Archives du mot-clé Wikileaks

Edward Snowden et la théorie des dominos


Domino-Chain-ReactionEst-ce qu’un seul lanceur d’alerte peut, à travers ses révélations, provoquer la chute de tout le système mondial de l’espionnage? Réponse: avec l’affaire de la NSA, on pourrait en effet penser qu’Edward Snowden a enclenché, de manière plus ou moins évidente et irrémédiable, la chute de tout un système injuste élaboré par les services secrets américains et destiné à la collecte illégale des données privées des citoyens dans le monde entier. Il a suffi d’une personne et d’une seule révélation pour enclencher toute une série d’autres révélations sur la NSA, des révélations toutes plus fracassantes les unes que les autres, et qui s’emboîtent les unes après les autres, enchaînant pays après pays les scandales liés à l’espionnage, et on ne sait pas encore où cela s’arrêtera. Car, effectivement, le jeu du domino semble loin d’être terminé. Lire la suite Edward Snowden et la théorie des dominos

Ce sera bientôt Noël pour les multinationales…


Tribune libre Résistance

TPP-bannerLes multinationales l’ont presque fait. Le TPP (Trans-Pacific Partnership, aussi connu sous le nom de traité multilatéral de libre-échange) est en passe d’être signé. Un traité tenu secret jusqu’à ce que Wikileaks rende le texte public. Les réactions n’ont pas tardé à fuser : « le texte du TPP que nous avons pu découvrir aujourd’hui révèle une terrible mais non surprenante vérité : voilà un accord négocié dans un secret total, notamment avec les entreprises mais sans le public, et qui apparaît comme la liste des vœux anti-utilisateurs émise par l’industrie », résume l’Electronic Frontier Foundation. Lire la suite Ce sera bientôt Noël pour les multinationales…

Jeremy Hammond, héros de la résistance


f1bc3389ec78d75f19eb534a35420496b272ab55Jeremy Hammond a été condamné à dix ans de prison pour son rôle dans l’énorme fuite des Stratfor Files en 2011. Son procès n’a guère été plus qu’une mise en scène pour le public. L’importance des millions d’emails rendus publics par Hammond n’est toujours pas entièrement appréhendée. Lire la suite Jeremy Hammond, héros de la résistance

Wikileaks trace sa route à l’Est – par Israël Shamir


(A propos de  Mediastan, A Wikileaks Road Movie. long-métrage présenté au premier London Raindance Film Festival, puis à Moscou  lors d’un autre festival, la semaine suivante.

451610342_640Cinq journalistes dans leur trentième printemps traversent, en bande hétéroclite et en voiture, les déserts et les hauts plateaux d’Asie centrale. On retient son souffle dans des tunnels de cauchemar, on dérape dans les virages pentus et on négocie le droit de passage avec des troupeaux de moutons sur des routes de campagne, entre deux capitales de la liberté d’expression et de ses limites. Le road movie par excellence, on pense à Easy Rider de Wim Wenders, mais le montage est bien meilleur.

On découvre vite que ce voyage n’est pas une partie de plaisir. Ces jeunes gens ont été expédiés au bout du monde par le génial et inclassable Julian Assange, qui tel un prince de légende est en captivité au château de Ellingham, au pays des Angles de l’Est (les événements se situent il y a deux ans, avant qu’il ait réussi à trouver refuge à l’ambassade d’Equateur) Il vit toute l’aventure par procuration, enfermé dans le manoir. Il apparaît furtivement dans le film, et donne lieu à une scène de marche nocturne dans les bois qui est un joyau, parce que le metteur en scène, Johannes Wahlstrom (le Suédois de la bande) a su traduire l’urgence et la part décisive d’Assange, personnellement, dans l’affaire Wikileaks, en langage cinématographique. Assange discute avec l’équipe de montage par skype, et il débat avec ses camarades sur les objectifs du projet. C’est ainsi que nous apprenons  que le but de l’expédition est de répandre jusqu’aux confins de l’univers les câbles du Département d’État adroitement soustraits par le sergent Manning, pour que les habitants sachent la vérité, sachent comment le pouvoir impérial les perçoit. Il s’agit de les libérer par la vérité, mais ils ont besoin pour cela d’un médiateur, les médiats.

Quelqu’un doit choisir, traduire, expliquer, mettre en forme et publier les câbles, pour qu’ils atteignent le public ciblé. Les missionnaires d’Assange rencontrent des directeurs de journaux, d’agences de presse et de stations de radio, et leur offrent leur précieux trésor, aussi tentant que dangereux, gratuitement. La plupart d’entre eux refusent le cadeau. Ils sont étroitement liés à la structure du pouvoir américain, qui déploie ses tentacules impériaux jusqu’aux régions les plus reculées. Certains acceptent les câbles, mais nous ne saurons pas s’ils en feront jamais le moindre usage (personnellement, j’ai eu plus de chance en les répandant à travers la Russie, où les médiats sont réactifs et où le  sentiment anti-américain est vivace. Nos voyageurs acceptent facilement de reconnaître que la presse de l’Asie centrale est loin d ‘être libre, mais ils découvriront aussi, au détour des imprévus, traités avec subtilité, que les puissants médiats occidentaux sont tout aussi corrompus.

Ils sillonnent donc le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kirghizstan, le Kazakhstan, l’Afghanistan et ils font connaissance avec les médiats locaux, d’où le titre Mediastan. Nos voyageurs apprennent ainsi que les USA payent très régulièrement ces organes pour qu’ils publient des articles qui leur soient favorables. Certains de ces articles paraissent d’abord en Russie, et sont repris dans des publications locales, de sorte qu’ils en paraissent plus respectables.

D’ailleurs, un certain nombre d’éditorialistes résident en fait aux USA et dirigent de là-bas leurs publications. Au Turkménistan effarouché, on visite le bureau d’un journal important: chaque numéro comporte une photo du président en quadrichromie et en page de titre, et quand il reçoit ses visiteurs, le patron leur explique qu’il ne veut pas d’ennuis. Puis nous quittons son bureau et parcourons Ashgabat, ville reconstruite, rêve d’architecte tout en marbre et larges avenues impeccables. Il semblerait que toute la rente du gaz naturel n’ait pas été siphonnée vers des banques étrangères, ce qui fait bien plaisir, mais malheureusement, nos visiteurs se font reconduire à la frontière, à titre préventif.

