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L’Union européenne va peut-être tuer la peine de mort en Amérique


800px-SQ_Lethal_Injection_RoomQuand on pense aux centaines de bonnes raisons d’abolir la peine de mort, on évoque souvent ses implications éthiques, la présomption d’innocence ou l’incohérence de son application. Mais dernièrement, ce sont des considérations pratiques qui ont ralenti le nombre d’exécutions en Amérique —et certains États en viennent à se demander s’il ne serait pas temps d’y mettre un terme.

Au-delà des hausses de prix associées aux prisonniers qui croupissent dans les couloirs de la mort, les industries pharmaceutiques sont de plus en plus réticentes à ce que leurs produits soient utilisés pour exécuter des prisonniers. Les lois de l’Union européenne en sont la principale raison.

En janvier 2011, l’entreprise pharmaceutique Hospira a annoncé qu’elle mettait fin à la  production de thiopental sodique pour des raisons éthiques —étant donné qu’il était impossible de s’assurer qu’il ne soit pas utilisé pour des injections létales. À l’époque, le thiopental sodique faisait office d’antalgique. Les injections létales se composaient également de bromure de pancuronium (pour paralyser le prisonnier) et de chlorure de potassium (qui provoquait un arrêt cardiaque).

Sur son site officiel, l’entreprise a rappelé ses objectifs : « sauver les vies des patients que nous servons ». Elle explique que « l’entreprise s’est toujours publiquement opposée à l’utilisation de ses produits pour servir la peine de mort » et a aussitôt cessé de vendre les produits qu’elle savait destinés à des injections létales.

Ces mesures répressives sont également motivées par la délocalisation de la production de thiopental sodique. Après la Caroline du nord, la production se fait désormais en Italie, où elle tombe sous la juridiction de l’Interdiction du commerce des équipements de torture de l’Union Européenne.

Ce règlement « met en place un régime commercial spécifique couvrant certains équipements et produits susceptibles d’être utilisés pour la torture et la peine capitale » ainsi que pour « d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants dans les pays tiers. »

Pour importer du thiopental sodique, l’entreprise Hospira aurait dû prouver qu’elle ne comptait pas l’utiliser à ces fins —ce qui s’est avéré être impossible. « Nous ne pouvons pas nous plier aux demandes de l’Italie, et nous avions peur que nos employés italiens en prennent la responsabilité » a expliqué Dan Rosenberg, porte-parole de Hospira, au Washington Post.

Maintenant que les provisions de thiopental sodique s’épuisent, les États appliquant la peine de mort cherchent actuellement une alternative. The New Republic a révélé qu’un moratoire avait été mis en place sur les exécutions de l’Arkansas, de la Californie, du Kentucky, de la Louisiane, du Maryland, du Missouri, du Montana, du Nebrasaka, de la Caroline du Nord, de l’Oregon et du Tennessee.

Le Missouri avait prévu de remplacer le thiopental sodique par du propofol anesthésique, jusqu’à ce que son fabriquant allemand Fresenius Kabi ne pose un ultimatum et menace d’arrêter d’en faire exporter vers les États-Unis. Ce qui serait regrettable pour eux, sachant  que le propofol est le produit anesthésique le plus populaire du pays. Près de 50 millions de doses sont utilisées dans les hôpitaux chaque année. 90% du propofol qu’on peut trouver en Amérique est fabriqué dans des pays de l’Union européenne.

Bien entendu, la communauté médicale ne voulait pas voir l’exportation de propofol cesser. Par exemple, la Missouri Society of Anesthesiologists a publié un article qui dit notamment : « En tant que physiciens, les médecins anesthésistes-réanimateurs utilisent du propofol sur près de 95% de leurs opérations. Si le Missouri venait à utiliser cet anesthésique pour une injection létale, plus de 15 000 hôpitaux, cliniques et centres médicaux risqueraient de perdre leurs provisions de propofol. »

La MSA soulève un problème qui ne relève plus du débat sur la peine de mort, mais bien d’une question de santé publique, que Nixon a évoquée en annonçant que le propofol ne serait pas utilisé.

