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Le loup, l’agneau et le tiers – par Uri Avnery


2013628172937_samaa_tvQuand vous avez un conflit entre deux parties, la façon de le résoudre est claire : mettez-les dans la même pièce, laissez-les venir à bout de leurs différences et ils en sortent avec une solution raisonnable et acceptable pour tous les deux.

Par exemple, un conflit entre un loup et un agneau. Mettez-les dans la même pièce, laissez-les venir à bout de leurs différences et ils en sortent avec …

Hé, attendez une minute. Le loup en sort. Mais où est passé l’agneau?

Si vous avez un conflit entre deux parties telles qu’un loup et un agneau, vous devez disposer d’un tiers dans la chambre, juste pour s’assurer que la Partie 1 ne va pas prendre la Partie 2 pour son dîner, au cours des négociations.

L’équilibre des forces entre Israël et l’Autorité palestinienne est comme celle entre un loup et un agneau. Dans presque tous les domaines – économique, militaire, politique – Israël dispose d’un vaste avantage.

C’est une réalité. Il appartient à la tierce partie de la rééquilibrer en quelque sorte.

Peut-elle le faire ? Le fera-t-elle ?

J’ai toujours aimé John Kerry. Il dégage un air d’honnêteté, de sincérité, qui semble réel. Ses efforts obstinés forcent le respect. L’annonce cette semaine qu’il a enfin fini par atteindre ne serait-ce même que la première étape des négociations entre les parties peut donner lieu à l’optimisme.

Comme Mao a dit: une marche de mille kilomètres commence par un premier pas.

Les parties ont convenu d’une réunion des délégués pour travailler sur les détails préliminaires. Elle devrait avoir lieu la semaine prochaine à Washington. Jusqu’ici ça va.

La première question est: qui sera la troisième personne? Des fuites ont divulgué que le principal candidat pour cette tâche délicate est Martin Indyk, un vétéran ancien officier du Département d’Etat.

C’est un choix problématique. Indyk est juif et très impliqué dans les activités juives et sionistes. Il est né en Angleterre et a grandi en Australie. Il a servi deux fois comme ambassadeur américain en Israël.

Les Israéliens de droite s’opposent à lui parce qu’il est actif dans les institutions israéliennes de gauche. Il est membre du conseil d’administration du New Israel Fund, qui apporte un soutien financier aux organisations pacifistes modérées israéliennes et est diabolisé par ceux de l’extrême droite autour de Binyamin Netanyahu.

Les Palestiniens peuvent se demander si parmi les 300 millions de citoyens américains il n’y a pas un seul non-Juif qui pourrait gérer ce travail. Depuis de nombreuses années maintenant, il s’est trouvé que presque tous les responsables américains qui se sont occupés du problème israélo-arabe ont été des Juifs. Et la quasi-totalité d’entre eux sont par la suite devenus des pontes dans des think-tanks et autres organisations sionistes.

Si les Etats-Unis avait été appelé à arbitrer les négociations entre, disons, l’Egypte et l’Ethiopie, auraient-ils nommé un Éthiopien-américain?

J’ai rencontré plusieurs fois Indyk, généralement à des réceptions diplomatiques (pas celles de l’ambassade des États-Unis, auxquelles je n’ai pas été invité.) Une fois je lui ai envoyé une lettre en rapport avec son nom.

L’histoire de Indyk est bien connue de tous ceux qui sont versés dans le folklore juif. Elle a été racontée par un rabbin juif très influent, Nachman de Braslaw (1772-1811), qui a de nombreux adeptes, encore aujourd’hui en Israël.

Il était une fois un prince qui souffrait de l’illusion qu’il était un Indyk (dinde en yiddish -. A partir de l’hébreu pour poule indienne). Il s’asseyait nu sous une table et ne mangeait que les miettes qu’on lui jetait.

Après que tous les médecins aient échoué à le guérir, un rabbin sage prit l’affaire en main. Il ôta ses vêtements, s’assit nu sous la table et commença lui aussi à agir comme un Indyk. Étape par étape, il finit par convaincre le prince qu’un Indyk peut porter des vêtements, manger de la nourriture normale et, à la fin, s’asseoir à table au lieu d’être en dessous. De cette façon, le prince fut guéri.