Au Kazakhstan, ils rencontrent les ouvriers du pétrole de Zhanaozen, qui se remettent tout juste d’une longue grève de la faim: pas un journal n’y a envoyé de reporter jusque passé un mois, après qu’ils aient été dispersés à balles réelles. Une douzaine de grévistes ont été tués, bien d’autres blessés, et encore plus emprisonnés. Cette séquence est remarquable pour ce qu’elle transmet des affres vécues par les ouvriers et de leurs revendications, avant que la répression violente s’abatte sur eux. Même après coup, le drame des ouvriers du pétrole a été très peu montré, par ce qu’ils travaillaient pour des compagnies pétrolières occidentales, et que le président, M. Nazarbaïev, est considéré comme pro-occidental. Pour les médias mainstream, les gay pride sont des événements autrement plus importants qu’une grève de la faim de travailleurs. (1)

Nos globetrotteurs rencontrent aussi un autre personnage révélé par l’un des exploits de Wikileaks, un prisonnier de Guantanamo relâché récemment. Wikileaks avait publié son dossier secret à la CIA, parmi d’autres. Ce grand bonhomme barbu et sinistre a passé cinq ans dans ce camp de l’horreur: il raconte sa vie dans les limbes, et notre petite bande lui révèle pourquoi il avait été séquestré, car, comme Edmond Dantès dans Le comte de Montecristo, les prisonniers de Guantanamo ne sont jamais mis au courant de ce qu’on leur reproche. Quand il apprend qu’il vient de faire son interminable séjour là-bas simplement parce que les interrogateurs américains voulaient qu’il leur parle de l’humeur des réfugiés Tadjiks en Afghanistan, il explose: « ils n’avaient qu’à me le demander et me laisser repartir! » s’écrie-t-il.

L’épisode afghan est comme une parenthèse, mais cela fait partie du charme des road movies: le réalisateur peut caser avec grâce des séquences quelque peu disparates. Dans le nord de l’Afghanistan occupé, nos chevaliers du désert visitent un camp suédois, où le chargé de presse leur avoue qu’il n’a aucune idée de la raison pour laquelle ils sont là, au premier rang. Les Afghans veulent qu’ils s’en aillent, parce que les Suédois ne distribuent pas de pots de vin. Nous découvrons que sous la pression américaine, les Suédois pratiquent quand même quelque chose qui y ressemble, simplement pour pouvoir rester. Il s’agit, pour les Américains, d’impressionner les locaux avec la bonne volonté des Suédois, sans que cela leur coûte rien à eux.

Il y a un épisode comique, quand Johannes tente de fourguer ses câbles fuités au patron de la « radio libre » du coin, c’est à dire l’antenne locale du réseau de propagande US, de propriété américaine et généreusement financée par les mêmes. On l’informe solennellement que Radio Liberté jouit d’une totale liberté d’expression, peut discuter de tous les sujets, et ignore la censure. Il aurait aussi bien pu offrir ses câbles directement à l’ambassade US…

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Le royaume de Mediastan ne se borne pas aux hautes cimes, il s’étend jusqu’aux rives de l’Hudson et de la Tamise, car c’est là que Wahlstrom rencontre deux lascars qui trônent tout en haut de la chaîne alimentaire médiatique: à Londres, l’éditorialiste en chef du Guardian, Alan Rusbridger, et à New York, celui qui faisait la loi au New York Times à ce moment, Bill Keller. Tous les deux sont doux, patelins et polis, suaves et botoxés, et ils ont des réponses toutes prêtes, mais ils sont aussi rampants devant le pouvoir que le dernier des pontes d’une feuille de chou locale.

Le Guardian a joué un sale rôle dans l’histoire de Wikileaks, et ils semblent bien vouloir refaire le coup avec Snowden. (2) Ils ont publié ses rapports, après les avoir corrigés à la sauce NBA, l’ont poussé à révéler son identité, moyennant quoi ils ont boosté leur réputation de gens de gauche, et au final, ont mandaté leur propre agent, Luke Harding, pour qu’il écrive un livre qui le mettra probablement en pièces. Ils y ont déjà gagné la bienveillance des  services d’intelligence, des lecteurs qui leur font confiance, et ils pourraient bien finir par détruire leur victime.

C’est ce qu’ils ont fait avec Julian Assange: ils ont tiré parti de ses dépêches, les ont trafiquées et censurées pour les rendre compatibles avec la stratégie de leurs patrons, puis ont publié sur son compte des tombereaux d’ordures, tous les ragots qu’ils ont pu trouver, ils l’ont décrié tant et plus. Le New York Times a été encore plus sordide, dans la mesure où il n’a pas cessé de collaborer avec la CIA et le Pentagone, et a pleinement joué sa partition dans la chasse aux sorcières contre Assange.

Mais les lecteurs de CounterPunch ont pu suivre sa saga exceptionnelle en temps réel, depuis le début (3), probablement mieux que personne, mieux que par la grande presse ou les bloggeurs. Ils ont appris comment les câbles ont été publiés (4), comment le Guardian a calomnié Assange (ils ont reçu des notes confidentielles de la police suédoise et en ont biaisé le contenu). Lorsque, quelques mois plus tard, ces documents ont été rendus publics, un site suédois a écrit: « les pesants ragots publiés surtout par le toxique Nick Davies du Guardian  ne tiennent plus debout. Le rapport de Nick Davies sur les procès-verbaux était une manipulation. » Le Guardian avait fait des chapeaux tendancieux sur les câbles obtenus par Bradley Manning et répandus par Assange.  Les gens ne lisent guère au-delà des titres, de sorte que le Guardian à son habitude s’est permis d’attribuer à Wikileaks certaines remarques de représentants officiels des US, le plus souvent destinés à miner l’image de la Russie et à priver son président de légitimité. (5) C’est seulement maintenant que nous comprenons ces attaques infatigables contre Poutine, le seul qui a eu assez de volonté pour mettre un frein à l’attaque qui menaçait la Syrie, et signer ainsi la fin de l’hégémonie américaine.

Les câbles d’Asie centrale étaient plus intéressants que les autres, dans la mesure où les ambassadeurs US dans la région ne se méfiaient pas, et s’exprimaient franchement, en toute brutalité, dans leurs communications avec le Département d’État. Le Guardian a délibérément expurgé une bonne part des câbles publiés afin de cacher les preuves de corruption par les firmes occidentales en Asie Centrale, comme les lecteurs de CounterPunch ont pu le lire dans un article qui est difficile à retrouver sur Google (quelle surprise!) (6). Wahlsrom demande à Alan Rusbridger pourquoi il a effacé les noms des généreux donateurs, et reçoit une réponse formelle: ce sont des gens très riches et ils pourraient nous faire un procès.

