Archives du mot-clé Union Européenne

Scène de ménage UE-USA- (acte I-scène 1)


originalUSA : « Que l’Union Européenne aille se faire foutre ! » (si ce n’est pas déjà fait)

Théophraste R.

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« Fuck l’UE ! » – « Que l’Union Européenne aille se faire foutre ! » – Victoria Nuland, secrétaire d’Etat adjointe américaine pour l’Europe. Lire la suite Scène de ménage UE-USA- (acte I-scène 1)

L’Union Monétaire Européenne a été mal baptisée


Tribune de Caro

8717015554_868f317700_cL’ironie et l’hypocrisie du premier discours parlementaire d’Angela Merkel pour son troisième mandat seraient à en couper le souffle s’il n’avait pas été prononcé dans le cadre de son plan d’action ‘Tout pour l’Allemagne’.

Je vous prie de bien vouloir considérer l’extrait de l’article Chancellor Urges Reforms to Preserve Euro Lire la suite L’Union Monétaire Européenne a été mal baptisée

Ce qui s’est vraiment passé en Ukraine, par Israël Adam Shamir


Ukraine1Il fait un froid de canard à Kiev, la ville légendaire aux dômes dorés sur les bords du Dniepr, creuset de la civilisation de l’ancienne Russie, et charmante entre toutes les capitales de l’Europe orientale. C’est une place cossue, agréable, les petits restos sympa pullulent, les rues sont nettes, les parcs soignés, et le fleuve est magnifique. Quant aux filles, elles sont jolies, et les hommes plutôt robustes. Lire la suite Ce qui s’est vraiment passé en Ukraine, par Israël Adam Shamir

En cas de crise, les banques pourront prélever de l’argent sur vos comptes


2016-700x466Le 11 décembre dernier, un accord des représentants de l’Union européenne a été entériné en toute discrétion. Et pourtant, il vient généraliser une pratique mise en place par le secteur bancaire chypriote il y a quelques mois, en autorisant les banques à ponctionner le compte des épargnants en cas de crise. Lire la suite En cas de crise, les banques pourront prélever de l’argent sur vos comptes

Bruxelles renonce à la traçabilité pour ne pas fâcher les USA


Et on ne doit pas être en colère en lisant cela? Mais pour qui roule l’Europe? Pas pour les citoyens qu’elle est censée protéger en tout cas!

US-VS-EUROPELa Commission européenne a proposé mercredi d’interdire le clonage animal à but alimentaire dans l’UE. Mais elle a renoncé à bannir la vente de viande ou de lait des descendants des animaux clonés pour ne pas indisposer ses partenaires commerciaux, notamment américains. Lire la suite Bruxelles renonce à la traçabilité pour ne pas fâcher les USA

COMPRENDRE LA STRATEGIE DU NOUVEL ORDRE MONDIAL


Je vous conseille vivement de prendre le temps de tout regarder. Faites-le en 10 fois s’il le faut, mais faites-le. Vous y apprendrez tellement de choses que, quand vous en aurez fini, rien ne vous surprendra plus.
L-Europe-verteAnalyse de la stratégie géo-politique du Nouvel Ordre Mondial.
Pierre Hillard est Docteur en Science politique et professeur de relations internationales. Ses recherches portent notamment sur l’instrumentation de l’Union Européenne par les Etats-Unis en vue de la constitution d’un bloc économique euro-atlantique (Accord de libre-échange nord-américain, mis en application l’an dernier), et plus profondément, de l’objectif principal d’avoir une re-découpe des frontières des pays Européens afin d’obtenir une « régionalisation » de l’Union Européenne et d’un démentèlement des pays arabes (ce qui s’est produit dernièrement avec les révolutions de « jasmin »).
Dans cette émission de la chaine web Méta TV de plus de quatre heures, il explique pour la première fois de manière inter-active avec production de cartes et de documents originaux en direct, les  réels dessous des décisions politiques, stratégique, la dimension socio-culturelle et religieuse, montrant les objectifs des personnes au pouvoir et celles qui « tirent les ficelles » en coulisse. (Vous y apprendrez parmi d’autres choses, les vrais raisons, pour avoir provoqué la Première Guerre Mondiale). Lire la suite COMPRENDRE LA STRATEGIE DU NOUVEL ORDRE MONDIAL

Ukraine : Les vrais enjeux


Tribune libre Pierre Royant

Comme l’illustre cette photo avec le sénateur John McCain, les enjeux en Ukraine doivent être énormes pour nécessiter le déplacement d’une telle personnalité. Et quand c’est sérieux, les Etats-Unis ne s’abritent plus derrière les apparences. L’Union Européenne n’est plus Européenne mais une propriété américaine plongée dans une situation qu’il faut régler au plus vite. Lire la suite Ukraine : Les vrais enjeux

Union européenne: selon la Croix-Rouge, le niveau de pauvreté est proche de celui de la Seconde Guerre Mondiale


Pour être encore plus précis, selon Eurostat, en 2012, un quart de la population était menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale. Soit près de 125 millions de personnes.

la-pauvrete-dans-toute-l-europeFini de rire. Les balivernes qu’on nous serine sur l’Union européenne depuis des lustres pour asseoir les mythes de la paix et de la prospérité en Europe se payent comptant. Lire la suite Union européenne: selon la Croix-Rouge, le niveau de pauvreté est proche de celui de la Seconde Guerre Mondiale

Par dépit, les nouvelles Marianne pissent sur le président ukrainien


article_femen_-_CopieVoilà ce qu’est devenue la République sous François Hollande. Bienvenue en France, laboratoire du monde de demain, où toutes les expériences publiques, des plus viles aux plus malsaines, sont possibles et même encouragées au nom de la liberté chérie. Lire la suite Par dépit, les nouvelles Marianne pissent sur le président ukrainien

La démocratie, l’argent et la crise : un système savamment organisé


Tribune libre Résistance

city-de-londresSi les États membres de l’Union européenne continuent d’appliquer les politiques d’austérité, il pourrait y avoir entre quinze et vingt-cinq millions de nouveaux pauvres. Un nombre équivalent à celui des citoyens européens vivant actuellement aux Pays-Bas ou en Autriche… Cette inflation de la misère ferait grimper le nombre de pauvres à quelque 146 millions, soit plus du quart de la population européenne.

C’est l’avertissement lancé par Oxfam, confédération d’ONG luttant contre la pauvreté et l’injustice dans le monde, dans son rapport intitulé : « le piège de l’austérité – l’Europe s’enlise dans les inégalités ». Lequel conclut que les politiques d’austérité menées par les États membres pour surmonter la crise de la dette souveraine et accéder aux programmes de sauvetage n’ont réussi ni à réduire le coût de la dette, ni à favoriser la croissance.

« En Afrique, en Asie et en Amérique latine, certains pays ont mis vingt ans pour revenir aux niveaux d’avant la crise. En Europe, ces politiques minent de façon irréversible les caractéristiques du modèle économique et social européen tel qu’il s’est développé au cours du XXème siècle. Notre analyse indique que les effets de ces politiques empêchent les plus pauvres de se ressaisir, y compris lorsque la croissance sera de retour en Europe », explique Maurizia Iacchino, présidente d’Oxfam Italie.

Le rapport d’Oxfam souligne que les mesures d’austérité favorisent la concentration des richesses aux mains des 10 % les plus riches, alors que les inégalités ne cessent de se creuser dans les pays qui les ont adoptées. De même, sans l’adoption urgente de mesures de relance de la croissance, sans investissement dans les services essentiels, sans lutte contre l’évasion et la fraude fiscales, l’écart entre les riches et les pauvres au Royaume-Uni ou en Espagne pourrait dans les dix prochaines années devenir similaire à celui du Soudan du sud ou du Paraguay.

Il est intéressant de constater que certaines institutions internationales traditionnellement engagées en faveur de politiques d’austérité commencent à revoir leur copie. Le FMI s’est dernièrement livré à une étude de l’impact des politiques dites de consolidation budgétaire, et son rapport est sans ambiguïté : l’austérité réduit plus fortement que prévu l’activité économique et donc les rentrées fiscales, provoquant un creusement des déficits. Ce point de vue est également partagé par d’éminents économistes tels que le professeur Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001. Pour lui, « la raison pour laquelle l’austérité est particulièrement mauvaise, c’est le problème sous-jacent du manque total de demande. Lorsqu’il y a austérité, la demande chute. Et quand la demande chute, la croissance recule et le chômage augmente. Lorsque le chômage augmente, les salaires baissent en raison de la compétition pour les emplois, et les services sociaux sont réduits. Tous les aspects de l’inégalité sont donc exacerbés ». CQFD.

Le rapport d’Oxfam est accompagné d’une étude de cas, pays par pays. L’étude pour la France montre que les politiques d’austérité y ont un impact sur les niveaux de pauvreté et d’inégalité. Le pouvoir d’achat a diminué d’1,2 % en 2012 (la plus forte baisse depuis 1984), tandis que dans le même temps, les coûts de l’électricité, du gaz ou du pétrole augmentaient. La dette publique a crû de 3 % depuis 2011, creusant encore le déficit budgétaire. Si l’on fixe le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian, 7,8 millions de personnes (soit 13 % de la population totale) étaient considérées en 2006 comme pauvres en France. En 2010, ce chiffre est passé à 8,6 millions (14 % de la population), dont 2,7 millions d’enfants. Cela représente une augmentation de près de 800.000 pauvres en moins de cinq ans…

Cette augmentation de la pauvreté a particulièrement touché les familles monoparentales, les retraités, les femmes et les jeunes de moins de 18 ans, parmi lesquels le taux de pauvreté a atteint 19,6 %. Entre 2009 et 2010, les salaires au sein des 20 % des personnes les plus pauvres ont diminué de 1,3 %, alors qu’ils ont augmenté de 0,9 % pour les 20 % les plus riches.

Entre 2000 et 2010, le revenu moyen des ménages faisant partie des 10 % les plus pauvres a augmenté de 5,3 % (soit 400 €), alors que celui faisant partie des 10 % les plus riches a augmenté de 18,9 % (soit 8.950 €). En 2010, la partie la plus pauvre de la société a gagné sept fois moins que la partie la plus riche, contre 6,3 fois en 2000.

Au sommet de la pyramide des revenus, ceux issus des placements financiers représentent une part importante des ressources. Si certains se plaignent des effets de la crise, la fortune des super-riches a connu la plus grande augmentation au cours de la période 2004-2010. Les 10 % les plus riches ont augmenté leurs revenus de près de 7 %. Quant au cercle hyper restreint des 0,01 % les plus riches, il a vu sa fortune croître de 32,3 % !

Plus que jamais, l’État représentatif moderne est l’instrument de l’exploitation du peuple par le Capital. Dans la république dite démocratique, la richesse exerce son pouvoir d’une façon indirecte mais d’autant plus sûre, à savoir l’alliance entre le gouvernement et l’argent. Aujourd’hui, dans les régimes que nous connaissons en Occident, la domination des banques a développé jusqu’à en faire un art peu commun les moyens de défendre et de mettre en œuvre la toute-puissance de la richesse. La république démocratique est alors la meilleure forme politique possible du capitalisme ; le Capital, après s’en être emparé, assoit son pouvoir si solidement, si sûrement, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d’institutions ou de partis.

Dans ce contexte, le vote, par son inutilité, ne devrait pas apparaître comme un enjeu central, les représentants élus ne représentant qu’eux-mêmes et leurs intérêts de classe. Alors que 2014 sera marquée par les élections municipales et européennes, il semble indispensable de réfléchir aux limites de la « démocratie » dans sa forme actuelle… et aux moyens d’abattre le système qui s’en prévaut.

Capitaine Martin

http://www.resistance-politique.fr/

Union Européenne : accueillir les demandeurs d’asile avec des drones !


ob_f43a34_drone-europeen-source-enjeux-infoIl y a cinq ans, j’ai eu l’honneur douteux d’une entrevue avec un représentant du parti flamand d’extrême-droite, Vlaams Belang.

Après avoir écouté cette femme éructer ses bêtises paranoïaques à propos de la police qui aurait « peur » d’entrer dans certains quartiers de Bruxelles, « où commandent les musulmans », j’ai demandé si elle avait quelque chose contre moi. Comme ressortissant irlandais, je suis un étranger en Belgique, expliquai-je. Ce n’était pas un problème, répondit-elle, parce que « vous êtes probablement de la même religion que nous ».

La catastrophe au large de Lampedusa me rappelait cette conversation bizarre et inquiétante.