Certains pourraient dire que cette histoire a une incidence directe sur son travail futur, si c’est bien lui qui est choisi. Deux Indyks nus sont maintenant sous la table, et son travail sera de les amener à s’asseoir à la table et parler sérieusement de paix.

Il est vrai que les Palestiniens sont habitués à avoir des miettes qui leur sont jetées, mais maintenant ils peuvent exiger de la vraie nourriture.

Les chances pour les négociations de paix peuvent être évaluées par l’atmosphère qui règne des deux côtés, la terminologie qu’ils utilisent et les discussions internes qu’ils mènent.

Ce n’est pas très encourageant.

En Israël, presque personne n’utilise le mot «paix». Même Tzipi Livni, qui sera en charge de la négociation du côté israélien, parle seulement d’un «accord sur le statut final» qui «mettrait un terme au conflit», mais pas de la fin de l’occupation.

La plupart des Israéliens dédaignent totalement l’évènement, estimant que l’unique but de Netanyahou et de Mahmoud Abbas est d’avorter les négociations de manière à mettre la responsabilité sur l’autre côté. La plupart des Palestiniens pensent la même chose. La paix n’est certainement pas dans l’air.

Toutefois, un sondage réalisé cette semaine a montré que la grande majorité des Israéliens – 55 à 25 (ou, en pourcentage, 69% contre 31%) – voteraient lors d’un référendum pour un accord de paix obtenu par le Premier ministre. Je n’ai jamais eu aucun doute à ce sujet.

L’idée d’organiser un référendum sur un accord de paix est maintenant préconisée par la droite et rejetée par la gauche. Je suis pour. Sans une solide majorité, il serait, dans tous les cas, presque impossible pour un gouvernement de retirer les colonies. Et je crois que tout accord concret accepté par une direction palestinienne crédible et recommandée par les États-Unis recevra un retentissant «Oui» à un référendum.

La plupart des experts disent qu’Israël ne devrait pas s’efforcer de chercher un accord définitif, mais plutôt un accord plus modeste «provisoire». Ils citent le vieil adage juif: «Celui qui veut attraper trop n’attrape rien. »

Excusez-moi de ne pas être d’accord…

Tout d’abord, il y a le dicton qui dit que vous ne pouvez pas traverser un abîme en deux sauts. Pas d’arrêt en plein milieu. Nous avions cité ce dicton à Yitzhak Rabin après Oslo.

L’erreur fatale de l’accord d’Oslo était que tout était provisoire. Le but final n’était pas indiqué. Pour les Palestiniens, il était clair que l’objectif était la mise en place de l’État de Palestine dans tous les territoires occupés, y compris Jérusalem-Est. Pour le côté israélien, ce n’était pas clair du tout. En l’absence d’un accord à ce sujet, chaque étape intermédiaire devenait un point de discorde. Si vous voulez aller en train de Paris à Berlin, les gares intermédiaires sont différentes de celles situées sur le chemin de Madrid.

Oslo a abandonné sa pauvre âme quelque part le long du chemin avec les querelles sans fin sur le «passage sécurisé» entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, le « troisième retrait » et autres.

La seule façon de procéder est tout d’abord de parvenir à un accord sur les « questions fondamentales ». Ceci peut être mis en œuvre sur un certain temps – bien que je ne recommanderais pas ça non plus.

La paix israélo-palestinienne est un grand pas dans l’histoire des deux peuples. Si nous avons le courage de la faire, faisons-la, bon Dieu, au lieu de traînailler en pleurnicheries.

Pour l’instant, la grande énigme est: qu’est-ce que Kerry a promis à chaque côté en secret?

La méthode semble bonne. Puisque les deux côtés ne pouvaient s’entendre sur rien, et que chacun exigeait que l’autre entame les négociations «sans conditions préalables» tout en posant beaucoup de conditions préalables lui-même, Kerry a choisi une voie différente.

Il s’est basé sur une logique simple : dans le triangle américano-israélo-palestinien, la quasi-totalité des décisions devront être prises à deux pour un. Dans la pratique, chaque côté a besoin du soutien américain pour obtenir que ses demandes soient acceptées.

