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Big Brother existe… et tout le monde se fout de la menace : les raisons de notre étrange anesthésie collective


La NSA serait en train de construire un "super-ordinateur" capable de briser n'importe quel code Crédit REUTERS/Heinz-Peter Bad Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/big-brother-existe%E2%80%A6-et-tout-monde-se-fout-menace-raisons-notre-etrange-anesthesie-collective-michel-nesterenko-thiebaut-devergra-943598.html#HB2psIEzr30RKVuP.99
La NSA serait en train de construire un « super-ordinateur » capable de briser n’importe quel code Crédit REUTERS/Heinz-Peter Bad
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Alors que la construction par la NSA d’un « super-ordinateur » capable de briser n’importe quel code vient d’être révélée, les opinions publiques semblent de moins en moins se préoccuper de la protection de leur vie privée. Une indifférence qui n’est pas sans rappeler celle des masses apathiques décrites dans « 1984 » par Georges Orwell.

Atlantico : La NSA serait en train de construire un « super-ordinateur » capable de briser n’importe quel code. Comment expliquer qu’une telle affaire suscite si peu d’indignation alors que le scandale du Watergate en 1974 avait débouché sur une crise politique historique ? Lire la suite Big Brother existe… et tout le monde se fout de la menace : les raisons de notre étrange anesthésie collective

2013, et le dernier pied de nez de Mandela


Tribune libre Byblos

131206_ev38q_nelson-mandela_sn635Si Nelson Mandela avait pu voir ce parterre de roitelets atlantistes dégouliner d’hypocrisie pour capitaliser sur sa dépouille, pour le récupérer, se l’approprier, pour l’incorporer, il leur aurait sans doute décoché un indéchiffrable sourire plein de compassion désolée comme d’autres, moins élégants, leur auraient consenti un crachat. Car il y avait nécessairement quelque chose d’obscène à voir les va-t-en-guerre Obama, Hollande, Sarkozy ou même Clinton et Bush célébrer le libérateur de l’Afrique du Sud alors qu’eux-mêmes sont les promoteurs infatigables et zélés de l’apartheid israélien, en plus Lire la suite 2013, et le dernier pied de nez de Mandela

Les États-Unis contre-attaquent : Les services européens fournissaient les données à la NSA ?


201310261646-fullDans un article paru hier, le Wall Street Journal titrait : « Europeans Shared Spy Data With U.S.« . Nous assistons à une bataille de communication titanesque.

  • Nous avons déjà rapidement abordé la campagne de communication en cours aux USA pour défendre, justifier, minimiser ou partager la responsabilité des programmes. Celle ci se poursuit évidemment dans la presse national des états européens (Espagne et France notamment qui sont visés, les journaux se font même faire la leçon par un « officiel américain » qui leur explique qu’ils ont mal interprété les documents de Snowden // En Grèce, on remonte des données qui laissent à penser que les services secrets grecs espionnaient les ambassadeurs américains, le lendemain du jour où on apprenait que l’ambassade US à Athènes était un centre de surveillance (je schématise pardon)).
  • J’ai personnellement l’impression qu’on arrive à un point où les États-Unis ne souhaitent plus porter le chapeau. Les quelques réserves d’usage lors de la contestation de certaines informations laissent la place à un déballage contrôlé (sans l’être totalement) de certaines informations visant à renvoyer la balle dans le camp des « alliés » européens…
  • Cela soulève d’autres questions quant à la coopération entre services de renseignements… Cela était déjà acté depuis longtemps, et on sait bien que les réactions indignées sont des postures (sauf peut être l’espionnage direct des lignes présidentielles). Si ces réactions indignées visaient à masquer la coopération des services, c’était une réaction ratée dans la mesure où ce sont les américains qui lancent le morceau.
    S’il était évident que chacun s’espionne, les accords de coopération entre services de renseignement posent la question des rapports de force dans la conclusion des accords… Fournir des données pour en obtenir en retour sans doute, mais n’y a t-il pas une asymétrie quand on connaît l’avancée technologique des américains (sans faire injure à la puissance des services français ou allemands…).
  • Logiquement cela devrait renvoyer à apprécier les pouvoirs des services de renseignement et à s’interroger sur leur conformité aux cadres légaux qui les régissent. Malheureusement dans ces domaines extrêmement sensibles les experts sont les acteurs et chacun défendra probablement son pré carré (Cf NSA Review Panel aux USA)…

 

http://points-de-vue-alternatifs.over-blog.fr/2013/10/les-%C3%89tats-unis-contre-attaquent-les-services-europ%C3%A9ens-fournissaient-les-donn%C3%A9es-%C3%A0-la-nsa.html

La Russie est de retour


Moscow_05-2012_Kremlin_23Tandis que les révélations sur l’espionnage systématique de ses alliés embarrassent Washington, Moscou paraît aligner les succès sur la scène internationale (affaire Snowden, question syrienne). Héritière d’une diplomatie redoutée mais affaiblie depuis la chute de l’URSS, la Russie ambitionne de retrouver son rang de grande puissance.

Au cours des derniers mois, le président russe, Vladimir Poutine, a remporté deux succès majeurs sur la scène internationale. Au mois d’août 2013, il a offert l’asile à l’informaticien américain Edward Snowden, auteur de fuites retentissantes sur les systèmes de surveillance numérique de l’Agence nationale de sécurité (National Security Agency, NSA). Il a alors pu se targuer du fait que la Russie était le seul Etat capable de résister aux exigences de Washington. La Chine elle-même s’était défilée, suivie par le Venezuela, l’Equateur et Cuba, qui ont multiplié les faux-fuyants.

Paradoxalement, les pressions exercées par le vice-président Joseph Biden et par le président Barack Obama auprès des gouvernements tentés d’accueillir le jeune Américain ont largement contribué au succès de M. Poutine. Washington a agi comme si M. Snowden représentait un risque de sécurité presque comparable à celui qu’incarnait l’ancien dirigeant d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden. Il a même obtenu de ses alliés qu’ils interdisent leur espace aérien à l’avion du président bolivien, Evo Morales (1), suspecté de transporter l’informaticien. Une telle atmosphère a contribué à mettre en relief l’« audace » de M. Poutine, tant sur la scène politique russe qu’à l’international. A Moscou, nombre de ses opposants ont salué son geste, au nom de la défense des droits et des libertés civiles.

Vladimir-Poutine-1-9Mais le véritable succès de M. Poutine, d’une portée bien supérieure, a été remporté dans le dossier syrien. Grâce à la promesse qu’il a arrachée à M. Bachar Al-Assad de détruire, sous contrôle international, toutes les armes chimiques de son pays, M. Obama a en effet décidé de renoncer « provisoirement » aux bombardements punitifs qu’il envisageait. Jusque-là, la Maison Blanche avait menacé la Russie d’isolement, la vilipendant pour son soutien au régime de Damas et son opposition à toute sanction de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Or M. Poutine apparaît aujourd’hui comme l’homme d’Etat qui est parvenu à éviter une expédition militaire aux conséquences redoutées. Là encore, sa victoire a été facilitée par les mauvais calculs de l’administration américaine. Après avoir essuyé le refus du Royaume-Uni de s’associer à l’opération qu’il envisageait, M. Obama était sur le point de connaître un second échec, aux conséquences imprévisibles, dans sa tentative d’obtenir l’aval du Congrès américain.

Bien qu’« incroyablement limitées », selon les termes du secrétaire d’Etat John Kerry (2) le 9 septembre 2013, les représailles militaires auxquelles il s’était rallié pour des raisons de crédibilité lui répugnaient notoirement. Au lendemain de l’accord rendu possible par M. Poutine, le quotidien Izvestia titrait ainsi : « La Russie vient au secours d’Obama » (12 septembre 2013).

Edward-Snowden-1-5Prudemment, le président russe s’est gardé de manifester la même ironie triomphaliste que ses thuriféraires. A l’unisson de sa diplomatie, il voit dans les derniers événements un signe des temps et une occasion historique à ne surtout pas gâcher. A tel point que si M. Snowden était arrivé à Moscou en octobre 2013, après le réchauffement des relations, plutôt qu’en juillet, il n’aurait sans doute pas pu y rester.

Depuis deux ans, l’attitude de la Russie dans le conflit syrien met en lumière à la fois ses craintes et ses frustrations, mais aussi ses objectifs et ses ambitions à long terme sur la scène internationale. Dans le même temps, elle éclaire les problèmes auxquels M. Poutine fait face sur la scène intérieure.

Les deux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000) ont laissé de nombreuses séquelles. Bien que les attentats et les attaques contre les forces de l’ordre n’aient plus la même ampleur et ne fassent plus autant de victimes, ils demeurent très fréquents au Caucase du Nord, et font tache d’huile, en particulier au Daghestan et en Ingouchie –même si les affrontements et crimes qu’on y observe relèvent davantage du banditisme que de la politique. Les groupes militants tchétchènes sont moins coordonnés, plus dispersés, mais toujours présents. Deux attentats sans précédent ont frappé en juillet 2012 le Tatarstan, pourtant bien loin du Caucase du Nord. Et le dirigeant clandestin tchétchène Dokou Oumarov, qui s’est proclamé émir du Caucase, a promis de frapper lors des Jeux olympiques de Sotchi, en février 2014.

A l’instar d’observateurs américains comme Gordon Hahn, chercheur au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington (3), une grande partie de la presse russe estime que plusieurs centaines de militants provenant de Russie combattent en Syrie contre le régime. Cela pourrait expliquer la poursuite des livraisons d’armes au gouvernement Al-Assad.

Pour M. Poutine et son entourage, une débâcle de l’armée syrienne ferait de ce pays une nouvelle Somalie, mais avec autrement plus d’armes, dans une région autrement dangereuse et susceptible d’offrir une base arrière aux combattants qui opèrent en Russie. Il a fallu du temps pour qu’on commence à partager ces craintes à Washington.

Pour ce qui est des enjeux de politique internationale, on a souvent réduit les objectifs russes dans le conflit syrien à la préservation de Tartous –la seule installation (plutôt que base) militaire navale de la Russie en Méditerranée– et au maintien au pouvoir de l’un de ses clients sur le marché de l’armement. Sans être totalement négligeables, ces considérations n’expliquent pas l’obstination de Moscou, qui cherche surtout à recouvrer une place et un rôle dans l’ordre international postsoviétique.

Dès 1996, avec la prise en main du ministère des affaires étrangères par l’académicien Evgueni Primakov, soit bien avant l’avènement de M. Poutine (devenu président en 2000), un consensus s’installe au sein des élites politiques. Il n’a cessé de se renforcer depuis : les Etats-Unis cherchent à empêcher la réémergence de la Russie comme puissance un tant soit peu importante. Les partisans d’une telle analyse en voient la preuve dans les élargissements successifs de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) vers les pays baltes et plusieurs pays de l’Est, et dans la volonté américaine d’y inclure la Géorgie et l’Ukraine, en violation des promesses faites à M. Mikhaïl Gorbatchev pour arracher son consentement à l’intégration de l’Allemagne unifiée dans l’organisation. Washington, affirment les diplomates russes, a cherché à laminer l’influence de leur pays jusque dans la région de ses intérêts les plus légitimes.

Pour le Kremlin, le contournement du Conseil de sécurité de l’ONU par les Etats-Unis et leurs alliés pour l’imposition de sanctions internationales et plus encore pour des guerres comme celles du Kosovo, en 1999, et de l’Irak, en 2003, constitue une façon d’éviter toute négociation sur une base obligeant Washington à une prise en compte autre que marginale des intérêts russes. Moscou exprime une aversion profonde à l’égard des opérations militaires extérieures et, pis, des changements de régime orchestrés sans l’aval du Conseil de sécurité.

En s’opposant à toute opération contre la Syrie, la Russie a constamment invoqué le précédent libyen de 2011. Elle s’était abstenue lors du vote de la résolution 1973, dont le but proclamé était de protéger les populations, mais qui a été détournée pour justifier une intervention militaire et le renversement de Mouammar Kadhafi. A cette époque, M. Dmitri Medvedev était président, et le Kremlin pariait sur un nouveau départ dans ses relations avec la Maison Blanche.

A Moscou prédomine aujourd’hui une vision essentiellement géopolitique des affaires internationales –vieille tradition en Russie. Depuis 1996, l’objectif central et officiel de la politique extérieure est de renforcer la tendance à la multipolarité dans le monde, afin de réduire graduellement l’unilatéralisme américain. Réaliste quant aux capacités actuelles et même futures de son pays, M. Poutine –comme M. Primakov avant lui– estime que la Russie a besoin de partenaires pour avancer dans cette voie multipolaire.

La Chine est ainsi devenue le premier de ses partenaires stratégiques, et celui qui pèse le plus. La concertation des deux pays au Conseil de sécurité est permanente, notamment sur le dossier syrien, tout comme elle l’a été sur ceux de l’Iran, de la Libye ou de la guerre d’Irak de 2003. Plus patient et plus confiant dans ses moyens, Pékin laisse Moscou occuper l’avant-scène dans la défense de leurs positions communes. D’où, là encore, la sacralisation par le Kremlin du Conseil de sécurité comme seul lieu légitime des arbitrages politiques internationaux.

Depuis le début de ce partenariat, les analystes occidentaux prédisent son effritement prochain, en raison des craintes des élites russes face au poids démographique et économique de la Chine. Pourtant, la coopération n’a cessé de croître, tant sur le plan économique (exportation du pétrole et des armes russes) que politique (concertation au sein de l’Organisation de coopération de Shanghaï [4]) et militaire : quasiment chaque année ont lieu des manœuvres et des exercices conjoints impliquant des forces aériennes, terrestres et navales.

Certes, il existe des zones de friction, par exemple au sujet du commerce avec les pays de l’Asie centrale postsoviétique, où la Chine a depuis 2009 dépassé la Russie. Mais Pékin y a jusqu’à présent respecté la primauté des intérêts géopolitiques de son voisin, et ne cherche pas à y implanter des bases. Il reconnaît l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) entre Moscou et la majorité des Etats de la région (5). En revanche, malgré les demandes répétées du Kremlin, qui veut une coopération entre l’OTAN et l’OTSC comme cadre de la coopération autour de l’Afghanistan, les Etats-Unis ont toujours refusé, préférant traiter séparément avec chaque Etat de tous les problèmes, comme l’installation de bases ou le passage du ravitaillement de ses troupes.

M. Poutine ne recherche pas une compétition tous azimuts avec les Etats-Unis dont il n’a de toute évidence pas les moyens. Certes, que chacun accuse l’autre d’adopter une mentalité de guerre froide peut créer de la confusion. Mais quand la Russie se réjouit des déboires internationaux de Washington, c’est plus par dépit que par esprit de revanche. Ainsi, elle ne souhaite pas une défaite des Etats-Unis en Afghanistan, ni leur retrait précipité de ce pays. Quant à l’affrontement sur le dossier syrien, il concerne d’abord et avant tout les règles du jeu international. La Russie cherche un rééquilibrage de l’ordre mondial qui ferait repartir ses relations avec les Etats-Unis et le monde euro-atlantique sur une base nouvelle ; ce qui n’empêche pas non plus une compétition féroce dans certains secteurs où elle est bien armée : elle a ainsi de grandes chances de voir son projet de gazoduc South Stream l’emporter sur le projet Nabucco, soutenu par Washington (6).

L’heure a-t-elle sonné pour le grand rééquilibrage obstinément recherché par le Kremlin ? Son ambition de retrouver un rôle autre que subalterne serait-elle en train de se réaliser ? Le succès de M. Poutine dans le dossier syrien entretient ce sentiment –ou peut-être cette illusion– que la multipolarité serait en train de s’imposer à Washington. La défection du Royaume-Uni, l’allié inconditionnel des Etats-Unis, serait un signe des temps, de même que les débats qui l’ont suivie lors du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, où s’est exprimée avec force une opposition à toute aventure militaire en Syrie (7). L’aversion qui s’est manifestée au Congrès américain en serait un autre.

Pour les analystes russes les plus sobres, il ne faut pas miser sur les néo- isolationnistes du Congrès, mais sur M. Obama première manière, c’est-à- dire celui qui veut non pas un désengagement américain déstabilisateur, mais un désamorçage des conflits les plus dangereux sur la base de compromis internationaux. Or les deux conflits les plus menaçants sont ceux –étroitement liés– qui concernent la Syrie et l’Iran, à la solution desquels la Russie estime pouvoir contribuer grandement.

Syria-Harem-ASL-25octobre2012-1Le rapprochement entre Washington et Moscou sur le dossier syrien a commencé bien avant le spectaculaire retournement de septembre. En mai 2013, M. Kerry avait donné son accord à son homologue russe sur le projet d’une conférence internationale consacrée à l’avenir de la Syrie, tout en continuant d’exiger le départ de M. Al-Assad. Au sommet du G8 de juin, à Lough Erne, en Irlande du Nord, une déclaration commune sur la Syrie a été retardée pour obtenir l’aval de M. Poutine. L’acceptation par M. Al-Assad de se départir de ses armes chimiques, si elle se confirme, donnera au dirigeant russe une légitimité auprès des chancelleries occidentales.

Depuis des mois déjà, Moscou insiste pour que Téhéran participe à la conférence internationale envisagée, afin qu’elle ait une chance d’aboutir. Jusqu’ici, aiguillonnés par Israël, les Etats-Unis ont refusé. C’est pourquoi la Russie s’emploie à activer le dialogue amorcé entre M. Obama et le nouveau président iranien, Hassan Rohani. Même une amorce de compromis sur le dossier nucléaire faciliterait une dynamique d’ensemble. Moscou travaille d’ailleurs à renforcer ses relations avec l’Iran, qui s’étaient dégradées après son ralliement à nombre de sanctions demandées par Washington au Conseil de sécurité en 2010. Il avait alors annulé la livraison à Téhéran de missiles de défense antiaérienne S-300.

Ce n’est pas la première fois que M. Poutine cherche à établir une relation forte avec les Etats-Unis, sur la base d’une égalité au moins relative. On l’a vu après les attaques de septembre 2001, lorsqu’il avait cru voir s’ouvrir une fenêtre d’opportunité. Sans condition préalable, il avait facilité l’installation de bases militaires américaines chez ses alliés d’Asie centrale pour la guerre d’Afghanistan. Et, pour signifier sa volonté d’aller encore plus loin dans cette détente, il avait fait fermer les dernières installations militaires soviétiques de surveillance à Cuba (peu importantes, il est vrai). Mais dans les mois qui suivirent, M. George W. Bush donna le feu vert final à l’entrée des trois républiques baltes dans l’OTAN, et annonça le retrait américain du traité de défense antibalistique, dit traité ABM, qui limitait strictement les armes de défense antimissile. L’embellie avait pris fin. M. Poutine estime qu’il est désormais possible de revenir à une coopération plus fructueuse.

Une hypothèque importante pèse cependant sur les chances d’une telle évolution ; et elle relève des affaires intérieures russes. Depuis son retour à la présidence, en 2012, dans un contexte de manifestations d’opposition populaire de grande ampleur à Moscou, M. Poutine, pour mieux asseoir son pouvoir, cultive l’antiaméricanisme comme une composante du nationalisme russe. On le voit notamment aux nouvelles lois qui obligent les organisations non gouvernementales (ONG) russes recevant des financements extérieurs, si faibles soient-ils, à se déclarer comme étant au service d’intérêts étrangers. On trouve ici une trace de sa formation au KGB, qui le porte à voir les manœuvres et influences extérieures comme la cause essentielle des problèmes intérieurs et comme des facteurs d’instabilité politique. Une aggravation ou au contraire une correction du déficit de légitimité de son pouvoir pèsera forcément sur la réalisation de ses ambitions internationales.

Jacques LÉVESQUE

 

1) Lire « Moi, président de la Bolivie, séquestré en Europe », Le Monde diplomatique, août 2013.

(2) Patrick Wintour, « John Kerry gives Syria week to hand over chemical weapons or face attack », 10 septembre 2013, www.theguardian.com

(3) Cf. « The Caucasus and Russia’s Syria policy », 26 septembre 2013, http://nationalinterest.org

(4) Organisation créée en juin 2001 et à laquelle adhèrent la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, la Russie et le Tadjikistan. Parmi les Etats observateurs figurent l’Inde, l’Iran, le Pakistan.

(5) Les Etats membres sont, outre la Russie, l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan.

(6) South Stream est un projet de gazoduc qui relie la Russie à l’Europe en contournant l’Ukraine. Nabucco devrait relier les champs gaziers de la mer Caspienne à l’Europe.

(7) Lire Michael T. Klare, « Le grand écart de Washington », Le Monde diplomatique, octobre 2013.

http://www.interet-general.info/spip.php?article18864

Le Monde diplomatique, 30 octobre 2013

 

Les européens convoquent les ambassadeurs américains…Pour leur dire quoi ?


Hollande-MerkelSnowden continue à nous régaler avec un spectacle comique digne d’un Dieudonné. A chacune de ses révélations on assiste à un ballet loufoque parmi les gouvernants européens. C’est à celui qui sera le plus surpris, le plus indigné et celui qui aura la réaction la plus ferme vis-à-vis de l’administration étatsunienne. Ces réactions vont de « s’il vous plait, Mr Obama, vous ne pouvez pas nous espionner un peu plus discrètement ? », à « ce n’est pas gentil d’espionner un ami », lourdes de menaces.