Au milieu du XIXe siècle, mes ancêtres ont fui la faim et la misère dans des « bateaux cercueils », mourant souvent à bord. L’émigration massive hante l’Irlande de nouveau aujourd’hui. Pourtant, contrairement aux Africains qui ont péri avant d’avoir pu atteindre le rivage italien, nous pouvons en général voyager en toute sécurité.

Un groupe de survivants du bateau naufragé près des côtes de Lampedusa, la semaine dernière, où des centaines de passagers sont morts noyés – Photo : EPA/Ettore Ferrari
Un groupe de survivants du bateau naufragé près des côtes de Lampedusa, la semaine dernière, où des centaines de passagers sont morts noyés – Photo : EPA/Ettore Ferrari

L’adaptation à une nouvelle vie à l’étranger n’est jamais facile. Mais, au moins , les démagogues voudront bien de nous parce que nous sommes de la même « race » – ou, comme ils préfèrent dire : de la même religion.

Parfois, cependant, je ne suis pas si sûr que l’écart entre les partis extrémistes comme le Vlaams Belang ou l’Aube dorée et les partis politiques « dominants » soit si éloigné que cela.

Nick Griffin, un truant britannique du Parti national et maintenant installé comme élu au Parlement européen, a une fois provoqué un tollé général en affirmant que les bateaux transportant des migrants devraient être pris pour cibles par l’armée. Si Griffin avait été juste un tant soit peu nuancé dans ses propos, sa proposition aurait été peu différente finalement de la politique officielle de l’UE.

La réponse immédiate de Cecilia Malmström, commissaire aux affaires intérieures de l’UE, à la catastrophe Lampedusa, était pour vanter un nouveau système de surveillance des frontières appelé Eurosur. Selon Malmström , après sa mise en service en décembre, le système aidera les autorités à sauver les bateaux qui rencontrent des difficultés.

Contrairement à ce que Malmström a affirmé, Eurosur n’est pas une initiative humanitaire. Au contraire, son objectif principal concerne ce que la Commission européenne appelle « l’immigration clandestine » – un terme péjoratif alors que de voyager d’un pays à l’autre en quête d’une vie meilleure est tout sauf un crime.

Eurosur est en partie le fruit d’un projet de 15 millions d’Euros investis dans la recherche scientifique et lancé en 2010. Bien que principalement financé par l’UE, le projet voit une importante participation de gros fabricants d’armes comme l’entreprise BAE de Grande-Bretagne BAE , EADS franco-allemande, et Indra en Espagne.

Eurosur s’inscrit donc dans la longue liste des projets financés par l’Union Européenne en matière de sécurité maritime. L’OPARUS est un autre projet qui réunit BAE, EADS et les sociétés françaises Thales et Dassault. Sa mission est d’examiner comment les drones peuvent aider à intercepter les Africains ou les Asiatiques qui tentent d’entrer en Europe. L’Israélien des Industrie Aérospatiales (Israel Aerospace Industries – IAI), fabriquant des drones utilisés dans le bombardement des civils gazaouis, est également dans le coup.

Au cours de ma discussion avec Malmström, je l’ai à deux reprises contestée en cherchant à savoir pourquoi voulait-elle que des avions de guerre prennent pour cible une poignée de personnes appartenant à la catégorie la plus misérable de la planète. Mon interlocutrice a tenté de se débarrasser de moi en prétendant que l’utilisation des drones à des fins de violence n’est que pure coïncidence.

Il ne fait guère de doute que l’Union Européenne est en train d’adopter une approche de plus en plus militarisée envers les questions de l’immigration et des demandes d’asile.

Par ailleurs, l’agence européenne de gestion des frontières, Frontex, jouera un rôle très significatif dans la supervision d’Eurosur. L’agence est dirigée par Ilkka Laitenen, un général de brigade finlandais. Il siège au comité consultatif pour l’Agenda de la Défense et de la Sécurité

Ce dernier est un groupe de réflexion tributaire du financement de l’industrie de l’armement. Laitenen et son staff entretiennent également des contacts réguliers avec l’Agence Européenne de Défense, un organe mis en place afin d’attirer et de développer des affaires pour les fabricants d’armes du continent.

A l’instar d’Eurosur, Frontex s’est mis à chercher à se procurer les drones jugés appropriés pour repérer et poursuivre les immigrés. L’agence est également connue pour avoir invité des fabricants de drones américains et israéliens à faire une présentation de leurs marchandises meurtrières devant son staff. Dans le même contexte, le Ministère Américain du Commerce a recommandé aux producteurs d’armes du pays de garder un œil sur le Frontex, car il pourrait offrir des « opportunités d’exportation » pour les États-Unis.

Par ailleurs, Cecilia Malmström a critiqué à juste titre les autorités Grecques pour avoir approuvé un nombre très réduit de demandes d’asile, tout en refusant systématiquement l’asile aux réfugiés syriens ayant fui la guerre civile dans leur pays.

Il ne faut pas oublier que Malmström supervise le travail de Frontex, la même agence qui n’a pas empêché les abus de la Grèce au sujet du droit d’asile. En janvier 2011, la Cour Européenne des Droit de l’Homme qui siège à Strasbourg, a jugé que les centres de détention des demandeurs d’asile en Grèce étaient dans un tel état de délabrement que le fait d’y placer des gens équivalait à des actes de torture. Frontex a, pour rappel, fourni des bus pour transporter les demandeurs d’asiles vers ces centres.

Par conséquent, il est reproché à l’agence d’être un sous-traitant pour la torture.

Je ne peux cependant pas m’empêcher d’observer que l’une des principales vantardises du Parti Conservateur Britannique lors de sa récente conférence annuelle était le fait d’avoir réduit l’immigration. Cet orgueil et cette fierté doivent être placés dans le contexte d’une guerre idéologique plus vaste menée contre les pauvres d’Europe et de contrées encore plus lointaines. Et comme dans chaque guerre, les principaux bénéficiaires sont ceux qui construisent les instruments qui alimentent ces guerres.

David Cronin

Article original en anglais : The Militarization of Immigration Policy. Greeting Asylum-Seekers With Drones,

Traduction : Info-Palestine.eu

Euramérique, Eurorussie ou Eurasie?


185571428Récemment, le site Atlantico a publié un échange de réflexions fort intéressant entre Alexandre Del Valle et Alexandre Melnik sur les perspectives viables pour l’Occident. Les deux Alexandre, qui n’ont de commun que leurs prénoms, prônent deux voies différentes et opposées pour la réaffirmation de l’Occident puissance: l’Alliance continentale Europe-Russie ou l’alliance transatlantique Europe-Amérique.

Cette thématique semble prendre une importance croissante au fur et à mesure que les relations Russie-USA se détériorent, que l’Europe s’enfonce dans la crise et que la Russie regagne stratégiquement des positions, réaffirmant ainsi peu à peu sa position de grande puissance. La même semaine, le site Europe-Israël publiait lui un article intitulé: La morale change de camp, article très élogieux envers Vladimir Poutine et envers la politique russe dans le monde musulman, présentant une Russie devenue la protectrice des minorités, notamment chrétiennes. Le site prenait en exemple les manifestants de la place Tahrir qui dénonçaient l’alliance entre Etats-Unis et Frères musulmans et appelaient la Russie à s’impliquer dans la révolution égyptienne.

L’occident a été historiquement lié à l’Europe, la Méditerranée puis l’Europe du nord et de l’ouest, avant de ne se juxtaposer sur le monde anglo-saxon dès le 17ième siècle via l’empire colonial de l’Angleterre et sa puissance maritime. Ce règne de la rose n’a réellement pris fin qu’après la première guerre mondiale, qui a historiquement marqué la fin des empires européens, y compris l’empire britannique, supplantés par la puissance la plus occidentale et la plus maritime d’Occident: les Etats-Unis d’Amérique.

Ceux-ci achèveront la déseuropéanisation de l’Occident en confirmant leur leadership planétaire en 1991, lors de la mort de l’Union Soviétique. La fin de l’Union Soviétique scellera aussi le destin eurasien de la Russie et donc le déplacement du centre d’attraction du continent vers l’Est et l’Eurasie. La disparition de cet empire permettra donc paradoxalement à l’Europe réelle d’entamer une tentative historique de raccord entre son Ouest et son Est et ainsi de tenter d’affirmer son unité territoriale, continentale et politique. Cela entrainera une rupture sans doute désormais totale et fondamentale entre le monde continental et le monde occidental.

Ce leadership américain qui a été baptisé par le président Bush «le nouvel ordre mondial» s’est développé et affirmé grâce à une formidable domination militaire et économique. Ce dispositif hyperpuissant a mis l’Europe sous contrôle, logiquement étendu sa zone d’influence vers l’Eurasie et l’Asie centrale tout en multipliant les interventions militaires dans le monde musulman. Pourtant, cette domination américaine sera aussi brève, d’un point de vue historique, que ne seront rapides le redressement russe et l’émergence de la Chine, dont on voit mal aujourd’hui ce qui pourrait l’empêcher de devenir la première puissance mondiale dans la décennie qui vient. Si le monde se désoccidentalise rapidement, le centre de gravité des puissances se déplace inexorablement vers l’Asie.

L’Europe de Bruxelles n’a pas transformé l’essai et il est peu probable qu’elle le fasse. L’Union s’est transformée en un «machin» que le Général de Gaulle n’aurait pas pu imaginer même dans ses pires cauchemars: Une entité sans aucune souveraineté politique, comme le souhaitent les donneurs d’ordres de Washington, et gouvernée par une bureaucratie de petits fonctionnaires sans horizons politiques qui espèrent tout en la craignant l’adhésion à l’UE d’une Turquie conquérante et par ailleurs seconde puissance de l’Otan. Pour les plus pessimistes, la crise économique, l’absence de souveraineté, l’échec du modèle multiculturel dans tous les pays d’Europe et l’absence d’élites ne devraient vraisemblablement laisser à Bruxelles que quelques années avant un démembrement volontaire et une sortie de l’histoire par la petite porte. Les nations européennes pourraient-elles y survivre? Sauront-elles le cas échéant renouer avec un nouveau destin continental?

Dans ces conditions, un rapprochement UE-Russie est-il imaginable? La puissance russe n’est pas d’origine maritime, la Russie n’a pas connu la renaissance après le moyen âge, et sa révolution industrielle a été tardive. En outre la démocratie à l’occidentale est encore au banc d’essai en Russie et il semble de plus en plus évident que ce modèle ne soit pas adapté pour gouverner le plus grand territoire de la planète ni de maintenir unis un si grand nombre de peuples si divers. Fait remarquable également, la Russie est le seul empire continental qui ait survécu en maintenant relativement en vie sa sphère d’influence linguistique, culturelle et politique au cœur de l’Eurasie: en Asie centrale et dans le Caucase.

Peut-être à cause de ce parcours historique bien spécifique, la Russie ne fait aujourd’hui encore que peu confiance à un «Ouest» (Zapad en russe désigne l’Occident, ce qui inclut encore aujourd’hui tant l’Amérique que l’Europe de Bruxelles) contre lequel elle a historiquement presque toujours été en guerre ouverte ou larvée. En outre, les modèles de sociétés proposés par l’Occident ne sont pas perçus comme viables ni compatibles avec les souhaits et aspirations de la population russe et encore moins avec le projet global des élites russes pour leur pays. On peut facilement comprendre, au vu des difficultés qu’à connu la Russie pour se redresser et créer un embryon de modèle propre de société (l’État-Civilisation), son souhait de ne pas s’associer ni essayer de s’assimiler à des ensembles politiques et civilisationnels visiblement en crise profonde.

En outre, le basculement lourd et historique du monde vers l’Asie, dans laquelle se trouve 75% du territoire russe ne devrait pas particulièrement inciter Moscou à se tourner à l’Ouest vers la zone euro-atlantique mais plutôt à l’Est, vers la zone Asie-Pacifique pour tenter de profiter du formidable potentiel de la Chine, avec lequel la Russie est d’ailleurs en train de nouer un partenariat historique.

Le 21ème siècle verra-t-il l’émergence d’un tandem gagnant composé des deux ex-géants communistes et de leurs sphères respectives d’influence?

Il semble par conséquent que l’existence d’un Occident-puissance qui, il faut le rappeler reste à ce jour son adversaire stratégique principal, ne soit sans doute pas l’intérêt primordial d’une Russie qui, si elle encore majoritairement slave et chrétienne, n’en reste pas moins aujourd’hui  une puissance eurasiatique et orthodoxe d’abord et européenne ensuite. Le renouveau de la Russie semble du reste à ce jour être inspiré par deux idées ou directions stratégique essentielles, l’une post-byzantine et l’autre postsoviétique (vers l’Eurasie) traduisant sans doute très clairement que la Russie ne se destine pas du tout à devenir un membre du club occidental.