Les États cherchent encore une alternative. Le Texas, l’Ohio, la Pennsylvannie et le Dakota du Sud comptent désormais sur les pharmacies enclines à faire des préparations magistrales qui leur permettraient de faire des injections létales. La Géorgie et le Colorado ont exprimé leur désir de faire de même.

Les préparations magistrales sont effectuées par les pharmaciens, qui mélangent des médicaments pour un patient précis. Cela leur permet notamment de contourner les règlements de l’UE et de la FDA.

J’ai discuté avec Richard Dieter du Death Penalty Information Center pour lui demander pourquoi les préparations magistrales constituaient une telle source d’inquiétude, et il a directement évoqué un manque de réglementation et de fiabilité : « Ce problème a été mis en lumière l’année dernière, lorsqu’une pharmacie a fourni des stéroïdes qui ont provoqué le décès d’une soixantaine de personnes. Le problème, c’est la contamination. Il est possible que ces médicaments soient fabriqués sans examen approfondi ».

Normalement, les préparations magistrales sont supervisées par un docteur. Mais dans les prisons, il est fort probable que les personnes qui injectent les médicaments ne soient pas qualifiées pour mesurer leur fiabilité.

J’ignore si vous connaissez cette blague où un type se demande pourquoi on stérilise les aiguilles qui servent aux injections létales, mais les possibilités de contamination entraînent la même question. Dieter m’a également expliqué qu’il était très important de connaître la puissance d’un médicament pour s’assurer que la punition soit effective et ne devienne pas « cruelle ou inhumaine » et par conséquence, illégale. Si un médicament est censé provoquer une perte de connaissance ou la mort, mais qu’il est mal préparé et ne fonctionne qu’à 75%, il pourrait provoquer « une perte de connaissance partielle ou une lente agonie ».

«  Ce serait cruel de soumettre quelqu’un à une injection aux résultats incertains —que ce soit un médicament jamais utilisé auparavant, ou qu’il provienne d’une entreprise qui ne fait pas d’examens approfondis. » m’a dit Dieter. «  L’État pourrait être accusé de négligence, ou de fournir de très mauvais traitements dans les prisons et les hôpitaux psychiatriques. C’est une manière très cruelle de traiter les gens. Oui, on peut les exécuter, mais il y a une procédure à suivre ».

Dieter ne pense pas que ces tracasseries puissent entraîner l’abolition de la peine de mort en Amérique, mais elles pourraient cependant convaincre les États indécis de lâcher l’affaire. « Ce n’est pas qu’une histoire de médicament. Si un État est fermement décidé à appliquer la peine de mort, il trouvera toujours un moyen » a poursuivi Dieter. « Mais s’ils restent hésitants sur la question, ça pourrait très bien les pousser à tout arrêter ».

Dans tous les cas, ces questions ont mené à un ralentissement des exécutions. En Géorgie, le cas du condamné à mort Warren Lee Hill a posé quelques problèmes, notamment sur le droit de confidentitalié concernant les préparations magistrales. Son exécution a finalement été reportée.

Le Maryland est le dernier État en date à avoir banni la peine de mort, en mai 2013. « Ce n’est pas à cause des injections létales, mais ces problèmes ont ralenti leurs exécutions » a expliqué Dieter. « Il y a beaucoup de facteurs, mais ça va faire six ans qu’il n’y a pas eu d’exécution par injection létale dans le Maryland ».

Le gouverneur du Missouri a noté qu’il en était du ressort des tribunaux américains de déterminer si la peine de mort devrait rester, et que ce n’était pas aux lois européennes d’en décider. Cependant, ces tribunaux pourraient très bien conclure qu’à cause des lois européennes sur l’exportation, il n’existe plus aucune manière constitutionnelle de préserver la peine de mort.

«  La pénurie de médicaments, ses causes et ses conséquences n’ont aucun rapport avec le processus d’exécution de ce pays » a dit Deborah Denno, une experte fermement opposée à la peine de mort au National Journal. Cependant, ce facteur pourrait enfin permettre l’abolition de la peine de mort. Et c’est assez ironique, parce que ce n’était certainement pas ce qu’espéraient ses détracteurs.