Obama a déjà répondu à Merkel, lui assurant qu’elle n’était plus écoutée. Cela veut-il dire qu’on sait déjà tout ce qu’on devait savoir sur elle, et qu’il n’y a pas lieu de continuer les écoutes ? Hollande aussi s’est cru obligé d’appeler Obama, qui a dû lui répondre à peu près la même chose qu’à Angela Merkel.

Mais, devant l’ampleur des révélations, ces réactions timides pourraient passer pour de la faiblesse. Il fallait faire un peu plus de bruit pour être un indigné crédible. Alors on convoque les ambassadeurs pour des protestations officielles. Avec un grand tapage médiatique comme il sait si bien le faire, Laurent Fabius convoque Mr Charles H. Rivkin, ambassadeur américain à Paris. Nous pouvons aisément deviner ce qu’ils se sont dit, comme si nous y étions.

– Bonjour Laurent, comment ça va ?

– Hi Charles. Bof, pas très fort, tu t’en doutes bien.

– Oui, je sais. Nos amis reculent de partout. L’armée de Assad leur mène la vie dure. Pourtant Bandar fait du bon boulot. Mais tu prends les choses trop à cœur, n’y penses plus. Vous, au moins, vous avez le Mali ; vous pouvez faire ce que vous voulez. Il suffit que Bandar fasse un peu bouger ses hommes, et vous rappliquez. Nous c’est différent. Poutine nous marque à la culotte. Dès qu’on bouge le petit doigt, c’est ‘’le droit international’’ par-ci, ‘’tenir vos engagements’’ par-là, les temps changent.

– Mon pauvre Charles… Nous aussi, nous sommes victimes de ce malfaisant de Poutine. Il faut dire qu’il commence à nous les briser menu, menu.  Depuis qu’il a récupéré Snowden, chaque fois que les choses semblent se tasser, il lui fait sortir une nouvelle révélation, rien que pour nous enquiquiner, pour ne pas dire plus. Ça va durer encore longtemps ?

– Ne t’inquiète pas, je t’ai emmené la réponse que tu dois fournir à la presse. C’est à peu près la même que pour les autres capitales. Bon, c’est pas tout ça, faut que j’y aille. Je dirai que tu m’as remis une lettre de protestation, que nous sommes désolés, et que nos relations, qui datent de La Fayette, etc, etc…

A quand les prochaines révélations de Snowden qui les feront à nouveau danser ?

Avic

Wikileaks trace sa route à l’Est – par Israël Shamir


(A propos de  Mediastan, A Wikileaks Road Movie. long-métrage présenté au premier London Raindance Film Festival, puis à Moscou  lors d’un autre festival, la semaine suivante.

451610342_640Cinq journalistes dans leur trentième printemps traversent, en bande hétéroclite et en voiture, les déserts et les hauts plateaux d’Asie centrale. On retient son souffle dans des tunnels de cauchemar, on dérape dans les virages pentus et on négocie le droit de passage avec des troupeaux de moutons sur des routes de campagne, entre deux capitales de la liberté d’expression et de ses limites. Le road movie par excellence, on pense à Easy Rider de Wim Wenders, mais le montage est bien meilleur.

On découvre vite que ce voyage n’est pas une partie de plaisir. Ces jeunes gens ont été expédiés au bout du monde par le génial et inclassable Julian Assange, qui tel un prince de légende est en captivité au château de Ellingham, au pays des Angles de l’Est (les événements se situent il y a deux ans, avant qu’il ait réussi à trouver refuge à l’ambassade d’Equateur) Il vit toute l’aventure par procuration, enfermé dans le manoir. Il apparaît furtivement dans le film, et donne lieu à une scène de marche nocturne dans les bois qui est un joyau, parce que le metteur en scène, Johannes Wahlstrom (le Suédois de la bande) a su traduire l’urgence et la part décisive d’Assange, personnellement, dans l’affaire Wikileaks, en langage cinématographique. Assange discute avec l’équipe de montage par skype, et il débat avec ses camarades sur les objectifs du projet. C’est ainsi que nous apprenons  que le but de l’expédition est de répandre jusqu’aux confins de l’univers les câbles du Département d’État adroitement soustraits par le sergent Manning, pour que les habitants sachent la vérité, sachent comment le pouvoir impérial les perçoit. Il s’agit de les libérer par la vérité, mais ils ont besoin pour cela d’un médiateur, les médiats.

Quelqu’un doit choisir, traduire, expliquer, mettre en forme et publier les câbles, pour qu’ils atteignent le public ciblé. Les missionnaires d’Assange rencontrent des directeurs de journaux, d’agences de presse et de stations de radio, et leur offrent leur précieux trésor, aussi tentant que dangereux, gratuitement. La plupart d’entre eux refusent le cadeau. Ils sont étroitement liés à la structure du pouvoir américain, qui déploie ses tentacules impériaux jusqu’aux régions les plus reculées. Certains acceptent les câbles, mais nous ne saurons pas s’ils en feront jamais le moindre usage (personnellement, j’ai eu plus de chance en les répandant à travers la Russie, où les médiats sont réactifs et où le  sentiment anti-américain est vivace. Nos voyageurs acceptent facilement de reconnaître que la presse de l’Asie centrale est loin d ‘être libre, mais ils découvriront aussi, au détour des imprévus, traités avec subtilité, que les puissants médiats occidentaux sont tout aussi corrompus.

Ils sillonnent donc le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kirghizstan, le Kazakhstan, l’Afghanistan et ils font connaissance avec les médiats locaux, d’où le titre Mediastan. Nos voyageurs apprennent ainsi que les USA payent très régulièrement ces organes pour qu’ils publient des articles qui leur soient favorables. Certains de ces articles paraissent d’abord en Russie, et sont repris dans des publications locales, de sorte qu’ils en paraissent plus respectables.

D’ailleurs, un certain nombre d’éditorialistes résident en fait aux USA et dirigent de là-bas leurs publications. Au Turkménistan effarouché, on visite le bureau d’un journal important: chaque numéro comporte une photo du président en quadrichromie et en page de titre, et quand il reçoit ses visiteurs, le patron leur explique qu’il ne veut pas d’ennuis. Puis nous quittons son bureau et parcourons Ashgabat, ville reconstruite, rêve d’architecte tout en marbre et larges avenues impeccables. Il semblerait que toute la rente du gaz naturel n’ait pas été siphonnée vers des banques étrangères, ce qui fait bien plaisir, mais malheureusement, nos visiteurs se font reconduire à la frontière, à titre préventif.

Au Kazakhstan, ils rencontrent les ouvriers du pétrole de Zhanaozen, qui se remettent tout juste d’une longue grève de la faim: pas un journal n’y a envoyé de reporter jusque passé un mois, après qu’ils aient été dispersés à balles réelles. Une douzaine de grévistes ont été tués, bien d’autres blessés, et encore plus emprisonnés. Cette séquence est remarquable pour ce qu’elle transmet des affres vécues par les ouvriers et de leurs revendications, avant que la répression violente s’abatte sur eux. Même après coup, le drame des ouvriers du pétrole a été très peu montré, par ce qu’ils travaillaient pour des compagnies pétrolières occidentales, et que le président, M. Nazarbaïev, est considéré comme pro-occidental. Pour les médias mainstream, les gay pride sont des événements autrement plus importants qu’une grève de la faim de travailleurs. (1)

Nos globetrotteurs rencontrent aussi un autre personnage révélé par l’un des exploits de Wikileaks, un prisonnier de Guantanamo relâché récemment. Wikileaks avait publié son dossier secret à la CIA, parmi d’autres. Ce grand bonhomme barbu et sinistre a passé cinq ans dans ce camp de l’horreur: il raconte sa vie dans les limbes, et notre petite bande lui révèle pourquoi il avait été séquestré, car, comme Edmond Dantès dans Le comte de Montecristo, les prisonniers de Guantanamo ne sont jamais mis au courant de ce qu’on leur reproche. Quand il apprend qu’il vient de faire son interminable séjour là-bas simplement parce que les interrogateurs américains voulaient qu’il leur parle de l’humeur des réfugiés Tadjiks en Afghanistan, il explose: « ils n’avaient qu’à me le demander et me laisser repartir! » s’écrie-t-il.

L’épisode afghan est comme une parenthèse, mais cela fait partie du charme des road movies: le réalisateur peut caser avec grâce des séquences quelque peu disparates. Dans le nord de l’Afghanistan occupé, nos chevaliers du désert visitent un camp suédois, où le chargé de presse leur avoue qu’il n’a aucune idée de la raison pour laquelle ils sont là, au premier rang. Les Afghans veulent qu’ils s’en aillent, parce que les Suédois ne distribuent pas de pots de vin. Nous découvrons que sous la pression américaine, les Suédois pratiquent quand même quelque chose qui y ressemble, simplement pour pouvoir rester. Il s’agit, pour les Américains, d’impressionner les locaux avec la bonne volonté des Suédois, sans que cela leur coûte rien à eux.

Il y a un épisode comique, quand Johannes tente de fourguer ses câbles fuités au patron de la « radio libre » du coin, c’est à dire l’antenne locale du réseau de propagande US, de propriété américaine et généreusement financée par les mêmes. On l’informe solennellement que Radio Liberté jouit d’une totale liberté d’expression, peut discuter de tous les sujets, et ignore la censure. Il aurait aussi bien pu offrir ses câbles directement à l’ambassade US…

Mediastan2

Le royaume de Mediastan ne se borne pas aux hautes cimes, il s’étend jusqu’aux rives de l’Hudson et de la Tamise, car c’est là que Wahlstrom rencontre deux lascars qui trônent tout en haut de la chaîne alimentaire médiatique: à Londres, l’éditorialiste en chef du Guardian, Alan Rusbridger, et à New York, celui qui faisait la loi au New York Times à ce moment, Bill Keller. Tous les deux sont doux, patelins et polis, suaves et botoxés, et ils ont des réponses toutes prêtes, mais ils sont aussi rampants devant le pouvoir que le dernier des pontes d’une feuille de chou locale.

Le Guardian a joué un sale rôle dans l’histoire de Wikileaks, et ils semblent bien vouloir refaire le coup avec Snowden. (2) Ils ont publié ses rapports, après les avoir corrigés à la sauce NBA, l’ont poussé à révéler son identité, moyennant quoi ils ont boosté leur réputation de gens de gauche, et au final, ont mandaté leur propre agent, Luke Harding, pour qu’il écrive un livre qui le mettra probablement en pièces. Ils y ont déjà gagné la bienveillance des  services d’intelligence, des lecteurs qui leur font confiance, et ils pourraient bien finir par détruire leur victime.

C’est ce qu’ils ont fait avec Julian Assange: ils ont tiré parti de ses dépêches, les ont trafiquées et censurées pour les rendre compatibles avec la stratégie de leurs patrons, puis ont publié sur son compte des tombereaux d’ordures, tous les ragots qu’ils ont pu trouver, ils l’ont décrié tant et plus. Le New York Times a été encore plus sordide, dans la mesure où il n’a pas cessé de collaborer avec la CIA et le Pentagone, et a pleinement joué sa partition dans la chasse aux sorcières contre Assange.

Mais les lecteurs de CounterPunch ont pu suivre sa saga exceptionnelle en temps réel, depuis le début (3), probablement mieux que personne, mieux que par la grande presse ou les bloggeurs. Ils ont appris comment les câbles ont été publiés (4), comment le Guardian a calomnié Assange (ils ont reçu des notes confidentielles de la police suédoise et en ont biaisé le contenu). Lorsque, quelques mois plus tard, ces documents ont été rendus publics, un site suédois a écrit: « les pesants ragots publiés surtout par le toxique Nick Davies du Guardian  ne tiennent plus debout. Le rapport de Nick Davies sur les procès-verbaux était une manipulation. » Le Guardian avait fait des chapeaux tendancieux sur les câbles obtenus par Bradley Manning et répandus par Assange.  Les gens ne lisent guère au-delà des titres, de sorte que le Guardian à son habitude s’est permis d’attribuer à Wikileaks certaines remarques de représentants officiels des US, le plus souvent destinés à miner l’image de la Russie et à priver son président de légitimité. (5) C’est seulement maintenant que nous comprenons ces attaques infatigables contre Poutine, le seul qui a eu assez de volonté pour mettre un frein à l’attaque qui menaçait la Syrie, et signer ainsi la fin de l’hégémonie américaine.

Les câbles d’Asie centrale étaient plus intéressants que les autres, dans la mesure où les ambassadeurs US dans la région ne se méfiaient pas, et s’exprimaient franchement, en toute brutalité, dans leurs communications avec le Département d’État. Le Guardian a délibérément expurgé une bonne part des câbles publiés afin de cacher les preuves de corruption par les firmes occidentales en Asie Centrale, comme les lecteurs de CounterPunch ont pu le lire dans un article qui est difficile à retrouver sur Google (quelle surprise!) (6). Wahlsrom demande à Alan Rusbridger pourquoi il a effacé les noms des généreux donateurs, et reçoit une réponse formelle: ce sont des gens très riches et ils pourraient nous faire un procès.

3

Le film sort juste au même moment que Le Cinquième Pouvoir, The Fifth Estate, le film d’Hollywood sur le même sujet. Ce n’est pas une coïncidence: Julian Assange était très ennuyé par le projet de Hollywood et il l’a dit ouvertement au producteur, au réalisateur et à l’acteur qui jouait son rôle. Il a judicieusement décidé de ne pas se mêler du projet Mediastan, de façon à laisser à Wahlstrom toute son indépendance. Ce n’est donc pas un film de groupies sur leur gourou: le personnage central n’est pas Assange mais les médiats.

Si bien que les deux films sont fort différents. L’un  se base sur le récit du collaborateur d’Assange devenu depuis son ennemi et ambitieux rival Daniel Domscheit-Berg, et a bénéficié d’un budget exceptionnel de 40 millions de dollars, bien au-dessus de la moyenne, alors que Mediastan,  est l’oeuvre du jeune réalisateur Johannes Wahlstrom, un ami d’Assange, avec un budget étriqué, entièrement sorti de sa poche fort plate; le chef opérateur et les autres membres du groupe, passionnés mais sans ressources, ont travaillé pour rien. Et malgré tout, ils ont réussi à produire un thriller puissant et qui hantera longtemps les gens qui réfléchissent, car il s’agit d’une quête épique sur un sujet épineux: comment insuffler la vérité vitale à ceux qui n’en veulent pas.

Le film occupe une niche bien particulière en tant que documentaire qui se sert de toutes les ressources du film de fiction: dynamique, ficelé serré, débordant de nuances, un régal pour l’œil et pour satisfaire la faim de réflexion. La photographie est splendide, on la doit au virtuose russe de la caméra, Fédor Lyass (Théo pour les intimes), le chef opérateur aux manettes du grand succès récent du cinéma russe Dukhless (7).  Le réalisateur Johannes Wahlstrom – (je n’ose pas dire tout le bien que j’en pense, parce que c’est mon fils, je l’avoue) a grandi en Israël, puis a suivi sa mère en Suède à l’âge de douze ans. C’est son premier long-métrage: il avait travaillé pour la télé suédoise et lancé un magazine. Il fait partie de ces braves jeunes gens décidés à arrimer le monde à la vérité, à l’arracher à la drogue du mensonge.

Je vous invite à voir ce film, pour le plaisir sauvage de voir ces visages âpres et juvéniles sur fond de paysages à couper le souffle, et d’en apprendre plus sur la façon dont Wikileaks a changé le monde.

Israel Shamir vit à Moscou adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier1)(_._,_.___

Notes:

(1) Le Monde Diplomatique a rendu compte de cette grève de la faim dans »L’or noir et la colère »  http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/GENTE/47656

(2) Voir l’article de Shamir « Snowden à Moscou », http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

(3) Voir l’article de Shamir: « Assange pourchassé, Les étonnantes aventures de Capitaine Neo négocient un virage prononcé vers le pire… » http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art794, septembre 2010.

(4) Voir l’article de Shamir ‘A bord du vaisseau Cablegate, Wikileaks dans les entrailles de l’empire » http://www.israelshamir.net/French/cablegate-fr.htm

(5) Autre article de Shamir sur les actions entreprises pour diffamer Julian Assange, voir « Assange agent du Mossad! ou Oignon cru en Iran », http://www.israelshamir.net/French/OignonsFR.htm

(6) Voir l’article de Shamir « Le Guardian déforme et censure les dépêches de Wikileaks » http://www.israelshamir.net/French/GuardianAstanaFr.htm

(7) Film de Roman Prygunov, septembre 2012, voir http://evasion-graph-coco.over-blog.com/dukhless-soulless

http://www.israelshamir.net/French/Mediastan-fr.htm

Vers le «Shutdown» global malgré «Iron Man»


Tribune libre Byblos

fond-de-ecran-iron-man-15Après quelques jours d’un psychodrame au suspense assez artificiel, les Etats-Unis ont évité comme prévu le défaut de paiement au terme d’une énième crise dite du «Shutdown». La planche à billets va pouvoir fumer de plus belle. La pègre financière a poussé un ouf de soulagement; la planète économique s’est épongé le front et les commentateurs-Système n’en finissent plus de nous expliquer combien nous sommes passés «à ça» de la «déflagration mondiale», mais que rien n’est joué et que les batailles budgétaires vont continuer et bla bla bla bla. La bouillie pour les chats habituelle donc, ou comment s’échiner à décrire une métastase sans voir le cancer généralisé qu’elle révèle. Ce non-évènement n’aura en fait été qu’un simple palier de compression supplémentaire sur la route du Shutdown global vers lequel s’achemine inéluctablement l’Etat faussaire étasunien. Même l’«Iron man» rêvé du Pentagone n’y pourra rien changer.

Un verdict sans appel

La phase terminale de l’effondrement US a connu une accélération remarquable en 2013.
En révélant que Washington traitait ses «alliés» avec les mêmes égards que ses ennemis, l’affaire Snowden a ainsi fait éclater une crise à têtes multiples qui n’en finit plus de disséminer ses bombinettes dans les conclaves internationaux.
Parallèlement, l’affaire de la vraie-fausse attaque chimique syrienne a ensuite sonné le glas de la politique US dans la région en provoquant un fiasco tel, qu’il a contraint la Maison-Blanche à rengainer ses flingues et à reprendre langue avec l’ennemi juré iranien.
Enfin, le psychodrame automnal du «shutdown» est venu confirmer l’extrême fragilité d’un gouvernement US menaçant d’éclater à tout instant sous la pression de forces centrifuges de plus en plus puissantes, de plus en plus extrêmes.
Le verdict est sans appel : la légitimité morale de l’Empire est ruinée ; sa crédibilité en tant qu’hyper-puissance ne l’est pas moins ; et sa soi-disant monnaie de référence est apparue pour ce qu’elle est : une monnaie de singe à laquelle plus personne ne croit vraiment.
Bravo l’artiste.

Tous les ingrédients d’un blockbuster

A ce stade, ouvrons une petite parenthèse pour reconnaître que l’effondrement US réunit tous les ingrédients d’un blockbuster hollywoodien, un tantinet décalé toutefois (on verrait bien les frères Cohen, Tim Burton ou Terry Guilliam aux commandes).
En résumé, nous avons donc d’ubuesques opérations top-secrètes d’espionnages qui finissent dans la presse-people ; une NSA qui ment comme un arracheur de dents pour faire croire à l’utilité de cet espionnage planétaire (un ou deux attentats identifiés en tout au lieu des 50 annoncés) ; de fantastiques projets de guerres qui partent en sucette avant d’avoir commencé avec un risque majeur de paix à la clé (l’exact opposé donc de ce qui était prévu); un Président Prix Nobel de la paix accroc aux assassinats par drones interposés et qui ne gouverne plus aujourd’hui que dans la peur d’être assassiné lui-même et, enfin, dans l’affaire du shutdown, des seconds rôles pleins de reliefs comme cette démocrate du Texas proposant l’instauration de la loi martiale comme solution.
Et au beau milieu de ce merdier, last but not least, le Pentagone himself, insouciant comme un bambin halluciné jouant avec sa caisse de grenades, nous annonce joyeusement qu’il va réaliser «l’armure d’Iron man» pour ses «supers-soldats du futur».
Du lourd on vous dit, pour un blockbuster, voire un péplum, avec un final digne de «Pompéi» cela va sans dire.