La Russie n’est-elle pas, après tout, l’héritière historique, religieuse et spirituelle de Byzance et donc de l’empire romain d’Orient, et non de l’empire romain d’Occident?

Alexandre Latsa

http://alexandrelatsa.ru/2013/08/euramerique-eurorussie-ou-eurasie/#more-6752

«Un bain de sang qui n’est pas un bain de sang»: Pourquoi l’Egypte est condamnée – Pepe Escobar


Des égyptiens en deuil près de corps enveloppés dans des linceuls dans une mosquée du Caire – le 15 Août 2013 (AFP Photo / Mahmoud Khaled)
Des égyptiens en deuil près de corps enveloppés dans des linceuls dans une mosquée du Caire – le 15 Août 2013 (AFP Photo / Mahmoud Khaled)

Le ‘’bain de sang qui n’est pas un bain de sang‘’ égyptien a montré que les forces de répression féroce et la corruption règnent en maître, tandis que des intérêts étrangers – la Maison des Saoud, Israël et le Pentagone – soutiennent la stratégie impitoyable de l’armée.

Stop. Regardez les photos. Regardez bien ces dizaines de corps alignés dans une morgue de fortune. Comment peut-on justifier cet effroyable bain de sang en Egypte ? Faites votre choix. Soit c’est remix égyptien de la place Tiananmen, soit c’est un bain de sang qui n’est pas un bain de sang, menée par les dirigeants du coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat, dans le but de lutter contre la «terreur».

Ce n’était certainement pas une opération de dispersion de foule – comme pour les «dispersions» de Occupy Wall Street par le New York Police Department. Comme l’a twitté un journaliste de Sky, c’était plutôt comme « un assaut militaire de grande ampleur en grande partie sur des civils non armés», en utilisant tout, des bulldozers jusqu’au gaz lacrymogène et les snipers.

Ainsi, les chiffres de tués sans discernement – avec des estimations croisées allant de quelques centaines (le «gouvernement intérimaire») à au moins 4500 (les frères musulmans), dont au moins quatre journalistes et Asmaa, âgée de 17 ans, fille d’une haute personnalité politique des Frères musulmans, Mohamed El Beltagy.

El Beltagy, juste avant d’être arrêté, a déclaré,  «Si vous ne prenez pas les rues, il [le général Abdul-Fattah al-Sisi, le leader du coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat et qui a nommé le gouvernement provisoire] fera ressembler le pays à la Syrie « .

Faux. Sisi n’est pas Bachar al-Assad. Ne vous attendez pas à des appels passionnés des occidentaux pour des «frappes ciblées» ou une zone d’exclusion aérienne au-dessus l’Egypte. Il pourrait être un dictateur militaire tuant son propre peuple. Mais il est un de « nos » salauds.

C’est ce que nous disons qui compte

Etudions les réactions. Les caniches léthargiques de l’Union Européenne ont appelé à la « retenue » et ont décrit tout cela comme « extrêmement préoccupant. » Une déclaration de la Maison Blanche a demandé au gouvernement intérimaire de « respecter les droits humains » – qu’on peut sans doute interpréter comme les droits de l’Homme appliqués à Manning / Snowden / le ‘’dronage’’ des écoles du Pakistan et du Yémen.

Cette excuse pathétique pour un diplomate, le Secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen, est plutôt fade, pour le moins : «L’Égypte est un partenaire important pour l’OTAN à travers le Dialogue méditerranéen. ». Traduction : la seule chose qui nous importe vraiment, c’est que les arabes fassent ce que nous leur disons.

 

Un homme pleure penché sur un des nombreux corps allongés dans une morgue de fortune après que les forces de sécurité égyptiennes aient attaqué deux gros camps de protestation dans les places Rabaa Al-Adawiya et Al-Nahda, où les partisans du président déchu Mohamed Morsi campaient au Caire , le 14 Août, 2013 (AFP Photo / Mosaab El-Shamy)
Un homme pleure penché sur un des nombreux corps allongés dans une morgue de fortune après que les forces de sécurité égyptiennes aient attaqué deux gros camps de protestation dans les places Rabaa Al-Adawiya et Al-Nahda, où les partisans du président déchu Mohamed Morsi campaient au Caire , le 14 Août, 2013 (AFP Photo / Mosaab El-Shamy)

Dépouillé de toute rhétorique – indignée ou autre – le point clé est que Washington ne coupera pas son aide annuelle de 1,3 milliards de dollars à l’armée de Sisi, quoi qu’il arrive. Wily Sisi a déclaré une «guerre contre le terrorisme». Le Pentagone est derrière elle. Et l’administration Obama suit – bon gré mal gré.

Maintenant, voyons qui est en révolte. Comme on pouvait s’y attendre, le Qatar a condamné, après tout, le Qatar finançait la présidence Morsi. Le Front d’action islamique, la branche politique des Frères musulmans en Jordanie, a encouragé les Egyptiens à maintenir la protestation pour « déjouer le complot » de l’ancien régime – c’est- dire les Moubarakistes sans Moubarak.

La Turquie – qui soutient également les Frères musulmans – a exhorté le Conseil de sécurité des Nations unies et la Ligue arabe à agir rapidement pour empêcher un «massacre», comme si l’ONU et la Ligue arabe contrôlée par l’Arabie allaient interrompre leurs coûteux déjeuners de trois heures de long pour faire quelque chose.

L’Iran – à juste titre – a mis en garde contre le risque de guerre civile. Cela ne signifie pas que Téhéran soutient aveuglément les Frères musulmans – surtout après que Morsi ait incité les Egyptiens à se joindre au jihad contre Assad en Syrie. Ce que Téhéran a noté c’est que la guerre civile a déjà commencé.

Ecraser l’adversaire

Le jeu des accusations réciproques battait son plein. Le bain de sang qui n’est pas un bain de sang s’est produit alors que le « gouvernement » nommé par Sisi avait promis qu’il s’engagerait dans une « transition » soutenue par l’armée et politiquement ouverte à tous.

Pourtant, après six semaines de manifestations dénonçant le « coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat », le gouvernement intérimaire en a eu marre et a changé de discours et a décidé de ne faire aucun prisonnier.

Selon les meilleures analyses des médias égyptiens informés, le vice-Premier ministre Ziad Baha Eldin et le vice-président aux Affaires étrangères, Mohamed ElBaradei, ont voulu y aller doucement avec les manifestants, alors que le ministre de l’Intérieur le général Mohammad Ibrahim Mustafa et le ministre de la Défense – Sisi lui-même – ont voulu y aller à la médiévale.

La première étape a consisté à titre préventif à accuser les Frères musulmans de l’effusion de sang – tout comme les Frères musulmans avaient accusé Jemaah Islamiyah pour le déploiement de kalachnikovs et pour avoir brûlé  des églises et des commissariats de police.

Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)
Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)

Une des principales raisons pour lancer le «bain de sang qui n’est pas un bain de sang », ce mercredi était une tentative par les Frères musulmans de marcher sur le tant redouté ministère de l’Intérieur. L’inflexible Ibrahim Mustafa ne l’entendait pas de cette oreille.

Les larbins de Sisi avaient nommé 25 gouverneurs de province, dont 19 généraux, dans un timing parfait pour «récompenser» les militaires  du niveau supérieur et ainsi raffermir «l’État profond» égyptien, ou l’état ​​policier, en réalité. Et pour couronner le «bain de sang qui n’est pas un bain de sang », les larbins de Sisi ont décrété la loi martiale pendant un mois. Dans ces circonstances, la démission du chouchou de l’Occident ElBaradei ne fera pas perdre le sommeil à Sisi.

L’esprit original de la place Tahrir est maintenant mort et enterré, comme l’a souligné la Yéménite miraculeusement non ciblée par les drones d’Obama, la Nobel de la paix, Tawakkul Karman.

La question clé est de savoir qui bénéficie d’une Egypte hyper-polarisée, avec une guerre civile opposant des Frères musulmans fondamentalistes bien organisés à l ‘«Etat profond» contrôlé par l’armée.

Les deux options sont tout aussi répugnantes (sans parler de compétence). Pourtant, les gagnants locaux sont facilement identifiables: la contre-révolution, parmi les Moubarakistes purs et durs, un groupe d’oligarques corrompus, et la plus grande partie de l’état profond lui-même.

Situation de répressions féroces, de corruption. Et de domination étrangère (comme en Arabie Saoudite, qui paye maintenant la plupart des factures, aux côtés des Émirats arabes unis).

Au niveau international, les grands gagnants sont l’Arabie saoudite (remplaçant le Qatar), Israël (parce que l’armée égyptienne est encore plus docile que les frères musulmans), et – bien sûr – le Pentagone, le proxénète de l’armée égyptienne. Personne, nulle part dans la Voie Lactée ne peut prétendre que cet axe, Maison des Saoud / Israël / Pentagone, est «bon pour le peuple égyptien ».

Sheikh Al-Torture est notre homme

Un bref récapitulatif est nécessaire. En 2011, l’administration Obama n’a jamais dit: « Moubarak doit partir » jusqu’à la dernière minute. Hilary Clinton voulait une « transition » dirigée par l’agent de la CIA et espion en chef Omar Suleiman – largement connu à la place Tahrir sous le nom « Cheikh al-Torture ».

Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)
Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)

Puis une blague intérieure à Washington disait que l’administration Obama allait joyeusement devenir une pom-pom girl des Frères musulmans (alliés avec le Qatar). Maintenant, comme un yo-yo, l’administration Obama met tout son poids pour renverser le narratif, qui devient – la «loyale» armée égyptienne a courageusement éliminé les « terroristes » Frères musulmans pour «protéger la révolution».

Il n’y a jamais eu de révolution pour commencer ; la tête du serpent (Moubarak) avait disparu, mais le serpent est resté bien vivant. Maintenant, nous avons un nouveau serpent, le même que l’ancien serpent. Et en plus, il est plus facile de vendre à la galerie des  mal informés l’équation : Frères musulmans = al-Qaïda.

Le Pentagone supremo Chuck Hagel a été scotché au téléphone avec Sisi pendant que le « coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat » du 3 Juillet avait lieu. Le Pentagone voudrait nous faire croire que Sisi a promis à Hagel  qu’il pourrait prendre les choses en main en un clin d’œil. Pratiquement 100% de Washington était d’accord. D’où le mot d’ordre officiel de Washington du « coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat. » Tim Kaine de Virginie, de la Commission des relations étrangères du Sénat, a même vanté les démocraties modèles, les EAU et la Jordanie, dans leur enthousiasme pour le «coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat ».

Il est essentiel de voir quels sont les cinq pays qui ont explicitement approuvé le « coup d’Etat qui n’est pas un coup d’Etat. » Quatre d’entre eux sont des pétromonarchies CCG (membres du Conseil de coopération du Golfe, également connu sous le nom de Club Contre-révolutionnaire du Golfe) : L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Bahreïn. Et le cinquième, c’est cette petite monarchie, la Jordanie, que le CCG veut annexer au Golfe.

Encore plus pathétique que les soi-disant libéraux égyptiens, certains gauchistes, certains nassériens et les progressistes qui vont avec, défendant la soif de sang de Sisi, a été la volte-face de Mahmoud Badr, le fondateur de Tamarrod – le mouvement qui a dirigé les manifestations massives qui ont conduit à l’éviction de Morsi. En 2012, il fustigeait l’Arabie Saoudite. Après le coup d’état, il se prosterna en leur honneur. Au moins, il sait qui paie les factures.

Et puis il y a Ahmed al-Tayeb, le grand imam d’Al-Azhar, le Vatican de l’islam sunnite. Il a dit, « Al-Azhar … ne savait rien des méthodes utilisées pour la dispersion des manifestations, sauf par la voie des médias. » N’importe quoi, il a à plusieurs reprises fait l’éloge Sisi.

Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)
Une femme égyptienne pleure sur le corps de sa fille enveloppée dans des linceuls dans une mosquée au Caire le 15 Août 2013 (AFP Photo / KHALED DESOUKI)

N’hésitez pas à admirer mes cils

Il n’y a pas d’autre façon de le dire, du point de vue de Washington, les Arabes peuvent se tuer les uns les autres jusqu’au dernier, que ce soit les sunnites contre les chiites, les jihadistes contre les laïcs, les paysans contre les citadins et les Égyptiens contre les Egyptiens. La seule chose qui importe c’est les accords de Camp David, et personne n’est autorisé à contrarier Israël.