Finalement, cette histoire nous montre aussi que la mondialisation a parfois ses avantages. Si quelqu’un impose un règlement spécifique, les États doivent s’y plier. Même les États-Unis.

http://www.vice.com/fr/read/l-union-europenne-va-peut-etre-tuer-la-peine-de-mort-en-amerique

La « Rendition* » d’un Palestinien


La CIA est venue chercher Jabour pendant la nuit

JEFFREY ST. CLAIR,

lotfi_morteza20120525163747920Ils sont venus chercher Jabour pendant la nuit. Des hommes lui ont ordonné de se mettre face au mur et lui ont mis des menottes et des chaînes aux pieds. On lui a mis un bandeau sur les yeux. On l’a fait sortir de la cellule qu’il occupait à Islamabad et on l’a fait monter dans un véhicule.

Jabour a été conduit dans la salle de bain d’un aéroport où on lui a enlevé son bandeau. Il s’est vu entouré d’un groupe d’Etatsuniens qui communiquaient par signes.

Un docteur s’est approché, il a pris la tension de Jabour puis lui a injecté une drogue. Jabour s’est senti pris de vertiges. On lui a mis une cagoule noire sur la tête et on l’a conduit dans un avion de l’armée. Ses mains étaient attachées derrière son dos et ses jambes à un anneau soudé au sol de l’avion. « J’ai compris que ma fin était proche, » a dit Jabour plus tard.

C’est l’histoire de la « rendition » d’un homme, juste un parmi les centaines qui ont été enlevés, torturés et déshumanisés au cours des guerres qui ont suivi le 11 septembre.

Marwan al-Jabour est un Palestinien né à Amman, en Jordanie. En 1994, il est parti au Pakistan pour compléter son éducation. Au printemps 2004, Jabour a été arrêté par le trop célèbre ISI (services de renseignement militaire pakistanais) après un dîner avec un ami professeur d’université à Lahore. Il a été conduit dans une prison où on l’a interrogé sur son ami et sur l’endroit où se trouvaient les militants arabes.

A plusieurs reprises, pendant la nuit, il a reçu des coups de poings, des coups de pieds et des décharges électriques. Deux jours plus tard, deux Etatsuniens sont entrés dans sa cellule et l’ont questionné sur ses liens avec al-Qaeda. Il a nié encore et encore avoir des liens avec des terroristes.

Jabour est resté en prison au Pakistan presque un mois, faisant régulièrement l’objet de tortures et de menaces terribles contre sa femme et ses deux enfants. Il est resté attaché pendant quatre jours consécutifs, sans même avoir le droit d’aller aux toilettes. On ne lui a jamais dit de quoi on l’accusait et il n’a pas pu voir d’avocat. Puis les Etatsuniens sont revenus.

Les hommes qui l’ont mis dans un avion, cette nuit-là, travaillaient pour la CIA. La prison où ils l’ont emmené est une prison fantôme, un lieu d’interrogatoire secret de la CIA dans un coin perdu d’Afghanistan.

Deux gardes ont mis Jabour dans une cellule d’un mètre de large sur deux mètres de long et lui ont arraché ses vêtements. Une de ses mains a été attachée à un anneau dans le mur et ses pieds à un anneau dans le sol. Deux caméras vidéos étaient braquées sur lui. Des hauts parleurs diffusaient du Heavy Metal à plein volume nuit et jour. Ils l’ont laissé là tout nu.

Les gardes sont revenus le lendemain; ils l’ont rasé et lui ont lavé la tête, l’ont détaché et l’ont emmené toujours nu dans une salle d’interrogatoire. Il y avait là dix personnes, dont deux femmes et un docteur. Le docteur a été filmé pendant qu’il examinait le corps nu de Jabour. Puis on l’a poussé sur une chaise et on a attaché ses mains et ses pieds. Un grand homme très musclé appelé « Marine » s’est positionné derrière lui, d’un air menaçant.