Un effondrement nécessaire

Tout cela prêterait à rire si les soubresauts du presque cadavre impérial ne provoquaient encore, comme en Syrie, de monstrueuses hécatombes, sans compter la probabilité de voir de nouveaux spasmes provoquer de nouveaux bains de sang.
C’est que, comme nous l’avions évoqué dans une brève de juin 2012, les grandes puissances ne meurent que rarement dans leur lit, et leur agonie peut s’accompagner de terribles fracas.
En septembre dernier par exemple, lorsque l’Empire prétendait punir le régime syrien, nous sommes ainsi passés à quelques millimètres d’une conflagration dont personne n’aurait pu prédire l’ampleur tant le risque était grand de voir l’entrée en scène d’acteurs comme l’Iran et même la Russie, ou accessoirement l’Etat-voyou israélien et ses armes de destructions massives.
Aujourd’hui, l’effondrement des Etats-Unis en tant qu’hyper-puissance mondiale dirigeante est donc une nécessité.
D’abord pour en finir avec les guerres et les massacres de masses (cf. 1,5 million de morts en Irak), et mettre aussi un terme au chaos engendré par le remodelage à coups de flingue du Moyen-Orient que Washington téléguide avec ses laquais saoudiens et européens.
Ensuite, cet effondrement s’accompagnera surtout de l’éclatement de la prison-dollar avec l’espoir, enfin, de voir la chute d’un Système néolibéral dont l’Empire est la matrice, le promoteur et le gardien, et dont l’essence nihiliste impose au monde le meurtre permanent de l’environnement, l’injustice sociale et le dessèchement des âmes.
Bien sûr, l’Empire reste terriblement dangereux de par son incroyable puissance de feu et la fascination qu’il peut encore exercer sur les esprits rampants des dirigeants occidentaux par exemple.
Mais l’effondrement est inéluctable, et si l’on se fonde sur les dernières «réalisations» du Pentagone, ce n’est pas l’armure d’«Iron man» qui empêchera le Shutdown global à venir.

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NSA continuera à espionner


971103-1149494Le directeur du renseignement national, James Klepper a demandé à la Cour Fédérale de statuer sur la légitimité du NSA pour collecter des métadonnées, c’est-à-dire, continuer à espionner. A huis clos, il a été entendu. L’agence peut donc continuer à recueillir les informations qu’elle juge nécessaires sur les appels téléphoniques des Américains, selon les médias.

Sur quelle base repose cette décision de la Cour Fédérale ? Quelle qu’elle soit elle ne peut être que cynique.  On imagine aisément le directeur du renseignement invoquant la sécurité des citoyens ou la lutte contre les ennemis de l’intérieur. On sait ce qu’il en est de ces arguments. Tant qu’à être cynique, il pourrait par exemple évoquer le volet socio-économique. Après tout, ils sont payés pour espionner. Si on les empêche de faire leur boulot, c’est le chômage technique, avec toutes les répercussions  économiques et sociales qui en résulteraient.

Comme pour l’Armée. Un militaire, c’est fait pour faire la guerre. Le pays se décarcasse pour leur créer des foyers de conflit où ils peuvent de temps en temps guerroyer à loisir ; alors pourquoi ne pas faire la même chose pour les espions ?

Il pourrait également mettre en avant que le fait de les empêcher de travailler c’est donner raison à l’ennemi, Edward Snowden. Ce serait capituler, ce que les Etats-Unis ne sauraient faire.

Il existe des tas de raisons, plus cyniques les unes que les autres. Elles ont au moins le mérite d’amener les autorités américaines à changer de disque.

Avic

Nouvelle obsession, Nouvel ennemi : la Chine – John Pilger


chinaustension1Les pays sont des « pièces d’un échiquier sur lequel se joue un grand jeu pour la domination du monde», écrivait Lord Curzon, vice-roi des Indes, en 1898, rien n’a changé. Le massacre du centre commercial de Nairobi était une façade derrière laquelle une sanglante invasion en bonne et due forme de l’Afrique et une guerre en Asie sont le grand enjeu.

Les tueurs du centre commercial du groupe Al-Shabaab sont venus de Somalie. Si un pays est une métaphore impériale, c’est la Somalie. Partageant une langue et une religion commune, les Somaliens ont été divisés entre les Britanniques, les Français, les Italiens et les Ethiopiens. Des dizaines de milliers de personnes ont été ballotées d’un pouvoir à l’autre. «Quand on les fait se haïr les uns les autres», écrit un fonctionnaire colonial britannique, la «bonne gouvernance est assurée. »

Aujourd’hui, la Somalie est un parc à thème de divisions artificielles, brutales, appauvrie durablement par la Banque mondiale et le programme « d’ajustement structurel » du FMI, saturée d’armes modernes, notamment l’arme personnelle favorite du président Obama, le drone. Le seul gouvernement somalien stable, les tribunaux islamiques, a été « bien accueilli par les gens dans les zones sous son contrôle », a rapporté le service de recherche du Congrès américain, «[mais] a reçu une couverture médiatique négative, en particulier en Occident. » Obama l’a écrasé; et en Janvier, Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, a présenté son homme au monde. « La Somalie reste reconnaissant de l’appui indéfectible du gouvernement des Etats-Unis, » avait déclaré avec effusion le président Hassan Mohamud, «merci, l’Amérique. »

Depuis que l’OTAN a réduit la Libye moderne à un état ​​de Hobbes en 2011, les derniers obstacles vers l’Afrique sont tombés. « Les conflits pour l’énergie, les minéraux et les terres fertiles sont susceptibles de se produire avec une intensité croissante», rapportent les planificateurs du ministère de la Défense. Ils prédisent « un nombre élevé de victimes civiles », donc que « la perception de légitimité morale sera importante pour aboutir à un succès ». Sensible au problème de relations publiques relatif à l’invasion d’un continent, le mammouth de l’armement, BAE Systems, avec Barclay Capital et BP, conseillent au «gouvernement de définir sa mission internationale comme une gestion des risques au nom des citoyens britanniques». Le cynisme est mortel. Les gouvernements britanniques ont eu, à plusieurs reprises, des mises en garde, notamment de la part de la Commission parlementaire de renseignement  et de Sécurité, que les aventures à l’étranger attireraient des représailles chez nous.

Avec un intérêt des médias réduit au minimum, le Commandement africain américain (Africom) a déployé des troupes dans 35 pays africains, établissant un réseau familier de larbins autoritaires avides de pots de vin et d’armements. Dans les jeux de guerre, la doctrine « de soldat à soldat » s’applique à tous les officiers américains à tous les niveaux de commandement, du général au grade de sous-lieutenant. Les britanniques ont fait de même en Inde. C’est comme si la fière histoire de libération de  l’Afrique, de Patrice Lumumba à Nelson Mandela, était reléguée aux oubliettes par une nouvelle élite coloniale de nouveaux maîtres noirs dont la « mission historique », avait averti Frantz Fanon il y a un demi-siècle, est l’assujettissement de leur propre peuple dans la cause d’un « capitalisme sauvage bien camouflé ». La référence est aussi valable pour le Fils de l’Afrique de la Maison Blanche.

Pour Obama, il y a une cause plus urgente – la Chine. L’Afrique est la réussite de la Chine. Là où les américains apportent des drones, les chinois construisent des routes, des ponts et des barrages. Ce que les Chinois veulent ce sont les ressources, notamment les énergies fossiles. Le bombardement de la Libye par l’OTAN a chassé 30.000 travailleurs de l’industrie pétrolière chinoise. Plus que le djihadisme ou l’Iran, la Chine est désormais l’obsession de Washington en Afrique et au-delà. C’est la «politique» connue sous le nom de «pivot vers l’Asie », dont la menace pour une guerre mondiale est aussi grande que jamais dans l’ère moderne.

La réunion de cette semaine à Tokyo du secrétaire d’Etat américain John Kerry et du secrétaire à la Défense Chuck Hagel avec leurs homologues japonais a accéléré la perspective d’une guerre avec le nouveau rival impérial. Soixante pour cent des forces américaines et navales doivent être basées en Asie en 2020, visant la Chine. Le Japon se réarme rapidement avec le gouvernement de droite du Premier ministre Shinzo Abe, qui est arrivé au pouvoir en Décembre avec un engagement à construire une « nouvelle et forte armée» et à contourner la « constitution de paix ». Un système de missiles antibalistiques nippo-américain près de Kyoto vise la Chine. En utilisant des drones à long rayon d’action, les  Global Hawk, les Etats-Unis ont fortement augmenté leurs provocations dans l’Est de la Chine et la mer de Chine méridionale, où le Japon et la Chine se disputent la propriété des îles Senkaku / Diaoyu. Des appareils avancés à décollage vertical sont maintenant déployés au Japon; leur but est la blitzkrieg.

Sur l’île du Pacifique de Guam, à partir de laquelle les B-52s attaquaient le Vietnam, le plus grand déploiement militaire depuis les guerres d’Indochine regroupe 9.000 Marines américains. En Australie, cette semaine, une prise d’armes militaire qui a diverti les habitants de Sydney, correspond à une campagne de propagande du gouvernement pour justifier un accroissement sans précédent du potentiel militaire américain de Perth à Darwin, visant à la Chine. La grande base américaine de Pine Gap près d’Alice Springs est, comme Edward Snowden l’a divulgué, une plaque tournante de l’espionnage américain dans la région et au-delà ; c’est aussi un élément essentiel pour les assassinats par drone d’Obama à travers le monde.

Un ancien secrétaire d’Etat adjoint américain, McGeorge Bundy, avait dit un jour : «Nous devons informer les Britanniques pour les garder de notre côté. Vous en Australie,  êtes avec nous, quoi qu’il arrive ». Les forces australiennes ont longtemps joué un rôle de mercenaire pour Washington. Cependant, il y a un problème. La Chine est le plus grand partenaire commercial de l’Australie et en grande partie responsable de sa sortie de la récession de 2008. Sans la Chine, il n’y aurait pas de boom pour les mines du pays ; pas de retour minier hebdomadaire de près d’un milliard de dollars.

Les dangers que cela représente sont rarement débattus publiquement en Australie, où le patron du premier ministre Tony Abbott, Rupert Murdoch, contrôle 70 pour cent de la presse. Occasionnellement, l’anxiété s’exprime sur le «choix» des USA sur ce que  l’Australie aura à faire. Un rapport de l’Institut australien de politique stratégique avertit que tout plan américain pour attaquer la Chine impliquerait « l’aveuglement » du système de surveillance chinois, de renseignement et de commandement. Cela « augmentera, par conséquent, les chances de préemption du nucléaire Chinois… et une série d’erreurs de calcul des deux côtés si Pékin perçoit les attaques conventionnelles sur son sol comme une tentative de désarmer sa capacité nucléaire ».

Dans son discours à la nation le mois dernier, Obama a dit: «Ce qui rend l’Amérique différente, ce qui nous rend exceptionnel, c’est que nous sommes déterminés à agir. »

The Guardian

John Pilger

Traduction : Avic

http://www.informationclearinghouse.info/article36488.htm

Le Brésil accueillera le sommet mondial de l’internet dans la lutte en cours contre la surveillance de la NSA


brazil-internet-summit-fight-nsa.siLes dirigeants brésiliens ont annoncé qu’ils prévoyaient d’organiser une conférence internationale sur la gouvernance de l’Internet l’année prochaine, une déclaration qui survient après que le pays ait fait pression sans succès pour changer les politiques de la NSA utilisées par les États-Unis pour surveiller le Brésil.

La Présidente Dilma Rousseff, après consultation avec Fadi Chehade, directeur général de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers  (ICANN), a annoncé via Twitter qu’une conférence se tiendrait en Avril.

«Nous avons décidé que le Brésil accueillera en Avril 2014 un sommet international de gouvernements, de l’industrie, de la société civile et du monde universitaire,» avait-elle twitté mercredi.

Les récentes fuites du lanceur d’alerte Edward Snowden ont révélé que le Brésil est devenu une cible privilégiée de l’Agence nationale de la sécurité depuis que le programme du renseignement américain a lancé le programme de surveillance électronique de PRISM en 2007. En plus de surveiller l’activité en ligne des citoyens brésiliens, la NSA surveillait discrètement l’activité diplomatique et le géant pétrolier sud-américain Petrobras.

Rousseff a depuis annulé une visite d’Etat prévue aux États-Unis et utilisé son discours à l’ONU pour condamner ce qu’elle considérait comme «une violation du droit international et un affront» pour l’indépendance du Brésil.

« Sans le droit à la vie privée, il n’y a pas de véritable liberté d’expression ou de liberté d’opinion, et donc il n’y a pas de démocratie réelle », a-t-elle dit, ajoutant que «sans le respect de la souveraineté [d’une nation], il n’y a pas de base pour des relations appropriées entre les nations. Ceux qui veulent un partenariat stratégique ne peuvent pas permettre à des actions récurrentes et illégales de perdurer comme si elles étaient une pratique ordinaire.  »

La question a été discutée en Amérique latine, où Rousseff a clairement fait savoir que le Brésil ne tolérera pas une telle activité. Ses propres communications personnelles avec ses collaborateurs et d’autres informations téléphoniques privées ont été interceptées, selon le quotidien O Globo.

Les commentaires de Rousseff en face de la délégation internationale à l’ONU ont été salués à l’échelle nationale et à l’étranger.

« Elle a parlé pour nous tous, ce jour-là. Elle a exprimé l’intérêt pour le monde de trouver réellement comment nous allons vivre tous ensemble dans cette nouvelle ère numérique « , a déclaré Fadi Chehade à l’Agence France-Presse. « La confiance dans l’Internet mondial a été ébranlée et maintenant il est temps de rétablir cette confiance grâce à des décideurs et des institutions qui œuvreront dans ce sens ».

L’ICANN de Chehade est une organisation à but non lucratif basée à Los Angeles, responsable de la coordination des systèmes mondiaux d’Internet, dont les adresses IP internationales, les serveurs de noms racines, et l’introduction de nouvelles méthodes de domaines, entre autres.

Traduction Avic

http://rt.com/news/brazil-internet-summit-fight-nsa-006/

Le grand tabou américain : Ce que l’on (ne) dit (pas) quand on parle de crimes de guerre


Tribune libre Almutanabi Jasmin

0607-wikileaks-video-grab_full_600« Quand on s’engage à servir son pays et qu’on prête serment, on s’y tient. Ce n’est pas une option. » Steven Bussi de la Fondation Néoconservatrice Heritage, à propos de Chelsea Manning, (anciennement connu sous le nom de Bradley). Vraiment ? Peu importe ce que l’on demande à un individu qui s’est engagé ? Peu importe ce qu’il voit ou ce qu’il sait, il doit ignorer sa conscience et obéir aux ordres ? Mais Steven, mon ami, vous n’êtes pas sans savoir qu’après la Seconde Guerre Mondiale de nombreux Allemands utilisèrent, bien évidemment, l’excuse d’avoir obéi aux ordres. Les alliés victorieux exécutèrent pourtant beaucoup d’entre eux.

Les condamnations à mort furent prononcées par le Tribunal Militaire International de Nuremberg, en Allemagne, qui déclara que les individus ont des devoirs internationaux qui surpassent les obligations nationales d’obéissance. C’est pour cela que les citoyens, en tant qu’individus, ont le devoir d’enfreindre les lois nationales pour empêcher que des crimes contre la paix et contre l’humanité n’aient lieu.

En outre, le Principe IV de Nuremberg stipule : le fait qu’une personne agisse selon les ordres de son Gouvernement ou d’un supérieur ne l’exonère pas de sa responsabilité au regard des lois internationales, pour peu qu’on parvienne à démontrer qu’il avait la possibilité d’agir autrement.

Manning, mais aussi Edward Snowden, avaient des alternatives d’ordre moral et ils les ont saisies.

Il convient de dire que Barack Obama a refusé de présenter à la justice ceux qui, sous l’ère Bush, étaient impliqués dans les actes de torture car, affirme-t-il, ils ne faisaient qu’obéir aux ordres. Cet homme instruit, n’a-t-il jamais entendu parler du Tribunal de Nuremberg ? Pourquoi n’est-il pas gêné de répéter encore et toujours le même argument ?

Durant les trois dernières années d’incarcération, de torture et d’humiliation que Manning a vécues et qui ont augmenté considérablement ses difficultés personnelles déjà existantes, j’imagine que l’idée du suicide lui a traversé l’esprit à bien des reprises. Cela aurait été le cas si j’avais été à sa place. Au cours des milliers de jours et de longues nuits d’incarcération à venir, ces pensées habiteront peut-être Manning. Si les pensées se transforment en désir et si le désir devient insupportable, j’espère que cette jeune femme courageuse trouvera le moyen de le réaliser. Toute personne possède ce droit, même les héros.

Les Etats-Unis et leurs petits caniches européens sont peut-être allés trop loin, pour leur propre bien, dans leurs tentatives de contrôler toute communication dissidente en exigeant toutes les données de la part des sociétés impliquées dans la messagerie codée, en mettant la pression pour fermer plusieurs d’entre elles, en obligeant l’avion du président bolivien à atterrir, en détruisant les ordinateurs d’un journal important, en arrêtant la conjoint d’un journaliste pendant plus de neuf heures dans un aéroport, en s’appropriant les conversations téléphoniques de journalistes de l’Associated Press, en menaçant d’emprisonnement un journaliste du New York Times s’il ne révélait pas sa source lors d’une opération d’infiltration, en mentant de manière éhontée au plus haut niveau, en dissimulant des micros au sein du Parlement Européen et des Nations Unies, en organisant des surveillances sans limites. Où tout cela s’arrêtera-t-il ? A quel moment cela sera-t-il contreproductif et permettra aux Etats-Unis de revenir à un niveau de surveillance normal ? Le 24 Juillet, une loi limitant le pouvoir de la NSA a été retoquée par seulement 217 votes contre 205 à la Chambre des Représentants.

Et combien de temps encore Amnistie Internationale continuera-t-elle à salir son image en niant l’évidence ? A savoir que Manning rentre dans la catégorie des Prisonniers d’Opinion. Quiconque visite le site d’Amnistie Internationale à la recherche de Prisonniers d’Opinion en trouvera un grand nombre, dont plusieurs cubains. Existe-il un lien entre l’oubli de Manning et le fait que la Directrice Exécutive d’Amnistie Internationale, Suzanne Nossel, ait pris ses fonctions actuelles tout de suite après son départ du Département d’Etat Américain, où elle occupait le poste de Vice-Secrétaire Adjointe en charge des Organisations Internationales ?

Un coup de fil au siège d’Amnistie Internationale à New York ne m’a pas permis d’obtenir une quelconque explication sur l’oubli de Manning. Je suggère que les lecteurs essaient de l’obtenir en contactant le bureau d’Amnistie Internationale de leur pays.

En attendant, l’autre grande organisation internationale de défense des droits de l’homme, HRW, a vu le Directeur du bureau de Washington, Tom Malinowski, être nommé par Obama, Secrétaire d’Etat Adjoint en charge de la Démocratie, des Droits de l’Homme et du Droit du Travail. Est-il vraiment exagéré d’attendre d’un haut fonctionnaire à la tête d’une organisation de défense des Droits de l’Homme qu’il refuse de travailler pour un gouvernement qui a le plus enfreint les Droits de l’Homme au cours des cinquante dernières années ? Et si cette nomination vous semble écœurante, il vous faut considérer la torture comme le meilleur exemple de la cruauté humaine. Qui d’autre que les Etats-Unis a été le plus impliqué dans cette horreur ? Allant même jusqu’à l’enseigner, fournissant manuels et équipements, créant des centres de torture un peu partout dans le monde, séquestrant des personnes pour les conduire vers ces lieux, incarcération, alimentation forcée, Guantanamo, Abu Ghraib, Bagram, Chili, brésil, Argentine, Chicago…

Que Dieu nous pardonne !

William Blum

Auteur de Killing Hope : U.S. Military and CIA Interventions Since World War II, Rogue State : a guide to the World s Only Super Power.

Son dernier ouvrage s’intitule America s Deadliest Export : Democracy.

Contact : BBlum6@aol.com

Source : http://www.counterpunch.org/2013/09/06/what-we-dont-talk-about-when-we-talk-about-war-crimes/

 

Etats gangster US / UK – Paul Craig Roberts


LondresLe 23 Juillet, j’ai écrit sur la façon dont les Etats-Unis ont inversé les rôles avec l’URSS et sont devenus le tyran qui terrifie le monde. Nous avons maintenant une nouvelle confirmation de ce fait. Il s’agit de deux actions extraordinaires commises par la marionnette britannique de Washington.

David Miranda, le partenaire brésilien de Glenn Greenwald, qui faisait un reportage sur l’espionnage illégal et inconstitutionnel par l’Agence nationale Stasi, a été appréhendé, certainement sur ordre de Washington, par le gouvernement de la marionnette britannique dans la zone internationale de transit d’un aéroport de Londres. Miranda n’était pas entré dans le Royaume-Uni, mais il a été arrêté par les autorités britanniques. http://rt.com/op-edge/uk-gay-greenwald-freedom-police-679/ Les marionnettes britanniques de Washington l’ont simplement kidnappé, menacé pendant neuf heures, et ont volé son ordinateur, son téléphone et tout son équipement électronique. Comme un responsable américain plein d’autosuffisance l’a déclaré aux médias, « le but était d’envoyer un message. »

Vous vous souvenez peut être que Edward Snowden avait été bloqué pendant quelques semaines dans la zone de transit internationale de l’aéroport de Moscou. Le tyran Obama a harcelé à plusieurs reprises le président russe Poutine pour le pousser à violer la loi et à kidnapper Snowden pour lui. Contrairement aux britanniques, qui furent naguère fiers et respectueux de la loi, M. Poutine a refusé de placer les désirs de Washington au-dessus de la loi et des droits humains.