Donc, il est normal que les sbires de Sisi en bottes demandent à Israël de garder ses drones près de la frontière, car ils en ont besoin pour poursuivre leur «guerre contre le terrorisme » dans le Sinaï. À toutes fins pratiques, Israël s’exécute au Sinaï.

Mais ensuite il y a l’annulation d’une livraison de F-16 à l’armée de Sisi. Dans la vraie vie, chaque vente d’armes US dans l’ensemble du Moyen-Orient doit avoir l’«autorisation» d’Israël. Donc, il se pourrait peut-être qu’Israël – pour le moment – n’est pas tout à fait sûr de jusqu’où Sisi peut vraiment aller.

Il est très instructif de lire ce que pense Sisi de la «démocratie» – comme cela a été démontré quand il était à l’ école de guerre américaine . C’est fondamentalement un islamiste – mais surtout il aspire au pouvoir. Et les Frères musulmans se dressent sur son chemin. Donc, ils doivent être éliminés.

« La «guerre contre le terrorisme » de Sisi est sans aucun doute un succès retentissant en tant que coup médiatique pour légitimer sa course pour un mandat populaire. Il essaie de se présenter comme le nouveau Nasser. Il est Sisi le Sauveur, entouré d’un tas de groupies. Un chroniqueur a écrit dans Al-Masry Al-Youm que Sisi n’a même pas besoin d’émettre un ordre, il suffit de « juste de battre des cils ». La campagne ‘’Sisi-président’’ est déjà commencée.

Quiconque est familier avec les dictateurs d’opérette latino-américains soutenus par les États-Unis dans les années 1970 est capable d’en repérer un. Ce n’est pas le Sauveur. Ce n’est rien de plus qu’un Al-Sisi-nator – le glorieux souverain de pacotille de ce que mon collègue Spengler a carrément défini comme une république bananière sans les bananes.

Pepe Escobar

Traduction : Avic

http://rt.com/op-edge/egypt-protests-terror-muslim-brotherhood-526/

En matière de terrorisme vous êtes les professeurs et nous, vos élèves


Tribune libre Byblos

Angelina Eichhorst
Angelina Eichhorst

HASSAN HAMADÉ : LETTRE OUVERTE À L’AMBASSADRICE DE L’UE AU LIBAN

Votre Excellence Madame l’Ambassadeur,

Madame, vous savez que l’une des tâches les plus difficiles pour un diplomate civilisé et respectable ayant réellement foi en la paix, tel que vous, est de se trouver contraint dans l’exercice de ses fonctions à défendre une décision inique et agressive prise par sa hiérarchie représentant un État ou une Organisation d’États, comme c’est le cas de l’Union européenne qui a décidé d’inscrire sur sa liste des organisations terroristes internationales ce qu’elle a qualifié d’« aile militaire » du Hezbollah !

Ceci, soit dit en passant, alors que le ministre bulgare des Affaires étrangères M. Christian Viginin a officiellement déclaré qu’il n’y avait aucune preuve d’une relation quelconque entre le Hezbollah et l’explosion du bus transportant des passagers à Burgas en Bulgarie, ce qui signifie que c’est en toute connaissance de cause que l’Union européenne a pris sa décision en contradiction avec l’enquête menée par ce pays ; et ceci, maintenant que le voile se lève sur l’attentat du 18 juillet 1994 contre un immeuble d’une institution juive à Buenos Aires, attentat immédiatement attribué au Hezbollah alors que les investigations suivent toujours leur cours et que les doigts accusateurs pointent M. Vladimir Corach, ancien ministre argentin de l’Intérieur connu pour ses étroites relations avec la mafia et les Services de sécurité israéliens.

Concernant cette dernière décision de l’Union européenne, il est de mon devoir de noter quelques observations que je vous confie en espérant que vous voudrez bien les transmettre à votre hiérarchie pour la bonne raison que la définition du terrorisme, adoptée par l’Union elle-même, s’applique en premier lieu aux gouvernements et aux décideurs qui en font partie.

Madame, nul doute que vous savez que l’Union européenne considère la prise en otage de civils innocents comme un « crime terroriste » ne souffrant d’aucune prescription, crime équivalant à un crime de guerre et à un crime contre l’humanité que rien ne pourrait justifier. Par conséquent, le moins que l’on puisse dire est que l’Union européenne adopte une position officielle déraisonnable, inhumaine, et conciliante avec les auteurs de ces crimes quand il s’agit des otages libanais enlevés à A’zaz, ou de Monseigneur Paul al-Yazigi et de Monseigneur Jean Ibrahim, tous deux victimes syriennes incontestablement pacifiques et innocentes.

Nul doute que vous savez ce qui est désormais de notoriété publique concernant l’impact direct et décisif du gouvernement de M. Erdogan sur les organisations terroristes armées ; gouvernement d’un État membre de l’OTAN regroupant nombre de gouvernements de votre Union européenne, alliés et complices dans la guerre dévastatrice menée contre la Syrie.

Vous savez aussi que rien de tout cela n’a empêché votre Union de poursuivre sa collaboration sur le terrain avec le gouvernement turc en soutenant, armant et entrainant les terroristes qui comptent pas moins de quarante mille mercenaires étrangers à la Syrie, comme l’a reconnu l’Émissaire international M. Lakhdar Brahimi. C’est là une vérité qui place votre Union dans le cercle des accusés au premier degré et engage votre responsabilité éthique et juridique, avec tout ce que cela implique comme poursuites judiciaires contre les responsables aux commandes.

Il est absolument inadmissible de vous voir couvrir ces crimes odieux, d’autant plus que votre Union ne cesse de donner des leçons à autrui insistant sur la nécessité de combattre le terrorisme où qu’il sévisse sans aucune concession et sous aucun prétexte. Et si jamais il vous fallait encore des preuves, il est plus que probable que les vidéos innombrables mises sur You Tube par les terroristes criminels et nécrophages, eux-mêmes, n’ont pu échapper à votre vigilance !

Madame, pardonnez-moi de préciser que je ne vous imagine pas ignorante du fait que le détournement d’un avion civil équivaut, à juste titre et selon vos propres critères, à un crime classé dans le registre du terrorisme international et comparable aux enlèvements de personnes et à leur détention ou à leur assassinat avec ou sans documents photographiques à l’appui, etc… N’est-ce pas ce qui s’est passé il y a quelques semaines lorsque certains gouvernements de votre Union ont fermé leur espace aérien à l’avion du président bolivien Evo Morales en provenance de Moscou ? N’a-t-il pas été obligé à un atterrissage forcé en Autriche ? N’a-t-il pas été bloqué pendant des heures sous prétexte que l’Américain Edward Snowdon qui a révélé au monde que le gouvernement US « vous » espionnait, pouvait se trouver à son bord ? L’information n’est-elle pas partie de l’Ambassade américaine à Moscou ? Quel paradoxe !

Cet incident, qui est donc pure agression contre un avion civil transportant le président d’un État indépendant et souverain, nous rappelle la première opération de ce genre qui a eu lieu le 22 Octobre 1956 lorsque des responsables français ont jugé bon de détourner un avion civil transportant des dirigeants du FLN de Rabat vers Tunis [Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohammed Khider, Mohammed Boudiaf, Mostefa Lacheraf]…

Le détournement des avions, Madame, est malheureusement une invention européenne tout comme, par exemple, le nazisme même s’il n’est pas d’inspiration exclusivement européenne… Nous en resterons donc là et nous nous contenterons de vous rappeler que les gouvernements européens classent les détournements d’avions dans le registre du terrorisme international !

Madame, la crise tragique qui a frappé la Syrie a fait tomber plus d’un masque et a révélé l’étendue de vos mensonges ; le premier de ces mensonges étant votre décision de mettre Al-Qaïda et ses dérivées au sommet des organisations terroristes internationales, parce que la plus dangereuse. Et voilà que la scène syrienne nous révèle les mécanismes de coordination, sur le terrain, entre votre organisation européenne et celle d’Al-Qaïda ; coordination déjà flagrante et publiquement rodée en Libye avant de se traduire avec éclat sur le territoire syrien comme en témoignent les nombreuses déclarations de responsables européens.

Je me limiterai à deux de ces éminents responsables : le ministre français des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, qui a clairement dit l’année dernière à Marrakech lors d’une Conférence des prétendus amis de la Syrie que les terroristes de Jabhat al-Nosra faisaient du « bon boulot » avant que les USA ne les placardent sur la liste des terroristes ; et le prolixe ministre britannique des Affaires étrangères, encore plus brutal et sadique, qui a carrément déclaré que les membres d’ Al-Qaïda et dérivées ne devaient pas rentrer de Syrie car ils étaient une menace pour vos pays civilisés !

Je me limiterai donc, et ne m’étendrai pas sur le flot continu d’armes et de munitions introduites en Syrie à travers des « portes européennes » que nous connaissons et que vous connaissez fort bien vous-même.

En revanche, je vous dirai que l’Union européenne qui n’a cessé de prétendre se soucier des chrétiens du Moyen-Orient a constamment et systématiquement persécuté le christianisme et les fidèles adeptes de cette religion céleste née de notre terre et donc « fille de l’Orient ». Disant cela, je n’exagère ni ne triche, témoin en est Sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Philosophe et très grand théologien, il a tenu à avertir de cette persécution permanente dans son message célébrant la « Journée mondiale de la Paix » début 2011. Je vous le livre, mot pour mot, tel qu’il est rédigé en fin du paragraphe 14 : « J’exprime aussi le souhait qu’en Occident, spécialement en Europe, cessent l’hostilité et les préjugés à l’encontre des chrétiens qui veulent donner à leur vie une orientation cohérente avec les valeurs et les principes exprimés dans l’Evangile. Que l’Europe apprenne plutôt à se réconcilier avec ses propres racines chrétiennes : elles sont essentielles pour comprendre le rôle qu’elle a eu, qu’elle a et veut avoir dans l’histoire ; elle saura ainsi faire l’expérience de la justice, de la concorde et de la paix,  en cultivant un dialogue sincère avec tous les peuples » .

Madame, vous savez comme je sais que ces vérités sont pratiquement ignorées de vos peuples car ils vivent derrière un nouveau rideau de fer, encore plus opaque, plus rusé et plus insidieux que le rideau de fer plus primitif qui se dressait autour du Bloc de l’Est, et qui est toujours debout autour des dictatures arabes et non arabes. Votre rideau à vous est invisible, mais le plus effrayant est qu’il se manifeste par la soumission de vos gouvernements à une double occupation ; d’une part, l’occupation militaire, sécuritaire et économique américaine ; d’autre part, l’occupation sécuritaire et culturelle israélienne.

C’est la vérité, Madame, quoi que nous fassions pour l’ignorer. Et la récente décision de l’Union européenne ne fait que confirmer la réalité de cette double occupation de vos pays, occupation dont nous souhaiterions que vous vous libériez un de ces jours. Nous savons que c’est difficile, car la plus tenace des occupations est celle qui se saisit des esprits au moyen d’un « terrorisme culturel » incessant exercé par vos différents médias presque totalement sous la domination des sionistes.

Madame, nous vivons tous, vous comme nous, une période de changement social où la vraie confrontation est entre la liberté et l’esclavage. Mais si la liberté ne se fonde que sur une seule norme et sur une seule mesure, les critères de l’esclavage sont multiples.

Veuillez m’excuser si j’ai été trop long, mais l’horreur du tsunami de mensonges exige que nous mettions quelques points sur les « i ». Soyez assurée que je suis convaincu de votre sincérité et de la noblesse de vos objectifs contrairement à ce que je pense de l’Union européenne que vous représentez.

L’Europe, Madame, n’est pas dans une situation juridique et éthique qui lui permette de nous donner des leçons sur l’humanité et l’humanisme.

Hassan Hamadé
01/08/2013

Texte original : As-Safir

http://assafir.com/Article.aspx?EditionId=2529&ChannelId=61034&ArticleId=12&Author=%D8%AD%D8%B3%D9%86+%D8%AD%D9%85%D8%A7%D8%AF%D8%A9#.UfrW3m3-R6N

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Monsieur Hassan Hamadé est libanais. Écrivain, journaliste et analyste politique ; il est membre du Conseil National de l’Audiovisuel [CNA-Liban].

