste géopolitique indépendante basée à New York. Vous pouvez le joindre à ericdraitser@gmail.com.

Traduction : Avic

Source : http://stopimperialism.org/articles/fomenting-civil-war-in-egypt/

Voir aussi : Egypte : Et si le but était de créer une guerre civile ?

Qui veut la tête d’Erdogan ?


Turquie576773Des révolutions de couleur, des printemps révolutionnaires, on commence à en avoir l’habitude. De la mascarade de Roumanie qui a fait tomber et assassiner Ceausescu à la comédie de Damas responsable d’une guerre encore en cours, nous avons appris beaucoup de ces révolutions toutes accompagnées de leurs snipers en mission commandée et de leurs meneurs professionnels, secondés par les technologies modernes de communication. Toutes ont visé à faire tomber un régime. Avec le recul, on a toujours fini par constater que ces ‘’révolutions’’ n’avaient de révolution que le nom, et que c’était toujours les mêmes manipulateurs qui tiraient les ficelles.

Comment alors ne pas se poser des questions devant chaque nouvelle autre révolution ? Ne pas le faire c’est penser que les précédentes manipulations n’étaient que des accidents conjoncturels. Or tout le monde sait que ce n’est pas le cas. On pourrait, également penser que ces mouvements populaires ne sont dirigés que contre des ‘’dictateurs’’, c’est à dire contre des régimes non amis de l’occident.  Les évènements récents nous ont montré qu’il n’en était rien. De grands amis tels que Ben Ali ou Moubarak ont été balayés en moins de deux, alors que tout le monde pensait qu’ils disposaient de soutiens solides. Kadhafi et Al Assad aussi étaient reçus en amis peu avant de se recevoir un coup de poignard dans le dos. Que dire de ce très grand ami que fut Saddam Hussein que l’on a amicalement poussé à envahir le Koweït pour mieux l’anéantir. Certaines amitiés sont mortelles.

Dans la marche du monde, l’amitié n’a jamais été protectrice. Elle ne le sera pas plus pour Erdogan qu’elle ne l’a été pour toutes ces personnes qui, du jour au lendemain, se sont retrouvées avec le titre de ‘’ plus grand dictateur de tous les temps’’. Fera-t-il partie du lot de ces nombreux ‘’amis’’ sacrifiés au nom des intérêts supérieurs de l’oligarchie ? Personne ne le sait encore, pour le moment. Seul l’avenir nous le dira. Mais l’on sait déjà que dans ces cas-là, l’appui des autres dirigeants mondiaux, fussent-ils  les plus puissants, ne changera rien à l’affaire. Ils pourront tout juste l’accompagner dans sa chute pour qu’elle soit moins douloureuse. On se rappelle Hosni Moubarak. On prend ici la mesure du pouvoir réel des présidents, comme s’ils n’étaient là que pour la mise en œuvre des programmes déjà décidés ailleurs et par d’autres.

Si les manifestations continuent – et elles n’ont pas l’air de vouloir se calmer, il y a de bonnes chances pour qu’Erdogan aille retrouver d’autres copains au cimetière des dictateurs, le Qatar ou éventuellement l’Arabie Saoudite, ou le bizutage risque d’être dur, vu l’appui qu’il a fourni pour la chute de certains d’entre eux. Qu’a-t-il bien pu faire pour mériter la disgrâce ? Ou peut-être, que n’a-t-il pas fait ? Lui reproche-t-on l’échec de la Syrie ? Ou d’avoir gardé deux fers au feu en maintenant des liens avec l’Iran ? Ou encore sa position vis-à-vis des gisements de gaz au large de Chypres ? On peut rajouter que beaucoup de grands projets, dans lesquels la Turquie tenait un rôle essentiel, ont capoté. C’est le cas par exemple du projet du gazoduc Nabucco, mis à mal par Gazprom, ou du projet  de percement du canal reliant la Mer de Marmara à la Mer Noire. (Voir l’article sur le remodelage de l’Europe Centrale et l’Europe de l’Est).

Comme souvent dans les changements de régimes, nous ne saurons rien avant de voir qui va être mis à sa place. Parfois il faut même attendre un certain temps, après les premières actions du nouvel arrivant, pour avoir une idée des causes de la destitution de l’ancien ‘’dictateur’’. En attendant, les évènements s’enchaîneront de manière logique, et personne n’aura rien vu venir. Pourtant, il existe des signes qui montrent que ces manifestations ne sont pas anodines. Outre que ce que nous savons de ce type de révolte-révolution, un autre évènement  noyé dans l’actualité turque devrait nous interpeler. Les attentats survenus il y a un mois à Reyhanli. Devant la cacophonie des déclarations, j’avais alors émis, dans un article à chaud, l’hypothèse qu’il pourrait y avoir des luttes internes au sein de l’élite turque.  Les médias n’en parlent presque plus et sont passés à autre chose : les manifestations. Les deux évènements, à moins d’un mois d’intervalle, pourraient bien être liés, ne serait-ce que parce que les révolutions et les attentats sont souvent manipulés et téléguidés. Il ne serait donc pas étonnant qu’une même main soit derrière tout ce qui se passe en Turquie.