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Le film sort juste au même moment que Le Cinquième Pouvoir, The Fifth Estate, le film d’Hollywood sur le même sujet. Ce n’est pas une coïncidence: Julian Assange était très ennuyé par le projet de Hollywood et il l’a dit ouvertement au producteur, au réalisateur et à l’acteur qui jouait son rôle. Il a judicieusement décidé de ne pas se mêler du projet Mediastan, de façon à laisser à Wahlstrom toute son indépendance. Ce n’est donc pas un film de groupies sur leur gourou: le personnage central n’est pas Assange mais les médiats.

Si bien que les deux films sont fort différents. L’un  se base sur le récit du collaborateur d’Assange devenu depuis son ennemi et ambitieux rival Daniel Domscheit-Berg, et a bénéficié d’un budget exceptionnel de 40 millions de dollars, bien au-dessus de la moyenne, alors que Mediastan,  est l’oeuvre du jeune réalisateur Johannes Wahlstrom, un ami d’Assange, avec un budget étriqué, entièrement sorti de sa poche fort plate; le chef opérateur et les autres membres du groupe, passionnés mais sans ressources, ont travaillé pour rien. Et malgré tout, ils ont réussi à produire un thriller puissant et qui hantera longtemps les gens qui réfléchissent, car il s’agit d’une quête épique sur un sujet épineux: comment insuffler la vérité vitale à ceux qui n’en veulent pas.

Le film occupe une niche bien particulière en tant que documentaire qui se sert de toutes les ressources du film de fiction: dynamique, ficelé serré, débordant de nuances, un régal pour l’œil et pour satisfaire la faim de réflexion. La photographie est splendide, on la doit au virtuose russe de la caméra, Fédor Lyass (Théo pour les intimes), le chef opérateur aux manettes du grand succès récent du cinéma russe Dukhless (7).  Le réalisateur Johannes Wahlstrom – (je n’ose pas dire tout le bien que j’en pense, parce que c’est mon fils, je l’avoue) a grandi en Israël, puis a suivi sa mère en Suède à l’âge de douze ans. C’est son premier long-métrage: il avait travaillé pour la télé suédoise et lancé un magazine. Il fait partie de ces braves jeunes gens décidés à arrimer le monde à la vérité, à l’arracher à la drogue du mensonge.

Je vous invite à voir ce film, pour le plaisir sauvage de voir ces visages âpres et juvéniles sur fond de paysages à couper le souffle, et d’en apprendre plus sur la façon dont Wikileaks a changé le monde.

Israel Shamir vit à Moscou adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier1)(_._,_.___

Notes:

(1) Le Monde Diplomatique a rendu compte de cette grève de la faim dans »L’or noir et la colère »  http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/GENTE/47656

(2) Voir l’article de Shamir « Snowden à Moscou », http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

(3) Voir l’article de Shamir: « Assange pourchassé, Les étonnantes aventures de Capitaine Neo négocient un virage prononcé vers le pire… » http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art794, septembre 2010.

(4) Voir l’article de Shamir ‘A bord du vaisseau Cablegate, Wikileaks dans les entrailles de l’empire » http://www.israelshamir.net/French/cablegate-fr.htm

(5) Autre article de Shamir sur les actions entreprises pour diffamer Julian Assange, voir « Assange agent du Mossad! ou Oignon cru en Iran », http://www.israelshamir.net/French/OignonsFR.htm

(6) Voir l’article de Shamir « Le Guardian déforme et censure les dépêches de Wikileaks » http://www.israelshamir.net/French/GuardianAstanaFr.htm

(7) Film de Roman Prygunov, septembre 2012, voir http://evasion-graph-coco.over-blog.com/dukhless-soulless

http://www.israelshamir.net/French/Mediastan-fr.htm

Bradley Manning lynché par le gouvernement américain


manning-lynched-by-us-government.siLe verdict de Manning était prédéterminé, et le procès-spectacle dans un tribunal bidon – un remix américain post-moderne de la Chine dans les années 1960 pendant la Révolution culturelle – vient de nous être offert, signé et scellé.

Le président des États-Unis (POTUS) avait déjà dit qu’il était coupable. Les médias traditionnels américains avaient crié pendant trois ans qu’il était coupable. Maintenant, le gouvernement américain – qui criminalise Manning sur la base de « mauvaises intentions » – vient de montrer que l’enfer est promis à quiconque ose révéler les crimes de guerre américains, qui, par définition, sont non punissables.

Comme s’il y avait besoin de preuves supplémentaires sur le « brillant » avenir qui attend Edward Snowden – juste au tout début de la pathétique lettre du procureur général américain Eric Holder promettant que Snowden ne serait pas torturé s’il était extradé aux États-Unis.

Et, trait d’ironie jeté encore une fois par l’Ange de l’Histoire, Bradley Manning a été déclaré coupable de pas moins de 19 chefs d’accusation par un juge du Pentagone juste à côté de Spy Central, le quartier général du NSA à Fort Meade, dans le Maryland.

Vous êtes au lit avec al-Qaïda

Manning est de l’Oklahoma – tout comme la légende de la musique JJ Cale, décédé il y a quelques jours. C’était sa décision d’avoir sa cause entendue non pas par un panel de jurés militaires – plus proche de l’Inquisition espagnole – mais par un seul juge militaire qui préside, le colonel Denise Lind.

Ce n’était pas tout à fait une bonne idée – puisque Lind s’est vue offrir une carotte pour manier le bâton, sous la forme d’une promotion à la Cour d’appel de l’armée américaine après le procès-spectacle.

Sans surprise, les procureurs du Pentagone ont définis Manning comme un «traître», un hacker et un anarchiste (oui, les hackers et les anarchistes sont des criminels pires que les djihadistes d’Al-Qaïda, après tout, ils sont « nos » alliés en Syrie).

Le procès-spectacle avait une empreinte kafkaïenne tout au long de son déroulement. Le Pentagone a tout d’abord refusé de communiquer des documents judiciaires. Lind avait mis au point une nouvelle pratique de torture par la lecture pendant des heures des déclarations absconses. Ce n’est que sous la menace d’un procès par les médias dans un tribunal civil, que le Pentagone a commencé à sortir avec réticence le curieux document – évidemment expurgé au maximum.

La seule accusation qui s’appliquerait à Manning est la divulgation non autorisée d’informations classifiées. Tout le reste est une farce.