La deuxième violation extraordinaire a eu lieu presque simultanément avec les autorités britanniques débarquant au journal The Guardian et détruisant illégalement les disques durs des ordinateurs du journal avec la vaine intention d’empêcher la publication de nouvelles révélations de Snowden sur la grande criminalité US / UK.

Il est à la mode dans les gouvernements américain et britannique et parmi leurs thuriféraires de parler de «Russie état gangster. » Mais nous savons tous qui sont les gangsters. Les pires criminels de notre temps sont les gouvernements américain et britannique. Les deux sont dépourvus de toute intégrité, tout honneur, toute miséricorde, toute humanité. De nombreux membres des deux gouvernements auraient fait des fonctionnaires parfaits dans la Russie de Staline ou de l’Allemagne nazie.

C’est extraordinaire. Ce sont les Anglais qui sont à l’origine de la liberté. Certes, en 1215, c’était la liberté des droits des barons pour se protéger des violations royales, pas la liberté de l’homme du peuple. Mais une fois que le principe a été établi il s’est répandu dans toute la société. Dès 1680 la révolution juridique était complète. Le roi et le gouvernement étaient soumis à la loi. Le roi et son gouvernement n’étaient plus la loi ni au-dessus de la loi.

Dans les 13 colonies, les Anglais qui les ont peuplées ont hérité de cette réalisation anglaise. Lorsque le gouvernement du roi George a refusé aux colonies les droits des Anglais, les colons se sont révoltés, et les Etats-Unis sont nés.

Les descendants de ces colons vivent maintenant dans une Amérique où les protections constitutionnelles ont été renversées par un gouvernement tyrannique qui prétend qu’il est au-dessus de la loi. Ce fait cru n’a pas empêché le gouvernement américain ou ses marionnettes de continuer à dissimuler les crimes de guerre des agressions militaires dans la formule trompeuse « d’apporter la liberté et la démocratie. » Si les gouvernements Obama et Cameron étaient au banc des accusés au procès de Nuremberg, l’intégralité des deux gouvernements seraient condamnée.

La question est: y a-t-il suffisamment de gens endoctrinés dans les deux pays pour maintenir le mythe US / UK que «la liberté et la démocratie » sont atteints via des crimes de guerre?

Il ne manque pas d’américains endoctrinés qui aiment qu’on leur dise qu’ils sont «Indispensables» et «exceptionnels», et donc avec le droit d’imposer leur volonté au monde. Il est difficile de déceler dans ces américains idiots quelque espoir pour la renaissance de la liberté. Mais il y a des indications que les Britanniques, qui n’ont pas hérité de la  liberté, mais ont dû se battre pour elle pendant cinq siècles, sont peut-être plus déterminés.

Le British Home Affairs Committee, présidé par Keith Vaz, exige une explication de la part du toutou d’Obama, le Premier ministre britannique. Aussi, le gardien britannique dans le domaine de l’anti-terrorisme, David Anderson, exige que le Home Office et la police britanniques expliquent l’utilisation illégale des lois anti-terroristes contre Miranda, qui n’est pas un terroriste ou lié au terrorisme en aucune façon.

Le ministre des Affaires étrangères du Brésil a rejoint la mêlée, exigeant que Londres explique pourquoi le Royaume-Uni a violé sa propre loi et maltraité un citoyen brésilien.

Bien sûr, tout le monde sait que Washington a forcé sa marionnette britannique à violer la loi afin de servir Washington. On peut se demander si les Britanniques décideront un jour qu’ils seraient mieux en tant que pays souverain.

La Maison Blanche a nié toute implication dans l’enlèvement de Miranda, mais a refusé de condamner l’action illégale de sa marionnette.

Quant à la destruction de la liberté de la presse au Royaume-Uni, la Maison Blanche le soutient également. C’est déjà le cas ici.

En attendant, habituez-vous à l’Etat policier: http://www.wnd.com/2013/03/now-big-brother-targets-your-fedex-ups-packages/

Traduction : Avic

http://www.paulcraigroberts.org/

Craig Roberts withkitties_150_120Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

Adieu les libertés au Royaume-Uni ! La détention de Miranda révèle l’esprit vindicatif d’un Etat policier blessé


Le journaliste américain Glenn Greenwald (L) avec son partenaire David Miranda dans l'aéroport International de Rio de Janeiro 19 août 2013. (Reuters/Ricardo Moraes)
Le journaliste américain Glenn Greenwald (L) avec son partenaire David Miranda dans l’aéroport International de Rio de Janeiro 19 août 2013. (Reuters/Ricardo Moraes)

Comme la définition du terrorisme a été élargie pour couvrir les militants, les porteurs de slogans, les manifestants et maintenant, apparemment, les partenaires de journalistes, l’arrestation du partenaire de Glenn Greenwald est juste un autre clou dans le cercueil des libertés britanniques.

David Miranda venait de passer une semaine à Berlin, avant de s’envoler vers son pays d’origine, le Brésil, via l’aéroport d’Heathrow. Pendant qu’il y était en transit pour son vol de retour – sans entrer dans le Royaume-Uni, je le précise, mais faisant juste une connexion internationale – les agents de sécurité des frontières du Royaume-Uni l’ont arrêté et l’ont interrogé pendant neuf heures, et ont également confisqué tout son matériel technique.

Il a été détenu pendant la période maximale autorisée dans les conditions draconiennes de l’annexe 7 de la Loi antiterroriste du Royaume-Uni (2000). Son «crime» ? Etre le partenaire du journaliste militant Glenn Greenwald, qui a publié les révélations d’Edward Snowden. La détention de Miranda a provoqué l’indignation, à juste titre, dans le monde entier . Les protestations diplomatiques ont été présentées aux Britanniques par le gouvernement brésilien, les députés britanniques se posent des questions, et le journal The Guardian (qui est l’éditeur principal des histoires de Greenwald), a envoyé des avocats. Cet épisode est troublant à tellement de niveaux qu’il est difficile de savoir par où commencer. Tout d’abord, le Terrorism Act (2000) est conçu pour enquêter sur … le terrorisme – du moins, c’est ce que vous pensez.

Toutefois, il est trop facile pour une mission de dévier de ses objectifs, comme je l’ai dit pendant des années . La définition du terrorisme a été élargie pour couvrir les militants, porteurs de slogans, et des manifestants ainsi que, maintenant, apparemment, les partenaires de journalistes. La vieille compréhension d’une procédure régulière est simplement devenue un autre pittoresque, un artefact britannique comme la Magna Carta et l’habeas corpus.

Magna carta
Magna carta

Au Royaume-Uni nous avons maintenant des tribunaux secrets couvrant toutes les choses de la  «sécurité nationale» , la surveillance omniprésente de Big Brother (comme en témoignent le programme TEMPORA de GCHQ), et nous avons nos espions impliqués dans l’enlèvement et la torture .

Donc l’annexe 7 de la loi sur le terrorisme est juste un autre petit clou dans le cercueil des libertés britanniques historiques. En vertu de ses termes, n’importe qui peut être arrêté, détenu et interrogé par des agents de sécurité à la frontière s’ils sont «soupçonnés » de participation, d’être un relais, ou un soutien financier au terrorisme. Le détenu n’est pas autorisé à parler à un avocat, ni à ne pas répondre aux questions, sous peine de poursuites pénales. De plus leurs biens peuvent être indéfiniment saisis et fouillés, y compris les ordinateurs, les téléphones et autres gadgets. En vertu de l’annexe 7 les personnes peuvent être interrogées pendant un maximum de 9 heures . Après cela, les autorités doivent soit demander une prolongation formelle, inculper et procéder à l’arrestation, soit relâcher le prévenu.

Selon un document du gouvernement britannique, 97% des personnes sont interrogées moins de 1 heure, puis libérées et seulement 0,06% sont détenues pendant six heures. Miranda a été détenu jusqu’à la dernière minute de la période complète de neuf heures avant d’être libéré sans inculpation. Deuxièmement, cet abus de pouvoir montre trop clairement les points que Edward Snowden a révélés via Greenwald sur un état de surveillance en plein essor et hors de contrôle. La détention de Miranda affiche toute la vindicte obsessionnelle d’un Etat secret blessé, bourdonnant de colère comme une guêpe.

Snowden a la protection du seul Etat ayant actuellement le pouvoir face à la puissance brute de la « diplomatie » Etatsunienne, et Greenwald a encore les lambeaux de protection des journalistes autour de lui. Amis et partenaires, cependant, peuvent être considérés comme une proie facile. Je le sais par expérience personnelle amère. En 1997, l’ancien officier du MI5 de renseignement, David Shayler, a lancé une alerte sur toute une gamme de crimes d’espionnage du Royaume-Uni : Fichiers sur les ministres du gouvernement, des écoutes téléphoniques illégales, bombes de l’IRA qui auraient pu être évitées, des gens innocents en prison, et un complot d’assassinat illégal du MI6 contre Kadhafi, qui a mal tourné et des personnes innocentes sont mortes. Travaillant avec un grand journal du Royaume-Uni et dans le respect des vrais secrets nationaux, il a rendu publics ces crimes. À titre préventif, nous nous sommes enfuis ensemble, afin que nous puissions rester libre d’argumenter sur la campagne et autour des informations, plutôt que de disparaître dans une prison de haute sécurité pendant des années. Après un mois en cavale à travers l’Europe, je suis retournée au Royaume-Uni pour travailler avec nos avocats, voir nos familles traumatisées, recoller les morceaux et réparer les dégâts des perquisitions de police.

AFP Photo / John Macdougall
AFP Photo / John Macdougall

En Septembre 1997, j’ai pris l’avion en Espagne avec mon avocat pour Londres Gatwick. Je savais que la Branche Spéciale de la Metropolitan Police voulait m’interroger, et mon avocat avait négocié cela avant mon voyage. Malgré cela, j’ai été arrêtée au bureau d’immigration par six malabars, et transportée à la cellule  anti-terroriste à la station de police de Charing Cross dans le centre de Londres, où j’ai été interrogée pendant six heures. À ce moment-là je n’avais rien fait de plus que de soutenir David. En tant qu’ex-officier du MI5 Je conçois que les espions aient besoin de davantage de supervision et qu’ils doivent rendre des comptes, mais en fait mon arrestation était due au fait que j’étais sa petite amie et ils pensaient qu’en faisant pression sur moi ils auraient barre sur lui. Mais cela a empiré – deux jours plus tard deux meilleurs amis de Shayler et son frère furent arrêtés sur de fausses accusations flagrantes. Aucun d’entre nous n’a jamais été inculpé pour aucun crime, mais nous avons tous été maintenus en liberté sous caution par la police pendant des mois. Rétrospectivement, notre traitement a été conçu pour mettre plus de pression sur lui et «garder dans sa boîte» – c’était l’intimidation pure. Les journalistes et les étudiants ont également été menacés, harcelés, et dans un cas, inculpés et condamnés pour avoir eu l’audace d’exposer les crimes d’espionnage divulgués par Shayler. À ce jour, aucun des criminels dans l’agence de renseignement britannique n’a jamais été accusé ou reconnu coupable. Ainsi, les menaces et l’intimidation dans le cas Snowden et la détention du partenaire de Greenwald, sont de très vieilles tactiques. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur de l’intimidation flagrante, la force brutale pure. Malgré les feux de l’Internet mondial et la couverture médiatique, les barbouzes américains et britanniques pensent encore qu’ils peuvent s’en tirer avec ce genre d’intimidation. Vont-ils s’en tirer ? Ou allons-nous, citoyens du monde, tracer une ligne dans le sable?

Oh, et n’oublions pas non plus la pure hypocrisie – les Etats-Unis condamnent Snowden pour s’être réfugié en Russie, et fustige ce pays pour son bilan en matière de droits civils sur certaines questions. Quoi qu’il en soit, l’establishment américain devrait d’abord regarder la poutre qu’il a dans l’œil – que l’un de leurs jeunes citoyens risque la peine de mort ou une longue incarcération à vie pour avoir dévoilé des crimes (de guerre) contre la communauté internationale et contre la propre constitution du pays. Il y a un précédent juridique internationalement reconnu depuis les procès de Nuremberg nazis après la Seconde Guerre mondiale : «je n’ai fait qu’obéir aux ordres» n’est pas une défense, sous aucune juridiction, en particulier lorsque ces ordres aboutissent à faire des victimes innocentes, des crimes de guerre et un génocide. Les gardes-frontières du Royaume-Uni, ainsi que les communautés de renseignement internationales et militaires, feraient bien de tenir compte de cette puissante leçon de l’histoire.

Donc cette utilisation exagérée d’un droit de détenir le partenaire d’un journaliste simplement parce qu’il est de passage au Royaume-Uni devrait nous faire réfléchir à tous. L’Occident a longtemps invectivé les régimes totalitaires et les États policiers. Comment ne peuvent-ils pas reconnaitre ce qu’ils sont devenus? Et combien de temps pouvons-nous, en tant que citoyens, continuer à fermer les yeux?

Annie MachonAnnie Machon est un ancien officier de renseignement pour le MI5 au Royaume-Uni, qui a démissionné en 1996 pour lancer des alertes. Elle est maintenant écrivain, conférencière et directrice de Law Enforcement Against Prohibition.

Traduction : Avic

http://rt.com/op-edge/uk-gay-greenwald-freedom-police-679/

La vengeance de la NSA continue : le partenaire de Greenwald séquestré au Royaume-Uni


000-dv986574-c0a83130422-original-webLe partenaire du journaliste Glenn Greenwald a été détenu à l’aéroport de Heathrow en vertu de la loi antiterroriste britannique pour la durée maximale autorisée avant inculpation. Amnesty International a qualifié cet acte de vengeance injustifiée après que Greenwald ait révélé les programmes espions de la NSA.

David Miranda était en transit à Londres en provenance de Berlin pour Rio de Janeiro, où il vit avec Greenwald – le journaliste au Guardian qui, dans une série d’articles a aidé Edward Snowden à révéler l’ampleur des programmes de surveillance de masse de la National Security Agency.

Miranda a été détenu pour interrogatoire par des agents de sécurité à Heathrow vers 8h, heure locale, en vertu de l’annexe 7 de la Loi 2000 sur le terrorisme (*). Les fonctionnaires l’ont détenu pendant près de neuf heures sans mise en examen, ce qui est la durée de détention maximale autorisée en vertu de la loi controversée.

Les officiers l’ont relâché après avoir confisqué tout son équipement électronique. Selon le Guardian, les agents ont confisqué le téléphone portable de Miranda, son ordinateur portable, son appareil photo, ses clés USB, ses DVD, et même sa console de jeux.

Glenn Greenwald (à gauche) et son partenaire David Miranda (image à partir de facebook.com)
Glenn Greenwald (à gauche) et son partenaire David Miranda (image à partir de facebook.com)

 

«Pour retenir mon partenaire pour une période complète de neuf heures tout en lui refusant un avocat, puis saisir une grande partie de ses biens, est clairement destiné à envoyer un message d’intimidation à ceux d’entre nous qui ont fait des reportages sur la NSA et le GCHQ, » écrit Greenwald en réponse à l’incident. « Les actes du Royaume-Uni représentent une grave menace pour les journalistes partout dans le monde. »

Les autorités britanniques n’ont donné aucune autre explication, sauf pour dire que le jeune homme de 28 ans avait été « détenu à l’aéroport de Heathrow » et « ensuite libéré. »

Le gouvernement brésilien a publié une déclaration exprimant sa grave préoccupation face à l’épisode. Il a déclaré que la mesure n’était pas justifiée « puisqu’il s’agit d’une personne  contre laquelle  il n’y a aucune charge qui puisse légitimer l’usage de cette législation. »

« Le gouvernement brésilien espère que des incidents tels que celui qui s’est produit aujourd’hui pour le citoyen brésilien ne se répèteront pas », dit la déclaration.

En attendant, Amnesty International déclarait que Miranda était clairement une «victime de  tactiques de représailles injustifiées ».

« Il est tout à fait improbable que David Michael Miranda, citoyen brésilien en transit à Londres, ait été arrêté par hasard, étant donné le rôle que son mari a joué dans la révélation de la vérité sur la nature illégale de surveillance de la NSA», a déclaré Widney Brown, directrice générale de la politique et du droit International d’Amnesty.

Après le «message d’intimidation » dont Greenwald dit qu’il ne visait pas seulement lui et son partenaire, mais aussi à tous les journalistes, il a promis que « les autorités américaines et britanniques allaient bientôt voir« sa réaction.

Le journaliste américain basé au Brésil, qui a révélé les informations sur les activités d’espionnage des gouvernements américains et ses alliés, a récemment révélé que l’ancien contractuel de la NSA Edward Snowden lui avait donné au moins 15.000 documents classifiés, ajoutant que les histoires qu’il a publiées jusqu’ici ne sont qu’une « petite partie » de ce qui doit être révélé.

Selon Greenwald, les autorités britanniques ne soupçonnent David Miranda d’aucun lien avec le terrorisme, mais qu’au contraire ils l’ont interrogé sur les rapports de la NSA.

Pendant le voyage de Berlin, qui a été payé par le Guardian, Miranda a rencontré Laura Poitras – la cinéaste américaine qui a enregistré la fameuse interview dans laquelle Snowden s’était dévoilé comme étant la source des énormes fuites.

Le lanceur d’alerte, inculpé aux Etats-Unis d’espionnage, a obtenu l’asile temporaire en Russie le 1er Août. Après avoir passé plus d’un mois dans la zone de transit de l’aéroport Sheremetyevo de Moscou, il s’est tranquillement faufilé hors du terminal pour un endroit sûr non divulgué.

Note :

(*)  En vertu du controversé annexe 7 de la Loi 2000 sur le terrorisme , les agents frontaliers sont autorisés à détenir toute personne entrant ou sortant du Royaume-Uni pour l’interroger jusqu’à neuf heures, et confisquer ses effets personnels pendant sept jours à des fins de lutte antiterroriste. Une assistance juridique peut être demandée à la charge du prévenu. Toutefois, l’examen n’est pas retardé en attendant l’arrivée  de l’avocat et le refus de répondre à des questions pourrait être considéré comme une infraction et conduire à l’arrestation. Sur 69 109 personnes interrogées entre Avril 2011 et Mars 2012 seulement environ 42 ont été détenus pendant plus de six heures.

Traduction : Avic

http://rt.com/news/uk-detain-greenwald-partner-terrorism-645/

Les beaux discours d’Obama ne bercent plus personne


Tribune libre Résistance

saint-obama« Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment ». Derrière cette maxime se cache le modus operandi des États-Unis d’Amérique. Maîtres dans l’art de travestir  les faits, ils se font les chantres d’un ensemble de valeurs malheureusement fort éloignées de la réalité étasunienne. Barack Obama est en quelque sorte le « chef d’orchestre » de ce modus operandi : c’est un président noir, apparemment respectueux des libertés individuelles. Son accession à la Maison blanche, en 2008, a été l’occasion de montrer aux yeux du monde entier que le système démocratique étasunien était décidément merveilleux. Obama peut désormais dire et faire ce qu’il veut : le monde entier ne pourra que boire les paroles du locataire de la Maison blanche.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis sa première mandature. Barack Obama se voulait un président du renouveau. Sa politique devait s’inscrire en rupture par rapport à celle de son prédécesseur Georges Bush, champion en matière de politique antiterroriste. Tout devait changer. Voyons…

Barack Obama a tenu le 9 août une conférence de presse au cours de laquelle il a abordé la réforme du Patriot act et de son article 215, qui autorise les agents du bureau fédéral d’investigations (FBI) à saisir, sans motif ou preuves valables, des archives contenant des renseignements personnels dans les hôpitaux, les banques, les universités et même les entreprises, ce qui inclut de facto des opérations de profilage à partir de certains critères tels la religion, l’appartenance ethnique ou les sites Internet qu’une personne visite. Le président étasunien a dit sa volonté de « travailler avec le Congrès pour mettre en place des réformes appropriées », promettant « davantage de supervision, davantage de transparence et de garde-fous ». Il a également insisté sur le fait que « l’Amérique n’a aucun intérêt à espionner les gens ordinaires », démentant tout abus dans les programmes de surveillance de la NSA. Inutile de dire qu’Edward Snowden a démontré le contraire en montrant au monde entier comment les États-Unis s’étaient permis d’écouter les communications téléphoniques de millions de citoyens… et pas seulement étasuniens.

Le locataire de la Maison blanche a bien évidemment évoqué l’ancien employé de la CIA et de la NSA qui affirmait, dans un entretien diffusé sur le site du Guardian, que son « seul but est d’informer le public sur ce qui a été fait en son nom et ce qui est fait contre lui ». Barack Obama  a concédé que ses déclarations avaient clairement accéléré le processus de refonte du Patriot act, tout en approuvant les trois chefs d’accusation (espionnage, vol et utilisation illégale de  biens gouvernementaux) pour lesquels Snowden était inculpé.

On fera naturellement le parallèle avec Bradley Manning, ce soldat étasunien accusé d’avoir transmis des documents militaires classés secret défense dont les révélations avaient fortement participé au retrait des forces américaines en Irak. Mais Obama, conscient de son rôle de leader d’opinion à travers le monde, est allé encore plus loin en critiquant violemment la Russie, coupable à ses yeux de vouloir traiter d’égale à égale avec la Maison blanche. Une outrecuidance qu’il ne peut tolérer.