Ainsi, au lieu d’essayer de réaliser l’impossible – accord israélo-palestinien sur la base des négociations – l’Amérique a donné à chaque côté la promesse de l’appuyer sur certains points.

Par exemple, en guise de supposition : une promesse que les Etats-Unis soutiendront les Palestiniens sur la question des frontières. La frontière sera basée sur la Ligne verte, avec des échanges de territoires raisonnables. En plus, le gel des colonies, tandis que les négociations continuent. D’autre part, les Etats-Unis soutiendront Israël sur la définition d’Israël en tant qu’Etat «juif» et sur le (non-) retour des réfugiés palestiniens.

Dans le passé, les Etats-Unis ont failli à de telles promesses sans rougir. Par exemple, avant la réunion de Camp David, le président Bill Clinton a donné à Yasser Arafat une promesse solide qu’il condamnera tout côté qui faillira. (Étant donné que la réunion a été organisée sans la moindre préparation, l’échec était prévisible). Après la conférence, Clinton accusa carrément – et à tort – Arafat de toutes les responsabilités, un acte vil de l’opportunisme politique, conçu pour aider sa femme à se faire élire à New York.

En dépit de ces expériences, M. Abbas a mis sa confiance dans Kerry. Il semble que Kerry a le don d’inspirer une telle confiance. Espérons qu’il ne va pas la gaspiller.

Donc, avec ou sans une dinde pour empêcher le loup de dévorer l’agneau, et en dépit de toutes les déceptions passées, espérons que cette fois de véritables négociations se dérouleront et mèneront vers la paix. L’alternative est trop triste à envisager.

Uri Avnery est un écrivain israélien et militant pour la paix avec Gush Shalom. Il est un contributeur au livre de Counterpunch The Politics of Anti-Semitism.

Traduction Avic

http://www.counterpunch.org/2013/07/26/the-wolf-the-lamb-and-the-third-party/

Kerry et chutzpah – Uri Avnery


kerryIsraelS’il vous arrive de tomber sur John Kerry à l’aéroport Ben Gourion, vous pouvez vous demander s’il est en train d’arriver ou de partir. Il peut bien se le demander lui-même.

Cela fait plusieurs semaines maintenant qu’il consacre la majeure partie de son précieux temps à des réunions avec Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas, en essayant d’avoir ces deux personnes ensemble.

Il y a environ une demie heure de trajet de voiture entre le bureau du Premier ministre à Jérusalem et la Mukata’ah du Président palestinien à Ramallah. Mais ils sont plus éloignés l’un de l’autre que la Terre et Mars.

Kerry a pris sur lui de les amener à se rencontrer – peut-être quelque part dans l’espace. Sur la lune, par exemple.

***

SE RENCONTRER POUR quoi faire?

Ah, c’est là le hic. L’idée semble être de se rencontrer juste parce qu’il faut se rencontrer.

Nous avons vu cette procédure pendant des années. Les présidents américains successifs ont tous entrepris de rapprocher les deux parties. Il s’agit d’une croyance américaine, enracinée dans la tradition anglo-saxonne, que si deux personnes convenables et raisonnables se réunissent pour débattre de leurs différences, tout va rentrer dans l’ordre. C’est presque automatique: rencontre – dialogue – accord.

Malheureusement, ça ne fonctionne pas vraiment de cette façon avec les conflits entre les nations, des conflits qui peuvent avoir de profondes racines historiques. Pendant les réunions entre les dirigeants de ces nations, ils ne sont là souvent que pour se lancer à la figure d’anciens accusations, dans le but de convaincre le monde que l’autre côté est complètement dépravé et méprisable.

Chaque camp, ou les deux à la fois, peut être intéressé à prolonger les réunions indéfiniment. Le monde regarde la réunion des leaders, le médiateur et les photographes travaillent dur, tout le monde parle sans cesse de paix, paix, paix.

Je me souviens d’un monsieur scandinave du nom de Gunnar Jarring. Vous vous souvenez? Non? Ne vous culpabilisez pas. Il est éminemment oubliable. Un diplomate suédois tout à fait comme il faut (et Turquologue), il a été mandaté par l’ONU au début des années 1970 pour amener les Egyptiens et Israéliens autour d’une table de négociation pour parvenir à des accords de paix entre eux.