La défense de Manning a fait valoir qu’il était un lanceur d’alerte légitime, il n’avait jamais eu l’intention de provoquer une fuite de renseignements dans le but d’aider l’ennemi. Pourtant, Lind a rejeté une demande des avocats de Manning d’abandonner la charge. Elle argue que Manning, en tant qu’analyste du renseignement de bas niveau, avait appris que la publication d’informations secrètes risquerait de nuire à la sécurité nationale américaine. Le gouvernement américain a été catégorique : Manning savait qu’il aidait Al-Qaïda quand il a publié plus de 700.000 documents à WikiLeaks.

Lind a même modifié les charges, alors que le procès était terminé, pour satisfaire le gouvernement américain. Les médias traditionnels américains étaient trop occupés pour s’en apercevoir, se délectant du scandale de la course à la Mairie de New York.

Le fait que Manning ait été déclaré non coupable d’avoir aidé l’ennemi le laisse encore coupable sur pas moins de 19 chefs d’accusation, y compris « d’avoir été la cause, par malveillance, de la publication sur internet de renseignements appartenant au gouvernement américain » – assez pour éventuellement lui garantir des décennies d’emprisonnement (militaire), jusqu’au 22ème siècle.

Après la sentence, tout dépendra du major-général Jeffrey Buchanan – le nouveau commandant du district militaire de Washington. Il examinera le cas – et, en théorie, a le pouvoir de réduire la peine globale de Manning. Il n’est pas recommandé de retenir son souffle.

L’ennemi, c’est vous

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, est dans le vrai quand il déclare vendredi que si Manning a été reconnu coupable d’avoir aidé l’ennemi ce serait «la fin de la sécurité nationale du journalisme aux États-Unis. »
Pourtant, le gouvernement américain et le Pentagone, dans leur campagne visant à criminaliser le journalisme d’investigation, vont continuer à n’emprisonner aucun journaliste tant à l’intérieur (ce seront plutôt Manning et Snowden) qu’à l’extérieur (comme avec WikiLeaks et le travail de Glenn Greenwald).

La logique circulaire infernale du gouvernement américain veut que la publication des informations sur Internet signifie espionnage. Donc, si l’ennemi va sur Internet, vous êtes en train d’aider l’ennemi. Manning est reconnu non coupable d’avoir aidé l’ennemi mais surtout coupable de tout le reste, tel est le message – traduit en décennies dans une prison militaire.

Le verdict ne change pas non plus le fait que tout est un  «secret» militaire ou de sécurité nationale «profond»  si le complexe militaro-industriel-de surveillance le décide ainsi. Cela s’intègre totalement à la logique de la guerre sans fin du Pentagone – qui est en fait la même que la guerre  mondiale contre le terrorisme (GWOT : Global War on Terror) de 2001-2002, codifiée en 2002 dans la doctrine du Full Spectrum Dominance du Pentagone (dont la NSA couvre surtout la sphère du cyberespace), le tout brillamment rebaptisé par Tom Engelhardt : guerre mondiale contre vous (GWOY : Global War on You).

C’est le Paradis de la Paranoïa : une guerre sans fin avec des ennemis rôdant partout. Le continuum Bush-Obama est la vraie star de ce show ; avec la nouvelle guerre contre le terrorisme qui n’est pas une guerre contre le terrorisme – tout comme le coup d’Etat militaire en Egypte n’est pas un coup d’Etat militaire – le gouvernement Obama a déjà poursuivi plus de lanceurs d’alerte que toutes les autres administrations américaines réunies.

Pendant ce temps, même les ours polaires de l’Arctique savent que Donald Rumsfeld a institutionnalisé la torture en Irak ; que le Pentagone a tué un nombre incalculable de civils dans ce qu’il a  auto-défini comme «arc d’instabilité » ; que le Pentagone n’a jamais reconnu les dommages collatéraux (pour ne pas dire assassinats collatéraux) ; et que l’absolu majorité des prisonniers de Guantanamo sont totalement innocents.

Même si le gouvernement américain et le Pentagone ont jeté Manning dans une variante du ‘’ puits et le pendule’’ d’Edgar Allan Poe, ils ne seraient jamais capables de cacher l’ampleur de leurs crimes de guerre. Assange est confiné dans une ambassade, Snowden dans un aéroport et Manning dans une cellule de prison. Mais ne vous méprenez pas, ce sont les maîtres de l’Univers qui ont peur, très peur. Peur de quiconque a une conscience; peur de vous; peur du monde entier.

Pepe Escobar

Traduction : Avic

Source : http://rt.com/

Julian Assange : “La vraie guerre, c’est la guerre de l’information”


APTOPIX Britain WikiLeaksLe codage des messages, ou cryptographie, doit permettre aux petits Etats de se défendre contre les plus grands, assure le fondateur de WikiLeaks dans une tribune exceptionnelle. Car, de Pékin à Washington, le contrôle des communications est aujourd’hui une arme de guerre.

Julian Assange lors d’une téléconférence entre Londres et Washington, le 8 avril 2013 – AFP La plupart des premiers “cypherpunks” [groupes de personnes intéressées par la cryptographie, l’ensemble des techniques de codage et de décodage de messages] étaient des militants libertariens de Californie. Je n’étais pas issu de la même tradition, mais nous étions tous unis par notre volonté de protéger les libertés individuelles contre la tyrannie de l’Etat. La cryptographie était notre arme secrète.

Les gens ont oublié à quel point cet outil était subversif. A l’époque, la cryptographie était la propriété exclusive des Etats, qui s’en servaient pour conduire leurs guerres. En concevant notre propre logiciel et en le diffusant au maximum, nous avons libéré la cryptographie. Nous l’avons démocratisée et disséminée à travers les frontières du nouvel Internet.

La réaction des autorités et leurs diverses mesures contre ce “trafic d’armes” n’ont pas réussi à enrayer le mouvement. La cryptographie est devenue un standard des navigateurs Internet et d’autres logiciels que les gens utilisent aujourd’hui quotidiennement. La cryptographie est un instrument crucial de la lutte contre l’oppression de l’Etat. C’est le message de mon livre Menaces sur nos libertés (éd. Robert Laffont, mars 2013). La démocratisation de solides protocoles cryptographiques ne doit toutefois pas se limiter à cela. Notre avenir ne repose pas sur la seule liberté des individus.

Surveillance de masse

Le travail de WikiLeaks permet d’accéder à un niveau élevé de compréhension des relations entre l’ordre mondial et la logique des empires. Avec le développement de WikiLeaks, nous avons vu les preuves de la domination et du harcèlement exercés par de grandes puissances sur de petites nations, qui étaient infiltrées par des entreprises étrangères et forcées d’agir contre leurs intérêts. Nous avons vu la volonté populaire privée d’expression, les élections achetées et les richesses de pays comme le Kenya volées et vendues aux enchères aux ploutocrates de Londres et de New York.

