Archives du mot-clé Yuan

Chine : Le développement de la République Populaire est une déclaration de guerre aux États-Unis


948267Chine1La Chine a confiance en elle; elle ose des réformes et sa nouvelle direction veut consolider ses succès

Le contraste ne pourrait pas être beaucoup plus grand: d’un côté du Pacifique, la puissance qui est toujours l’Hégémon, est confrontée à de fortes turbulences économiques et politiques; de l’autre côté, la superpuissance en devenir bat tous les records sur le plan économique, en dépit des prophètes de malheur, et a pleine confiance en son avenir. Lire la suite Chine : Le développement de la République Populaire est une déclaration de guerre aux États-Unis

La Bank of China émet à Londres des titres libellés en RMB


scmp_25nov12_bz_chinabank3_boc_london1_32695701La branche londonienne de la Bank of China a émis mercredi des titres libellés en RMB (monnaie chinoise) pour une valeur de 2,5 milliards de yuans (environ 400 millions de dollars US).

Cela constitue le premier titre libellé en RMB émis sur le marché londonien par la branche britannique de la banque chinoise, titre qui sera coté à la Bourse de Londres. Lire la suite La Bank of China émet à Londres des titres libellés en RMB

La mort du dollar – Paul Craig Roberts


La Réserve fédérale et Wall Street assassinent le Dollar américain

This photo taken n January 16, 2011 showDepuis 2006, le dollar américain a connu un quart à un tiers de baisse de sa valeur par rapport au yuan chinois, selon le choix de base.

Maintenant, la Chine va davantage laisser chuter le dollar. Lire la suite La mort du dollar – Paul Craig Roberts

internationalisation du yuan, ouverture de l’Arabie Saoudite, explosion de l’UE : trois des derniers étais du dollar s’effondrent


Money-dollars-and-euros« C’était la nuit, et la pluie tombait ; et quand elle tombait, c’était de la pluie, mais quand elle était tombée, c’était du sang. » Ces mots d’Edgar Allan Poe (1) s’appliquent à merveille au lent processus de dislocation mondiale en cours, où tous les événements en apparence anodins (« la pluie ») viennent se combiner pour saper les fondations du système international qui se meurt (« le sang »). Si ce processus est lent, si ces événements peuvent paraître anodins, c’est Lire la suite internationalisation du yuan, ouverture de l’Arabie Saoudite, explosion de l’UE : trois des derniers étais du dollar s’effondrent

La Chine veut devenir un géant mondial de l’or


La Chine a lancé une vaste offensive sur le marché de l'or ces derniers mois.  Reuters
La Chine a lancé une vaste offensive sur le marché de l’or ces derniers mois.                Reuters

Depuis deux ans, la Chine s’est lancée dans une politique d’achats massifs d’or. Les acquisitions de métal précieux auraient permis à l’Empire du milieu de devenir officieusement le 2e pays au monde pour ses réserves.

Métaux précieux

Une première salve avait été tirée en 2009: 454 tonnes d’or acquises en quelques mois. Pour les analystes, cette offensive corrigeait une incohérence économique: géant économique, l’Empire du milieu restait une puissance modeste sur le plan des réserves en métal précieux.

Sur les derniers mois, le stock a gonflé de près de 100 tonnes par mois.      Reuters
Sur les derniers mois, le stock a gonflé de près de 100 tonnes par mois. Reuters

Ces deux dernières années, les autorités financières chinoises ont passé la vitesse supérieure: plus de 2500 tonnes d’or auraient rejoint les réserves nationales chinoises, soit autant que le montant total des stocks d’or français (2435,4 tonnes d’or). Et en 2013, la barre des 1000 tonnes devrait être franchie. Jamais aucun pays n’avait acheté un tel volume de métal jaune en une année. Le seul premier semestre avait vu les réserves gonfler de 700 tonnes (54% de plus que sur la même période de 2012).

L’or est au plus bas depuis trois ans

L’Asie se positionne désormais comme le continent qui attire le métal jaune: en dehors des pays du Moyen-Orient très gourmands traditionnellement, les deux principaux importateurs mondiaux sont désormais l’Inde et la Chine.

Des achats d’or renforcés par la moindre tension sur le marché du métal précieux: à moins de 1300 dollars l’once d’or lundi 11 novembre, les circonstances sont favorables à des acquisitions, plus qu’elles ne l’ont été depuis plus de trois ans… et la dernière vague d’achat massif.

