Archives du mot-clé UNESCO

Le patrimoine syrien en ruine


Tribune libre Pierre Royant

mosquee-des-omeyyades01La guerre en Syrie a fait plus de 130 000 victimes. Les images montrent qu’elle anéantit aussi des bâtiments historiques et des sites classés par l’Unesco. Lire la suite Le patrimoine syrien en ruine

Le dessous des ONG, une vérité cachée : Amnesty International


logoRVB1i au premier abord, les ONG poursuivent des objectifs louables s’orientant vers la défense des droits de l’Homme et de la dignité humaine, de plus en plus d’éléments démontrent que pour certaines de ces organisations ce constat est à relativiser. Infiltrées par des représentants des gouvernements, prenant part à certains conflits, passant sous silence d’autres ; en filigrane se dessinent les contours d’une stratégie qui est le reflet de la politique des départements des affaires étrangères. Lire la suite Le dessous des ONG, une vérité cachée : Amnesty International

Histoire d’une réussite : le réchauffement climatique


Polar Bear by Carla Lombardo Ehrlich-882919Les idées, les conceptions, on le sait, ont une histoire. Elles naissent, se développent, vieillissent et meurent plus ou moins vite dans un contexte économique, social, politique et culturel déterminé. Elles sont, à un certain moment de l’histoire d’un groupe social l’expression de ses besoins, de ses attentes, de ses angoisses. Elles ont des parents, une famille, portent l’empreinte de cet héritage et remplissent une fonction. Le décodage de cette génétique en dehors de tout présupposé idéologique ou partisan, apporte, souvent, un éclairage intéressant. Le réchauffement climatique n’échappe pas à cette règle. Lire la suite Histoire d’une réussite : le réchauffement climatique

Le Moyen-Orient à l’heure de la Chine?


Tribune libre Byblos

LETTRE OUVERTE PAR d’anciens hauts responsables de l’ONU

La reprise des négociations à Genève sur le programme nucléaire iranien est un moment crucial pour la paix dans le monde, soutient un groupe de sept anciens hauts fonctionnaires de l’ONU, de l’UNESCO et du BIT dans une lettre ouverte dans laquelle ils soulignent que « l’Occident doit comprendre que les pays sont habités par des personnes possédant notre humanité commune, avec le même droit de vivre. L’occident doit préférer le réalisme qui unit à l’idéologie qui divise. ».

Nixon-chez-Mao.-Le-choc-des-motsLe Moyen-Orient à l’heure de la Chine?

En Février 1972, le président Nixon a effectué une visite « surprise » en Chine , reconnaissant ainsi le régime communiste de Mao et ouvrant la porte à des relations plus ou moins pacifiques qui ont prévalu depuis entre les Etats-Unis et la Chine. Bien que Nixon eut construit sa carrière politique sur les campagnes anticommunistes qui étaient en partie une réaction à la «perte de la Chine » en 1949, il a par la suite suivi les traces du général de Gaulle, qui avait établi des relations diplomatiques avec la Chine huit ans plus tôt , en 1964, parce que , comme le disait de Gaulle , il faut «reconnaître le monde comme il est, » et  » avant d’être communiste , la Chine est la Chine  » .

Un an plus tard, Nixon et Kissinger ont signé les Accords de Paris qui ont mis fin officiellement à la guerre américaine au Vietnam. En 1963, Kennedy et Khrouchtchev ont résolu la crise des missiles de Cuba par le retrait des missiles de Cuba, du côté soviétique, et par l’engagement à ne pas attaquer Cuba, ainsi que le retrait des missiles de la Turquie, du côté américain.

Tous ces événements ont changé l’histoire du monde en le délivrant de l’affrontement sans fin et du risque d’une guerre mondiale. Il faut se rappeler que ni la Chine ni l’Union soviétique ni le Vietnam du Nord ne répondaient aux normes occidentales de la démocratie, un peu moins en fait que l’Iran d’aujourd’hui. De Gaulle, Kennedy, Nixon et Kissinger n’étaient pas des amis du communisme et, de l’autre côté, ni Khrouchtchev, ni Mao, ni les Vietnamiens n’avaient de sympathie pour le capitalisme et l’impérialisme occidental.

La paix n’est pas quelque chose à faire entre amis, mais entre adversaires. Elle est basée sur la reconnaissance de la réalité. Lorsque les pays ou les idéologies sont en conflit, il n’y a qu’une alternative : la destruction totale d’un côté, comme entre Rome et Carthage, ou la paix et les négociations. Comme le montre l’histoire, dans le cas de l’Union soviétique, la Chine et le Vietnam, la paix était une condition préalable qui a permis l’évolution interne de ces pays.

Au cours des dernières décennies, quand il s’est agi du Moyen-Orient, l’Occident a oublié la notion même de diplomatie. Il a suivi la ligne de la «destruction totale de l’ennemi  » : Saddam Hussein en Irak, Kadhafi en Libye, le régime Assad en Syrie ou la République islamique d’ Iran Cette ligne a été fondée sur une idéologie : un mélange de fondamentalisme des droits de l’homme et le soutien aveugle de la « seule démocratie de la région », Israël. Cependant, elle a conduit à un échec total : cette politique n’a apporté aucun avantage à l’Ouest et a seulement causé d’immenses souffrances aux populations qu’il prétendait aider.