Le combat pour l’autodétermination des pays latino-américains concerne bien plus que les seuls habitants de cette région, car il montre au reste du monde que la bataille n’est pas perdue. L’indépendance des démocraties d’Amérique latine reste toutefois fragile. Les tentatives de déstabilisation se poursuivent, comme récemment au Honduras, en Haïti, en Equateur et au Venezuela.

C’est pour cette raison qu’il est tellement important de faire entendre le message des cypherpunks en Amérique latine. La surveillance de masse n’est pas seulement un problème pour la démocratie et la bonne gouvernance des pays, c’est aussi une question de géopolitique. La surveillance de toute une population par une puissance étrangère constitue de fait une menace pour la souveraineté de ce pays. L’interventionnisme incessant dans les affaires des démocraties d’Amérique latine nous a appris à être réalistes. Nous savons que les vieilles puissances n’arrêteront pas d’exploiter le moindre avantage pour retarder ou limiter l’indépendance de l’Amérique latine.

Il suffit de regarder la situation du point de vue géographique. Tout le monde sait que les ressources pétrolières sont le moteur de la géopolitique mondiale. Ce sont les flux de pétrole qui déterminent qui est en position dominante, qui doit être envahi et qui doit être mis au ban de la communauté internationale. Le contrôle physique d’un oléoduc, ne serait-ce que d’une portion, confère une vaste influence au plan géopolitique. Les gouvernements qui jouissent d’une telle position peuvent obtenir d’énormes concessions. D’un seul coup, le Kremlin peut condamner l’Allemagne et l’Europe de l’Est à passer l’hiver sans chauffage. La seule perspective de voir Téhéran maître d’un oléoduc le reliant à l’Inde et à la Chine sert aujourd’hui de prétexte à la logique belliqueuse de Washington.

Le codage des données, nerf de la guerre moderne

Mais la véritable guerre n’est pas celle pour les oléoducs ou les gazoducs ; la véritable guerre aujourd’hui est celle de l’information, c’est-à-dire celle pour le contrôle des câbles de fibre optique qui parcourent les terres et les océans. Pour mettre la main sur le nouveau magot mondial aujourd’hui, il faut contrôler les vastes flux de données qui transitent entre les continents et les civilisations et relient des milliards de gens et d’organisations.
Tout le monde sait que, sur Internet ou par voie téléphonique, toutes les communications depuis ou à destination de l’Amérique latine passent par les Etats-Unis.

Le réseau Internet gère 99 % du trafic vers ou en provenance de l’Amérique du Sud à l’aide de fibres optiques qui passent physiquement par les frontières des Etats-Unis. Le gouvernement américain n’a pas eu le moindre scrupule à violer ses propres lois pour mettre ces lignes sur écoute et espionner ses propres citoyens. Or aucune loi n’interdit d’espionner d’autres pays. Chaque jour, des centaines de millions de messages en provenance d’Amérique latine atterrissent entre les mains des services de renseignements américains, qui les stockent ad vitam aeternam dans des entrepôts de la taille de véritables villes. La réalité géographique des infrastructures du réseau Internet a donc des conséquences pour l’indépendance et la souveraineté de l’Amérique latine.

Le problème dépasse toutefois la question géographique. Bon nombre d’armées et de gouvernements latino-américains protègent leurs secrets à l’aide d’outils cryptographiques, autrement dit des logiciels et des boîtiers qui codent et décodent les messages au niveau de l’émetteur et du récepteur. Les gouvernements achètent ces outils – souvent chèrement payés par leurs peuples – pour garantir la confidentialité de leurs secrets car ils redoutent, à juste titre, l’interception de leurs communications.

Le problème est que les sociétés qui leur vendent ces coûteux équipements sont étroitement liées au milieu du renseignement américain. Leurs PDG et leurs hauts responsables sont généralement des ingénieurs ou des mathématiciens issus de la NSA [Agence nationale de la sécurité, un organisme gouvernemental du ministère de la Défense des Etats-Unis], qui exploitent des inventions créées par leurs soins pour l’Etat-surveillant. Leurs produits comportent des failles délibérées servant un objectif précis. Quels que soient leurs utilisateurs ou la manière dont ils sont utilisés, les agents américains sont toujours capables de décoder le signal et de lire les messages. Ces équipements sont vendus aux pays d’Amérique latine et à d’autres régions comme un moyen de protéger leurs secrets alors qu’ils sont en réalité un moyen de les leur voler.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls fautifs

Dans le même temps, les Etats-Unis ont lancé une course aux armements d’un nouveau genre. La découverte des virus Stuxnet, puis Duqu et Flame annonce l’arrivée de logiciels ultrasophistiqués utilisés à des fins militaires par les grandes puissances contre des Etats plus faibles. De ce point de vue, l’agression américaine de l’Iran a pour but de saboter les efforts de Téhéran pour maintenir sa souveraineté nationale, une perspective qui va à l’encontre des intérêts israéliens et américains dans la région.

Il fut un temps où l’utilisation de virus informatiques comme armes offensives relevait de la science-fiction. Il s’agit aujourd’hui d’une réalité internationale qu’encouragent les provocations de l’administration Obama en violation du droit international. D’autres pays vont désormais suivre l’exemple américain et augmenter leurs capacités offensives pour combler leur retard.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls fautifs. Ces dernières années, la Chine a directement investi dans l’amélioration des infrastructures Internet de pays comme l’Ouganda. En Afrique, Pékin propose de généreux prêts en échange de contrats pour la construction d’infrastructures de base servant à relier les écoles, les ministères et diverses communautés au réseau mondial de fibre optique.

L’Afrique arrive sur le réseau, mais avec du matériel fourni par une superpuissance étrangère en devenir. Internet sera-t-il le nouveau joug de ce continent au XXIe siècle ? L’Afrique sera-t-elle de nouveau le théâtre de confrontations entre puissances mondiales ?

La liste est encore longue des raisons pour lesquelles le message des cypherpunks va bien au-delà de la lutte pour les libertés individuelles. Outre les droits et les libertés civiles des individus, la cryptographie peut également protéger l’indépendance et la souveraineté de nations entières, les liens de solidarité entre groupes unis par une cause commune et l’idée d’émancipation mondiale. Elle peut servir à combattre non seulement la tyrannie de l’Etat sur les individus, mais aussi la tyrannie des empires sur les nations plus faibles.