D’une manière pathétique, Obama a voulu tirer les oreilles de Poutine, regrettant secrètement son prédécesseur Medvedev et sa propension à répondre aux diktats de l’Empire. Il a notamment accusé le président de la fédération de Russie d’attiser la rhétorique anti-américaine. La relation entre les deux pays est marquée aussi par des intérêts conflictuels sur certaines questions clés comme le bouclier anti-missiles et la Syrie. Concernant ce conflit, sont naturellement mise en causes par le Kremlin les livraisons d’armes aux rebelles syriens pour déstabiliser le gouvernement souverain d’Assad, accusé par les États-Unis d’être pro-russe et pro-iranien.

Il va de soi que tous ceux qui ne s’inscrivent pas dans la droite ligne de la Maison blanche sont des adversaires acharnés des droits de l’homme. Des droits qu’Obama met en avant quand il s’agit de dénoncer les pressions faites sur les homosexuels en Russie… alors qu’il y a aujourd’hui aux États-Unis plus de Noirs en prison qu’il n’y avait d’esclaves en 1850. La référence récurrente à Al-Qaïda pour justifier la lutte contre le terrorisme apparaît dans ce contexte, ridicule. Combattue ici ou là, la mouvance islamiste a été soutenue hier en Libye et aujourd’hui en Syrie. Vous comprendrez aisément pourquoi on n’arrivera décidément pas à nous faire aimer cette Amérique-là. Nous sommes avec Manning et avec Snowden, pas avec ceux qui parlent de droits civils et font des affaires avec l’Arabie saoudite.

Capitaine Martin.

http://www.resistance-politique.fr/article-les-beaux-discours-d-obama-ne-bercent-plus-personne-119528049.html

La menace au Yémen est une pure fabrication selon le diplomate français Gilles Gauthier


Par : Silvia Cattori

embassade
Barack Obama et le président du Yémen Abd Rabbo Mansour Hadi le 1er août 2013 à la Maison Blanche.

Au sujet de la menace terroriste présentée par les États-Unis comme imminente au Yémen et des fermetures d’ambassades occidentales, M. Gilles Gauthier (*), ancien ambassadeur de France au Yémen, a déclaré sur les ondes de France Culture, que les dirigeants européens se sont couverts de ridicule.

Au journaliste (1) qui demandait si les éléments qui ont permis aux États-Unis de faire état d’une menace imminente au Yémen étaient crédibles et si la fermeture des ambassades et l’évacuation des ressortissants américains ne servaient pas à justifier les écoutes généralisées dénoncées par Edward Snowden M. Gilles Gauthier a répondu : « Je voulais d’abord vous dire que j’ai beaucoup aimé votre présentation (2) parce que depuis quelques jours je suis ahuri par la présentation des événements […] touchant le Yémen par tous les médias. Effectivement on a un événement totalement fabriqué ; une communication américaine qui devient un événement […] et à ce moment-là tout le monde commence à s’affoler […]. Je crois qu’il y a un emballement ; c’est-à-dire que nos chancelleries à nous, nos dirigeants européens, sont pris dans le mouvement, ne savent plus trop ce qu’ils font et ils suivent et ils ferment aussi les ambassades […]. C’est un peu dérisoire tout ça…Je suis très content que votre radio, votre émission remette un peu les choses d’aplomb… ».
[…]
« J’étais ambassadeur au Yémen jusqu’à il y a 3 ans ; et j’y suis retourné au mois de janvier […] Il y avait eu un moment où le mouvement d’Al-Qaïda avait entièrement contrôlé une assez importante région proche d’Aden. Depuis, le président yéménite a réussi très intelligemment à la récupérer entièrement. On n’en a pas beaucoup parlé ; c’était un événement positif. […] Les Américains avec leurs drones ne sont pas capables de faire ça. Cela a été fait en coopération avec le président et les tribus du sud. Du coup les gens d’Al-Qaïda se sont trouvés dispersés […] Donc effectivement il y a un danger de ce type… pour les Américains, mais ils sont en danger aussi à cause de leur politique… »
Gilles_Gauthier_texteÀ la question de savoir si la méthode des États-Unis – l’usage des drones pour combattre le terrorisme – n’est pas contre-productive et si on ne crée pas du terrorisme avec les drones, Obama étant sur la même ligne que Georges Bush junior, Gilles Gauthier a répondu : « Bien sûr, la politique des drones est une façon de fabriquer les terroristes […] Oui c’est dommage, c’est regrettable. Il (Obama) est totalement sur la même ligne ; il l’a même accentuée […] ; les États-Unis, un pays qui a des valeurs démocratiques, sont totalement en dehors de tout droit international ; l’usage des drones en dehors des situations de guerre […] les opérations de guerre sur un territoire étranger, sont une monstruosité. […] Le Yémen n’est pas les États-Unis ; ils n’ont aucun accord militaire officiel qui les autorise à faire cela ; ils sont dans un cadre tout à fait illégitime qui peut être qualifié d’opération terroriste […] ce sont des opérations qui n’entrent dans le cadre d’aucune légitimité internationale. »

(*) Après plusieurs postes au Liban, en Tunisie, en Algérie, au Bahreïn et en Égypte, Gilles Gauthier devient ambassadeur de France au Yémen en octobre 2006.

(1) Lors de l’émission « Les Matins d’été » de France Culture, du 8 août.
(2) Nous avions nous aussi été agréablement surpris par l’honnêteté du journaliste

Source: http://webmailpro1d.orange.fr/webmail/fr_FR/read.html?FOLDER=SF_INBOX&;IDMSG=132231&check=&SORTBY=1

« Bien sûr, la politique des drones est une façon de fabriquer les terroristes. » Gilles Gauthier

L’affaire Snowden vue de Chine


snowden_hong_kong_protestation-ChineBien qu’Obama ait décommandé mercredi le sommet de Moscou qu’il devait avoir avec le président russe Vladimir Poutine avant le sommet du G20, c’est un changement relativement insignifiant. Les États-Unis ont apparemment accepté le fait que la Russie ait accordé un asile d’une année à Edward Snowden, le dénonciateur de la National Security Agency.

La Russie a impressionné le monde. Celui-ci considère le Kremlin comme le « gagnant », et la Maison-Blanche, comme la « perdante ».

Ce jugement est juste. Dans l’affaire Snowden, tous les autres pays impliqués sont des gagnants, tandis que les États-Unis sont les seuls perdants. Washington a mis en scène une bravade, mais finalement, elle n’a pas réussi à faire extrader Snowden. En revanche, Moscou a présenté ses caractéristiques nationales d’esprit de décision et d’audace et a gardé Washington à distance.

Beaucoup d’internautes chinois croient que la Chine aurait dû faire de même, mais qu’elle n’a fait preuve que d’hésitation et de faiblesse.

Si la Chine avait gardé Snowden, son attitude à l’égard des relations sino-américaines aurait grandement changé, et elle aurait dû prendre des risques liés à un tel changement.

Pourtant, la Chine a apparemment choisi de ne pas s’ingérer. Maintenant, la décision semble avoir produit de meilleurs résultats. L’hypocrisie de certaines des politiques nationales des États-Unis a été exposée, et Snowden n’a pas été extradé aux États-Unis. L’opinion internationale est cinglante envers les États-Unis et les questions de sécurité de l’information. Parallèlement, les relations sino-américaines n’ont pas été grandement affectées.

Moscou a renforcé la fermeté de son attitude diplomatique envers Washington et son statut diplomatique s’est rapproché de celui de cette dernière, alors qu’un écart existe toujours pour ce qui est de la puissance réelle des deux. Moscou est disposée à prendre la direction de l’affaire Snowden et a de l’expérience à le faire. Cela s’harmonise parfaitement avec les intérêts de Beijing.

Tout le monde sait que la concurrence entre la Chine et les États-Unis est le point crucial des relations internationales au XXIe siècle. Mais la puissance de la Chine est toujours à la traîne par rapport à celle des États-Unis. En qualité de partenaire stratégique global de la Chine, la Russie a pris l’initiative dans l’affaire Snowden et s’est placée au premier plan de la rivalité avec les États-Unis, ce qui montre la flexibilité multipolaire de la géopolitique mondiale. L’action de la Russie mérite le respect de Chine.

La Chine n’est pas disposée à s’engager dans une confrontation frontale avec les États-Unis, mais elle a déjà eu la capacité de s’unir à ceux qui peuvent limiter les abus de pouvoir des États-Unis. Nous n’avons pas confronté directement les États-Unis, et cela sert les intérêts à long terme de la diplomatie chinoise.

Cette fois-ci, Washington a mordu la poussière, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elle est vraiment intimidée par Moscou. De la même manière, Washington est peu susceptible de craindre Beijing, et Beijing n’a pas besoin de craindre Washington. Beijing devrait s’inquiéter davantage de la façon de maximiser ses intérêts dans ses relations avec Washington.

Snowden peut faire plus dans un pays comme la Russie. L’affaire qui a déshonoré les États-Unis est loin d’être terminée.

Etats-Unis – Nationalisme et hypocrisie : un mariage réussi


Tribune libre Béatrice Doinette

4477904-3x2-940x627Ce n’est pas facile d’être un nationaliste américain agitateur de drapeaux. En plus d’avoir à faire face à la désillusion habituelle, la colère et le mépris du monde entier suscités par les bombardements et guerres sans fin de Washington, le nationaliste est assailli par les dénonciateurs comme Bradley Manning et Edward Snowden, qui ont révélé un flot régulier de scandales autour des droits de l’homme et des libertés civiles, des atrocités, des mensonges embarrassants et des vérités gênantes. Ceux qui croient à « l’exceptionnalisme américain » et aux « nobles intentions » ont eu du mal à maintenir leur rhétorique bannière étoilée entre les premières lueurs de l’aube et les derniers rayons du crépuscule.

Ce qui pourrait expliquer l’article du Washington Post (20 Juillet) intitulé ’’les demandeurs d’asile américains sont malheureux en Russie’’, à propos d’Edward Snowden et son projet de demander l’asile à Moscou. L’article raconte les moments prétendument misérables vécus dans l’Union soviétique par des expatriés américains et des transfuges comme Lee Harvey Oswald, les deux employés de la NSA 1960 – William Martin et Bernon Mitchell – et plusieurs autres. La formule de propagande du Post est apparemment la suivante : l’insatisfaction de la vie en Russie pour un Américain équivaut à un point en faveur des Etats-Unis : ‘’espoirs déçus d’une vie glorieuse dans le paradis des travailleurs’’ … Oswald « avait obtenu du travail dans une usine d’électronique dans la ville morne de Minsk , où l’avenir radieux ne fut pas au rendez-vous »… lit-on dans compte-rendu du Post, digne d’un cliché de la Guerre Froide. Pas vraiment de quoi s’exciter, mais un nationaliste américain sur la défensive a du mal à trouver beaucoup mieux par les temps qui courent.

Dans le même temps, l’équipe Allez USA ! marque des points en faisant connaître des violations russes actuelles des droits de l’homme et des libertés civiles, comme si la guerre froide faisait toujours rage. « Nous appelons le gouvernement russe à cesser sa campagne de pression contre les individus et les groupes qui cherchent à dénoncer la corruption, et de veiller à ce que les droits de l’homme universels et les libertés fondamentales de tous ses citoyens, y compris les libertés d’expression et de réunion, sont protégés et respectés », a déclaré Jay Carney, porte-parole de la Maison Blanche. (1)

“’Campagne de pression contre les individus et les groupes qui cherchent à dénoncer la corruption” … hmmm … Est-ce que quelqu’un a entendu parler d’Edward Snowden ? Est-ce que la surveillance non-stop des citoyens n’est pas un exemple de corruption ? La Maison Blanche n’éprouve-t-elle aucune honte ? Un peu d’embarras peut-être ? Rien du tout ?

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Je rêve de voir une version moderne des audiences de l’Armée et de McCarthy de 1954, au cours desquelles Carney – ou mieux encore, Barack Obama lui-même – déverserait, les uns après les autres, mensonges et défenses écœurantes des destructions impérialistes. Et l’avocat de la commission (selon les célèbres paroles de Joseph Welch) serait finalement poussé à déclarer : « Monsieur, en voilà assez. N’avez-vous aucune décence, monsieur ? Enfin, ne vous reste-t-il aucune trace de décence ? » Un tonnerre d’applaudissements explosa parmi le public du Congrès et cet incident est largement considéré comme le début de la fin de la folie Maccarthyste.

Les politiciens américains et des personnalités des médias ont critiqué Snowden pour s’être enfui à l’étranger pour révéler les documents classifiés qu’il possédait. Pourquoi n’est-t-il pas resté aux Etats-Unis pour défendre ses actions et faire face à la justice comme un vrai homme ? demandent-ils. Oui, le jeune homme aurait dû volontairement se soumettre lui-même à l’isolement, à d’autres tortures, à la prison à vie, et même une condamnation à mort s’il voulait être pris au sérieux. Quel lâche !

Pourquoi Snowden n’a-t-il pas fait part de ses inquiétudes à travers les canaux appropriés de la NSA, plutôt que de révéler les documents, comme tout dénonciateur respectable aurait fait ? C’est la question à laquelle James Bamford, généralement considéré comme le principal écrivain sur la NSA en Amérique, a tenté de répondre, comme suit :

J’ai interviewé de nombreux dénonciateurs de la NSA, et le dénominateur commun est qu’ils se sentaient ignorés lorsqu’ils tentaient d’attirer l’attention de leurs supérieurs sur des opérations illégales ou contraires à l’éthique. Par exemple, William Binney et plusieurs autres hauts membres de la NSA ont protesté auprès de leurs supérieurs à propos des programmes de collecte de données nationaux de l’agence, et ils ont même tenté d’attirer l’attention du ministère de la justice sur ces opérations, mais ils ont été ignorés. C’est seulement ensuite que Binney m’a publiquement parlé, pour un article dans le magazine Wired. Dans une série de questions/réponses sur le site internet du Guarduan, Snowden a cité Binney comme un exemple de ’’comment les réactions excessivement sévères contre les dénonciations faites dans l’intérêt public ne font qu’augmenter l’ampleur, la portée et la compétence impliquée pour les révélations futures. Les citoyens ayant une conscience ne vont pas ignorer ces méfaits simplement parce qu’ils seront détruits pour ça : la conscience l’interdit ‘’.

Et même lorsque les dénonciateurs s’adressent aux médias, la NSA généralement nie les faits. L’Agence a nié les accusations de Binney selon qui elle obtenait toutes les métadonnées des clients de Verizon et avait accès à pratiquement tout le trafic Internet. Ce n’est que lorsque Snowden a divulgué des documents révélant le programme et montré comment fonctionne PRISM que l’agence a été contrainte d’avouer la vérité. (2)

’’Chaque pays dans le monde qui est engagé dans les affaires internationales et la sécurité nationale se livre à de nombreuses activités pour protéger sa sécurité nationale,’’ a récemment dit le secrétaire d’Etat américain John Kerry. ’’Tout ce que je sais, c’est que ce n’est pas inhabituel pour beaucoup de nations.’’ (3)

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Eh bien, M. Kerry, l’antisémitisme non plus n’est pas inhabituel, on peut en trouver dans tous les pays. Pourquoi, alors, le monde condamne-t-il fermement l’Allemagne nazie ? Évidemment, pour une question d’échelle, n’est-ce pas ? C’est l’ampleur de l’invasion américaine de la vie privée qui la place dans une catégorie à part.

Kerry fait tout son possible pour minimiser l’importance des révélations de Snowden. Il voudrait nous faire croire que c’est juste des trucs de routine entre nations … « Circulez, il n’y a rien à voir. » Pourtant, cet homme est obsédé par la volonté de punir Snowden. Le 12 Juillet, quelques heures seulement après que le Venezuela a accepté de fournir l’asile politique à Snowden, Kerry a appelé personnellement le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Elias Jaua et aurait menacé d’intercepter tout avion du Venezuela dans l’espace aérien des Etats-Unis ou de tout autre pays de l’OTAN s’il y avait le moindre soupçon que Snowden se trouvait à bord pour se rendre à Caracas. La fermeture de l’espace aérien de tous les pays membres de l’OTAN aux vols vénézuéliens signifie éviter 26 pays en Europe et deux en Amérique du Nord. Selon ce scénario, Snowden aurait à survoler le Pacifique depuis l’Extrême-Orient de la Russie au lieu de traverser l’Atlantique.

Le secrétaire d’État a également promis d’intensifier le processus en cours d’abrogation de visas d’entrée aux États-Unis aux fonctionnaires et hommes d’affaires vénézuéliens associés au feu président Hugo Chávez. Washington va également entamer la poursuite d’éminents politiciens vénézuéliens sur des allégations de trafic de drogue, de blanchiment d’argent et autres actions criminelles et Kerry a spécifiquement mentionné des noms dans sa conversation avec le ministre vénézuélien des Affaires étrangères.

Kerry a ajouté que Washington est tout à fait conscient de la dépendance du Venezuela auprès des Etats-Unis en ce qui concerne les produits pétroliers raffinés. En dépit d’être l’un des plus grands producteurs de pétrole du monde, le Venezuela a besoin de plus de pétrole et de produits pétroliers qu’il ne peut produire, et achète plus d’un million de barils de produits pétroliers raffinés aux États-Unis chaque mois. Kerry a carrément averti que l’approvisionnement en carburant serait interrompu si le président Maduro continue à tendre la main au fugitif de la NSA. (4)

Wow. C’est du lourd. Un pouvoir illimité entre les mains de psychopathes. Mon propre pays me fait vraiment peur.

Et quel pays se vante plus de ses libertés présumées que les Etats-Unis ? Et de sa démocratie présumée ? De ses présumés droits civils et droits humains ? De son prétendu « exceptionnalisme » ? De son présumé tout ? Considérant tout cela, pourquoi les Etats-Unis ne seraient-ils pas tenus de les respecter à la lettre ?

L’hypocrisie américaine dans sa politique étrangère se manifeste régulièrement et continuellement. Voici le président Obama, parlant récemment en Afrique du Sud au sujet de Nelson Mandela : « La lutte ici contre l’apartheid, pour la liberté, le courage moral [de Mandela] ; la transition historique de ce pays en une nation libre et démocratique a été une inspiration personnelle pour moi. Il a été une inspiration pour le monde entier – et il continue de l’être. » (5)

N.Mandela in his cell on Robben Island (revisit} 1994Comme c’est touchant. Mais aucune mention – jamais de mention par un dirigeant américain – du fait que les Etats-Unis étaient directement responsables de l’envoi de Nelson Mandela en prison pendant 28 ans. (6)

Et exigeant l’extradition de Snowden tandis que, selon le ministère russe de l’Intérieur, ’’des forces de l’ordre ont demandé à plusieurs reprises aux États-Unis par le canal d’Interpol l’extradition de criminels recherchés, mais ces demandes ne sont ni respectées ni même répondues.’’ Parmi les personnes visées se trouvent des insurgés islamistes de Tchétchénie, auxquels on a accordé l’asile aux États-Unis. (7)

L’Equateur a eu une expérience similaire avec les Etats-Unis en demandant l’extradition de plusieurs personnes accusées d’implication dans une tentative de coup d’Etat contre le président Rafael Correa. L’exemple le plus flagrant de ce double standard est celui de Luis Posada Carriles qui a orchestré l’explosion d’un avion cubain en 1976, tuant 73 civils. Il a vécu en homme libre en Floride pendant de nombreuses années, même si son extradition a été demandée par le Venezuela. Il n’est qu’un parmi des centaines de terroristes latino-américains anticastristes et d’autres qui se sont vus accorder l’asile aux États-Unis au cours des dernières années en dépit du fait d’être recherchés dans leur pays d’origine.

Les responsables américains sont capables, les jours pairs, de cracher les mots « exceptionnalisme américain » et de commettre, les jours impairs, des crimes contre l’humanité. Année après année, décennie après décennie. Mais je pense que nous pouvons tirer une certaine satisfaction, et peut-être même de l’espoir, dans ce que les responsables de la politique étrangère des États-Unis, aussi mentalement dérangés qu’ils soient, ne sont pas assez stupides pour ne pas savoir qu’ils nagent dans un océan d’hypocrisie. Voici deux exemples :

En 2004, il avait été rapporté : « Le Département d’Etat prévoit de retarder la publication d’un rapport sur les droits de l’homme qui devait sortir aujourd’hui, en partie à cause de la sensibilité sur le scandale des abus dans les prisons en Irak, ont déclaré des responsables américains. Un fonctionnaire … a dit que la publication du rapport, qui décrit les mesures prises par le gouvernement américain pour encourager le respect des droits de l’homme par d’autres nations, pourrait « nous faire paraître hypocrites ». » (8)

Et un exemple de 2007 : Chester Crocker, un membre du comité consultatif du Département d’Etat pour la promotion de la démocratie, et ancien secrétaire d’Etat adjoint, a noté : « nous devons être en mesure de faire face à l’argument selon lequel les Etats-Unis sont incohérents et hypocrites dans leur promotion de la démocratie dans le monde. Il se pourrait que ce soit vrai. » (9)

Dans ces exemples, les représentants du gouvernement semblent être un peu gênés par l’hypocrisie qui prévaut. D’autres notables de la politique étrangère semblent en être plutôt fiers.