Il y a des signes que la situation est en train de changer. D’abord les Britanniques, puis les Américains et leurs représentants ont rejeté une nouvelle guerre en Syrie. La Russie, les Etats-Unis et la Syrie ont conclu un accord sur les armes chimiques de la Syrie. Le président Obama fait une ouverture vers des négociations honnêtes avec l’Iran.

Toutes ces évolutions naissantes devraient être poursuivies avec la plus grande énergie. La seconde conférence de Genève sur la Syrie devra inclure toutes les parties internes et externes au conflit si elle prétend constituer une étape importante en vue de trouver une solution à la tragédie de ce pays déchiré par la guerre. Les sanctions injustes contre l’Iran, comme dans le cas précédent de l’Irak, ont sévèrement puni la population et doivent être levées dès que possible.

Le Premier ministre israélien Netanyahu et ses partisans sont farouchement opposés à ces mouvements pour la paix. Mais ils doivent se rendre compte qu’il y a des limites à notre volonté de «protéger» Israël, si ce pays ne fait aucun effort pour vivre en paix avec ses voisins. Et nous pourrions commencer à nous poser des questions sur l’identité du plus gros éléphant dans la pièce : les armes israéliennes de destruction massive. Pourquoi ce pays devrait-il, seul dans la région, posséder de telles armes? Si la sécurité est sacro-sainte, que dire de la sécurité des Palestiniens ou des Libanais ? Et pourquoi les Etats-Unis, aux prises avec une crise financière catastrophique, devraient-ils continuer à financer un pays qui ignore superbement l’ensemble de leurs demandes, telles que l’arrêt de la colonisation dans les territoires occupés ?

L’Occident doit comprendre qu’avant d’être baasiste ou islamiste ou communiste dans le passé, les pays sont habités par des personnes possédant notre humanité commune, avec le même droit de vivre, indépendamment de l’idéologie. L’Occident doit opter pour le réalisme qui unit plutôt que pour l’idéologie qui divise. C’est alors seulement que nous allons progresser vers l’atteinte de nos intérêts réels, qui supposent des relations pacifiques entre les différents systèmes sociaux et le respect mutuel de la souveraineté nationale.

En fin de compte, nos intérêts, s’ils sont bien compris, coïncident avec ceux du reste de l’humanité.

Traduction Byblos

Source : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/161013/china-moment-middle-east

Via : http://www.silviacattori.net/article4974.html

 

Hollande couronné à l’Unesco : la Françafrique célèbre la paix en répandant la guerre


prix_houphouet_boigny_hollande_274801403François Hollande recevra mercredi le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. A travers ce prix de l’UNESCO, c’est un triple hommage qui est rendu par la Françafrique à son parrain feu- le président kleptocrate ivoirien, à la guerre comme résolution des conflits, et aux dictateurs « [amis de la France » qui entoureront le Président français.

Pour l’association Survie, la remise de ce prix au Président français est révoltante à plusieurs titres.

En premier lieu, l’intitulé de ce prix, décerné chaque année par l’UNESCO, et l’hommage ainsi rendu à Houphouët-Boigny apparaissent tout à fait scandaleux si l’on se réfère au rôle joué par cet ancien président ivoirien dans le sabotage des projets indépendantistes et souverainistes en Afrique, la multiplication des conflits, la longévité des dictatures et dans le pillage des ressources de son propre pays, dirigé d’une main de fer pendant 30 ans.

En second lieu, la remise de ce prix au Président français, dans le contexte que connaissent le Mali et le Sahel sonne comme un étrange hommage à la guerre. Le Président français est en effet le chef militaire d’une opération massive, mobilisant un véritable arsenal offensif, lancée sans véritable mandat international, au bilan humain (victimes, prisonniers) à ce jour inconnu et dont les répercussions dans la sous-région (Niger, Algérie) et au-delà (Cameroun, Nigeria, Libye, Tchad) s’avèrent fort préoccupantes. Est-il possible à ce stade d’imaginer que cette guerre au Mali, instrumentalisée en « guerre contre le terrorisme » pour dissimuler des ambitions de puissance de la France en Afrique soit porteuse de valeurs de paix et de stabilité susceptibles d’être célébrées à l’UNESCO ?

Enfin, au moment de recevoir ce prix, François Hollande sera entouré de nombreuses personnalités africaines contestables, parmi lesquelles l’ancien président ivoirien Konan Bédié, chantre de l’ivoirité et le sénégalais Abdou Diouf, ex-garant de l’influence française au Sénégal et désormais dans tout l’espace francophone. Il sera surtout entouré par plusieurs chefs d’Etat en exercice dont la politique est marquée par la violence : Blaise Compaoré, dictateur du Burkina Faso, indirectement impliqué dans les conflits les plus sanglants d’Afrique de l’Ouest ; Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, imposé par les armes françaises ; Mohamed Ould Abdel Aziz, président putschiste de la Mauritanie ; Idriss Déby Itno, dictateur du Tchad, qui voit là une nouvelle marque de reconnaissance suite à son intervention au Mali aux côtés des forces françaises, malgré la nature de plus en plus répressive de son régime .

Devant ces chefs d’Etat « amis », François Hollande doit prononcer un discours annoncé comme « important » qui s’apparentera à un tour de chauffe, en prévision du Sommet sur la sécurité qui se tiendra à Paris en décembre. Le premier sommet « France-Afrique » d’un Président français qui a pris ses aises dans le décorum de la Françafrique.