La Chine est devenue le premier importateur mondial d'or, tandis que le produit de ses mines est conservé dans le pays.     Reuters
La Chine est devenue le premier importateur mondial d’or, tandis que le produit de ses mines est conservé dans le pays. Reuters

Mais la Chine ne se contente pas d’acheter l’or à l’étranger. La production de ses mines monte en puissance: elle «devrait atteindre 430 tonnes cette année, contre seulement 403 tonnes l’an dernier», explique Du Haiqing, vice-directeur général de China Gold Group Corp, l’un des principaux producteurs.

Pékin maintient le flou sur ses stocks

Difficile pourtant de mesurer précisément le stock d’or détenu par Pékin: le pays conserve une certaine opacité en matière d’achats mais aussi de volume des stocks. Pour mesurer les fluctuations, les experts en sont réduits à scruter les transactions sur le marché de Hong-Kong, porte d’entrée de l’or mondial en Chine.

La banque centrale des Etats-Unis stocke le plus d'or au monde: 8133,5 tonnes en octobre 2013.     Keystone
La banque centrale des Etats-Unis stocke le plus d’or au monde: 8133,5 tonnes en octobre 2013. Keystone

Tenu à s’en fier aux informations officielles, le World Gold Council continue donc d’afficher début novembre un stock d’or de 1054,1 tonnes pour la Chine, ce qui placerait le pays au 6e rang mondial, juste devant la Suisse (1040,1t).

En fait, des estimations d’experts basées sur les mouvements du marché de l’or à Hong-Kong et la production des mines chinoises chiffrent le stock de Pékin à plus de 3390 tonnes. Ce qui propulserait le pays au 2e rang mondial, derrière les États-Unis (8133,5t), mais désormais devant l’Allemagne (3390,6t).

La Deutsche Bundesbank détient 3390,6 tonnes d'or.      Reuters
La Deutsche Bundesbank détient 3390,6 tonnes d’or. Reuters

Du dollar à l’or, pour soutenir le yuan

Et ces achats d’or s’intègrent dans une stratégie globale: fondé en 2002, le Shanghai Gold Exchange (SGE) est devenu la première place d’échange mondial du métal jaune, avec 1000 tonnes qui changent annuellement de mains (40% de la production mondiale annuelle). De plus, les banques chinoises ont des consignes pour investir dans les mines à travers le monde.

La banque centrale de Chine aurait désormais amassé plus de 3390 tonnes d'or, dépassant l'Allemagne, mais le pays ne publiant pas ses stocks, ce chiffre est basé sur des estimations d'experts.     AFP
La banque centrale de Chine aurait désormais amassé plus de 3390 tonnes d’or, dépassant l’Allemagne, mais le pays ne publiant pas ses stocks, ce chiffre est basé sur des estimations d’experts. AFP

Avec une augmentation estimée à 100t par mois en moyenne ces derniers temps, la Chine pourrait rattraper et supplanter les États-Unis à l’horizon 2017. Mais quel est le but poursuivi par les dirigeants de Pékin? Pour obtenir la réponse, il convient de passer du métal précieux au papier-monnaie: le yuan.

Pendant des décennies, la Chine a bâti sa politique monétaire sur le dollar, multipliant les achats de billets verts (les réserves seraient de plus de 5000 milliards de dollars). Or, les émissions massives de dollars par la Fed (réserve fédérale américaine) ont eu pour effet de faire chuter la valeur de ces réserves.

Zhou Xiaochuan, directeur de la banque centrale chinoise, pilote une politique visant à assoir la stabilité du yuan en s'appuyant sur le stock d'or.     Reuters
Zhou Xiaochuan, directeur de la banque centrale chinoise, pilote une politique visant à assoir la stabilité du yuan en s’appuyant sur le stock d’or. Reuters

Convertibilité en vue pour la devise chinoise

Pour Pékin, il s’agit donc de miser sur d’autres garanties. Après le billet vert, place au métal jaune. Et ce dernier pourrait offrir une plus grande stabilité au yuan, notamment en vue de sa convertibilité.

La devise chinoise souffre actuellement d’un manque de confiance de la part des marchés financiers. Des réserves d’or conséquentes pourraient changer la donne. Et certains prévoient déjà un basculement entre le dollar et le yuan comme monnaie de référence mondiale entre 2025 et 2030.

Matthieu Hoffstetter

http://www.bilan.ch/argent-finances/la-chine-veut-devenir-un-geant-mondial-de-lor

Kenya : futur point d’entrée de la Chine en Afrique pour supplanter le dollar ?