001-0801145726-neoconr3amRobert Kagan, auteur et architecte intellectuel de longue date d’un interventionnisme qui cherche à imposer le programme néo-conservateur au monde entier, et par tous les moyens nécessaires, a déclaré que les Etats-Unis doivent refuser de se conformer à certaines conventions internationales, comme la Cour pénale internationale et l’accord de Kyoto sur le réchauffement climatique. Les États-Unis, dit-il, « doivent défendre le contrôle des armements, mais pas toujours pour eux-mêmes. Ils doivent agir en appliquant un double standard. » (10)

Et puis nous avons Robert Cooper, un haut diplomate britannique qui était conseiller du premier ministre Tony Blair lors de la guerre en Irak. Cooper a écrit :

Le défi pour le monde postmoderne est de s’habituer à l’idée de deux poids deux mesures. Entre nous, nous fonctionnons sur la base de lois et de sécurité coopérative ouverte. Mais lorsqu’il s’agit d’états plus arriérés comme ceux hors du continent postmoderne de l’Europe, il faut revenir aux méthodes plus rudes du passé – la force, l’attaque préventive, la tromperie, tout ce qui est nécessaire pour affronter ceux qui vivent encore dans le monde du ‘’chaque état pour soi’’ du XIXe siècle. (11)

Son expression, « chaque Etat pour soi », signifie un état qui n’est pas disposé à adhérer à l’ordre du jour de l’empire américain et de son meilleur ami voyou à Londres.

Donc, nous y voilà. Le double standard est officiellement adopté. La règle d’or de « ne pas faire à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse » est désormais dépassée.

La mafia impériale, et leurs intellectuels de cour comme Kagan et Cooper, ont du mal à vendre leur vision du monde sur la base de normes juridiques, morales, éthiques ou d’équité. Alors ils décident tout simplement qu’ils ne sont pas liés par de telles normes.

Haïr l’Amérique

Voici Alan Dershowitz, éminent avocat américain, juriste, commentateur politique et fervent sioniste et partisan de l’empire, qui parle du journaliste Glenn Greenwald et de l’engagement de ce dernier aux côtés d’Edward Snowden : « Regardez, Greenwald c’est du bidon. Il est anti-américain, il aime les régimes tyranniques, et il a fait cela parce qu’il déteste l’Amérique. Cela n’avait rien à voir avec la publication d’informations. Il n’aurait jamais écrit cet article s’ils avaient publié des documents sur l’un de ses pays préférés » (12).

’’Anti-américain’’ … ’’déteste l’Amérique’’ … Que signifient ces expressions qui font partie intégrante de l’histoire politique américaine ? Que Greenwald déteste le baseball et les hot-dogs ? … Qu’il déteste les films et la musique américains ? … Qu’il déteste tous les bâtiments aux États-Unis ? Toutes les lois ? … Non, comme la plupart des « anti-Américains », Glenn Greenwald déteste la politique étrangère des Etats-Unis. Il hait toutes les horreurs et tous les mensonges employés pour couvrir toutes ces horreurs. Alors de quel américain est-il anti ?

Edward-Snowden-NSA-spy-scandalDershowitz pense sans doute que Snowden est anti-américain. Mais écoutez le jeune homme interviewé :

« L’Amérique est un pays fondamentalement bon. Il y a des gens bons, avec de bonnes valeurs, qui veulent faire de bonnes choses ».

L’intervieweur est Glenn Greenwald. (13)

“Dieu a désigné l’Amérique pour sauver le monde d’une façon qui convient à l’Amérique. Dieu a désigné Israël comme le lien de la politique américaine au Moyen-Orient et celui qui voudrait contester cette idée est a) un anti-sémite, b) un anti-améric ain, c) passé à l’ennemi, et d) un terroriste.” – John LeCarré , London Times, 15 Janvier, 2003

William Blum

http://williamblum.org/

Traduction par VD pour le Grand Soir

(1) White House Press Briefing, July 18, 2013
(2) Washington Post, June 23, 2013
(3) Reuters news agency, July 2, 2013
(4) RT television (Russia Today), July 19, 2013, citing a Spanish ABC media outlet
(5) White House press release, June 29, 2013
(6) William Blum, Rogue State : A Guide to the World’s Only Superpower, chapter 23
(7) Reuters, July 22, 2013
(8) Los Angeles Times, May 5, 2004
(9) Washington Post, April 17, 2007
(10) Hoover Institute, Stanford University, Policy Review, June 1, 2002
(11) The Observer (UK), April 7, 2002
(12) “Piers Morgan Live”, CNN, June 24, 2013
(13) Video of Glen Greenwald interviewing Edward Snowden (at 2:05 mark)

Al-Qaïda à la rescousse – Pepe Escobar


Ayman-al-Zawahiri-600x350Quand les choses se corsent, comptez sur le ministère de la Vérité pour y voir clair.

La fin du Ramadan était imminente. Les milieux des jacasseurs djihadistes de cette entité floue, Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA), se sont mis en branle. C’était des évasions de prison à gogo de la  Libye jusqu’au Pakistan en passant par l’Irak. Et tout cela en parfaite synchronisation avec deux fatwas successives émis par cet inusable épouvantail, l’ancien comparse d’Oussama ben Laden, Ayman « Doctor Evil » al-Zawahiri.

Imaginez une réunion de crise organisée précipitamment au plus haut niveau du complexe orwellien / Panopticon: « Messieurs, nous avons ici une occasion en or. Nous sommes assiégés par l’espion transfuge Edward Snowden – libéré par les Soviétiques – et ce pirate terroriste Greenwald. Snowden pourrait gagner: même parmi l’opinion publique américaine, il y a une perception croissante que nous soyons une menace encore plus  qu’Al-Qaïda.

Donc, nous devons montrer que nous protégeons avec vigilance nos libertés. Oui, nous allons crier Terra, Terra, Terra « !

Instantanément, nous avons la clôture en fanfare de nombreuses ambassades et consulats américains dans le «monde musulman» et un service d’alerte de voyage « dans le monde » du Département d’Etat – aussitôt repris et diffusé par Interpol. S’ensuit alors la confusion – beaucoup se demandant si, de la randonnée en Thaïlande ou d’aller manger du caviar frais à Bakou, lequel  est le meilleur moyen de ne pas se faire sauter.

Instantanément, nous avons aussi les médias traditionnels américain et occidentaux tombant tous à nouveau amoureux de la culture ‘’Terra Terra Terra’’. Et malheur à ceux qui pensent que cela a à voir quoi que ce soit avec l’islamophobie. Vous pensiez que Terra avait disparu? Non, Terra est omniprésent, omniscient, tapi partout. Terra vous veut. Trains, bateaux et avions – vous n’êtes en sécurité nulle part.

Pourtant, une fabuleuse info bien précise a été mise au jour par le ministère de la Vérité au sujet d’un certain djihadiste dégénéré se vantant sur le net que lui et ses copains allaient faire quelque chose de pas beau, un jour, quelque part dans plusieurs endroits non spécifiés, partout au Moyen-Orient-Afrique-du-Nord (MOAN).

Un False flag en vue

Un examen plus approfondi de ces «milliers» d’al-Qaïda libérés prêts à faire des ravages partout dans le monde les révèle peut être plus comme « nos » amis après tout.

L’évasion de prison de Benghazi (probablement 1000) – ne concerne pas tout à fait les Amis de l’OTAN, de la variété du Groupe des combattants islamiques libyens ; leurs milices sont déjà au pouvoir, occupées à dissoudre la Libye dans le statut d’Etat en déliquescence permanente.

Sur la double évasion à Bagdad (peut-être au moins 1400), leur destination est, après avoir traversé le désert de Syrie, de s’engager dans le djihad aux côtés des Amis d’Obama / Cameron / Hollande / la Maison des Saoud dans le combiné Jabhat al-Nusra/Etat Islamique de l’Irak et du Levant. Mais attendez une minute, s’ils sont « nos » amis en Libye et en Syrie, comment se fait qu’ils soient nos ennemis au Pakistan et au Yémen?

Au Pakistan (probablement 500), ils se disperseront dans les zones tribales et garderont profil bas – sinon ils seront dronés, en vertu de la liste ‘’permission-de-tuer’’ de Double O Bama. Aucune alerte, soit dit en passant, n’a été appliquée au Pakistan (dans l’ambassade à Islamabad et le consulat à Peshawar, par exemple), ni en Indonésie. Donc ce n’est pas le «monde musulman», c’est essentiellement la région MOAN. Et plus particulièrement au Yémen. Mais la semaine dernière, Obama a dit au président yéménite qu’’Al-Qaïda était en recul. Alors, qu’en est-il maintenant? AQPA est en dé-recul ?

L’essentiel est que le continuum Bush-Obama n’a jamais cessé de nous rassurer – pour ne pas mentionner ce vieux renard de Al-Zawahiri. ‘’ Doctor Evil’’, en tant que stratège tordu qu’il est, a compris il y a quelques temps que si le mythe d’épouvantail mondial « al-Qaïda » est maintenant « plus fort que jamais » c’est grâce à l’administration Obama et ses caniches, européens et du Golfe, avec leur stratégie de seconds couteaux de la Libye à la Syrie. L’Afghanistan est une histoire complètement différente, il n’y a pas là-bas de restes de l’Al-Qaïda « historique », seulement une poignée dans les zones tribales pakistanaises.

Donc al-Zawahiri savait que l’épouvantail serait inévitablement ressuscité, en phase totale avec ses dernières fatwas, parce que la «longue» – ou «infinie» – guerre équivaut à un fonds de commerce permanent pour le complexe orwellien / Panopticon. Et un ennemi extérieur pratique est essentiel; personne à Washington pourrait admettre officiellement que le véritable «ennemi», en tant que concurrent stratégique, est le dragon chinois.

‘’ Doctor Evil’’ et le complexe orwellien / Panopticon sont du même bord – ce qui explique pourquoi il sera autorisé à être une machine à fatwa pour aussi longtemps qu’il le voudra, et ne sera pas attrapé comme ces pigeons bardés de plastic sous leurs vêtements. Le complexe est de retour dans l’offensive. Réformer la NSA? Interférer avec nos métadonnées? Pour quoi faire? Nous venons d’alerter le gouvernement américain, à des niveaux «pre-9/11», des intentions verbales des terroristes!

AQPA pourrait aussi bien décider de ne pas participer à ce script « pre-9/11 » mondial. Les vrais djihadistes, après tout, ne sont pas assez stupides pour être pris par XKeystroke. Alors, voici une énigme Dylanesque pour vous :

All along the watchtower, a false flag is approaching – said the joker to the thief. There’s too much Terra confusion, and we won’t get no relief

Pepe Escobar

Traduction : Avic

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-01-050813.html

L’Amérique Discréditée – Paul Craig Roberts


senat-us-intE2009-2eComme Washington perd son emprise sur le monde, défié par le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur et maintenant la Russie, le gouvernement américain a recours à des crises de colère publiques. La manifestation constante d’une attitude puérile de la part de la Maison Blanche et du Congrès embarrasse chaque Américain.

La dernière manifestation du comportement infantile de Washington a été sa réponse au Service de l’Immigration russe pour l’octroi de l’asile en Russie pour un an au lanceur d’alerte américain Edward Snowden, en attendant que sa demande d’asile permanent soit étudiée. Washington, après avoir transformé les Etats-Unis en un état de non droit, n’a plus aucune conception de ce qu’est une procédure légale. La loi, c’est tout ce qui sert Washington. Tel que Washington voit les choses, la Loi n’est rien d’autre que la volonté de Washington. Toute personne ou pays qui interfère avec la volonté de Washington se comporte illégalement.

Parce qu’Obama, comme Bush avant lui, bafoue systématiquement la législation et la Constitution américaines, la Maison Blanche pense réellement que le président russe Vladimir Poutine doit désobéir à la loi russe et internationale, révoquer la décision d’asile du Service de l’immigration de la Russie, et remettre Snowden à Washington.

Washington attendait que la Russie lui remette Snowden simplement parce qu’il l’exigeait. Comme un enfant de deux ans, Washington ne peut pas concevoir que ses demandes n’aient pas préséance sur le droit international et les procédures juridiques internes de chaque pays. Comment la Russie ose-t-elle défendre la loi contre «la nation indispensable»?

Le porte-parole de la Maison Blanche, qui est si médiocre que je n’arrive pas à me rappeler comment il / elle s’appelle, a déclaré que le crétin de la Maison Blanche pourrait punir Poutine en n’allant pas lui rendre visite à Moscou le mois prochain. Je doute que Poutine se soucie de savoir si le crétin de la MB (Maison Blanche) se montre ou pas.

La durée du mandat du crétin de la MB est proche de sa fin, mais Poutine, à moins que la CIA ne l’assassine, sera là pour une autre décennie. En outre, chaque dirigeant russe a appris que la parole d’un président américain ne signifie rien. Clinton, les deux Bush et l’actuel crétin de la MB ont violé tous les accords que Reagan a faits avec Gorbatchev. Pourquoi le président de la Russie, un pays gouverné par la loi, voudrait rencontrer un tyran?

Pour ne pas être en reste vis-à-vis de la Maison Blanche dans le comportement infantile, les membres de la Chambre et du Sénat ont ajouté chacun sa petite part à l’embarras de l’Amérique. Les abrutis du Congrès «ont réagi furieusement», selon les rapports de presse, et ont averti «des graves répercussions dans les relations américano-russes. » Ici, nous avons une autre démonstration extraordinaire de l’orgueil de Washington. Seule la Russie doit se préoccuper des répercussions dans les relations. Washington n’a pas à s’en préoccuper. Sa Majesté Impériale refusera tout simplement d’accorder audience à Poutine.

Le Congrès ne semble pas être au courant de sa schizophrénie. D’une part, le Congrès est indigné par l’espionnage illégal et inconstitutionnel de la National Stasi Agency – espionnage du Congrès surtout – et tente de couper le financement du programme de surveillance de cette même National Stasi Agency. L’amendement au projet de loi de dépenses militaires par Justin Amash, un républicain du Michigan, allait presque passer. L’amendement n’a été rejeté que par des votes achetés par l’industrie de l’espionnage.

D’autre part, malgré son indignation d’avoir été espionné, le Congrès veut le scalp du héros courageux, Edward Snowden, qui les a informés qu’ils étaient espionnés. Nous avons ici une démonstration de la stupidité historique du gouvernement qui tue le messager.

Seuls quelques fous de droite estiment que la surveillance universelle de tous les Américains est nécessaire pour la sécurité américaine. L’Agence nationale de la Stasi va batailler ferme et faire chanter tous les membres de la Chambre et du Sénat, mais le chantage lui-même finira par couper les ailes de l’Agence nationale Stasi, en tout cas on peut l’espérer. Si cela n’est pas fait rapidement, l’Agence Stasi aura le temps d’organiser un événement sous fausse bannière qui va terrifier le troupeau de moutons et mettre un terme aux tentatives de freiner l’agence voyou.

Les Etats-Unis sont au bord de l’effondrement économique. La prétendue «superpuissance», une entité en faillite, a été incapable, après 8 ans d’efforts, d’occuper l’Irak, et a dû abandonner. Après 11 ans, la «superpuissance» a été vaincue en Afghanistan par quelques milliers de talibans légèrement armés, et est maintenant en train de battre en retraite la queue entre les jambes.

Washington compense son impuissance militaire en commettant des crimes de guerre contre des civils. L’armée américaine est un grand tueur de femmes, d’enfants, d’anciens du village, et des travailleurs humanitaires. Tout ce dont est capable la «superpuissance» c’est de lancer des missiles tirés à partir de drones sans pilote sur des fermes, des huttes de boue, des écoles et des centres médicaux.

Les locataires schizophrènes de Washington ont fait des américains un peuple haï. Ceux qui ont la clairvoyance pour vouloir échapper à la tyrannie croissante savent aussi que partout où ils pourraient chercher refuge, ils seront considérés comme la vermine de la nation la plus détestée et susceptibles d’être des boucs émissaires et être pris pour des espions et des gens d’influence néfaste, et risquent d’être décimés en représailles contre la dernière atrocité de Washington.

Washington a détruit les perspectives des américains, tant dans le pays qu’à l’étranger.

Traduction : Avic

http://www.paulcraigroberts.org/2013/08/01/double-feature-bradley-manning-verdict-convicts-washington-and-hiding-economic-depression-with-spin-paul-craig-roberts/

Craig Roberts withkitties_150_120Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

Venezuela : « tolérance zéro devant les agressions des gringos »


Nicolas-MaduroLe Venezuela rompt le dialogue avec les Etats-Unis

Les conséquences de l’affaire Snowden et des propos de l’ambassadrice américaine à l’ONU à l’encontre du Venezuela ont poussé Caracas à mettre fin à un début de normalisation diplomatique entre les deux pays.

Les déclarations faites mercredi par Samantha Power, nommée par le président Barack Obama ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, à propos du Venezuela, ont achevé ce processus de dialogue. Celle-ci a affirmé devant le Sénat américain que si sa nomination était confirmée, elle lutterait contre « la répression » au Venezuela. Des propos que le département d’Etat américain a approuvé par la suite.

Changement de ton américain

« Je confirme que je déclare terminées toutes les conversations entamées au Guatemala avec (le secrétaire d’Etat américain) John Kerry », a déclaré samedi le président vénézuélien Nicolas Maduro lors d’une cérémonie de promotions militaires dans l’ouest du Venezuela. « Ses opinions irrespectueuses ont été avalisées et soutenues par le département d’Etat, ce qui contredit le ton et le contenu de ce qui avait été exprimé par le secrétaire d’Etat » John Kerry au Guatemala, a déploré de son côté le ministère vénézuélien.

Cette tentative de rapprochement avait débuté en juin dernier, avec une rencontre entre le nouveau secrétaire d’Etat John Kerry et le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Elias Jaua en marge d’un sommet de l’Organisation des Etats américains (OEA) au Guatemala. « Nous nous sommes mis d’accord pour instaurer un dialogue permanent », avait alors déclaré John Kerry, alors que les deux pays n’ont plus d’ambassadeurs respectifs depuis 2010, mais ont des chargés d’affaires.

Pressions de Washington

Cette tentative de dialogue avait déjà été mise à mal par les conséquences de l’affaire Snowden. Le Venezuela fait partie des pays qui ont proposé l’asile politique à l’ex consultant en informatique de la NSA qui a révélé l’étendue de l’espionnage américain des télécommunications et de l’Internet. Washington avait averti qu’il aurait « de graves difficultés » dans ses relations avec tout pays qui accueillerait Edward Snowden, qui réside actuellement en zone internationale à l’aéroport de Moscou. Le président Maduro a déclaré samedi que le chef de la diplomatie vénézuélienne avait reçu de nombreux appels de M. Kerry au sujet de l’affaire Snowden. Mais « nous ne sommes pas sensibles aux pressions. »

Toutes ces péripéties ont conduit Nicolas Maduro à affirmer: « Je confirme ma politique de tolérance zéro devant les agressions des gringos contre le Venezuela. Je ne supporterai pas une agression de plus, qu’elle soit verbale, politique ou diplomatique. Ca suffit. » Malgré ses relations difficiles avec Washington, le Venezuela continue d’exporter 900.000 barils de pétrole par jour vers les Etats-Unis, qui sont son premier partenaire commercial.

http://www.humanite.fr/monde/le-venezuela-rompt-le-dialogue-avec-les-etats-unis-546270

Snowden à Moscou par Israël Shamir


edward_snowden_zoom945Au milieu de son bref été, Moscou est frais et calme. Les trottoirs sont envahis par les tables des bistrots, les clients sont là, joyeux, et les encombrements diminuent quelque peu du fait des vacances. Le seul danger pour les hommes, ce sont les minijupes étourdissantes.

Dans quelques jours au plus tard, les charmes et les tentations de la ville seront à la portée d’Edward Snowden, qui va recevoir sa carte de réfugié lui permettant de marauder librement à travers toutes les Russies et de se familiariser avec les habitants.

Ce sera là un dépaysement bienvenu après l’aéroport international de Seremetyevo, où il a été longtemps relégué. C’est un vaste aéroport, et il y a là des malheureux, principalement des réfugiés sans papiers, qui y passent dix ans ou plus, en transit. On a cru un moment que notre héros serait retenu à jamais dans ces limbes. Les Russes et l’intrépide Snowden se regardaient en chiens de faïence, en maintenant les distances, jusqu’au moment où ils ont brisé la glace. Snowden est parvenu à rencontrer quelques représentants du public russe: des membres du Parlement (la douma, en russe), des militants pour les droits humains, des avocats prestigieux.