Survie demande à l’UNESCO, de supprimer le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, dont l’appellation est une insulte aux démocrates et pacifistes africains, et à François Hollande, peu digne de recevoir une décoration vu son passif en matière de politique africaine depuis son élection, de décliner ce prix.

 http://survie.org/

Cuba ou la mondialisation de la solidarité (1/3): L’internationalisme humanitaire cubain


cuba2.pngDepuis le triomphe de la Révolution en 1959, Cuba a mis en place une politique de solidarité internationale destinée à venir en aide aux populations les plus démunies du Tiers-monde. Les résultats sont spectaculaires.

Depuis 1963 et l’envoi de la première mission médicale humanitaire en Algérie, Cuba s’est engagée à soigner les populations pauvres à travers la planète, au nom de la solidarité internationaliste. Les missions humanitaires cubaines s’étendent sur quatre continents et revêtent un caractère unique. En effet, aucune autre nation au monde, y compris les plus développées, n’a tissé un tel réseau de coopération humanitaire à travers à la planète. Ainsi, depuis le lancement de cette politique humanitaire, près de 132 000 médecins cubains et autres personnels de santé ont bénévolement œuvré dans 102 pays[1]. Au total, près de 100 millions de personnes ont été soignées à travers la planète par les médecins cubains qui ont ainsi sauvé environ un million de vies. Actuellement 37 000 collaborateurs médicaux offrent leurs services près de 70 nations du Tiers Monde[2].

L’aide internationale cubaine s’étend à dix pays d’Amérique latine et aux régions sous-développées de la planète. En octobre 1998, l’ouragan Mitch avait ravagé l’Amérique centrale et la Caraïbe. Les chefs d’Etat de la région lancèrent un appel à la solidarité internationale. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Cuba fut la première à répondre positivement en annulant la dette du Nicaragua de 50 millions de dollars et en proposant les services de son personnel de santé[3].

Le Programme Intégral de Santé a alors été mis en place et élargi à d’autres continents tels que l’Afrique ou l’Asie. Le PNUD note une amélioration de tous les indicateurs de santé, notamment une baisse notable du taux de mortalité infantile, dans les régions où il est appliqué[4].

Chavezalba

Grâce à l’alliance entre Cuba et le Venezuela dans le secteur de la santé, plus de cent mille vie ont été sauvées.

 

L’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA)

Le premier pays bénéficiaire du capital humain cubain a logiquement été le Venezuela, grâce à l’élection de Hugo Chávez en 1998 et à la relation spéciale établie avec Cuba. L’universalisation de l’accès à l’éducation élaborée depuis 1998 a eu des résultats exceptionnels. Près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. A cela s’ajoutent les Missions Ribas et Sucre qui ont permis à plusieurs dizaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. En 2010, 97% des enfants vénézuéliens étaient scolarisés[5]. Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens. La Mission Barrio Adentro I a permis de réaliser 300 millions de consultations dans les 4 469 centres médicaux créés depuis 1998. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. Plus de 1,7 millions de personnes ont été sauvées entre 2003 et 2011. Le taux de mortalité infantile a été réduit à moins de 10 pour mille[6]. Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé[7]. De même, selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de Gini le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités.[8]

Luis Alberto Matos, économiste expert en énergie, souligne la « coopération emblématique » entre Cuba et le Venezuela : « Qui peut nier l’immense contribution de ce pays en faveur du Venezuela dans l’amélioration des domaines de la santé, de l’agriculture et du sport, sans oublier la culture[9] ? »

Grâce à l’ALBA et au programme social lancé par le gouvernement d’Evo Morales, entre 2006 et juillet 2011, la Brigade médicale cubaine présente en Bolivie a soigné plus de 48 millions de personnes et a sauvé 49 821 vies[10]. La Bolivie a ainsi pu améliorer ses indicateurs de santé avec une baisse de la mortalité infantile de 58 pour 1000 en 2007 à 51 pour 1000 en 2009[11], soit une réduction de près de 14% en trois ans. Entre 2006 et 2009, près de 545 centres de santé ont été créés à travers le pays. Au niveau de l’éducation, la Bolivie a été déclarée territoire libre d’analphabétisme le 20 décembre 2008 par l’UNESCO avec l’alphabétisation de 824 000 personnes. Près de 1 540 établissements scolaires ont été construits. En ce qui concerne l’enseignement supérieur, trois universités indigènes ont été créées. La pauvreté extrême a été réduite de 6%, passant de 37,8% à 31,8%[12].

Au Nicaragua, le programme « Yo, sí puedo » a permis à l’Unesco de déclarer le pays libre d’analphabétisme en 2009. Grâce à l’ALBA, le Nicaragua a également pu résoudre sa grave crise énergétique qui provoquait parfois des ruptures de courant 16 heures par jour. Plusieurs hôpitaux intégralement équipés ont été construits à travers le territoire national avec un accès gratuit aux soins pour toute la population, et ils fonctionnent en partie grâce à la présence du personnel médical cubain[13].