Uhuru.Kenyatta.Kenya.China.Business.Forum_405294978Simple coïncidence  ? Alors que le Kenya vient d’être le théâtre d’une attaque terroriste particulièrement meurtrière et que les dessous de l’affaire pourraient réserver quelques surprises, précisons que Nairobi est en train de remettre en cause la suprématie du dollar, en se tournant tout particulièrement vers le yuan chinois.

Le Kenya souhaiterait en effet prochainement héberger une chambre de compensation pour la devise de l’Empire du Milieu au sein de sa Banque centrale; ce qui, le cas échéant – serait une première sur le continent africain. Même si Pékin envahit pas à pas l’Afrique du Nord au sud.

Certes, un tel rapprochement ne devrait pas éclipser totalement la monnaie américaine, mais n’est pas vu d’un très bon oeil du côté de Washington, alors que même le gouvernement doit faire face une nouvelle fois à un mur budgétaire.

A l’heure actuelle, les opérations en monnaie chinoise sont peu répandues parmi les gestionnaires africains, les traders étant attachés dans tous les sens du terme à la flexibilité du billet vert.
Si les Africains peuvent d’ores et déjà obtenir des cotations de leurs devises par rapport au yuan, une chambre de compensation permettrait de mettre fin à l’obligation de règlements en dollars, réduisant parallèlement les coûts et accélérant les transactions.

Via une telle opération, le Kenya deviendrait symboliquement la passerelle entre le monde des affaires du continent africain avec la Chine, l’empereur économique de l’Asie, même si lés débuts demeurent modestes.
De tels types d’échanges seraient également les premiers réalisés en dehors du continent asiatique.

Mais la concurrence pourrait d’ores et déjà faire rage sur le continent africain, alors notamment que le Nigéria détient des réserves en yuan.

L’Afrique du Sud a par ailleurs été évoquée comme un hôte potentiel de la chambre de compensation, des officiels ayant toutefois affirmé qu’un tel plan n’était pas envisagé.

En août dernier, le ministre kenyan des Finances Henry Rotich laissait ainsi entendre que la proposition du gouvernement kenyan consistait avant tout de démontrer l’ampleur du marché financier du Kenya …. et de rendre le projet attractif … tout en favorisant la confiance des marchés et investisseurs.

Une situation désormais grandement remise en cause par l’attaque terroriste survenue il y a quelques jours à Westgate.

« Nous considérons comme très positif ce projet de chambre de compensation, et je pense qu’il est très important pour le Kenya de mettre en place un centre financier sur son territoire en vue de traiter la monnaie chinoise », indiquait quant à lui l’ambassadeur de Chine au Kenya, Liu Guangyuan, le mercredi 18 septembre à Nairobi, soit quelques heures avant l’assaut meurtrier du centre commercial.

china-kenya-guardC’est en août dernier, que la volonté de Nairobi avait été affichée au grand jour, le Président kenyan Uhuru Kenyatta ayant fait son offre au cours d’une visite à Pékin cet été.

Rappelons que la Chine s’est d’ores et déjà accordé avec le Japon en vue d’établir une convertibilité directe yen-yuan en transaction bilatérale.
Des études sont menées parallèlement au sein du groupe des BRICS en vue de revoir la suprématie du dollar et de l’euro sur le marché international.
Le Kenya pourrait devenir une des premières régions du monde à l’expérimenter. De quoi fâcher certains ….

Sources : Reuters, legriot.info

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com

La Chine part en guerre contre l’hégémonie du dollar


china_-_yuan_and_dollarsRécemment, Pékin a annoncé qu’il allait autoriser, dans une région incluant la ville de Shanghai une expérience y autorisant les entreprises et les banques, chinoises ou étrangères, à convertir librement des devises en yuans et des yuans en devises.

Et ce non seulement pour leurs opérations commerciales avec l’étranger mais aussi pour toutes leurs opérations financières. Cela constitue un pas considérable en direction de la pleine convertibilité du yuan.

Pour comprendre ce qui se passe, il faut répondre successivement à deux questions.

Pourquoi Pékin a-t-il maintenu le yuan inconvertible jusqu’à ce jour ?

Depuis qu’en 1978, Pékin a abandonné le collectivisme pour revenir au capitalisme, il a opté avec succès pour une stratégie de développement mercantiliste. En clair, Pékin s’est employé à dynamiser fortement et durablement ses exportations de produits manufacturés tout en limitant le plus possible ses importations ; grâce à cela, Pékin a obtenu des excédents commerciaux colossaux et renouvelés.