 

Ses interrogateurs ont prévenu Jabour que s’il ne coopérait pas, il serait enfermé dans la Niche à Chien qu’un homme lui a montré du doigt : une petite boîte de bois d’un mètre de côté. Ils ont montré des centaines de photos à Jabour tout en le pressant de questions. Cela a duré pendant des jours, des semaines et des mois. Pour toute nourriture on lui donnait des boîtes de conserve périmées. Par moments et sans raison particulière, ses détenteurs l’enchaînaient pendant des heures dans des positions douloureuses.

Cela a duré pendant plus de deux ans. Ses jambes étaient attachées en permanence, sa cellule n’avait pas de lumière, ses yeux étaient couverts d’un bandeau chaque fois qu’on l’emmenait à la salle d’interrogatoire ou qu’on l’en ramenait. Les réponses de Jabour n’ont pas varié. Il n’était pas un terroriste. Il ne connaissait pas les hommes des photos. Il n’avait aucun lien avec al-Qaeda.

Cela n’a pas été porté à la connaissance de Jabour mais, fin juin 2006, la Cour Suprême a statué que les détenus emprisonnés par le gouvernement sous le nom de combattants ennemis étaient protégés par la Convention de Genève. Quatre semaines plus tard, on a annoncé à Jabour qu’il allait être transféré à nouveau. Une fois de plus on lui a ôté ses vêtements. Cette fois on lui a même mis des couches.

A nouveau, ses geôliers ont filmé sons corps nu. On lui a mis du coton dans les oreilles et sur les yeux, un épais bandeau de caoutchouc autour de la tête et un masque sur le visage. « J’avais l’impression d’être une momie, » a dit plus tard Jabour aux enquêteurs de Human Rights Watch.

Avant de le mettre dans l’avion, ses geôliers l’ont malmené et l’ont forcé à s’asseoir sur une chaise près d’un autre prisonnier. Ils a entendu trois coups de feu et puis on l’a fait monter dans un petit avion; quatre heures après, il atterrissait en Jordanie où il a été finalement remis aux Israéliens et relâché à Gaza. Il a été retenu prisonnier sur ordre de la CIA pendant plus de deux ans et demi.

Cela fait maintenant sept ans que Jabour a été libéré. Il attend toujours qu’on lui fasse justice. Quand cela arrivera-t-il? Qui lui rendra justice?

Nous sommes parfaitement conscients que ces évènements sont abominables. Nos dents grincent; notre coeur se soulève. Notre indignation augmente avec la révélation de chaque iniquité; parce que nous avons une conscience et de l’empathie. Nous ressentons de la honte et de la colère devant les crimes révoltants dont s’est rendu coupable notre gouvernement en notre nom. Parce que nous exprimons notre dégoût nous nous sentons moralement supérieurs aux tortionnaires.

Mais qu’est-ce que nous avons fait?

demandez à Jabour. Il le sait.

JEFFREY ST. CLAIR est le rédacteur en chef de CounterPunch et l’auteur de Been Brown So Long It Looked Like Green to Me: the Politics of Nature, Grand Theft Pentagon et Born Under a Bad Sky. Son dernier livre est Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion.

Notes:

*Enlèvement et transfert illégal d’un « suspect ».

Pour consulter l’original:  suivre ce lien.

http://www.oulala.info/2013/08/la-rendition-dun-palestinien/#sthash.R7UNvZll.dpuf

Traduction: Dominique Muselet

 

QUI SONT LES BARBARES ? PAR RENE VAUTIER


Tribune libre jacques lacaze

00271770Je filme

Ce que je vois

Ce que je sais

Ce qui est vrai

(Eluard/Vautier)

 

René Vautier est l’auteur du grand film, qui a marqué une époque et une génération: « Avoir 20 ans dans les Aurès ».

Avoir-20-ans-dans-les-Aure-sUn très grand témoin et acteur de la guerre d’Algérie, Henri Alleg, vient de disparaître. Il était l’auteur d’un livre qui a profondément marqué la France des Droits de l’Homme et du Citoyen au titre tout simple: « La question« . Dans ce livre,  il décrit minutieusement les tortures qu’il a subit par des tortionnaires français. Son crime était de combattre le colonialisme et pour l’indépendance de l’Algérie. Henri Alleg un combattant anticolonialiste pour la Liberté, la Fraternité, la Liberté pour le Communisme.