En Equateur, l’arrivée au pouvoir de Rafael Correa en 2006 a également entraîné une révolution sociale sans précédent. Ainsi, le budget de la santé est passé de 437 millions de dollars en 2006 à 3,43 milliards en 2010. Le budget de l’éducation est passé de 235 millions en 2006 à 940,7 millions en 2010. Le taux de scolarisation jusqu’au niveau du baccalauréat du quintile le plus pauvre est passé de 30% à 40% entre 2006 et 2010. La couverture du panier de la ménagère est passée de 68% à 89%. La pauvreté a baissé de 7% sur la même période au niveau national et de 13% pour les Afro-équatoriens, sortant ainsi de la pauvreté 700 000 personnes sur les 5 millions d’indigents que comptait la nation en 2006[14]. L’Equateur a prévu d’éradiquer totalement la malnutrition infantile en 2015, et de rejoindre ainsi Cuba, seul pays d’Amérique latine et du Tiers-monde à s’être débarrassé de ce fléau selon l’UNICEF[15].

correa2L’Équateur a également bénéficié des programmes de solidarité cubaines après l’arrivée de Correa au pouvoir.

La Brigade Henry Reeve

Le 19 septembre 2005, suite à la tragédie engendrée par l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, Cuba a créé la Brigade Henry Reeve[16], un contingent médical composé de 10 000 professionnels de la santé, spécialisé dans les catastrophes naturelles. La Havane avait, à l’époque, offert à Washington d’envoyer 1 586 médecins secourir les victimes, mais s’était heurté au refus du président de l’époque George W. Bush[17].

La Brigade Henry Reeve est notamment intervenue sur plusieurs continents. Ainsi, suite au tremblement de terre qui avait ravagé le Pakistan en novembre 2005, 2 564 médecins se rendirent sur place et portèrent secours aux victimes pendant plus de huit mois. Trente-deux hôpitaux de campagne furent montés et furent ensuite offerts aux autorités sanitaires du pays. Plus de 1 800 000 patients furent soignés et 2 086 vies furent ainsi sauvées. Aucune autre nation au monde n’apporta une aide aussi importante, pas même les Etats-Unis, principal allié d’Islamabad, qui n’établirent que deux hôpitaux de campagne et restèrent sur place huit semaines[18]. Le journal britannique The Independent souligna le fait que la brigade médicale cubaine fut la première à arriver sur les lieux et la dernière à quitter le pays[19].

Antérieurement, après le tsunami qui avait dévasté la région pacifique en 2004, Cuba a dépêché plusieurs missions humanitaires pour porter assistance aux victimes, souvent abandonnées par les autorités locales. Plusieurs zones rurales de Kiribati, du Sri Lanka ou du Timor Oriental dépendent encore de l’aide médicale cubaine[20]. Une école de médecine a même été inaugurée au Timor Oriental afin de former de jeunes étudiants du pays. Les Iles Salomon ainsi que la Papouasie-Nouvelle-Guinée ont sollicité La Havane pour bénéficier d’une aide similaire et signer des accords de coopération[21].

Après le tremblement de terre survenu en mai 2006 à Java, en Indonésie, Cuba a également envoyé plusieurs missions médicales. Ronny Rockito, coordinateur régional indonésien pour la santé, a fait l’éloge du travail des 135 professionnels cubains qui ont installé deux hôpitaux de campagne. Selon lui, leur travail a eu un impact plus important que celui de n’importe quel autre pays. « J’apprécie les équipes médicales cubaines. Leur style est très amical et leur niveau de soins est très élevé. Tout est gratuit et il n’y a aucun soutien de la part de mon gouvernement dans cela. Nous remercions Fidel Castro. Beaucoup de villageois ont supplié les médecins cubains de rester », a-t-il souligné[22].

Le cas le plus récent et le plus emblématique de la coopération médicale cubaine concerne Haïti. Le tremblement de terre de janvier 2010, de magnitude 7, a causé de dramatiques dégâts humains et matériels[23]. Selon les autorités haïtiennes, le bilan, extrêmement lourd, a été d’au moins 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 millions de sans-abris[24]. La brigade médicale cubaine, étant sur place depuis 1998, a été la première à porter secours aux victimes et a soigné près de 40% des victimes[25].

En octobre 2010, des soldats népalais des Nations unies ont introduit par inadvertance le virus du choléra à Haïti. Selon l’ONU, l’épidémie a été découverte par l’équipe médicale cubaine du Docteur Jorge Luis Quiñones. Elle a coûté la vie à 6 600 personnes et en a infecté 476 000 autres, ce qui représente près de 5% de la population sur un total de 10 millions d’habitants. Il s’agissait du taux de choléra le plus élevé au monde selon les Nations unies. Le New York Times souligne dans un reportage le rôle-clé des médecins cubains : « La mission médicale cubaine qui a joué un rôle important dans la détection de l’épidémie est toujours présente à Haïti et reçoit chaque jour la gratitude des donateurs et des diplomates pour sa présence sur les lignes de front et pour ses efforts de reconstruction du système de santé délabré du pays[26] ».

De son côté, Paul Farmer, envoyé spécial de l’ONU, a noté qu’en décembre 2010, lorsque l’épidémie avait atteint son sommet avec un taux de mortalité sans précédent et que le monde avait les yeux rivés ailleurs, « la moitié des ONG étaient déjà parties, alors que les Cubains étaient toujours présents ». Selon le Ministère de la Santé haïtien, les médecins cubains ont sauvé plus de 76 000 personnes dans les 67 unités médicales sous leur responsabilité, avec seulement 272 décès, c’est-à-dire un taux de mortalité de 0,36%, contre un taux de 1,4% dans le reste du pays. Depuis décembre 2010, aucun décès n’est survenu chez les patients soignés par les médecins cubains[27].