Un autre signe, indirect celui-là, est la façon dont les médias traitent le sujet. Il est étonnant de constater comment Erdogan est subitement devenu ‘’orgueilleux’’, ‘’autoritaire’’, ‘’convaincu d’avoir été choisi par Dieu pour diriger la Turquie’’, ‘’formé dans le parti islamo-nationaliste extrémiste’’,  ‘’coupé de l’opinion, devenu incapable d’en saisir les humeurs’’, etc… Il n’est pas encore devenu un dictateur, mais le matériau est déjà en place. (Voir article Rue 89). Certains journaux insistent déjà sur le lâchage dont il a fait l’objet lors de son voyage au Maroc (où il n’a pas été reçu par le roi Mohamed VI) et en Tunisie (où il a fait face à l’hostilité de la foule). Pour faire bonne mesure, certains parlent de ‘’régime poutinien’’. Pourquoi se gêner quand on peut en avoir deux pour le prix d’un.

Quels que soient ceux qui veulent la peau d’Erdogan, ils travaillent sur du velours.  Le premier ministre turc a réussi l’exploit de se faire haïr par à peu près tout le monde, y compris par ceux qui l’adulaient et le mettaient sur un piédestal il y a à peine deux ans. S’il était submergé par la révolution, peu de gens le pleureront. Mais l’oligarchie aura gagné, encore une fois.

Avic

Tunisie : selon un ancien officier français, les snipers étaient des mercenaires étrangers


sniper-tunisie1C’est un journaliste français qui a recueilli ce témoignage d’un ancien officier français et qui l’a révélé depuis deux ans, mais personne n’y avait prêté attention : les snipers étrangers n’étaient pas une désinformation mais une bien sinistre réalité. Ils étaient en mission commandée et ils ont tiré sur les manifestants pour créer une situation incontrôlable et irréversible. Comme nous l’avons déjà révélé nous-mêmes il y a quelque temps, certains de ces mercenaires ont été recrutés par le Qatar, qui a procédé de la même manière en Egypte. Olivier Piot, qui a travaillé pour « Le Monde Diplomatique » et qui a été l’un des rares journalistes étrangers à couvrir les événements sur le terrain, a été témoin d’une scène d’une extrême importance : le départ précipité de l’aéroport de Tunis-Carthage des mercenaires qui ont assassiné nos enfants. A côté de lui à l’aéroport, Pierre H. un ancien officier de l’armée française, qui se trouvait « tout à fait par hasard » en Tunisie et qui lui a confirmé qu’il s’agit bel et bien de mercenaires. Voici son récit qui a déjà été publié dans « Le Monde Diplomatique » en janvier 2011.

Depuis plusieurs jours, les médias et Internet parlent de ces snipers aperçus à Thala, Kasserine et Douz. Des images ont circulé sur Facebook, floues, imprécises. Postés sur les terrasses des immeubles, ces tireurs seraient à l’origine de nombreuses morts parmi les jeunes manifestants. La nouvelle a largement contribué à la révolte des Tunisiens face à la répression policière qui sévit dans le pays depuis plusieurs jours.

Des rumeurs ? 9 h 40, jeudi 13 janvier, devant l’entrée de l’aéroport de Tunis-Carthage. Depuis la fin du couvre-feu, les taxis déposent ici les flots de touristes et d’hommes d’affaires qui souhaitent quitter le pays. Trois 4×4 gris métallisé, vitres teintées, viennent tout juste de se ranger devant la porte principale. Brusquement, au pas de course, une dizaine de militaires en tenue de camouflage, veste jaune fluo, sortent de l’aéroport. Equipés de longues mallettes noires et de petites valises grises, ils s’engouffrent dans les 4×4 qui partent en trombe. Maîtrisée, la scène a duré moins d’une minute.

A l’intérieur, les visages anxieux des voyageurs sont tournés vers le panneau d’affichage. Le vol Air France de 9 heures a été annulé, ceux de Tunis Air sont incertains. Au bar du niveau des arrivées, Pierre H. attend des « collègues » qui doivent venir le chercher. Il débarque de Paris et vient pour affaires. Cet ancien officier de l’armée française, la soixantaine, préfère ne pas en dire plus sur son activité professionnelle. En revanche, il s’amuse du groupe de militaires qu’il vient de voir traverser le hall de l’aéroport.

« Sûrement d’Afrique du Sud, indique-t-il sans hésiter. Ces mallettes, je les connais bien. Fusils pour snipers. Les petites grises, c’est pour les munitions. »Pourquoi l’Afrique du Sud ? « Vous avez vu leurs têtes ? Tous blancs. Ce sont des mercenaires formés là-bas. Tarif : de 1 000 à 1 500 dollars par jour. »
Tunisie-Secret.com

Olivier Piot, grand reporter pour Le Monde Diplomatique, Géo, Ulysse, National Geographic, et auteur de «La Révolution tunisienne: Dix jours qui ébranlèrent le monde arabe», éditions Les Petits Matins, mars 2011.

 

http://www.tunisie-secret.com/Tunisie-selon-un-ancien-officier-francais-les-snipers-etaient-des-mercenaires-etrangers_a449.html