Il leur a rappelé qu’il « était habilité à fouiller dans tous vos échanges, à lire vos messages et à entreprendre des poursuites, jusqu’à changer le destin des gens, sans avoir à se justifier. » Il a invoqué la Constitution US qui est constamment bafouée par les hommes de l’ombre, dans la mesure où celle-ci « interdit tous les systèmes de surveillance massifs et invasifs ». Il a rejeté très justement la ruse légale des tribunaux secrets d’Obama, car aucun secret ne saurait blanchir ce qui est impur. Il a rappelé le principe de Nuremberg: « les citoyens ont le devoir de violer les lois de leur pays pour  empêcher des crimes contre la paix et contre l’humanité ». Et ce système de surveillance totale est certainement un crime contre l’humanité, la pierre d’angle du régime implacable qu’ils projettent d’implanter sur toute la planète. Lorsque cette déclaration a été interrompue par les haut-parleurs annonçant mécaniquement  un vol imminent, il a eu un sourire exquis pour dire: « j’ai entendu cela si souvent pendant toute cette semaine ».

Les Russes l’ont adoré; ils se sont mis à le voir d’un autre œil, comme je le prévoyais quand j’ai lancé un appel pour cette rencontre dans les pages du principal quotidien russe, le KP  (Komsomolskaya Pravda). Et maintenant nous apprenons que les Russes ont décidé de lui donner le statut de réfugié et de lui garantir toute liberté de mouvement.

Pourquoi ont-ils hésité si longtemps?

Snowden est un Américain, et les Américains, comme les Anglais, ont de forts préjugés contre la Russie, leur ennemi commun pendant la Guerre froide. Pour eux, c’est le pays du Goulag et du KGB. Les deux menaces se sont évanouies il y a plusieurs dizaines d’années, mais les traditions résistent, parfois sans fin. D’ailleurs le Goulag et le KGB n’étaient guère que des versions modernisées du knout des Tsars et de l’affreux régime des serfs au XIX° siècle, qui peut fort bien être remis à jour par la nouvelle mafia d’État brutale, telle que l’a mise à jour Luke Harding. Pour un Américain moyen, il est pratiquement impossible d’envisager un rapprochement avec la Russie. Surtout pour un Américain qui servait dans les rangs de la CIA et de la NSA, comme c’était le cas de Snowden. Et lui estimait que s’il choisissait d’embrasser la Russie, il perdrait son statut de lanceur d’alerte et serait considéré comme un agent ennemi, ce qui n’était pas du tout la même catégorie.

La même chose était arrivée à Julian Assange, en fait. Quand il fut proposé au créateur de Wikileaks de trouver refuge en Russie (ce qui techniquement était possible), il remit la proposition à plus tard, traîna des pieds et resta en Angleterre, se montrant de fait incapable de franchir le grand fossé qui sépare l’Ouest de l’Est, l’Orient de l’Occident.

Snowden ne cherchait pas à se retrouver sous les projecteurs, bien au contraire. Il souhaitait mettre un terme aux crimes commis par la NSA au nom du peuple américain, ni plus ni moins. Il espérait devenir une nouvelle Gorge Profonde, dont l’identité ne serait jamais révélée. Ses premières révélations importantes, il les avait faites par correspondance; il avait pris un avion pour Hong Kong parce que c’est une ville qu’il connaît bien, il parle couramment chinois, et projetait de rentrer ensuite chez lui à Hawaï. Il apparaît que c’est le Guardian (anglais) qui l’a poussé à révéler son identité. Même à ce stade il se croyait encore en sécurité, parce que Hong Kong relève de l’autorité souveraine de la Chine, et la Chine est un État puissant, qu’on ne bouscule pas facilement.

Les Chinois ont mis à profit les révélations de Snowden pour contrecarrer les accusations américaines d’espionnage électronique, mais ils n’allaient pas mettre à mal leurs relations avec les US pour ses beaux yeux, et ils se sont débarrassés de la patate chaude. Geste final délicat, ils ont eu la courtoisie de lui donner 24 heures pour déguerpir. Il était bien obligé de décamper, et il a sauté dans un vol d’Aéroflot pour Moscou en compagnie de Sarah Harrison, une exquise  lady anglaise qui fait partie du comité directeur de Wikileaks.

Snowden a donc atterri à Moscou, mais n’avait jamais envisagé de demander asile à la Russie. Pour lui, c’était juste une étape vers un pays neutre, l’Islande ou le Venezuela, bref,  quelque part en Occident. Il prévoyait de s’envoler vers La Havane et d’y changer d’avion pour Caracas. Il n’avait pas réalisé que l’État profond aux US a le bras fort long, et qu’il était bien décidé à s’emparer de sa personne et à lui appliquer un châtiment exemplaire.

Au début, les Américains ont exercé des pressions énormes sur Cuba pour que l’escale lui soit refusée. Ils ont menacé Cuba d’un débarquement assorti de blocus complet, et Castro a demandé à Snowden de se chercher un autre itinéraire. Il n’y a qu’Aeroflot qui aurait pu sortir Snowden de Russie, et sa ligne passe forcément par La Havane. D’où l’échec du premier projet.

Le sommet gazier qui se tenait à Moscou lui offrait  une autre issue de secours: il y avait là les présidents  de la Bolivie et du Venezuela, qui étaient venus pour la conférence dans leurs avions privés capables de faire ce long vol. Le président bolivien Evo Morales était parti le premier; son avion a été forcé d’atterrir, et fouillé, ce qui constitue un précédent historique inédit jusqu’alors. Ceci a servi d’avertissement pour le président Nicolas Maduro, qui quittait bientôt Moscou sans embarquer Snowden.

Ce fut une découverte pour Ed Snowden: il a appris à ses dépens qu’il n’y a qu’un pays au monde qui soit hors d’atteinte de l’oncle Sam. Il n’y a qu’un pays qui soit une véritable alternative à l’Empire, le seul pays que ni les bataillons de la Navy ni les drones d’Obama ne bombarderont, le seul pays dont les avions ne peuvent pas être arraisonnés et fouillés. Il était donc prêt à chercher l’entente avec les Russes; il a renouvelé sa demande d’asile provisoire, qui va probablement  lui être accordée.

Les Russes aussi ont hésité. Ils n’avaient pas envie d’irriter les US, ils étaient conscients que Snowden n’avait pas cherché à se rapprocher d’eux, et s’était juste retrouvé piégé lors d’une escale. C’était la patate chaude, et bien des gens étaient convaincus qu’il vaut mieux suivre l’exemple chinois, et l’envoyer ailleurs.

Le lobby US a tout mis en branle pour le faire extrader. Il y avait des militants pour les droits de l’homme et des membres d’ONG parmi les employés du Département d’Etat. Les Américains mettent ces gens et ces organisation en avant, comme leur cinquième colonne.

Lyudmila Alexeeva  en est un exemple en Russie; c’était une dissidente anti soviétique, elle a obtenu la nationalité américaine, elle est revenue en Russie et a repris sa bataille pour les droits humains et contre l’État russe. Elle crie sur les toits que Snowden est un traître, ne le voit nullement comme un lanceur d’alerte ou un défenseur des droits humains. Et il devrait être renvoyé aux USA, a-t-elle averti. D’autres dissidents notoires  et combattants contre le régime de Poutine ont applaudi, et se sont démasqués, apparaissant sous leur vrai jour.

Il y avait aussi quelques  siloviki qui étaient contre Snowden. Ce sont des membres et ex-membres de la communauté des services secrets russes, qui ont endossé le concept de convergence entre services de sécurité, et ont collaboré avec les Américains et d’autres services, en particulier ceux d’Israël. Ils ont dit que la loyauté envers le service auquel on appartient est la vertu la plus importante, et qu’un traître ne saurait être cru. Ils ont souri devant les révélations de Snoden en disant qu’ils savaient tout ça depuis longtemps. Ils ont dit qu’on ne saurait prendre au sérieux son désaccord avec Washington. C’est également la ligne défendue par Konstantin Remchukov, important patron de média, le propriétaire de la  Nezavisimaya Gazeta, qui en a rajouté, traitant Snowden d’espion chinois.

Enfin, on a entendu les conspirationnistes croasser que Snowden est un cheval de Troie, envoyé pour forcer les portes des secrets d’État russes. C’était de fait un agent double de la CIA, arguent-ils. Pas du tout, c’est un agent du Mossad, concluent d’autres encore. Et rendez-le donc aux Américains, assènent-ils. C’est bien là la pierre de touche qui a mis en lumière nombre d’agents américains, qu’ils passent pour des défenseurs des droits humains ou pour d’aussi fallacieux membres des services de sécurité.

Parmi ceux qui soutiennent Snowden en Russie, on trouve mon ami le poète Eduard Limonov, qui a qualifié Snowden d’annonciateur de l’effondrement du monde unipolaire. Mon journal, KP, a également embrayé. La télévision d’État a choisi une approche prudente, et n’accordait guère de poids aux découvertes de Snowden.

Le président Poutine a également joué avec précaution. Il a d’abord écarté les rumeurs envisageant la livraison de Snowden à Obama avec une formule laconique: « La Russie n’extrade personne, vers aucun Etat. » Puis il a offert l’asile à Snowden à condition qu’il cesse d’attaquer les US. C’est la condition habituelle que l’on pose aux demandeurs d’asile politique. Il a ajouté que Snowden n’accepterait probablement pas, parce qu’il veut continuer à livrer bataille, « exactement comme feu Sakharov », le célèbre dissident de l’ère soviétique. Il a aussi tenté de dissuader les Américains de poursuivre Snowden, comparant cette chasse à l’homme comme » la tonte d’un porcelet », qui déclencherait des hurlements et ne rapporterait guère de laine. La manœuvre a porté ses fruits: Snowden a accepté la condition préalable et a choisi de demander un asile provisoire en attendant que la route de l’Amérique latine s’ouvre devant lui; le président pour sa part a sauvé la face et a fait de son mieux pour éviter une bagarre avec les US et avec le puissant lobby pro-américain de Moscou. Je voudrais dire que malgré son image de macho autocrate, Poutine ne contrôle nullement les media russes libres, qui sont généralement propriété de barons tout-à-fait dévoués à l’Occident. Ses prises de position dans les débats nationaux sont à peine relayées.

Le dirigeant russe n’a pas cherché la confrontation. D’une façon générale, il ne cherche pas à semer la pagaille. Il se montre plutôt comme quelqu’un de circonspect et porté sur le conservatisme. Il préférerait probablement que Snowden s’envole sous d’autres cieux, d’autant plus que Snowden, qui est un patriote américain, ne partagerait pas les joyaux de la couronne avec les Russes. Il a fait traîner longuement son autorisation  protectrice pour que Snowden puisse rencontrer le public russe. Ce qui n’a pas empêche les Américains, tout au long de cette étape, de rajouter des listes entières de noms à la liste Magnitsky, liste secrète de Russes dont les propriétés et les comptes en banques peuvent être confisqués (« gelés » est le terme technique qu’ils utilisent). Les membres du Congrès ont pu déblatérer librement contre Poutine, et diffamer la Russie tout leur soûl. Attendez un peu, vous allez voir qu’Obama va téléphoner à Poutine ce soir et qu’il va nous renvoyer le paquet Snowden aussi sec, disait le porte-parole  de la Maison Blanche. Pendant ce temps-là, les US ont continué à échafauder leurs machinations contre la Syrie au Moyen Orient, et Israël a pu bombarder tranquillement les positions syriennes, probablement avec le soutien américain. Au lieu de lui manifester le moindre égard, Obama a essayé d’intimider Poutine. C’était une tactique erronée, et contre-productive.

Au même moment, la Russie a effectué un contrôle soudain de ses  disponibilités militaires, et n’écarte apparemment aucune option. Ce grand pays ne cherche pas la bagarre, mais ne bat pas en retraite non plus. Snowden est en sécurité ici à Moscou, où personne ne peut lui faire de mal, de sorte qu’il va pouvoir exposer devant le monde entier les crimes contre l’humanité commis par les services secrets américains. Et Moscou est un lieu de villégiature exceptionnel, particulièrement en été.

adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

source : http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

Coup d’Etat – Paul Craig Roberts


Georges W. ObamaLe peuple américain a subi un coup d’Etat, mais ils hésitent à le reconnaître. Le régime qui gouverne à Washington aujourd’hui manque de légitimité constitutionnelle et juridique. Les américains sont gouvernés par des usurpateurs qui prétendent que le pouvoir exécutif est au-dessus de la loi et que la Constitution américaine est un simple «bout de papier».

Un gouvernement inconstitutionnel est un gouvernement illégitime. Le serment d’allégeance exige la défense de la Constitution « contre tous les ennemis, extérieurs et intérieurs. » Comme les pères fondateurs l’ont clairement montré, le principal ennemi de la Constitution est le gouvernement lui-même. Le pouvoir n’aime pas être lié et enchaîné et œuvre constamment à se libérer des contraintes.

La base du régime de Washington n’est rien d’autre qu’un pouvoir usurpé. Le régime Obama, comme le Régime de Bush / Cheney, n’a aucune légitimité. Les américains sont opprimés par des décisions d’un gouvernement illégitime, non pas  par la loi et la Constitution, mais par le mensonge et la force brute. Les membres du gouvernement voient la Constitution américaine comme une « chaîne qui lie nos mains. »

Le régime d’apartheid sud-africain était plus légitime que le régime à Washington. Le régime d’apartheid israélien en Palestine est plus légitime. Les talibans sont plus légitimes. Mouammar Kadhafi et Saddam Hussein étaient plus légitimes.

La seule protection constitutionnelle que le régime Bush / Obama a laissée debout est le deuxième amendement, quelque chose d’insignifiant compte tenu de la disparité qui existe entre les armes dont dispose  Washington et ce qui est permis à l’ensemble des citoyens. Aucun citoyen ne peut se dresser avec un fusil pour se protéger ou protéger sa famille contre un des 2.700 chars du Département de la sécurité intérieure, ou contre un drone ou contre une unité de police spéciale lourdement armée dans des gilets pare-balles.

Comme les serfs dans les âges sombres, les citoyens américains peuvent être appréhendés de par l’autorité d’un inconnu dans l’appareil exécutif et jetés dans une geôle, soumis à la torture, sans qu’aucune preuve ne soit jamais présentée à un tribunal ou sans qu’aucune information les concernant ne soit fournie à leurs proches. Ou bien ils peuvent être placés, sans explication, sur une liste qui restreint leur droit de voyager par avion. Chaque communication de chaque américain, à l’exception des conversations en face-à-face dans des environnements non buggé, est interceptée et enregistrée par l’Agence nationale de la Stasi, et les phrases peuvent être raccordées bout à bout pour produire un «extrémiste intérieure».

Si jeter un citoyen américain dans un cachot est trop compliqué, le même citoyen peut tout simplement se faire sauter avec un missile Hellfire lancé depuis un drone. Aucune explication n’est nécessaire.
Pour le tyran Obama, un humain à exterminer est juste un nom dans une liste.

Le président des Etats-Unis a déclaré qu’il possédait ces droits interdits par la Constitution, et son régime les utilise pour opprimer et assassiner des citoyens américains. La revendication du président selon laquelle sa volonté est supérieure à la loi et à la Constitution est de notoriété publique. Pourtant, il n’y a aucune demande pour la destitution de l’usurpateur. Le Congrès est à plat ventre. Les serfs sont obéissants.

Parmi les personnes qui ont contribué à transformer un président démocratiquement responsable en un César il y a John Yoo, qui a été récompensé, pour sa trahison, en étant accepté comme professeur de droit à l’Université de Californie, Berkeley, à Boalt School of Law. Le collègue de Yoo dans la trahison, Jay Bybee Scott a été récompensé en étant nommé juge fédéral à la Cour d’appel américaine pour le Ninth Circuit. Nous avons maintenant un professeur de droit enseignant à Berkeley, et un juge fédéral du Ninth Circuit, qui ont décrété que le pouvoir exécutif est au-dessus de la loi.

Le coup d’Etat de l’exécutif contre l’Amérique a réussi. La question est: tiendra-t-il ? Aujourd’hui, le pouvoir exécutif est constitué de menteurs, de criminels et de traîtres. Tous les maux de la terre semblent concentrés à Washington.

La réponse de Washington aux preuves d’Edward Snowden que Washington, en violation totale du droit tant national qu’international, espionne le monde entier, a démontré à tous les pays que Washington met le plaisir de la vengeance au-dessus de la loi et des droits humains.

Sur ordre de Washington, les états marionnettes européens ont refusé l’autorisation de survol de l’avion présidentiel transportant le président bolivien Morales et forcé l’avion à atterrir en Autriche et à être fouillé. Washington pensait que Edward Snowden pourrait être à bord de l’avion. La capture de Snowden était plus importante pour Washington que le respect du droit international et de l’immunité diplomatique.

Dans combien de temps Washington ordonnera-t-il à sa marionnette britannique d’envoyer une équipe SWAT (NDT : forces spéciales d’intervention) pour extraire Julian Assange de l’ambassade de l’Equateur à Londres et le remettre à la CIA pour le supplice de la simulation de noyade ?

Le 12 Juillet, Snowden a rencontré, à l’aéroport de Moscou, des organisations de défense des droits de l’Homme venues de partout dans le monde. Il a déclaré que l’exercice illégal du pouvoir par Washington l’empêche de se rendre à l’un des trois pays latino-américains qui lui ont offert l’asile. Par conséquent, Snowden a dit qu’il acceptait les conditions du président russe Vladimir Poutine et a demandé l’asile en Russie.

Le américains insouciants et les jeunes qui ignorent le passé ne savent pas ce que cela signifie. Au cours de ma vie professionnelle, c’était la Russie soviétique qui persécutait les ‘’diseurs de vérité’’, tandis que l’Amérique leur a donné asile et a essayé de les protéger. Aujourd’hui, c’est Washington qui persécute ceux qui disent la vérité, et c’est la Russie qui les protège.

Le public américain, cette fois, n’a pas gobé le mensonge de Washington selon lequel Snowden est un traître. Les sondages montrent qu’une majorité d’Américains voient Snowden comme un lanceur d’alerte.
Ce ne sont pas les Etats-Unis qui ont été touchés par les révélations de Snowden. Ce sont les éléments criminels au sein du gouvernement américain qui ont réussi un coup d’Etat contre la démocratie, la Constitution et le peuple américain qui ont été atteints. Ce sont les criminels qui ont pris le pouvoir, et non le peuple américain, qui réclament le scalp de Snowden.

Sous la tyrannie Obama, ce n’est pas seulement Snowden qui est visé pour l’extermination, mais tous les américains qui disent la vérité dans le pays. Un ancien patron du département de la sécurité intérieure, Janet Napolitano, récemment récompensé pour son service à la tyrannie par une nomination comme chancelier du système de l’Université de Californie, a dit que la sécurité intérieure avait détourné son attention de terroristes musulmans pour le porter aux « extrémistes intérieurs », un terme élastique et flou qui englobe facilement ceux qui disent la vérité comme Bradley Manning et Edward Snowden qui embarrassent le gouvernement en révélant ses crimes. Les criminels qui ont pris un pouvoir illégitime à Washington ne peuvent survivre que si la vérité peut être supprimée ou redéfinie comme une trahison.

Si les Américains acquiescent au coup d’Etat, ils se seront eux-mêmes fermement placés sous l’emprise de la tyrannie.

Traduction : Avic

source : http://www.paulcraigroberts.org/2013/07/13/coup-detat-paul-craig-roberts/

Craig Roberts withkitties_150_120Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

Edward Snowden a demandé un asile politique en Russie


0618-snowden-poster-630x420L’ex-consultant de la CIA Edward Snowden a demandé un asile politique en Russie, pour retrouver la liberté de circulation.

Tel est le résultat de sa rencontre à l’aéroport de Moscou Cheremetiévo avec des juristes et militants des droits de l’homme russes, résultat qu’on peut appeler une sensation attendue. L’agent fugitif a dit sa reconnaissance à tous les pays, qui lui ont proposé un asile, mais a décidé d’arrêter son choix sur la Russie.

Les attentes des participants à la rencontre se sont justifiées. Réagissant à la demande de l’ex-consultant de la CIA le porte-parole du président de Russie Dmitri Peskov a déclaré que Kremlin ne disposait pas pour le moment de confirmation à ce sujet, mais a noté que les conditions pour cela restaient les mêmes : arrêt de toutes activités nuisant aux intérêts des Etats-Unis et à leurs rapports avec la Russie. Position formulée précédemment par le chef de l’Etat Vladimir Poutine. Le 12 juillet Edward Snowden a confirmé son accord de satisfaire à cette condition.

Le premier des hauts fonctionnaires à avoir commenté la demande de l’Américain a été le président de la Douma d’Etat Sergueï Narychkine. Il a dit la Russie devait accorder un asile politique ou un refuge provisoire à Edward Snowden, parce qu’il risque une peine de mort, toujours pratiquée aux Etats-Unis. Le chef du comité des Affaires internationales Alexeï Pouchkov a remarqué que si M. Snowden fait une demande officielle à la Russie pour obtenir un asile politique, sa demande serait examinée. Voici ce que dit à notre radio le politologue Sergueï Mikhéev.

« Je pense qu’il craint pour sa vie. Après l’incident avec l’avion du président de Bolivie il peut ne pas regagner l’Amérique latine. Pour cette raison il demande un asile provisoire en Russie. Il ne demande pas, probablement, la nationalité russe, mais un certain statut de réfugié et un asile provisoire qui lui sont nécessaires. Il est tout simplement las de vivre dans la zone de transit de Cheremetievo ».