Les cypherpunks n’ont pas encore terminé leur grand œuvre. Rejoignez-nous.

http://www.courrierinternational.com/article/2013/07/10/julian-assange-la-vraie-guerre-c-est-la-guerre-de-l-information

Explosif ! Vont suivre des changements rapides et profonds à l’échelle planétaire (partie 1/2)


La théorie de la désinformation se réfère à toute intervention sur les éléments de base d’un processus de communication dans le but de cultiver un certain type de réactions, attitudes et actions de la part des destinataires, (génériquement appelés cibles), en vue d’un but particulier. Ces actions sont généralement créées par des organisations spécialisées, militaires ou paramilitaires. Normalement, les pays occidentaux dits démocratiques ont des institutions capables de percevoir ce type de guerre psychologique contre la population sans défense et devraient intervenir. Mais ils ne l’ont et ne le feront jamais. Lire la suite Explosif ! Vont suivre des changements rapides et profonds à l’échelle planétaire (partie 1/2)

Les relations entre les Américains et les islamistes tunisiens remontent à 2004


US-TunisieTunisie: On ne remerciera jamais Wikileaks. Dans les documents suivants, on découvre la servilité des Nahdaoui à l’égard des Américains et la naïveté de ces derniers à l’égard des islamistes. C’est sous la présidence de George W.Bush, le criminel de guerre en Irak, que les relations de maître à esclave entre certains hauts dirigeants d’Ennahda et les Services de l’ambassade américaine en Tunisie se sont renforcées. Mais elles existaient depuis le début des années 80, lorsque les Américains ont décidé d’écarter Bourguiba et de placer leurs pions islamistes, aussi bien en Tunisie qu’en Algérie. Ils ont raté leur coup en 1987, mais pas en janvier 2011. Ce qui est étonnant dans ces documents, c’est que Ben Ali était au courant des tractations islamo-impérialistes, mais il laissait faire. Pourquoi n’a-t-il pas réagi ? Pourquoi n’a-t-il pas remis en prison ces traîtres ? Pourquoi a-t-il manqué de fermeté ? Autant de questions auxquelles il va falloir un jour répondre. A la lecture de ces documents de Wikileaks, on comprend que, ce n’est pas parce qu’ils sont majoritaires ou populaires que les islamistes sont arrivés au pouvoir, mais parce qu’ils ont vendu leur âme à l’Oncle Sam. Merci aux USA d’avoir imposé ces obscurantistes à un peuple qui voulait la démocratie.

Des documents émanant de l’ambassade américaine à Tunis et faisant partie des récents documents qui ont filtré et ont été révélés récemment par wikileaks attestent des très bonnes relations entre les membres du parti islamiste tunisien Ennahda et la mission diplomatique américaine à Tunis du temps du président déchu Ben Ali. Echange de visites entre les deux parties et insistance des dirigeants d’Ennahda sur le fait qu’ils représentent l’islam modéré, ce qui est à leur avis la solution pour la démocratie dans la région et précisément en Tunisie. Mais il semble qu’il y a une grande différence entre ce que déclarent (pour la consommation locale) les Nahdaouis à propos de la politique des Etats Unis et ce que révèlent ces documents à propos de leurs cordiales relations avec eux. Le fait est que de nombreux sympathisants de ce parti écrivent sur de nombreux sites internet que le pouvoir du président déchu Ben Ali les pourchassait et les réprimait pour satisfaire à la demande des Etats-Unis qui ne veulent pas qu’ils accèdent au pouvoir bien qu’ils représentent « l’Islam modéré qui va réaliser la Justice, l’Egalité et la Démocratie ». Or, une série de télégrammes de l’ambassade américaine à Tunis démontre que les relations entre le parti islamiste et l’ambassade américaine étaient très étroites.

Selon ces documents, l’intérêt américain pour les faits et gestes des islamistes était permanent et les fonctionnaires de l’ambassade ne rataient jamais une occasion pour demander à leurs hôtes tunisiens des informations sur les activistes islamistes sur la scène politique ainsi que sur leur force réelle sur le terrain et la réalité de leurs projets.
Dans un document en date du 23 mai 2006, traitant de la situation dans le pays après les élections municipales tenues au début du même mois, un membre du parti Ettajdid (ancien parti communiste) a affirmé que le parti Ennahda demeure actif en marge de l’opposition et il vise tout particulièrement les jeunes fréquentant les mosquées. L’ambassadeur américain William Hudson, auteur du télégramme, écrit « que l’opposition laïque a compris l’importance d’une telle situation et a pris contact avec les islamistes dont des membres du parti Ennahdha restés dans le pays. Le président du parti démocratique progressiste d’alors, Néjib Chebbi, a reconnu devant l’ambassadeur qu’il avait rencontré récemment des membres d’Ennahdha à l’étranger. Mohamed Harmel, qui était alors président du Parti Ettajdid a révélé pour sa part qu’il n’est pas exclu qu’il prendrait des arrangements avec les islamistes pour renforcer les activités de son parti ».

Toutefois, l’opportunisme de Chebbi et de Harmel les a poussés à décourager l’ambassade de prendre quelque contact que ce soit avec les islamistes, quels qu’ils soient « aussi bien en Irak ou n’importe où ailleurs ». Ils ont critiqué « les avantages politiques obtenus par les chiites en Irak ».
Cette position de mise en garde est partagée également par l’association tunisienne des femmes démocrates, ATFD, dont deux membres, Ilhem Belhaj et Hafidha Chkir, avaient averti, au cours d’une réunion tenue le 9 février 2006 à l’ambassade, un des fonctionnaires de cette l’ambassade, que l’acceptation d’un gouvernement islamique correspondrait à la «substitution d’une dictature par une autre ». Elles ont affirmé que cela valait aussi bien pour ceux qui se faisaient appeler « musulmans modérés ».

Dans un autre document en date du 29 novembre 2005, intitulé « dualisme de l’islam en Tunisie », l’ambassadeur Wiliam Hudson traite de la situation de l’islam en Tunisie. Il expose la croissance de l’observance religieuse en Tunisie et l’histoire des rapports entre les autorités et les mouvements islamiques. Il transparaît de ce document que les relations entre l’ambassade et des membres du parti islamique Ennahda dissous sont bonnes, puisque l’ambassade les sollicite pour son information. Selon le document cité, l’ambassadeur dit qu’un ancien membre d’Ennahda s’est plaint à un fonctionnaire politique de l’ambassade que les groupes politiques islamiques ne s’intéressaient qu’aux activités politiques et aux alliances, ajoutant que Dieu et la religion n’avaient pas d’importance pour ces derniers, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas meilleurs que le pouvoir politique actuel.