Les contradictions de l’Union européenne face au Hezbollah


Tribune libre Byblos

Durant le Conseil européen, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, se félicite de sa victoire auprès de son collègue slovénien.
Durant le Conseil européen, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, se félicite de sa victoire auprès de son collègue slovénien.
par Thierry Meyssan

En désignant la branche militaire du Hezbollah comme organisation terroriste, l’Union européenne manifeste son incompréhension de la Résistance libanaise, qui n’est pas et ne veut pas devenir un parti politique, même si elle participe au jeu politique libanais. Bruxelles exprime son allégeance au bloc anglo-saxon (incluant Israël) au détriment de ses propres principes.

C’est avec trois jours de retard que le Conseil européen a publié son relevé de décision relatif à l’inscription de la branche militaire du Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes. Contrairement aux habitudes, la nouvelle avait déjà fait le tour de la terre et le Hezbollah y avait répondu.

Le document officiel a été accompagné d’une déclaration commune du Conseil et de la Commission soulignant que cela « n’empêche pas la poursuite du dialogue avec l’ensemble des partis politiques du Liban et n’affecte pas la fourniture d’assistance à ce pays ». Ce commentaire vise à expliciter la distinction entre branches civile et militaire du Hezbollah qui permet à l’Union européenne de discuter avec la première tout en condamnant la seconde.

Dans la même veine, l’ambassadrice de l’Union européenne, Angelina Eichhorst, est allée rendre visite à Beyrouth au responsable des relations internationales du Hezbollah, Ammar Moussaoui, pour lui dire que cette décision ne changeait rien à leurs relations.

Le problème, c’est que cette décision n’a aucun sens.

Masquer l’aspiration mystique du Hezbollah

Par essence, le Hezbollah n’est pas un parti politique, mais un réseau de résistance à l’invasion israélienne, constitué par des familles chiites sur le modèle des basidjis iraniens dont il a adopté le drapeau (en jaune). Progressivement, la Résistance a incorporé des non-chiites au sein d’une structure ad hoc, et s’est substitué à la défaillance de l’État libanais aussi bien pour venir en aide aux familles de ses blessés et martyrs que pour reconstruire le Sud du pays, entièrement rasé par l’aviation israélienne. Cette évolution l’a conduit à présenter des candidats aux élections et à participer au gouvernement.

Son secrétaire général, sayyed Hassan Nasrallah, n’a cessé d’exprimer sa réticence face à la politique qui n’est pour lui qu’une activité corruptrice. Au contraire, il a saisi toutes les occasions pour réaffirmer son idéal de mourir en martyr sur le champ de bataille, comme son fils aîné Muhammad Hadi, suivant ainsi la voie tracée par l’imam Hussein lors de la bataille de Kerbala.

Par essence, le Hezbollah est le fruit d’une démarche mystique et ne saurait être comparé à un parti politique européen. Ses soldats n’ont rien à gagner à se battre et ont leur vie à perdre. Ils se lancent dans la guerre parce que leur cause est juste et qu’elle est une occasion de sacrifice, c’est-à-dire de développement humain. C’était le sens de la révolution de l’ayatollah Rouhollah Khomeini et c’est le leur.

Malgré l’ambiguïté que fait surgir la traduction de son nom, Hezbollah, en « Parti de Dieu », ce réseau n’est pas une formation politique et n’entend pas le devenir. Sa dénomination, extraite du Coran, figure sur son drapeau : « Quiconque prend pour alliés Dieu, Son messager et les croyants, [réussira] car c’est le parti de Dieu qui sera victorieux ». Il faut comprendre ici l’expression « parti de Dieu » au sens eschatologique : c’est en définitive Dieu qui triomphera du Mal à la fin des temps.

Très étrangement, les Européens —qui majoritairement considèrent comme un acquis démocratique la séparation entre pouvoirs temporel et religieux—, reprochent donc au Hezbollah son essence spirituelle et veulent le « normaliser » en parti politique. Dans leur esprit, les résistants libanais ne sont pas concernés par la colonisation de la Palestine et de la Syrie. Ils feraient mieux de s’occuper de leur carrière politique que de risquer leur vie au combat.

La décision du Conseil européen sera de peu de portée pratique. Elle consiste surtout à interdire aux membres de la « branche militaire » de voyager dans l’Union et gèle leurs avoirs bancaires : mais on ne voit pas pourquoi des clandestins luttant contre les puissances coloniales iraient ouvrir des comptes bancaire chez elles.

Pourquoi donc ce remue-ménage ? L’inscription du Hezbollah sur la liste européenne des organisations terroristes est une vieille revendication de Tel-Aviv, soutenue par l’Empire anglo-saxon. C’est un effort de communication visant à affirmer que les « Bons » sont les Israéliens et les « Mauvais » ceux qui refusent de se faire voler leur terre. Elle a été présentée par le président israélien Shimon Peres aux gouvernements de l’Union, puis au Parlement européen, le 12 mars dernier. Elle a été portée au Conseil européen par les ministres britannique et français des Affaires étrangères, William Hague et Laurent Fabius. Ils ont été rejoints par leurs collègues néerlandais et autrichiens, Frans Timmermans et Michael Spindelegger, après une forte mobilisation des sionistes états-uniens, dont l’ancien gouverneur de Californie, Arnold Schwarzeneger.

Masquer l’échec israélien en Argentine

Il y avait urgence pour les communicants israéliens à agir. En effet, depuis 1994, ils accusent le Hezbollah et l’Iran d’avoir fait sauter l’immeuble de la mutuelle juive de Buenos Aires, faisant 85 morts. Cette version des faits est présentée comme une certitude dans de nombreuses encyclopédies et manuels scolaires. Pourtant, la justice argentine l’a remise en cause depuis des années. En janvier 2013, l’Argentine et l’Iran ont créé une commission de juristes indépendants pour faire toute la lumière. D’ores et déjà, il apparaît que l’attentat était une machination ourdie par l’ancien ministre de l’Intérieur, l’israélo-argentin Vladimir Corach.

Puisque cette affaire ne tient pas, Tel-Aviv a accusé le Hezbollah et l’Iran d’avoir fait sauter un autobus israélien en Bulgarie, faisant sept morts (dont un kamikaze), le 18 juillet 2012. Dans un premier temps, le gouvernement de centre-droit bulgare avait relayé l’accusation, avant d’être contredit par son successeur de centre-gauche. Peu importe, pour le Conseil européen, le Hezbollah est politiquement l’auteur d’un attentat sur le territoire de l’Union à défaut de l’être judiciairement.

D’une manière générale, Israël accuse le Hezbollah d’avoir fomenté et parfois exécuté une vingtaine d’attentats contre des civils un peu partout dans le monde, en trente ans, ce que récuse la Résistance.

La encore, très étrangement, les Européens —qui considèrent la présomption d’innocence comme un acquis démocratique— condamnent le suspect avant même qu’il ait été jugé, ni même mis en examen.

Masquer l’échec européen en Syrie

Sur le fond, il n’a échappé à personne que la vraie nouveauté dans ce dossier n’y figure pas : c’est l’intervention du Hezbollah dans la guerre en Syrie. Puisque nous trahissons notre engagement de renverser le président Bachar el-Assad, apportons au moins notre soutien aux « rebelles » en condamnant le Hezbollah, pense t-on à Bruxelles. C’est cet argument qui, semble t-il, a emporté la décision du Conseil européen. A contrario, cela montre l’incapacité des Britanniques et Français à peser plus longtemps sur un conflit qu’ils ont sciemment déclenché pour s’emparer de la Syrie en brandissant le drapeau de la colonisation, qui est devenu celui de l’Armée syrienne libre.

Surtout cette condamnation a le mérite de clarifier les camps : d’un côté la résistance à l’oppression coloniale, de l’autre les puissances colonisatrices.

Si l’attitude britannique n’est pas étonnante, le Royaume-Uni revendiquant son statut colonial, elle l’est plus en ce qui concerne la France qui a alterné dans on histoire des périodes révolutionnaires et impériales.

Ainsi, la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, adoptée en 1789, énonce en son article 2 quatre droits fondamentaux, dont la « résistance à l’oppression ». C’est sur cette base qu’en 1940, Charles De Gaulle s’opposa à l’armistice entre la France et le Reich nazi, prenant la tête de la Résistance.

A l’opposé, au cours des années 1880, Jules Ferry incarna l’expansion française voulue par une faction du patronat qui y prévoyait une bien meilleure rentabilité pour ses investissements qu’en France, dans la mesure où c’était le contribuable et non lui qui payait l’armée coloniale. Pour enrégimenter le pays, Ferry rendit l’école publique gratuite et obligatoire. Les instituteurs, appelés « hussards noirs de la République » devaient convaincre les jeunes gens de servir dans les troupes coloniales. Et c’est sous les auspices de Jules Ferry que l’actuel président français, François Hollande, a placé son quinquennat.

Si la France moderne, c’est Charles De Gaulle, elle aurait pu être Philippe Pétain ; un maréchal raisonnable qui considérait la soumission au Reich victorieux d’autant plus souhaitable qu’il y voyait un moyen d’en finir avec l’héritage de 1789. Il est certainement trop tôt pour que les élites françaises le réhabilitent, mais condamner la Résistance libanaise, c’est condamner une seconde fois à mort Charles De Gaulle pour terrorisme.

En définitive, les idéaux qui firent la gloire de la France sont aujourd’hui mieux défendus à Beyrouth qu’à Paris.

Thierry Meyssan

Lettre ouverte du général Michel AOUN à l’Union européenne


Tribune libre Byblos

Michel Aoun
Michel Aoun

24-07-2013

Je m’adresse à vous au nom de cette culture européenne dont je me sens si proche et dont je partage les valeurs et les principes.

J’ai été choqué par la décision de l’Union européenne d’inscrire l’aile militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes. En effet cette décision est en contradiction notoire avec la Charte des Nations-Unies qui reconnaît le droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée.

Cette aile militaire aujourd’hui accusée de terrorisme, est celle-là même qui força Israël à se retirer du Liban sans conditions en mai 2000. C’est elle qui assura la mise à exécution de la résolution 425 adoptée le 19 mars 1978 par le Conseil de sécurité 22 ans après l’occupation par Israël du sud-Liban.

La résolution 425 stipule en effet que le Conseil de sécurité de l’ONU exige d’Israël de cesser immédiatement son action militaire contre l’intégrité territoriale du Liban et de retirer sans délai ses forces de tout le territoire libanais ; elle est restée sans effet durant 22 longues années ; car c’est ainsi qu’Israël interpréta alors le terme « sans délai ». Le Liban ne dut la libération de ses territoires qu’à la volonté sans faille de sa Résistance, dont est également témoin l’issue de la guerre que mena Israël contre le Liban durant l’été 2006.

Car le Liban continue à faire face à trois agressions israéliennes avérées :
1) L’occupation des fermes de Chebaa et des collines de Kfarchouba et du village El-Ghajar
2) Le problème des réfugiés Palestiniens au Liban
3) Les violations répétées de son intégrité territoriale, aérienne, et maritime

A ceci, il faudra ajouter les visées israéliennes injustifiées sur les eaux territoriales libanaises et son refus obstiné de respecter les frontières maritimes tracées selon les conventions internationales en vigueur.

On aurait souhaité que plutôt d’accuser de terrorisme la Résistance libanaise, les États-membres de l’Union européenne soutiennent le droit du Liban à préserver son intégrité territoriale, ainsi que le droit du peuple Palestinien à retourner sur ses terres. Certains des motifs invoqués dans le passé pour étayer cette accusation avaient été rejetés tant par l’Argentine pour les attentats de Buenos Aires que par la Bulgarie dont le ministre des Affaires étrangères avait déclaré il y a quelques jours, que rien ne justifiait une décision européenne à l’encontre du Hezbollah qui serait basée sur son implication non prouvée dans l’attentat de Burgas.

Quand l’Europe réunie renie le droit d’une nation à se défendre, un droit consacré par la Charte des Nations Unies. Et quand elle tourne le dos à ces nations qui luttent pour préserver leur liberté et leur souveraineté, cette Europe renie alors ses propres valeurs et ses principes ; elle tourne le dos aux leçons de son Histoire ; car chacun des peuples qui la constituent a versé un jour son sang pour résister au joug de l’occupation.

J’exhorte ainsi l’Union européenne à rester fidèle à ses principes, à ses idéaux, et à son Histoire qui vit tant de sacrifices consentis sur l’autel sacré de la Liberté. Il faudra surtout qu’elle prenne conscience de la gravité de ses responsabilités et qu’elle les assume pleinement concernant son rôle dans la guerre qui ensanglante la Syrie et sur ses graves répercussions sur la situation au Liban ; une guerre que certains de ses États membres continuent d’alimenter ouvertement en hommes et en matériel.