 

Une politique solidaire saluée par les Nations unies

Selon le PNUD, l’aide humanitaire cubaine représente proportionnellement au PIB un pourcentage supérieur à la moyenne des 18 nations les plus développées. Le PNUD note dans un rapport que

La coopération offerte par Cuba s’inscrit dans un contexte de coopération Sud-Sud. Elle ne poursuit pas d’objectif lucratif mais elle est au contraire offerte comme l’expression d’un principe de solidarité et, dans la mesure du possible, à partir de coûts partagés. […]. Dans la quasi-totalité des cas, l’aide cubaine a été gratuite, même si à partir de 1977, avec certains pays à hauts revenus, principalement pétroliers, une coopération sous forme de compensation s’est développée. Le développement élevé atteint à Cuba dans les domaines de la santé, de l’éducation et du sport a fait que la coopération a concerné ces secteurs, bien qu’il y ait eu une participation dans d’autres branches comme la construction, la pêche et l’agriculture[28].

L’internationalisme humanitaire mis en place par Cuba démontre que la solidarité peut être un vecteur fondamental dans les relations internationales. Ainsi, une petite nation du tiers-monde aux ressources limitées, et victime d’un état de siège économique sans précédent de la part des Etats-Unis, arrive à dégager les ressources nécessaires pour venir en aide aux plus démunis et offre au monde l’exemple, comme dirait le Héros national cubain José Martí, que la Patrie peut être l’Humanité.

 Salim Lamrani

Article initialement publié en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/29161/cuba+ou+a+globalizacao+da+solidariedade+o+internacionalismo+humanitario+.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel


[1] Felipe Pérez Roque, « Discurso del canciller de Cuba en la ONU », Bohemia Digital, 9 novembre 2006.

[2] Ibid.

[3] Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[4] Ibid.

[5] Programa de Naciones Unidas para el Desarrollo, « Objetivos de desarrollo del Milenio en Venezuela », 2011. http://www.pnud.org.ve/content/view/176/169/ (site consulté le 15 février 2013).

[6] Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[7] Programme des Nations unies pour le Développement, Rapport sur le développement humain 2011, Nations unies, New York, 2011, p. 150. http://hdr.undp.org/en/media/HDR_2011_FR_Complete.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[8] Programa de Naciones Unidas para el Desarrollo, « Objetivos de desarrollo del Milenio en Venezuela », 2011. Op. cit.

[9] Fidel Ernesto Vásquez, « Petrocaribe promueve el intercambio justo y equitativo en la región », Partido Socialista Unido de Venezuela, 27 octobre 2011. http://aristobulo.psuv.org.ve/2011/10/27/canpana/petrocaribe-promueve-el-intercambio-justo-y-equitativo-en-la-region/ (site consulté le 15 février 2013).

[10] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Alcanza la ‘Operación Milagro’ en Bolivia más de 600 000 operaciones de la vista », República de Cuba, 29 août 2011. http://www.cubaminrex.cu/Actualidad/2011/Agosto/ALCANZA.html (site consulté le 15 février 2013).

[11] Programme des Nations unies pour le Développement, « Taux de mortalité infantile chez les moins de cinq ans (pour 1000 naissances vivantes), Nations unies, 2011. http://hdrstats.undp.org/fr/indicateurs/57506.html (site consulté le 15 février 2013).

[12] Presidencia de la República, « 100 logros del Gobierno para Bolivia (2006-2009) », Estado Plurinacional de Bolivia, 2010. http://www.presidencia.gob.bo/documentos/logros100.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[13] Mariela Pérez Valenzuela, « ALBA : la justicia de los hechos », Granma, 14 juillet 2009. http://www.granma.cubaweb.cu/secciones/alba/int/2integ32.html (site consulté le 15 février 2013).

[14] Pedro Rioseco, « Ecuador. Destacan logros de Revolución Ciudadana en cuatro años », Prensa Latina, 31 mai 2011.

[15] Presidencia de la República de Ecuador, « En 4 años, Gobierno aspira a declarar Ecuador país libre de desnutrición infantil », El Ciudadano, 27 octobre 2011. http://www.elciudadano.gov.ec/index.php?option=com_content&view=article&id=28336:en-4-anos-gobierno-aspira-declarar-a-ecuador-pais-libre-de-desnutricion-infantil&catid=40:actualidad&Itemid=63 (site consulté le 15 février 2013) ; UNICEF, Progreso para la infancia. Un balance sobre la nutrición, 2011.

[16] Citoyen étasunien devenu Brigadier-Général de l’Ejército Libertador durant la première guerre d’indépendance de Cuba entre 1868 et 1878, qui donna sa vie pour la libération de l’île.

[17] Felipe Pérez Roque, « Discurso del canciller de Cuba en la ONU », Bohemia Digital, 9 novembre 2006.

[18] Ibid.

[19] Nina Lakhani, « Cuban Medics in Haiti Put the World to Shame », The Independent, 26 décembre 2010.

[20] Cubadebate, « Presentan filme sobre cooperación cubana en el Pacífico », 10 novembre 2009.

[21] Tom Fawthrop, « Impoverished Cuba Sends Doctors Around the Globe to Help the Poor », The Syndney Morning Herald, 28 octobre 2006.

[22] Ibid.

[23] Institut national de sciences de l’univers, « Séïsme de Haïti du 12 janvier 2010 », Centre national de la recherche scientifique, 19 janvier 2010. http://www.insu.cnrs.fr/co/terre-solide/catastrophes-et-risques/seismes/seisme-de-haiti-du-12-janvier-2010 (site consulté le 15 février 2013).