En regardant l’interview de René Vautier, remarquable document, publié par Jacques Tourtaux sur son blog, vous apprendrez que les chambres à gaz ont été inventées par l’armée coloniale française durant la conquête  de l’Algérie en particulier. C’était des grottes dans lesquelles on exterminait tout un village, hommes, femmes, enfants, vieillards et même le bétail. Hitler n’a rien inventé, il a repris les recettes de cette période et les a industrialisées, si on peut dire la chose ainsi. Le nazisme, le fascisme plongent leur racisme dans la nuit coloniale.

C’est tout simplement une vérité historique incontournable et qu’il est indispensable de dire. La vérité est Révolutionnaire. Le vrai courage est de la dire.

Car cette période est loin d’être terminée. Pour la France coloniale, l’Algérie était une terre sans peuple. Comme en réalité il y a avait un peuple, une économie prospère,  culture très développée, la solution a été d’exterminer au maximum les habitants. Exactement ce que font aujourd’hui et sur les même base idéologique: « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » les sionistes pour s’implanter en Palestine et massacrer et chasser de leurs terres et de leurs maisons les habitants Palestiniens, puis en enfermer tout une partie dans un camp de concentration à ciel ouvert nommé Gaza, tout en continuant à s’emparer des territoires palestiniens restant et des richesses de ces territoires.

On assiste aussi, actuellement à une vaste entreprise de recolonisation, de l’Afrique, du moyen orient, avec des guerres atroces des destructions sans limite (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie etc ), en se servant des forces terroristes qu’on prétant combattre par ailleurs. Cette entreprise est menée par les USA et l’Union Européenne avec le pouvoir français actuel  (ironiquement et par anti-phrase appelé socialiste et écologiste) en première ligne.

 

Source : http://www.jacques-lacaze.com/article-qui-sont-les-barbares-par-rene-vautier-119476715.html

Pologne, la prison secrète de la CIA


Tribune libre Capitaine Martin

174063_Alleged_site_of_secret_CIA_prison_in_Poland_(2)_0La justice polonaise soupçonne fortement les États-Unis d’avoir installé un centre de détention ultra secret en Pologne, à Stare Kiejkuty (180 kilomètres de la capitale Varsovie). À l’intérieur, des personnes suspectées d’entretenir des liens avec le terrorisme auraient été torturées entre 2002 et 2005: l’un affirme avoir été soumis à des simulacres d’exécution avec des armes de poing et une perceuse électrique ; un autre aurait connu au moins à quatre-vingt-trois reprises le waterboarding (simulation de noyade), technique déjà utilisée par les soldats américains sur les combattants vietnamiens. Un troisième homme a demandé au parquet polonais de lui octroyer un statut de victime, a indiqué son avocat. Une enquête a été ouverte.

Mais le moins que l’on puisse dire est que cette dernière traîne en longueur. Les organisations de défense des droits de l’homme craignent d’ailleurs que les retards et le peu de renseignements fournis jusqu’alors par la justice américaine rentrent dans les plans d’une tactique officielle pour éviter d’avoir à rendre compte de la collaboration entre les États-Unis et la Pologne dans le contexte de la « guerre contre le terrorisme ».

Amnesty International a exhorté le gouvernement polonais à assumer pleinement ses responsabilités. Les nombreux comptes rendus de presse, les rapports d’organisations intergouvernementales et non gouvernementales jusqu’aux entretiens qu’ont pu donner les plus hautes autorités polonaises de l’époque laissent en effet planer peu de doutes sur les accords secrets qu’ont conclus les États-Unis et d’autres pays pour arrêter illégalement des individus avant de les transférer dans des lieux pour les soumettre à des interrogatoires niant toute dignité humaine.