Jarring a pris très au sérieux sa mission historique. Il a fait inlassablement la navette entre Le Caire et Jérusalem. Son nom est devenu une blague en Israël, et probablement en Egypte, aussi.

Les protagonistes d’alors étaient Anwar Sadat et Golda Meir. Comme nous l’avons révélé à l’époque, Sadate a délivré à Jarring un message capital: en échange de la restitution de l’ensemble de la péninsule du Sinaï, conquise par Israël en 1967, il était prêt à faire la paix. Golda a rejeté cette proposition d’un revers de main. Il n’y avait eu, bien sûr, aucune réunion.

(Une blague populaire circulait à l’époque ; Golda et Sadate en face l’un de l’autre à partir de rives opposées du canal de Suez; Golda a crié: « faites l’amour pas la guerre! » Sadate regarda à travers ses jumelles et répondit: «Je préfère la guerre»)

Tout le monde sait comment ce chapitre s’est terminé. Après que  Golda ait tout rejeté, Sadate a attaqué, a remporté une victoire surprise initiale, tout le monde politique a commencé à bouger, Golda a été mise à la porte, et après quatre années de Yitzhak Rabin, Menahem Begin est arrivé au pouvoir et a accepté avec Sadate la même paix qui avait été proposée avant la guerre. Les 3000 soldats israéliens et environ 10.000 Egyptiens qui sont morts dans la guerre n’auront pas vu cet accord.

Jarring, soit dit en passant, est décédé en 2002, méconnu et oublié.

***

Kerry n’est pas Jarring. Tout d’abord, parce qu’il ne représente pas une organisation internationale impuissante, mais la seule superpuissance au monde. La toute-puissance des Etats-Unis d’Amérique est à sa disposition.

Que peut-il faire ?

C’est vraiment la question la plus pertinente – en fait la seule qui soit pertinente – en ce moment.

Il aura besoin de beaucoup de choses pour réaliser son plus cher désir : la rencontre – pas seulement la rencontre, mais La Rencontre – entre Netanyahu et Abbas.

La tâche semble facile. Netanyahu déclare, avec sa sincérité habituelle, qu’il veut cette rencontre. Non, qu’il est impatient de faire cette rencontre. Avec le charme poli d’un présentateur de télévision chevronné familier avec le pouvoir des images visuelles, il a même proposé de monter une tente à mi-chemin entre Jérusalem et Ramallah (à l’infâme check point de Qalandia ?) et de s’asseoir avec Abbas et Kerry jusqu’à ce qu’un accord complet sur tous les aspects du conflit ait été atteint.

Qui pourrait résister à une telle offre généreuse? Pourquoi diable Abbas ne saute-t-il pas sur cette opportunité pour la saisir des deux mains?

Pour une raison très simple.

Le début de nouvelles négociations serait un triomphe politique pour Netanyahu. En fait, c’est tout ce qu’il veut vraiment – la cérémonie, la grandiloquence, les dirigeants se serrant la main, les sourires, les discours pleins de bonne volonté et parler de la paix.

Et après ? Après plus rien. Des négociations qui se poursuivent indéfiniment, des mois, des années, des décennies. Nous avons déjà vu tout ça auparavant. Yitzhak Shamir, un des prédécesseurs de Netanyahu, s’est rendu célèbre pour s’être vanté qu’il aurait traîné les négociations indéfiniment.

Le bénéfice pour Netanyahu serait clair et immédiat. Il serait considéré comme l’homme de la paix. Le gouvernement actuel, le plus à droite et le plus nationaliste qu’Israël ait jamais connu, serait réhabilité. Toutes les personnes à travers le monde qui prêchent un boycott d’Israël dans tous les domaines seraient humiliées et désarmées. L’inquiétude croissante à Jérusalem sur la « délégitimation » et « l’isolement » d’Israël serait apaisée.

Que gagnerait la partie palestinienne dans tout ça? Rien. Pas d’arrêt pour les colonies. Pas même la libération des anciens prisonniers qui ont été incarcérés pendant plus de 20 ans (comme ceux qui ont été libérés au Hamas en échange de Gilad Shalit). Désolé, pas de « conditions préalables »!