L’intérêt américain pour l’islam en Tunisie apparaît aussi dans un document datant du 22 mars 2006 qui relate les actes d’une table de discussion tenue le 8 mars avec un certains membres de la société civile où l’on revient toujours à la situation des islamistes!

Selon certains documents, quelqu’un comme Ziad Doulatli, aujourd’hui membre du conseil d’Ennahdha, était l’ami de l’ambassade et figurait sur la liste de ses visiteurs permanents. Un visiteur qui faisait la promotion de son parti et la sienne et pour se présenter comme le représentant d’un islam modéré.

Le 15 août 2006, s’est tenue une réunion entre des islamistes tunisiens « modérés » d’une part, et les conseillers politiques et économiques ainsi que l’officier politique de l’ambassade, d’autre part. En date du 21 août, l’adjoint au chef de la mission, David Ballard, a envoyé un télégramme donnant les détails de ce qui s’était passé au cours de cette réunion qu’il a organisée à la demande des tunisiens : Radwan Masmoudi(1), un américain d’origine tunisienne qui préside le Centre d’Etudes de l’islam et de la démocratie à Washington, Saïda Akermi(2), secrétaire générale de l’association internationale de soutien aux prisonniers politiques, Salah Eddine Jourchi(3), journaliste et activiste de la société civile et ancien membre d’Ennahda et Ziad Doulatli, membre fondateur du parti qui a passé quinze années en prison. Le télégramme explique que les islamistes modérés tel que les désigne l’ambassade (mais avec certaines réserves puisqu’elle met cela entre guillemets renvoyant la responsabilité de cette appellation à d’autres), ont voulu rencontrer des représentants de l’ambassade afin « de renouer le dialogue sur des problèmes communs ». Nous découvrons ainsi que les relations entre les deux parties et le dialogue entre eux datait des années 1980 et qu’il s’arrêta suite à la campagne gouvernementale contre ce parti, sa dissolution et l’emprisonnement de ses dirigeants. Ce vieux dialogue avait comporté des rencontres avec des membres du Congrès en visite en Tunisie.

A l’instar de Ziad Doulatli, d’autres anciens membres du parti tentent de se présenter comme les représentants de l’islam modéré que recherche l’Amérique dans la région. Dans un document datant du 18 août 2006 traitant des réactions tunisiennes à la guerre israélienne de juillet 2006 contre le Liban, le conseiller politique auprès de l’ambassade a rencontré Ziad Doulatli, ainsi que l’activiste de la société civile Salah Eddine Jourchi, (qui dit avoir quitté Ennahda suite à un différend avec eux). Ces deux derniers ont déclaré au conseiller que la guerre du Liban et le soutien des USA à Israël ont renforcé le Hezbollah et d’autres groupes extrémistes. Ils ont aussi poussé la jeunesse tunisienne à s’identifier aux idées des groupes djihadistes tels qu’Al-Qaïda, au lieu de s’identifier à des groupes « non violents et modérés tels qu’Ennahda ». L’ambassadeur d’ajouter que les deux personnalités se présentent sous l’appellation de « musulmans modérés ».

L’intérêt des américains pour l’Islam en Tunisie apparaît aussi à travers un document datant du 22 mars 2006 qui relate une rencontre tenue le 8 mars avec des activistes de la société civile où l’on revient toujours, sur la situation des islamistes et leur force.

Il apparaît, à travers certains documents, qu’un homme comme Ziad Doulatli, qui est aujourd’hui, membre du Conseil constitutif d’Ennahda, était un ami de l’ambassade et figurait sur la liste des visiteurs permanents ; un visiteur qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir son parti et lui-même comme représentants de l’islam modéré.

Les dialoguistes islamistes ont estimé que la Tunisie était susceptible de devenir un exemple de réforme démocratique au Moyen Orient. Doulatli a dit qu’ « étant donné que 90% des tunisiens sont laïcs, cela encourage à une évolution vers une démocratisation réelle ». Les auteurs de télégramme ont raillé l’allégation de Ziad Doulatli, que son parti aurait obtenu 60% des voix des suffrages exprimés (élections de 1989), alors qu’en réalité cette proportion, selon Balard qui est l’auteur du télégramme, n’avait pas dépassé les 30% dans le meilleur des cas.
Les Tunisiens ont essayé de convaincre les fonctionnaires de l’ambassade que la collaboration avec eux contribuait directement aux intérêts de Washington afin de recouvrer par cela la confiance et l’amitié au Moyen Orient, les Etats Unis ont besoin d’un modèle réussi de démocratie dans la région. A ce qu’il paraît, Doulatli a semblé être le plus enthousiaste pour la coopération avec Washington, il a essayé de promouvoir l’idée que son pays était le mieux préparé pour concrétiser ce modèle et non point l’Irak ; il a déclaré qu’il faudrait qu’il y ait une alternative au « Ben Ladisme ».

Le groupe qui espérait sûrement la reconnaissance de la plus grande puissance impérialiste du monde, a demandé quelques menus « services » à l’ambassade. Le plus important de ces services était qu’un représentant de l’ambassade aille rendre visite à Hammadi Jebali, un des dirigeants du parti Ennahdha, un « islamiste modéré » comme ils ont dit, assigné à résidence dans le gouvernorat de Sousse. Le groupe demanda aussi que certains noms d’islamistes modérés soient introduits sur les listes des invités de l’ambassade et des voyages organisés de temps à autre aux Etats-Unis. Dans son télégramme, Ballard dit que l’ambassade était heureuse de l’initiative du groupe de prendre contact avec elle, mais qu’elle ne partageait pas leur optimisme quant à des changements importants dans l’avenir. Il dit qu’elle (la mission américaine) était consciente des motifs ayant incité le groupe à prendre contact avec elle, surtout après les déclarations de Doulatli concernant les 60% (de voix obtenues).