Peu après la rencontre Olga Kostina, membre de la Chambre civile, a déclaré que les défenseurs des droits de l’homme avaient l’intention de préparer une déclaration au nom du président Poutine à l’appui de la demande de M. Snowden sur l’octroi de l’asile politique. Selon l’expert Igor Korottchenko, en cemoment ce qu’il faut de M. Snowden c’est sa demande rédigée à la main adressée aux autorités russes, et la question pourra être réglé rapidement.

Quant au délégué aux droits de l’homme Vladimir Loukine, il a estimé qu’il serait mieux si M. Snowden obtienne le statut de réfugié d’une organisation internationale et non de la part de la Russie. Il y a, à son avis aussi les intérêts d’Etats. A ce propos il craint une détérioration des relations russo-américaines, au cas où la Russie octroie quand même un asile politique à M. Snowden. Mais en somme la plupart des défenseurs des droits de l’homme et d’hommes politiques et d’experts se sont exprimés en faveur de la satisfaction de la demande du citoyen américain. La Voix de la Russie suit l’évolution des événements.

http://french.ruvr.ru/news/2013_07_12/Las-de-vivre-dans-une-zone-de-transit-M-Snowden-a-pris-une-decision-4499/

France, terre d’asile politique ou psychiatrique ?


Article-uneLa chef de file des Femen en France, Inna Shevchenko, a obtenu le statut de réfugié auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), a indiqué lundi 8 juillet cette militante ukrainienne. Pendant ce temps, le geek ennemi public n°1 Edward Snowden se voit refuser la même demande en France et dans divers pays.

Teddijo – Dessinateur satirique
Teddijo – Dessinateur satirique

D’un côté, nous avons une bande de féministes autoproclammées, manifestant à coup de seins et de décibels pour le droit des femmes, la corruption, les pâquerettes et les tourterelles. Un combat pour le droit des femmes transformé en combat contre les religions, principalement le christianisme et l’islam. Tronçonnage de croix pour protester contre l’Eglise orthodoxe (alors qu’il s’agissait d’un monument en hommage aux victimes du stalinisme), drapeau musulman brûlé pour protester contre le salafisme (alors qu’il s’agissait

d’un drapeau musulman tout ce qu’il y a de plus banal), profanation de la cathédrale de Notre Dame de Paris, etc. Une bande de féministes dont la leader, Mlle Shevchenko déclara à propos des féministes trop instruites : « Nous avons voulu montrer que les féministes ne sont pas que des vieilles femmes cachées derrière leurs bouquins ». Comme a pu le souligner le Volontaire Florian dans un précédent article :

Sympa pour les femmes telles que Virginia WoolfEmily BrontëGeorge Sand, qui à mon humble avis risquaient beaucoup plus qu’une petite activiste incapable de s’exprimer autrement que par le biais de provocations au ras des pâquerettes. Sympa aussi pour l’écrivaine turque Elif Shafak qui a risqué trois ans de prison pour « avoir insulté l’identité nationale » puisque l’un de ses livres relatait le génocide arménien. Mais bon, des femmes on ne retient que leurs formes pas ce qu’elles écrivent en pensant à voix haute.

mobile-smog-checks-big-brother-is-watching-you-300x240De l’autre côté, nous avons un informaticien made in USA, anciennement en poste à la NSA, rompu aux techniques d’écoute et de surveillance de l’Oncle Sam. Un geek ayant étalé sur la place publique un secret, de polichinelle certes, mais un secret fort embarrassant. Oui, Big Brother est bel et bien en train de « watching you ». Citoyens, Etats pas de jaloux, tout le monde y passe !

Et voila que nos deux effigies de la contestation, traquées de façon plus ou moins intense, demandent l’asile politique, en France notamment, n’étant plus en odeur de sainteté si l’on puit dire au sein de leurs mères patries. Une demande accordée pour I. Shevchenko, et refusée pour E. Snowden

Morale de l’histoire ? Il ne sert à rien de révéler à un pays qu’un autre Etat l’espionne et recueille ses informations les plus confidentielles. Bien au contraire, il est plus judicieux de l’attaquer dans ses symboles les plus historiques. Il vous dira merci ! Alors que les révélations de Snowden auraient dû provoquer un véritable cataclysme au sein de l’exécutif français, l’inverse se produit. Le grand méchant mou Hollande, tout comme l’aurait fait Sarkozy l’Américain, demande timidement des comptes aux Etats-Unis au lieu de pousser une énorme gueulante saveur camembert à Obama. Et non heureux de courber une fois de plus l’échine face au pouvoir atlantiste, voilà que l’Etat français au lieu de remercier Snowden se lance indirectement à la poursuite de celui-ci. Mardi 2 juillet, le président bolivien Evo Morales rentrait de Moscou et volait en direction de La Paz, quand son avion a été contraint de se poser à Vienne, en Autriche : le Portugal lui avait refusé une escale technique et la France le survol de son territoire. Soupçonné d’abriter Snowden à son bord,  l’avion du président Morales fut bloqué au sol pour quelques heures, un comportement aussi inique que schizophrénique, nous valant d’être la risée d’une grande partie de l’Amérique du Sud.

Le président bolivien Evo Morales embarque à bord de son avion, à l’aéroport de Vienne le 3 juillet 2013 afp.com
Le président bolivien Evo Morales embarque à bord de son avion, à l’aéroport de Vienne le 3 juillet 2013
afp.com

Au fond du trou, l’exécutif français continue de creuser !

Plus grand chose d’étonnant dans notre monde où le principal devient détail et le détail devient principal. Plus grand chose d’étonnant quand un regard curieux voit l’inversion des sens s’amplifier chaque jour davantage. Cette mise en avant des FEMEN n’est qu’un des multiples symptômes d’une maladie touchant l’ensemble des sociétés humaines.

Sans tomber dans le côté « grenouille de bénitier », la France a une longue tradition religieuse. Une tradition ayant guidé son histoire, cimenté sa base et construit l’ordre social auquel nombre de français sont attachés. Une tradition ayant au fil du temps fait une place aux autres religions, principe de laïcité oblige, pour voir l’islam devenir la deuxième religion la plus pratiquée du pays.

Mais voila, il y a laïcité et laïcité.

Il y a la laïcité bénéfique, celle prenant en compte les spécificités historiques du pays, son histoire et ses racines, et instaurant entre les religions un équilibre du culte.

Et puis il y a la laïcité façon Vincent Peillon, celle de la mise en place d’une religion universelle. Une laïcité à l’opposé, tant de l’équilibre cultuel que des caractéristiques historiques, balançant dans la négation du fait religieux. Une laïcité d’inspiration franc-maçonne prônée intérieurement par l’ensemble des élites de droite et de gauche, à charge pour ces dernières de remplir publiquement cette fonction en abattant les quelques restes de notre histoire millénaire. Dans un braquage, chacun son rôle.

Voilà pourquoi I. Shevchenko, anti-religieuse de combat comme elle a pu le déclarer lors d’une émission à la radio belge le 3 juin 2013, recueille autant les faveurs des plus hautes instances de l’Etat. Et dans ce combat contre les religions, un monothéisme semble pour l’instant épargné. Comme le souligne Jonathan Moadab dans un communiqué en réponse aux propos diffamatoires de Bernard Schlacha, contributeur du site de Bernard-Henry Lévy, La Règle du Jeu :

« Soutiendriez-vous toujours autant les Femen, si elles avaient brûlé un drapeau sioniste rue des Rosiers, comme elles ont brûlé un drapeau salafiste musulman devant la Grande Mosquée de Paris ? Aimeriez-vous les voir déambuler seins nus dans la synagogue de la Victoire en criant dans une langue étrangère « Fuck the talmud ! », comme elles ont profané Notre-Dame de Paris ? »

Dans ce monde de fous, où nous ne savons plus à quel sein se vouer, adieu Snowden et bonjour Inna.

Bienvenue en France… terre d’asile psychiatrique !

https://www.cercledesvolontaires.fr/2013/07/08/france-terre-dasile-politique-ou-psychiatrique/

Leçon de journalisme, d’éthique et d’humanisme pour Reporters Sans Frontières en Chine


Hua Chunying1Tout le monde connaît aujourd’hui Reporters Sans Frontières, et surtout, qui est derrière cette organisation, comme du reste tous ces trucs sans frontières. Il semble que leur tâche devient de plus en plus difficile, La Syrie est passée par là. Deux ans de Syrie ont profondément modifié la perception mondiale de toutes les hypocrisies patiemment édifiées au cours de ces dernières décennies. Les indignations sélectives fonctionnent de plus en plus mal, et finissent même par irriter et provoquer des réactions directement agressives et peu diplomatiques.

Ça a été récemment le cas en Chine, cible favorite de RSF.

Dès qu’il se passe quelque chose en Chine, RSF frétille et commence à tailler ses plumes et à sortir des tiroirs tous les mots spécialement réservés aux  »méchantes dictatures » en général et à la Chine en particulier. Quand il s’agit de terrorisme, c’est le grand festin. Il y a forcément des terroristes abattus et surtout, des arrestations qu’il sera impératif de dénoncer. En moins de deux, des équipes sont déjà sur place, armées de leur lexique «  spécialement réservé aux  »méchantes dictatures » en général et à la Chine en particulier » pour libérer les  »dissidents ». Ici, quoi qu’ils fassent, ce sont des dissidents.

Et d’ailleurs, pour RSF et tous les grands médias occidentaux, il n’y a pas de terroristes en Chine ; Il y a, éventuellement des  »terroristes », avec plein de guillemets quand il n’est plus possible de ne pas voir les dizaines de victimes de ces  »terroristes ». Comment peut-il y avoir des terroristes en Chine, puisqu’il ne peut y avoir que l’occident qui doit être terrorisé ? Qu’il y ait un attentat à Paris, Londres ou New York, et nous devenons tous des parisiens, des londoniens ou des new-yorkais. Un attentat en Russie, en Irak ou en Chine ? On attendra longtemps avant que l’on nous demande d’être tous des russes, irakiens ou chinois.

Leur droit de l’homme et leur liberté d’expression plein la bouche, les équipes de RSF sont donc arrivées en Chine pour exiger la libération de dissidents et condamner le contrôle de l’information par le gouvernement chinois dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (nord-ouest), à la suite d’un massacre perpétré par des extrémistes. 16 extrémistes religieux armés de couteaux avaient tué 24 personnes la semaine dernière dans le district de Shanshan de la préfecture de Tourfan. La police locale avait abattu onze assaillants et interpellé cinq autres. Les autorités chinoises, qui savent à quoi s’en tenir vis à vis de ces extrémistes, sont décidées à éradiquer le mal avant qu’il n’y ait encore plus de dégâts, ce qui semble contrarier certains dont RSF qui auraient bien aimé que la graine pousse et prolifère.

Devant les niaiseries droit-de-lhommistes habituelles tenues par RSF, la réponse de la Chine, par la bouche de la porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères, Mme Hua Chunying, a été cinglante : « Si quelqu’un refuse non seulement de dénoncer ou de combattre ces atrocités et qu’en outre il adopte une attitude sceptique envers les dispositions légales du gouvernement chinois ou qu’il prononce des commentaires critiques sur la politique nationale et religieuse de la Chine, cela ne fait que prouver son double standard et sa vision sérieusement biaisée de la Chine ».

La porte-parole a souligné que la politique ethnique et religieuse du gouvernement chinois au Xinjiang correspondait aux conditions nationales et à la situation actuelle au Xinjiang. Cette politique a gagné le soutien de tous les groupes ethniques dans la région.

Le projet d’une poignée de personnes de diviser le Xinjiang et de saper la stabilité et le développement régional va à l’encontre de la volonté du peuple et est voué à l’échec, a rappelé la porte-parole.

« Nous espérons que les parties concernées et les médias pourront abandonner leur préjugés politiques, reconnaître la politique ethnique et religieuse de la Chine de façon globale, objective et appropriée, se rendre clairement compte de la nature et du danger du terrorisme, comprendre et soutenir la position et les préoccupations du gouvernement chinois ainsi que les mesures que la Chine doit prendre pour sauvegarder l’unité nationale et la stabilité sociale au Xinjiang et pour protéger la sécurité et les biens de la population », a-t-elle ajouté.

Les reporters de RSF savaient tout ça déjà. La porte-parole ne leur apprend donc rien.Mais aujourd’hui il y a quelque chose de nouveau : l’effet Snowden. Jusqu’ici, bien des offensives de l’Occident se sont placées sur le terrain de la communication, avec comme munitions les missiles droit-de-l’hommistes. Tous les pays non satellites étaient des cibles potentielles, plus particulièrement la Chine où chaque chef d’état en visite se devait de réciter son bout de  »condamnation ferme » avant même de dire bonjour à ses hôtes.

Avec les révélations de Snowden, tout va changer. D’une part, les indignations habituelles seront de moins en moins crédibles et perdront donc de leur force et leur effet et, d’autre part, les pays comme la Chine peuvent s’y référer pour renvoyer le boomerang. Du fait que les révélations soient publiques et que Snowden soit américain, qui plus est un ancien du système, facilite encore plus les choses. Toutes les réponses chinoises sembleront désormais dire : « arrêtez de nous casser les pieds, vous faites pire et c’est vous les voyous. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est vous-même qui le dites, à travers l’un des vôtres ». Et les chinois seront entendus et compris du monde entier, à cause de la publicité faite autour des révélations et de la suite des événements qui en ont découlés. Snowden vient d’inventer, sans le savoir, le système de défense anti-droit-de-l’hommiste. Les conséquences de l’action de ce jeune hommes n’ont pas fini de nous surprendre.

En attendant, les reporters de RSF sont partis pour parler dans le vide pour longtemps, car la Chine est bien décidée à en finir avec le terrorisme chez elle. Elle n’a pas attendu Snowden pour mettre en place un dispositif pour désamorcer la bombe, mais maintenant elle peut balayer d’un revers de main, publiquement, les  »préoccupations » d’un Obama devenu, par ailleurs, complètement inaudible sur ce plan.

Avic

Pourquoi Édouard Snowden a-t-il choisi Hong Kong ?


hong_kong_nightBeaucoup de monde dans les médias américains se demande pourquoi le plus célèbre dénonciateur de l’Amérique, âgé de 29 ans, Edward Snowden, est allé se planquer dans la ville-État de Hong Kong, appartenant à part entière à la République populaire de Chine, pour y chercher refuge, même temporaire.

Hong Kong a un traité d’extradition avec les Etats-Unis, disent-ils. Et comme pour la Chine, qui contrôle les affaires internationales de la Région administrative spéciale de Hong Kong, tout en lui accordant l’autonomie locale pour régir ses affaires internes, ses dirigeants « ne veulent pas irriter les Etats-Unis » à un moment où l’économie chinoise marque le pas.

Ces gens n’ont pas beaucoup de compréhension de Hong Kong ou de la Chine.

En tant que quelqu’un qui a passé près de sept ans en Chine et à Hong Kong, permettez-moi de présenter mes réflexions sur les raisons qui ont poussé Snowden, de toute évidence un homme très avisé en dépit de son manque d’éducation universitaire, à faire ce choix.

Tout d’abord, oubliez le traité d’extradition de Hong Kong. Quand il s’agit de décider si une personne doit être extradée, en particulier pour un crime politique, par opposition à un simple meurtre ou braquage de banque, la décision sera prise à Pékin, pas dans une salle d’audience de Hong Kong. Deuxièmement, Hong Kong a une longue histoire de fournisseur d’asile aux dissidents – même à des dissidents recherchés par le gouvernement chinois. Ça avait été le cas, par exemple, de l’activiste du mouvement ouvrier chinois Han Dongfang, qui avait fait l’objet d’un coup de filet massif après les manifestations de Tiananmen, mais qui avait réussi à s’enfuir à Hong Kong avant la rétrocession de la place par la Grande-Bretagne à la Chine, et qui continue toujours de surveiller les conflits de travail et les protestations ouvrières à partir de son domicile sur l’île Lamma de Hong Kong. Hong Kong a aussi une population très favorable aux valeurs démocratiques – certainement bien plus que la majorité des citoyens américains. Les habitants de Hong Kong peuvent ne pas accorder trop d’importance à la situation de Snowden pour le moment, mais si les Etats-Unis devaient rechercher activement à l’extrader, je suis convaincu que toute la ville se soulèverait pour le soutenir, y compris les médias locaux.

Quant à la Chine, alors que l’affaire soulevée par Snowden est en cours – l’exposition d’un programme d’espionnage orwellien ciblant le peuple américain et géré par l’ultrasecrète NSA – ce n’est certainement pas une affaire dont le gouvernement chinois aimerait discuter étant donné leur propre société verrouillée. Vous pouvez parier que les gens du Bureau de la Propagande à Pékin, et dans le cercle intime du gouvernement, se frottent les mains avec allégresse à la fois à cause de l’embarras incroyable provoqué par l’hypocrisie des Etats-Unis mise en lumière par leur hôte Snowden, et aussi à cause de la mine de renseignements de sécurité qu’il a en sa possession, et qu’ils peuvent peut-être l’amener à divulguer s’ils le traitent bien.

Et puis, il y a la question du concept confucéen du don et obligations réciproques. Ce n’était, j’en suis sûr, pas par hasard que Snowden a choisi le week-end où le président Obama avait organisé un sommet en Californie pour accueillir le nouveau président chinois  Xi Jinping, pour divulguer son identité en tant que dénonciateur de la NSA, au sujet du programme national d’espionnage, au Guardian et au Washington Post . Ce faisant, il a donné au président Xi un cadeau incroyable – la chance d’avoir le dessus dans ses négociations avec un Obama extrêmement embarrassé et compromis sur des questions telles que le piratage informatique chinois des entreprises américaines et des secrets du gouvernement, ainsi que le vol de propriétés intellectuelles. Car bien sûr, il est clair que la NSA est au moins aussi actif dans le piratage d’ordinateurs chinois et dans l’espionnage des communications chinoises.

Un cadeau tel que celui-là n’est pas facilement ignoré ou oublié dans la culture chinoise. Le Président Xi doit beaucoup à Snowden, et je crois qu’il va honorer cette dette en veillant à ce que Snowden soit à l’abri de toute menace qui pourrait provenir d’un gouvernement américain vindicatif ou apeuré.

Mais Snowden ne se fonde pas uniquement sur les valeurs culturelles chinoises pour se protéger.

Il a également pris soin d’envoyer un puissant message d’avertissement aux responsables américains dans un interview dans une  vidéo publique qu’il a sortie lui-même . Comme il l’a dit à l’interviewer Glenn Greenwald, « j’ai eu accès à des listes complètes de toutes les personnes travaillant à la NSA, la communauté du renseignement tout entier, et des agents infiltrés partout dans le monde ; les emplacements de chaque station, nous savons quelles sont  leurs missions et ainsi de suite. Si je ne cherchais qu’à nuire aux Etats-Unis? Vous pourriez arrêter le système de surveillance dans l’après-midi « .

Cette ligne à la fin a dû raidir dans leurs sièges les gens de Langley et du quartier général de la NSA, ou a dû les inciter à se diriger droit vers le bar pour un raide! Et en effet, il le pouvait. Et je peux même vous garantir, Snowden étant aussi futé qu’il est, qu’il a déjà pris cette information et dispersé à un certain nombre de personnes de confiance, peut-être même Greenwald, avec instructions de tout balancer sur le Web si jamais quelque chose devait lui arriver, comme par exemple son kidnapping, sa disparition ou son assassinat. Il s’agit d’une superbe police d’assurance et cela ne lui aura pas échappé. Il n’aurait pas pris la peine de dévoiler qu’il avait toutes ces informations à sa disposition s’il n’avait pas pensé qu’il pouvait avoir besoin de le faire.

Il serait relativement facile pour les barbouzes high-tech  de la NSA de tracer électroniquement Snowden pour voir s’il a vraiment téléchargé toutes ces informations ultrasecrètes et s’il peut vraiment faire sauter toute la machine d’espionnage américaine. S’ils découvrent qu’il a vraiment ces informations, il serait pratiquement intouchable.

La vraie question n’est pas de savoir ce qu’ils vont faire à Snowden. Mais plutôt ce que nous, Américains, allons faire maintenant que nous savons à quel point notre gouvernement est devenu réellement malsain et totalitaire.

Allons-nous revenir à notre train-train avec nos équipes sportives et nos programmes de télé-réalité, et oublier le fait que nous n’avons plus aucune intimité dans nos vies, que nos dirigeants élus et nos juges fonctionnent sur l’hypothèse que, s’ils sortent de la ligne, la machine fasciste de la NSA, qui travaille au service de l’élite corporative, pourra leur faire du chantage ou les détruire avec son accès à toutes leurs communications ? Ou allons-nous lever et exiger la fin de cette tyrannie high-tech au nom d’une «guerre» frauduleuse contre le terrorisme ?

Snowden s’est exilé et a renoncé à un excellent travail à Hawaï, dans l’espoir que nous allions nous lever quand nous aurons appris que notre démocratie a été détournée.

Espérons que ce ne sera pas en vain.

DAVE LINDORFF est un membre fondateur de ThisCantBeHappening! , et est un contributeur à Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion  (AK Press).

Traduction : Avic