Source :
Rassemblement Pour le Liban – FRANCE

La guerre contre l’Iran, l’Irak et la Syrie? Pepe Escobar


iran-en-rouge1Au milieu du grondement incessant de la jungle (de Washington) au sujet d’une possible aventure militaire de l’administration d’Obama en Syrie, de nouvelles informations ont émergé. Et quelles informations en provenance du Pipelineistan.

Le tableau : le ministre irakien du Pétrole Abdelkarim al-Luaybi, le ministre du Pétrole syrien Sufian Allaw, et l’actuel ministre iranien du Pétrole par intérim Mohammad Aliabadi se sont réunis dans le port d’Assalouyeh, au sud de l’Iran, pour signer un protocole d’accord pour la construction du gazoduc Iran – Irak – Syrie, pas moins.

À Asia Times Online et aussi ailleurs j’avais affirmé que cet éventuel noyau du Pipelinestan était l’une des raisons fondamentales de la guerre par procuration en Syrie. Contre les intérêts de Washington, pour qui l’intégration de l’Iran est une abomination, le gazoduc court-circuite deux acteurs extérieurs d’une importance cruciale dans l’affaire syrienne – le premier, ‘’l’armeur’’ des rebelles, le  Qatar (en tant que producteur de gaz), et le ‘’soutien logistique’’ des rebelles, la Turquie (qui s’auto-décrit comme le carrefour privilégié de l’énergie entre l’Orient et l’Occident).

Le gazoduc de 10 milliards de dollars US, 6.000 kilomètres, est prévu pour démarrer du champ gazier de South Pars en Iran (le plus grand du monde, partagé avec le Qatar), et traverser l’Irak, la Syrie puis, finalement, le Liban. Ensuite, il pourrait passer sous la Méditerranée vers la Grèce et au-delà; être reliée au gazoduc arabe, ou en parallèle.

Avant la fin du mois d’Août, trois groupes de travail se pencheront sur les aspects complexes techniques, financiers et juridiques. Une fois que la finance sera sécurisée – et c’est loin d’être certain, compte tenu de la guerre par procuration en Syrie – le gazoduc pourrait être en ligne en 2018. Téhéran espère que l’accord final sera signé avant la fin de l’année.

L’hypothèse de travail de Téhéran, c’est qu’il sera en mesure d’exporter 250 millions de mètres cubes de gaz par jour en 2016. Lorsqu’il sera  terminé, le gazoduc sera en mesure de pomper 100 millions de mètres cubes par jour. Pour le moment, l’Irak a besoin jusqu’à 15 millions de mètres cubes par jour. En 2020, la Syrie aura besoin jusqu’à 20 millions de mètres cubes, et le Liban jusqu’à 7 millions de mètres cubes. Cela laisse encore beaucoup de gaz à l’exportation vers les clients européens.

Les européens – qui n’arrêtent pas de râler se disant les otages de Gazprom – devraient se réjouir. Au lieu de cela, une fois de plus ils se tirent une balle dans le pied.

Vous voulez la guerre? Voici la facture

Avant de passer au dernier fiasco européen, nous allons faire un mixage de ce développement du Pipelineistan avec la nouvelle «découverte» du Pentagone – par le directeur adjoint de l’Agence du renseignement de défense (DIA), David Shedd, selon lequel la guerre par procuration en Syrie peut durer  » plusieurs années «  . Si cela se produit, bye-bye le pipeline.

On se demande ce que ces ‘’assistants penseur’’ du Pentagone ont bien pu faire depuis début 2011, considérant qu’ils prédisaient la chute de Bachar al-Assad toutes les deux semaines. Maintenant, ils ont aussi «découvert» que les djihadistes du théâtre syrien appartenant au Jabhat al-Nusra et au moule d’al-Qaïda en Irak (AQI) sont, en fait, en train d’exécutent un (horrible) show. Shedd a admis qu’il y avait « au moins 1.200 » factions / gangs de « rebelles » disparates en Syrie, la plupart d’entre eux n’ayant rien à faire là.

Attestant de l’épouvantable moyenne de QI impliquée dans le débat de politique étrangère à Washington, cette information devrait être triturée pour encore justifier une autre aventure militaire à l’horizon – en particulier après que le président Barack -« Assad doit partir » – Obama ait déclaré qu’il autoriserait l’armement ‘’light’’ des «bons» rebelles uniquement. Comme si les dures lois de la guerre obéissaient à quelque bonne fée des armes quelque part là-haut dans le ciel.

Entre en scène du général Martin Dempsey, Chef d’Etat-Major des Armées. Le même jour où Téhéran, Bagdad et Damas étaient en train de parler sérieusement d’affaires d’énergie, Dempsey écrivait aux sénateurs américains de la clique belliciste des John McCain que l’entrée des États-Unis dans une nouvelle guerre conduirait à des « conséquences imprévisibles ».

Dempsey a écrit que, armer et entrainer les «bons» rebelles (à supposer que la CIA ait une idée de qui ils sont) coûterait « 500 millions de dollars par an au départ», exigerait «plusieurs centaines à plusieurs milliers de soldats» et risque d’armer, par la même occasion, les djihadistes du style Al-Qaïda , plongeant ainsi Washington, selon l’évaluation ‘’Pentagonnienne’’ de Dempsey, dans une « association involontaire avec des crimes de guerre en raison des grosses difficultés».

Dans le cas où l’administration Obama cèderait à l’option favorite des va-t-en-guerre – une zone d’exclusion aérienne – Dempsey a également déclaré que pour des frappes aériennes « limitées », il faudrait « des centaines d’avions, navires, sous-marins et d’autres moyens », pour un coût » de l’ordre du milliards « , et tout cela pour atteindre des résultats bien moindres que la « dégradation significative des capacités du régime et une augmentation des désertions du régime » espérées.

Dempsey au moins a été franc ; contrairement à Kadhafi en Libye, les forces de Bachar al-Assad ne plieront pas à cause d’une zone d’exclusion aérienne. Et ça ne changerait pas grand-chose parce que le gouvernement syrien « repose massivement sur une puissance de feu terrestre – mortiers, artillerie et missiles ». Et même une zone d’exclusion aérienne limitée- ce que l’ancienne star du Département d’État Anne-Marie Slaughter définissait par euphémisme comme un « no-kill zone » – coûterait « plus de 1 milliard de dollars par mois ». Et qui va payer pour tout cela? La Chine?

Même avec Dempsey jouant au flic de  dieu et agitant la voix de la raison – quelque chose d’assez étonnant en soi, mais il a quand même été en Irak, et a vu de ses propres yeux comment on peut se prendre des coups de pied au cul par une bande d’enturbannés armés kalachnikovs d’occasion – les experts des médias américains se délectaient encore du débat interne au sein de l’administration Obama sur la « sagesse » d’une nouvelle guerre.

Regrouper les chers djihadistes

Et alors que le débat sur la «sagesse» était parti pour durer, l’Union européenne a décidé d’agir ; s’inclinant humblement devant la pression des Etats-Unis et d’Israël, l’UE – elle-même sous la pression du Royaume-Uni et des Pays-Bas – inscrivent la branche armée du Hezbollah sur liste noire comme organisation terroriste.

Le prétexte était l’attentat contre un bus transportant des Israéliens en Bulgarie en 2012. Le Hezbollah a dit qu’il n’avait rien à voir avec cela. Les enquêteurs bulgares disent catégoriquement oui d’abord, puis peut-être, et maintenant ils admettent même que la preuve des circonstances est fragile.

Donc, le prétexte est bidon. C’est l’Union européenne – après le méprisable refus de droits de survol de l’avion présidentiel bolivien – jouant une fois de plus le caniche docile, avec les Angliches et les Hollandais, essayent d’affaiblir le Hezbollah juste au moment où ce dernier confortait ses bases à la frontière syrienne / libanaise et avait en fait battu tous ces djihadistes du Jabhat al-Nusra et autres AQI.

Comme une illustration graphique de la totale ignorance de l’UE – certains diraient stupidité – la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la France, en particulier, suivi par les autres, viennent de marquer comme « terroristes » l’organisation qui se bat sur le terrain en Syrie / Liban contre les djihadistes, tandis que le djihadistes eux-mêmes s’en tirent. Plus ignorant / arrogant, tu meurs.

Alors, quelle est la prochaine étape? Il ne serait pas si farfelu que ça d’imaginer l’UE, oubliant totalement le pipeline qui en fin de compte profitera à ses citoyens, émettant – sous la pression américaine – une directive pour marquer l’ensemble Iran-Irak-Syrie comme axe terroriste. Ils feraient ensuite du lobbying pour une zone d’exclusion aérienne qui s’applique à tous, et recruteraient des djihadistes de partout pour la guerre sainte contre l’axe, soutenue par une fatwa émise par le cheikh Yusuf al-Qaradawi. Mais d’abord, ils auraient besoin de l’approbation de Washington. En fait, ils pourraient même obtenir.

Pepe Escobar

Traduction Avic

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-04-230713.html

Volte-face de l’Europe – Echec de Bandar Ben Sultan


Bandar Ben SultanLa dernière tournée européenne du prince saoudien Bandar ben Sultan avec des militaires saoudiens a connu un grand revers. Alors qu’il est parti convaincre les pays européens d’accroitre leurs aides militaires à l’opposition syrienne, ces pays ont été tous unanimes à rejeter cette requête.

Des journalistes français ayant rencontré le président français François Hollande après son entretien avec le chef des renseignements saoudiens Bandar, ont rapporté que « le front d’attaque contre la Syrie est désormais limité à un bloc regroupant certains pays du Golfe et certains services sécuritaires européens après le retrait officiel de la France et de la Grande-Bretagne de tout effort militaire dont l’objectif est de réaliser un certain équilibre de force en Syrie ».

De même source on indique que Hollande a informé les journalistes que « les armes parviendront à l’opposition syrienne non pas à travers l’Union Européenne », faisant allusion aux efforts de Bandar ben Sultan visant à armer et financer le terrorisme.

Par ailleurs, deux députés français ont appelé le président français recourir à la raison dans le traitement de la crise syrienne et à refuser de fournir des armes à l’opposition.

« Les masques sont tombés et le vrai visage de certaines figures de l’opposition syrienne est apparu. Même si cette opposition comprenait certains courants démocratiques, la plupart des courants restants sont des extrémistes et des  jihadistes », ont écrit Jacques Mayar et Alain Marsaud dans ce communiqué.

Et d’ajouter : « Toute fourniture d’armes à cette opposition ne provoquera que plus de chaos, non seulement en Syrie, mais dans tout le Moyen Orient ». Le texte du communiqué a appelé le président français à travailler de concert avec la Russie pour parvenir à une solution politique à la crise syrienne et à renoncer à toute option militaire ».

Les deux députés sont des plus influents au Parlement français, et sont experts dans les affaires du terrorisme. Ils font partie du comité des affaires étrangères au parlement.

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=122154&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=37&s1=1

Le désespoir du comportement occidental et l’exemple sud-américain pour l’Afrique


h_50902207.jpg.1000x297x1Les dernières semaines ont été riches en événements : nouvelle révolution en Egypte, affaire d’Edward Snowden qui demande officiellement l’asile politique en Russie et comportement scandaleux de la part des pays européens à l’encontre d’un chef d’Etat, en l’occurrence d’Evo Morales, président de la République de Bolivie.

Il aurait été intéressant d’aborder deux choses dans cet article. La première est que l’Europe (au sens de l’Union européenne) a prouvé une fois de plus qu’il ne s’agit nullement d’un ensemble indépendant. Crier au scandale suite aux révélations faites par Edward Snowden face à « l’allié » étasunien et juste après fermer son espace aérien à un chef d’Etat qui transporterait soi-disant le fameux jeune homme, c’est tout simplement de l’hypocrisie par excellence… Pire encore, contraindre à une escale forcée un avion présidentiel, le retenir durant près de 13 heures et fouiller l’avion du président Morales est la pire violation qui puisse être lorsqu’on connait ne serait-ce qu’un peu l’immunité diplomatique, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un chef d’Etat et lorsqu’on maitrise un peu le droit international.