Les événements du 11 Septembre ont donné lieu à des mesures exceptionnelles : détentions sans limites et sans chef d’accusation sur un territoire ne relevant (théoriquement) pas de la législation étasunienne de tous les « combattants illégaux » capturés, centres d’internement clandestins (black sites), techniques d’interrogatoires assimilables à la torture, aveux obtenus sous la contrainte, etc. On connaissait jusqu’à présent les mauvais traitements subis par les prisonniers à Guantanamo, mais l’Europe n’est pas en reste.

On parle d’un centre de rétention à Stare Kiejkuty depuis 2005. Il a fallu trois ans pour que soit diligentée une action en justice. Et celle-ci n’a mystérieusement pas débuté sans encombre : remplacement des enquêteurs, transfert de juridiction entre Cracovie et Varsovie, manque de coopération des autorités étasuniennes qui ont invoqué régulièrement le « secret défense ».

Deux hommes sont actuellement sous les feux de la rampe.

Le premier est Abd al-Rahim al-Nashiri, un ressortissant saoudien considéré comme le cerveau de l’attentat d’octobre 2000 contre le destroyer USS Cole dans le port d’Aden (Yémen). Il affirme avoir été interrogé en Pologne et soumis à des « techniques renforcées d’interrogatoires », à des simulacres d’exécution et autres traitements dégradants (menaces de sodomie et de viols sur certains membres de sa famille).

Zayn Al-Abidin Muhammad Husayn, connu sous le nom d’Abou Zoubaydah, est un citoyen saoudien. Lui aussi affirme avoir fait l’objet d’un transfert en Pologne. L’ancien président George Bush a d’ailleurs admis dans ses mémoires publiées en 2010 qu’Abou Zoubaydah avait lui goûté au supplice du waterboarding pendant qu’il était dans les griffes de la CIA. Ce même président avait reconnu, quatre ans auparavant, l’existence de prisons secrètes contrôlées par la célèbre agence de renseignement étasunienne.

Walid bin Attash, un ressortissant yéménite détenu par l’armée américaine, a quant à lui demandé le statut de victime. L’annonce en a été faite récemment par Amnesty International dans un communiqué. « Les autorités polonaises doivent cesser de dissimuler la vérité derrière le voile de la « sécurité nationale. Il est grand temps que la lumière soit faite sur leur collaboration avec le programme de détention secrète de la CIA une bonne fois pour toutes », a indiqué Julia Hall, spécialiste de la question de la lutte antiterroriste et des droits humains pour l’ONG.

Dans son discours du 23 mai 2013, Barack Obama avait reconnu l’existence de pratiques illégales : « je crois que nous avons compromis nos valeurs fondamentales, en ayant eu recours à la torture lors d’interrogatoires de nos ennemis ou aux détentions contraires à l’État de droit ». Il ne tient désormais plus qu’aux autorités polonaises de faire leur mea culpa pour toutes les violations des droits humains commises avec leur complice étasunien.

Capitaine Martin 

Une Europe en guerre contre un ennemi qu’elle s’invente


JRSEurosurletter090712Frontex, mot valise européen à consonance française pour rendre hommage, dit-on, à la belle attitude de notre pays dans la guerre aux migrants extra-européens, c’est une machine de guerre contre « l’invasion » de la plantureuse Europe par de prétendues hordes de mendiants.

Un budget en croissance très rapide en période d’économies, pour une externalisation qui consiste pour les Etats européens, selon Claire Rodier, « à sous-traiter la gestion de l’immigration irrégulière aux pays limitrophes (Maghreb, Europe de l’Est) [ce qui] a plusieurs avantages: d’une part, elle opère un transfert du «sale boulot» (déportations de masse, détentions arbitraires, tortures) dans des pays dont les standards sont moins élevés qu’en Europe, en permettant de s’affranchir des obligations que les lois européennes imposent en matière «de respect des droits de l’homme»; d’autre part, elle participe du rapport de dépendance que l’Union Européenne entretient avec son voisinage proche. Car, aux pays concernés, on promet, en échange de leur collaboration, le financement d’actions de coopération ou des contreparties de nature politique ou diplomatique. Mais ils n’ont en général ni la capacité matérielle, ni le cadre juridique, ni la volonté politique d’assumer le rôle de «cordon sanitaire» de l’Europe qu’on leur assigne. »

Un marché lucratif pour les entreprises de sécurité, « [qui] déploie[nt] des forces humaines (des policiers “nationaux”) et techniques (des hélicoptères, des avions, des navires, des radars, des caméras thermiques, des sondes mesurant le taux de gaz carbonique émis, des détecteurs de battements de cœur et bientôt… des drones) en Méditerranée et à l’est de l’Europe« .