L’ambassade a favorablement répondu à certains des services demandés et a rendu visite à Jebali dans sa résidence surveillée. Un fonctionnaire politique de l’ambassade a rendu visite à Jebali, à son domicile à Sousse, le 31 août 2006, pendant plus de deux heures. Ce qui a attiré l’attention du fonctionnaire c’est que contrairement à tous ceux qu’il rencontrait de la société civile ou de l’opposition politique, Jebali ne s’était pas plaint des politiques américaines au Liban, en Israël et en Irak. Jebali qui a dit que Rached Ghannouchi était le chef d’Ennahda, a confirmé que ce parti était le même en Tunisie ou en Europe. Jebali a dit que comme tous les partis islamistes ils sont suivis (avec inquiétude) par les américains. Jebali a affirmé qu’Ennahda en tant que parti politique voudrait participer graduellement à la vie politique tunisienne et qu’il ne voulait pas d’un Etat islamique. Et puis comme l’ont fait tous les autres, Jebali a critiqué les autres partis islamiques qui « croient qu’ils détenaient la vérité divine et n’acceptaient pas la critique » En réponse à l’envoyé de l’ambassade qui lui a fait remarquer qu’il paraissait laïc, Jebali répondit qu’il distinguait entre sa pratique religieuse et la vie publique. Il a rajouté que tous les musulmans modérés pensaient comme lui et refusaient la violence. Les répliques de l’américain étaient prêtes pour lui rappeler que des partisans du parti avaient perpétré des charges explosives dans certains hôtels pendant les années 1980(4). L’envoyé de l’ambassade n’a pas cru Jebali quand il lui a dit qu’il lui était interdit de travailler et qu’il faisait l’objet de nombreuses restrictions de droits et ce, au vu du bel ameublement de sa maison et de l’apparat avec lequel il recevait ses invités. Jebali a aussi évoqué l’actuel extrémisme islamiste en comparant les membres d’Ennahda ouverts à tout, aux jeunes tunisiens pratiquants et très extrémistes, comme résultat de la répression et de l’interdiction pour Ennahda dans la propagation de ses idées modérées.

Il se peut que tous les membres actifs du parti Ennahda(5), avant sa dissolution et qui sont demeurés fidèles à sa ligne politique après sa dissolution, ne soient pas tous des amis de l’ambassade américaine à Tunis, mais il est sûr que des membres influents de ce parti, dont ses symboles parmi les plus importants et ses porte parole, ont « collaboré » avec les américains pendant de nombreuses années en espérant leur reconnaissance et peut être aussi avec l’espoir de reproduire l’expérience irakienne. Si Washington avait décidé un jour de renverser le régime Ben Ali, les Nahdhaouis étaient prêts, comme toujours et à jamais, à bénir cela et à gouverner le pays, surtout qu’ils se disent être, comme ils l’ont répété, des « modérés », qu’ils sont « le type d’islamistes » qu’aiment le mieux les américains et qu’ils veilleront aux intérêts des américains dans toute la région.

1 Radwan Masmoudi est l’un des principaux agents américains qui a rendu beaucoup de services aux USA en Irak et qui a joué un rôle clef dans le rapprochement entre les islamistes tunisiens et les différentes agences de renseignement américain.
2 Saida Akermi, avocate, est l’épouse de l’avocat Noureddine B’hri, 3ème dans la liste des nouveaux fondateurs d’Ennahdha, nouvelle formule. Noureddine B’hiri était déjà un haut dirigeant de ce mouvement dans les années 1980 et avait signé en son nom le Pacte National en novembre 1988. A la suite de l’acte terroriste perpétré par un commando d’Ennahdha contre le local du RCD à Bab Souika, à Tunis, en 1991, Noureddine B’hiri, quitta le mouvement en même temps que Abdelfettah Mourou, Fadhel Beldi et Ben Aissa Demni. Des quatre, il est le seul à avoir été réadmis dans ce mouvement.
3 Salah Eddine Jourchi : Il n’a jamais été dans le mouvement Ennahdha ou son ancêtre le MTI. Par contre il a été dans la Jamaâ islamya, première organisation islamiste de tendance Frères musulmans, fondée au début des années 1970, qu’il quitta en 1979, en même temps que H’Mida Enneifer et d’autres pour fonder le « mouvement des islamistes de gauche ».
4 Allusion aux actes perpétrés dans trois hôtels de Sousse et Monastir, dans la nuit du 2 au 3 août 1987, veille de l’anniversaire du président Habib Bourguiba et qui déclenchèrent une vague de répression qui ouvrît la voie à l’arrivée du général Ben Ali au pouvoir.
5 Ennahdha n’a jamais été dissous parce qu’il n’a jamais été légalisé. Sous son appellation de MTI, il a été toléré longtemps sous le règne de Bourguiba, et jusqu’en 1991 sous le règne de Ben Ali.

http://www.tunisie-secret.com

Le chef de la CIA responsable de l’enlèvement de la journaliste Florence Aubenas?


David Petraeus visits

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Des journalistes du Guardian et le service arabe de la BBC ont mené une enquête pour un reportage de 51 minutes dans lequel ils apportent des preuves sérieuses que pendant l’occupation américaine, le général David Petraeus a utilisé des vétérans spécialisés dans la guerre «sale», appartenant aux forces d’Opérations spéciales américaines pour la création et la gestion des Unités paramilitaires irakiennes, pour des missions commandos, pour des objectifs d’assassinats et d’enlèvements, des actions non conventionnelles qui ont conduit à d’horribles actes de torture pendant l’occupation américaine par la création d’un vaste réseau de centres de détention secrets en Irak.

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La vérité est une injure


Par Dr. Paul Craig Roberts

julian-assangeEn Amérique la vérité est une injure. Si vous dites la vérité, vous êtes injurieux.

Je suis injurieux. Michael Hudson est injurieux. Gerald Celente est injurieux. Herman Daly est injurieux. Nomi Prins est injurieux. Pam Martens est injurieux. Chris Hedges est injurieux. Chris Floyd est injurieux. John Pilger est injurieux. Noam Chomsky est injurieux. Harvey Silverglate est injurieux. Naomi Wolf est injurieux. Stephen Lendman est injurieux. David Ray Griffin est injurieux. Ellen Brown est injurieux.

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Irak : dix ans après


Tuer c’est gagner.

Par Dr. Paul Craig Roberts

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19 mars 2013. Il y a dix ans aujourd’hui, le régime Bush envahissait l’Irak. On sait maintenant  que la justification de l’invasion était un paquet de mensonges orchestrés par le régime néoconservateur de Bush dans le but de tromper l’Organisation des Nations Unies et le peuple américain.

Le secrétaire d’Etat américain de l’époque, le général Colin Powell, a exprimé ses regrets d’avoir été utilisé par le régime de Bush pour tromper l’Organisation des Nations Unies avec de faux renseignements sur ce que les régimes Bush et Blair savaient être faux. Mais les ignobles médias « presstitués » ne se sont pas excusés auprès du peuple américain d’avoir servi de ministère de la propagande et du mensonge dans le régime corrompu de Bush.

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