Abbas exige que l’objectif des négociations soit précisé à l’avance: la création de l’Etat palestinien avec des frontières « basées sur » les lignes d’avant 1967. L’omission de cette déclaration dans les accords d’Oslo de 1993 a conduit à leur évaporation. Pourquoi faire la même erreur deux fois?

En outre, Abbas veut fixer une date limite pour les négociations. Un an ou deux.

Netanyahu, bien sûr, refuse tout cela. Pour l’instant, le pauvre Kerry essaie de monter quelque chose qui puisse à la fois satisfaire le loup tout en gardant l’agneau vivant. Donner à Abbas des assurances américaines sans les assurances israéliennes, par exemple.

***

Dans toute cette chamaillerie, un fait fondamental est ignoré.

C’est encore cet éléphant. L’éléphant dans la pièce, dont Netanyahu refuse l’existence et que Kerry essaie d’ignorer.

L’occupation.

Il est généralement admis que les négociations se font entre égaux. Dans les dessins animés, Netanyahu et Abbas seraient présentés comme des personnes de taille égale. L’image américaine de deux personnes raisonnables discutant entre eux suppose deux partenaires plus ou moins égaux.

Mais ce tableau d’ensemble est fondamentalement faux. Les «négociations» proposées sont entre une force d’occupation toute-puissante et un peuple occupé presque totalement impuissant. Entre le loup et l’agneau.

(C’est la vieille blague israélienne à nouveau: Pouvez-vous garder un loup et un agneau ensemble ? Bien sûr que vous pouvez, si vous mettez une nouvel agneau chaque jour.)

L’armée israélienne opère librement dans toute la Cisjordanie, y compris à Ramallah. Si Netanyahou le décide, Abbas peut se retrouver demain matin dans une prison israélienne, en compagnie de personnes âgées que Netanyahu refuse de libérer.

Moins radicalement, le gouvernement israélien peut, à tout moment, à volonté, arrêter le transfert des sommes importantes d’argent provenant des impôts et des taxes de douanes qu’il perçoit pour le compte de l’Autorité palestinienne, comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises. Cela mettrait immédiatement l’Autorité palestinienne au bord de la faillite.

Il y a des centaines de façons, plus raffinées les unes que les autres, pour les autorités d’occupation et l’armée d’occupation de rendre la vie insupportable aux palestiniens en tant qu’individus et à la communauté palestinienne dans son ensemble.

Que peuvent faire les Palestiniens pour mettre la pression sur le gouvernement israélien? Très peu de choses. Il y a la menace d’une troisième Intifada. Cela préoccupe l’armée, mais ne l’effraie pas. La réponse de l’armée c’est plus de répression et plus de massacres. Ou bien une autre résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies élevant la Palestine au rang de membre à part entière de l’organisation mondiale. Netanyahu serait furieux, mais le préjudice réel serait limité.

***

Toute pression visant à démarrer des négociations sérieuses qui mèneraient à un accord de paix à terme – disons en un an – doit provenir du Président des Etats-Unis d’Amérique.

C’est tellement évident qu’il n’est guère besoin de le dire.

C’est le nœud du problème.

Kerry peut apporter de l’argent, beaucoup d’argent, pour soudoyer les Palestiniens, ou leur murmurer dans l’oreille de terribles menaces pour leur faire peur et les pousser à rencontrer Netanyahu dans sa tente imaginaire – c’est-à-dire presque rien.

La seule chance de commencer de véritables négociations est pour Barack Obama de mettre tout son poids dans la balance, pour affronter le Congrès et le très puissant lobby pro-israélien et de dicter aux deux côtés le plan de paix américain. Nous savons tous à quoi cela doit ressembler – une combinaison de la ligne (Bill) Clinton et de l’initiative de paix panarabe.

Si John Kerry est incapable d’exercer cette pression, il ne devrait même pas essayer. C’est vraiment une improvisation que de venir ici pour faire bouger les choses lorsque vous n’avez aucun moyen d’imposer une solution. Quelle Impertinence.

Ou, comme on dit en hébreu, chutzpah.

Uri Avnery est un écrivain israélien et militant pour la paix avec Gush Shalom. Il est un contributeur au livre de Counterpunch The Politics of Anti-Semitism.

Traduit par Avic

Source : http://www.counterpunch.org/