[24] Radio Canada, « Le bilan grimpe à 230 000 morts », 10 février 2010. http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/02/10/004-haiti_bilan.shtml (site consulté le 15 février 2013).

[25] Nina Lakhani, « Cuban Medics in Haiti Put the World to Shame », op. cit.

[26] Andrés Martínez Casares, « Cuba Tales Lead Role in Haiti’s Cholera Fight », The New York Times, 7 novembre 2011.

[27] Ibid. Voir également Cuba Debate, « Brigada Médica Cubana en Haití alcanza records mínimos de tasa de letalidad por cólera », 5 mars 2011.

[28] Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf (site consulté le 15 février 2013).

 

 

http://www.mondialisation.ca/cuba-ou-la-mondialisation-de-la-solidarite-13/5337424

Christophe Oberlin : Israël … est un état maffieux


800px-mur_separation_jerusalem_est1Le 28 mai 2013 a eu lieu à Paris à l’Institut du Monde Arabe une commémoration du 65ème anniversaire de la Nakba. Ont été invités à s’exprimer notamment Hael Al Fahoum, ambassadeur de Palestine en France, et Christophe Oberlin (*), chirurgien français qui s’est rendu plus d’une trentaine de fois à Gaza. Voici le texte de son excellente intervention qui se démarque des propos convenus habituels.

Christophe_Oberlin_3_texteLa cause palestinienne est une cause universelle, et à ce titre tout citoyen du monde a le droit de faire connaître son avis. Je m’inscris dans cette démarche. Mes voyages réguliers en Palestine, et notamment à Gaza, ont fait l’objet de conférences et de quelques livres, qui ont naturellement la subjectivité et la fragilité du témoignage, j’en suis conscient. Mais ils ont aussi l’avantage de constituer un point de vue « de l’intérieur », de rapporter peut-être ce qui se passe réellement dans l’esprit des Palestiniens du terrain, de ceux qui y vivent et résistent au quotidien.

Mais je voudrais ici évoquer des questions qui, bien que d’ordre général, ne sont que rarement abordées ou approfondies dans nos médias et par nos élus en Occident.
La première question est celle du droit.

Je ne reviendrai pas sur la trentaine de résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU négligées par Israël, où sur le droit International Humanitaire bafoué. Je voudrais insister sur d’autres aspects juridiques.

Au plan international, le conflit israélien « bénéficie » d’un traitement exorbitant. Alors que depuis la fin de la 2ème guerre mondiale l’Organisation des Nations Unies est censée arbitrer les conflits internationaux, voilà que pour le cas unique du conflit israélo-palestinien on a confié la résolution du problème aux Russes, aux Américains, à l’Europe de l’OTAN…. Et enfin à l’ONU qui n’a plus qu’un strapontin à la table de négociation. On mesure ici le succès de l’entreprise de dé-légitimation de l’ONU effectué par Israël. Certains pseudo professeurs de Droit international s’y emploient à temps plein !

Un deuxième pan du droit qui mériterait sans doute aussi d’être respecté est celui… du Droit palestinien lui-même. Sans cela, son propre gouvernement prêterait le flanc à la même critique que ces nombreux gouvernements arabes issus de la décolonisation, et qui sont ébranlés aujourd’hui par les révolutions.

Il faut le dire et le répéter : les lois fondamentales palestiniennes qui font office de Constitution nous disent que, lorsque le président de l’Autorité Palestinienne a terminé son mandat et que de nouvelles élections ne peuvent être tenues, c’est le président du parlement qui lui succède : Aziz Duweik devrait être aujourd’hui le président de l’Autorité Palestinienne.

Les élections législatives de 2006, et les élections municipales qui les ont précédées, ont désigné un vainqueur qui a souhaité intégrer au gouvernement le parti minoritaire. C’est le parti minoritaire qui a refusé, et qui a essayé de refaire les élections dans la rue, de faire un coup d’état, j’en ai été le témoin. Cette tentative a été un échec : le peuple n’en voulait pas. Il faut le reconnaître !

La deuxième notion que je voudrais discuter est la notion d’état. Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, il n’y a pas de définition précise, réglementaire, juridique de la notion d’état. En particulier il n’entre pas dans les prérogatives de l’ONU de faire ou de défaire les états. Un état, c’est une population animée par un sentiment d’appartenance, sur un territoire donné, sous une loi commune, une force unique chargée de faire respecter la loi, etc. Un état, nous disent les meilleurs juristes, c’est comme un enfant : il est né, il est sous nos yeux : son existence ne dépend ni de sa reconnaissance par ses parents, ni de son enregistrement à l’état civil : un état, c’est un fait ! La Palestine, Philistia, avec ses cinq villes historiques, Gaza (mentionnée sur les temples égyptiens), Ashquelon, Ashdot, Ekron et Gath, existe depuis trois mille ans ! Et elle figure sur toutes les cartes du Proche-Orient sans interruption depuis la plus ancienne carte du monde gravée sur le temple de Karnak en Egypte ! A l’époque moderne, en 1922, la Société des Nations issue de la première guerre mondiale, a reconnu l’état de Palestine, même si elle en a confié le mandat aux Britanniques. Et jusqu’en 1948 les Palestiniens ont bénéficié d’un passeport portant sur sa couverture la mention : « Etat de Palestine ». Un état est un fait, même s’il est sous mandat, ou sous occupation. Et il n’est pas nécessaire d’être enregistré à l’ONU pour constituer un état : les iles COOK, état indépendant, ne sont pas membres des Nations Unies. Elles ont préféré confier leur sécurité et leur politique étrangère à la Nouvelle Zélande toute proche. Mais ceci n’empêche pas les Iles Cook, le cas échéant, de saisir la Cour Pénale Internationale.