Dès son retour au pays, Evo Morales a été acclamé par ses concitoyens. Les manifestants boliviens ont également jeté des pierres sur l’ambassade de France qui avait fermé son espace aérien à l’avion de leur président. Par ailleurs, plusieurs drapeaux français, étasuniens et ceux de l’Union européenne ont été brûlés lors des manifestations en Bolivie. Il faut avouer que depuis pas mal de temps, on est habitué à voir brûler des drapeaux des USA et d’Israël au quatre coins du monde, mais depuis quelques années, ceux de la France, pays des droits de l’Homme et de la démocratie, commencent à rattraper activement le retard, surtout après les interventions néocoloniales en Côte d’Ivoire ainsi qu’en Libye, et maintenant après l’alignement, une fois de plus, sur le pays de l’Oncle Sam dans l’affaire Snowden, en insultant ouvertement un chef d’Etat. Après tout, en suivant la logique du gouvernement français, si les USA écoutent les conversations téléphoniques et lisent les messages électroniques des citoyens français, c’est pour leur bien, non ? Une surveillance « utile » devrait-on penser.

Quoiqu’il en soit, la réaction sud-américaine ne s’est pas fait attendre. L’Union des nations sud-américaines (UNASUR) a vivement condamné le comportement des pays européens et a exigé des excuses publiques de la part des pays concernés. Dans une déclaration commune, les pays de l’UNASUR réclament des explications à la France, au Portugal, à l’Espagne et à l’Italie et dénoncent des « actes inamicaux et injustifiables ». La présidente de l’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, a quant à elle déclaré que le comportement européen montre « un vestige du colonialisme » et une « humiliation pour toute l’Amérique du Sud ». Le chef d’Etat équatorien Rafael Correa a affirmé pour sa part que si c’était un chef d’Etat occidental qui avait subi la même situation, « les tambours de la guerre auraient probablement déjà sonné ». Nicolas Maduro, le président du Venezuela, a ajouté de son côté qu’un ministre d’un gouvernement européen ayant souhaité garder l’anonymat lui a affirmé que c’est la CIA qui était derrière ledit incident. Ce qui est certain, c’est que la réaction de l’UNASUR est une réponse digne à un comportement colonial, surtout lorsqu’on sait que l’Amérique du Sud est un continent qui a bien connu ce triste phénomène, y compris au XXe siècle.

Néanmoins, le fait que l’Europe dans sa forme qu’est l’UE ait prouvé une fois de plus sa vassalité à l’Empire étasunien et d’une manière aussi ridicule, au final n’est pas si surprenant. Surtout lorsqu’on connait les liens étroits entre les « élites » occidentales. Le problème, c’est que les ces vassaux imposent à leur tour le système vassalique à d’autres pays, en premier lieu africains. L’Afrique est effectivement le continent qui au 21e siècle subit encore la loi coloniale, en premier lieu de ses ex-métropoles. Que faire face à cela ?

Eh bien, l’Afrique doit probablement s’inspirer considérablement du continent sud-américain. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Amérique du Sud et l’Amérique latine en général étaient considérées comme des territoires conquis par l’Empire étasunien. Pourtant aujourd’hui, grâce à des leaders responsables et patriotes, la situation est toute autre et une vraie union solidaire a été mise en place par les leaders sud-américains. Il s’agit véritablement d’une union capable de répondre aux défis qui lui sont lancés, et ce non seulement au niveau régional mais également global. C’est l’occasion donc pour l’Afrique de s’inspirer de l’UNASUR pour relever les nombreux défis du continent africain, subissant encore aujourd’hui la loi du plus fort et ne profitant nullement dans sa majorité des énormes ressources qui lui appartiennent. D’autant plus que les Etats occidentaux et leurs « élites » à court d’idées prouvent de par leur comportement, pour le moins ridicule, un aveu presque non voilé d’impuissance. Le monde change à vitesse grand V, aidons-le dans cette voie. Ceux qui traditionnellement dictent et imposent aux autres leurs volontés finiront bien par se conformer à la nouvelle réalité, dans un monde nouveau et plus juste. Hasta la vista !

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les politiques de visas, révélatrices des relations entre pays


Tribune libre

 

passports with visa stamps for asiaLes règles régissant la nécessité de présenter un visa pour entrer dans un pays varient selon la nationalité des voyageurs. Elles sont établies en fonction d’accords ou non-accords bilatéraux ou multinationaux. Par exemple, il n’y a pas besoin de visa pour se déplacer au sein l’Union Européenne. En France, les visas apparaissent dès la Révolution, alors que les révolutionnaires craignaient une invasion d’étrangers monarchistes venus mener une contre-révolution.
De nos jours, pourquoi des visas sont-ils mis en place entre pays ?

Faut-il un visa ? Des raisons historiques et géopolitiques

Ces accords ou absence d’accords sont dus, bien souvent, à des raisons historiques, telles que les relations entre anciens pays colonisateurs et colonisés. C’est le cas, par exemple, pour la plupart des pays Africains qui demandent un visa aux ressortissants européens ; le Sénégal va à son tour instaurer un visa pour les Français, à compter du 1er juillet 2013. Certaines situations sont également issues de la Guerre Froide après la Seconde guerre mondiale : il y avait alors une opposition du bloc dit occidental (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni…), face au bloc dit de l’Est ou communiste à l’époque (URSS et ses satellites…), ainsi que des pays non-alignés (pays dits du Sud, Inde, Egypte…).

De nos jours, ces positions ont évolué mais ont encore un impact pour les Français dans leurs relations avec des pays comme l’Inde, la Chine ou la Russie, géopolitiquement éloignés de la France, notamment depuis son retour dans le commandement intégré de l’OTAN en 2009. Les tensions et conflits contemporains au Moyen-Orient et en Afrique, impliquant indirectement de nombreux pays, influent également sur les facilités d’obtention de visas. A l’inverse, les rapprochements diplomatiques entre pays sont illustrés par la suppression de visas entre ceux-ci, comme en témoignent les accords signés entre la Russie et le Brésil en 2008, les récentes annonces de la Turquie vis-à-vis de l’Algérie ou encore l’idée d’un visa touristique commun entre le Cambodge et la Thaïlande.

Voyages touristiques ou d’affaires : impacts économiques des visas

Les visas peuvent également servir à réguler les flux de touristes, en imposant un certain nombre de règles afin de les restreindre. C’est le cas notamment pour les pays au régime autoritaire comme la Corée du Nord ou le Yémen. Au contraire, en mettant cette démarche au rang de simple formalité pécuniaire dans les pays dont l’économie est principalement basée sur le tourisme, les visas constituent une source de revenus non-négligeable. C’est particulièrement le cas pour les pays du Sud-Est Asiatique tels que la Thaïlande, l’Indonésie ou encore le Cambodge et le Vietnam, qui voient des millions de personnes passer leurs frontières chaque année.

De manière plus générale les visas de longs séjours, notamment de travail ou de vacances-travail, sont liés aux politiques d’immigration des pays en fonction de besoins déterminés chaque année. Ces règles sont établies par chaque pays indépendamment des demandes, selon leurs besoins propres. Par ailleurs, les visas ne doivent pas empêcher les échanges commerciaux entre ressortissants de pays différents, c’est pourquoi pour certains pays il devrait devenir plus facile d’obtenir un visa Affaires que Touristique, c’est, par exemple, ce que la Russie a annoncé souhaiter pour les Français.

Des situations propres à chaque pays

Pour mieux comprendre, voici la carte des pays dans lesquels les Français ont besoin d’un visa pour séjourner moins de 3 mois :

Carte_d'accès_des_ressortissants_français_avec_leur_passeport

La même carte des visas obligatoires pour les Britaniques :
BritishVisaFree

Ou encore les visas nécessaires pour les Chinois :
Visa-free_travel_for_Colombians

Les règles de visas dans le monde sont basées sur des accords de réciprocité et sont donc révélatrices des relations entre pays. Elles évoluent avec le temps en fonction des politiques de chaque pays et des actualités internationales. Il est ainsi difficile de prévoir les règles de visas qui seront en place dans le monde en 2050 !

par l’équipe RapideVisa

Les dangers du traité transatlantique UE-USA


eu_us_flagJeudi, le parlement européen a voté les amendements sur le projet déposé par la Commission Européenne pour négocier un accord de libre-échange transatlantique. Un accord qui révèle tout ce qui ne va pas dans cette Union Européenne, dogmatiquement néolibérale et sous influence étasunienne.
La course au moins-disant
Il faut remercier l’Humanité pour avoir publié le texte du projet de mandat de négociation de la Commission Européenne et sensibiliser l’opinion à cet accord dont on ne parle pas suffisamment, ainsi que Magali Pernin, qui a publié sa traduction en français. Vous pouvez également trouver de nombreuses informations sur la genèse et l’avancée de ce traité sur le site La théorie du tout, de Liior Chamla. Même l’ultra-fédéraliste Jean Quatremer s’est inquiété sur son blog de l’avancée de ce texte, qui donne du grain à moudre à ceux qui dénoncent « l’Europe pro-étasunienne et ultralibérale ».
Et il faut dire que c’est bien le cas. Comme d’habitude, la Commission annonce des bénéfices colossaux pour l’Europe : 119 milliards de dollars de PIB additionnel, sans que l’on comprenne bien comment, d’autant plus que les précédents traités ne semblent pas vraiment avoir soutenu notre croissance. Mais en plus, ce genre de pronostic est totalement ridicule sachant que l’euro est au moins surévalué de 15% par rapport au dollar. A quoi bon réduire des droits de douane, qui tournent entre 3 et 4%, si c’est pour être pénalisé de quatre fois plus du fait de la sous-évaluation chronique du billet vert ?
Ensuite, se pose aussi la question des normes. Cet accord représente aussi pour les Etats-Unis le moyen d’imposer à l’Europe de démanteler ses barrières contre les bovins aux hormones ou les poulets aux antibiotiques, après avoir déjà réussi à nous imposer les volailles lavées à l’acide. Mais pourquoi libéraliser le commerce si c’est pour faire reculer les normes sanitaires de notre continent ? On comprend l’intérêt mercantile des Etats-Unis, mais on ne voit pas bien l’intérêt pour les peuples européens, qui vont à la fois perdre des emplois et des ventes, mais aussi sur notre sécurité !
L’Europe étasunienne

Mais l’autre problème que pose ce nouveau traité, c’est le biais atlantiste et étasunien de cette construction européenne. Le Général de Gaulle avait bien raison de dire qu’il était le seul à vouloir construire une europe européenne. Le Traité Constitutionnel Européen puis le traité de Lisbonne affirment que notre « défense commune est réalisée dans le cadre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ». A quoi bon construire l’Europe, un ensemble qui pèse économiquement aussi lourd que les Etats-Unis, si c’est pour se mettre dans leurs mains pour les questions de défense ?

Et dans la pratique, cet accord semble s’inscrire dans la droite lignée de cette vision atlantiste de l’Europe. Liior Chamla rappelait qu’en 2008, le parlement européen avait voté une résolution disant que « le partenariat transatlantique est une pierre angulaire de la politique extérieure de l’Union Européenne, ainsi que de sa politique économique globale ». Et ici, la levée des barrières sera totalement hypocrite de la part de Washington puisque rien ne sera fait pour traiter le sujet monétaire alors que la première barrière commerciale est justement la sous-évaluation du dollar…

Encore un sujet où le gouvernement semble tenir un double langage, entre un discours ferme pour les citoyens et les concessions faites par la Commission, comme le rapporte Magali Pernin. Assurément un sujet qu’il convient de suivre et qui expose tout ce qui va mal dans cette Europe.

Une Europe en guerre contre un ennemi qu’elle s’invente


JRSEurosurletter090712Frontex, mot valise européen à consonance française pour rendre hommage, dit-on, à la belle attitude de notre pays dans la guerre aux migrants extra-européens, c’est une machine de guerre contre « l’invasion » de la plantureuse Europe par de prétendues hordes de mendiants.

Un budget en croissance très rapide en période d’économies, pour une externalisation qui consiste pour les Etats européens, selon Claire Rodier, « à sous-traiter la gestion de l’immigration irrégulière aux pays limitrophes (Maghreb, Europe de l’Est) [ce qui] a plusieurs avantages: d’une part, elle opère un transfert du «sale boulot» (déportations de masse, détentions arbitraires, tortures) dans des pays dont les standards sont moins élevés qu’en Europe, en permettant de s’affranchir des obligations que les lois européennes imposent en matière «de respect des droits de l’homme»; d’autre part, elle participe du rapport de dépendance que l’Union Européenne entretient avec son voisinage proche. Car, aux pays concernés, on promet, en échange de leur collaboration, le financement d’actions de coopération ou des contreparties de nature politique ou diplomatique. Mais ils n’ont en général ni la capacité matérielle, ni le cadre juridique, ni la volonté politique d’assumer le rôle de «cordon sanitaire» de l’Europe qu’on leur assigne. »

Un marché lucratif pour les entreprises de sécurité, « [qui] déploie[nt] des forces humaines (des policiers “nationaux”) et techniques (des hélicoptères, des avions, des navires, des radars, des caméras thermiques, des sondes mesurant le taux de gaz carbonique émis, des détecteurs de battements de cœur et bientôt… des drones) en Méditerranée et à l’est de l’Europe« .