Ces dispositifs de blocage obligent les candidats à la migration vers l’Europe à emprunter des routes nouvelles, plus longues et plus dangereuses. De ce fait, on estime à plusieurs millers par an le nombre de morts.

Frontex participe à la recherche internationale dans son domaine. En témoigne l’organisation d’un Workshop on innovation in border control en août 2013 à Uppsala. Au programme:

  • Détection, identification et authentication des étrangers « à risque »
  • Communication entre les équipes opérationnelles et les autorités locales de contrôle des frontières
  • Partage de l’information concernant la sécurité des frontières, interopérabilité
  • Acquisition, fusion et utilisation des données relatives à la sécurité des frontières
  • Evolutions technologiques, acceptabilité et intégration. En Newspeak dans le texte: « CHALLENGE: Various new technologies with border control application potential are emerging, however, their integration into the border control processing chain poses administrative, technical, societal, privacy and human-machine optimisation issues« . La prise en compte des transgressions de toutes natures attendues des évolutions engagées fait partie intégrante de la réflexion qui le programme!

Le développement galopant de cette armada (6 millions d’euros en 2005, 86 millions en 2011) s’accompagne inévitablement d’un questionnement sur la nature de ses interventions. Un consortium d’une quinzaine d’associations de sept pays (Belgique, Cameroun, France, Italie, Mali, Maroc, Mauritanie) et deux réseaux euro-africains ne se font pas d’illusions. « Symbole de la politique sécuritaire en matière migratoire et bras armé des États membres de l’UE, Frontex pose question notamment concernant la violation des droits lors de l’interception et du renvoi forcé des migrant.e.s. : Que se passe-t-il véritablement aux frontières ? Et qui est responsable de ce qui s’y passe ?

Lors de ces opérations, le respect des droits humains est mis en danger, particulièrement le droit d’asile, le droit à un traitement digne et au respect de l’intégrité physique. L’opacité des opérations – maritimes, aériennes et terrestres – conduites par FRONTEX et la dilution des responsabilités qui les caractérise portent atteinte aux principes fondamentaux reconnus par l’UE, ses États membres et les États tiers partenaires de l’agence« .

A l’initiative de Migreurop, les opposants à cette entreprise étrange ont lancé une campagne d’information et de protestation, Frontexit. « L’objectif de Frontexit est double : informer un large public sur les dérives auxquelles donnent lieu les opérations de Frontex en termes de droits humains, et dénoncer ces dérives auprès des représentants politiques directement impliqués.

Plus concrètement, à travers nos actions d’investigation, de contentieux, de sensibilisation et d’interpellation politique, nous demandons :

• la transparence sur les mandats, les responsabilités et les actions de Frontex ;

• la suspension des activités de l’agence identifiées comme contraires aux droits humains ;

• l’annulation du règlement créant l’agence Frontex, s’il est démontré que le mandat de l’agence est incompatible avec le respect des droits fondamentaux. »

Cependant, une étude publiée en février 2013, Immigration et croissance économique en France entre 1994 et 20081 semble indiquer que lorsque le produit intérieur brut par habitant décroît, l’immigration diminue, et quand le chômage augmente, l’immigration professionnelle diminue. Tiens!… Les migrants feraient-ils preuve de jugement dans le choix du pays qu’ils rejoignent? La récession et le chômage qui sont le lot actuel de la France seraient-ils finalement plus convaincants que le dispositif de guerre déployé par l’UE?

Martine et Jean-Claude Vernier

http://blogs.mediapart.fr/blog/fini-de-rire/100513/une-europe-en-guerre-contre-un-ennemi-qu-elle-s-invente