Alors bien entendu on ne peut que se réjouir de l’entrée progressive de la Palestine dans les organisations internationales. Mais ceci appelle aussi des commentaires. Par exemple l’intégration de la Palestine à l’UNESCO est une excellente chose. Elle a eu une conséquence imprévue, je dis bien imprévue : la suspension du versement de la cotisation américaine. Mais il faut savoir que la réglementation de l’UNESCO prévoit qu’un état, s’il souhaite se retirer, dépose un préavis de trois ans. Actuellement les Etats-Unis devraient continuer à payer, ce qu’ils ne font pas. Et des programmes entiers de l’agence ont dû être amputés. Logiquement une action juridique de l’UNESCO à l’encontre des Etats Unis devrait être engagée pour non-paiement illégal de leur contribution ; action juridique que la direction actuelle de l’UNESCO n’a pas souhaitée.

Concernant l’intégration de la Palestine à L’ONU, on nous a fait croire que cette intégration était nécessaire pour pouvoir saisir la juridiction internationale pour les crimes de guerre commis par Israël notamment à Gaza en 2009. C’est faux : les mouvements de libération nationale, comme le Fatah, peuvent parfaitement saisir la Cour Pénale Internationale. L’Autorité Palestinienne a d’ailleurs ébauché une demande en ce sens au printemps 2009, avant de faire marche arrière, alors que cette démarche avait été jugée recevable par la CPI.

En face du désormais état palestinien, quelle est la nature de l’état d’Israël ? Nombreux sont ceux qui parlent d’un « état colonial ». Certes en Cisjordanie il existe des colonies. Mais le terme de « colonies » implique une métropole : est-ce le territoire situé à l’intérieur des frontières de 1967 ? Ce serait rayer d’un trait les millions de Palestiniens qui vivent dans des conditions de discrimination inacceptables notamment au Liban, en Syrie, en Jordanie, en Israël même. Non Israël n’est pas un « état colonial » : Israël se dit un « état juif ». Un état réservé à un groupe constitué à titres divers sur les bases d’une religion, d’une philosophie, d’un sentiment d’appartenance. Je refuse pour ma part la constitution d’un groupe sur une base matri-linéaire, génétique. Les races humaines n’existent pas. La race juive n’existe pas. L’ethnie, version actualisée de la race, n’existe pas non plus. Alors l’état d’Israël est le produit d’un Lobby. Et un lobby, par définition, on ne le convainc pas. La « négociation », ça ne sert à rien. On n’oppose pas une diplomatie honnête au mensonge diplomatique. Israël n’est donc pas, stricto sensu, un état colonial, c’est un état tribal, qui utilise des moyens illégaux, c’est un état maffieux.

Alors dans ce contexte, dans ce conflit dont je viens de rappeler les protagonistes, se pose inévitablement la question de donner la parole au peuple, de rentrer dans le Droit, de reconnaître la victoire du parti qui a gagné les élections. La diplomatie occidentale s’est tiré une balle dans le pied en plaçant un mouvement de libération nationale, le Hamas, sur la liste des organisations terroristes. Dix ans plus tard, la position de notre diplomatie est intenable : le Hamas est le parti majoritaire en Palestine, jusqu’à preuve du contraire, et les pays arabes font massivement leur révolution et désignent démocratiquement des dirigeants politiquement proches du Hamas.

Quelle cohérence y-a-t-il à reconnaître la victoire d’Enahda en Tunisie, du PJD au Maroc, de Morsi en Egypte, sans reconnaitre le Hamas ?

Le crime originel du Hamas est de ne pas avoir accepté les accords d’Oslo. Mais aujourd’hui qui peut contester que le Hamas avait raison ? Même l’Autorité palestinienne le reconnaît ! Leila Chahid le dit : « 20 ans de négociations n’ont servi à rien » ! Alors, bien entendu, l’idéal serait un retour aux urnes. Et le Fatah, s’il était éventuellement battu aux élections, et le reconnaissait, retrouverait incontestablement sa légitimité politique. Mais c’est justement parce que cette défaite est hautement probable qu’Israël ne laissera pas avant longtemps des élections libres se tenir en Cisjordanie.

On parle beaucoup d’une soi-disant réconciliation qui serait nécessaire entre Palestiniens. Mais je peux témoigner qu’il n’y a pas eu divorce entre les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie, sympathisants du Fatah ou du Hamas, des camps de réfugiés, des prisons, des Palestiniens israéliens. Ils souhaitent tous s’exprimer, dans le calme et la fraternité.