Cela a contribué à la fois à une formidable dynamisation de la production et de l’emploi et à la constitution de réserves de change colossales et croissantes. Succès multidimensionnel : industriel, commercial, économique et financier. Mais si Pékin a pu renouveler de tels succès depuis 1978 et plus encore depuis 2001 (et son entrée à l’OMC), c’est parce qu’il s’est protégé. En effet, la rançon habituelle pour un pays qui marque des scores favorables en matière de commerce extérieur, c’est que sa monnaie subit de fortes pressions haussières sur le marché des changes. Si le pays considéré ne parvient pas à contrecarrer ces pressions haussières sur sa monnaie, sa monnaie s’apprécie, sa compétitivité initiale se résorbe, et in fine, son commerce extérieur risque de devenir déficitaire.

C’est pour cette raison que les pays mercantilistes se donnent les moyens de résister à cette « rançon du succès » en matière commerciale. Le plus souvent, ils décident de pratiquer des interventions de change : la banque centrale du pays se charge de vendre sa monnaie nationale contre devises pour équilibrer les achats de sa monnaie par les opérateurs étrangers. La Chine a pratiqué à très grande échelle de telles interventions depuis 1978 et plus encore depuis 2001.

C’est d’ailleurs le cumul de toutes ces opérations quotidiennes qui a constitué des réserves de change colossales au nom de la Chine : 3.000 milliards de dollars américains officiellement, 5.000 milliards en réalité (si on ajoute les réserves de Hong Kong à celles de la République populaire de Chine et si on tient compte des réserves stockées dans les Sovereign Wealth Funds à côté de celles qui sont stockées dans les banques centrales). Encore ce gonflement énorme des réserves de change de la Chine a-t-il été fortement limité par l’inconvertibilité du yuan qui prévaut en Chine depuis 1949 : les opérations financières qui ne sont pas expressément autorisées y sont interdites.

En clair, Pékin laisse entrer en Chine les flux de capitaux étrangers qui correspondent aux investissements des multinationales occidentales en joint-ventures (opérations que Pékin autorise et qu’il recherche) ; mais Pékin interdit les flux de capitaux étrangers qui correspondraient à de simples placements financiers en yuan (particulièrement ceux cherchant à spéculer sur une appréciation du yuan). Si le yuan avait été rendu très tôt convertible, on aurait sans doute eu à la fois une appréciation beaucoup plus importante du yuan contre dollar et contre euro et un gonflement encore plus important des réserves de change de la Chine, toutes choses que Pékin redoutait et refusait.

Pourquoi Pékin choisit-il désormais de rendre prochainement le yuan convertible ?

Essentiellement parce que depuis 2005 et plus nettement encore depuis 2008, Pékin multiplie les initiatives pour détrôner le dollar de son statut privilégié de monnaie du monde en sorte que ce soit sa monnaie, le yuan, qui à son tour devienne la monnaie du monde.

La Chine a déjà dépassé les Etats-Unis sur le plan industriel (1er rang pour la production manufacturière depuis 2010), sur le plan commercial (1er rang pour les exportations de produits manufacturés, avec 15,4% des exportations mondiales de produits manufacturés en 2011), sur le plan économique (le PIB officiel de la Chine en 2012 est encore inférieur de 20% à celui des Etats-Unis mais son PIB bien calculé dépasse déjà sans doute celui des Etats-Unis) et sur le plan financier (avec ses réserves de change colossales, la Chine est désormais devenue la puissance financière incontournable de la planète).

Dans sa stratégie qui vise à ravir aux Etats-Unis leur hégémonie mondiale, Pékin s’est assigné de longue date de dépasser les Etats-Unis y compris sur le plan monétaire. En clair Pékin s’efforce à ce que le yuan ravisse au dollar son statut privilégié de monnaie du monde.

Quel est l’enjeu ? Muni de sa puissance financière, Pékin marque déjà beaucoup de points face à Washington. C’est Pékin et non plus le FMI ou encore moins Washington qui se trouve désormais sollicité par les gouvernements des pays étrangers quand ils se trouvent en difficulté pour financer leur dette publique et/ou leur dette extérieure ; c’est donc Pékin et non plus Washington qui se trouve en situation de vassaliser les pays de la planète les plus affaiblis. Cela s’était déjà vérifié en 2011 quand Pékin s’était fait prier pour accorder des financements aux pays de l’Europe du sud en détresse.