Ces dispositifs de blocage obligent les candidats à la migration vers l’Europe à emprunter des routes nouvelles, plus longues et plus dangereuses. De ce fait, on estime à plusieurs millers par an le nombre de morts.

Frontex participe à la recherche internationale dans son domaine. En témoigne l’organisation d’un Workshop on innovation in border control en août 2013 à Uppsala. Au programme:

  • Détection, identification et authentication des étrangers « à risque »
  • Communication entre les équipes opérationnelles et les autorités locales de contrôle des frontières
  • Partage de l’information concernant la sécurité des frontières, interopérabilité
  • Acquisition, fusion et utilisation des données relatives à la sécurité des frontières
  • Evolutions technologiques, acceptabilité et intégration. En Newspeak dans le texte: « CHALLENGE: Various new technologies with border control application potential are emerging, however, their integration into the border control processing chain poses administrative, technical, societal, privacy and human-machine optimisation issues« . La prise en compte des transgressions de toutes natures attendues des évolutions engagées fait partie intégrante de la réflexion qui le programme!

Le développement galopant de cette armada (6 millions d’euros en 2005, 86 millions en 2011) s’accompagne inévitablement d’un questionnement sur la nature de ses interventions. Un consortium d’une quinzaine d’associations de sept pays (Belgique, Cameroun, France, Italie, Mali, Maroc, Mauritanie) et deux réseaux euro-africains ne se font pas d’illusions. « Symbole de la politique sécuritaire en matière migratoire et bras armé des États membres de l’UE, Frontex pose question notamment concernant la violation des droits lors de l’interception et du renvoi forcé des migrant.e.s. : Que se passe-t-il véritablement aux frontières ? Et qui est responsable de ce qui s’y passe ?

Lors de ces opérations, le respect des droits humains est mis en danger, particulièrement le droit d’asile, le droit à un traitement digne et au respect de l’intégrité physique. L’opacité des opérations – maritimes, aériennes et terrestres – conduites par FRONTEX et la dilution des responsabilités qui les caractérise portent atteinte aux principes fondamentaux reconnus par l’UE, ses États membres et les États tiers partenaires de l’agence« .

A l’initiative de Migreurop, les opposants à cette entreprise étrange ont lancé une campagne d’information et de protestation, Frontexit. « L’objectif de Frontexit est double : informer un large public sur les dérives auxquelles donnent lieu les opérations de Frontex en termes de droits humains, et dénoncer ces dérives auprès des représentants politiques directement impliqués.

Plus concrètement, à travers nos actions d’investigation, de contentieux, de sensibilisation et d’interpellation politique, nous demandons :

• la transparence sur les mandats, les responsabilités et les actions de Frontex ;

• la suspension des activités de l’agence identifiées comme contraires aux droits humains ;

• l’annulation du règlement créant l’agence Frontex, s’il est démontré que le mandat de l’agence est incompatible avec le respect des droits fondamentaux. »

Cependant, une étude publiée en février 2013, Immigration et croissance économique en France entre 1994 et 20081 semble indiquer que lorsque le produit intérieur brut par habitant décroît, l’immigration diminue, et quand le chômage augmente, l’immigration professionnelle diminue. Tiens!… Les migrants feraient-ils preuve de jugement dans le choix du pays qu’ils rejoignent? La récession et le chômage qui sont le lot actuel de la France seraient-ils finalement plus convaincants que le dispositif de guerre déployé par l’UE?

Martine et Jean-Claude Vernier

http://blogs.mediapart.fr/blog/fini-de-rire/100513/une-europe-en-guerre-contre-un-ennemi-qu-elle-s-invente

Crêpage de chignons US / UE


BARROSO CEPARIS – Amateurs de turbo-néolibéralisme, réjouissez-vous –  prenez vos bouteilles de Moët et Chandon , et prenez place aux premières loges ; cet été, il n’y aura pas pire crêpage de chignons que les premiers rounds qui opposeront les deux géants occidentaux. Oubliez le « pivot » du Pentagone vers l’Asie, sans jamais abandonner le Moyen-Orient ; des broutilles, comparé à ce voyage dans les arcanes du turbo-capitalisme, dignes d’un néo-Balzac.

Nous parlons du nouveau Saint Graal – l’accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Union Européenne, la création d’un marché interne transatlantique géant (25% des exportations mondiales, 31% des importations mondiales, 57% des investissements étrangers), dans lequel les biens et services (mais pas les gens) pourront « librement » circuler, ce qui, en théorie, sortirait l’Europe de son marasme actuel.

Le problème est que pour atteindre ce monde meilleur (Brave New World) présidé par la déesse du marché, l’Europe devra renoncer à certaines de ses normes juridiques, environnementales, culturelles et de santé, plutôt complexes.

Dans ce paradis bureaucratique kafkaïen/orwellien également connu sous le nom de Bruxelles, des hordes d’inconnus sans visages, tels des hommes au chapeau melon sortant d’un tableau de Magritte, se plaignent ouvertement de cette « aventure ». Il y a, de plus en plus, chez eux un consensus sur le fait que l’Europe a tout à perdre et peu à gagner dans cette affaire, en contraste avec les ennemis de l’intégration européenne, moqués comme des fanatiques d’une Europe « pro-US » et « ultra-libérale ».

Encore le péril jaune

Il est de plus en plus curieux de constater que la grande majorité des nations européennes voulait vraiment un accord de libre-échange depuis longtemps, contrairement aux Etats-Unis plus protectionnistes. A l’heure actuelle, officiellement du moins, aucune des nations de l’UE ne s’oppose à la transaction. Voici la raison non officielle : personne ne peut se permettre d’être accusé d’être un ennemi des Etats-Unis.

La Commission européenne (CE) estime que la croissance du produit national brut de l’UE dans son ensemble devrait progresser de 0,5% – pas exactement un objectif à la chinoise. Les Etats-Unis, en revanche, sont beaucoup plus enthousiastes ; le Sénat US estime que, sans droits de douane, les exportations US vers l’Europe augmenteront de près de 20%.

Le cœur du problème, en remportant l’affaire, sera d’harmoniser les règles responsables du blocage de la si vantée libre circulation totale des marchandises. «Harmoniser » signifie diluer les règles européennes. Mais le hic c’est que Washington ne veut pas seulement un accord transatlantique. Le but ultime est de graver dans le marbre les règles globales pour tout ce qui va être plus tard imposé partout ; c’est le code pour ouvrir totalement le marché chinois, avec absolument aucune restriction, pour les sociétés occidentales.
Le German Marshall Fund des États-Unis va droit au but ; le capitalisme occidental doit rester la norme universelle, contre la « menace » d’un capitalisme chinois géré par l’Etat. Ce qui réduit en cendres l’idée que le capitalisme chinois a été – et continue d’être – le sauveur de l’énorme crise actuelle du capitalisme occidental.

L’accord US-UE est également censé être la cerise sur le gâteau des accords déjà signés par les Etats-Unis individuellement avec plusieurs pays en Asie. La question ne se pose absolument pas de savoir de quel côté est le plus fort. Le président US Barack Obama joue déjà très gros en termes de relations publiques, soulignant à chaque occasion qui se présente que l’Europe s’est trouvée en difficulté parce qu’elle essayait de trouver une recette pour la croissance. Et les Etats-Unis peuvent compter sur des éléments de la cinquième colonne, comme le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, pour qui les français – qui défendent beaucoup d’exceptions – sont déjà isolés.

Qu’on ne s’y trompe pas ; Washington jouera le tout pour le tout, – dans le style Iron Man 3 – en brisant les normes européennes d’hygiène et phyto-sanitaires et « libéralisant » l’alimentation, le tout génétiquement modifié, depuis la viande améliorée avec des hormones au poulet au chlore. Les règles ennuyeuses établies par les hommes sans visage à Bruxelles ont été systématiquement tournées en dérision par Washington comme « non scientifiques », contrairement aux non-règles US.

L’ultime homme au chapeau melon

C’est seulement maintenant que les citoyens européens surpris commencent à saisir le fait que c’est l’UE qui a proposé l’affaire aux Etats-Unis, et non l’inverse. L’UE signifie ici la Commission Européenne. Et ce qui reste en travers de la gorge, c’est qu’il s’agit de l’ambition d’un seul homme (un Portugais) contre la fierté de tout un pays (la France).

Aggravée par le fait que la négociation a reçu le feu vert personnel d’Obama, et avec le Congrès US interférant à tous les niveaux, la ligne de fond est que, pour les US, « tout est sur la table » – code pour : nous voulons tout, et nous sommes prêts à ne céder sur rien.

La France – déjà soutenue par les ministres de la culture de 12 pays – veut que l’industrie audiovisuelle soit exclue de toutes les négociations, au nom de sa très prisée « exception culturelle ». C’est l’un des rares pays au monde – la Chine est une question tout à fait différente – à ne pas être totalement inondé par les produits hollywoodiens.

En cas de refus, Paris mettra son veto à tout – même si, en privé, les autorités françaises admettent qu’elles n’ont pas le pouvoir d’opposer leur veto à quoi que ce soit, car les entreprises françaises aussi, hélas, veulent l’accord.

Pourtant, Paris va se battre pour tout, allant de l’« exception culturelle » aux normes sanitaires / environnementales les plus importantes. Il sera accompagné par l’Italie sur de nombreux fronts ; il y a déjà une révolte ouverte dans le monde de l’Artisanat Italien au sujet de l’avenir sombre où les gens, partout dans le monde, consommeront du parmesan, du jambon de Parme et des vins Brunello Made in USA.

Sur un autre front, il est certain que Washington ne va pas ouvrir le marché US aux services financiers ou aux transports maritimes européens. C’est juste un exemple de la façon dont l’Europe a beaucoup à perdre et pratiquement rien à gagner.

En définitive, tout cela est lié à l’ambition aveugle d’un étonnant fonctionnaire de carrière européen médiocre – le patron portugais de la CE, José Manuel Barroso. Barroso souhaite obtenir un mandat pour négocier au nom de tous les Etats membres le 14 Juin. Et il s’attend à ce que les négociations se terminent avant la fin de son mandat actuel, en Novembre 2014.

Certains diplomates UE très furieux, ont confirmé en privé à Asia Times que Barroso a monté cette formidable opération pratiquement seul par lui-même, en attendant une future belle récompense de la part de ses maîtres – à Bruxelles ? Que nenni, à Washington. Barroso veut devenir soit le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, soit de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. On ne peut accéder à aucun de ces deux postes sans le feu vert de Washington.

Cela expliquerait la nomination du chef de cabinet de Barroso comme ambassadeur de l’UE à Washington, faisant un lobbying intense auprès des américains, aux côtés de l’ambassadeur du Portugal aux États-Unis et de l’ambassadeur du Portugal à l’UE.

Tous les paris sont ouverts sur le vainqueur de ce monstrueux crêpage de chignon. Les membres de l’UE peuvent voter contre leurs propres intérêts, mais il se pourrait bien alors qu’il y ait une déferlante de colère des citoyens européens déjà aux abois. Cette nouvelle saga du turbo-capitalisme occidental a tous les éléments pour être, en fait, tout à fait révolutionnaire.

par Pepe Escobar   Asia Times.

Traduction Avic

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Il y a quelques années, les experts russes ont mis au point une modélisation mathématique de l’évolution de l’Union européenne jusqu’en 2024. Leurs résultats ont montré que l’austérité financière dictée par l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne fera que la plus grande partie des financements de l’UE sera orientée vers la soi-disant «vieille Europe». Une petite partie des fonds devrait atteindre les États frontaliers de la vieille Europe (Pologne, République tchèque, Slovénie et Slovaquie), tandis que les États membres de l’UE, à l’est de cette ligne, ne recevront que des promesses. Cela concerne la Grèce, la Bulgarie et la Hongrie. Seule la Roumanie est exclue de cette configuration. Lire la suite Le remodelage de l’Europe centrale et l’Europe de l’Est. Partie I

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