Alors si Israël ne veut pas d’élections, peut-on au moins avancer vers la réunion des forces palestiniennes ? Mais qui empêche le Hamas d’intégrer l’OLP ? Combien de représentations diplomatiques à l’étranger ont-elles été confiées au parti qui a gagné les élections ? Quand sera levée cette mesure de Ramallah qui consiste à ne payer les fonctionnaires de Gaza qu’à la condition expresse qu’ils ne travaillent pas ? Quand l’Autorité Palestinienne va-t-elle entreprendre une action devant la juridiction internationale pour les crimes de guerre commis par Israël à Gaza ? « Nous ne le ferons pas, dit-on, ce serait une déclaration de guerre à Israël ». Parce que la Palestine n’est donc pas en guerre ? Les massacres, le siège, la torture, ce n’est pas la guerre ? Si, c’est la guerre, et dans cette logique l’Autorité Palestinienne pourrait aussi démissionner, replaçant alors la Cisjordanie dans sa situation réelle qui est celle de la guerre et de l’occupation, replaçant Gaza dans sa situation réelle qui est celle de la guerre et du siège, replaçant Israël devant ses propres responsabilités.

Alors quelles conclusions peut-on tirer aujourd’hui ?

Il est inutile de se limiter à brandir face à Israël l’argument du droit international. Non seulement c’est inefficace, mais la politique de conquête et d’annexion, alors que le droit est bafoué, contribue peut-être même à renforcer les faits accomplis israéliens. Aux yeux des sionistes se trouve accréditée l’idée de la relativité du droit. Une sorte de jurisprudence du « Non-Droit ». En substance : « Vous vous rendez-compte, si on avait appliqué les résolutions de l’ONU, Israël n’existerait pas, ou si peu ! »

Mais ce n’est pas parce qu’Israël ne respecte pas le droit que les autres parties ne doivent pas le faire : l’ébauche d’un droit de nature démocratique en Palestine, même imparfait, doit être respectée : respect des lois fondamentales palestiniennes, respect du résultats des élections, respect de l’alternance politique, consultation des citoyens sur les questions fondamentales.

Les révolutions arabes ont commencé en Palestine, et la bande de Gaza, même si elle ne s’étend que sur 1% du territoire de la Palestine historique, constitue la tête de pont de la libération de la Palestine : une population, des frontières, une administration, une force de protection unifiée : l’état palestinien est là, en attendant plus.

Alors la seule manière de résoudre équitablement les conflits est de recourir au Droit, à la Justice, en utilisant les outils que les hommes ont construits. L’Organisation des Nations Unies en fait partie. Sa charte en constitue le socle fondamental. Mais certaines règles doivent évoluer, en particulier le fonctionnement du Conseil de Sécurité, ne serait-ce que le droit de véto qui doit être réformé.

Alors, les milliards de la guerre ne pourraient-ils pas être investis dans une paix élaborée par la représentation des nations ? Basée sur une consultation de toutes les populations concernées par le conflit, y compris les réfugiés palestiniens ?

Les peuples, comme les espèces, sont en permanente évolution. L’état de guerre perpétuel n’existe pas. Au bout de la guerre, ou de la négociation pacifique, il y a l’égalité des droits. L’état juif, c’est fini. La libération de la Palestine est inéluctable

Christophe Oberlin
28 mai 2013

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(*) Chirurgien des hôpitaux et professeur à la faculté Denis Diderot à Paris, Christophe Oberlin enseigne l’anatomie, la chirurgie de la main et la microchirurgie en France et à l’étranger. Parallèlement à son travail hospitalier et universitaire, il participe depuis 30 ans à des activités de chirurgie humanitaire et d’enseignement en Afrique sub-saharienne, notamment dans le domaine de la chirurgie de la lèpre, au Maghreb et en Asie. Depuis 2001, il dirige régulièrement des missions chirurgicales en Palestine, particulièrement dans la bande de Gaza où il a effectué près d’une trentaine de séjours.

Christophe Oberlin a écrit de nombreux ouvrages.
Il est notamment coauteur avec Jacques-Marie Bourget de Survivre à Gaza, (éditions Koutoubia, 2009) la biographie de Mohamed al-Rantissi, le chirurgien palestinien frère du dirigeant historique du HAMAS assassiné par l’État d’Israël.
Auteur de Chroniques de Gaza, 2001-2011, (éditions Demi-Lune, 2011)
Coauteur avec Acacia Condes de Bienvenue en palestine, destination interdite. (éditions Encre d’Orient, 2012) http://www.encredorient.com
Il est également le traducteur de Gaza, au carrefour de l’histoire du journaliste anglais Gerald Butt, (éditions Encre d’Orient, 2011).

URL de cet article : http://www.silviacattori.net/article4492.html

Source : Christophe Oberlin

La guerre : d’abord une guerre contre le peuple.


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Depuis le début de la guerre au Mali, Monsieur Laurent Fabius s’est efforcé de présenter l’intervention française et les frappes aériennes, destinées, dit-on, à bloquer les « terroristes » maliens, comme un succès. Et de rajouter que l’engagement militaire français était une « question de semaines ».

Pourquoi les dirigeants se sentent-ils toujours obligés de minimiser la durée estimée d’un conflit ? On se souvient des poilus qui, en Août 1914, partaient la fleur au fusil, persuadés de rentrer à la maison pour les fêtes de fin d’année.  Avant chaque conflit, le même discours se répète. Vœux pieux ? Naïveté ? Mensonges délibérés ?

Mensonges, évidemment. Si l’on se réfère aux guerres modernes (disons depuis 1 siècle), on constate qu’elles se déroulent toujours en deux phases. Il faut d’abord faire accepter la guerre à son opinion, et, ensuite seulement mettre à exécution la partie militaire.

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