Cela se vérifie aujourd’hui avec la création à l’initiative de Pékin d’un fonds de solidarité financière pour 100 milliards $ en faveur des BRICS (la Chine contribuant à ce fonds à hauteur de 44 milliards $ à elle seule). De la même façon, Pékin peut se permettre des budgets militaires qui restent très dynamiques et très ambitieux du fait qu’il dispose de réserves de change colossales et croissantes alors même que Washington, enfoncé dans une dette extérieure qui devient vertigineuse, s’est vu obligé de réduire son budget militaire en 2012/2013.

A travers ces deux exemples, on mesure déjà comment, pour s’être assuré la suprématie financière, Pékin bénéficie d’une dynamique géopolitique très favorable. Mais si à sa suprématie financière, Pékin ajoutait maintenant une suprématie monétaire, la dynamique géopolitique évoluerait plus nettement encore en sa faveur.

On oublie trop facilement le privilège dont bénéficient les Etats-Unis, celui d’émettre la monnaie du monde, la monnaie dans laquelle sont facturées et réglées les matières premières qui sont exportées sur la planète, la monnaie que les banques centrales des pays tiers acceptent d’accumuler, en bonne part parce qu’elle constitue un bon d’achat sur les matières premières.

C’est en recourant à ce privilège que les Etats-Unis ont par exemple pu financer sans ambages la guerre des étoiles (qui leur permit de défaire l’URSS) : entre 1980 et 1989, Washington n’eut pas besoin de recourir à une augmentation de la pression fiscale ; les dollars nécessaires furent émis par le système bancaire américain et les banques centrales étrangères s’empressèrent d’accumuler dans leurs caisses, ceux des dollars qui aboutissaient à l’extérieur des Etats-Unis. Washington put ainsi financer sa course aux armements sans douleur fiscale.

Et c’est à nouveau grâce à ce privilège que depuis 2008, les Etats-Unis ont pu solliciter massivement leur planche à billets de la Federal Reserve pour financer leurs énormes déficits budgétaires.

On constate ainsi les multiples avantages que les Etats-Unis retirent du statut privilégié du dollar. Cela n’échappe pas à la vigilance de Pékin. Très logiquement, dans la confrontation croissante qu’il impose aux Etats-Unis, Pékin est bien décidé à enlever aux Etats-Unis leur privilège monétaire pour se l’attribuer.

Depuis 2005 et plus encore depuis 2008, l’axe principal de son offensive consiste à disqualifier le dollar pour convaincre les banques centrales des pays tiers de délaisser le dollar et de diversifier davantage leurs réserves de change.

Dans cette optique, Pékin, aidé par Moscou, a en particulier catalysé le formidable mouvement haussier sur le prix de l’or en dollar. La hausse du cours de l’once d’or de 250 à 1900 $ entre début 2001 et début 2011 était un formidable camouflet infligé au dollar : elle constituait pour Pékin un formidable argumentaire pour affirmer, devant les banques centrales des pays tiers, que le dollar ne méritait plus de rester la monnaie de réserve du monde.

La Federal Reserve et la Maison Blanche ne s’y sont pas trompées. Cette hausse de l’or devenait très embarrassante et très inquiétante pour le statut du dollar. C’est en bonne part pour cette raison que selon nous ils précipitent, plus vite qu’anticipé, le retrait progressif des Etats-Unis de la planche à billets. Les premières annonces en cette matière datent du 10 avril 2013 quand le prix de l’or était encore à 1.577 $. Dans les deux séances qui suivirent, l’or chuta de 8%. La confirmation du plan de la Federal Reserve au fil des semaines finit même par ramener le prix de l’or à 1.200 $ le 19 juin. Depuis, l’or s’est un peu renchéri mais ne parvient plus à casser durablement la barre de 1.400 $.

Pour le moment, pour avoir ainsi réussi à ramener en 30 mois le prix de l’once d’or de 1.900 à 1400 $, les autorités américaines marquent un point important contre Pékin et sont peut-être en train de mettre en échec l’offensive chinoise sur le front de l’or. Parce que la monnaie du monde constitue un enjeu décisif, la Chine contre-attaque. Puisque les Etats-Unis sont décidés à résister et à protéger le statut privilégié du dollar, Pékin se décide à jouer un atout majeur : il annonce, plus tôt qu’anticipé, un plan de passage du yuan inconvertible au yuan convertible.

Jusqu’à présent, Pékin opposait seulement l’or au dollar. Désormais, Pékin proposera aux banques centrales des pays tiers, une deuxième alternative concrète au dollar, celle du yuan convertible.

La longue bataille pour la monnaie du monde entre dans une nouvelle phase.

Antoine Brunet

IRIB

Via Cameroon Voice